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Full text of "La Gaule thermale : sources et stations thermales et minérales de la Gaule à l'époque gallo-romaine"

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GAULE  THERMALE 


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DU  MÊME  AUTEUR,  A LA  MÊME  LIBRAIRIE 

•Tvn,  . ' 

Notions  élémentaires  d’archéologie  monumentale.  Ouvrage 

accompagné  de  nombreux  plans  et  gravures  dans  le  texte.  2e  édition. 
Un  volume  in-16 4 fr. 


LA 


GAULE  THERMALE 

SOURCES  ET  STATIONS  THERMALES  ET  MINÉRALES 
DE  LA  GAULE  A L’ÉPOQUE  GALLO-ROMAINE 

PAR 

L.  BONNARD 

AVEC  LA  COLLABORATION  MÉDICALE 

du  Docteur  PERCEPÏED 

/ 

MÉDECIN  CONSULTANT  AU  MONT-DORE 

Ouvrage  illustré  de  74  plans  et  gravures 


PARIS 

LIBRAIRIE  PLON 

PLON -NOURRIT  et  C!%  IMPRIMEURS-ÉDITEURS 

«S.  RUE  GARANCIÈR E — 6e 


1908 

Tous  droits  réservés 


Wellcome  Library 
for  the  History 

and  Understanding 
ofMediçme 


?>l <C&00  - , 

Tous  droits  de  reproduction  et  de  traduction 
réservés  pour  tous  pays. 

Published  21  January  1908. 

Privilège  of  copyright  in  the  United  States 
reserved'under  the  Act  approved  March  3<t  1903 
by  Plon-Nourrit  et  Cie. 


PRÉFACE 


La  multiplicité  des  questions  soulevées  par  l’étude  un 
peu  approndie  des  eaux  thermales  où  minérales  à l’époque 
gallo-romaine  m’a  conduit  à donner  un  développement 
considérable  à un  travail  limité,  dans  le  principe,  à 
l’examen  des  vestiges  antiques  reconnus  auprès  des 
sources  médicinales  de  notre  pays. 

L’identification  de  certaines  stations  anciennes  avec 
des  localités  modernes  m’a  amené  à examiner  divers 
problèmes  de  géographie  historique,  qui  sont  loin  d’avoir 
reçu  tous,  h l’heure  actuelle,  une  solution  certaine. 

Le  caractère  religieux  attaché  aux  sources,  surtout  aux 
sources  thermales;' ne  m’a  pas  permis  de  passer  sous 
silence  le  culte  spécial  qui  en  était  dérivé  et  dont  les  ma- 
nifestations se  produisaient  sôris  forme  de.  dfms  fet  d’of- 
frandes, d’un  caractère  p^rfois  si  particulier.  jj 


J’ai  du  également  envisager  le  côté  i n édicàl  dé  La"'cj  i 1 es  t i o n 
et  chercher  à corroborer  par  les  notions  que  nous  possé- 
dons sur  l’ancienne  médecine  thermale  les  données  que 
certaines  dispositions  observées  dans  les  ruines  d’établis- 
sements antiques,  ainsi  que  la  nature  et  les  caractères  spé- 
ciaux de  divers  objets  trouvés  près  des  sources,  peuvent 

a 


I 


PRÉFACE 


l l 

nous  fournir,  au  point  de  vue  de  l’utilisation  de  ces 
dernières  dans  un  but  thérapeutique  et  médical. 

D’autre  part,  la  liste  des  établissements  et  des  sources 
sur  lesquels  pouvaient  porter  mes  travaux  s’est  aug- 
mentée, car  j’ai  franchi  à plusieurs  reprises  les  limites 

\ 

anciennes  de  la  Gaule  pour  pénétrer  dans  la  Germanie, 
désirant  plutôt  présenter  une  étude  d’ensemble  sur  les 
stations  thermales  de  la  Gaule  et  des  régions  qui  en  étaient 
immédiatement  voisines,  que  me  plier  au  cadre  rigoureux 
d’une  géographie  intransigeante. 

Cependant,  ce  travail,  si  étendu  qu’il  soit,  n’est  vrai- 
semblablement pas  tout  à fait  complet,  car  certains  aména- 
gements antiques  de  sources  médicinales  ontpu  échapper 
à mes  investigations.  Les  documents  en  cette  matière 
sont,  pour  la  plupart,  disséminés  dans  des  brochures 
locales,  des  comptes  rendus  ou  des  mémoires  de  sociétés 
savantes.  J’ai  fait  à cet  égard  des  recherches  aussi  ap- 
profondies que  possible,  mais  sans  cependant  être  sûr  de 
ne  pas  avoir  commis  quelques  omissions,  à peu  près 
impossibles  à éviter  dans  des  travaux  de  ce  genre,  et 
dont  je  m’excuse  par  avance. 

En  terminant  cette  courte  préface,  je  dois,  obligation 
qui  m’est  douce  à remplir,  exprimer  toute  ma  reconnais- 
sance à M.  le  docteur  Percepied,  qui  a pris  la  charge  de 
toute  la  partie  médicale  de  l’ouvrage,  et  m’a  prêté  l’assis- 
tance de  sa  science  et  de  son  expérience  d’hydrologiste 
en  écrivant  entièrement  les  deux  premiers  chapitres, 
ainsi  que  la  fin  de  la  troisième  partie,  relative  aux  ex* 
voto  à caractère  médical. 

Je  tiens  aussi  à remercier  tout  particulièrement  les 
aimables  correspondants  qui  ont  bien  voulu  me  fournir 


I 


PRÉFACE  iii 

des  renseignements  ou  des  documents  sur  certains  points 
spéciaux  de  mes  recherches,  ainsi  que  les  éditeurs,  prési- 
dents de  sociétés  ou  directeurs  d’établissements,  qui  ont 
consenti  à mettre  à ma  disposition  des  clichés  destinés  à 
l’illustration  de  cet  ouvrage.  Je  ne  puis  les  nommer  tous, 
mais  je  les  prie  d’accepter,  eux  aussi,  l’expression  de  ma 
gratitude  pour  leur  bienveillante  collaboration. 


L.  Bonnard. 


I 


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I 


. 


INTRODUCTION 

O ' T j C ' 1 


CONNAISSANCE  DES  EAUX  TH  ER  MALES 
ANTÉRIEURE  MENT  A LA  CONQUÊTE  ROMAINE 

t 

L’étude  que  nous  nous  proposons  d’entreprendre  est 
assez  vaste,  même  limitée  à l’époque  gallo-romaine, 
pour  que  nous  ne  cherchions  pas  à l’étendre  encore  à 
d’autres  périodes  de  notre  histoire.  Il  nous  semble  indis- 
pensable, cependant,  au  seuil  de  ce  travail,  de  jeter  un 
coup  d’œil  sur  les  temps  qui  ont  précédé  la  venue  des 
légions  de  César  dans  notre  pays,  afin  de  rechercher  si 
un  usage  antérieur  de  nos  eaux  thermales  et  minérales 
n’y  a pas  laissé  quelques  traces. 

La  présence  de  nombreux  silex  taillés  ou  polis  dans  les 
bassins  ou  aux  abords  de  plusieurs  de  ces  sources  est  un 
indice  certain  qu’elles  n’étaient  pas  restées  inconnues  de 
nos  lointains  ancêtres,  perdus  dans  les  brumes  de  la  pré- 
histoire. Esmonnot,  l’architecte  des  thermes  de  Néris, 
frappé  de  la  quantité  de  silex  travaillés  découverts  dans 
le  voisinage  des  eaux,  avait,  l’un  des  premiers,  émis  cette 
opinion.  Vichy  a fourni  un  nombre  considérable  de  silex 


LA  GAULE  THERMALE 


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taillés  et  polis;  il  en  a été  de  même  à Bourbon-F Archam- 
bault. 

A Saint-Honoré,  des  silex  taillés  ont  été  recueillis  lors 

r-*— — — _ — 

des  travaux  exécutés  pour  le  déblaiement  des  sources 
minérales.  En  1840,  le  docteur  Robert,  de  Bourbon-Lancy, 
recueillit  au  fond  d’un  puits,  au  cours  de  travaux  de  répa- 
ration des  piscines,  des  haches  en  silex  polis  et  taillés, 
des  couteaux  et  des  grattoirs  en  silex  et  des  haches  de 
bronze.  Les  instruments  de  pierre  gisaient  bien  au-des- 
sous des  captages  gallo-romains. 

Lors  des  travaux  exécutés  en  1874  au  Puisard  Romain, 
à Bourbonne,  découverte,  à 6 mètres  au-dessous  du 
niveau  général  du  sol,  de  silex  travaillés,  que  l’ingénieur 
chargé  de  la  conduite  des  travaux  (1)  considéra,  après  un 
examen  attentif,  comme  provenant  d’un  gisement  d’objets 
préhistorisques,  placé  au-dessous  de  la  nappe  de  béton 
des  constructeurs  romains  (2). 
r Voici  donc,  dès  les  temps  préhistoriques,  des  groupe- 
ments humains  attirés  et  fixés  aux  alentours  des  sources 
thermales,  sans  nul  doute  à raison  des  multiples  services 
que  pouvaient  leur  rendre  ces  eaux  naturellement 

(1)  Rigaud,  Notice  sur  les  travaux  exécutés  à Bourbonne-les-Bains.  Annales 
des  Mines,  7°  série,  t.  XVII,  1880. 

(2)  Si  nous  sortons  de  la  Gaule,  nous  trouvons  un  exemple  frappant  de 
cette  antique  pratique  aux  fameuses  N aux  Apollinaires,  si  célèbres  dans 
l’antiquité,  et  aujourd’hui  modeste  station  balnéaire  voisine  du  bourg  de 
Vicarello,  dans  l’ancienne  Étrurie.  Au  cours  de  fouilles  pratiquées  en  1852 
dans  le  bassin  qui  alimentait  l’une  des  piscines,  on  a découvert  une  couche 
de  silex  de  l’époque  néolithique,  une  couche  d ’œs  rude,  métal  brut  anté- 
rieur au  monnayage  le  plus  élémentaire,  une  assise  de  lingots  d’airain, 
æs  grave  signatum,  qui  dénotent  déjà  un  certain  progrès,  puis  une  couche 
épaisse  de  poteries,  de  monnaies  de  tons  les  âges  et  de  vases  en  bronze  et 
en  argent,  parmi  lesquels  les  quatre  fameux  gobelets  en  argent,  dits 
Vases  Apollinaires,  qui  portent  gravé  sur  leurs  lianes  l’itinéraire  de 
Cadix,  l’ancienne  Gadès,  à Rome.  Nulle  part  la  succession  des  mêmes  rites 
se  perpétuant  à trave  s les  âges  n’apparaît  d'une  façon  plus  éclatante. 


[ N T R 0 D U C T 1 0 N 


V I F 


chaudes;  mais  c'est  à cela  que  doivent  se  borner  nos  cons- 
tatations. Les  préhistoriques  usèrent-ils  des  sources  dans 
un  autre  but  que  la  satisfaction  de  leurs  besoins  journa- 
liers? Connurent-ils.  tout  au  moins  de  la  façon  la  plus 
rudimentaire,  les  propriétés  médicales  de  ces  sources  ? y 
Furent-elles  pour  eux  l’objet  d un  certain  culte,  dont  un 
rite  nous  serait  révélé  par  la  présence  aux  environs  ou 
dans  les  vases  de  certains  bassins  de  ces  silex  qu’on  a 
considérés  comme  votifs? 

Cela  me  semble  assez  probable,  mais  nous  sommes 
réduits  sur  ces  questions  à de  simples  suppositions,  et  il 
est  peu  vraisemblable  qu’aucune  découverte  vraiment 
probante  vienne  jamais  jeter  la  lumière  sur  ce  côté  parti- 
culier de  notre  obscur  passé. 

Mais  si  nous  n’avons  que  des  données  tout  à fait  vagues 
sur  ces  lointaines  époques,  il  n’en  est  pas  de  même  des 
temps  qui  précédèrent  de  plus  ou  moins  près  la  conquête 
romaine,  et  qui  nous  ont  laissé  près  des  sources  thermales, 
non  plus  seulement  des  restes  d’habitat,  mais  des  traces 
certaines  d’une  utilisation  spéciale  et  d’une  appropriation 
à des  besoins  déterminés. 

Signalons,  tout  d’abord,  la  présence  maintes  fois 
signalée  autour  des  sources  ou  dans  les  sources  de  mon- 
naies  gauloises.  On  a objecté  que  ces  monnaies  avaient 
pu  être  déposées  après  l’établissement  des  Romains, 
mais,  sur  certains  points,  la  succession  des  périodes 
d’occupation  est  nettement  établie.  C’est  ainsique  le  doc- 
teur Robert,  lors  des  travaux  de  Bourbon-Lancy  dont 
nous  venons  de  parler,  recueillit  des  monnaies  gauloises 
et  des  tessons  de  très  anciennes  poteries  entre  la  couche 
de  silex  taillés  et  Ja  couche  à monnaies  et  débris  romains. 


VIII 


LA  GA U LL  THERMALE 


Plombières  aurait  été  fréquenté  avant  l’époque  gallo- 
romaine,  d’après  l’ingénieur  .luthier,  qui  a attribué  à cer- 
tains colliers  et  objets  de  parure  provenant  de  cette 
station  une  origine  pré-romaine. 

A Luxcuil,  on  a reconnu  à plusieurs  reprises,  notam- 
ment en  1764  et  en  1857,  des  travaux  exécutés  en  énormes 
pierres  brutes  ou  grossièrement  taillées  au  marteau,  qui 
semblent  s’écarter  tout  à fait  de  la  manière  de  construire 
/•  des  Romains  et  avoir  appartenu  à des  ouvrages  antérieurs 
aux  leurs  (1). 

Dans  cette  même  station,  en  1865,  les  fouilles  exécutées 
pour  des  travaux  de  captage  à la  source  dite  du  Pré-Mar- 
tin, mirent  à découvert,  à 15  mètres  en  aval  de  la  source, 
dans  une  terre  noire  située  entre  la  roche  et  le  terrain 
qui  supportait  les  fondations  d’importantes  constructions 
romaines,  un  amas  de  figurines  en  bois  de  chêne,  d’un 
caractère  gaulois  très  marqué  (2),  et  qui  furent  trouvées 
entremêlées  de  cendres  et  de  débris  de  bois  brûlé.  Le 
terrain  supérieur  « n’est  pas  là  du  sable  amené  par  les 
eaux  torrentielles;  il  est  établi  de  main  d’homme.  Ce  que 
nous  savons  des  mœurs  antiques  fait  supposer  avec  beau- 
coup de  vraisemblance  qu’il  a servi  de  sol  artificiel  cou- 
vrant quelque  dépôt  sacré  d’ex-voto  d’un  âge  anté- 
rieur (3).  » 

A Bourbonne-les-Bains,  dit  le  docteur  Regnard  (4),  a la 


(1)  Chapelain,  Propriétés  physiques,  chimiques  et  médicinales  des  eaux 
minéro-thermales  de  Luxeuil,  avec  quelques  recherches  historiques,  1857.  — 
Grandmougin  et  Garnier,  Histoire  de  la  Ville  et  des  Thermes  de  Luxeuil,  1866. 

(2)  Voir  p.  273. 

(3)  Delacroix,  Luxeuil,  ville,  abbaye  et  thermes.  Mémoires  de  la  Société 
(/’ Emulation  du  Doubs,  4°  série,  vol.  111,  1867. 

(4)  Bourbonne  ; son  nom;  ses  origines;  ses  antiquités  gallo-romaines;  ses 
établissements  thermaux,  etc.  Mémoires  de  la  Société  historique  et  archéolo- 
gique de  Langres. 


INTRODUCTION 


IX 


ville  ne  date  pas  seulement  des  Romains;  les  travaux 
qu’on  leur  doit  semblent  même  avoir  mis  sur  la  voie  de 
constructions  plus  anciennes  et  plus  profondes  que  les 
leurs.  Ce  qui  est  vraisemblable,  au  moins,  pour  ne  pas 
dire  certain,  c’est  que  les  eaux  n’ont  pu  rester  sans  usage 
à aucune  époque  et  que  les  Gaulois  ont  dû  les  utiliser  à 
leur  façon.  » D’après  le  docteur  Drescli  (1)  et  le  profes- 
seur Garrigou,  la  connaissance  et  l’utilisation  de  l’une 
des  sources  d’Ax  (Ariège),  celle  du  Couloubret,  remonte- 
raient à une  époque  antérieure  peut-être  de  plusieurs 
siècles  à la  renaissance  des  eaux  dès  les  premiers  siècles 
de  l’ère  chrétienne.  En  1867,  on  trouva  des  restes  de  cap- 
tage composés  de  pilotis,  de  tuyaux  de  bois  et  de  maçon 
nerie  très  grossière,  ensevelis  sous  un  dépôt  de  plusieurs 
mètres,  constitué  par  des  blocs  de  granit,  des  cailloux 
roulés,  de  l’argile,  au  milieu  duquel  on  rencontra  des 
troncs- d’arbres  et  une  quantité  de  débris  végétaux  parfai- 
tement reconnaissables,  parmi  lesquels  des  noisettes. 

Au  Mont-Dore,  la  démonstration  est  plus  éclatant^ 
encore.  Le  12  juillet  1823,  l’extirpation  d’une  masse 
rocheuse  composée  d’un  dépôt  formé  parles  eaux,  masse 
engagée  dans  les  fondements  de  l’établissement  gallo- 
romain,  a mis  à découvert  une  piscine  quadrangulaire, 
en  madriers  de  sapin  équarris,  pouvant  admettre  une 
quinzaine  de  personnes  àla  fois,  et  si  bien  conservée  qu’on 
aurait  pu  encore  s’y  baigner.  Le  docteur  Bertrand  (2)  a 
rapporté  cette  découverte  dans  tous  ses  détails  et  il 
résulté  d’une  façon  évidente  de  ses  observations  que  ce 
dépôt  avait  été  constitué  par  le  glissement  des  eaux  des 

(1)  Truité  comjdel  des  eaux  d’Ax,  1897. 

(2)  Noie  sur  les  antiquités  déconcertes  au  Mont  d’Or , 1844. 


X 


LA  GAULE  THERMALE 


lors  de  la  venue  des  Romains,  puisqu’ils  ont  bâti  sur  le 


Ces  bassins  en  bois,  utilisant  l’eau  à son  point  d’émer- 


gence, ou  recueillant  celle  qui  glissait  le  long  des  parois 
des  roches,  furent  très  vraisemblablement  le  mode  de 
' captage  gaulois,  présentant  déjà  un  sensible  progrès  sur 
les  époques  tout  à lait  primitives,  au  cours  desquelles  les 
flaques  d’eau  thermale,  éparses  sur  le  sol,  au  milieu  des 
sables  et  des  boues,  durent  constituer  les  premières  bai- 
gnoires. Ce  procédé  continua,  d’ailleurs,  à être  employé 
en  Gaule  et  nous  retrouverons,  lorsque  nous  étudierons 
le  captage  et  l’ aménagement  des  sources  thermales,  un 
certain  nombre  d’exemples  de  l’emploi  des  boisages, 
notamment  pour  l’établissement  des  puits.  Il  est  très  pos- 
sible que  certains  de  ces  travaux  aient  été  des  œuvres 
purement  gauloises,  restées  en  service  après  l’occupation 
romaine. 

Remarquons  aussi,  à un  autre  point  de  vue,  que  la 
vénération  particulière  des  Gaulois  pour  les  eaux  et  le 
culte  dont  ils  entouraient  les  sources  autorisent  à penser 
qu’ils  n’ont  pas  laissé  de  côté  les  eaux  thermales  et  que, 
tout  en  les  confondant  peut-être  au  point  de  vue  religieux 
avec  les  autres  sources,  il  n’en  ont  pas  moins  reconnu  et 
apprécié  les  bienfaits.  Les  nombreux  dieux,  à noms  net- 
tement indigènes,  que  nous  trouverons  aux  différents 
Bourbon,  à Evaux,  à Luxeuil,  dans  les  Pyrénées,  etc., 
sont  certainement  des  divinités  nationales,  antérieures  à 
la  conquête,  qu’on  n’eût  certes  pas  inventées  si  l’usage 
des  eaux  et,  par  suite,  le  culte  qu’on  leur  rendait,  avait 


dépôt  qui  l’enveloppait. 


INTRODUCTION 


XI 


été  de  pure  importation  romaine.  Le  Panthéon  latin  était 
assez  riche  et  les  conquérants  avaient  amené  à leur  suite 
assez  de  divinités  de  tout  genre  pour  que  nos  ancêtres 
n’aient  pas  eu  besoin  de  créer  cet  Olympe  spécial  et 
d’en  faire  les  protecteurs  de  leurs  sources,  si  ces  derniers 
n’avaient  pas  existé  antérieurement.  Peut-être  les  sta- 
tions de  création  nouvelle  se  placèrent-elles  sous  1 égide 
des  divinités  romaines;  les  dieux  d’importation  latine 
vinrent  également  se  juxtaposer  dans  les  anciens  lieux 
de  culte  aux  vieux  génies  locaux,  mais  ceux-ci  tinrent 
bon  et  leurs  noms,  gravés  sur  la  pierre  ou  le  bronze,  ont 
apporté  jusqu’à  nous  le  témoignage  de  la  vénération  dont 
leurs  adorateurs  gaulois  entouraient  déjà  certaines  sources 
thermales. 

Nous  n’avons  pas  tenu  compte  de  l’inscription  sui- 
vante : 

LIXOVII-  THERM 
REPAR-  LAJBIENVS 
IVSSV-  C-  IVL-  CAES 
IMP 

souvent  citée  et  qui  a été  découverte  à Luxeuil,  dans  le 
courant  du  dix-huitième  siècle.  Ce  texte  mentionnant  des 
réparations  exécutées  aux  thermes  de  cette  ville  par 
Labiénus,  sur  l’ordre  de  J.  César,  on  en  tirait  la  preuve 
de  l’existence  pré-romaine  de  cette  station  thermale. 
Malheureusement,  la  fausseté  de  ce  monument  épigra- 
phique semble  bien  démontrée  aujourd’hui,  ainsi  que  nous 
le  verrons  dans  un  chapitre  suivant,  lorsque  nous  nous 
occuperons  des  renseignements  fournis  par  les  inscrip- 
tions sur  certaines  stations  thermales. 


i 


LA 


\ 


GAULE  THERMALE 


PREMIÈRE  PARTIE 

LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS 


CHAPITRE  PREMIER 

<■  • . * 

I.  Les  bains  dans  l’antiquité.  — Le  bain  chez  les  Grecs.  — Le  bain  chez  les 
Romains.  — IL  Les  thermes.  — Moyens  de  chauffage  et  d’aération^— 
III.  Usage  et  abus  des  bains.  — IV.  Action  du  bain  simple.  — Bains- 
médicamenteux.  — Bains  de  mer.  — Hydrothérapie. 


I 

Les  Rains  ont  tenu  une  telle  place  dans  la  vie  antique,  qu’a- 
vant d'aborder  l’étude  spéciale  des  Eaux  Minérales,  nous 
avons  jugé  utile,  comme  entrée  en  matière,  de  jeter  un  coup 
d'œil  rapide  et  succinct  sur  l’aménagement  et  les  usages  des 
Thermes  chez  les  Anciens. 

Chez  les  Grecs,  le  Rain  chaud  (car  le  Bain  froid  a été 
connu  de  tout  temps),  remonte  à la  plus  haute  antiquité.  C’est 
ainsi  que  dans  Homère  on  voit  Hélène,  et  plus  tard  Calypso  et 
Circé,  baigner  Ulysse.  C’était  une  marque  d’attention  pour  un 
hôte  que  de  le  faire  baigner  par  les  esclaves  et  souvent  par  la 
femme  ou  les  filles  de  la  maison.  Les  Bains  se  prenaient  dans 


1 


LA  GAULE  THERMALE 


2 

une  cuvé  reposant  sur  un  trépied  au-dessous  duquel  était  le 
feu;  elle  servait  à une  ou  plusieurs  personnes,  on  l’appelait 
aaatxtvOoç  ou  ttveXoç  ou  gaxxpa;  axoepr)  lorsqu’elle  était  en  forme 
de  navire.  Parfois  les  bains  se  prenaient  dans  des  piscines 
permettant  la  natation  (1). 

Les  servantes  versaient,  pendant  le  bain,  de  l’eau  chaude 
sur  les  épaules  du  baigneur  qui,  au  sortir  de  l’eau,  était  essuyé 
et  frotté  d’huile. 

L’usage  du  Bain  ne  fut  jamais  aussi  fréquent  en  Grèce  qu’il 
le  devint  plus  tard  à Rome.  Si,  à Athènes,  on  encouragea 
l’usage  de  la  natation  et  du  Bain  froid,  celui  des  Bains  chauds 
fréquents  fut  considéré  comme  un  signe  de  mollesse  et  fut 
même  réglementé.  Les  Bains  publics  n’avaient  pas  le  droit  de 
s’établir  en  ville.  A Sparte  la  rigidité  des  habitants  s’accom- 
modait mal  de  tels  usages  et  c’était  le  Bain  froid  dans  l’Eurotas 
qui  était  à peu  près  seul  pratiqué. 

Néanmoins,  plus  tard,  les  Bains  publics  et  privés  se  multi- 
plièrent chez  les  Grecs;  on  y adjoignit  des  gymnases,  des 
palestres,  des  stades  (2). 

Les  Romains  empruntèrent  beaucoup  aux  Grecs  pour 
l’agencemênt  des  Bains  et  dépassèrent  certainement  leurs 
maîtres.  Galien  dit  que  les  Grecs  contemporains  d’Hippocrate 
étaient  mal  montés  en  fait  de  bains. 

Dans  les  premiers  temps  de  la  République,  les  Romains  se 
contentaient  de  se  laver  tous  les  huit  jours  dans  une  pièce 
spéciale  nommée  lavatrinci  ou  latrina , établie  près  de  la  cuisine 
pour  avoir  de  l’eau  chaude  à proximité.  On  trouve  des  bains 
de  ce  genre  dans  la  maison  dite  du  Faune,  à Pompéi  et  dans 
la  maison  de  Livie  à Rome.  Plus  tard,  ils  firent  usage  du 
Balnemrn.  du  grec  BaXavsiov.  Mais  ces  premières  salles  de  bains 
étaient  d’une  simplicité  rudimentaire  en  comparaison  de  celles 
qu’on  eut  plus  tard.  Nous  pouvons  en  juger  par  la  descrip- 

(1)  Vase  du  Louvre,  portant  la  signature  du  peintre  Androkidès.  — 
Daremrerg  et  Saglio,  Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines. 
V.  Balneum. 

(2)  Vitruve,  De  V Architecture,  liv.  V,  cliap.  xi. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  3 


tion  donnée  par  Sénèque  du  bain  de  Scipion  l’Africain  à 
Lifernum  (1). 

Ce  texte  nous  donne  à peu  près  la  date  de  la  transforma- 
tion des  Bains,  qui  n’eut  pas  lieu  avant  la  lin  de  la  deuxième 
guerre  punique,  c’est-à-dire  avant  la  fin  du  troisième  siècle 
avant  Jésus-Christ  au  plus  tôt.  Ce  fut  dans  les  derniers  temps 
de  la  République  qu’un  certain  Sergius  Oratafit  élever  un  bain 
au-dessus  d’un  hypocauste.  Plus  tard  Agrippa  inventa,  dit=on, 
te  laconicim;  on  en  voyait  un  dans  les  superbes  thermes  qu’il 
fit  construire  et  qui  contenaient  toutes  les  commodités  et 
tous  les  perfectionnements  alors  connus. 

Le  Bain  romain  comprenait  quatre  phases.  Galien  en  donne 
la  description  suivante  : « Le  bain  complet  se  divise  en  quatre 
parties  différentes  par  leurs  propriétés.  En  entrant  dans  les 
Thermes  on  se  soumet  à l'influence  de  l’air  chaud,  ensuite  on 
se  met  dans  l’eau  chaude,  puis  en  sortant  on  se  jette  dans 
l’eau  froide,  enfin  on  se  fait  essuyer  la  sueur.  » 


II 


A ces  différentes  phases  de  la  balnéation  correspondaient 
les  dispositions  suivantes  dans  la  construction  : 

L’A  podyterium; 

Le  Caldarium  ; 

Le  Tepidar  ium  ; 

Le  Frigidarium. 

Les  Thermes  delà  Villa  de  Diomède,  à Pompéi,  nous  donnent, 
dans  une  grande  maison  privée,  un  exemple  de  ces  instal- 
lations. /. 

L ’apodyterium  était  la  pièce  dans  laquelle  on  se  déshabillait;  \ 
le  pourtour  en  était  garni  de  tablettes  ou  de  niches,  où  l’on 

(1)  Sénèque,  Ëpître,  86. 


4 


LA  G A U L K THERMALE 


conservait  les  parfums,  l'huile,  les  strigiles,  etc.  Dans  les  bains 
publics,  il  y avait  parfois  des  séries  de  petits  placards  fermés. 

Le  tepidarium,  à chaleur  douce,  était  habituellement  chauffé 
par  des  réchauds  comme  ceux  qu’on  a trouvés  à Pompéi  dans 
les  bains  publics.  Cependant,  dans  quelques  intubations, 
comme  nous  le  verrons  plus  loin,  cette  salle  se  trouve  au- 
dessus  d’une  chambre  de  chauffe  communiquant  par  un 
étranglement  avec  Phypocauste  (1). 

A côté  se  trouvait  le  caldarium  ou  sudatorium , concamerata 
lavatio , dont  l’une  des  extrémités  se  terminait  carrément  tandis 
que  l’autre,  en  forme  de  voûte,  était  arrondie  au  compas.  Cette 
pièce  se  divisait  en  deux  parties,  souvent  sans  séparation, 
parfois  formées  par  un  refend.  L’une  était  voûtée  en  forme 
d’abside,  afin  qu'elle  reçût  également  en  son  milieu  la  force  de  la 
vapeur  chaude  qui  tourne  et  s’épand  dans  toute  sa  cavité  (2), 
c’était  le  laconicum.  D’après  Vitruve  il  devait  avoir,  ainsi  que 
le  tepidarium , autant  de  largeur  que  de  hauteur.  Dans  la  partie 
voûtée  se  trouvait  une  fenêtre  fermée  par  un  bouclier,  clypeus, 
manœuvré  au  moyen  d’un  jeu  de  chaînes  et  servant  à l’aéra- 
tion et  à la  régulation  de  la  température.  Au  centre  on  voyait 
le  labrum,  vasque  ronde  pour  les  ablutions.  En  face  du  laco- 
nicum, dans  la  partie  carrée,  se  trouvait  la  baignoire,  qui 
portait  le  nom  d 'alveus,  calda  lavatio,  calda  natatio , piscina,  selon 
les  dimensions,  descensio,  solium,  selon  qu’on  y descendait 
ou  qu’on  pouvait  s’y  asseoir. 

Pour  certains  auteurs,  le  mot  de  laconicum  ne  s’applique  pas 
à la  salle  elle-même,  mais  à une  sorte  de  poêle  placé  dans  le 
caldarium,  communiquant  directement  avec  Phypocauste  et. 
laissant  passer  la  flamme  qui  s’échappait  par  le  clypeus.  C’est 
une  erreur  à laquelle  a donné  naissance  un  dessin  en  coupe 
des  Thermes  de  Titus,  tenu  longtemps  pour  antique  et  qui  est 
l’œuvre  d’un  architecte  du  seizième  siècle.  C'est  donc  bien  à 
la  salle  elle-même  que  s’applique  le  nom. 


(1)  Général  Morin,  Mémoires  de  l’Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres, 
lri!  série,  t.  VIII,  2°  partie,  17  novembre  1871. 

(2)  Vitruve,  op.  cil.,  liv.  V,  chap.  x. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  5 


Pour  augmenter  cl  régulariser  la  température  du  sudatorium , 
ainsi  que  pour  l’aération  de  la  salle,  l’intérieur  des  murs  de 
l’abside  comprenait  des  tuyaux,  souvent  de  deux  ordres,  les 
uns  horizontaux,  les  autres  verticaux,  plongeant  dans  1 liypo- 
causte.  Nous  y reviendrons  en  parlant  de  la  tubulation. 

Le  caldarium  se  trouvait  au-dessus  de  l’hypocauste.  Sous  ce 
nom,  on  désigne  un  ensemble  d’appareils  de  cbaullagc  com- 
prenant le  fourneau , le  canal,  les  chambres  de  chaleur  et  la  tubu- 
lation. On  emploie  aussi  le  nom  d’hypocausis,  mais  celte  déno- 
mination désigne,  en  réalité,  la  chambre  chauffante,  tandis 
que  le  nom  d’hypocauste  s’applique  surtout  aux  chambres  de 
chaleur.  Suivant  un  usage  généralement  accepté,  nous  emploie- 
rons le  terme  d’hypocauste  pour  l’ensemble  des  divers 
organes. 

Le  fourneau,  prœfurnium,  chambre  ronde  ou  rectangulaire, 
voûtée,  était  une  sorte  de  four  à double  but  : il  chauffait  des 
chaudières  remplies  d’eau  et  envoyait  de  l’air  chaud  dans  les 
chambres  de  chaleur  par  le  canal.  Celui-ci  prenait  naissance 
sur  une  des  parois  du  fourneau  et  aboutissait  aux  chambres 
chaudes.  Le  sol  en  était  formé  de  briques  posées  verticale- 
ment, profondément  striées  et  ayant  des  joints  soigneusement 
recouverts  de  glaise. 

Les  chambres  de  chaleur,  situées  immédiatement  au-dessous 
du  caldarium , auquel  elles  servaient  de  sous-sol,  de  dimensions 
variables  selon  l’espace  qu’elles  devaient  chauffer,  étaient  des 
chambres  basses,  de  40  à 60  centimètres  de  hauteur  et  ayant 
au  plafond  une  voûte  appelée  suspensura,  reposant  sur  des 
séries  de  piliers  en  briques  ou  en  pierre,  ou  quelquefois  formés 
par  des  colonnettes  creuses  en  terre  cuite  (fuj.  i).  On  posait 
sur  ces  piliers  de  larges  dalles,  disposées  de  telle  sorte  que 
chacune  d’elles  reposât  sur  quatre  piliers,  puis,  sur  le  sol  bien 
uni  que  formait  la  partie  supérieure  de  ces  dalles,  on  éten- 
dait du  mortier  ou  de  la  terre  glaise,  recouvert  d’un  lit  de 
cai lion tis  ou  de  briques  concassées  noyés  dans  du  ciment.  Une 
dernière  couche  de  ciment  complétait  le  revêtement  de  ce  sol 
imperméable. 


G 


LA  GAULE  THERMALE 


Le  courant  de  gaz  chauds  et  de  fumée  qui  se  répandait  dans 
la  chambre  basse  y déterminait  un  échauflement  tel  que  la 
température  pouvait  s’élever  jusqu’à  150"  ou  200°. 

Dans  un  certain  nombre  d’installations,  on  trouve,  sous  le 
tepidarium,  une  seconde  chambre  de  chaleur  communiquant 
avec  la  première  au  moyen  d’un  étranglement.  Il  en  résultait 


Fig.  1.  — HYPOCAUSTE. 
Square  du  musée  d’antiquités  à Angers. 


que  la  pression  et  la  densité  du  gaz  et,  par  suite,  la  quantité 
de  chaleur  étaient  moindres  sous  le  tepidarium  que  sous  le 
sudatorimn. 

La  chaleur  des  hypocaustes  a aussi  été  mise  à contribution 
pour  élever  la  température  dans  les  maisons  et  quelquefois 
pour  tiédir  directement  l’eau  dans  des  baignoires.  Mais,  presque 
toujours,  cette  eau  était  chauffée  dans  des  chaudières  à 
disposition  ingénieuse,  situées  directement  au-dessus  du  four- 


neau. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  7 

Ces  chaudières,  appelées  aussi  miliaria , à cause  de  leur 
ressemblance  avec  les  bornes  milliaires,  étaient  en  triple 
besace  et  contenaient  de  l'eau  à températures  différentes. 
D’autres  n'avaient,  que  deux  récipients,  l’inférieur,  pour  l’eau 
bouillante;  le  supérieur,  pour  l’eau  tiède.  Un  système  de 
tuyautage  et  de  robinets  permettait  de  faire  le  mélange. 

La  tubulation,  ou  ensemble  de  circulation  des  tuyaux  d’air 
et  de  fumée,  était  un  des  rouages  les  plus  importants  des 
bains  antiques.  Son  rôle  était  multiple  : elle  servait  à élever 
la  température  par  une  utilisation  bien  comprise  de  la  cha- 
leur, à sa  régulation  et  à l’aération  indispensable  dans  ces 
salles  dont  l'air  était  vicié  par  la  respiration  et  la  transpira- 
tion des  baigneurs.  Les  tuyaux  qui  la  constituaient  étaient 
verticaux  ou  horizontaux. 

Les  premiers  (cuniculi,  impressi  parietibus  tubi ),  en  terre 
cuite,  étaient  généralement  rectangulaires,  plus  rarement 
cylindriques  et  montaient  dans  le  mur,  entre  le  gros  œuvre  et 
le  revêtement.  D’après  le  général  Morin,  qui  a étudié  si  savam- 
ment le  chauffage  et  la  ventilation  chez  les  Romains,  ces 
tuyaux  plongeant  par  leur  partie  inférieure  dans  l’hypocauste 
servaient,  tout  en  chauffant  les  parois,  de  conduits  pour  le 
dégagement  de  la  fumée  et  devaient,  dans  la  partie  supérieure 
des  édifices,  s’incliner  et  se  réunir  par  groupes  sous  une  même 
tète  de  cheminée.  Cette  disposition,  constatée  à l’hypocauste 
de  la  Carrière-du-Roi,  dans  la  forêt  de  Compiègne,  lui  avait 
semblé  si  logique,  que  le  général  était  persuadé  qu’elle  devait 
se  retrouver  dans  toutes  les  installations  du  même  genre.  On 
s’explique  difficilement,  d’ailleurs,  qu'il  ait  pu  en  être  autre- 
ment. Il  était  indispensable  d’avoir  un  mode  d’évacuation  de 
la  fumée  et  des  gaz  délétères  provenant  de  la  combustion  et 
ce  résultat  ne  pouvait  être  obtenu  par  des  tuyaux  débouchant 
dans  les  pièces  supérieures,  où  l’air  fût  devenu  rapidement 
irrespirable.  Cependant,  dans  beaucoup  de  fouilles,  on  n’a  pas 
rencontré  ces  tuyaux  d’évacuation  de  fumée,  et  M.  Thédenat 
constate  que,  dans  un  certain  nombre  d’hypocaustes,  on  n’a 
pas  trouvé  trace  de  conduits  autres  que  quelques  tuyaux 


8 


LA  GAULE  THERMALE 


allant  directement  de  l’hypocauste  dans  l’intérieur  de  la  pièce 
qui  devait  être  chauffée.  Pour  expliquer  leur  fonctionnement, 
il  a émis  l’hypothèse  que  le  chauffage  ne  devait  se  faire  que 
par  de  la  braise  ardente  préparée  à l’air  libre.  Tout  d’abord, 
il  semble  qu’il  aurait  été  bien  difficile  de  produire,  par  un 
semblable  procédé,  une  élévation  sérieuse  de  température.  En 
outre,  s’il  en  avait  été.  ainsi,  pourquoi  aurait-on  construit  ces 
foyers,  dont  on  rencontre  toujours  la  trace,  tout  à fait  inutiles 
puisque,  le  bois  étant  brûlé  au  dehors,  il  eut  suffi  de  répandre 
la  braise  sur  l’aire  de  Thypocauste  ? 

« Ou  peut-être,  ajoute  le  savant  archéologue,  l’air  chaud, 
après  avoir  parcouru  les  salles  du  sous-sol  encombrées  de 
piliers,  pénétrait-il  dans  les  tuyaux,  purifié  et  débarrassé  de 
la  fumée  déposée  en  suie  contre  les  obstacles  qu’offraient  les 
angles  des  piliers.  » 

J’avoue  que  cette  seconde  hypothèse  ne  me  séduit  pas  plus 
que  la  première  et  que  je  la  crois  absolument  inconciliable 
avec  les  lois  les  plus  élémentaires  de  la  physiologie  et  de 
l’hygiène. 

En  résumé,  ces  conduits  d’évacuation  de  fumée  sont  indis- 
pensables et  il  paraît  bien  probable  que  si  on  n’en  a pas 
trouvé  dans  toutes  les  fouilles,  c’est  que  leur  destruction  trop 
complète  n’a  pas  permis  d’en  distinguer  les  vestiges.  Des 
fouilles  récentes,  suivies  à Beauvais  par  MM.  A cher  et  Le- 
blond (1),  qui  ont  amené  la  découverte  d’un  balnéaire  gallo- 
romain  à côté  et  sous  le  sol  même  de  l’église  Saint-Étienne, 
nous  fournissent  de  précieux  renseignements  sur  cette  matière 
et  semblent  bien  démontrer  l’existence  d’un  double  système 
détubulation.  Les  fouilles  ont  donné  des  tuyaux  en  poterie  de 
deux  sortes.  Les  uns  pleins,  sans  traces  de  perforations,  pré- 
sentaient à l’intérieur  des  traces  de  suie,  et  les  fouilleurs  ont 
pu  constater,  sur  deux  ou  trois  points  où  la  destruction 
n’était  pas  complète  et  où  les  suspensurœ  étaient  restées  en 
contact  avec  le  mur,  que  ces  conduits  prenaient  jour  dans 

(1)  Le  Balnéaire  gallo-romain  de  Beauvais.  Congrès  archéologique  de 
France  tenu  à Beauvais,  1905. 


LA  MEDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS 


9 


l'hypocauste.  C’étaient  là  les  véritables  conduits  de  fumée; 
les  cheminées  d’évacuation  pour  les  gaz  et  les  vapeurs.  Les 
seconds  n’offraient  à l’intérieur  aucune  trace  de  suie  ou  de 
fumée  et  portaient  des  ouvertures  sur  une  de  leurs  sur- 
faces (1). 

Les  tuyaux  horizontaux  avaient  surtout  pour  destination  le 
renouvellement  de  l’air  et  la  régulation  de  la  température. 
Ils  introduisaient  dans  la  salle  un  certain  volume  d’air  pris 
au  dehors  et  échauffé  par  sa  circulation  dans  les  premiers 
branchements  disposés,  soit  au-dessus  du  foyer  lui-même, 
soit  dans  l’épaisseur  des  suspensurœ,  ainsi  que  l’ont  constaté 
MM.  Acher  et  Leblond  dans  le  balnéaire  de  Beauvais.  Sur  ces 
conduites  venaient  se  greffer  des  tuyaux  verticaux  très  carac- 
téristiques de  leur  destination.  Une  de  leurs  faces,  striée  au 
peigne  pour  la  rendre  plus  facilement  adhérente,  était  appli- 
quée contre  le  mur  et,  sur  la  face  opposée,  étaient  des  ouver- 
tures par  lesquelles  s’introduisait  en  minces  filets  l’air  préala- 
blement échauffé. 

Cette  arrivée  d’air  tiède  pouvait,  dans  une  certaine  mesure, 
servir  à régulariser  la  température  dans  une  salle  surchauffée, 
mais  ce  résultat  était  surtout  obtenu  par  la  manœuvre  du 
cljjpeiis,  principal  organe  d’évacuation  de  l’air  vicié,  concentré 
à la  partie  supérieure  de  la  voûte.  Cette  manœuvre  se  faisait 
à l’aide  d’une  chaîne  et  permettait  de  graduer  l’ouverture  de 
cette  sorte  de  soupape. 

On  voit  ainsi  combien  était  simple  et  pratique  tout  cet 
ensemble  comprenant  : 

1°  Un  système  de  chauffage  qui  consistait  en  : 

a)  Un  foyer  communiquant  avec  une  chambre  de  chauffe  à 
sol  incliné,  légèrement  ascendant.  Il  chauffait  les  suspensurœ , 
formant  au  sudatoriiim  un  sol  épais,  conservant  la  chaleur  et 
absolument  imperméable  aux  gaz. 


(1)  Dans  quelques  hypocaustcs,  notamment  celui  do  Champlicu,  près  do 
la  forêt  de  Compiègne,  on  constate  un  dispositif  différent  : le  caldarium 
possédait  un  double  mur,  les  deux  parois  étant  séparées  par  un  espace 
vide  et  reliées  de  distance  en  distance  par  des  fiches  en  fer. 


10 


LA  GAULE  THERMALE 


b)  Des  tuyaux  d’évacuation  de  la  fumée  et  des  gaz,  disposés 
autour  des  parois  de  la  salle  chauffée,  utilisant  aussi  complè- 
tement que  possible  la  chaleur  produite  par  le  foyer. 

Un  système  d’aération  introduisant  dans  cette  salle,  au 
moyen  des  conduits  perforés,  de  l’air  pris  au  dehors  et 
échauffé  dans  les  premiers  branchements. 


3°  Un  système  d’évacuation  de  l’air  comprimé  à l’aide  du 
clypeus . 

Au  sortir  du  sudatorium,  le  baigneur  passait  dans  le  frigi- 
darium, pour  se  plonger  dans  Yalveus,  rempli  d’eau  froide. 
Cette  piscine,  garnie  sur  son  pourtour  d’un  degré  pour  faci- 
liter la  descente,  occupait  la  presque  totalité  de  la  salle,  lais- 


sant simplement  entre  ses  bords  et  le  mur  l’espace  nécessaire 
à la  circulation . 


Dans  certains  bains  publics  il  y avait  des  chambres  sépa- 
rées contenant  des  baignoires  particulières.  Cette  installation 
était  fréquente  dans  les  stations  thermales. 

L'eau  amenée  dans  un  réservoir  central  se  distribuait  de  là 
dans  des  baignoires  contenues  dans  des  chambres  basses  et 
étroites,  à l’abri  du  froid  et  de  la  grande  chaleur. 

Certains  de  ces  bains,  avec  leurs  ornements  en  stuc  et  leurs 
belles  peintures,  étaient  d’une  richesse  inouïe;  l’onyx,  l’al- 
bâtre, le  jaspe,  le  porphyre,  les  marbres  les  plus  rares  y 
étaient  employés.  L’éclat  en  était  relevé  par  des  mosaïques, 
des  statues  et  des  colonnes;  l’eau  coulait  par  des  robinets 
d’argent  et  les  vases  destinés  à la  recevoir  étaient  du  même 
métal. 

C’est  la  comparaison  de  ces  bains  avec  celui  de  Scipion  qui 
faisait  dire  à Sénèque  : « Qui  se  contenterait  maintenant  de 
telles  étuves!  On  se  croit  misérable  et  mal  ajusté,  si  dans  les 
parois  des  lieux  où  l’on  se  baigne,  l’on  ne  voit  éclater  des 
piliers  de  marbre  d’Alexandrie  marquetés  d’une  pierre  de 
Numidie  et  taillés  en  rond;  si  la  voûte  n’est  cachée  sous  le 
verre;  si  les  cuvettes  où  l’on  entre  après  avoir  bien  sué  n’ont 
les  bords  de  pierre  Thasienne  que  l’on  ne  voyait  autrefois  que 
dans  les  temples  et  si  les  robinets  qui  versent  l’eau  ne  sont 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  11 


d’argent.  Et  je  ne  parle  encore  que  des  bains  du  peuple... 

« Les  bains  de  Scipion  ne  sont  éclairés  que  par  des  fentes; 
aujourd’hui  il  faut  que  le  soleil  entre  dans  ces  bains  d’où  on 
voit  la  campagne.  Autrefois  il  y avait  peu  de  bains,  on  n’y 
allait  que  pour  la  santé.  Les  édiles  Caton,  Fabius  Maximums  y 
allaient  pour  s’assurer  de  leur  état  et  de  la  température  de 
l’eau.  On  prenait  des  bains  tièdes  et  non  bouillants  comme 
aujourd’hui. 

« Les  anciens  se  lavaient  tous  les  jours  les  jambes  et  les 
bras,  mais  ne  prenaient  qu’un  bain  tous  les  huit  jours.  Depuis 
que  les  bains  sont  plus  propres  les  hommes  sont  plus 
sales  (1).  » 


III 


Cette  habitude  des  bains,  qui  a fait  dire  à Pline  que  pen- 
dant six  cents  ans  les  Romains  n’avaient  pas  eu  d’autre 
médecin,  ne  tarda  pas  à dégénérer  en  abus.  On  ne  se  contenta 
plus  alors  du  bain  hebdomadaire,  les  jours  de  marché,  ni 
même  du  bain  quotidien,  mais  on  prit  jusqu’à  cinq  et  six 
bains  par  jour.  Le  besoin  des  soins  de  propreté  des  Romains 
de  cette  époque,  que  Lucilius  a traduit  dans  ces  vers  : 

Hic  crucicitur  faîne 

Frigore,  illuvie,  imbaltinie,  imperfundie,  incurià. 

(Il  souffre  de  la  faim,  du  froid,  de  la  malpropreté,  du 
manque  de  bains,  du  manque  d’eau  pour  se  laver,  du  manque 
de  soins)  (2),  ce  besoin,  excellent  dans  son  essence,  perdait, 
par  son  exagération,  tout  son  côté  hygiénique  pour  faire 
place  au  plaisir.  Les  jours  ne  suffisant  pas,  on  prit  des  bains 
la  nuit,  malgré  quelques  interdictions  momentanées.  Dans  son 

(1)  SÉNÈQUE,  ÎOC.  CÜ. 

(2)  Dupouy,  Médecine  et  mœurs  de  l’ancienne  Rome,  p.  219. 


1 2 


L A GAULE  THERMALE 


Satyricon,  Pétrone  nous  montre  Trimalcion  se  rendant  au  bain 
au  milieu  du  festin  et  y entraînant  ses  convives  : « Vous 


n'aurez  pas  à vous  en  repentir;  j’en  ai  fait  l’essai,  il  est  chaud 


comme  un  four.  » 


La  mollesse,  la  recherche  du  plaisir  avaient  fait  recourir  à 
des  bains  à température  élevée,  comme  le  constate  aussi 
Sénèque,  et  la  facilité  des  mœurs  de  la  Rome  impériale  trans- 
forma souvent  les  bains  publics  en  lieux  de  débauche.  On  en 
vint  à ne  plus  séparer  les  sexes.  Où  sont  les  pauvres  bains 
de  Scipion  et  les  mœurs  pures  des  matrones  des  premiers 
temps  de  la  République  ! 

Les  auteurs  romains,  Pline,  Juvénal,  Galien,  se  sont  élevés 
avec  force  contre  l’abus  des  bains,  tant  au  point  de  vue 
moral  qu’au  point  de  vue  physique.  Bien  que  le  christianisme 
ait  amené  de  ce  côté  une  forte  réaction,  l’usage  du  bain 
romain  n’en  continua  pas  moins  pendant  longtemps.  Il  exis- 
tait encore  au  sixième  siècle,  ainsi  que  le  prouve  la  lettre  de 
Théodoric  à son  architecte  à propos  des  Bains  d’Aponum  (I) . 

Muni  d’un  nécessaire  comprenant  des  linges,  quatre  stri- 

/giles,  une  fiole  d’huile,  am.pulla , une  écuelle  plate  à tige,  une 
boite  d’onguents,  un  peigne,  une  aiguille,  fibula,  et  un 
miroir  (2),  le  baigneur  se  rendait  à l’établissement  thermal  ou 
aux  bains  publics.  A son  entrée  dans  Yapodyterium , il  était 
débarrassé  de  ses  vêtements,  conservés  dans  la  salle  sous  la 
garde  des  esclaves,  capsarii,  car  les  pickpockets  n’étaient  pas 
inconnus  des  Romains  : « Nous  quittons  nos  habits  que  Giton 
fait  sécher  à l’entrée  et  on  nous  introduit  dans  une  étuve  fort 
étroite  (3).  » Après  avoir  revêtu  une  longue  braie  et  chaussé 
Yobstrigillus  ou  sandale  de  bois,  il  pénétrait  dans  le  laconicum. 
Lorsqu’il  en  sortait  tout  en  sueur,  on  l’enveloppait  dans  une 
couverture  de  laine,  on  versait  sur  lui  de  l’eau  chaude,  puis 
il  se  jetait  dans  Yalveus  du  frigidarium. 


(1)  Cassiodore,  Varia  II.  Epist.  39.  — Voir  De  Baltieis  omnia  quoi 
exslans,  etc.  Venetiis,  1533,  p.  95. 

(2)  Rondelet,  les  Pratiques  balnéaires  à travers  les  âges , iu  Médecine 
internationale,  nos  2 et  3,  1905. 

(3)  Pétrone,  op.  cil. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  13 


A la  suite  de  ces  diverses  pratiques  il  passait  au  tepidarium, 
et  là  il  se  livrait  aux  mains  des  masseurs  et  des  parfumeurs, 
et  n’oubliait  de  se  rendre  au  buffet.  « Nous  nous  rendîmes  aux 
Thermes  et  là  nous  passâmes  du  bain  chaud  au  rafraîchissoir. 
On  venait  de  parfumer  Trimalcion  et  les  frottoirs  dont  on 
l’essuyait  étaient,  non  pas  de  lin,  mais  du  molleton  le  plus 
doux.  Trois  garçons  étuvistes  sablaient  le  Falerne  en  sa  pré- 
sence... Bientôt  on  l’enveloppa  d’une  peluche  écarlate, 
puis  on  le  plaça  dans  une  litière  (1).  » 

Tout  d’abord  on  promenait  sur  le  corps  du  baigneur  le  stri- 
r/ile , sorte  de  racloir  en  bois,  en  corne,  en  métal,  de  formes 
diverses,  pour  enlever  la  sueur,  « ces  brosses  à manche  nous 
viennent  de  Pergame.  Si  tu  t’en  frottes  bien  le  corps,  ton 
linge  n’aura  pas  besoin  si  souvent  de  dégraisseur  (2).  » 

Spartien  raconte  que  l’empereur  Adrien,  qui  se  baignait 
souvent  avec  le  peuple,  aperçut  un  jour  un  vieux  soldat  qui, 
n’ayant  personne  pour  lui  racler  la  peau,  se  frottait  le  dos 
contre  le  mur  du  bain.  L’empereur  lui  rendit  le  service  dont 
il  avait  besoin  et  lui  procura  de  quoi  se  faire  servir  désormais. 
Le  lendemain  plusieurs  vieillards  tentèrent  de  se  faire  remar- 
quer par  le  même  moyen,  mais  l’empereur  se  contenta  de  leur 
faire  distribuer  des  strigiles  en  leur  ordonnant  de  s’étriller 
mutuellement  (3). 

Après  le  raclage  au  strigile,  les  fricatores  huilaient  ou  par- 
fumaient, et  les  tractatores  ou  tractàtrices  pratiquaient  le  mas- 
sage. 

Percurrit  agili  corpus  nrte  tractatrix 

Manum  que  doctam  spargit  omnibus  membris  (4). 

Enfin  venait  tout  un  peuple  d’épileurs  : Aliparii,  armés  de  la 
vulcella , pince  à épiler:  d'épileuses,  Picatrices ; de  Tonsores, 
Tonstrices , Comotriœ,  Plectriœ,  Oniatrices,  Comptrices,  dont  les 
doigts  habiles,  les  parfums  savants,  les  onguents  et  les  pou- 

(1)  Pétrone,  op.  cit. 

(2)  Martial,  Epigrammes,  XIV,  51. 

(3)  Dupouy,  loc.  cil.,  p.  273. 

(4)  Martial,  Epigrammes,  III,  81. 


•14 


LA  GAULE  THERMALE 


tires  servaient,  aux  toilettes  compliquées  des  élégants  et  sur- 
tout des  élégantes  de  la  cité  reine  du  monde. 

Les  bains  publics  étaient  sous  la  surveillance  d’officiers 
municipaux,  præfecti  balneis , qui  avaient  sous  leurs  ordres  les 
balnalores  ou  aquarii,  ainsi  (jue  les  aliptœ,  préposés  surtout 
aux  malades;  ces  derniers  se  disaient  médecins  et  se  faisaient 
appeler  iatraieptœ.  L’ouverture  et  la  fermeture  des  bains  étaient 
annoncées  au  son  de  la  trompette,  des  cloches,  ou  de  sortes 
de  gongs  : Sonat  œs  thermarum,  dit  Martial  (l). 

On  a trouvé  à Vichy  un  certain  nombre  de  clochettes  dont 
on  voit  des  spécimens  au  musée  du  Louvre  (2).  Peut-être 
servaient-elles  au  même  usage,  mais  aussi,  sans  doute,  y en 
avait-il  à la  disposition  des  baigneurs  pour  appeler  les  servi- 
teurs. 

Enfin,  selon  la  mode  grecque,  certains  bains  eurent  comme 
annexes  des  palestres,  des  gymnases,  des  jeux  de  paume, 
mais  ce  fut  le  petit  nombre,  et  nous  ne  sachons  pas  qu'on  en 
ait  trouvé  des  vestiges  dans  aucune  station  thermale  \fig.  2)  (3). 


IV 


Au  point  de  vue  de  Faction  des  bains,  Galien  dit  que  les 
bains  chauds  d’eau  potable  sont  bons,  parce  qu’ils  évacuent 


(1)  Un  disque  d’appel  de  ce  genre,  en  bronze,  ayant  223  millimètres  de 
diamètre,  percé  au  centre  d’un  trou  de  suspension,  a été  trouvé  à Cahors, 
en  1894.  ( Bulletin  de  la  Société  d'archéologie  du  Midi  de  la  France,  séance 
du  4 décembre  1894  : communication  de  M.  Momméja  sur  un  discus  bal- 
néaire découvert  à Cahors.)  L’auteur  de  la  communication  signale  égale- 
ment deux  grands  timbres  de  0m,18  de  diamètre,  figurant  au  catalogue  du 
Musée  de  Moulins. 

(2)  Mallat  et  Counillon,  Histoire  des  eaux  minérales  de  Vichy,  1906. 

(3)  Nous  donnons  ici,  comme  type  de  thermes  complets  d’une  ville 
secondaire,  le  plan  des  Thermes  de  Stabies,  à Pompéi.  dont  le  cliché, 
extrait  de  Pompéi,  par  M.  Thédcnat,  nous  a été  obligeamment  commu- 
niqué par  la  maison  Laurens. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  15 

la  bile  en  la  faisant  sortir,  et  parce  qu'ils  soulagent  beaucoup 
en  raison  de  leurs  propriétés.  « En  effet,  dit-il,  tous  les  bains 
de  cette  espèce  ont  la  faculté  d’humecter  et  de  rafraîchir.  Les 


Fig.  2.  — THERMES  DE  STABIES,  A POMPÉ I 

Bain  des  hommes  : A , vestibule.  B,  palestre.  G,  apodyterium.  D,  tepidarium. 
E,  caldarium.  F , frigidarium. 

Bain  des  femmes  : G,  apodyterium.  H,  tepidarium.  I,  caldarium. 

J,  chambre  de  chauffe. 

1,  piscine  froide.  2.  salle  de  garde  des  vêtements.  3,  salle  pour  les  ablutions. 
4,  jeu  de  boules.  5.  salle  d’attente  des  esclaves  6,  vestibule.  7,  piscine  tiède. 
3,  piscine  chaude.  9,  labrum.  10, 11,  corridors.  12.  frigidarium,  13.  piscine  chaude. 
14,  labrum.  15,  corridor  de  service.  16,  17,  18,  chaudières.  19,  portique.  20, 
chambre  d’inspecteur.  21,  latrines.  22,  corridor.  23,  cabines  avec  baignoires. 
24,  escalier  des  caves.  25,  loge  de  concierge.  26,  corridor. 


bains  de  mer,  les  bains  salés,  ceux  où  entre  la  soude  brute, 
les  bains  sulfureux  font,  il  est  vrai,  sortir  plus  de  bile,  mais 
ils  sont  beaucoup  moins  utiles  que  les  bains  d’eau  potable.  » 
Et,  à propos  du  traitement  de  la  lièvre  tierce  légitime,  il 
ajoute  : « Les  bains  doivent  avoir  pour  but  d’imbiber  et 
d’humecter  les  corps.  Il  ne  faut  donc  pas  y mettre  de  soude 
brute,  de  sel  ni  de  moutarde,  ainsi  qu’on  le  voit  faire  à beau- 


IG 


LA  GAULE  THERMALE 


coup  de  médecins  qui  perdent  leurs  malades  ; mais  après  avoir 
versé  de  l'huile  très  chaude  dans  l’eau  potable,  on  plongera  et 
on  baignera  le  malade,  et,  s’il  le  désire,  on  lui  permettra  de 
manger  (1).  » Galien  ne  soumettait  pas  tous  ses  malades  aux 
sudations,  il  se  contentait,  dans  bien  des  cas,  de  les  plonger 
dans  la  baignoire  et  de  les  essuyer  et  oindre.  Il  recommande 
de  ne  pas  se  baigner  après  le  repas. 

De  la  répugnance  qu’éprouvait  Galien  à l’emploi  du  bain 
composé  dans  le  traitement  de  la  fièvre  tierce,  il  ne  faut  pas 
conclure  que  les  bains  médicamenteux  étaient  peu  employés. 
Ils  étaient,  au  contraire,  très  en  usage.  On  faisait  bouillir  dans 
l’eau  du  pouliot,  de  l’origan,  de  l’hysope,  du  thym,  du 
thymbre,  des  feuilles  de  laurier,  des  rameaux  d’ivette,  des 
racines  d’opoponax  ou  de  pariétaire  d’Espagne,  de  la  staphi- 
saigre;  on  y mettait  de  l’huile,  du  sel  (pour  faire  de  l’eau  de 
mer  artificielle),  de  la  soude  brute,  des  cendres  de  sarments, 
du  soufre  brut,  de  la  décoction  de  baies  de  genièvre,  de  mer- 
curiale, de  plantain,  de  roses  ou  de  sommités  de  ronces,  de 
mauve  ou  de  fenugrec  (2). 

Le  bain  de  mer  fut  aussi  très  en  vogue.  L’empereur  Néron 
avait  fait  conduire  l’eau  de  la  mer  dans  son  Palais  d’Or;  il  avait 
aussi  conçu  le  projet  d’y  faire  amener  toutes  les  eaux  ther- 
males de  Baies  (3).  Galien  se  moque  d’un  homme  riche  qui 
faisait  venir  à Rome  de  l’eau  de  la  mer  Morte. 

L’eau  de  mer  était  employée  comme  résolutif,  en  topiques- 
et  cataplasmes  ; elle  était  mêlée  aux  emplâtres,  vantée  contre 
les  engelures  et  certaines  affections  psoriques,  contre  les  dou- 
leurs  de  tète,  le  venin  de  l’araignée  phalange,  le  venin  des  scor- 
pions et  celui  de  l’aspic  ptyas;  on  faisait  de  l’eau  de  mer  artifi- 
cielle; on  vantait  les  cataplasmes  de  mousse  marine  contre  la 
goutte,  et  le  sable  de  mer  contre  l’hydropisie  et  le  rhumatisme- 

' 1 

L’hydrothérapie,  dont  Hippocrate' avait  nettement  posé  les- 

(1)  Galien,  Indications  et  contre-indications  du  bain,  dans  Oribase,  X,  6- 

(2)  Antyllüs,  dans  Oribase,  X,  2. 

(3)  Suétone,  Néron,  chap.  xxxi. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  17 


indications  et  les  contre-indications,  avait  été  très  employée  à 
Rome  par  Asclépiade,  mais  sa  grande  vogue  fut  due  à Anto- 
nius  Musa,  affranchi  d'Auguste.  L’empereur  souffrait  d’une 
hépatite  grave  au  retour  de  l’expédition  de  Biscaye.  Les 
fomentations  chaudes  n’avaient  amené  aucune  amélioration. 


Musa  le  soumit  à l'usage  de  l’eau  froide,  intus  et  extra,  cpii 
amena  la  guérison.  A la  suite  de  cette  cure  retentissante,  Musa 
fut  nommé  chevalier  et  on  lui  éleva  une  statue  sur  les  hords 
du  Tibre,  près  de  celle  d’Esculapc  (1  ). 

11  administrait  l’eau  en  bains,  douches  ou  affusions  et 
boisson.  Néanmoins  Musa  usait  aussi  des  eaux  minérales, 
notamment  de  celles  de  Baies  (2)  et  de  celles  d’Albula,  où 
l’empereur  Auguste  allait  tous  les  ans  pour  une  sciatique  et 
des  douleurs  articulaires  à la  jambe  gauche. 

L'hydrothérapie  fut  alors  très  en  honneur;  on  appelait 
Psychrophiles  les  médecins  qui  rappliquaient,  et  ils  se  subdi- 
visaient en  Psychrolites,  amis  du  bain  froid,  Fsychropctes, 
amis  des  boissons  froides,  et  Psychropantes , partisans  des 
deux  méthodes.  On  s’adonnait  à l’eau  froide  et  on  délaissait 
les  sources  chaudes  (3j. 

Cet  engouement  cessa  à la  suite  du  décès  de  Marcellus, 
neveu  de  l’empereur,  survenu  pendant  une  cure  hydrothéra- 
pique, et  ne  reprit  que  plus  tard  avec  Charmis  de  Marseille, 
médecin  de  Néron  (4).  Sénèque,  qui  avait  subi  l’influence 
générale,  était  un  fervent  de  l’eau  froide  et  prenait  des  bains 
même  en  hiver  (5);  il  dit  qu’on  était  arrivé  au  point  qu’au- 
cune eau  ne  paraissait  assez  froide  : Nul/ a Romanis  aqua  fluens 
satis  frigida  videretur  (6). 

Agathinus  de  Sparte  (7)  était  grand  partisan  du  bain  froid 
qu’il  faisait  prendre  toute  l’année  et  continuer  pendant  la 


(1)  Suétone,  Auguste,  59  et  81. 

(2)  Horace,  Épilre  XV.  Ad  Valant. 

(3)  Horace,  ibidem,  16. 

(4)  Pline,  liv.  XXIX,  5. 

(5)  Sénèque,  Épitre  LIII,  83. 

(6)  Sénèque,  Nul.  Quæsl.,  liv.  IV. 

(7)  Agathinus,  dans  Oribase,  II,  394. 


I 


Z 


18 


LA  GAULE  THERMALE 

vieillesse,  11  prescrivait  l’eau  froide,  selon  la  mode  des  Bar- 
bares, pour  les  jeunes  enfants.  Galien  (1),  moins  enthousiaste 
que  lui,  posait  les  règles  de  l’emploi  de  l’eau  froide:  il  le 
détendait  avant  l’âge  de  quatorze  ans  et  surveillait  la  réaction 
qui  devait  dicter  la  durée  du  bain.  Malgré  ces  autorités,  aux- 
quelles nous  joindrons  celle  de  Cœlius  Aurelianus  (2),’  l'hy- 
drothérapie déclina  et  fut  surtout  employée  par  les  empi- 
riques. 


(1)  Galien,  ibid.,  390. 

(2)  Goelius  Aurelianus  Acutus,  Iiv.  I,  15. 


CHAPITRE  II 


I.  Les  eaux  minérales.  — Leur  réputation  à Rome.  — II.  Divisions  et 
classifications.  — Indications  et  contre-indications.  — Action  physiolo- 
gique. — III.  Modes  d'emploi.  — Boisson.  — Bains.  — Douches.  — 
Affusions.  — Étuves.  — Inhalation.  — Bains  de  boue.  — Bains  de  va- 
peur. — IV.  Durée  et  saisons  des  cures  thermales.  — Direction 
médicale. 


I 

Pour  expliquer  la  vogue  des  stations  thermales  chez  les 
Romains,  Dufresse  de  Chassaigne  dit  avec  raison  que  les 
sciences  médicales,  privées  à cette  époque  de  bases  solides  et 
livrées  à l’empirisme  pur,  offraient  peu  de  ressources  aux 
malades,  tandis  que  les  Eaux  minérales  leur  présentaient,  sous 
une  forme  agréable  et  parfaitement  appropriée,  des  remèdes 
efficaces  contre  la  plupart  de  leurs  maladies  chroniques.  Ils 
se  trouvaient  donc  doublement  attirés  vers  les  sources 
chaudes  par  leur  besoin  des  bains  et  par  leurs  tendances 
médicales.  La  confiance  dans  l’usage  des  eaux  était  telle, 
qu’elle  avait  donné  naissance  à ce  proverbe  rapporté  par 
Cicéron  : 

Quamdiu  ad  aquas  fuit , nunquam  estmorluus. 

« Tant  qu’on  va  aux  Eaux  on  n’est  pas  mort  (1).  » 

La  science  médicale,  là  comme  dans  la  plupart  des  cas, 
procédait  de  l’empirisme.  La  médecine  populaire  avait  pré- 
cédé et  entraîné  la  médecine  scientifique,  mêlant  la  légende 

(1)  Cicéron,  De  Oratore,  liv.  II,  chap.  xxvii. 


20 


La  GAULE  THERMALE 


symbolique  aux  origines  des  pratiques  balnéaires  et  divinisant 
les  sources.  Diodore  de  Sicile  dit  que,  pour  complaire  à Mi- 
nerve, les  Nymphes  firent  jaillir  la  source  chaude  d’Iliméra 
(Termini),  en  Sicile,  en  présence  d’Ilercule.  Nous  retrouvons 
cette  légende  en  Grèce.  Suivant  une  tradition  basée  sur  un 
fragment  de  Pisandre,  Minerve  fit  jaillir  la  source  chaude  des 
Thermopyles  pour  délasser  Hercule  de  ses  fatigues. 

L’emploi  des  Eaux  minérales  est  peut-être  resté  longtemps 
dans  le  domaine  des  petits  empiriques  médicaux.  On  est  tenté 
de  le  croire  en  voyant  le  silence  que  garde  Hippocrate  à leur 
égard,  ainsi  que  Pline  le  constate  avec  étonnement.  On  ne 
trouve,  en  effet,  à peu  près  rien  sur  leur  emploi  dans  les 
écrits  du  Père  de  la  médecine.  Il  dit  que  le  bain  salé  échauffe 
et  sèche,  étant  naturellement  chaud  et  qu’il  attire  l'humidité 
hors  du  corps  (1).  Il  cite  aussi  l’observation  d’un  homme 
atteint  d’une  affection  cutanée  qui  se  rendit  d’Athènes  à Mélos 
pour  prendre  les  bains  chauds;  il  guérit  de  son  affection  mais 
mourut  d’hyclropisie  (2).  Dans  son  livre  de  l’Air  et  des  Eaux, 
il  discute  surtout  les  qualités  de  l’eau  simple  ; c’est  ce  qu’ont 
fait  aussi  beaucoup  d’auteurs  de  l’antiquité,  du  moyen  âge  et 
de  la  Renaissance  comme  Baccio  (3)  et  Laurent  Joubert  (4), 
qui,  tout  en  s’occupant  des  Eaux  minérales,  ont  surtout 
disserté  sur  les  qualités,  les  défauts  et  l’usage  de  l’eau  ordinaire. 

Les  Romains,  qui  avaient  à leurs  portes  de  très  belles 
sources  minérales  chaudes,  en  firent  usage  de  très  bonne 
heure.  Les  Eaux  cl’Albula.  Albunea  fons  sub  Tybur,  illustres  par 
l’oracle  du  Faune  et  de  la  Sybille,  étaient  très  vénérées  des 
rois  de  Rome. 

At  rex  sollicitus  monstris  oracula  Fauni 
Fatidici  genitoris  adit,  lucosque  sub  alla 
Consulit  albunea,  nemorumque  maxima  sacro, 

Fonte  sonat,  sævamque  exhalai  opaca  mephilim  (5). 

(1)  Du  Régime,  II,  57. 

(2)  Les  Eaux  de  Mélos  étaient  chaudes  mais  non  minérales,  d’après  Pline. 

(3)  Baccio,  De  Thermis.  Vcnetiis,  1571. 

(4)  Laurent  Joubert,  De  balneis  antiquorum  tamGrœcorum  quarn  Roma- 
norum  libellas.  Lugduni,  1582. 

(5)  Virgile,  Ënéide,  VII. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  21 


Elles  ont  été  sans  cloute  les  premiers  bains  des  Romains. 

Galien,  Cœlius  Aurelianus,  Scribonius  Largus,  Aëtius, 

Vitruve  les  considéraient  comme  alumineuses,  d’autres  au  teurs 

comme  sulfureuses. 

Itur  ad  Herculi  gelidas  qua  Tybur  arces 
Canaque  tulphureis  albula  fumai  aquis  (1). 

A mesure  cpie  la  puissance  romaine  s’agrandit,  elle  mit  en 
valeur  les  sources  thermales  de  l’Italie  et  des  Colonies.  Raies 
fut  pendant  l’empire  la  grande  station  de  cure  et  de  plaisir, 
et  de  ce  fait  avait  même  une  assez  mauvaise  réputation,  ce 
qui  faisait  dire  à Sénèque  : « Il  (le  sage)  n’ira  pas  à Raies 
parce  cpie  c’est  la  retraite  du  vice  (2).  » Horace,  aimable  épi- 
curien, n’avait  pas  cette  austérité  et  vantait  surtout  les 
plaisirs  qu’on  y goûtait. 

Nullus  in  orbe  sinus  Baiis  prœlucet  amœnis 
Si  dixit  dires  (3). 

L’abus  des  plaisirs  y était  contagieux  et  le  mauvais  exemple 
(nous  voulons  croire  que  l’usage  des  Eaux  n’y  était  pour  rien), 
arrivait  à corrompre  les  femmes  les  plus  honnêtes,  si  l’on  en 
croit  Martial.  11  cite  l’exemple  de  la  chaste  Levina,  à la  con- 
duite austère,  qui,  après  avoir  pris  les  Eaux  de  Lucrin  et  de 
l’ Avertie,  après  surtout  une  saison  à Raies,  abandonna  son 
mari. 

Et  dum  Baianis  sœpe  fovetur  aquis 
Incidit  in  flammas  juvenemque  secuta,  reliclo 
Conjuge,  Pénélope  venit,  abit  Helene. 

Et,  plus  loin,  reprochant  à un  certain  Oppianus  de  ne  pas 
fréquenter  les  thermes,  il  dit  : « Jamais  Eaux  ne  te  charme- 
ront davantage  : ni  les  Sources  d’Apone,  défendues  aux 
jeunes  filles,  ni  celles  de  la  molle  Sinuesse,  ni  les  flots 
bouillants  du  Passer,  ni  ceux  d’Anxur  la  Superbe,  ni  les 
bains  d’Apollon,  ni  ceux  de  Raies  la  première  de  nos  Eaux 
thermales  (4).  » 

(1)  Martial. 

(2)  Sénèque,  Épllre  LI. 

(3)  Horace,  Èpltre  I. 

(4)  Dui’ouv,  Médecine  et  moeurs  de  l'ancienne  Borne. 


LA  GAULE  THERMALE 


©O 

LU 

A partir  de  cette  époque,  les  citations  des  Eaux  minérales 
sont  fréquentes  chez  les  auteurs,  poètes,  prosateurs  ou  méde- 
cins; mais  on  ne  trouve  que  des  indications  fragmentées,  et 
l'on  chercherait  en  vain,  même  dans  les  traités  de  médecine, 
une  étude  complète. 

Pline  (1)  parle  longuement  des  Eaux  et,  s’il  se  fait  souvent 
l'écho  de  superstitions  et  de  traditions  étranges,  il  nous  donne 
aussi  des  renseignements  très  précieux  sur  les  sources,  leurs 
indications  et  leurs  modes  d’emploi.  Il  nous  décrit  les  Eaux 
froides  ou  chaudes  comme  à Tarbelles  (Dax),  à Statyelles  en 
Ligurie,  à Aix,  dans  la  Narbonnaise;  il  s’extasie  sur  les  sources 
qui  font  éclore  des  villes,  comme  à Putéoles  (Pouzzoles)  et 
surtout  sur  celles  de  Baïes,  où  elles  sont  si  chaudes  qu’elles 
forcent  l’eau  à bouillir  dans  les  baignoires.  A Baïes  Posi- 
diennes,  ainsi  nommées  du  nom  d’un  affranchi  d’Auguste, 
elles  font  cuire  les  aliments.  « Suivant  leurs  espèces,  dit-il, 
elles  sont  bonnes  aux  nerfs,  aux  pieds,  aux  hanches,  aux 
luxations,  aux  fractures,  elles  guérissent  les  plaies,  elles  sont 
bonnes  en  particulier  pour  la  tête  et  les  oreilles.  » 

Il  ajoute  que  toutes  les  Eaux  chaudes  ne  sont  pas  médici- 
nales, ainsi  celles  de  Ségeste  en  Sicile,  de  Larissa,  de  la 
Troade,  de  Magnésie,  de  Paros,  de  Lipari.  On  a pensé  à tort, 
ajoute-t-il,  que  lorsqu’elles  sont  médicinales,  elles  altèrent  la 
couleur  de  l’airain  et  de  l’argent,  car  les  Eaux  de  Padoue  n’ont 
pas  de  ces  effets;  on  ne  sent  même  aucune  odeur  qui  les 
distingue  de  l’eau  commune. 

Sénèque  partage  l’enthousiasme  de  son  temps  pour  les 
eaux.  « Il  en  est,  dit-il,  qui  sont  bonnes  pour  les  ophtalmies 
et  pour  les  maux  de  nerfs,  qui  guérissent  parfaitement  les 
maladies  chroniques  déclarées  incurables  par  les  médecins, 
qui  font  disparaître  les  ulcères,  etc.  » 

Les  anciens  ont  employé  les  eaux  sans  chercher  beaucoup 
à se  rendre  compte  de  leur  mode  de  production.  A itruve  dit 
que  lorsque  l’alun  et  le  soufre  brûlent  dans  la  terre,  la  vapeur 


(1)  Pline,  Histoire  naturelle , XXXI. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  23 


qui  s’échappe  chauffe  l’eau  naturelle  qui,  cuite,  s’empare  des 
éléments  naturels.  Pour  Sénèque,  et  selon  Empédocle,  l’eau 
s’échauffe  en  passant  sur  un  sol  rempli  de  feux  souterrains  et 
en  prend  les  propriétés. 


Il 


y 


Les  connaissances  chimiques  étaient  à peu  près  milles  et  les 
procédés  d’analyse  rudimentaires,  comme  nous  pouvons  en 
juger  par  le  passage  de  Pline  cité  plus  haut.  Ailleurs,  ce  même 
auteur  dit  que  l’eau  de  Tongres  se  trouble  et  rougit  par  le  feu 
et  qu’on  ne  peut  juger  de  la  légèreté  des  eaux  par  les  pesées  ; 
on  les  juge  mieux  en  examinant  celle  qui  s’échauffe  et  se 
refroidit  le  plus  vite.  Les  médecins  avaient  néanmoins  adopté 
une  classification  que  chacun  modifiait  un  peu.  Certains, 
comme  Hérodote,  estimaient  que  les  eaux  n’étaient  pas  sus- 
ceptibles d’une  classification;  ils  se  contentaient  de  les  diviser 
en  chaudes  et  froides.  Ces  dernières  convenaient  dans  les 
fluxions,  les  maladies  de  la  vessie,  les  maux  de  tête,  les 
ulcères  malins.  Il  y avait  cependant  une  classification  géné- 
ralement admise;  nous  donnons  ici  celle  d’Antyllus  (1). 

Les  eaux  étaient  classées  d’après  la  prédominance  de  leurs 
éléments  constitutifs  en  : 

Alcalines  ou  nitreuses  ; 

Salines  ; 

Alumineuses  ; 

Sulfureuses; 

Bitumineuses; 

Vitrioliques; 

Ferrugineuses. 

Les  bitumineuses  et  les  vitrioliques  étaient  de  beaucoup  les 
plus  rares. 


(1)  Antïllus,  dans  Oribase,  liv.  X,  3. 


24 


LA  GAULE  THERMALE 


Les  indications  et  contre-indications  sont  posées  assez  vague- 
ment et  il  est  assez  difficile  de  se  reconnaître  dans  le  fouillis 
des  écrits  qui  vantaient  les  bons  effets  d’une  station  dans  la 
plupart  des  maladies,  et,  si  les  uns  prétendaient  (pie  pour 
connaître  Faction  d’une  eau  il  suffisait  de  connaître  sa  com- 
position, les  autres,  comme  Hérodote,  ne  voulaient  s’en  rap- 
porter qu’à  l’expérience. 

Aujourd’hui  encore  nous  ne  sommes  pas  absolument 
sortis  de  ces  discussions  et,  si  nous  devons  de  plus  en  plus 
chercher  à nous  éclairer  par  les  procédés  scientifiques,  nous 
sommes  encore  surtout  guidés  par  l’expérience  clinique. 
Comme  Hérodote,  Galien  disait  avec  sagesse  qu’on  ne  pouvait 
s’en  rapporter  qu’à  l’expérience  pour  juger  les  sources  chau- 
des (1).  Il  déconseillait  leur  emploi  dans  les  maladies  aiguës. 
Pour  Antyllus  aussi  les  eaux  ne  convenaient  qu’aux  maladies 
chroniques,  surtout  quand  elles  étaient  froides  et  d’une  humi- 
dité très  prononcée.  Voici,  d’après  cet  auteur,  quelques  indi- 
cations de  ces  eaux  : 


Fluxions  de  la  tête  et  de  la  poitrine. 
Excès  d’humidité  de  l’orifice  de  l’es- 


Eaux  alcalines 


tomac. 


Hydropisies  et  tumeurs  consécutives. 
Pituites. 


Crachements  de  sang. 
Tendance  aux  vomissements. 


Eaux  alumineuses 


Règles  irrégulières. 
Tendance  aux  avortements. 


Eaux  sulfureuses 


Elles  produisent  le  ramollissement  des 
nerfs,  font  prédominer  la  chaleur 
dans  la  composition  élémentaire  et 
calment  les  douleurs.  Elles  affaiblis- 
sent et  retournent  l’orifice  de  l’es- 
tomac. 


Eaux  bitumineuses 


Elles  causent  de  la  plénitude  dans  la 
tête,  échauffent  et  nuisent  aux  or- 
ganes des  sens.  Leur  usage  pi'O- 
longé  ramollit  surtout  la  matrice, 
l’estomac  et  le  colon. 


Eaux  vitrioliques 


Affections  de  la  bouche,  des  amyg- 
dales, de  la  luette  et  des  yeux. 


(1)  Galien,  De  Sanitale  tu  enilà. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  25 


I Affections  de  l’orifice  de  l’estomac. 
Ëaux  ferrugineuses , Muladics  (lc  Ia  ratc. 


Les  eaux  mixtes  agissent  suivant  la  prédominance  de  leurs 


éléments  constitutifs. 


Nous  pouvons  comparer  ces  indications  à celles  que  pose 
Archigène  : 


Eaux  alumineuses 


I Vomissement  habituel, 
j Hémoptysie. 

/ Flux  menstruel  immodéré. 
j Hémorroïdes. 

[ Avortement  fréquent 


Eaux  cuivreuses  (vitrioliques) . . . 


Maladies  de  la  bouche. 
Maladies  des  yeux. 


Eaux  ferrugineuses 


Eaux  nitreuses  ou  salées 


Eaux  sulfureuses 


Eaux  bitumineuses 


j Maladies  de  la  rate. 

Maladies  de  l’estomac. 

Constitutions  froides  et  humides. 
Goutte,  arthrites. 

< Paralysie. 

I Néphralgie. 

I Squirrcs. 

[ Elles  activent  la  consolidation  des 
V fractures. 

/ Cachexies.  Leucophle'gmasie. 
i Fluxions  de  la  tête. 

J — de  la  poitrine, 
j Relâchement  et  humidité  de  l’es- 
[ tomac. 

f Maladies  de  la  peau, 
j Elles  ramollissent  les  nerfs,  calment 
j les  douleurs  du  ténesme,  elles  dé- 
rangent l’estomac. 

j Elles  sont  contraires  aux  organes  des 
/ sens. 


Les  indications  que  donne  Aëtius  (1)  sont  à peu  près  les 
mêmes.  Les  eaux  minérales  sont  indiquées  aux  tempéraments 
froids  et  humides.  Elles  conviennent  dans  les  affections  arti- 
culaires, la  goutte,  la  néphralgie,  l’oppression,  les  fractures, 
les  ulcères  mous,  les  inflammations  anciennes  indurées. 

Pour  les  sulfureuses , il  ajoute  aux  indications  vagues  d’An- 
tyllus  : elles  purgent  la  peau,  conviennent  au  vitiligo,  à la 
lèpre  blanche  et  noire,  aux  vieux  ulcères,  aux  fluxions  articu- 


(1)  Aetius,  Tetrabil.  Sermone  secundo,  cliap.  cxvm. 


2(5 


LA  GAULE  THERMALE 


laires,  à l'induration  de  la  rate,  aux  affections  utérines.  Mais 
on  doit  s’en  abstenir,  de  même  que  des  alumineuses,  dans  les 
cas  de  tumeurs  indurées. 

Aux  bitumineuses  il  rattache  les  affections  de  la  bouche, 
des  amygdales  et  des  yeux  pour  lesquelles  Antyllus  recom- 
mande les  eaux  vitrioliques. 

Paul  d’Egine  (1)  donne  des  indications  à peu  près  iden- 
tiques. 

Galien  déconseille  les  eaux  minérales  aux  gens  disposés  aux 
congestions  de  la  tête  (2). 

Les  bains  de  mer  et  minéraux  ne  conviennent  pas  à l’érysi- 
pèle (3).  De  même  les  bains  de  mer,  les  bains  sulfureux  et 
bitumineux,  à cause  de  leur  effet  desséchant,  ne  conviennent 
pas  aux  organes  de  la  respiration  (4)  ni  aux  organes  de  la 
voix.  Ils  dessèchent  trop,  quia  valde  resicçant.  Dans  ces  mala] 
dies,  Galien  conseille  les  bains  d’eau  douce  et  une  nourriture 
légère  et  relâchante.  Il  dit  que  les  bains  sulfureux  et  alumineux 
durcissent  les  artères  et  rendent  le  pouls  dur  (5). 

Il  considère  le  bain  alumineux  comme  astringent.  A 
ceux  qui  ne  transpirent  pas,  qui  ont  la  peau  sèche,  dit-il, 
l’eau  froide  et  les  bains  alumineux  sont  mauvais,  les  lavages 
d’eau  douce  sont  bons.  Un  malade  qui  avait  pris  les  bains 
d’Albula  dans  ces  conditions  eut  la  fièvre  (6).  Dans  un  autre 
passage  il  dit  que  la  peau  se  raffermit  par  l’usage  des  bains 
alumineux  (7). 

En  essayant  une  timide  classification  par  maladies,  nous 
verrons  à peu  près  quelles  eaux  étaient  conseillées  en  Italie 
pour  chacune  d’elles.  La  littérature  médicale  est  bien  pauvre 
en  indications  relatives  aux  sources  de  la  Gaule,  mais  il  est 
bien  probable  que,  sans  doute  moins  précises,  moins  spécia- 

(1)  In  de  Balneis,  liv.  I,  chap.  ni. 

(2)  Galien,  De  Sanitate  tuendà , t.  YI,  9. 

(3)  Id. , De  Simpiicium  medicamenlorum,  I,  chap.  iv. 

(4)  Id.,  De  Compositione  medicamentorum,  VII,  chap.  i. 

(5)  Id.,  De  Prœsagiis  expulso,  IV,  chap.  vin. 

(6)  Id.,  Methodi  medendi , VIII,  chap.  ii. 

(7)  Id.,  De  Crisibus,  II,  chap.  xiv. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  27 


Usées  qu’aujourd’hui,  celles-ci  étaient  néanmoins  très  rappro- 
chées de  celles  de  nos  jours.  C’étaient  leurs  voies  digestives, 
leurs  reins  et  leur  goutte  que  les  gros  mangeurs  et  les  gout- 
teux du  Bas  Empire  allaient  soigner  à Vichy,  leurs  voies  res- 
piratoires à Luchon,  à Amélie-les-Bains,  au  Mont-Dore,  leurs 
douleurs  rhumatismales,  leurs  affections  cutanées,  leurs  plaies, 
à Aix,  à Évaux,  à Royat,  au  Mont-Dore,  à la  Bourboule,  à 
Plombières,  à Bourbon-Lancy,  etc.,  leurs  nerfs  à Néris. 

Nous  indiquons  un  certain  nombre  d’affections  chirurgi- 
cales, puis  médicales,  en  mettant  en  regard  les  stations  recom- 
mandées dans  leurs  cas. 


A ffections  chirurgicales . 


Plaies 

Ulcères 

Ulcères  sanieux 

Ulcères  ne  se  cicatrisant  pas 

Arthrites 


Maladies  des  yeux 


Affections  vésicales 


Pierre 


Leucogées. 

Albula  (Galien). 

Eaux  sulfurées. 

— bitumineuses. 

— alumineuses  (Galien- Aëtius). 

Rains  de  mer  (Pline). 

Eaux  sulfureuses. 

— ferrugineuses. 

Eaux  cuivreuses. 

Leucogées  (Pline). 

Eaux  du  jardin  de  Cicéron  à Baïes 
(Aquæ  Ciceroniæ  in  Baïanis)  (1). 

Albula  (Cœl.  Aurclianus-Archigène). 
Eaux  acides,  amères,  nitreuses  (Ga- 
lien). 

Eaux  et  bains  ferrugineux,  eau  ferrée 
artificielle  (Scribonius  Largus). 

Eaux  de  Pile  d’Énaria  (Pline). 

— de  Stabies. 

Fontaine  acidulée  du  canton  de  Vc- 
nafrum, 

Tongres  (Pline)  (2). 


Parlant  de  l’action  du  vinaigre  sur  les  métaux,  les  pierres 

(1)  Ntmirum  locus  ipse  sui  Ciceronis  honori, 

Hoc  dédit,  hac  fontes  cum  palefecit  ope  : 

Ut  quoniam  toto  legilur  sine  fine  per  orbem 
Sint  plures  oculis,  quœ  medeantur  aquæ. 

(Laurea  Tullius,  .affranchi  de  Cicéron.) 

(2)  Cette  eau  est  purgative  et  guérit  les  fièvres  tierces  et  les  affections  cal- 
culeuses.  Pline,  toc.  cil.,  liv.  XXXI,  VIII,  2. 


28 


LA  GAU  LL  THERMALE 


et  les  perles,  Vitruve  dit  : « Ce  qui  fait  aisément  juger  que  de 
même  que  les  acides  agissent  sur  ces  choses,  ils  pourront 
aussi  produire  un  bon  effet  pour  la  guérison  de  ceux  qui  sont 
malades  de  la  pierre  (4).  » 


Affections  médicales. 


Arthritisme 

Goutte 

Laryngites  (4) 

Affections  de  la  poitrine 

Asthme 

Affections  de  l’estomac. . 

Affections  utérines 

Spermatorrhée 


[ Albula-Cutilies  (Aëtius- Suranus 
I d’Éphèse)  (2). 

( Eaux  sulfureuses  (Arcliigône). 

i B aïe  s (3). 

I Eaux  chaudes. 

(Eaux  sulfureuses. 

— alumineuses. 

Aix-en-Provence. 

| Eaux  de  Tabia  (5)  (Galien). 

{ Cure  marine  (Pline). 

( Albula  (Paul  d’Éginc). 

| Aix-en-Provence. 

( Albula. 

\ Cutilies  (sont  bonnes  pour  l’estomac, 
(.  les  nerfs  et  le  corps  entier)  (Pline). 

ISinuessa  (contre  la  stérilité)  (Pline). 
Albula  contre  les  fausses  couches). 

(Paul  d’Égine). 

Abyssus. 

j Albula. 


Ascite 

Hydropisies 

Rhumatisme  sciatique  (6) 

Cachexies.  Leucophlegmasies 


Étuves  naturelles  de  Baïes  (Celse). 

Eaux  sulfureuses,  nitreuses,  salces  et 
bitumineuses  (s’abstenir  d’eau  douce 
en  bains  et  en  boissons)  (Galien). 

Albula. 

Baies. 

Eaux  nitreuses  (Galien). 


(1)  Vitruve,  op.  cit. 

(2)  Enfin  on  aura  recours  aux  eaux  minérales  naturelles  chaudes  ou 
froides,  par  exemple  aux  eaux  italiennes  d’ Albula  ou  de  Cutilies.  (Suranus 
d’Éphèse.) 

(3)  Horace  allait  à Baies  pour  la  goutte. 

(4)  A Zamaune  source  rend  la  voix  plus  belle.  (Pline.) 

(5)  Torre  del  Greco. 

(6)  Toutes  les  eaux  chaudes  ont  dû  être  employées  pour  les  rhuma- 
tismes, aussi  bien  en  Gaule  qu’en  Italie. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  29 


Fièvres 

Palpitations 


Eléphanliasis . 


( T o agrès  (Pline). 

\ Eau  de  mer  (Pline). 

( Eaux  nitreuses,  sulfureuses,  bitu- 
| mineuses  (Galien  (1). 

I Bains  sulfureux  (Arétéc-Aëtius). 

Bains  de  mer  (Pline-Aëtius). 

Eaux  alumieuses  chaudes.  Albula 
(Aëtius). 


III 


Gomme  noies  l’avons  dit,  les  Romains  employaient  les  eaux 
sous  toutes  les  formes.  Très  versés  dans  la  pratique  thermale 
empirique,  ils  n’avaient  garde  de  négliger  un  des  facteurs  de 
guérison  que  leur  avait  fourni  la  nature  et  que  leur  avait 
indiqué  la  tradition.  Nous  examinerons  successivement  les 
quatre  modes  principaux  des  cures  hydrominérales  : boisson , 
bain,  douche , étuve. 

Boisson.  — Quelle  que  soit  la  prépondérance  qu’ait  eu 
le  bain  dans  les  cures  minérales  et  l’importance  qu’on  lui 
attribue  dans  les  écrits,  il  n’en  est  pas  moins  prouvé  que  l’eau 
en  boisson  a été  très  en  usage.  Certains  auteurs,  entre  autres 
le  docteur  Bonnejoy  (2),  prétextant  la  très  grande  rareté  et  la 
brièveté  des  textes  sur  la  boisson,  en  tirent  la  conclusion  que 
cette  pratique  devait  être  très  négligée.  Cet  auteur  ajoute 
qu’il  n’y  a pas  de  monument  iconographique  sur  la  boisson. 
C est  là  une  erreur,  mais  nous  nous  hâtons  d’ajouter  qu’un 
des  documents  les  plus  importants  à cet  égard  était  à peu 
près  inconnu  au  moment  où  il  écrivait. 

Si  les  textes  sont  assez  rares,  ils  ne  laissent,  par  contre, 

(1)  Les  bains  minéraux  ôtent  les  palpitations  et  évacuent  les  humeurs. 
Galien,  De  tremore  pal.  corr.  et  rigo.,  chap.  v. 

(2)  Comment  autrefois  on  faisait  usage  des  eaux  minérales,  1873. 


30 


LA  GAULE  THERMALE 


aucun  cloute  sur  l’existence  de  ce  mode  d’administration  des 
eaux.  Pline  relate  d’une  façon  très  précise  l’usage  et  les  abus 
de  la  boisson;  scs  remarques  sont  encore  de  circonstance  de 
nos  jours  et  peuvent  s’appliquer  à un  certain  nombre  de 
malades.  L’humanité  se  renouvelle,  elle  change  peu  et  les 
qualités  ou  les  défauts  des  hommes  se  retrouvent  les  mêmes  à 
travers  les  siècles. 

« C’est  encore  une  erreur,  dit  Pline,  que  de  se  faire  gloire 
de  boire  beaucoup  d’eau  minérale.  J’ai  vu  des  gens  gonflés  à 
force  d’en  boire  et  dont  la  peau  était  tellement  tendue  qu’elle 
recouvrait  leurs  bagues  parce  qu’ils  ne  pouvaient  rendre  la 
quantité  cPeau  qu’ils  avaient  avalée.  On  ne  doit  pas  en  boire 
beaucoup  sans  prendre  en  meme  temps  du  sel.  » 

Plus  loin  il  dit  encore  : « Tongres  a une  eau  pétillante  à 
goût  ferrugineux  qui  ne  se  fait  sentir  qu’après  qu’on  l’a  bue,  » 
et  à propos  de  l’eau  de  mer  : « L’eau  de  mer  elle-même  était 
prise  en  boisson  comme  purgative  dans  les  fièvres  quartes, 
le  ténesme  ou  les  affections  articulaires.  » Il  recommandait  de 
la  puiser  au  large.  On  la  prenait  aussi  en  lavements  contre 
les  tranchées  et  le  choléra. 

La  thérapeutique  par  l’eau  de  mer  a eu,  dans  ces  derniers 
temps,  un  regain  de  succès  par  l’emploi  du  sérum  marin  en 
injections  hypodermiques.  On  en  a meme  récemment  préconisé 
l’usage  en  boisson,  en  renouvelant  la  recommandation  de 
Pline  de  la  puiser  au  large. 

Continuons  les  citations.  Nous  lisons  dans  Antyllus  : « Les 
eaux  bitumineuses  ou  nitreuses  telles  que  celles  de  Cutilies  se 
prennent  en  boisson  et  sont  purgatives  (1).  » 

Dans  Hérodote  : « Quant  aux  eaux  que  l’on  prend  en 
boisson,  qu’elles  soient  chaudes  ou  froides,  elles  ne  compor- 
tent pas  pour  leur  usage  une  règle  commune  et  nous  en  par- 
lerons seulement  dans  nos  chapitres  consacrés  aux  différentes 
maladies  (2).  » 

(1)  Antyllus,  dans  Ohidase,  liv.  X,  3. 

(2)  Hérodote,  dans  Oiudase.  Les  chapitres  des  maladies  ont  malheureu- 
sement été  perdus. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  31 

Ausone  célébrant  les  vertus  de  la  fontaine  Divona,  à Bor- 
deaux, s’écrie  : Salve...  fons  medico  potabilis  haustu. 

Dans  Sénèque  : « Il  en  est  qui  prises  intérieurement  rétablis- 
sent le  ton  des  parties,  soulagent  les  affections  des  poumons 
et  des  autres  viscères  et  arrêtent  les  hémorrhagies  (1).  » 

Dans  les  ulcères  de  la  vessie,  Aëtius  conseillait  de  boire 
chaque  jour  de  3 à 6 hémines  (2)  d’eau  d’Albula,  de  même 
qu’il  conseillait  aussi  l’usage  interne  des  eaux  bitumineuses 
et  des  nitreuses  (3). 

De  son  côté  Archigène,  toujours  dans  les  affections  vési- 
cales, recommandait  l’eau  en  boisson  à la  dose  énorme  de  cinq 
litres  par  jour.  Mais  c’était  sans  doute  cinq  litres  d’eau  douce. 

Pour  Galien,  les  eaux  nitreuses,  alumineuses,  bitumineuses 
et  sulfureuses  peuvent  être  prises  en  boisson  après  décoction. 

L’usage  de  l’eau  minérale  en  boisson  nous  est  encore  prouvé 
d’une  manière  irréfutable  par  l’accumulation  des  vases  et 
débris  de  vases,  coupes,  tasses,  cruches  trouvés  dans  beau- 
coup de  stations. -A  Luxeuil,  notamment,  on  en  a mis  à jour 
en  si  grand  nombre  qu’ils  forment  une  collection  de  céramique 
très  variée,  dont  les  échantillons  semblent  avoir  été  apportés 
de  tous  les  coins  du  monde  romain. 

A Vichy,  dans  les  captages  des  sources  du  Puits  Carré, 
Lucas,  de  l’Hôpital  et  de  la  Grande-Grille,  on  a découvert  de 
nombreuses  coupes  en  terre,  à couverte  blanche,  presque 
apodes,  ornées  extérieurement  d’une  bande  circulaire,  de  cou- 
leur orangée,  tracée  au  pinceau  (fig.  3). 

Un  document  iconographique  important  est  constitué  par  la 
statuette  en  bronze  du  musée  du  Louvre,  connue  sous  le  nom 
du  Buveur  de  Vichy , représentant  un  malade  tenant  en  sa  main 
droite  une  coupe.  Cette  figure  sera  étudiée  plus  longuement 
au  chapitre  des  ex-voto  à caractère  médical. 

Dans  l’établissement  du  Mont-Dore,  parmi  les  débris  anti- 

(1)  Senèque,  Quœst.  Nat.,  liv,  III,  p.  1. 

(2)  L’héminc  équivalait  à un  quart  de  litre. 

(3)  Aetiüs,  Tetrabil.,  III;  Sermone,  II,  chap.  xxx.  Voir  aussi  De  Aquis 
ex  Rufo. 


32 


LA  GAULE  THERMALE 


tain  nombre  de  fontaines  en  forme  de  colonnes,  placées 

autrefois  au-dessus  des  cap- 
tages, et  qui  portent  à leurs 
bases  les  places  de  scellement 
du  tuyau  par  lequel  l’eau 
s’écoulait  (fig.  4). 

A la  fin  du  dix-huitième 
siècle,  on  découvrit  dans  le 
val  d’Otanez,  entre  Santan- 
der  et  la  mer,  un  objet  d’une 
valeur  inestimable  au  point 
de  vue  qui  nous  occnpe, 
connu  des  savants  trente  ans 
seulement  après  sa  décou- 
verte, et  qui  malheureuse- 
ment a disparu  depuis.  C'est 
une  coupe,  dont  nous  don- 
nons ici  le  dessin  et  la  des- 
cription résumée  d’après  un 
article  que  lui  a consacré  le 
Magasin  pittoresque  (\).  Le  dessin  en  avait  été  pris  par  l’Acadé- 

(1)  Magasin  pittoresque,  Une  station  thermale  clans  T antiquité,  1876,  p.  46. 


Fig.  4.  — BORNE-FONTAINE 
AU  MONT-DORE. 


ques  qni  servent  de  motifs  décoratifs,  on  remarque  un  ccr- 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  33 

mie  d’histoire  de  Madrid,  qui  a ainsi  sauvé  de  l’oubli  ce  docu- 
ment unique  (fig.  5). 

Cette  coupe,  en  argent,  date  très  probablement  du  deuxième 
siècle  de  l’ère  chrétienne.  Elle  porte  au  verso  Finscription  : 
l.  p.  coRNELiANi-m-n  indiquant  le  nom  du  possesseur,  L.  Pom- 
peius  Cornelianus,  et  le  poids  de  l'objet,  trois  livres  et  deux 


Fig.  5.  — coupe  d’otanez. 

Dessin  de  Piébonrg,  daprès  le  Magasin  pittoresque. 


scrupules.  Elle  est  dédiée  à la  Nymphe  de  la  source  Umeri, 
ainsi  que  le  prouve  Finscription  qui  se  lit  autour  du  fond  : 
salvs  vmeritana.  Où  se  trouvait  cette  source?  On  l’ignore; 
son  nom  ne  se  rapporte  à aucun  endroit  connu  en  Espagne; 
il  se  peut,  d’ailleurs,  que  la  coupe,  rapportée  par  un  malade 
retour  des  eaux,  ait  été  trouvée  bien  loin  de  son  lieu  d’origine. 

Sur  le  fond,  on  voit  d’abord  la  Nymphe  appuyée  sur  son 
urne  d’où  sort  une  eau  abondante,  recueillie  dans  un  bassin 
en  pierre,  où  un  homme  vêtu  comme  un  esclave  puise  de  l’eau 


3 


34 


LA  GAULE  THERMALE 


pour  en  remplir  un  grand  vaisseau.  Plus  bas,  d’autres  person- 
nages remplissent,  à l’aide  d’amphores,  une  de  ces  vastes 
outres  qu’on  chargeait  sur  des  voitures  pour  transporter  de 
l’huile  ou  du  vin,  comme  on  en  voit  sur  les  fresques  de 
Pompéi.  Sur  la  droite,  un  esclave  offre  un  gobelet  plein  d’eau 
à un  vieillard  assis  dans  un  fauteuil.  On  aperçoit  aussi  un 
berger  sacrifiant  sur  un  autel  et  un  personnage  faisant  une 
libation  sur  un  autre  autel.  Ces  deux  cérémonies  témoignent 
de  la  vénération  en  laquelle  était  tenue  la  Nymphe  auprès  des 
malades  de  toutes  conditions. 

La  scène  représentant  le  remplissage  de  l’outre  placée  sur 
le  char  traîné  par  des  bœufs  est  d’un  très  haut  intérêt  docu- 
mentaire. Elle  est,  à notre  connaissance,  le  seul  renseigne- 
ment que  nous  possédions  sur  le  transport  des  eaux  minérales 
et  leur  usage  à distance,  dont  aucun  auteur  n’a  parlé. 
MM.  Mallat  et  Cornillon  (1)  pensent  que  ce  transport  s’effec- 
tuait pour  les  bains.  Il  parait  difficile  d’admettre  le  transport 
au  loin  de  l’énorme  quantité  d’eau  nécessaire  aux  bains,  et  il 
était  inutile  de  la  transporter  dans  le  voisinage,  les  malades 
venant  à la  source,  à moins  toutefois  qu’ils  ne  fussent  tout  à 
fait  impotents.  Mais  on  viserait  alors  un  cas  tout  à fait  spécial, 
tandis  que  l’artiste  a voulu  ici  traduire  un  fait  général  et  habi- 
tuel. Cette  eau  avait  une  réputation  en  boisson,  nous  en 
avons  la  preuve  par  la  figure  qui  représente  l’esclave  donnant 
à boire  à un  malade  ; il  est  donc  extrêmement  probable,  et  il 
parait  rationnel  de  penser  que  l’eau  transportée  était  destinée 
à la  boisson.  L’idée  de  recourir  à l'usage  de  l’eau  transportée 
est  naturelle,  elle  est  le  corollaire  de  la  boisson  sur  place 
pour  les  eaux  qui  ne  perdent  pas  leur  qualité  par  le  voyage. 
Nous  sommes  portés  à croire  que,  pour  cette  source,  le  mou- 
vement de  transport  devait  être  important,  et  qu’il  en  était 
sans  doute  de  même  dans  d’autres  stations. 

A titre  de  médication  adjuvante,  ou  peut-être  adoucissante, 
pour  combattre  dans  certains  cas  la  poussée  que  donnaient 


(1)  Histoire  des  eaux  minérales  de  Vichy,  1906. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  35 

les  eaux,  on  faisait  absorber  aux  malades  des  tisanes.  Un  vase 
à infusions,  sans  doute  destiné  à cet  usage,  d’une  forme  très 
ingénieuse,  que  nos  fabricants  pourraient  prendie  comme 
modèle,  a été  trouvé  dans  une  des  officines  de  potiers  de  la 
cité  thermale  de  Vichy  {fig.  6)-  Ü a été  décrit  en  ces  termes  par 
M.  Déchelette  (1)  : « L’objet  se  compose  en  quelque  sorte  de 
deux  vases  soudés  l’un  à l’autre  par  la  base.  Le  vase  externe 
est  une  éeuelle  tronconique,  aux  parois  légèrement  évasées  : 
le  vase  interne  affecte,  au  contraire,  la  forme  d’une  ampulla 
globuleuse.  Sur  la  portion  inférieure  de  la  panse  s étagent 


Fig.  6.  — VASE  A INFUSIONS  PROVENANT  DE  VICHY. 

Reconstitué  à la  manufacture  de  Sèvres. 

Collection  de  M.  Bertrand. 

Cliché  communiqué  par  la  Société  des  Antiquaires. 


deux  rangées  horizontales  de  petits  trous,  Il  suffisait  de  mettre 
la  substance  à infuser  dans  cette  ampoule  et  d’y  verser  de 
l’eau  bouillante.  Lorsque  le  liquide  était  suffisamment  chargé, 
le  buveur,  sans  le  transvaser,  n’avait  qu’à  porter  l’écuelle  à 
ses  lèvres,  pour  absorber  l’infusion  jusqu’à  la  dernière  goutte, 
tandis  que  le  marc  se  déposait  au  fond  de  l’ampoule.  » 

Sans  doute  donnait-on  aussi  des. boissons  sudorifiques  aux 
malades  prenant  des  bains  ou  séjournant  dans  les  étuves, 
pour  activer  l’effet  cherché.  La  pratique  de  couper  les  eaux 
en  boisson  par  l’adjonction  i d’infusions  ou  de  sirops  est 
encore  en  usage  dans  certaines  stations  thermales. 


(1)  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires , 1904,  p.  120  et  suiv. 


LA  GAULE  THERMALE 


36 

Bains.  — C’était  assurément  le  mode  de  traitement  le  plus 
répandu.  Les  bains  se  prenaient  généralement  dans  des  pis- 
cines; dans  quelques  stations  thermales,  on  trouve  également 
des  petites  salles  séparées  et  des  baignoires. 

Les  médecins  recommandaient  certaines  précautions  pour 
l’entraînement  du  malade  en  vue  de  la  durée  des  bains.  La 
graduation  à observer  et  la  manière  d’en  faire  usage  variaient 
avec  les  eaux. 

« Bien  des  gens,  dit  Pline,  se  piquent  d’endurer  les  eaux 
thermales  plusieurs  heures.  C’est  pernicieux  et  il  n’y  faut  pas 
rester  plus  que  dans  le  bain  ordinaire,  puis  il  faut  faire 
une  lotion  d’eau  ordinaire  et  une  friction  huileuse. 

« On  est  exposé  aux  maladies  parce  que  l’ocleur  que  ces 
eaux  exhalent  porte  à la  tète,  la  met  en  sueur,  tandis  que  le 
reste  du  corps  est  immergé,  la  friction  est  donc  utile.  » 

Il  était  recommandé  de  ne  pas  trop  se  baisser  dans  certains 
bains,  à cause  des  gaz  qu’émettait  l’eau. 

Antyllus  donne  à peu  près  les  mêmes  conseils  : « Il  importe, 
en  entrant  dans  le  bain,  de  ne  pas  troubler  l’eau  à cause  des 
gaz  qui  s’en  dégagent  (1).  » 

Aëtius  recommande  aussi  aux  malades  de  n’entrer  dans  les 
bains  cpie  reposés. 

Bouches.  — Ce  mot  vient  de  l’italien  cluccia,  qui  veut  dire 
canal,  et  n’a  été  usité  qu’à  partir  du  quatorzième  siècle.  Mais 
la  chose  remonte  beaucoup  plus  haut  et  l’antiquité  de  la 
douche  semble  égaler  celle  du  bain.  La  première  a sans  doute 
été  une  cascade  naturelle,  mais  les  douches  artificielles  se  pra- 
tiquaient déjà  chez  les  Grecs  (2).  Sur  un  vase  peint  du  musée 
de  Leyde,  on  voit,  dans  un  édifice  en  forme  de  portique  sur- 
monté d’un  fronton,  deux  hommes  recevant  des  douches  d’eau 
jaillissant  de  mufles  de  panthères;  ils  se  frottent  la  poitrine, 
tandis  qu’au  dehors  des  jeunes  gens  se  font  des  frictions  hui- 
leuses. 

(4)  Antyllus,  De  Demediis,  liv.  I,  chap.  n. 

(2)  Dahem isiiUG  cl  Saglio,  Dictionnoive  des  Antiquités...  "N  . Bnlneum. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  37 

Sur  un  vase  du  musée  de  Berlin,  sur  un  autre  de  la  collec- 
tion Canino,  on  voit  des  femmes  dans  un  bassin,  ayant  de 
l’eau  à mi-jambes  et  recevant  des  jets  de  douches  jaillissant 
de  museaux  d’animaux.  Leurs  vêtements  sont  suspendus  à 
une  barre  transversale  (fig.  7).  Les  monnaies  de  la  ville 
d’Himéra  représentaient  Hercule  recevant  une  douche  sur  les 
épaules,  comme  le  veut  l’origine  fabuleuse  de  la  source. 

On  a dit  que  les  Romains  ne  s’étaient  pas  servi  de  la  douche 
parce  qu’ils  ne  possédaient  pas  de  tuyaux  ayant  la  flexibilité 


Fig.  7.  — DOUCHES. 

D’après  un  vase  du  musée  de  Berlin. 

Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines.  (Hachette  et  Cie,  éditeurs.) 


nécessaire  à leur  administration.  Bien,  en  effet,  ne  peut  nous 
faire  supposer  qu’ils  aient  employé  quelque  chose  d’analogue 
à la  douche  à la  lance,  telle  qu’elle  est  administrée  par  nos 
doucheurs  modernes,  mais  il  n’en  est  pas  de  même  pour  la 
douche  descendante,  jet  d’eau  tombant  d’une  hauteur  variable 


si  l’iconographie  romaine  nous  fournit  peu  de  documents, 
nous  en  trouvons,  par  contre,  d’indiscutables  dans  certaines 


H 8 


LA  GAULE  THERMALE 


installations  thermales  et  dans  les  textes  de  différents  auteurs. 

Quelques  phrases  de  Gelse  sont  très  probantes  à cet  égard  : 
Capiti  nihil  œque  prodest  aique  aqua  frigida  ; atque  his  cui  hoc 
infirmum  est  per  œtatem  id  hene  largo  canal i quotidie  dehet  ali- 
qumdiu  hene  subjicere...  (1).  His  qui  stomachi resolutione  laborant, 
yerfundi  frigida  atque  in  eadem.  natare , canalibus  ejusdem  subjicere 
etiam  stomachum  ipsum,  et  magis  etiam  a scapulis  id  quod  contra 
stomachum  est...  salutare  est  (2). 

Même  exactitude  j'de  description  dans  Cœlius  Aurelianus  : 
Cataclysmus,  hoc  est  aquarum  illisio,  suppositis  partibus  patien- 
tibus — Aquarum  ruinæ  quibus  partes  in  passione  constitutœ  sunt 
subjiciendœ  quas  Grœci  cataclysmos  appel  tant  : plurimum  etenim 
earum  percussiones  corporum  faciunt  mutationern  » (3). 

Galien  parle  de  faire  tomber  sur  la  tête  certains  liquides  en 
forme  de  cascades  (4).  Il  dit  aussi  que  se  placer  sous  un  filet 
(.Veau  minérale  est  une  pratique  dont  il  ne  faut  user  que  pour 
les  eaux  favorables  à la  tête.  Il  peut  être  dangereux  de  s’ex- 
poser à des  filets  d’eau  sortant  du  bitume  ou  du  soufre. 

Pline  écrit  que  l’eau  de,  mer  est  bonne  en  douches  et  nous 
trouvons  dans  Horace  ces  vers  caractéristiques  : 

Qui  caput  et  stomachum  supponere  fontibus  audent 
Clusinis,  Gabiosque  petunt  et  frigida  rura  (5). 

On  voit  que  la  douche  était  fréquemment  donnée  sur  la 
tête,  coutume  à laquelle  on  a à peu  près  renoncé  pour  la 
douche  chaude  et  qui  explique  le  conseil  de  Galien  de  ne  pas 
donner  de  douches  sulfureuses  aux  personnes  ayant  le  sang 
à la  tête,  capita  calida,  parce  que  ces  eaux  réchauffent  et  peu- 
vent exciter  la  fièvre.  Aëtius  donne  le  même  conseil  et  dit 
qu’il  ne  faut  pas  doucher  la  tête  avec  les  eaux  bitumineuses 
ou  sulfureuses  (6). 

Enfin,  on  a trouvé  dans  certaines  étuves,  comme  à Tri- 

(1)  Gelse,  De  la  Médecine,  liv.  I,  4. 

(2)  Id.,  liv.  IV,  5. 

(3)  Cœlius  Auhelianus,  Chron.,  III,  2,  et  II,  1. 

(4)  Galien,  Methodi  medendi,  XIII.  22. 

(5)  Horace,  Ëpilre  XV,  X. 

(6)  In  De  balneis  (op.  cit.),  p.  487. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  39 

guères  (Loiret),  des  salles  dans  lesquelles  un  tuyau  de  plomb 
débouchait  à une  certaine  hauteur  du  mur.  On  peut  admettre 
que  ce  tuyau  servait  à verser  de  l’eau  sur  le  sol  échauffé,  soit 
pour  le  refroidir,  soit  pour  produire  de  la  vapeur,  mais  il  est 
naturel  de  penser  aussi  qu'il  pouvait  être  utilisé  pour  les 
douches. 

A Bourbon- Lan cy,  les  niches  voisines  des  fontaines  avaient 
à leur  partie  supérieure  des  conduits  saillants  dont  la  desti- 
nation en  vue  de  cet  usage  est  absolument  évidente. 

Aux  bains  de  Sanxay,  dans  le  Poitou,  on  a découvert  une 
vraie  salle  de  douches.  « De  cette  piscine  Peau  passait  dans 
une  nouvelle  et  dernière  salle,  la  plus  petite  mais  la  plus 
étonnante  peut-être,  la  salle  de  douches,  œuvre,  elle  aussi,  de 
la  seconde  époque.  L’escalier  qui  y amenait  est  en  partie  con- 
servé. Le  sol  est  absolument  intact.  Les  dalles  où  se  plaçaient 
les  baigneurs  sont  encore  telles  qu’il  y a quinze  cents  ans  (1).  » 

A Pioule,  dans  le  Var,  on  a trouvé  près  d’un  bassin  ou  pis- 
cine, un  fragment  d’objet  en  poterie,  percé  de  trous  en 


Fig.  8.  — TUBE  EN  TERRE  CUITE,  AYANT  PEUT-ÊTRE  SERVI  DE 

SPÉCULUM  DE  BAIN. 

Collection  de  M.  Bertrand. 


pomme  d’arrosoir,  dont  l’utilisation  pour  l’administration  de 
douches  en  pluie  n’aurait  rien  d’invraisemblable.  On  peut  se 
demander  aussi  si  le  tuyau  de  terre  cuite  perforé  circulaire- 


(1)  Berthelé,  Quelques  noies  sur  les  fouilles  du  P.  De  La  Croix  à 
Sanxay . 


40 


LA  GAULE  THERMALE 


ment,  trouvé  près  de  Moulins,  dans  des  ruines  de  bains,  n’a 
pu  être  employé  également  pour  une  douche  en  pluie.  Sa 
forme  et  ses  dimensions  : environ  O m.  \ 0 de  long  sur  O m.02  \ /2 
de  diamètre,  le  font  ressembler  singulièrement  à un  spéculum 
de  bains.  N’était  la  matière  employée,  on  pourrait  croire  que 
c’était  là  la  véritable  destination  de  cet  instrument  (fig.  8). 

Le  Buveur  de  Vichy  figuré  dans  la  statuette  dont  nous  avons 
déjà  parlé,  est  coiffé  d’un  bonnet  recouvrant  la  nuque,  serré' 
autour  de  la  tête  par  un  ruban,  qui  fait  penser  aux  coiffures 
imperméables  dont  on  se  sert  pour  les  douches.  Aussi  a-t-on 
émis  l’opinion  que  l’artiste  avait  voulu  représenter  le  malade 
s’apprêtant  à aller  à la  douche.  Cette  opinion,  sans  être  très 
prouvée  car  elle  repose  sur  un  détail  de  costume  qui  peut 
prêter  à la  discussion,  paraît  cependant  assez  rationnelle. 

Affusions.  — L’affusion  remplaçait  la  douche  lorsqu’on 
n’avait  aucune  installation  permettant  d’appliquer  cette  der- 
nière, mais,  en  outre,  elle  était  d’un  usage  courant,  aussi  bien 
pour  le  bain  d’eau  douce  que  pour  le  bain  minéral,  et  Pline 
conseille  de  faire  une  affusion  d’eau  simple  après  chaque 
bain  minéral.  Hérodote,  dans  les  cures  thermales,  recomman- 
dait les  affusions  et  les  applications  locales.  Pour  Galien  on 
devait  faire  une  affusion  tiède  après  le  bain  chaud.  Parfois  on 
employait  l’eau  froide,  mais  c’était  dans  les  cas  de  fièvres  et 
seulement  à la  période  d’acmé  ou  de  déclin,  jamais  dans  la 
période  d’augment  (1). 

Après  un  nettoyage  à l’éponge,  on  faisait  les  affusions  sur 
la  tête,  l’orifice  de  l’estomac,  les  hypocliondres,  les  côtés, 
l’épine  du  dos,  la  vessie,  les  jambes,  selon  les  cas.  Souvent 
on  mélangeait  du  vinaigre  à l’eau. 

Étuves.  — Très  partisans  de  la  sudation,  qui  entrait  pour 
une  grande  part  dans  leur  thérapeutique,  les  Romains  ont  usé 
largement  des  étuves.  Leur  système  de  bains  simples  ayaift 
l’étuve  pour  base,  ils  n’ont  eu  garde  de  négliger  les  ressources 

(1)  Antyllus,  dans  Oribasë.  Sur  les  moyens  de  traitement,  liv.  I. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  41 

que  leur  offrait  la  nature  avec  la  chaleur  des  eaux  thermales 
pour  l’installation  de  leur.s  sudatoria. 

Les  étuves  étaient  humides  ou  sèches,  selon  qu’on  y intro- 
duisait ou  non  de  la  vapeur  d’eau;  certaines  d’entre  elles  pou- 
vaient à volonté  servir  à l’un  ou  à l’autre  usage. 

Les  premières  ont  été  les  étuves  naturelles,  en  plein  air, 
dans  lesquelles  on  utilisait  les  vapeurs  sortant  de  terre  dans 
la  région  tourmentée  de  Baies  et  de  Pouzzoles.  Autour  de 
cette  ville  il  y avait,  au  dire  de  Strabon,  « un  plateau  connu 
sous  le  nom  de  Forum  Vulcani,  et  entouré  de  toutes  parts  de 
collines  volcaniques,  d’où  se  dégagent,  par  de  nombreux  sou- 
piraux, d’épaisses  vapeurs  extrêmement  fétides;  déplus,  toute 
la  surface  de  ce  plateau  est  couverte  de  soufre  en  poudre,  su- 
blimé appareniment  par  l’action  de  ces  feux  souterrains  (1).  » 

Près  de  là  était  Abyssus,  dont  les  eaux,  après  refroidisse- 
ment, étaient  utilisées  comme  eaux  sulfureuses,  surtout  contre 
la  stérilité,  et  dont  les  vapeurs  servaient  pour  la  sudation. 

Celse  était  partisan  de  la  sudation,  mais  en  évitant  de  la 
provoquer  tant  que  la  digestion  n’était  pas  faite;  il  dit  que  les 
Romains  savaient  tirer  parti  des  vapeurs  qui  s’exhalaient  des 
sources  chaudes  (2).  Il  parle  des  étuves  naturelles  où  l’on 
renferme  la  vapeur  chaude  qui  s’élève  de  la  terre  dans  un 
édifice  semblable  à celui  qu’on  trouve  au-dessus  de  Baïes 
dans  un  endroit  planté  de  myrtes,  quales  super  Baias  in  myr- 
tetis  habemus,  et  qu’Horace  a aussi  célébrées  dans  ses  vers  : 

Sane  Myrteta  relinqui 
Dictaque  cessantes  nervis  elidere  morbwm 
Sulphura. 

Vitruve  consacre  à ces  fumerolles  le  passage  suivant  : 
In  montïbus  Cumanorum  et  Bajanis  sunt  loca  sudationibus  exca- 
vata, in  quibus  fervidus  ab  imo  nascens  ignis  vehementia  perforât 
eam  terram  per  eamque  manando  in  his  locis  oritur  et  ita  suda- 
tionum  egregias  facit  utilitates  (3). 

(1)  Géographie,  traduction  Tardieu,  t.  I,  liv.  V,  chap.  tv,  6 

(2)  Celse,  II,  17. 

(3)  Vitrcve,  op . cil.,  It.  6,  2. 


LA  GAULE  THERMALE 


42 

Elles  n’étaient,  parait-il,  pas  toutes  semblables  dans  leurs 
effets;  eelles  de  gauche  étaient  nocives,  celles  de  droite 
salutaires.  La  salle  contenait  des  gradins  pour  la  gradua- 
tion de  la  température.  On  y soignait  les  affections  froides 
et  humides , l’oedème,  l’hydropisie,  les  rhumatismes,  l’arthri- 
tisme. 

Vcipore  quoque  ipso  aliquœ  prosunt,  dit  Pline  (1)  de  son  côté  et 
il  ajoute  : 

« Les  étuves  naturelles  ne  font  pas  seulement  du  bien  pâl- 
ies vapeurs  chaudes  et  sèches  cpii  s’en  élèvent;  en  effet,  sous 
ce  rapport,  les  étuves  artificielles  qu’on  a imaginées  d’après 
le  modèle  des  étuves  naturelles  produiraient  le  même  effet.  » 
En  cela  il  se  trouvait  en  contradiction  avec  Hérodote,  qui 
préférait  les  étuves  naturelles  parce  qu’elles  étaient  en  plein 
air.  Pour  lui,  leur  effet  physiologique  était  contraire  à celui 
des  eaux  minérales,  indication  assez  vague  qu’il  devait  rap- 
porter à des  eaux  spéciales,  sans  doute  à celles  de  Baïes.  Il  les 
ordonnait  dans  les  maux  de  tête,  vertiges,  bourdonnements, 
dureté  de  l’ouïe,  cataractes,  excès  d’humidité,  fluxions  de 
l’orifice  de  l’estomac,  efflorescences  de  la  peau,  jaunisse  chro- 
nique, embonpoint  exagéré,  anasarque,  ascite. 

Après  l’étuve,  on  prenait  parfois  le  bain  ordinaire  ou  on  se 
* 

livrait  à la  natation  en  mer;  souvent  on  recourait  aux  affu- 
sions chaudes  ou  froides. 

Nous  avons  dit  que,  dans  les  établissements  thermaux, 
l’étuve  sèche  pouvait  quelquefois  être  transformée  en  étuve 
humide.  Lorsque  la  température  de  l’eau  n’était  pas  assez 
élevée,  on  projetait  sur  le  sol  du  caldarium  de  l’eau  minérale. 
C’est  ainsi  qu’à  Triguères,  on  a trouvé  dans  les  murs  du  suda- 
tonum  un  tuyau  de  plomb  qui  devait  servir  à cet  usage,  de 
même  qu’il  pouvait  aussi,  ainsi  que  nous  l’avons  dit  plus  haut, 
servir  d’appareil  à douche.  Dans  un  hypocauste,  à Marien- 
fels,  un  conduit  de  plomb  fermé  par  une  soupape  devait  servir 
également  à verser  de  l’eau  sur  le  sol  échauffé  (2). 

(1)  Pline,  op.  cit,  XIX.  2. 

(2)  Daremberg  et  Saglio,  Dictionnaire  des  Antiquités...  V.  Hypocamis. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  43 


Mais  partout  où  la  température  naturelle  de  l’eau  était  suffi- 
sante, on  ü’en  est  servi  pour  établir  des  étuves  humides.  Les 
étuves  de  ce  genre  étaient  presque  toujours  installées  près  de 
l’émergence  des  sources  les  plus  chaudes  et  à l'amont  du 
bassin  et  des  piscines. 

Les  locaux  qui  les  composaient  reposaient  sur  des  bassins 
d’eau  chaude  dont  ils  n’étaient  séparés  que  par  un  dallage 
formant  le  sol.  Ce  dallage  était  supporté  sur  des  dés  de  granit, 
de  grès,  de  terre  cuite,  rectangulaires  ou  cylindriques.  On  y 
entretenait  à l’état  de  renouvellement  constant  une  nappe  d’eau 
chaude  de  trente  à soixante  centimètres  de  hauteur,  dont  le 
plan  supérieur  était  à vingt-cinq  à trente  centimètres  au-dessous 
de  la  face  inférieure  du  dallage  formé,  soit  par  des  pierres 
plates  jointives,  soit  par  des  voûtes  déprimées  avec  chapes  de 
béton  faisant  sol  aux  étuves.  En  somme,  c’était  un  hypocauste 
dans  lequel  le  feu  et  les  gaz  étaient  remplacés  par  l’eau  chaude 
et  la  vapeur  qui  s’en  exhalait.  Cette  vapeur  léchait  la  paroi 
inférieure  du  dallage,  puis  s’élevait  dans  les  cheminées  de 
poterie  placées  verticalement  dans  les  parois  latérales  et  près 
de  la  surface  intérieure  de  ces  parois.  Dans  les  cas  où  la  cha- 
leur était  suffisante,  on  avait  à volonté  l’étuve  sèche  ou  l’étuve 
humide,  selon  que  l’on  dégageait  la  vapeur  à l’intérieur  ou  à 
l’extérieur  des  locaux.  Dans  l’étuve  humide,  la  vapeur  se 
dégageait  à l’intérieur,  soit  par  des  ouvertures  en  forme  de 
puits  carrés  ou  circulaires  ménagées  au  dallage,  soit  par  les 
cheminées  des  parois,  à une  hauteur  de  soixante-dix  centi- 
mètres ou  un  mètre  au-dessus  du  sol  de  la  salle.  Ces  cheminées 
présentaient  une  section  quadrangulaire  de  douze  à dix-huit 
centimètres  de  côté.  Elles  étaient  quelquefois  presque  join- 
tives, d’autres  fois  espacées  à la  distance  de  quarante  centi- 
mètres à un  mètre. 

Il  n’est  pas  douteux  que  la  pensée  première  qui  a conduit 
les  Romains  à utiliser  les  vapeurs  chaudes  a été  de  s’en  servir 
pour  provoquer  la  sudation;  mais  on  peut  penser,  et  certaines 
installations  confirment  cette  idée,  que,  sous  l’influence  de  la 
pratique,  l’observation,  l’expérience  empirique  les  ont  amenés 


44 


LA  GAULE  THERMALE 


u s en  servir  comme  moyen  thérapeutique  des  voies  respira- 
toires. » 

Ils  connaissaient  l’usage  des  fumigations  sèches  et  humides. 
Un  passage  d’Oribase  nous  fixe  d’une  manière  certaine  sur 


la  valeur  attribuée  aux  vapeurs  médicinales  : « Les  fumiga- 
tions ne  sont  pas  utiles  à beaucoup  de  malades,  mais  à ceux 
cpii  ont  une  affection  de  poitrine,  et  ce  traitement  n’est  même 
pas  bon  dans  toutes  les  maladies  de  cette  cavité;  en  effet,  il 
ne  convient  ni  à ceux  qui  crachent  du  sang,  ni  à ceux  qui  ont 
une  maladie  sèche  de  la  poitrine,  mais  uniquement  aux  asth- 
matiques et  dans  l’orthopnée,  quand  les  malades  sont  incom- 
modés par  une  surabondance  de  pituite  difficile  à expul- 
ser (\  ) . » 

Pline,  qui  vantait  les  fumigations  sèches  de  jusquiame  contre 
la  toux,  disait  que  les  vapeurs  d’eau  de  mer  mêlées  avec  du 
vinaigre  étaient  bonnes  dans  les  douleurs  de  tête  et  la  dureté 
de  l’ouïe  et,  dans  un  ordre  d’idées  qui  se  rapproche  de  celui 
qui  nous  occupe,  Galien  demandait  que  l’air  des  bains  soit 
échauffé  et  humidifié.  Pour  cela  il  prescrivait  qu’on  versât  de 
l’eau  chaude  de  manière  qu’elle  se  répandît  dans  la  salle  (2). 
Ailleurs  (3),  il  dit  encore  que  l’air  des  bains  peut  être  ou  plein 
de  brouillard  ou  'plein  de  vapeur. 

9 

Certains  établissements  ont  possédé  des  installations  qui 
ont  dû  servir  aux  inhalations  ou  au  humage.  Nous  trouverons 
dans  une  salle  d’Amélie-les-Bains  deux  sortes  de  tours,  de 
deux  mètres  de  hauteur  sur  un  mètre  de  diamètre,  ayant  des 
ouvertures  d’entrée  et  de  sortie  à des  niveaux  différents.  Un 
courant  d’eau  chaude  y circulait  et  les  patients  se  trouvaient 
là  dans  un  véritable  petit  bain  de  vapeur  formant  salle  d’inha- 
lation. De  même,  à Luchon,  un  réservoir  fournissait  à une 
salle  sous-jacente  des  vapeurs  obtenues  par  un  dispositif  des 
plus  simples  et  des  plus  remarquables  : par  le  jiassage  des 
eaux  à travers  une  voûte  percée  de  trous  nombreux  et  sou- 


(1)  Oribase,  Coll.  Med.,  VIII,  2. 

(2)  Galien,  Melhodi  medendi,  X,  10. 

(3)  Galien,  De  Temperam.,  II,  2. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  45 

tenue  par  de  petites  colonnes  en'  terre  cuite.  Il  y avait  ainsi 
dans  la  salle  supérieure  un  dégagement  de  vapeurs  produit 
par  le  courant  d’eau  minérale. 

Ces  installations  corroborent  l’idée  que  les  Romains  utili- 
sèrent les  vapeurs  d’eaux  minérales  dans  un  but  médical, 
soit  sous  forme  de  humage,  soit  sous  forme  d’aspiration  dans 
des  salles  pleines  de  vapeur,  ainsi  que  cela  se  pratique  dans 
beaucoup  d’établissements  thermaux,  notamment  au  Mont- 
Dore,  berceau  des  aspirations  modernes  et  station  où  elles 
sont  appliquées  le  plus  fréquemment  et  installées  le  plus  lar- 
gement. 

Bains  de  boue.  — « La  boue  même  des  eaux  thermales  est 
d’un  usage  salutaire,  mais  il  faut,  après  s’en  être  frotté,  la 
laisser  sécher  au  soleil  (1).  » 

Les  ruines  romaines  qu’on  trouve  dans  les  stations  de  bains 
de  boue,  Barbotan,  Dax,  prouvent  que  les  Romains  avaient 
usé  largement  de  ce  mode  de  thérapeutique  thermale. 

Galien,  qui  avait  observé  l’application  des  boues  médici- 
nales générales  ou  locales  à Alexandrie,  les  préconisait  dans 
les  vieilles  inflammations,  les  tumeurs  molles  que  les  Grecs 
appellent  œdèmes,  le  flux  hémorroïdaire  exagéré,  les  douleurs 
anciennes.  Ces  boues  étaient  utilisées  en  bains,  cataplasmes  et 
frictions  sur  les  parties  malades  (2). 

Aux  Aquæ  Mattiacæ,  aujourd’hui  Wiesbaden,  on  se  servait 
du  sédiment  des  eaux  pour  pétrir  des  boules  qui  jouissaient 
d’une  grande  réputation  comme  remède  contre  la  chute  des 
cheveux  (3). 

Si  mulare  paras  longœvos,  cana,  eapillos, 

Accipe  Mattiacos , quo  tibi  calva,  pilos  (4). 

(Vieille,  si  tu  veux  rajeunir  ta  chevelure,  reçois  ces  boules  de  Mattiacum; 
mais  à quoi  bon,  tu  es  chauve  !) 

(1)  Pline,  lac.  cit. 

(2)  Baccio,  De  thermis,  De  illutamento  in  balneis  naturalibus , liv.  II, 
p.  115. 

(3)  Ch.  Bhaun,  Monographie  des  eaux  de  Wiesbaden,  1859. 

(4)  Martial,  liv.  LIV,  Epigr.,  27. 


46 


LA  GAULE  THERMALE 


Bains  de  vapeur.  — Étuves  partielles  sèches . — Le  séjour  dans 
les  étuves  humides  ou  sèches  ne  pouvait  avoir  qu’une  durée 
limitée  et  ne  devait  pas  dépasser  une  certaine  température, 
sous  peine  de  provoquer  des  accidents  sérieux  de  congestion, 
surtout  dans  l’étuve  humide.  En  outre,  tous  les  malades  n’en 
étaient  pas  justiciables  et  la  pratique  avait  vite  appris  aux 
médecins  les  contre-indications  de  cette  méthode.  Les  con- 
gestifs, les  malades  à tempérament  dit  apoplectique,  ceux 
dont  la  circulation  était  défectueuse  devaient  se  dispenser  de 
ces  modes  de  traitement  ou  n’en  user  qu’avec  beaucoup  de 
discrétion  et  sous  une  surveillance  active. 

Le  principal  inconvénient  étant  de  congestionner  la  tête  et 
de  faire  respirer  un  air  trop  chaud,  pour  y obvier  et  pour 
permettre  aux  rhumatisants,  aux  podagres,  aux  œdématiés  de 
bénéficier  de  l’action  bienfaisante  de  la  sudation  exagérée  par 
la  haute  température,  on  construisit  les  bains  de  vapeur  ou 
les  étuves  sèches  en  caisse,  sortes  de  boites  dans  lesquelles  le 
malade  était  enchâssé  en  conservant  la  tête  à l’air  libre.  Le 
procédé  n’a  pas  varié  depuis;  le  mode  de  construction  diffère 
un  peu,  mais  la  conception  est  la  même. 

Cette  méthode  était  ancienne  en  médecine.  Galien  en  parle 
en  ces  termes  : « Il  est  probable  qu’Erasistrate  n’ignorait  pas 
le  réchauffement  des  hydropiques  à l’aide  du  tonneau,  traite- 
ment que  Chrysippe  de  Cnide  estimait  au  moins  tout  autant 
que  les  autres  anciens  médecins.  En  effet,  les  malades  éprou- 
vent par  tout  leur  corps  une  évacuation  beaucoup  plus  rapide 
et  plus  forte  que  dans  le  bain;  cependant,  ils  n’éprouvent  pas 
d’étouffements  parce  qu’ils  respirent  un  air  froid.  Si  on  les 
prive  de  cet  air,  ils  meurent  tout  de  suite  (1).  » 

On  retrouve  la  même  opinion  dans  Aëtius.  « Arétée  dit  que 
ce  qu’il  y a de  mieux,  c’est  le  réchauffement  dans  le  tonneau, 
de  manière  que  le  malade  tienne  la  tête  hors  du  tonneau,  afin 
que  tout  son  corps  soit  réchauffé,  tandis  qu’il  respire  un  air 
froid  (2).  » 

(1)  Galien,  De  Utiiitate  respirandi,  IV. 

(2)  Aëtius,  Traité  du  diabète,  XI,  1. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  47 


IV 


Saisons  et  durée  des  cures  thermales.  — Les  villes  d’eaux  de 
l’Italie  ou  de  la  Grèce  sur  lesquelles  nous  avons  quelques  ren- 
seignements avaient  des  étés  très  chauds;  aussi  recomman- 
dait-on de  fuir  les  chaleurs  de  la  canicule  et  de  faire  les  cures 
au  printemps  ou  à l’automne. 

Plutarque  dit  que  les  sources  d’OEdepsus  étaient  surtout 
fréquentées  au  printemps  (1).  Hérodote  en  dit  autant  des  bains 
d’Abano  et  Tibulle  écrit  : 

Los  tenet,  Etruscis  manat  quæ  foniis  unda 
Unda  sub  œstivum  non  adeunda  canem 
Nunc  autem  sacris  Baïarum  maxima  lymphis 
Quutn  se  purpureo  vere  remittit  humus  (2). 

Ces  eaux  de  l’Étrurie  qu’il  fallait  se  garder  de  fréquenter 
pendant  la  canicule  et  que  le  poète  préférait  à Baïes  étaient 
sans  doute  celles  de  Taurum. 

Hérodote  conseille  le  printemps  ou  l’automne  pour  les 
saisons  aux  eaux  chaudes  ou  situées  dans  les  endroits  maré- 
cageux, l’été  pour  les  eaux  froides. 

Baccio,  dont  les  écrits  sur  les  eaux  reflètent  surtout  les 
idées  des  grands  auteurs  anciens,  dit,  dans  son  ouvrages  De 
Thermis,  qu’il  faut  éviter  de  faire  des  saisons  pendant  les 
fortes  chaleurs  de  l’été. 

Pour  la  durée  des  cures,  nous  sommes  fixés  par  cette  phrase 
d’Hérodote  : « Si  vous  voulez  faire  une  cure  de  trois  se- 
maines... » 

Depuis  longtemps  l’expérience  avait  indiqué  la  durée 
moyenne  des  cures  thermales,  qui  est  encore  ce  qu’elle  était 
autrefois,  sauf  quelques  variations  qui  ont,  sans  doute,  tou- 
jours existé.  A telle  station  on  se  contente  de  quinze  jours  de 

(1)  Plutarque,  Lympos.,  IV,  4. 

(2)  Dupouy,  op.  cit p.  114. 


48 


LA  GAULE  THERMALE 


traitement,  tandis  qu’à  telle  autre  on  demande  un  mois  et 
paifois  plus,  niais  c est  le  chiffre  fatidique  de  vingt  et  un  jours 
qui  est  le  plus  généralement  accepté. 


Direction  médicale.  — Existait-il  auprès  des  sources  médici- 
nales des  médecins  s’adonnant  spécialement  à l’exercice  de  la 
médecine  thermale?  Nous  sommes  à peu  près  sans  renseigne- 
ments à cet  égard. 

Deux  inscriptions  de  Bourbonne  (1)  mentionnent  les  noms 
de  Sextilia  et  d’Æmilia,  filles  de  Sextus  MED.  M.  Chabouillet  a 
lu  MEDICI  et  en  a conclu  que  ces  textes  s’appliquaient  aux 
deux  filles  du  médecin  Sextus,  dont  la  présence  à Bourbonne 
pouvait  s’expliquer  professionnellement.  Mais  cette  lecture  ne 
semble  pas  généralement  admise  et  la  version  Mediomatrica, 
indiquant  le  pays  d’origine  des  jeunes  filles,  parait  devoir  être 
préférée. 

Un  des  monuments  funéraires  de  Luxeuil  peut  nous  faire 
supposer  l’existence  dans  cette  ville  d’une  officine  de  pharma- 
cien. Le  personnage  qui  y est  représenté,  et  dans  lequel  M.  de 
Longpérier  voit  l’effigie  d’un  pharmacopole,  tient  de  la  main 
droite  un  petit  vase  et  de  la  gauche  une  baguette  qui  rappelle 
l’agitateur  en  verre  actuellement  en  usage  (2). 

En  ce  qui  concerne  les  médecins  d’eaux,  nous  sommes 
réduits  aux  conjectures.  Les  riches  patriciens  avaient  leur 
médecin;  c’était  généralement  un  esclave  ou  un  affranchi,  qtii 
les  accompagnait  lorsqu’ils  se  rendaient  dans  une  station 
thermale.  Pour  d’autres,  la  direction  médicale  était  donnée 
par  le  médecin  habituel.  C’est  ainsi  que  nous  voyons  Horace 
renoncer  par  ordonnance  de  Musa  aux  eaux  de  Baies  : « Pour 
moi,  les  tièdes  eaux  de  Baïes  sont  sans  vertus,  dit  Musa,  ce 
qui  ne  m’empêche  pas  de  me  plonger  dans  l’eau  glacée  au 

(1)  Voir  p.  189. 

(2)  Un  bas-relief  conservé  au  musée  d’Épinal  et  dont  on  peut  voir  un 
moulage  au  musée  de  Saint-Germain,  représente  une  boutique  de  phar- 
macien ou  de  droguiste;  une  femme  triture  une  préparation  dans  un 
mortier,  et  une  autre,  assise  au  milieu,  est  peut-être  une  déesse  qui  pré- 
side au  travail,  une  patronne  de  la  pharmacie  ou  de  la  médecine. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  4Î> 

cœur  de  l’hiver.  Quitter  ces  bosquets  de  myrtes,  ces  eaux 
renommées  dont  les  vapeurs  sulfureuses  dissipent  les  humeurs 
sédentaires,  c’est  une  indifférence  dont  le  bourg  se  plaint 
avec  raison  (1).  » 

C’est  ainsi  que  nous  voyons  aussi  Hérodote  formuler  les 
précautions  que  l’on  doit  prendre  pour  la  cure  balnéaire  : « Si 
l’on  veut  faire  une  cure  de  trois  semaines,  on  commencera 
par  des  bains  d’une  demi  heure  ; on  augmentera  peu  à peu  de 
manière  à arriver  à deux  heures  vers  le  septième  jour;  on 
s'en  tiendra  à cet  espace  de  temps  jusqu’à  la  fin  de  la  seconde 
semaine,  après  quoi  on  diminuera  de  même  et  on  s’arrêtera 
au  chiffre  du  début  en  suivant  une  marche  exactement  in- 
verse. » 

11  faut  subir  pour  le  bain,  comme  pour  les  exercices,  un 
entraînement.  Au  début,  si  le  malade  souffre  par  tout  le  corps, 
il  faut  lui  faire  prendre  un  bain  entier,  sinon  baigner  locale- 
ment la  partie  souffrante,  appliquer  des  fomentations  ou  des 
cataplasmes.  Si  le  soulagement  ne  se  produit  pas,  il  faut  re- 
venir aux  eaux.  Les  bains  locaux  peuvent  être  pris  plusieurs 
fois  par  jour.  Pour  les  douleurs,  on  doit  se  borner  à prendre 
des  bains  locaux  renouvelés  plusieurs  fois  par  jour.  S’il  est 
possible  de  tenir  dans  l’eau  les  parties  souffrantes  en  mettant 
les  autres  à couvert,  il  n’est  pas  mauvais  de  continuer  pendant 
un  long  espace  de  temps  l’usage  des  eaux,  mais  il  faut  faire  le 
traitement  avant  le  repas.  S’il  survient  du  paroxysme,  on 
interrompt  pour  recommencer  dès  qu’il  se  produit  du  calme. 
On  faisait  faire  des  séances  de  bains  prolongés,  puisque  un 
peu  plus  loin,  le  même  auteur  ajoute  : « Si  les  forces  aban- 
donnent le  malade,  on  peut  lui  donner  des  aliments.  » 

Malgré  ces  sages  conseils,  beaucoup  de  baigneurs  usaient  et 
mésusaient  des  eaux  sans  direction.  Nous  avons  cité  l’opinion 
de  Pline  sur  les  gens  qui  buvaient  de  l’eau  outre  mesura. 
Hérodote  avertit  aussi  les  malades  des  dangers  qu’ils  cou- 
rent en  usant  des  eaux  d’une  manière  fantaisiste  et  poussés 

(1)  Horace,  Epître  XV,  Ad  Valam. 


4 


par  cette  idée,  éternelle  chez  eux  et  qu’on  constate  encore 
tous  les  jours,  qu’à  l’intensité  du  traitement  correspondra  l’in- 
tensité de  bénéfice  : « Puisque,  dit-il,  beaucoup  de  gens  du 
monde  croient  que  les  eaux  minérales  chaudes  contribuent  à 
conserver  la  santé  et  que,  pour  cette  raison,  ils  en  usent  sans 
mesure  et  sans  direction , à leur  détriment,  bien  entendu,  ainsi 
que  cela  est  naturel,  il  importe  de  leur  faire  abandonner  cette 
fausse  opinion.  » 

Mais,  outre  les  médecins  particuliers  et  les  médecins  habi- 
tuels qui,  eux,  ne  pouvaient  donner  que  des  conseils  éloignés, 
mais  non  surveiller  les  incidents  de  la  cure,  il  est  probable 


qu'il  y avait  des  médecins  spéciaux  résidant  dans  le  voisinage 
des  sources,  tout  au  moins  pendant  la  durée  de  la  saison 
thermale. 


L’exercice  de  la  médecine  avait  pris  sous  l’empire,  surtout 
après  la  venue  des  médecins  grecs  et  sous  l’influence  de  la 
Grèce,  une  importance  considérable  (1).  La  médecine  militaire 
avait  une  organisation  comprenant  les  médecins  des  cohortes 
et  des  légions  au-dessus  desquels  était  le  médiats  castrensis, 
puis  des  officiers  d’administration,  optio  valetudinarii,  et  les 
infirmiers  (2).  Dès  l’époque  de  Cicéron,  il  y avait  dans  les 
camps  des  tentes  ambulances.  Parallèlement  il  y avait  des 
commencements  d’organisation  d’assistance  médicale  civile, 
notamment  pour  la  maison  de  l'Empereur  (3). 

Ces  organismes  en  rapport  avec  l’état  de  civilisation  de  la 
société  romaine  nous  portent  à croire  que  les  malades  qui 
allaient  aux  eaux  ne  restaient  pas  sans  soins  et  que  les  médecins 
ne  négligeaientpas  l’occasion  de  tirer  de  la  présence  delà  société 
nombreuse  et  choisie  qui  fréquentait  certaines  villes  d’eaux, 


(1)  Il  y eut  même  dans  l'empire  romain  des  femmes*  exerçant  la  méde- 
cine, autres  que  les  accoucheuses,  à qui  on  donnait  le  nom  d ’obstetrices. 
Le  docteur  Poncet,  dans  scs  Documents  pour  servir  à l'histoire  (le  la  méde- 
cine à Lyon,  cite  deux  inscriptions  de  cette  ville  où  il  est  question  de 
medicœ. 

(2)  J. -Y.  Simpson,  Des  Médecins  militaires  attachés  aux  légions  romaines. 
(Traduit  par  le  docteur  Buttura.) 

(3)  Docteur  René  Bhiau,  l’Assistance  médicale  chez  les  Romains. 


LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS  SI 


les  bénéfices  qu’ils  étaient  en  droit  d’espérer.  Alors  que  dans 
les  autres  rassemblements,  fêtes  ou  marchés,  on  trouvait  des 
médecins  ambulants,  circulatores , il  serait  étrange  que  les 
villes  d’eaux  en  eussent  été  dépourvues. 


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DEUXIÈME  PARTIE 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 

LEUR  ORGANISATION  ET  LEUR  FONCTIONNEMENT 

LEUR  DESTRUCTION 


CHAPITRE  PREMIER  , 


I.  Renseignements  anciens  sur  les  stations  thermales  de  la  Gaule.  — 
II.  Documents  géographiques.  — III.  Carte  de  Peutinger.  — IV.  Itiné- 
raire d’Antonin.  — V.  Cosmographie  de  l’Anonyme  de  Ravenne.  — 
VI.  Renseignements  tirés  des  auteurs  anciens.  — VII.  Renseignements 
fournis  par  les  inscriptions. 


I 


Au  début  de  nos  études  archéologiques  sur  nos  anciennes 
stations  d’eaux,  nous  devons  commencer  par  signaler  les 
documents  écrits  qui  s’y  rapportent  et  peuvent  nous  aider  à 
déterminer  leur  situation,  leur  dénomination  antique,  leur 
degré  de  célébrité  ou  les  propriétés  particulières  qu’on  leur 
attribuait.  Ces  textes  sont  assez  peu  nombreux,  et,  comme 
nous  le  verrons,  donnent  lieu,  bien  souvent,  à de  vives  con- 
troverses relativement  à leur  identification  avec  des  localités 
modernes. 


54 


LA  GAULE  TILERMALK 


Nous  examinerons  successivement  les  indications  qui  nous 
sont  fournies  par  les  documents  géographiques  proprement 
dits  : cartes  et  itinéraires,  puis  celles  que  nous  trouvons  dans 
des  textes  d’écrivains  : géographes,  historiens  ou  littérateurs, 
et  enfin  celles  que  nous  fournissent  les  monuments  épigra- 
phiques. 


II 

DOCUMENTS  GÉOGRAPHIQUES 


Carte  de  Peutinger.  — La  source  la  plus  importante  à notre 
point  de  vue,  comme  d’ailleurs  pour  tout  ce  qui  touche  à la 
géographie  ancienne  de  la  Gaule,  est  la  Carte  de  Peutinger . 
appelée  aussi  quelquefois  Table  théodosienne. 

On  sait  que  cette  carte,  conservée  actuellement  à la  biblio- 
thèque impériale  de  Aienne,  est  une  copie,  vraisemblablement 
exécutée  au  treizième  siècle,  d’une  œuvre  originale  dont  la 
date  probable  se  place  vers  le  milieu  du  troisième  siècle  (1). 
Son  nom  lui  vient  d’un  savant  d’Augsbourg,  Conrad  Peu- 
tinger, qui  en  était  propriétaire  au  seizième  siècle.  La  carte 
était  peinte  sur  une  suite  de  feuilles  de  parchemin,  qui  attei- 
gnent une  longueur  totale  de  21  pieds  sur  un  pied  de  haut. 
C’est,  avant  tout,  une  carte  routière.  Le  figuré  du  terrain  est 
nul:  le  cours  des  rivières  est  éminemment  fantaisiste;  les 
chaînes  de  montagnes  sont  indiquées  par  des  lignes  mame- 

(1)  « Nous  savons  par  Pline  l'Ancien  que  sous  la  pratique  de  Polla,  à 
Rome,  l’on  avait  tracé,  l’an  7 avant  notre  ère,  une  carte  de  l’univers  : 
orbem  lerrarum  orbi  spectandum.  Cette  carte,  disposée  en  longueur  suivant 
la  forme  de  l’édifice  où  elle  était  peinte,  dut  servir  de  prototype  à toutes 
celles  qui  lurent  dressées  pendant  lés  premiers  siècles  de  notre  ère,  et  la 
carte  de  Peutinger,  dont  le  dessin  est  démesurément  allongé  dans  le  sens 
horizontal  et  singulièrement  rétréci  dans  le  sens  vertical,  semble  devoir 
en  donner  une  idée  exacte.  Telle  est,  du  moins,  la  conjecture  de  Mannert, 
reconnue  probable  par  Desjardins.  » H.  de  Fontenay,  Autun  el  ses  monu- 
ments, p.  170. 


GEOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


SI) 


lonne'es.  De  petits  édifices  plus  ou  moins  compliqués  repré- 
sentent les  principales  villes  et  stations.  Entre  celles-ci  cir- 
culent les  routes,  sous  forme  de  lignes  brisées,  le  long 
desquelles  sont  inscrits  les  noms  des  stations  intermédiaires, 
avec  des  chiffres  indiquant,  en  milles  romains  ou  en  lieues 
gauloises,  les  distances  qui  les  séparent  (4).  Certains  établis- 
sements thermaux  étaient  figurés  par  un  signe  conventionnel 
spécial  : un  bâtiment  de  forme  carrée,  renfermant,  au  centre, 
un  bassin  colorié  en  bleu  sur  l’original  (fy.  9). 

Il  est  incontestable  que  la  carte  présente  sur  certains  points, 
vraisemblablement  par  la  faute  du  copiste,  des  lacunes  dans 
l'indication  des  stations,  ainsi  que  des  erreurs  dans  l’ortho- 
graphe des  noms  de  lieux  et  les  chiffres  des 
distances.  D'autre  part,  la  forme  démesuré- 
ment allongée  donnée  à la  carte,  l’absence  de 
toute  proportion  entre  sa  longueur  et  sa  lar- 
geur, ont  absolument  faussé  toutes  les  don-  Fig.  9. 

nées  géographiques  qu’on  pourrai t y chercher  signe  thermal 

DE  LA  CARTE 

et  ne  permettent  pas,  comme  avec  nos  cartes  DE  PEutinger. 
modernes,  la  détermination  d’un  point  in- 
connu par  sa  position  relativement  à d’autres  points  connus. 
Aussi  verrons-nous  bientôt  l'identification  des  lieux  anciens 
portés  sur  la  carte  donner  naissance  à des  divergences  conti- 
nuelles, basées  le  plus  souvent  sur  des  raisonnements  où 
l’on  est  obligé  de  faire  intervenir  des  corrections  plus  ou  moins 
justifiées  et  parfois  singulièrement  hypothétiques. 

Itinéraire  d’Antonin.  — L’Itinéraire  d’Antonin  ( Itinerarium 
provinciarim  omnium  imperii  Antonini  Augusti)  est,  en  dépit  de 
son  nom,  d’une  date  bien  postérieure  à l’époque  des  Antonins. 

« C’est,  dit  Desjardins,  un  tableau  plus  ou  moins  officiel  des 
stations  et  des  distances  de  l’empire  romain  au  quatrième 

(lj  Le  mille  romain  ôtait  de  1,481  mètres  et  la  lieue  gauloise  équivalait 
«à  un  mille  et  demi,  soit  2,221  ni.  50.  Le  mille  était  usité  dans  l’an- 
oienne  province  romaine  et  la  lieue  était  la  mesure  commune  aux  trois 
Gaules. 


LA  GAULE  THERMALE 


56 

siècle;  il  n'y  a point  là  d’ouvrage  à proprement  parler,  mais 
une  copie,  dont  l’original  impersonnel  était  partout,  et  par 
conséquent  appartenait  à tous.  » 

L’Itinéraire  comportait  une  série  de  listes  ou  tableaux  indi- 
quant les  noms  des  villes  ou  stations  comprises  entre  deux 
points  extrêmes,  avec  les  distances  séparant  chacune  de  ces 
localités.  On  ne  peut  mieux  le  comparer  qu’à  nos  anciens 
livres  de  poste. 

Cosmographie  de  l’Anonyme  de  Ravenne  (4).  — En  4688, 
clom  Placide  Porcheron  publia,  d’après  un  manuscrit  de  la 
bibliothèque  du  Roi,  une  Cosmographie  due  à un  Ilavennate 
anonyme,  sous  le  titre  : Anonymi  Rcivenncitis  qui  circa  sœcu- 
lum  vu  vixit  de  geographia  libri  quinque.  « Cette  oeuvre,  dit 
M.  Desjardins,  n’appartient  pas  à l’époque  romaine;  elle  date 
seulement  de  l’époque  franque  et  n’est  même  pas  antérieure 
au  temps  de  Charlemagne;  mais,  rédigée  à l’aide  de  docu- 
ments géographiques  plus  anciens,  elle  mérite  toutefois  de 
fixer  l’attention  des  érudits  qu’intéresse  la  géographie  de  la 
Gaule  romaine.  » 


III 


La  Table  de  Peutinger,  dans  la  partie  qui  nous  intéresse  et 
qui  s’étend  sur  les  segments  I et  II,  contient  neuf  stations 
désignées  par  le  signe  thermal  dont  nous  avons  parlé  plus 
haut.  Ce  sont,  sur  le  segment  I : Pretorium  Agrippïnœ qui 
doit  rester  en  dehors  de  nos  études,  comme  s’appliquant  à 
une  station  étrangère  à la  Gaule  (2),  Aquis  BonnoniSj  Aquis 

(1)  Sue  l'anonyme  de  Ravenne,  on  peut  consulter  : De  Rossi,  Sopra  il 
cosmografo  Ravennale.  1852.  — Pinder  et  Parthey,  Ravennalis  anonymi 
cosmographia.  — D’Avezac,  le  Ravennale  et  son  exposé  cosmographique. 

(2)  Cette  station,  située  sur  la  route  de  Leyde  àNimègue,  a ôté  identifiée 
avec  Roomburg,  près  de  Leyde,  où  l’on  voyait  autrefois  des  ruines  et  où 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


57 


Segeste,  Aquis  Nisincii,  Aquis  CalidiSj  Aquis  Segeie  et  Aquis.  La 
station  d7 ndesina  est  à cheval  sur  les  segments  I et  II;  celle 
cl  'Aquis  Sestis  figure  sur  le  segment  II.  Enfin  le  segment  I 
porte  le  nom  d3  Aquis  Neri,  mais  sans  l’accompagnement  du 
signe  thermal  ( fig . 10). 

Nous  allons,  en  remontant  du  sud  au  nord,  étudier  succes- 
sivement ces  diverses  stations,  en  recherchant  les  localités 
modernes  avec  lesquelles  il  semble  possible  de  les  identifier. 

Aquis  Sestis.  — - Ces  eaux  figurent  sur  la  voie  Aurélienne  (1), 
après  la  station  de  Tegulata,  qu’on  est  d’accord  pour  placer 
au  hameau  de  la  Grande-Pégière,  au  point  où  la  route  se 
divise  en  deux  branches,  tendant,  l’une  vers  Arles,  l’autre 
vers  Marseille.  Il  n’y  a pas  lieu  d’insister  longuement  sur  cette 
station,  car  son  identité  avec  les  eaux  d’Aix-en-Provence  ne 
fait  aucune  espèce  de  doute  et  n’a  jamais  été  mise  en  discus- 
sion. 

On  la  trouve  sous  le  nom  d3  Aquis  Sextis  dans  l’Itinéraire 
d’Antonin  et  la  Cosmographie  du  Ravennate.  Son  nom  est 
mentionné  dans  d’assez  nombreux  textes,  parmi  lesquels  nous 
nous  bornerons  à citer  les  suivants,  relatifs  à la  fondation  de 
la  ville  ou  à certaines  particularités  de  ses  eaux  thermales  : 
Tite-Live,  Hist.  LXI  : « C.  Sextius  proconsul,  victa  Salluvio- 
rum  gente,  coloniam  Aquas  Sextias  condidit,  ob  aquarum 
copiam  e calidis  frigidisque  fontibus,  atque  a nomine  suo  ita 
adpellatas.  » 

il  a été  trouvé  des  antiquités.  Il  ne  semble  pas,  cependant,  qu’il  y ait 
jamais  eu  là  de  vestiges  d’établissement  thermal,  ni  de  traces  d’eaux  mi- 
nérales, dont  la  contrée,  d’ailleurs,  est  totalement  dépourvue. 

(1)  Cette  voie,  ouverte  dans  le  principe  depuis  Rome  jusqu’à  Pise,  lut 
successivement  prolongée  jusqu’à  Gênes;  de  là,  aux  Alpes,  puis  à Aix  et 
à Arles,  où  elle  se  soudait  à la  voie  Domitienne,  qui  se  dirigeait  vers  l’Es- 
pagne. Aucun  sujet  de  géographie  archéologique  n’a  donné  lieu  à plus  de 
discussions  que  le  tracé  de  cette  voie  dans  la  région  littorale  de  la  Pro- 
vence. Sans  entrer  dans  aucune  étude  détaillée  à cet  égard,  je  me  borne 
à indiquer  les  points  qui  me  semblent  correspondre  aux  stations  anciennes 
et  nous  donnent  la  direction  de  la  voie  : Vintimillc,  Menton,  Cimicz,  An- 
tibes, Cannes,  LaNapouIc,  Fréjus,  Le  Luc,  Cabas  se,  Tourves,  La  Grande- 
Pégière  et  Aix. 


58 


LA  GAULE  THERMALE 


Velleius,  1, 15,  4 : « Sextio  Calvino,  qui  Sallues  apud  Aquas, 
<|uæ  ah  eo  Sextiæ  appellantur,  devicit.  » 

Florus,  Histoire  romaine,  1.  III,  4 : « Mari  us...  prioresque 
Teutonos  sub  ipsis  Alpium  radicibus  assecutus  in  loco,  quem 
Aquas  Sextias  vocant;  quo,  ûde  numinum,  prælio  oppressit.  * 
Cassiodorus,  Chronic.,  ad  a.  632,  p.  618,  M : Gn.  Domitius  et 
G.  Fannius  : « llis  consulibus  G.  Sextius  oppidum  ædificavit, 
quo,  Aquæ  Sextiæ,  in  Galliis.  » 

Strabon ( Géographie , lib.  IA',  chap.  i,  5;  Traduction  Tardieu,  t.  I, 
p.  297)  fait  allusion  au  refroidissement  des  eaux  qui,  de  son 
temps,  avaient  dû  perdre  une  partie  de  leur  célébrité  : « C’est 
ainsi  que  Sextius,  après  avoir  vaincu  les  Salyens  et  fondé,  non 
loin  de  Massilia,  la  ville  d’Aquæ  Sextiæ,  laquelle  reçut  ce 
nom  en  Fhonneur  de  son  fondateur  et  en  commémoration  de 
ses  sources  thermales,  si  célèbres  naguère,  mais  si  dégénérées 
aujourd’hui,  puisqu’une  partie,  dit-on,  ne  donne  plus  que  de 
l’eau  froide.  » 

Solin  (. Polyhistor , 2)  dit  de  même  : « Aquæ  quoque  Sextiliæeo 
loco  claruerunt,  quondam  hiberna  consulis,  postea  excultæ 
mœnibus;  quarum  calor  olim  acrior,  exlialatus  per  tempora 
evaporavit,  nec  jam  par  est  famæ  priori.  » 

Aquis.  — A l’extrémité  occidentale  de  la  carte  ligure  un 
signe  d’ établissement  thermal,  surmonté  du  mot  Aquis,  sans 
autre  détermination.  Entre  ce  mot  et  la  vignette,  la  carte  pré- 
sente une  large  lacune,  empiétant  sur  la  toiture  de  rétablisse- 
ment, mais  qui  ne  semble  pas  avoir  pu  faire  disparaître  la 
seconde  partie  du  nom,  s’il  en  existait  une.  Cet  établissement 
est  rattaché,  mais  sans  aucune  indication  de  distance,  à un 
point  portant  le  nom  de  Casinomago,  intermédiaire  sur  la  route 
d’Auch  à Toulouse,  entre  les  stations  deTolosa  et  de  Cliberre. 
La  position  de  Casinomago  étant  elle-même  indécise,  la  dé- 
termination (Y Aquis  a prêté  à de  multiples  solutions. 

D’Anvillë  (T)  y voit  les  Aquæ  Convenarum  (position  discutée) 


(1)  Notice  de  l’ancienne  Gaule,  p.  73. 


Fig.  10.  — fragment  du  segment  i de  la  garte  de  PEUTiNGER  (centre  de  la  Gaule). 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


61 


de  ntinéraire  d’Anton  in;  Walckenaër  (1),  les  Aquœ  Tarbcllicœ 
(Dax)  du  môme  Itinéraire;  Greppo  (2)  semble  porté  à y voir 
les  Agœ  Calidæ,  mentionnées  dans  ces  contrées  par'  le  seul 
anonyme  de  Ravenne,  et  il  signale  également  l’opinion  qui 
pense  retrouver  ce  lieu  antique  aux  eaux  d’Ax,  dans  l’Ariège. 

Chaudruc  de  Crazannes  (3)  place  Casinomagus  à Gaumont, 
dans  le  Gers,  et  Aquis  à Bagnères-de-Bigorre,  connu  sous  les 
Romains  sous  le  nom  de  Viens  Aquensis,  comme  nous  le  ver- 
rons plus  loin.  Il  fait  remarquer  qu’une  route  de  caractère 
antique,  construite  en  encaissement  et  ferrée,  comme  les 
routes  romaines,  dans  plusieurs  de  ses  parties,  circulait  en- 
core de  son  temps  entre  Caumont  et  Bagnères,  par  Lombez, 
Castelnau-Magnoac  et  Cieutat. 

D'après  Sacaze  (4),  au  contraire,  la  route  indiquée  sur  la 
carte  serait  celle  de  Lugdnnum  Convenarum  (Saint-Bertrand- 
de-Comminges),  désigné  par  deux  tours,  cà  la  station  thermale 
d’Aquis,  qui  ne  serait  autre  que  les  Aquœ  Onesiœ,  dont  nous 
nous  occuperons  tout  à l’heure,  identifiées  par  notre  auteur 
avec  Bagnères-de-Luchon. 

Au  milieu  de  ces  affirmations  diverses,  on  n’a,  comme  on 
le  voit,  que  l’embarras  du  choix  ; mais,  en  somme,  en  l’ab- 
sence de  tout  élément  de  discussion  présentant  un  caractère 
quelconque  de  certitude,  toutes  les  identifications  ainsi  pro- 
posées ne  me  semblent  devoir  être  retenues  que  comme  de 
simples  hypothèses. 

Aquis  Segete.  — Cette  station  figure  à la  Carte  sur  la  route 
de  Lyon  à Rodez,  à 8 lieues  (20  k.)  de  Foro  Segustavaro 
(Feurs),  et  17  lieues  (38  k.)  d 'Icidmago  (Usson).  Plusieurs 
identifications  ont  été  proposées  pour  cet  établissement,  et  la 

(1)  Géographie  ancienne  des  Gaules,  t.T,  p.  297. 

(2)  Etudes  archéologiques  sur  les  eaux  thermales  ou  minérales  de  la  Gaule 
à l’époque  romaine,  1846. 

(3)  Dissertation  sur  la  voie  romaine  d’Audi  à Toulouse  et  au  lieu  d’Aquis, 
d après  la  Table  ihéodosienne  ou  de  Peutinger.  Bulletin  monumental, 
t.  II,  1845. 

(4)  Histoire  ancienne  de  Luchon.  Éludes  sur  Ludion,  1887,  p.  45. 


62 


LA  GAULE  THERMALE 


question  est  d’autant  plus  obscure  que  l’on  n’est  pas  non  plus 
d'accord  sur  les  sites  actuels  de  Foro  S.  et  d’Icidmago. 

D’Anville  (1)  proposait  Aissumin,  sur  la  rive  droite  de  la 
Loire.  Walckenaër  (2)  voyait  dans  Icidmago  Yssingeaux,  dans 
Foro  S.  Farnay,  village  situé  près  de  Rive-de-Gier,  et  dans 
Aquis  Segete  Saint-Étienne. 

Pour  Fortia  d’Urbin  (3),  Aquis  serait  Aurec,  à 3 lieues  S.  O. 
de  cette  dernière  ville. 

Ces  différentes  attributions,  qui  n’étaient  appuyées  sur 
aucun  motif  sérieux  et  visaient  des  localités  dépourvues  d’eaux 
minérales,  sont  aujourd’hui  sans  défenseurs,  et,  seules,  deux 
localités  revendiquent  l’honneur  d’avoir  succédé  à l’antique 
station  de  la  Table. 

C’est  d’abord  Saint-Galmier,  qui  a pour  lui  Greppo,  dont  le 
remarquable  ouvrage  contient  une  longue  discussion  (p.  73 
à 82)  de  la  question;  la  Commission  de  topographie  des 
Gaules,  Longnon,  Bernard  (4),  Guigue  (5),  etc.  C’était  déjà, 
au  dix-septième  siècle,  l’avis  de  De  la  Mure,  dont  Y Histoire  du 
Pais  de  Forez  renferme  un  chapitre  intitulé  : « Comment  Saint- 
Galmier  portait,  du  temps  des  Romains,  le  nom  de  Aquæ 
Segetæ.  » 

L’autre  opinion  adopte  le  site  de  Moind,  dans  le  voisinage 
immédiat  de  Montbrison.  Elle  a pour  elle  Desjardins  (6), 
Dulac  (7),  Vincent  Durand  (8),  etc. 

Nous  ne  pouvons  entrer  dans  la  discussion  approfondie  de 
cette  controverse,  qui  a fait  l’objet  de  nombreux  mémoires  et 
qui  a notamment  été  longuement  discutée  lors  de  la  réunion 

(1)  Notice  de  l'ancienne  Gaule,  p.  80. 

(2)  Géographie  ancienne...  des  Gaules,  t.  III,  p.  100. 

(3)  Recueil  des  Itinéraires  anciens. 

(4)  Mémoires  sur  les  origines  du  Lyonnais.  Mémoires  de  la  Société  des 
Antiquaires,  t.  XVIII,  1846. 

(5)  Les  voies  antiques  du  Lyonnais,  du  Forez-,  etc.,  déterminées  par  les 
hôpitaux  du  moyen  âge. 

(6)  Géographie  de  la  Gaule,  d'après  la  Table  de  Peuhnger. 

(7)  Les  ruines  de  Sainte-Eugénie,  à Moingt.  Annales  de  Ici  Société  d'agri- 
culture... du  département  de  la  Loire,  t.  XX,  1876. 

(8)  Aquæ  Segetæ  et  la  voie  Bolène  en  Forez.  Recueil  de  mémoires  et  docu- 
ments sur  le  Forez,  publiés  par  la  Société  de  la  Diana,  t.  Il,  18i5. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  63 

| du  Congrès  archéologique  de  France  à Montbrison,  en  1885  (1), 
et  nous  nous  bornons  à indiquer  les  motifs  de  notre  préfé- 
rence pour  cette  deuxième  interprétation. 

Je  crois  qu’il  y a peu  de  chose  à tirer  des  distances  portées 
-sur  la  carte,  très  discutées,  et  déclarées,  pour  la  plupart,  tron- 
quées par  les  commentateurs.  Je  ne  retiendrai  que  la  dis- 
tance de  9 lieues,  indiquée  entre  A.  Segetæ  et  Foro  Segusta- 
varo,  qui  doit  être  Feurs,  cette  distance  étant  bien  en  réalité 
celle  qui  sépare  cette  dernière  ville  de  Moind,  et  l’indication 
de  la  Table  étant  corroborée  par  une  borne  milliaire,  portant 
ce  même  chiffre  de  VIIII  L,  découverte  près  de  Moind, 
en  1858.  Il  est  certain,  du  reste,  que  la  ville  antique  qui  s’éle- 
vait sur  ce  point  était  située  sur  le  trajet  d’une  route  romaine, 
dite  autrefois  « Voie  Bolène  » , venant  du  Velay,  que  de  nom- 
breuses traces  ont  permis  de  repérer  exactement  d’Usson  à 
' Moind  et  à Feurs,  ce  qui  est  justement  le  trajet  indiqué  par 
plusieurs  géographes  pour  le  tracé  de  la  route  de  la  Table. 
Ce  qui  me  frappe  surtout,  c’est  la  grande  importance  du 
■Moind  antique,  avec  ses  nombreux  édifices,  son  théâtre,  tout 
ce  qui  constituait  autrefois  une  cité  considérable,  comparée 
avec  les  intéressantes,  mais  assez  modestes  substructions 
remises  au  jour  cà  Saint-Galmier. 

Une  sérieuse  présomption  me  semble  dériver  également  du 
mot  AQVI,  lu  sur  une  tablette  de  marbre  blanc,  découverte 
en  1883,  et  ayant  formé  l’angle  gauche  inférieur  d’une  ins- 
cription dont  les  autres  débris  n’ont  malheureusement  pas  pu 
■ être  retrouvés. 

Enfin,  sans  en  tirer  un  argument  bien  sérieux,  on  peut 
noter  toutefois  la  persistance  des  traditions  ayant  trait  à des 
monuments  dédiés  à^Cérès,  dans  un  lieu  qui  a peut-être  porté 
autrefois  un  nom  ayant  une  singulière  affinité  avec  la  déesse 
des  moissons. 


(1)  Baron  de  Rostaing,  Mecliolano  et  Aqtiis  Segete  de  la  Table  de  Peu- 
tinger.  — V.  Duhand,  Réponse  au  mémoire  précédent.  — D.  Noëllas,  De 
l emplacement  des  villes  gallo-romaines  Mediolanum,  etc.,  dans  le  volume 
des  Comptes  rendus  du  Congrès  de  1885. 


64 


LA  GAULE  THERMALE 


C est  donc,  jusqu’à  la  preuve  contraire  qu’un  heureux  coup 
de  pioche  fera  peut-être  jaillir  du  sol  quelque  jour,  à Moind 


de  l’Aquæ  Segestæ  de  la  Table. 


Aquis  Calidis.  — Cette  station  est  située  sur  la  route  de 
Clermont  à Lyon,  entre  Augustonerneto  (Clermont),  sans  indi- 
cation de  distance  et  Vorogio  (vjii  lieues,  18  k.),  que  nous 
retrouvons  à Vouroux,  faubourg  de  Yarennes-sur-Allier.  La 
route  continue  ensuite  vers  Lyon,  par  Ariolica  (Avrilly-sur- 
Loire),  Roidumna  (Roanne)  et  Feurs.  L’attribution  à une 
station  moderne  du  nom  et  du  site  de  l’ancienne  Aquœ  Calidœ 
est  une  des  questions  qui  ont  soulevé  les  plus  vives  contro- 
verses dans  le  domaine  de  géographie  spéciale  qui  nous  occupe. 

D’An  ville  (1),  adoptant  le  tracé  de  la  voie  et  les  identifica- 
tions que  nous  venons  d’indiquer,  plaçait  Aquis  Calidis  au 
lieu  actuel  de  Vichy.  Greppo  ( op . cit.,  p.  32),  partagea  cette 
manière  de  voir,  admise  également  par  Tudot  (2),  la  Commis- 
sion de  Topographie  des  Gaules,  Desjardins  (3),  Longnon, 
Daremberg  et  Saglio  (4),  Vidal  La  Blache  (5),  Mallat  et  Cor- 
nillon  (6),  etc. 

D’après  un  autre  système,  l’édifice  thermal  aurait  été  des- 
siné par  erreur  sur  le  parcours  Lyon  à Clermont  et  devrait  être 
rattaché  à la  route  passant  au-dessous,  qui  reliait  Lyon  à 
Rodez.  Ce  serait  alors  Chaudes-Aigues,  dans  le  Cantal,  qui 
devrait  être  identifié  avec  notre  station.  Tel  était  le  sentiment 
de  Sirmond  (7),  de  Valois  (8),  de  Walckenaër  (9),  de  Beau- 
lieu  (10),  et  de  Mathieu  (11). 

(R  Notice  de  l’ancienne  Gaule,  p.  7a. 

(2)  Carte  des  voies  romaines  du  département  de  l'Ailier,  p.  4 et  5. 

(3)  Géographie  de  la  Gaule,  d’après  la  Table  de  Peutinger. 

(4)  Dictionnaire  des  Antiquités  grecques  et  romaines.  Y.  Aquœ. 

(5)  Atlas  général  d’histoire  et  de  géographie. 

(6)  Histoire  des  Eaux  minérales  de  Vichy,  1906. 

(7)  Ad.  Sidon.  not.,  p.  60. 

(8)  Notitia  Galliaruni  online  litteranm  digesta,  p.  47. 

(9)  Géographie  ancienne...  des  Gaules,  t.  I,  p.  324  et  suiv. 

(10)  Antiquités  de  Vichy-les-Bains.  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires, 
t.  XV,  1840,  p.  452  et  suiv. 

(11)  De  la  position  d’ Aquis  Calidis  sur  la  Table  de  Peutinger,  1859. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  65 

Michel  Bertrand  (1),  suivi  en  cela  par  le  docteur  Nicolas  (2), 
voulait  retrouver  au  Mont-Dore  la  station  de  la  Table,  tandis 
que  Mathieu  (3)  la  cherchait  dans  les  environs  de  Clermont- 
Ferrand,  aux  eaux  de  Sainte-Marguerite  ou  aux  bains  de 
Médagues.  Ces  deux  dernières  identifications  sont  de  pure 
fantaisie  et  ne  se  discutent  môme  pas;  quant  à l’opinion  de 
Bertrand,  elle  repose  sur  une  erreur  complète  dans  les  don- 
nées tirées  de  la  Table  de  Peutinger,  qui  suffit  à lui  enlever 
toute  vraisemblance. 

Bien,  non  plus,  n’autorise  le  déplacement  de  l’édifice  ther- 
mal au  profit  de  la  route  de  Lyon  à Rodez.  Outre  qu’il  faut 
être  très  sobre  de  ce  procédé  qui,  si  on  le  généralisait,  per- 
mettrait toutes  les  modifications  possibles  sous  prétexte  de 
corrections  à la  carte,  il  importe  de  remarquer,  dans  l’espèce 
présente,  que  le  signe  thermal  est  placé  sans  aucune  hésita- 
tion, au  milieu  du  tracé  de  la  route  de  Clermont  à Lyon  et 
séparé  par  un  cours  d’eau  et  une.  chaîne  de  montagnes  de  la 
voie  à laquelle  on  prétend  le  rattacher.  Ce  point  écarté, 
l’objection  principale  qui  a été  faite  à l’attribution  à Vichy  de 
l’héritage  d ’Aquis  Ccilidis  réside  dans  la  critique  de  l’itiné- 
raire tout  entier,  qui  aurait  imposé  au  voyageur  se  rendant 
de  Clermont  à Feurs  un  détour  bien  compliqué,  le  conduisant 
par  Vichy,  Varennes,  Avrilly  et  Roanne  et  lui  faisant  ainsi 
parcourir  181  kilomètres  au  lieu  de  83  en  ligne  directe.  D’An- 
ville  avait  répondu  d’avance  à cette  objection.  « La  route  que 
nous  venons  de  décrire,  disait-il,  nous  donne,  à la  vérité,  une 
communication  entre  Lyon  et  Clermont,  mais  qui  circule 
extrêmement.  C’est  bien  moins  une  route  suivie,  que  ce  ne 
sont  divers  morceaux  particuliers  de  différentes  routes  qui  se 
communiquent.  » Le  fait,  d’ailleurs,  n’est  pas  unique.  11 
semble  bien  que  c’est  ainsi  que  furent  conçus  certains  tracés 


(1)  Recherches  sur  les  propriétés  physiques,  chimiques  et  médicinales  des 
eaux  du  Mont-Dore,  1823. 

(2)  La  Médecine  dans  les  œuvres  de  Sidoine  Apollinaire.  Revue  Médicale 
du  Mont-Dore,  1901. 

(3)  Colonies  et  voies  romaines  en  Auvergne. 


5 


06 


LA  GAULE  THERMALE 


de  la  carte  et  nous  allons  en  voir  tout  à l’heure  une  nouvelle 
preuve  à propos  de  la  station  d ’Aquis  Bormonis. 

Remarquons,  en  outre,  que  le  détour  signalé  peut  s’expli- 
quer facilement  au  point  de  vue  topographique.  La  route  ainsi 
tracée  contourne  les  massifs  montagneux  de  la  Madeleine  et 
du  Forez,  permettant  d’assurer  en  tout  temps  des  communi- 
cations que  la  mauvaise  saison  pouvait  rendre  difficiles  ou 
impossibles  par  les  routes  plus  courtes  qui  traversaient  cer- 
tainement les  montagnes. 

D’ailleurs,  l’existence  et  la  direction  de  la  route  depuis 
Clermont  jusqu’au  delà  de  Varennes  sont  maintenant  déter- 
minées d’une  façon  indiscutable  par  la  découverte  de  bornes 
milliaires  qui  la  jalonnaient  et  qui  portent  des  distances  se 
référant  à Clermont-Ferrand.  Deux  de  ces  bornes  ont  été 
trouvées  entre  Clermont  et  Vichy,  l’une  à Ollat,  près  d’Effiat, 
l’autre  à Biozat.  La  troisième  l’a  été  à Vichy  même,  en  1880, 
sur  l’assiette  de  la  grande  voie  romaine  (1).  Elle  indique  la 
distance  de  Clermont  civitas  arvern  lxxi,  comblant  ainsi  la 
lacune  de  la  Table,  Une  quatrième  borne,  découverte  dans  la 
commune  de  Tréteau,  au  delà  de  Varennes  (2),  dans  la  direc- 
tion d’Avrilty-sur-Loire,  achève  la  détermination  bien  nette  de 
cette  première  partie  de  l’itinéraire. 

Enfin,  je  crois  qu’on  peut  tirer,  sinon  une  preuve  absolue, 
tout  au  moins  une  très  forte  présomption,  du  nom  de  Balidas, 
donné  par  le  géographe  anonyme  de  Ravenne  à une  ville 
située  dans  la  région  de  la  Loire,  en  amont  de  Decize,  situa- 
tion topographique  convenant  parfaitement  à Vichy.  Ce  nom 
de  Balidas  correspond  évidemment  pour  moi  à celui  d ’Aquœ 
Calidœ,  déformé  comme  on  le  voit  si  souvent  pour  d’autres 
dénominations  dans  l’ouvrage  du  Ravennate. 

Aquis  Bormonis.  — Le  signe  thermal,  accompagné  du  nom 
d ’Aquis  Bormonis , se  trouve  sur  une  route  allant  d ’Augnsto- 

(1)  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1880,  p.  145. 

(2)  Peghoux,  Note  sur  deux  colonnes  itinéraires  nouvellement  découvertes 
dans  le  trajet  de  la  voie  romaine  de  Clermont  à Lyon,  par  Vichy,  1855. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


67 


dunum  (Autun)  à Decetia  (l)ecize),  et  se  divisant  ensuite  en 
deux  branches  gagnant,  l une,  Orléans,  par  Nevers  et  Briare, 
l’autre,  Bourges,  par  Sancoins.' Les  stations  portées  sur  la 
carte,  en  partant  d’Autun,  sont  : Telonno  xn  ; Pocrinio  xii; 
Sitillia  xiiii;  Aquis  Bormonis  xvi  et  Decetia  xxx.  On  place  géné- 
ralement Telonno  à Tdulon-sur-Arroux,  Pocrinio  à Périgny- 
sur-Loire,  point  où  la  route  traversait  le  fleuve,  Sitillia  aThiel 
et  Aquis  Bormonis  à Bourbon-F  Archambault.  Cette  dernière 
identification,  admise  par  Valois  (1),  Walckenaër  (2),  D’An- 
ville  (3),  Greppo  (4),  Desjardins  (5),  est  repoussée  par 
M.  Longnon  et  la  Commission  de  Topographie  des  Gaules,  qui 
préfèrent  la  position  de  Bourbon-Lancy.  « La  commission, 
dit  Alex.  Bertrand,  a interprété  la  Table  pour  cette  portion  de 
la  voie  tout  autrement  qu’on  l’a  fait  jusqu’ici.  Laissant  de  côté 
l’édifice  carré  au-dessus  duquel  est  écrit  Aquis  Bormonis,  la 
commission  considère  Sitillia  comme  étant  la  station  qui  relie 
sur  la  Loire,  Pocrinio  (Digoin)  à Decize.  La  distance  xxx 
(xiiii  -f-  xvi)  est  justement  la  distance  qui  sépare  Digoin  de 
Decize.  Sitillia  tombe  ainsi  au  Grand-Fleury.  Les  Aquis  Bor- 
monis sont,  aux  yeux  de  la  commission,  les  eaux  de  Bourbon- 
Lancy,  voisines  du  Grand-Fleury.  Le  chiffre  xxx  placé  à côté 
d’Aquis  Bormonis  indique  la  somme  des  deux  distances  par- 
tielles. La  commission  propose  cette  solution  avec  une  très 
grande  confiance.  On  avait  placé  jusqu’à  présent  Sitillia  à 
Thiel  (Allier)  et  Aquis  Bormonis  à Bourbon-l’Archambault; 
mais  sans  pouvoir  faire  accorder  les  distances  avec  ces 
diverses  localités  et  en  faisant  faire  à la  voie  d’ Autun  à Decize 
le  plus  singulier  détour.  » 

Nous  nous  bornerons  à rappeler  à cet  égard  ce  que  nous 
venons  de  dire  à propos  de  la  station  d’Aquis  Galidis,  et, 
quelle  que  soit  la  bizarrerie  du  circuit  décrit  par  la  route,  nous 
inclinons  à placer  à Bourbon-l’Archambault  la  station  qui 

(T)  Notitia  Galliarum,  etc. 

(2)  Géoyraphie  ancienne...  des  Gaules. 

(3)  Notice  de  l’ancienne  Gaule,  p.  74. 

(4)  Op.  cit.,  p.  23. 

(3)  Géoyraphie  de  la  Gaule,  d’après  la  Table  de  Peutinyer. 


68 


LA  GAULE  THERMALE 


nous  occLipe.il  me  semble  difficile  de  considérer  le  chiffre  xxx 
placé  entre  l’édilice  thermal  et  Decetia  comme  n’étant  pas 
une  mesure  particulière,  mais  seulement  la  somme  de  deux 
autres  distances,  alors  que  celles-ci  figurent  déjà  sur  la  carte. 
Si  l’on  jette  les  yeux  sur  ce  document,  on  remarque  que  le 
chiffre  xvi  est  placé  nettement  à droite  de  l’édifice,  ce  qui 
semble  bien  exclure  son  attribution  à la  distance  d’un  lieu  qui 
qui  aurait  été  situé  à sa  gauche. 

D’autre  part,  la  solution  de  la  commission  ne  peut  être 
acceptée  que  si  l’on  admet  avec  elle  que  la  station  d’Aqui.s 
Nisincii,  que  nous  allons  étudier,  n’est  pas  Bourbon-Lancy,  et 
nous  considérons  encore  sur  ce  point  que  la  démonstration  est 
loin  d’être  faite. 

Aquis  Nisincii. — Sur  la  route  d’Autun  àDecize,  nous  trouvons 
une  station  portant  le  signe  thermal  et  le  nom  d 'Aquis  Nisincii. 
Elle  est  séparée  d’Autun  par  une  station  intermédiaire,  Boxum , 
situé  à viii  lieues  d’Autun  et  à xxn  lieues  du  point  qui  nous 
occupe.  Deux  routes  tracées  sur  la  carte,  mesurant  chacune 
vmi  lieues  relient  Aquis  Nisincii  à Decize  et  à un  point  de  la 
route  d’ Aquis  Bormonis  à Decize,  situé  probablement  au  nord 
de  Moulins. 

Le  nom  de  notre  station  ne  figure  pas  sur  la  route  corres- 
pondante de  l’itinéraire  d’Antonin,  qui  se  divise  ainsi  : 

Deccidas  (Decize),  xxn. 

Alisincum}  xiv. 

Augustodununij  xxn. 

La  lecture  du  nom  de  l’établissement  qui  nous  occupe  pré- 
sente quelques  variantes,  et  les  avis,  au  point  de  vue  de  son 
identification,  sont  partagés  entre  deux  stations  modernes  : 
Bourbon-Lancy  et  Saint-Honoré.  D’Anville  (1)  lisait  Aquis 
Nisineii,  et  plaçait  les  eaux  en  question  à Bourbon-Lancy,  de 
même  que  Walckenaër  (2),  qui  lisait  A.  Nisincii.  Il  est  bon  de 
remarquer  qu’à  l’époque  à laquelle  écrivait  d’Anville,  les  eaux 

(1)  Notice  de  l'ancienne  Gaule,  p.  78. 

(2)  Géographie  ancienne...  des  Gaules. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  69 

de  Saint-Honoré  étaient  totalement  inconnues,  et  que  leur 
notoriété,  au  point  de  vue  surtout  de  leur  passé,  était  bien 
peu  de  chose  lorsque  Walckenaër  composait  sa  géographie  des 
Gaules.  Greppo  (1)  en  dit  quelques  mots,  mais  sans  meme, 
faire  allusion  à leur  identification  possible  avec  les  eaux  qu’il 
appelle  A.  Nisineii  et  place,  lui  aussi,  à Bourbon-Lancy. 

Parmi  les  archéologues  modernes,  M.  Crosnier  (2)  adopte 
Saint-Honoré,  qu’il  appelle  A.  Nisinœi ; de  même  M.  Longnon, 
sous  le  nom  d\4.  Nisineii.  M.  Desjardins  (3)  adopte  cette  der- 
nière lecture,  mais  est  partisan  de  l’attribution  du  signe 
thermal  à Bourbon-Lancy.  La  commission  de  la  carte  des 
Gaules,  suivie  par  Collin  et  Charleuf  (4),  lit  sur  la  Table  Aquis 
Alisencii,  qu’elle  place  à Saint-Honoré,  et  elle  ajoute  : « L’iti- 
néraire d’Antonin  remplace  Aquis  Alisencii  par  Alisincum,  qui 
se  retrouve  aisément  dans  Anisy,  près  Saint-Honoré.  La  pré- 
sence d’une  localité  voisine  des  eaux  et  leur  donnant  son 
nom  n’est  pas  d’ailleurs  un  fait  isolé.  Plusieurs  exemples  de 
ce  genre  ont  déjà  été  signalés  par  divers  archéologues.  » 

Tout  ce  raisonnement  repose,  on  le  voit,  sur  le  nom  d’Aquæ 
Alisenciæ  qu’aurait  porté  notre  station  thermale.  Cette  lec- 
ture est-elle  certaine?  Je  crois  qu’il  est  permis  de  n’en  être 
pas  convaincu  et  j’avoue  que  les  reproductions  de  la  Table 
que  j’ai  pu  avoir  sous  les  yeux  me  font  plutôt  incliner  vers 
l’ancienne  interprétation. 

Le  calcul  des  distances  de  la  carte,  appliqué  aux  deux  points 
en  litige,  semble  faire  pencher  la  balance  du  côté  de  Bourbon- 
Lancy.  La  distance  d’Aquis  N.  à Decetia  est,  sur  la  Table, 
de  14  lieues  gauloises,  ou  31  kil.  101;  sur  le  terrain,  à vol 
d’oiseau,  Saint-Honoré  est  à 28  kilomètres  et  Bourbon-Lancy 
à 32  kilomètres  de  Decize.  D’Aquis  N.  à Augustodunum,  la 
Table  indique  30  lieues  gauloises  (xxn  -f-  vm),  ou  66  kil.  645; 
en  comptant  de  la  même  façon,  Saint-Honoré  est  à 34  kilo- 

0)  Op.  cit.,  p.  51  et  277. 

(2)  Bulletin  de  la  Société  nivernaise  des  lettres,  sciences  et  arts,  t.  I,  scanco 
du  15  décembre  1853. 

(3)  Géographie  de  la  Gaule,  d’après  la  Table  de  Peulinger. 

(4)  Saint-Honoré-les-Bains.  Guide  médical  et  pittoresque. 


70 


LA  GAULE  THERMALE 


mètres  d’Àutun  et  Bourbon-Lancy  à 49  kilomètres.  Aucune 
de  ces  deux  distances  ne  concorde  avec  le  document  ancien, 
mais  1 écart  est  cependant  infiniment  moindre  en  ce  qui 
concerne  Bourbon-Laney.  Il  n’est  peut-être  pas  inutile  de 
rappeler  également  que  le  nom  ancien  de  cette  dernière  ville 
était  Bourbonnensy  ou  Bourbon-Nansy,  forme  qui  semble 
n’etre  pas  sans  quelque  rapport  avec  le  nom  de  la  station 
ancienne.  « 11  a été  facile,  dit  Millin,  de  faire  Ncmsi de Nisineii, 
et  de  prononcer  ensuite  Lancij.  » 

Ajoutons  toutefois  que  1 ignorance  où  nous  sommes  de  la 
situation  de  la  station  intermédiaire  de  Boxum  ne  donne  à 
ces  évaluations  qu’une  valeur  très  relative,  puisque  la  route, 
pour  atteindre  ce  point,  faisait  peut-être  un  détour  dont  rien 
ne  peut  nous  faire  prévoir  l’amplitude. 

En  résumé,  la  question  me  semble  absolument  douteuse.  Je 
ne  vois,  jusqu’à  présent,  aucune  raison  sérieuse  de  décider 
entre  ces  deux  villes  thermales,  qui  eurent  toutes  deux,  le 
fait  est  certain,  une  grande  importance  à l’époque  gallo- 
romaine,  et  j’estime  qu’il  est  prudent  d’attendre  que  le  hasard 
heureux  de  quelque  découverte  vienne  éclaircir  nos  doutes  et 
trancher  le  débat  en  faveur  de  l’une  d’elles. 

Aquis  Segeste.  — La  station  d’ Aquis  Segeste,  accompagnée  de 
l’édifice  thermal,  est  placée  sur  une  voie  allant  de  Genabo 
(Orléans)  à Agenticum  (Sens),  à xxn  lieues  de  Sens,  et  à la  même 
distance  d’une  station  appelée  Fines , éloignée  elle-même  de 
xv  lieues  d’Orléans.  La  détermination  de  la  position  d’Aquæ 
Segestæ  a donné  lieu  à de  nombreuses  divergences,  motivées 
par  l’incertitude  où  l’on  est  relativement  à la  véritable  situa- 
tion de  Fines,  et  surtout  à l’absence  complète,  dans  la  région 
où  doivent  nécessairement  se  porter  les  recherches,  d’eaux 
thermales  ou  minérales  permettant  d’en  localiser  le  champ. 

Pour  Caylus  (1),  Jollois,  Greppo  (2),  Dupuis  (3),  A.  Segestæ 

(1)  Recueil  d' Antiquités,  t.  III,  p.  413. 

(2)  Op.  cit.,  p.  71  et  suiv. 

(3)  L’ Aquis  Segeste  de  la  carte  de  Peutinger  doit  être  placé  à Montbouy. 
Mémoire  lu  au  Congrès  scientifique  d’Orléans,  septembre  1851. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  71 

devrait  être  cherché  sur  les  bords  du  Loin  g,  à Montbouy, 
ou  plutôt  aux  lieux  tout  voisins  de  Craon  et  de  Chenneviôres. 
D’Anville  (1)  avait  d’abord  adopté  cette  identification,  mais 
avait  ensuite  modifié  son  opinion  et  adopté  la  position  de 
Ferrières,  où  ne  se  trouvent  ni  eaux  minérales,  ni  ruines  de 
l’époque  romaine,  guidé  en  cela  par  la  distance  entre  ce  point 
et  Sury-aux-Bois,  où  il  croyait  devoir  placer  Fines.  Pour 
Walckenaër  (2),  A.  Segestæ  devait  être  cherché  en  un  point  où 
se  trouvent  des  ruines  au  nord  du  village  de  Sceaux;  M.  Lon- 
gnon  place  ces  thermes  à Sceaux,  ou  plutôt  à 2 kilomètres 
E.-N.-E.  du  village;  M.  Ragon  (3)  à 2,400  mètres  à l’est  de 
Sceaux,  en  face  d’une  ferme  appelée  la  « Maison  Rouge  »,  où, 
dans  une  vallée  arrosée  par  une  source,  on  aurait  signalé, 
marqués  seulement  par  des  dépressions,  les  traces  d’un  am- 
phithéâtre de  forme  elliptique  et  les  vestiges  d’un  établisse- 
ment thermal.  On  a encore  cité  Dordives,  où  se  trouvent  les 
restes  d’un  pont  sur  lequel  une  voie  romaine  franchissait 
le  Loing,  mais  qui  ne  présente  aucune  trace  d’établissement 
ayant  quelque  rapport  avec  des  thermes,  et  Fontainebleau, 
que  sa  position  à l’écart  de  la  véritable  direction,  connue 
dans  son  ensemble,  de  notre  voie,  comme  aussi  l’absence 
de  tout  vestige  antique  de  quelque  importance,  doivent 
mettre  absolument  hors  de  la  question.  M.  Desjardins  (4) 
signale  ces  diverses  opinions,  sans  se  prononcer  en  faveur 
d’aucune  d’elles. 

A notre  avis,  tant  que  des  découvertes  nouvelles  ne  vien- 
dront pas  infirmer  cette  conclusion,  nous  pensons  que  c’est  à 
Montbouy-Craon  que  l’on  doit  placer  la  cité  thermale  qui 
nous  occupe.  Les  ruines  qui  y ont  été  découvertes  forment 
bien  l’ensemble,  en  quelque  sorte  classique,  des  monuments 
qui  s’élevaient  autour  des  sources  en  renom.  Nous  n’y  trou- 
vons pas,  à vrai  dire,  d’eaux  thermales  ou  minérales,  mais  la 

(1)  Notice  de  l'ancienne  Gaule,  p.  78. 

(2)  Géographie  des  Gaules,  t.  III,  p.  57. 

(3)  Noie  concernant  les  stations  Fines  et  Aquœ  Seg este  sur  la  voie  romaine 
de  Sens  à Orléans.  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires  de  l'Ouest,  1872. 

(4)  Géographie  de  la  Gaule,  d’après  la  Table  de  Peutinger. 


4 


72  LA  GAULE  THERMALE 

situation  est  la  môme  pour  les  autres  lieux  proposés,  la  con- 
trée ou  il  faut  certainement  chercher  notre  station  étant  abso- 
lument déshéritée  à cet  égard.  En  outre,  le  caractère  particu- 
lier de  certains  objets  trouvés  dans  le  voisinage  des  bains  : 
statuettes  en  terre  blanchâtre  de  Vénus  et  de  Déesses-Mères, 
grossières  figures  en  bois,  dont  quelques-unes  représentent 
des  parties  du  corps  humain,  évoque  l’idée  de  sources, 
sinon  à vertus  médicales  bien  caractérisées,  mais  tout  au 
moins  placées  sous  la  protection  de  divinités  secourables, 
dont  la  renommée  était  assez  grande  pour  avoir  déterminé  la 
formation  d’une  agglomération  considérable,  fréquentée  par 
de  nombreux  fidèles  à l’époque  jugée  la  plus  propice  pour 
les  cures  médicales. 

L’indication  de  distance  d’Agenticum  à Aquæ  Segestæ  portée 
sur  la  Table  : 22  lieues  gauloises  ou  48  kil.  873,  cadre  assez 
bien  avec  la  distance  de  Sens  à Craon,  calculée  à vol  d’oiseau, 
et  qui  est  de  47  kilomètres  environ.  Il  n’en  est  pas  de  môme 
de  la  distance  entre  Craon  et  Orléans,  qui  figure,  sur  la  Table, 
pour  37  lieues  gauloises  (xxn  + xv),  ou  82  kil.  19,  alors  que 
69  kilomètres  seulement,  comptés  à vol  d’oiseau,  séparent 
effectivement  ces  deux  points. 

Certains  géographes,  entre  autre  Walckenaër,  ont  proposé 
des  modifications  aux  distances  données  par  la  Table,  et  môme 
a substitution,  sur  certains  points,  de  milles  romains  aux 
lieues  gauloises.  Rien  ne  me  semble  autoriser  des  corrections 
de  ce  genre,  et  il  vaut  mieux  avouer,  je  pense,  que  l’igno- 
rance où  nous  sommes  de  la  situation  exacte  de  la  station 
intermédiaire  de  Fines  laisse  incertains  le  tracé  exact  de  la 
route  ancienne  et,  par  suite,  l’appréciation  de  sa  longueur. 
Montbouy-Craon  est,  il  est  vrai,  à l’écart  de  cette  grande  voie 
de  Sens  cà  Orléans,  par  Villegardin,  Branles,  Dordives,  Sceaux 
et  Beaune-la-Rolande,  qui  a laissé  tant  de  traces  sur  le  sol  et 
qui  figure  encore  sur  nos  cartes  modernes  sous  le  nom  de 
Chemin  de  César.  Mais  il  est  certain,  d’autre  part,  qu'il  exis- 
tait, entre  Sens  et  Montbouy-Craon,  une  route  passant  par 
Courtenay,  que  certains  indices  ont  permis  de  prolonger  vers 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  7 3 

Orléans,  par  Lorris  et  Sury,  et  rien  ne  permet  d’affirmer  que 
j'ie  soit  la  première  plutôt  que  la  seconde  de  ces  voies  qui  ait 
? :té  figurée  par  le  géographe  de  la  Table. 

Indesina.  — Ce  nom,  certainement  tronqué,  se  lit,  accom- 
>agné  du  chiffre  xvr,  à la  jonction  des  segments  i et  n de  la 
fable,  à droite  de  la  route  de  Metz  à Reims,  à laquelle  la 
dation  est  reliée  par  un  embranchement  partant  d’un  lieu 
lommé  Noviomagus.  D’après  Maury,  l’examen  très  attentif  de 
a carte  lui  aurait  permis  de  reconnaître  le  sillon  d’une  autre 
coie  reliant  l’édifice  à Nasium,  en  passant  par  le  lieu  de 
Fines. 

Tout  est  obscur  dans  cette  station,  dont  le  nom  meme  est 
incertain.  Scheyb,  qui  publia  en  1753  un  fac-similé  de  la 
carte,  avait  lu  Andesina.  Cette  leçon  est  suivie  par  Walcke- 
naër,  Beaulieu  (T),  Dugas  de  Beaulieu  (2)  et  Courajod  (3)  qui, 
après  avoir  pris  communication  de  l’original  à la  Bibliothèque 
de  Vienne,  en  1876,  conclut  ainsi  : « Ma  conviction  est  qu’il 
faut  lire  Andesina.  C’est  l’opinion  des  bibliothécaires  pré- 
sents à ma  recherche  et  que  j’ai  consultés.  » Pour  M.  Di- 
,got  (4),  le  nom  romain  du  lieu  était  Grandesina.  Maury  (5), 
après  examen  de  la  carte  originale,  déclare  le  nom  tronqué, 
« car  on  découvre  les  vestiges  d’une  lettre  initiale  dont  il  ne 
i reste  plus  que  le  sommet.  Cette  lettre,  qui  est  certainement 
unique,  semble  être  une  L,  à en  juger  par  l’apex.  » La  lecture 
I L indesina  est  également  adoptée  par  M.  Desjardins. 

On  identifie  généralement  Indesina  avec  le  lieu  actuel  de 
! Bourhonne-les-Bains.  Tel  est,  du  moins,  le  sentiment  de  d’An- 
• ville,  qui  se  bornait  à indiquer  l’édifice  carré  sans  lui  donner 

(1)  De  l'emplacement  de  la  station  romaine  d’ Andesina.  Mémoires  de  la 
' Société  des  sciences,  lettres  et  arts  de  Nancy,  1849. 

(2)  Mémoire  sur  les  antiquités  de  Bourbonne-les-Bains.  Mémoires  de  la 
v Société  des  Antiquaires  de  France,  t.  XXV. 

(3)  Revue  archéologique,  nouvelle  série,  178  année,  31°  vol.,  1876. 

(4)  Recherches  sur  le  véritable  nom  et  l’emplacement  de  la  ville  que  la 
Table  théodosienne  appelle  Andesina  ou  Indesina,  1851. 

(5)  Note  sur  un  nouvel  examen  de  la  carte  de  Peulinger  où  est  figurée  la 
Gaule.  Revue  archéologique,  nouvelle  série,  5°  année,  9°  vol.,  1864. 


74 


LA  GAULE  THERMALE 


de  nom,  de  Dugas  de  Beaulieu  (4),  Pistollet  de  Saint-Fer- 
jeux  (2)  el  Desjardins. 

Cependant  Walckenaër  a placé  notre  station  à Nancy  ou  à 
Essey  ; Digot,  à Grand,  où  l’on  a trouvé  des  restes  de  cons- 
tructions romaines  d’une  extrême  importance;  Beaulieu,  à 
Laneuvevillc-lès-Nancy,  où  des  vestiges  gallo-romains  ont  été 
découverts  dans  le  voisinage  de  sources  qui  jouissaient  autre- 
fois du  privilège  de  guérir  certaines  maladies. 

Greppo  a commis  une  confusion  assez  singulière  au  sujet 
de  cette  station.  Après  avoir  signalé  ( op . cit.,  p.  27)  l’édifice 
thermal,  qu’il  déclare  n’être  accompagné  d’aucun  nom  et 
d’aucune  évaluation  de  distance,  il  l’identifie  avec  Bourdonne, 
sous  la  dénomination  absolument  gratuite  d’Aquis  Borvonis. 
Il  consacre  ensuite  (p.  121)  un  très  court  article  à Indesina, 
qu’il  se  borne  à indiquer  comme  un  nom  douteux,  et  termine 
ainsi  : « Mais  je  ne  saurais  omettre  de  signaler  l’édifice 
thermal  figuré  à peu  près  en  cet  endroit  de  la  carte,  c’est-à- 
dire  au-dessus  de  Tullum,  et  selon  toute  apparence  sur  le 
territoire  de  Leuci.  Il  nous  révèle  des  sources  médicinales, 
auxquelles  on  a donné  jusqu’ici  peu  d’attention,  et  c’est  une 
singulière  fatalité  que  nous  ignorions  tout  à la  fois,  et  le  nom 
antique  du  lieu,  et  ses  rapports  avec  d’autres,  qui  auraient  pu 
nous  aider  à en  retrouver  la  position  sous  un  nom  moderne.  » 

La  difficulté  d’identification  de  la  station  d’Indesina  pro- 
vient de  l’incertitude  où  l’on  est  sur  la  véritable  situation  de 
Noviomagus,  de  l’impossibilité  de  rattacher  à des  points 
déterminés  certaines  distances  portées  sur  la  carte,  et  surtout 
de  ce  fait  que  l’édifice  est  figuré  sur  la  droite  de  la  route  de 
Metz  à Langres,  alors  que  toutes  les  villes  d’eaux  de  quelque 
importance  se  trouvent  à gauche  de  cette  voie.  Aussi,  presque 


(1)  « Cette  ville  aurait  porté  le  nom  de  Borvo,  Andesina-Borvo,  nom 
commun  à trois  sources.  Le  prénom  d’Andesina  disparut  et  Bourbonne 
resta  seul.  Le  dessinateur  n’avant  pas  assez  déplacé  n’aurait  écrit  qu’une 
partie  du  nom.  » 

(2)  Notice  sur  les  voies  romaines,  les  camps  et  les  mardelles  du.  départe- 
ment de  la  Haute-Marne.  Mémoires  de  la  Société  historique  et  archéologique 
de  Langres,  t.  I. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  75 

>us  les  commentateurs  sont-ils  obligés  de  déplacer  la 
ignette  et  de  la  reporter  à l’est  de  la  route  tracée  sur  la 
able.  M.  Desjardins  (1)  a étudié  très  complètement  les  divers 
léments  de  cette  controverse,  et  conclut  en  ces  termes  : « Pour 
îsumer  ce  qui  précède,  nous  pensons  : 1°  que  les  Thermes 
• é.signés  dans  la  Table  sous  le  nom  deLindesina  sont  les  eaux 
e Bourbonne;  2°  qu’elles  ont  été  placées  sur  la  droite  de  la 
oie  de  Metz  à Langues  parce  que  la  place  a manqué  à gauche 
celui  qui  a dressé  la  carte  originale,  ou  à celui  qui  Ta 
éformée  en  la  copiant  au  treizième  siècle  ou  auparavant; 

0 que  pour  trouver,  même  à droite,  un  emplacement  solfi- 
ant, il  lui  aura  fallu  effacer  le  tracé  de  la  route  de  Tullum 
Toul)  à Nasium  (Naix)  (voie  de  Toul  à Reims),  ce  qu’il  a fait, 

ailleurs,  sans  supprimer  une  seule  station  ; 4°  que  deux 
outes  conduisaient  à Bourbonne,  divergeant  toutes  deux  sur 

1 route  de  Metz  à Langres  : Tune  partant  de  Noviomagus 
Notre-Dame-des-Piliers),  et  mesurant  xvi  lieues,  l’autre  par- 
iant de  Mose,  probablement  à la  source  de  la  Meuse,  et  mesu- 
ant  vu  lieues,  distances  exactes.  Seulement  la  Table,  qui 
tonne  ces  chiffres,  les  place  d’une  façon  peu  intelligible.  Est-il 
tesoin  d’ajouter  que,  malgré  le  concours  de  circonstances  qui 

f -endent  cette  opinion  probable,  nous  ne  l’adoptons  que  dans 
'attente  d’une  meilleure  solution.  » 

Aqiiis  Neri.  — Sur  la  route  de  Clermont  à Lemuno  (Poitiers), 
■a  station  d’Aquis  Neri,  dont  le  nom  n’est  pas  accompagné  de 
'édifice  thermal,  figure  entre  celles  de  Gant  ilia  (Chantelle)  à 
v lieues  (32  kil.  1/2)  et  de  Mediolano  (Châteaumeillant)  à 
:ii lieues  (26  kil.  1/2).  Outre  l’indication  de  la  Table,  ce  nom 
ious  est  également  fourni  par  une  inscription  mentionnant 
- es  Vicani  Neriomagienses  (2)  et  par  une  borne  milliaire  (3), 
lite  le  Milliaire  d’Allichamp  (Cher),  qui  nous  donne  les  dis- 

(1)  Géographie  de  la  Gaule , d’après  la  Table  de  Peulinger,  p.  128  à 134. 

(2)  Voir  p.  186. 

(3)  Cette  borne  a été  déplacée  et  se  trouve  actuellement  à l'embranche- 
ment du  chemin  de  la  Ceîle  et  de  la  route  de  Saint-Amand. 


76 


LA  GA  U LH  T II  H KM  A LE 


tances  de  ce  lieu  à Bourges,  Châteaumeillant  et  Néris  (1)  : 

FELICI-  AVG-  TltlD  I>  COS  lit 
P P PltOCOS-  AVAU-  L<  XIIII 
MED-  L-  XII-  NE  R-  L-  XXV 

Tous  les  commentateurs  sont  d’accord  pour  voir  dans  le  lieu 
qui  nous  occupe  la  station  thermale  de  Néris  et  dans  la  men- 
tion de  la  labié  1 abrégé  du  mot  Aquce  Neriomagienses.  D’An- 
ville  (2),  qui  adoptait  d’ailleurs  l’identification  avec  Néris, 
proposait,  sans  aucun  motif  à l’appui  de  son  opinion,  d’écrire 
Aquæ  Nerœ  à la  place  d ’Aquis  Neri,  correction  qui  semble 
absolument  inadmissible  en  présence  des  formes  Neriomctgus- 
Neriomagiensis  que  nous  révèlent  les  inscriptions. 

Je  dois  noter,  cependant,  que  la  Commission  de  Topographie 
des  Gaules  voit  dans  le  lieu  marqué  Neri  sur  le  Milliaire 
d’Allichamp  une  station  distincte  des  Aquis  Neri  de  la  Table 
La  distance  de  25  lieues  portée  sur  la  borne  semble  trop  faible 
pour  ce  dernier  point,  et  convenir,  au  contraire,  à Montluçon, 
plus  rapproché  d’Allichamp  de  quelques  kilomètres,  où  la 
Commission  propose  de  placer  un  Neriomagus  distinct  de  la 
ville  thermale.  C’est  là,  ce  me  semble,  un  raisonnement  pure- 
ment hypothétique. 

Aucun  indice  ne  permettant  de  donner  le  nom  de  Nerio- 
magus à T agglomération  gallo-romaine  qui  occupait  le  lieu  où 
s’élève  le  Montluçon  actuel,  il  parait  assez  hasardeux  de 
chercher  un  Neriomagus  distinct  des  Aquis  Neri , dont  nous 
connaissons  sans  conteste  le  nom  et  l’emplacement,  en  se  fon- 
dant uniquement  sur  une  de  ces  erreurs  de  distance  que  nous 
savons  cependant  n’ètre  pas  si  rares  dans  la  topographie 
gallo-romaine. 

(1)  M.  Lefort  ( Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires.  1878,  p.  234  etsuiv.) 
avait  soulevé  des  objections  contre  l'authenticité  de  cette  inscription. 
Dans  le  Bulletin  de  cette  même  Société  (1898,  p.  380),  M.  Héron  de  Ville- 
fosse,  qui  venait  de  l’examiner,  a saisi  cette  occasion  pour  protester 
contre  les  doutes  émis  par  M.  Lefort  et  déclarer  qu’il  considérait  le  texte 
comme  parfaitement  authentique.  — Les  rédacteurs  du  Corpus  I.  L.  le 
tiennent  également  comme  sincère  : Tilulus  non  /ictus  est,  et  le  font 
figurer  au  XIII0  vol.,  part.  II,  fasc.  II,  sous  le  n°  8922. 

(2)  Notice  de  l’ ancienne  Gatile,  p.  77. 


_____ 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


77 


IV 


Parmi  tous  les  noms  inscrits  en  longues  listes  sur  Vltiné- 
j aire  d'Antonin,  nous  pouvons  en  retenir  quatre,  susceptibles 
être  étudiés  comme  ayant  servi  de  dénomination  à d’an- 
- iennes  stations  thermales  ou  minérales.  Ce  sont:  Aquis  Seætis. 

I iquis  Tarbellicis,  Aquis  Convenarum,  Aquis  Siccis.  Nous  allons 
xaminer  les  solutions  auxquelles  a donné  lieu  la  détermina- 
ion  géographique  de  ces  trois  dernières  stations,  en  laissant 
le  côté  les  Aquœ  Sextiœ,  qui,  nous  le  savons  déjà,  désignent 
ans  discussion  possible,  la  ville  d’Aix-en-Provence. 

Aquœ  Tarbellicœ.  — Ces  eaux  figurent  ainsi  sur  la  voie  de 
\impelone  (Pampelune),  à Burdigala  (Bordeaux)  : 

Imo  Pyrœneo,  v m. 

Car  usa,  xnm. 

Aquis  Tarbellicis , xxxvim  m. 

Mosconnum , xvi  m. 

Pline  (1)  avait  déjà,  sans  nommer  la  ville  où  elles  jaillis- 
saient, fait  allusion  à ces  sources  salutaires,  nées  dans  la 
>artie  de  l’Aquitaine  occupée  par  les  Tarbelli  : Emicant  benigne 
lassimque  in  pluribus  terris,  alibi  frigidœ.  alibi  calidœ,  alibi  junciœ 
icut  in  Tarbellis  Aquitanica  gente,  et  in  Pyrœneis  montibus,  tenui 
1 ntervallo  discerne nte  (2). 

C’est  également  la  même  ville  thermale  que  Ptolémée  (3) 

: lonnaitaux  I arbelli,  sous  le  nom  de  YoaTa  A uyoucta,  traduction 
ittérale  de  Aquœ  Augustœ  (piyci  Ilu^vr]?  tou  opouç  TctpjkXXoi 

(1)  Histoire  naturelle,  XXXI,  2. 

(2)  « Quelles  sont  ces  eaux  froides,  ai-je  demandé  à M.  le  docteur 
javielle,  qui  me  répond  : « Je  crois  que  Pline  entendait  parler  de  sources 
< sullureuses  froides,  qui  existent  sur  plusieurs  points  de  la  ville  (de  Dax), 

‘ mais  qab  depuis  quelques  années,  sont  inexploitées.  Elles  sont,  en  ge- 
« néral,  Iroides,  tandis  que  les  sulfurées  sodiques  sont  chaudes.  » Jullian, 
\ote  sur  la  topographie  de  Dax  gallo-romain.  Revue  des  études  anciennes „ 

■ 1901 , p.  211  et  suiv. 

(3)  Géogr.,  Il,  6. 


78 


LA  GAULE  THERMALE 


Greppo  (1),  la  môme  qu 'Aquœ  Tarbellicœ,  qui,  ayant  reçu 


devait  ainsi  s’appeler  Aquœ  Augustœ  Tarbellicœ.  » D’ailleurs 


tantôt  Aquœ  Augustœ. 

L’identification  de  notre  station  avec  la  ville  de  Dax  ne  fait 
pour  ainsi  dire  l’objet  d’aucun  doute.  Tous  les  auteurs  qui  se 
sont  occupés  de  ces  questions  de  géographie  historique  : 
Valois  (2),  d’Anville  (3),  Walckenaër  (4),  Desjardins,  etc.,  sont 
d’accord  sur  ce  point. 

Notons  cependant  que  Scaliger  avait  pensé  que  le  texte 
de  Pline  devait  s’appliquer  à des  sources  du  Béarn,  comme  les 
Eaux-Bonnes  ou  les  Eaux-Chaudes.  « Ceux,  dit-il,  qui  ont 
bu  des  eaux  qui  sont  dans  les  montagnes  du  Béarn  ne  doutent 
point  qu’il  n’ait  prétendu  parler  de  celles-là.  * Il  suffit 
d’objecter  à cette  assertion,  comme  l’a  faitM.  Soulice  (5),  qu’en 
parlant  du  pays  des  Tarbelliens  comme  de  la  région  où  jaillis- 
saient ces  sources  bienfaisantes,  Pline  ne  pouvait  avoir  en  vue 
la  vallée  d’Ossau,  dont  les  habitants  portaient,  de  son  aveu 
même,  un  nom  particulier,  celui  d ’Osquidates  montant. 

Aquis  Convenarum.  — La  station  A Aquœ  Convenarum  est 
placée  dans  l’Itinéraire,  sur  la  voie  qui  relie  les  Aquœ 'Tarbellicœ 
(Dax)  à Tolosa  (Toulouse),  voie  où  figurent  également  les 
Aquœ  Siccœ,  dont  nous  aurons  à dire  un  mot  tout  à 1 heure. 
V oici  ce  fragment  de  l’Itinéraire  : 

Beneharnum,  xvmi  m. 

Oppido  novo,  xvm  m. 

Aquis  Convenarum , viii  m. 

Lugdunum , xvi  m. 

(1)  Op.  cit.,  p.  98. 

(2)  Noliiia  Galliarum,  p.  31. 

(3)  Notice  de  l’ancienne  Gaule,  p.  73. 

(4)  Géographie  ancienne...  des  Gaules,  t.  I,  p.  290. 

(5)  Notice  historique  sur  les  Eaux-Chaudes  et  les  Eaux-Bonnes.  Bulletin  de 
la  Société  des  sciences,  lettres  et  arts  de  Pau,  2°  série,  t.  VI,  1876-1S77. 


comme  bien  d’autres  villes  de  notre  Gaule  ce  titre  honorifique, 


Ausone  nomme  cette  cité  tarbellienne  tantôt  Aquœ  Tarbellicœ , 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


79 


Calagorris,  xxvi  m. 

Acquis  siccis , xvi  m. 

Ver  no  sole,  xii  m. 

Tolosa,  xv  m. 

La  localité  qui  nous  occupe  est  mentionnée  sous  le  nom 
Il  yAgce  Convenarum  par  T Anonyme  de  Ravenne,  qui  la  place 
>armi  les  cités  de  la  Septimanie.  La  position  de  cette  station 
. été  l’objet  de  controverses  d’autant  plus  vives  qu’elle  était 
; ituée  dans  une  région  où  abondent  les  eaux  minérales,  ce  qui 
!•  permis  de  lui  assigner  jusqu’à  quatre  positions  différentes, 
correspondant  toutes  à des  sources  thermales  ou  minérales 
présentant  des  traces  indiscutables  d’occupation  romaine. 
../assimilation  de  Lugdunum  à Saint-Bertrand-de-Comminges 
-ist  à peu  près  le  seul  point  sur  'lequel  tout  le  monde  soit  tombé 
d’accord;  l’identification  des  autres  stations,  l’évaluation  des 
distances,  le  tracé  de  la  voie  sont  autant  de  points  qui  ont 
livisé  non  seulement  les  « géographes  de  cabinet  » , mais 
encore  les  érudits  locaux  qui  ont  pu  étudier  sur  le  terrain  cet 
ntéressant  problème  de  géographie  historique.  Il  ne  serait 
pas  possible,  sans  donner  à cette  partie]  de  nos  études  un 
développement  qu’elle  ne  doit  pas  comporter,  d’examiner 
dans  le  détail  les  motifs  invoqués  par  les  divers  auteurs  à 
l’appui  de  leurs  thèses  respectives.  Aussi  me  bornerai -je  à 
- signaler  les  diverses  identifications  proposées,  ainsi  que  les 
i autorités  que  chacune  d’elles  peut  invoquer  en  sa  faveur. 

L’opinion  qui  semble  réunir  la  majorité  des  suffrages  est 
celle  qui  place  les  Aquœ  Convenarum  à Bagnères-de-Bigorre. 

! Tel  était  déjà  l’avis  de  Walckenaër  (1)  : « Les  mesures 
‘.anciennes,  dit-il,  nous  démontrent  que  Bagnères  est  l 'Aquœ 
' Convenarum  de  l’Itinéraire  d’Antonin.  » C’est  aussi  l’opinion  de 
i Desjardins,  de  Sacaze(2),  deM.  Longnonetcle  la  Commission  de 
Topographie  des  Gaules  (3).  D’An  ville  (4),  après  avoir  semblé 

(1)  Géographie  ancienne...  des  Gaules,  It.  I,  p.  239. 

(2)  Histoire  ancienne  de  Ludion. 

(3)  Bertrand,  les  Voies  romaines  en  Gaule.  Résumé  du  travail  de  la 
Commission  de  Topographie  des  Gaules. 

(4)  Notice  de  l'ancienne  Gaule,  p.  76. 


80 


LA  GAULE  THERMALE 


admettre  cette  interprétation,  s’était  rejeté  sur  Capvern,  tout 
en  remarquant  que  la  distance  indiquée  conviendrait  bien 
pour  Barèges,  mais  estimant  que  ce  lieu  était  trop  dans  l’in- 
térieur du  Bigorre  pour  avoir  appartenu  aux  Convenue. 

,I)u  Mège  (1),  suivi  par  Greppo  (2),  adopte  cette  façon 
de  penser,  et  place  également  Aquæ  C.  à Capvern.  Curie- 
Seimbres  (3),  voit,  dans  les  eaux  de  Capvern,  non  seulement 
celles  des  Convènes,  mais  encore  les  Thermes  Onésiens,  dont 
parle  Strabon,  et  qui  nous  occuperont  par  la  suite. 

Encausse  a été  également  proposé  par  le  chanoine  Abadie,  et 
La  Barthe-de-Rivière  par  MM.  Morel  et  Gautier  (4).  Ces  derniers 
auteurs  font  remarquer  queBagnères-de-Bigorre  avait  un  nom 
qui  nous  est  bien  connu  : Vicus  Aquensis,  et  que  ce  vicus  était 
situé  sur  le  territoire  des  Bigerrones  et  non  sur  celui  des 
Convenue.  « Suivant  nous,  concluent-ils,  la  cité  des  Convenue 
eut  probablement  sa  principale  agglomération  dans  la  vallée 
qui  entoure  Saint-Bertrand;  sa  banlieue  s’étendait  dans  tout 
le  voisinage,  et  la  plupart  des  villages  qu’on  y rencontre  en 
formaient  la  partie  pseudo-urbcinci.  Labarthe,  avec  ses  sources 
savonneuses  encore  estimées,  au  milieu  de  débris  sans  nombre 
dont  la  plaine  est  semée,  a dû  porter  naturellement  le  nom 
(V  Aquæ  Convenarum.  » 

En  somme,  il  me  semble  assez  difficile,  dans  l’état  actuel 
des  choses,  d’étre  très  affirmatif  sur  l’identification  avec  un 
lieu  moderne  de  la  station  qui  nous  occupe.  Il  ne  me  parait 
pas  qu’aucun  des  systèmes  proposés  soit  fondé  sur  des  pré- 
comptions assez  sérieuses  pour  qu’il  puisse  être  admis  sans 
réserves,  et  je  pense  qu’il  faut  attendre  de  nouveaux  éléments 
d’informations  pour  essayer  de  percer  l’obscurité  dont  s’enve- 
loppe encore  la  position  de  l’ancienne  station  thermale  des 
Convènes. 

(1)  Note  sur  une  voie  romaine  qui  conduisait,  soit  aux  Aquæ  Convenanim, 
soit  au  Vicus  Aquensis  des  Biyerrones. 

(2)  Op.  cit.,  p.  39.  * 

(3)  Capbern  historique,  ses  antiquités,  son  état  actuel,  ses  eaux  thermales, 
4871. 

(4)  Voies  romaines  ab  Aquis  Tarbellicis,  et  routes  qui  venaient  s’y  souder, 
1874. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  81 

Aquœ  Siccœ.  — Il  en.  est  de  meme  de  cette  station,  portée 
Uur  la  meme  voie  de  l’Itinéraire,  et  que  je  lais  figurer  ici 
i iniquement  à raison  de  l’article  que  lui  a consacré  Greppo  (1) 
lans  son  remarquable  ouvrage.  Les  corrections  aux  distances 
le  l'Itinéraire,  les  tentatives  d’identification  faites  pour  asseoir 
ce  lieu,  à la  dénomination  assez  étrange,  n’ont  jamais  abouti 
i un  résultat  quelconque  susceptible  de  se  rapporter  à des 
îaux  thermales  ou  minérales.  Le  lieu  de  Seiches  ou  Seysses  Tolo- 
anes,  où  l’on  place  le  plus  généralement  cette  ancienne  sta- 
ion,  ne  possède  ni  eaux  thermales,  ni  restes  antiques,  mais 
nontre  simplement  les  traces  d’anciens  travaux  de  desséche- 
: lient,  d’où  pourrait  dériver  ce  nom  d 'Aquœ  Siccœ , à l’apparence 
iontradictoire.  Greppo  adopterait  plutôt  l’hypothèse  de  boues 
numérales,  mais  il  n’en  existe  pas  aux  points  identifiés.  Il  y a 
in  peu  trop  d'imagination  dans  tout  ceci,  et,  sans  me  préoc- 
cuper de  chercher  l’emplacement  actuel  à’ Aquœ  Siccœ,  je  pense 
qu'il  n’y  a,  jusqu’à  plus  ample  informé,  qu’à  les  rayer  pure- 
ment et  simplement  de  la  liste  de  nos  anciennes  stations. 


V 


C’est  au  livre  IV  de  la  Cosmographie  du  Ravennate  anonyme 
[u  il  est  parlé  de  la  Gaule,  et  je  me  bornerai  à signaler  les 
’illes  citées  par  l’auteur  qui  sont  susceptibles  de  nous  inté- 
esser  au  point  de  vue  spécial  de  nos  études  et  dont  nous 
Liions  rencontrer  les  noms  souvent  transformés  par  de  barbares 
Informations. 

G est  d abord,  dans  la  région  de  la  Loire,  juxta  fluvium  quem 
mferius  nominare  volumus,  quidicitur  Lega,  la  station  de  Balidas , 
•làacée  avant  Decize  et  Nevers,  où  nous  ne  devons  pas  hésiter 
reconnaître  / Aquis  Calidis  de  la  Table  de  Peutinger. 

(1)  Op.  cit.,  p.  93-96. 


6 


82 


LA  GAULE  THERMALE 


Parmi  les  cités  de  la  Burgundia,  juxta  fluvium  Rkodani,  nous  j 
voyons  une  cité  du  nom  de  Aijuœ,  placée  entre  Secusianorum  I 
et  Icutmageon,  correspondant  évidemment  à Aguœ  Segeie  et  ses  1 
deux  voisines  de  la  Table  : Foro  Segustavaro  et  lcidmago. 

Dans  .la  Septimanie,  l’Anonyme  mentionne  Aguis  Sexlis,  qui  j 
ne  peut  taire  l’objet  d’aucun  doute,  et,  du  côté  des  Pyrénées,  J 
Agœ  Convenarum , sur  lequel  nous  n’insistons  pas,  ainsi  qu’une  j 
station,  Agœ  Catidœ,  située  près  de  Ruscino,  qui  correspor 
sans  aucun  doute  à Castel-lloussillon,  à côté  de  Perpignai 
Quel  était  ce  lieu  thermal,  placé  évidemment  au  pied  d< 
Pyrénées,  dans  la  direction  de  l’un  des  passages  se  dirigeai 
vers  l’Espagne?  M.  Desjardins  semble  indiquer  Le  Bouloi 
mais  la  température  de  ces  eaux  ne  peut  guère  justifier 
dénomination  Cl  Agœ  Calidœ , que  je  serais  plutôt  tenté  d’appl 
quer  aux  sources  voisines  d’Amélie-les-Bains,  dont  la  temp 
rature  est  beaucoup  plus  élevée. 


Le  second  ordre  de  renseignements  sur  nos  stations  se  ren-  i 
contre  dans  quelques  rares  passages  d’auteurs  anciens  et  j 
comme  ces  textes,  plus  que  sobres  de  détails  géographiques,  ; 
manquent  généralement  de  précision,  le  champ  reste,  ici  | 
encore,  bien  souvent  ouvert  aux  problèmes  et  aux  fantaisies 
de  l’interprétation. 

Solin  (1)  signalait  d’une  façon  générale  la  richesse  de  la  j 
Gaule  en  eaux  thermales  et  faisait,  en  même  temps,  allusion 
d’un  mot  au  caractère  sacré  qu’on  leur  attribuait:  Galliœ...l 
riguœ  aquis  fluminum  et  fontium  ; sed  fontaneis  interdum  sacris  j 
ac  vaporantibus . 

Dans  le  texte  que  nous  avons  cité  plus  haut  (p.  77)  à | 


VI 


(1)  C.  J.  Solini  Polyhistor,  XXII. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  83 

propos  des  Aquœ  Tarbellicce,  Pline  parle  également  de  l’abon- 
dance des  eaux  minérales  chaudes  et  froides  dans  la  région 
pyrénéenne. 

Ausone  (1)  chantait  les  louanges  de  la  célèbre  fontaine 
Divona,  qui  coulait  à Bordeaux,  sa  ville  natale,  source  vénérée 
comme  le  génie  tutélaire  de  la  cité  et  appréciée  pour  les  vertus 
médicales  de  ses  eaux  : 

Salve  forts,  ignote  orlu,  sacer,  aima  per ennis, 

Salve  urbis  genius,  medico  potabilis  hauslu, 

Divona  Celtarum  lingua,  fons  addite  divis. 

Tacite  (2),  à l’occasion  de  l’expédition  de  Cecina  chez  les 
Helvètes,  parle  en  ces  termes  d’une  ville  de  ce  pays  dont  les 
eaux  étaient  célèbres  : Cecina J belli  avidus , proximan  quamque 
culpam,  antequam  pœniteret , ultam  ibat.  Mota  propere  castra, 
vastati  agri , direptus  longa  pace  in  modum  municipii  extructus 
locus  amœno  salubrium  aquarum  usu  frequens.  — Bien  que  l’histo- 
rien latin  n’ait  pas  indiqué  le  nom  de  cette  cité,  on  est  généra- 
lement d’accord  pour  y reconnaître  la  ville  de  Baden,  sur  la 
Limmat,  dans  le  canton  d’Argovie,  dont  le  nom  ancien  Aquœ 
Helveticœ  a pu,  comme  nous  le  verrons  tout  à l’heure,  être 
reconstitué  intégralement. 

Chez  les  Éduens  se  trouvaient  des  sources  remarquables, 
qu’Eumène  (3)  vantait  à Constantin,  mais  en  laissant  ignorer 
le  nom  du  lieu  où  elles  surgissaient  : Miraberis  profecto  illam 
quoque  numinis  tuf  sedem,  et  calentes  aquas  sine  ullo  soli  ardentis 
indicio,  quarum  nulla  tristitia  est  saporis  aut  halitus , sed  talis 
haustu  etodore  sinceritas,  qualis  fontiurn  frigidorum.  — 'C’est  vrai- 
semblablement à Bourbon-Lancy,  situé  en  pays  éduen  et 
possédant  des  sources  chaudes,  que  doit  s’appliquer  le  texte 
du  panégyriste. 

Un  texte  de  Strabon  (4)  nous  parle  en  ces  termes  d’eaux 
fameuses  de  son  temps  dans  la  région  des  Pyrénées  : « Le  sol 

(1)  Clar.  urb.,  XIV,  v,  29. 

(2)  Hùt.,  liv.  I,  67. 

(3)  Panegyr.  vet.  Oral.,  VI,  22. 

(4)  Géographie,  liv.  IV,  cliap.  ii,  2.  Traduction  Tardieu,  t.  I,  p.  314.  • 


84 


LA  G AU LL  THERMALE 


de  l’ Aquitaine...  est  fertile...  chez  les  Convènes...,  peuple  dont 
la  capitale  se  nomme  Lugdunum,  et  qui  possède  les  Thermes 
Onésiens,  sources  magnifiques  donnant  une  eau  excellente 
à boire.  » Si  le  Lugdunum  Convenarum  se  trouve  sans  aucun 
doute  à Saint-Bertrand-de-Comminges,  l’identification  des 
Thermes  Onésiens  est  loin  d’être  aussi  certaine.  La  majorité 
des  auteurs  les  place  au  lieu  moderne  de  Bagnères-de-Luchon  ; 
c’est  en  ce  sens  que  se  prononcent  du  Mège  (1),  Greppo  (2), 
Sacaze  (3),  Couget  (4),  etc.;  mais  quelques  opinions  contraires 
se  sont  manifestées. 

\alois  dans  sa  Notice  des  Gaules,  admettant  une  prétendue 
erreur  de  copiste,  qui  aurait  substitué  le  mot  Onésiens  au  mot 
Convènes  (5)  ne  voyait  ici  que  les  Aquæ  Convenarum  de  l’Itinéraire 
d Antonin.  C’est  là  une  pure  hypothèse,  et  rien  ne  permet  de 
suspecter  le  texte  d’erreur  sur  ce  point,  alors  surtout,  comme 
le  remarque  Greppo,  que  le  nom  des  Convènes  est  écrit  quel- 
ques lignes  plus  haut. 

Pour  Walckenaër  (6)  le  nom  et  la  position  de  cette  cité  des 
Onésiens  se  retrouvent  dans  le  lieu  moderne  appelé  Ozon,près 
de  Tournay,  et  non  loin  de  Bagnères-de-Bigorre,  qui  lui  paraît 
être  les  Thermes  Onésiens  de  Strabon.  Pour  lui  aucun  monu- 
ment ne  prouvait  d’une  façon  certaine  que  Bagnères-de- 
Luchon  eût,  été  célèbre  chez  les  anciens  par  ses  eaux  ther- 
males. Les  marbres  antiques,  dont  il  connaissait  l’existence, 
lui  semblaient  bien  indiquer  un  lieu  ancien  à placer  à Luchon, 
mais  ne  prouvaient  pas,  selon  lui,  l’existence  d’un  établisse- 
ment thermal  à cet  endroit.  Ozon  ne  possède  pas  d’eaux  ther- 
males; aucune  trouvaille  ancienne  de  quelque  importance  n’y 
a été  faite,  tandis  que  les  restes  considérables  exhumés  à Luchon 

(d)  Archéologie  pyrénéenne. 

(2)  Op.  cit.,  p.  61. 

(3)  Histoire  ancienne  de  Luchon. 

(4)  Revue  de  Comminges,  t.  XI,  1896. 

(5)  M.  Müller  ( Index  varice  lectionis,  p.  963,  col.  1,  b 48),  a résumé 
tout  ce  qui  a été  dit  au  sujet  de  ce  nom  que  Strabon  est  seul  à avoir 
mentionné,  et  il  semble  incliner  à le  maintenir  tel  que  le  donnent  les 
manuscrits.  (Note  de  Tardieu,  op.  cit.,  p.  314.) 

. (6)  Géographie  ancienne  des  Gaules,  t.  II,  p.  239. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  85 

■sont  venus  donner  aux  affirmations  de  M.  Walckenaër  le  plus 
éclatant  démenti. 

D’après  Curie-Seimbrès  (1),  les  Aquœ  Convenarum  et  les 
Thermes  Onésiens  seraient  une  même  station,  qu’il  faudrait 
chercher  à Capvern,  situé  dans  le  Nébousàn,  où  il  place  l'an- 
cienne peuplade  des  Onébusates,  qui  ne  serait  peut-être  pas 
sans  rapport  de  nom  avec  les  Onésiens.  Enfin  M.  Bladé,  dans 
un  travail  publié  en  1893  dans  la  Revue  clés  Pyrénées,  déclare 
qu’il  est  absurde  de  chercher  les  Thermes  Onésiens  à Bagnères- 
de-Luchon  ; mais,  après  cette  affirmation  tranchante,  il  ne 
propose  aucune  autre  identification,  en  faisant  remarquer  que 
le  pays  des  anciens  Convènes  abondait  en  eaux  thermales,  et 
qu’il  en  existait  aussi  dans  ceux  qu’occupaient  jadis  les  Con- 
- soranni  et  les  Bigerrones,  dont  les  pays  firent  partie  de  la  cité 
des  Convenæ,  créée  sous  Auguste.  Tout  ceci  est  fort  bien  ; 
mais,  comme  le  fait  justement  remarquer  M.  Gouget  (op.  cit.), 
pourquoi  chercher  les  Thermes  Onésiens  ailleurs  qu’à  Luchon, 

■ sous  prétexte  qu’il  existait  dans  nos  Pyrénées  d’autres  sources 
thermales? 

Pour  moi,  les  arguments  présentés  en  faveur  de  Luchon  me 

■ semblent  tout  à fait  déterminants.  Le  lieu  antique  de  Luchon 
était  dans  la  cité  des  Convènes,  assez  rapproché  de  Lugdunum, 
auquel  le  reliait  une  voie  romaine  dont  les  traces  sont  incon- 
testables ; la  quantité  considérable  de  marbres  votifs  décou- 

\ verts  et  l’importance  des  bâtiments  thermaux  exhumés  nous 
montrent  qu’il  y eut  là  un  établissement  dont  la  célébrité 
devait  être  grande  dans  l’antiquité  ; enfin,  le  nom  ancien  de  la 
rivière  qui  traverse  Luchon,  l’One,  semble  bien  avoir  un 
1 rapport  direct  avec  l’ancien  nom  des  Onesii.  Toutes  ces 
circonstances  me  semblent  établir  sans  conteste  que  Luchon 
peut  légitimement  revendiquer  l’héritage  des  anciens  Thermes 
Onésiens  aux  sources  magnifiques. 

Dans  une  lettre  (2)  adressée  à un  de  ses  amis,  Aper,  Sidoine 
Apollinaire  semblé  avoir  fait  allusion  à une  station  thermale 

Il  (1)  Capbern  historique,  op.  cit. 

(2)  Epistola  LXXXIII. 


86 


LA  GAULE  THERMALE 


dont  la  détermination  a singulièrement  exercé  la  sagacité  et 
l’imagination  de  nombreux  commentateurs. 

Cet  lentes  nunc  te  Baiœ , et  scabris  cavernatim  ructata  pumicibus 
aqua  sulphuris , atquejecorosis  et  pktisiscentibus  languidis  medica- 
bilis  piscina  delectat  ; an  / ortasse  sedes  montana  circum  caste  lia,  et 
in  eligenda  sede  perfugii  quamdam  pateris  ex  munitionum  fre- 
quentia  difficultatem. 

Sidoine  Apollinaire  étant  évêque  de  Clermont,  il  est  bien 
probable  que  la  station  dont  il  parle  ainsi  doit  être  cherchée 
en  Auvergne,  où,  d’ailleurs,  l’abondance  des  sources  thermales 
a permis  des  identifications  diverses. 

Une  première  opinion  assimile  Calentes  Baiœ  à Aquœ  Calidœ 
de  la  Table  de  Peutinger  et  les  place  à Chaudesaigues,  dans 
le  Cantal.  C’est  ainsi  que  pensent  deux  commentateurs  de 
Sidoine  Apollinaire  : Sirmond  (1)  : Baiœ  sunt  aquœ  calidœ. 
Et  sunt  hodie  inArvenis,  quœ  id  nomen  vico  dederunt,  nam  Calidas 
Aquas  patria  lingua  vocant.  In  tabula  etiam  Peutingeri,  ut  suprà 
dictumest , nominantur  Aquœ  Calidœ  in  itinere  quod  ab  Augustone- 
meto  Lugdunum  ducit.  Et  Savaron  (2)  : II œc  verba  quœ  sequuntur 
montana  sedes  manifeste  demonstrant  de  Baiis  calentibus  intelli- 
gendum  esse  Sidonium,  quœ  vulgo  Chaudes- Ay gués  vocantur. 

De  même  Valois  (3)  : Inferioris  Arverniœ  urbes,  oppida  atque 
castella  sunt  : ...  Aquœ  Calidœ  in  tabula  Peutingeriana  memoratœ , 
Sidonio  Calentes  Baiœ , montana  sedes  dictœ.  Chaudes- Aigues.  — Et 
Walckenaër,  qui,  après  avoir  identifié  Aquis  Calidis  à 
Chaudes- Aigues,  ajoute  : « Ce  seraient  aussi,  quoi  qu’en  ait 
dit  d’Anville,  les  Calentes  Aquæ  de  Sidoine  Apollinaire.  » 

Plus  récemment,  Mathieu  (4)  s’est  rangé  au  même  avis,  et 
voit  dans  Chaudesaigues  Y Aquis  Calidis  de  la  Table  et  probable- 
ment le  Calentes  Baiœ  de  Sidoine  Apollinaire. 

D’autres  écrivains,  sans  faire  de  rapprochement  entre  les 
deux  stations  anciennes,  sont  aussi  partisans  de  l’identification 

(1)  Ad  Sidonium,  note  p.  60. 

(2)  Ad  Sidonium,  p.  353. 

(3)  Notitia  Galliarum,  p.  47. 

(4)  De  la  position  d’ Aquis  Calidis  sur  la  Table  de  Peutinger. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  87 

vec  la  petite  ville  du  Cantal.  Ainsi  d’Anville(l)  : « Calentes 
quœ.  Sidoine  Apollinaire  les  appelle  Calentes  Baiœ,  et  ce  qu’il 
joute,  montana  seiles  dictœ , nous  fait  connaître  qu’il  est  ques- 
on  de  Chaudesaigues,  dans  la  Haute- Auvergne,  au  pied  des 
îontagnes  qui  s’élèvent  sur  la  frontière  du  Gévaudan  et  du 
îouergue  ».  M.  Berthier,  dans  une  analyse  de  l’eau  minérale 
e Chaudesaigues  (2)  : « Les  Romains  les  fréquentèrent  (les 
aux  de  Chaudesaigues),  et  bâtirent  auprès  un  bourg  qu’ils  ap- 
pelèrent Calentes  Aquœ.  La  petite  ville  qui  subsiste  aujourd’hui 
i'a  pas  changé  de  nom.  » De  même  Alibert(3)  : « On  a lieu  de 
5 étonner  de  l’oubli  où  ces  eaux  sont  tombées  : cet  oubli  est 
fautant  plus  inexplicable  qu’elles  avaient  une  grande  vogue 
tans  l’antiquité.  Sidoine  Apollinaire,  qui  en  fait  une  mention 
péeiale,  leur  attribue  des  propriétés  remarquables.  » 

Une  autre  opinion  regarde  les  eaux  du  Mont-Dore  comme 
es  anciens  thermes  dont,  parle  Sidoine  Apollinaire.  Elle  a été 
proposée  par  le  docteur  Bertrand  (4),  qui  appuie  son  raison- 
îement  sur  le  texte  même  de  la  lettre  : « Il  suffit,  dit-il,  d’avoir 
7u  avec  quelque  attention  les  eaux  du  Mont-d’Or,  pour  con- 
venir que  cette  description  caractéristique  leur  est  tout  à fait 
ipplicable.  Ainsi,  en  se  dégageant  de  la  coulée,  elles  font  en- 
endre  un  bruit  souterrain  et  entrecoupé  très  fort  surtout  au 
temps  des  orages  : elles  naissent  à travers  des  prismes  dont 
es  angles  sont  aigus  et  la  surface  polie  ; elles  jouissent  d’une 
mcienne  célébrité  contre  les  maladies  de  poitrine  ; et  enfin, 
dles  se  trouvent  dans  un  pays  montagneux,  où  de  nombreuses 
‘imes  sont  couronnées  de  vieilles  ruines  de  châteaux.  » 
xreppô  (5)  déclare  ces  arguments  fort  plausibles,  pour  ne  pas 
lire  décisifs,  et  il  en  résulte,  ajoute-t-il,  qu’on  peut,  avec  toute 
raison,  reconnaître  au  Mont-Dore  les  sources  thermales  fréquen- 
tées par  Aper. 

(1)  Notice  de  l’ancienne  Gaule,  p.  191. 

(2)  Journal  des  Mines,  1er  semestre  1810. 

(8)  Précis  historique  sur  les  eaux  minérales  les  plus  usitées  en  médecine,  1826. 

(4)  Recherches  sur  les  propriétés  physiques,  chimiques  et  médicinales  des 
taux  du  Mont-d'Or,  1823. 

(5)  Op.  cit.,  p.  105. 


88 


LA  GAULE  THERMALE 


Enfin,  Bagnols-de-Lozère  est,  pour  M.  Borelli  de  Serres  (\  ), 
le  Calentes  Baiæ  de  l’évêque  gallo-romain  : « Le  mot  suif  un  s, 
dit-il,  tranche  la  question.  Sidoine  Apollinaire  n’a  pu  vouloir 
parler  des  bains  de  Baïæ,  près  de  Naples  ; de  ceux  du  Mont- 
Dore,  de  Vichy,  de  Néris,  puisque  leurs  eaux  ne  sont  pas 
sulfureuses;  il  ne  peut  donc  être  question  que  de  celles  de 
Bagnols,  les  seules  de  ce  genre  qui  soient  chaudes,  peu  éloi- 
gnées de  Clermont  et  où  Aprus  avait  dû  se  rendre.  » 

J’avoue  qu’aucune  de  ces  opinions  ne  me  semble  bien  pro- 
bante, au  point  de  vue  de  l’identification  des  Calentes  Baiæ 
avec  une  station  thermale  quelconque.  Lès  partisans  de  Chau- 
desaigues  semblent  avoir  été  uniquement  guidés  par  l’analogie 
entre  les  deux  noms.  L’argument  tiré  par  d’Anville  des  mots  : 
montana  Sedes  me  touche  peu.  En  relisant  le  texte  de  l’évêque 
de  Clermont  on  remarque  que  la  seconde  partie  de  la  phrase 
n’est  pas  le  complément  de  la  première,  et  que  ce  qui  tient  à 
la  région  montagneuse  ne  se  rapporte  pas  aux  eaux  thermales. 
C’est  bien  ce  qu’avait  vu  Greppo  (op.  cit.,  p.  103.,  note)  : « En 
deux  mots,  l’écrivain  demande  à son  ami  s’il  prend  les  eaux;  ou 
s’il  visite  les  châteaux  des  montagnes.  » En  outre,  le  fait  d’être 
situé  au  milieu  des  montagnes  ne  suffirait  pas  à désigner  exclu- 
sivement Chaudesaigues,  la  plupart  des  stations  d’Auvergne 
se  trouvant  dans  des  conditions  topographiques  analogues. 

Les  eaux  du  Mont-Dore  ne  sont  pas  sulfureuses,  et  si  elles 
sont  bonnes  pour  les  maladies  de  poitrine  ( phtîsiscentibus ),  elles 
ne  sont  guère  favorables  aux  personnes  atteintes  de  maladies 
de  foie  (jecorosis). 

Les  eaux  de  Bagnols  sont,  à la  vérité,  sulfureuses,  mais 
leurs  applications  thérapeutiques  ne  semblent  pas  répondre 
aux  indications  de  Sidoine,  et  leur  éloignement  de  Clermont 
permet  légitimement  de  douter  que  ce  soient  elles  qu’il  ait  eu 
en  vue  dans  sa  lettre. 

En  résumé,  je  crois  qu’on  a voulu  donner  au  texte  de  l'évêque 
de  Clermont  une  portée  et  une  précision  qu’il  est  loin  de  pré- 

(1)  Nouveau  guide  des  malades  el  des  touristes  aux  bains  de  Bagnols 
(Lozère),  1866. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  89 

senter.  Pour  moi,  Calentes  Baiœ,  ou  A quœ.  si  Ton  veut  y subs- 
tituer ce  terme,  n’est  point  un  nom  de  lieu  : c’est  une  forme 
raffinée  de  langage  pour  désigner  les  eaux  thermales  en 
général,  forme  qu’on  n’est  pas  surpris  de  rencontrer  sous  la 
plume  du  rhéteur  élégant  qu’était  Sidoine  Apollinaire.  Le  reste 
de  la  phrase  me  paraît  contenir  une  sorte  d’amplification  de 
rhétorique,  bien  plus  qu’une  observation  scientifique  de  la 
nature  des  eaux  et  de  leurs  effets  thérapeutiques,  et  je  serais 
tenté  d’y  voir  uniquement,  sous  une  forme  manquant  totale- 
ment de  simplicité,  cette  question  posée  à Aper  : Êtes-vous 
actuellement  aux  eaux  ou  bien  dans  la  montagne? 

Ammien  Marcellin  et  Pline  ont  parlé  tous  deux  de  sources 
minérales  existant  chez  les  Mattiaci,  *dont  le  territoire  était 
situé  sur  la  rive  droite  du  Rhin,  en  face  de  la  position  actuelle 
de  Mayence. 

Le  premier  n’y  fait  allusion  qu’à  propos  d’un  fait  militaire  (1)  : 
Et  antegressus  contra  Maitiacas  Aquas  primas  Severus,  qui pedestrem 
curabatexercitum...  — Le  second,  au  contraire,  donne  quelques 
détails  sur  certaines  particularités  que  présentaient  ces  sources 
thermales  (2)  : Sunt  et  Mattiaci  in  Germania  fontes  calidi  trans 
Rhenum,  quorum  haustus  triduo  fervet.  Circa  margines  vero  gu- 
micem  faciunt  aquœ.  — Il  y a de  meme  à Mattiacum,  au  delà 
du  Rhin,  des  sources  chaudes  dont  l’eau  garde  sa  chaleur 
pendant  trois  jours.  Les  bords  en  sont  couverts  de  pierres 
ponces  formées  par  les  eaux. 

L’opinion  générale  des  commentateurs  place  ces  eaux  à 
Wiesbaden.  C’est  ainsi  que  pensent  d’An ville  (3)  : « On  con- 
vient de  reconnaître  le  mont  Taunus  dans  une  croupe  de 
montagnes  qui  règne  à quelque  distance  de  Francfort,  en 
s’approchant  de  la  rive  droite  du  Rhin,  près  de  Wiesbaden  : 
qui  est  le  lieu  des  fontes  Mattiaci  trans  Rhenum,  dont  Pline  fait 
mention  »;  Walckenaër  (4)  : « Les  Mattiaci  fontes  calidi,  de 

(1)  Remm  gestarum,  lib.  XXIX-IV. 

(2)  Histoire  naturelle,  lib.  XXXI. 

(3)  Notice  de  l’ancienne  Gaule,  p.  211. 

(4)  Géographie  ancienne  des  Gaules,  t.  Il,  p.  94. 


90 


LA  GAULE  THERMALE 


Pline,  sont  placées  par  plusieurs  auteurs  à Wiesbaden,  dans 
l’État  deNassau,  non  sans  quelque  vraisemblance»;  Delting(l  ): 
« Les  fontes  Mattiaci,  de  Pline,  sont  certainement  Wisbade  »,etc. 

Les  découvertes  faites  à Wiesbaden  de  nombreux  restes 
d’antiquités  donnent  à cette  identification  un  caractère  de 
vraisemblance  d’autant  plus  grand  que,  comme  nous  le  ver- 
rons tout  à l’heure,  une  inscription  consacrée  à un  Jupiter 
local  donne  aux  habitants  de  ce  lieu  le  nom  de  Vicani 
Aqueuses. 

Pline  (2)  mentionne  encore,  au  pays  des  Tungri,  des  sources 
dont  il  analyse  la  composition  ferrugineuse  et  gazeuse,  et  in- 
dique les  propriétés  médicales  : Tungri,  civitas  Galliœ.fontem 
habenl  insignem,  plurimip  bu/lis  stillantem.  ferruginei  saporis, 
quod  ipsum  nonnisi  in  fine  polus  intelligitur.  Purgat  hic  corpora. 
tertianas  febres  discutit,  calculorumque  vitia. 

Deux  stations  peuvent  revendiquer  le  texte  de  Pline  comme 
s’appliquant  à leurs  eaux  : Spa(3),  dont  les  sources  présentent 
nettement  les  caractères  indiqués  par  le  naturaliste  latin, 
mais  qui  semble  bien  pauvre  au  point  de  vue  des  vestiges 
pouvant  établir  son  existence  gallo-romaine;  et  Tongres,  moins 
connue  que  sa  rivale  au  point  de  vue  hydrologique,  mais  qui 
a conservé  de  son  passé  antique  des  restes  considérables  et  du 
plus  haut  intérêt.  Les  habitants  de  Tongres  ont,  d’ailleurs, 
tranché  la  question  en  faveur  de  leur  cité,  en  donnant  à la 
source  ferrugineuse  placée  en  dehors  de  la  ville,  à peu  de  dis- 
tance de  l’ancienne  enceinte  romaine,  le  nom  de  Fontaine  de 
Pline. 

(1)  Mémoire  sur  les  établissements  romains  du  Rhin  et  du  Danube,  t.  I. 

(2)  Hist.  nat.,  t.  XXXI,  2. 

(3)  D’Anville,  Notice  de  l’ancienne  Gaule.  « On  croit  que  cette  descrip- 
tion (de  Pline)  désigne  les  eaux  de  Spa.  » 


GEOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


91 


VII 


Aux  indications  géographiques  et  aux  textes  des  auteurs 
inciens  que  nous  venons  de  passer  en  revue,  nous  pouvons 
ajouter  quelques  dénominations,  fournies  par  des  inscriptions, 
qui  nous  donnent,  soit  le  nom  meme  des  stations,  soit  des 
formes  ethniques  d'où  ces  dénominations  peuvent  être  facile- 
ment déduites. 

L’inscription  suivante,  dédiée  à Caracalla,  et  découverte 
au  dix-septième  siècle  dans  le  clocher  de  l’église  paroissiale 
d’Olt-Baden,  nous  apprend  le  nom  : Respublica  Aquensis,  que 
portait  autrefois  la  ville  de  Baden-Baden  : 

M-  AVRELIO’  ANTONINO-  CAES 
IMP-  DESTINATO • BIP-  L-  SEPTBII 
SEVERI-  PERTINACIS-  A VG-  FILIO-  RESP 
AQV 

La  ville  de  Baden,  dans  le  canton  d’Argovie,  en  Suisse, 

- s’appelait  AquæHelveticœ.  D’Anville  (1),  par  une  sorte  d’intuition 
; avait  donné  ce  nom  complet  à cette  station,  alors  qu’on  ne  la 
connaissait  que  par  l’adjectif  A quensis,  appliqué,  dans  l’inscrip- 
! tion  suivante,  à un  citoyen  qui  avait  élevé  un  temple  à Isis  : 

DEAE-  ISIDI-  TEMPLVM-  A-  SOLO 
L.  ANNVSIVS-  MAGIANVS 
DE-  SVO-  POSV1T-  VIR-  AQVENS-  B 
AD-  GVIVS-  TEMPLI-  ORNAMENTA 
ALP1NIA-  ALPINVLA-  GONIVX 
ET-  PEREGRINA-  FIL-  XC-  DEDE 
RVNT-  L-  D-  D-  VIGANORVM 

Depuis  lors,  la  conjecture  de  d’ An  ville  est  devenue  une 
certitude,  à la  suite  de  la  découverte  sur  certains  points  (Bau- 


(1)  Notice  de  la  Gaule,  p.  76. 


92 


LA  GAULE  THERMALE 


motte-les-Pin,  Avenches,  Mandeure,  etc.)  de  petites  l)andes  de 
bronze,  terminées  par  un  épanouissement  déformé  circulaire, 
ayant  sur  chacun  de  leurs  bords  inférieur  et  supérieur  des 
ailettes  propres  à les  fixer,  et  sur  lesquelles  des  lettres  décou- 
pées et  évidées,  divisées  par  des  signes  séparatifs,  ont  permis 
de  reconnaître  le  mot  Aquis  suivi  des  trois  lettres  hel,  et  du 
nom  de  l’ouvrier  Gemellianus , auteur  probable  de  ces  objets. 
Castan  (1)  y avait  vu  une  pièce  d’applique  se  terminant  par 
un  épanouissement  ajouré,  qui  lui  semblait  avoir  été  le  revê- 
tement, ornemental  d’une  des  peintures  de  la  porte  d’un  petit 
oratoire  destiné  à abriter  l’image  des  Nymphes-  tutélaires  des 
Aquœ  Helveticœ. 

Pour  M . Héron  de  Villefosse  (2) , cette  inscription  était  la  marque 
de  fabrique  d’un  industriel  qui  vendait  aux  baigneurs  de  cette 
station  des  objets  dont  il  est  difficile  d’indiquer  la  nature  et  la 
forme. 

M.  Déchelette  a repris  la  question  dans  la  Revue  Éduenne  (3), 
et,  après  examen  d’un  certain  nombre  d’objets  de  meme  sorte, 
les  uns  portant  des  inscriptions  plus  ou  moins  fragmentaires, 
les  autres  anépigraphes,  décorés  de  simples  motifs  ornemen- 
taux, il  les  considère  comme  des  garnitures  de  fourneaux,  ou, 
plus  exactement,  des  bouterolles  de  glaives  gallo-romains. 

Quelles  que  soient,  d’ailleurs,  la  nature  et  la  destination  des 
objets  en  question,  il  ne  semble  pas  douteux,  et  c’est  là  le 
point  particulièrement  intéressant  pour  nous,  que  l’inscription 
découpée  sur  certains  d’entre  eux  nous  révèle  le  nom  complet 
de  la  sta'tion  d’Aquœ  Helveticœ,  qui  ne  paraît  pas  pouvoir  être 
placée  ailleurs  qu’à  la  ville  thermale  suisse  de  Baden. 

Nous  retrouvons  l’adjectif  Aquensis  dans  le  voisinage  du 
Rhin,  à Wiesbaden;  dans  les  Pyrénées,  à Bàgnères-de-Bigorre, 
et  en  Savoie,  à Aix-lès-Bains. 

(-1)  Inscription  romaine  sur  bronze  mentionnant  les  eaux  thermales  de 
l'Helvêtie.  Revue  des  Sociétés  savantes  des  départements,  VIIe  série,  t.  IV,  1881. 

(2)  Inscription  sur  une  lame  de  bronze  trouvée  à Mandeure.  Bulletin 
archéologique  du  comité  dès  travaux  historiques,  1892. 

(3)  Note  sur  une  bouterolle  de  fourreau  gallo-romain  trouvée  à Autun. 
Revue  Éduenne,  nouvelle  série,  t.  XXXI. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  93 


De  Wiesbaden,  F ancienne  Aquœ  Mattiacœ,  vient  l’inscription 
► ni  vante  : 

IN-  H-  D D TEMP-  10 VI 
DOLICENO-  VICANI 
AQVENSES-  VETVST 
DILABSVM-  DE  SVO-  R 
T1TVERVNT*  SVB-  CV 
CAREI  SATVRNINI 

• . 

PINARI  VERI-  IMP  • SE 
RO-  ET  ALBINO-  CO 

| L’inscription  de  Bagnères,  gravée  sur  un  cippe  en  forme 
| l'autel,  et  connue  depuis  plusieurs  siècles,  nous  est  parvenue 
lans  son  intégrité,  et  il  semble  en  résulter  que  le  nom  ancien 
le  cette  localité  était  Viens  Aqueuses , et  ne  comportait  pas 
l’autre  désignation  particulière  de  ces  Aquœ,  désignation  qui, 
in  cas  contraire,  eût  trouvé  sa  place  sur  le  marbre  dédica- 
,oire  : 


NVMINI-  AVGVSTI 

. 


SACRVM 


SECVNDVS-  SEMBEDO 
NIS-  FIL-  NOMINE 
VICANORVM  • AQVEN 
SIVM • ET-  SVO-  POSVIT 


A la  station  thermale  d’Aix-les-Bains,  nous  voyons  les  Posses- 
sores  Aqueuses  figurer  sur  deux  inscriptions  funéraires  de 
personnages  auxquels  ils  avaient  fait  élever  publiée  des  tom- 


beaux  : 

D M 

D M 

T1T1AE  DORCA 

TITIAE 

DIS 

CHELIDONIS 

POSSESSORES 

PVBLICE 

AQVENSES 

POSSESSORES 

PVBLICE 

AQVENSES 

CVBANTE-  C- IVL 
MARCELLINO 
CONIVGE 

LA  GAULE  THERMALE 


‘J  4 

Une  autre  inscription  nous  fait  connaître  les  notables  d’Aix, 
les  Decemprimi  Aqueuses  : 

ARAM  DECEM //// 

AQVENSES  ET  PA 
TRONI  DE  SVO 
OB  DONVM  FIG 
' I E NOVEM////// 

III  /arvm//  / //-/  / 

ET  VICANIS  DO // 

AD  EPVLVM  EM /// 

VM-  CVM  SVO 
FRVCTV 

(Les  noms  des  patrons  et  des  dix  notables  sont  indiqués  en  neuf 
lignes  que  nous  croyons  inutile  de  rapporter.) 

Le  texte  est  ainsi  rétabli  et  traduit  par  M.  Desjardins  (1;  : 
Aram  decemprimi  Aqueuses  et  patroni  de  suo  ob  donum  figlinæ 
novem  millibus  HS  (sesterciis)  ...  (Genio)  Aquarum  et  vicanis  do- 
uant ad  epulum  emendum  cum  suo  fructu.  — Les  dix  notables  du 
vicus  d’Aquœ  et  les  patrons  (du  pagus)  en  mémoire  du  présent 
qui  a été  fait  d’un  établissement  figulin,  ont  élevé  un  autel  à 
leurs  frais,  soit  neuf  mille  sesterces,  au  genius  des  eaux  et  aux 
divinités  protectrices  du  vicus  ; le  revenu  (de  la  somme  non 
employée)  sera  affecté  à un  banquet. 

(1)  Sur  quelques  documents  épigraphiques  d'Aix-en-Savoie.  Bulletin  épi- 
graphique de  la  Gaule,  novembre-décembre  1882. 

J’extrais  les  lignes  suivantes  de  l’intéressant  commentaire  qui  accom- 
pagne cette  inscription  : « Ces  établissements  fîgulins,  où  l’on  fabriquait 
des  briques,  des  tuiles  et  bien  autre  chose  que  des  poteries,  étaient, 
comme  on  sait,  très  répandus  en  Italie,  et  y sont  toujours  désignés  ainsi. 
Le  grand  usage  qu’on  faisait  de  la  terre  cuite  explique  l’importance  de 
la  donation  d’une  de  ces  fabriques  faite  au  vicus.  Il  y a deux  choses 
distinctes  dans  l’inscription  d’Aix  : 1°  la  donation  faite  d’une  fabrique  de 
tuiles  par  des  personnages  inconnus  et  qui  devaient  être  mentionnés 
d’autre  part,  probablement  sur  la  façade  de  l’établissement  même; 
2°  l’autel  élevé  en  mémoire  de  ce  bienfait  au  Génie  des  eaux,  car  la 
fabrique  de  tuiles  devait  concerner  la  construction  de  l’établissement 
thermal  ; dès  que  nous  avons  ara , aquai-um  et  vicanis,  il  ne  peut  s’agir 
que  d’un  autel  à la  divinité  des  eaux.  » 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


95 


line  autre  inscription,  mentionnant  également  un  Aquensis . 
a été  signalée  par  M.  Chaud  rue  de  Crazannes  (1)  : 

D M 

D-  T-  DOMITIANI-  POSSESSOR-  AQVENSIS 
ET-  TITVS-  DOMITIVS-  PATRI 

Comme  on  le  voit,  là  encore  le  mot  Aquensis  ligure  seul,  et 
rien  ne  peut  nous  éclairer  sur  l’existence  d’une  désignation 
particulière  ou  topique  qui  aurait  distingué  notre  station.  Les 
épithètes  que  certains  commentateurs  ont  cru  devoir  y ajouter 
sont  de  pure  fantaisie  : le  nom  d ’Aquœ  Domitianœ  provient 
d’une  interprétation  erronée  de  la  dernière  inscription  citée, 
où  l’on  a pris  Domitianus  pour  le  fondateur  des  thermes.  Le 
nom  d ’Aquœ  Gratiœnœ  dérive  de  la  lecture  inexacte  du  nom  de 
Gratianus  sur  plusieurs  briques  trouvées  à Aix,  qui  portaient 
en  réalité  l’estampille  du  potier  Clarianus , très  répandue  à 
Lyon  et  dans  le  midi  de  la  France (2).  Albanis  de  Beaumont(3) 
donne  une  autre  explication  relativement  à cette  dénomina- 
tion : « Plusieurs  écrivains,  dit-il,  prétendent,  mais  sans 
donner  aucune  preuve,  que  l’empereur  Gratien  fit  réparer  ces 
thermes,  et  que  les  habitants  les  appelèrent  par  reconnaissance 
Aquœ  Gratianœ.  » Enfin,  Greppo  donne  à ces  eaux  le  nom 
d ’Aquœ  Allobrogum,  sans  l’ombre  de  motif,  et  uniquement 
parce  qu’elles  étaient  situées  sur  le  territoire  de  cette  nation. 

M.  Desjardins  (op.  cit.)  se  fondant  sur  deux  inscriptions, 
mentionnant  la  divinité  thermale  Borvo  et  Bormo , serait  tenté 
de  désigner  Aix-les-Bains,  à l’époque  romaine,  par  le  nom 
d 7 Aquœ  Borvonis. 

Tout  ceci,  nous  le  répétons,  rentre  dans  un  domaine  pure- 
ment hypothétique,  et  nous  devrons  nous  contenter  de  dési- 
gner Aix-les-Bains  sous  le  seul  nom  d ’Aqnœ,  tant  que  des 

(1)  St/r  deux  inscriptions  gallo-romaines  inédites  récemment  découvertes  à 
Aix-les-Bains.  Bevue  archéologique,  Xe  année,  lro  partie,  avril  à sep- 
tembre 1859. 

(2)  Il  semble  acquis  que  les  briques  employées  aux  bains  romains 
d'Aix  provenaient  de  Vienne,  et  y parvenaient  par  le  Rhône  et  le  lac  du 
Bourget. 

(3)  Description  des  Alpes  grecques  et  cottiennes,  t.  I,  p.  243. 


96 


LA  G A [J  L 15  T II  I£  R M A L K 


découvertes  nouvelles  ne  seront  pas  venues  nous  éclairer  plus 
complètement  sur  ce  point. 

Une  inscription  dédiée  Nymphis  Griselicis  (1)  a fixé  le  nom 
ancien  de  la  station  thermale  de  Gréoulx,  dans  les  liasses- 
Alpes.  Diverses  formes  ont  été  proposées  : Griselum  — Griselium 
— Griselicum,  qui  peuvent  toutes  se  prêter  à la  transformation 
en  adjectif  Griselicis , et,  avec  de  très  minimes  divergences  de 
détail,  nous  fournissent  une  dénomination  bien  suffisante  pour 
assurer  F antique  identification  de  cette  station. 

Je  ne  ferai  que  citer  l’inscription  de  Luxeuil,  dite  de  La- 
biénus,  à laquelle  j’ai  déjà  fait  allusion,  et  dans  laquelle  les 
mots  Lixovii  thermas  nous  donneraient,  si  le  texte  était  sin- 
cère, le  nom  précis  de  ces  thermes  fameux,  à l’époque  de  leur 
splendeur  antique.  Voici  ce  texte  si  discuté  : 

LIXOVII  THERM 
REPAR-  LABIENVS 
IVSSV-  C-  IVL  • CAES 
IM  P 

La  découverte  de  cette  inscription,  en  1755,  a fait  l’objet 
d’un  procès-verbal  régulier,  signé  par  plusieurs  témoins,  qui 
établit  bien  le  fait  matériel  de  la  trouvaille,  mais  ne  prouve 
rien  au  point  de  vue  de  l’authenticité  du  texte  épigraphique. 
Défendue  surtout  par  les  écrivains  locaux  (2),  qui  voient  dans 
ce  recul  d’antiquité  une  illustration  particulière  pour  leur  ville, 
admise  par  Greppo  (op.  cit.,  p.  123  et  124),  suspectée  par 
Caylus  (3)  et  vivement  attaquée  par  la  majorité  des  épigra- 
phistes  (4),  cette  authenticité  est  plus  que  problématique  et  les 

(1)  Voir  p.  184, 

(2)  Grandmougin,  Histoire  de  la  ville  et  des  thermes  de  Luxeuil,  1866.  — 
Delacroix,  Luxeuil.  Ville,  abbaye  et  thermes.  Mémoires  de  la  Société  d’ému- 
lation du  Doubs,  4°  série,  vol.  III,  1867.  — Dey,  Mémoires  pour  servir  à 
l’histoire  de  la  ville  de  Luxeuil.  Mémoires  de  la  Société  d’ archéologie  de  la 
Haute-Saône,  t.  IV. 

(3)  Recueil  d' Antiquités,  t.  III,  p.  364. 

(4)  Letronne,  Hase,  Léon  Rénier,  etc.,  cités  en  note  à la  page  16  du 
mémoire  de  Bourquelot,  Inscriptions  antiques  de  Luxeuil  et  d’Aix-les- 
Bains.  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  XXVIe  vo- 
lume. 


97 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 

malyses  critiques  qu’ont  faites  de  l’inscription  MM.  Àllmer(l) 
;t  Desjardins  (2),  auxquelles  je  ne  puis  que  renvoyer  mes  lec- 
t ,eurs,  semblent  en  avoir  démontré  définitivement  la  faus- 
seté (3).-  * - 

D’ailleurs,  à défaut  de  cette  inscription,  le  nom  antique  de 
Luxeuil  nous  est  connu  par  un  passage  de  la  Vie  de  saint  Co- 
omban,  écrite  au  commencement  du  septième  siècle. par  le 
noine  Jonas,  où  nous  lisons  cettre  phrase  : Invertit  autem 
nastrum  olim  fuisse  munimine  cultum  ...  quem  locum  Luxovium 
oriscci  tempora  nuncupaverant . 

Nous  verrons  plus  loin  que  la  ville  de  Digne  possède  des 
eaux  thermales  qui  ne  restèrent  peut-être  pas  inconnues  des 
Romains.  Quoiqu’il  en  soit  de  l’utilisation  de  ses  eaux  par  les 
conquérants  de  la  Gaule,  le  nom  ancien  de  la  cité  nous  est 
connu  par  une  inscription  récemment  découverte,  corroborée 
ipar  quelques  textes  : Ptolémée  :Ama,  ville  des  Sentii;  Pline: 
'Oppidum  Dinia  ; la  Notice  de  l’Empire,  Civitas  Diniensium. 

L’inscription,  qui  a fait  l’objet  d’une  communication  de 
M.  Héron  de  Yillefosse  à la  Société  des  Antiquaires  (4),  est  un 
:exte  épigraphique  restitué  par  la  juxtaposition  de  quatre 
fragments,  jusqu’içi  publiés  isolément  : 

1 2 3 4 

J 3*  IVLIO-  C-  F-  VOL  | T-  BÀRBARO  | • AEDILI-  C | OL-  DINIA-  LVB  | 

Ce  texte,  d’après  le  savant  auteur  de  la  communication,  nous 


(1)  Sur  deux  inscriptions  romaines  placées  dans  une  salle  de  l’établisse- 
aent  thermal  de  Luxeuil.  Mémoires  de  l’Académie  impériale  des  sciences, 
>elles-leltres  et  arts  de  Lyon,  classe  des  lettres,  nouvelle  série,  t.  IX, 
).  150  et  suiv. 

(2)  Les  Monuments  des  thermes  romains  de  Luxeuil.  Bulletin  monumental, 
11879  et  1880. 

(3)  Ce  texte  est  rangé  par  le  Corpus  I.  L.  (t.  XIH,  p.  1039),  parmi  les 
inscriptions  fausses  : Titulus  inepte  fictus  et  pessime  incisus  est;  damna- 
roerunt  auctores  sani  judicii  omnes. 

Il  semble  probable  que  l'auteur  de  l’inscription  fut  un  certain  Pierre- 
François  Guin,  « antiquaire  habile,  grand  collectionneur  et  un  peu  bro- 
canteur, » qui  dirigea  les  travaux  et  signa  le  procès-verbal  de  la  décou- 
v rerte, 

(4)  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1888,  p.  103  et  suiv. 


7 


98 


LA  GAULE  THERMALE 


apprend  trois  choses  importantes  : 1"  Dinia  avait  reçu  le  titre 
de  colonie  ; 2°  ses  habitants  étaient  inscrits  dans  la  tribu  Vol- 
tinia  ; 3°  Dinia  avait  un  surnom,  commençant  par  les  lettres 


LVB,  que  la  découverte  du  cinquième  fragment  permettra  seule 
de  compléter. 


CHAPITRE  II 


I.  Voies  d’accès  aux  stations  thermales.  — II.  Propriété  des  sources  et 
des  établissements.  — III.  Petites  industries  autour  des  sources.  — 
IV.  Clientèle  des  stations  thermales.  — V.  Les  plaisirs.  — VI.  Hospi- 
talisation des  étrangers. 


I 


On  voyageait  beaucoup  dans  la  Gaule  romaine,  et,  parmi 
les  voyageurs  qui  sillonnaient  les  routes,  nombreux  étaient 
ceux  qui  se  déplaçaient  pour  des  raisons  de  santé.  D’ailleurs 
les  communications  avec  les  sources  thermales  ou  minérales  de 
quelque  importance  étaient  faciles,  grâce  à l’admirable  réseau 
routier  dont  le  génie  romain  avait  couvert  la  Gaule.  Il  semble 
meme  que,. sur  certains  points,  la  sécurité  des  routes  fré- 
quentées par  les  baigneurs  ait  été  assurée  d’une  façon  parti- 
culière. M.  Bulliot  (1)  a signalé  au  pied  du  Beuvray,  sur  la 
route  d’Autun  à Saint-Honoré,  l’existence  de  plusieurs  cases 
en  pierres,  distantes  d’environ  500  mètres  l’une  de  l'autre, 
qui  devaient  servir  de  postes  à des  gardiens  pouvant  commu- 
niquer entre  eux  et  assurer  la  surveillance  dans  ce  lieu  pro- 
pice aux  embuscades. 

A coté  des  grandes  routes  stratégiques  et  commerciales 
■signalées  dans  les  itinéraires,  une  multitude  de  voies  de 
moindre  importance  ont  été  reconnues,  grâce  aux  bornes  mil- 
liaires,  aux  débris  de  chaussées  ou  d’encaissements,  aux  traces 
de  ponts  ou  de  gués,  qui  ont  permis  d’en  déterminer,  sinon 

(1  ) Les  K arrêt  de  la  voie  romaine  de  Saint-Honoré,  au  pied  du  Beuvrau. 
Mémoires  de  la  Société  éduenne,  t.  VI. 


4 00 


LA  GAULE  THERMALE 


les  tracés  toujours  exacts,  tout  au  moins  les  directrices  prin- 
cipales. Ces  questions  de  viabilité  régionale  ont  attiré  l’atten- 
tion de  nombre  de  savants  locaux;  elles  ont  fait  l’objet  de 
quantité  de  monographies,  dont  l’étude  détaillée,  même 
limitée  à nos  stations,  pourrait  à elle  seule  fournir  les  élé- 
ments d’un  travail  considérable.  Aussi  me  bornerai-je  à 
grouper,  par  régions  déterminées,  les  principales  données  qui 
nous  permettront  de  nous  faire  une  idée  d’ensemble  des 
moyens  de  communication  que  la  viabilité  gallo-romaine 
offrait  aux  malades  qui  formaient  la  clientèle  des  eaux  ther- 
males, ainsi  qu’aux  simples  visiteurs,  attirés  par  l’attrait  des 
distractions  qu’on  y rencontrait. 

La  grande  station  du  sud-est,  AquæSextiœ.  était  mise  en  rela- 
tion avec  le  littoral  méditerranéen  et  le  nord  de  l’Italie  par  la 
voie  Aurélienne,  qui  desservait  aussi  la  station  actuelle  de 
Pioule,  soit  directement,  si  l’on  admet  que  le  Forum  Voconii 
de  la  route  doit  être  placé  au  Luc,  soit  par  l’intermédiaire  de 
la  route  de  Telo  Martius  (Toulon)  à Forum  Voconii,  si  l’on 
place  cette  dernière  station  à Vidauban.  A xYix,  la  bifurcation 
de  la  grande  voie  reliait  cette  ville  à Marseille,  d’une  part,  et 
à Arles,  d’autre  part.  Une  route  nettement  déterminée  faisait 
communiquer  Aix  avec  Reis  Apollinaris  (Riez),  en  passant  par 
Griselum  (Gréoulx),  qui  se  trouvait  aussi  rattaché  à la  région 
de  Fréjus  et  d’Antibes  par  la  voie,  indiquée  sur  la  carte  de 
Peutinger,  reliant  Riez  à la  voie  Aurélienne,  qu’elle  atteignait 
à Forum  Voconii. 

Dans  la  région  de  la  Savoie  et  du  Dauphiné,  Stabatio  (Le 
Monétier)  était  situé  sur  la  voie  de  Brigantio  (Briançon)  à 
Vigenna  (Vienne),  par  le  col  du  Lautaret,  la  vallée  de  la 
Romanche  et  Grenoble.  Rricles  et  Salins,  si  l’on  admet  T utili- 
sation médicale  de  leurs  eaux  à l’époque  gallo-romaine, 
étaient  traversés  par  une  voie  allant  de  Vienne  au  Grand 
Saint-Bernard.  A l’Échaillon  (Savoie)  apparaissent  nettement 
les  traces  d’une  voie  taillée  clans  la  montagne  (1),  et  l’existence 

(1)  Ducis,  Mémoire  sur  Jes  voies  romaines  de  la  Savoie  : « De  Grenoble 
une  voie  devait  remonter  l’Isère  pour  rejoindre  la  voie  de  Darcntasia  a 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  101 

d’un  chemin  antique,  longeant  la  rive  orientale  du  lac  d An- 
necy et  passant  à Menthon,  est  démontrée  par  des  traces  irré- 
cusables. M.  Ducis  (op.cit.)  y voit  la  route  qui  allait  de  Darenta- 
sia  (Moùtiers)  à Genava  (Genève)  par  Casuaria  (Faverges)  et  Bou- 
tas, qu’il  faut  chercher  dans  le  voisinage  rapproché  d’Annecy. 

Dans  la  région  du  sud-ouest,  les  Aquœ  Tarbellicœ  (Dax) 
étaient  en  relation  directe  avec  l’Espagne  par  la  voie  tendant 
vers  Pampelune,  qui  traversait  les  Pyrénées  parl’/mwm  Pyrœ- 
neum  (Saint-Jean-Pied-de-Port)  et  le  Summum  Pyrœneum  (Ronce- 
vaux),  et  avec  Tolosa  (Toulouse),  par  la  voie  de  l'Itinéraire 
d’Antonin  qui  passait  à Lugdunum  Convenarum.  Les  Aquœ 
Convenarum  de  l’Itinéraire,  sur  l’identification  desquelles  l’ac- 
cord n’est  pas  encore  fait,  étaient  desservies  par  cette  même 
voie  de  Dax  à Toulouse. 

La  petite  station  de  Saint-Christau  (Basses-Pyrénées)  était 
située  au  débouché  d’une  autre  grande  voie,  allant  de  Sara- 
gosse  à Oloron  par  le  Somport  (In  summo  Pyrœneo ) et  la 
vallée  d’Aspe.  Il  exista  certainement  aussi  un  passage  prati- 
qué vers  les  sources  de  la  Garonne,  par  le  Val  d’Aran,  où  les 
petites  stations  de  Lez  et  d’Artias  ont  conservé  quelques 
traces  de  leur  existence  antique. 

Enfin,  Luchon,  les  Thermes  Onésiens  de  Strabon,  était  relié 
à Saint-Bertrand-de-Comminges  par  une  route  dont  on  a 
retrouvé  des  traces  certaines  en  plusieurs  endroits,  notam- 
ment des  culées  de  pont  à Labroquère,  et,  près  de  ce  même 
pont,  une  borne  milliaire  portant  l’inscription  suivante  : 

imp  caes-  p-  li 
ci  nio 

val  eriano  • aug 
et  imp-  CAES 
p-  l ICINIO 
gai  LIENO  VALER1A 
NO  A VG-  M-  P 

Genava,, au  confluent  de  l’Arly.  Un  embranchement  se  détachait  des 
bords  de  l’Isère  pour  remonter  la  vallée  de  l’Arc  ; des  tronçons  ont  été 
observés  entre  Hermillon  et  les  eaux  de  TÉchaillon,  en  Maurienne.  » 


102 


LA  GAULE  THERMALE 


Dans  la  région  Vivarais,  Lozère,  et  Forez,  Desaignes  était  situé 
sur  n ne  voie  allant  de  Tournon  auPuy, par  la  vallée  du  Doux, 
Saint- A grève  et  le  Pont  de  Mars,  et  Saint-Laurent  sur  une 
voie  qui  conduisait  de  la  Basse-IIelvie  à la  voieRegordane(l), 
par  la  Croix-de-Fer  et  le  Petit-Paris,  suivant  à peu  près  la 
direction  de  la  route  actuelle  des  Vans  à Saint-Étienne  de  Lug- 
darès  (Mazon). 

B agn  ois  - cl  e - L q.z  è r e était  relié  par  un  court  embranchement 
a une  voie  qui,  partant  de  Mende,  longeait  les  croupes  du 
mont  Lozère  et  devait  rejoindre  la  voie  Begordane  à Villefort 
ou  dans  ses  environs  immédiats.  Bagnols  se  trouvait  ainsi 
relié  tant  à la  région  vivaraise  qu’à  celle  d’Uzès  et  de  Nîmes. 

Moind  (Agita  Sègetœ)  était  situé  à peu  de  distance  d’une 
voie  dite  Voie  Bolène  (chemin  des  bornes),  par  allusion  aux 
colonnes  itinéraires  placées  sur  son  parcours,  qui,  de  Feurs, 
se  dirigeait  vers  le  Yelay.  Un  embranchement  dont  on  a 
reconnu  les  traces  reliait  à cette  route  la  station  balnéaire, 
qui  était  également  mise  en  communication  avec  Roanne,  par 
La  Bouteresse,  et  avec  Saint-Rambert,  par  Saint-Romain-le- 
Puy. 

En  Auvergne,  Royat,  par  sa  proximité  d ’Augusto  Nemetum 
(Clermont)  se  trouvait  naturellement  desservi  par  les  nom- 
breuses routes  qui  aboutissaient  à cette  ville.  Michel  Bertrand, 
en  1819,  signalait  les  vestiges  nombreux  et  apparents  encore 
d’une  route  qui  reliait  Clermont  au  Mont-Dore  par  Oloix,  le 
lac  Ghambon,  les  prairies  de  Diane  et  les  flancs  des  puys  de 
l’Angle.  Au  delà  du  Mont-Dore,  la  voie  se  retrouvait  dans  une 
gorge  près  de  la  Bourboule,  au  village  de  Saint-Pardoux- 
Latour,  passait  sur  un  pont  antique  dans  la  commune  de 
Bagnols  et  se  dirigeait  probablement  vers  Aurillac  (2). 

La  station  de  Pont-des-Eaux  était  située  à peu  de  distance 
du  point  où  la  route  marquée  sur  la  Table  de  Peutinger,  qui 


(1)  La  voie  Regordane  mettait,  selon  toute  apparence,  Nimes  en  com- 
munication par  Alais,  Villefort,  etc.,  avec  la  grande  voie  de  Lyon  à Tou- 
louse. 

(2)  Mémoire  sur  rétablissement  thermal  du  Mont-d'Or. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  103 

se  dirigeait  de  Clermont  vers  le  Limousin,  traversait  la 
Sioule. 

Les  vestiges  de  thermes  mis  à jour  à Beauregard-Vendon 
(Puy-de-Dôme)  appartenaient  à un  établissement  situé  à proxi- 
mité de  l’autre  route  que  la  meme  carte  fait  partir  de  Clermont, 
et  qui  gagnait  le  Berry  par  Davayat  et  le  Pont-de-Menat. 

A Ydes  (Cantal),  on  a découvert,  en  1879,  un  fragment 
d’une  voie  qui  partait  également  de  Clermont  et  traversait  la 
plaine  de  Vie  pour  se  bifurquer  en  deux  tronçons,  se  diri- 
geant, l’un  vers  le  pays  des  Lémovices,  l’autre  vers  celui  des 
Ruthènes  (De  Ribier). 

La  région  du  centre  était  sillonnée  par  une  série  de  voies, 
assurant  entre  les  diverses  stations  des  relations  et  des  com- 
munications faciles.  Si,  en  raison  de  l’incertitude  sur  la  situa- 
tion exacte  de  la  station  d Aquis  Nisincii,  nous  laissons  de 
côté  l’indication  fournie  par  la  carte  de  Peutinger,  il  n’en  est 
pas  moins  certain  que  la  ville  qui  s’élevait  au  lieu  actuel  de 
Saint-Honoré  communiquait,  d’une  part,  avec  Decize,  d’autre 
part,  avec  Autun,  par  une  route  qui  passait  au  pied  du  Mont- 
Beuvray.  Des  traces  de  voie  relevées  près  d’Anisy  semblent 
prouver  l’existence  d’une  voie  partant  de  Saint-Honoré,  qui 
se  serait  dirigée  vers  le  Bazois  (1).  D’après  Ragut  (2),  Saint- 
Honoré  aurait  été  également  traversé  par  une  voie  allant  de 
Chàteâu-Chinon  à Bourbon-Lancy.  Cette  dernière  station  était 
également  reliée  à Autun  et  à Decize  et  devait  avoir  une  com- 
munication avec  le  point,  situé  entre  Périgny  et  Diou,  où  la 
Loire  était  traversée  par  la  voie  allant  d’Autun  à Bourbon 
l’Archambault,  par  Toulon-sur-Arroux,  Diou,  Thiel  et  Mou* 
lins.  D’après  la  Carte  des  Voies  romaines  de  V Allier,  de  Tudot, 
Bourbon-l’Archambault  aurait  été  un  important  carrefour  de 
routes,  assurant  les  relations  de  cette  cité  thermale  avec 
Bourges,  par  Sancoins;  avec  Decize;  avec  Allichamp,  par 
Ainay-le-Château  ; avec  Clermont,  par  le  Montct,  Target  et 
Chantelle;  avec  Néris,  par  Cosne-sur-l’OEil. 

(1)  Mémoires  de  la  Société  éduenne.  Séance  du  7 février  1873. 

(2)  Statistique  du  département  de  Saône-et-Loire. 


104 


LA  GAULE  THERMALE 


Le  tracé  de  la  carte  de  Peutinger,  corroboré  d’ailleurs  par- 
les découvertes  de  bornes  milliaires  que  nous  avons  mention- 
nées, nous  apprend  que  Vichy,  AquœCalidæ,  était  relié  à Cler- 
mont par  Aigueperse,  Effiat  et  Vaisse  et  à Lyon  par  Varennes, 
Roanne  et  Peurs.  La  route  y traversait  l’Ailier  sur  un  pont, 
dont  les  pilotis  étaient  encore  visibles  sur  la  rive  droite,  avant 
la  construction  des  quais.  Des  traces  nettement  déterminées 
ont  également  permis  de  reconnaître  la  direction  d’une  voie 
de  Vichy  à Arfeuilles  et  d’une  autre  de  Vichy  à Chantelle,  par 
Escurolles  (Tudot,  loc.  cil.). 

Les  nombreuses  traces  de  voies  reconnues  autour  de  Néris 
montrent  qu’il  y eut  là  un  nœud  de  routes  important  à l’époque 
gallo-romaine.  La  voie  de  la  Table  de  Peutinger,  de  Cler- 
mont à Poitiers,  la  traversait.  D’autres  voies  la  reliaient  à 
Bourges,  par  Allichamp  ; à Moulins,  par  Cosne-sur-l’OEil  et  à 
Évaux,  par  Arph.euilles  et  Sainte-Thérence. 

La  station  cTÉvaux  se  rattachait  à la  grande  voie  de  Cler- 
mont par  une  route,  peut-être  assez  hypothétique,  qui  serait 
venue  s’y  souder,  en  passant  près  d’Ébreuil  (1).  Une  autre 
route,  restituée  d’une  façon  conjecturale  d’après  quelques 
fragments  retrouvés  de  son  substratum , semble  s’être  dirigée 
vers  Limoges  par  La  Chaussade,  Ahun  et  Le  Chalard  (2). 

Dans  la  région  des  Vosges,  Indes ina,  où  nous  n’hésitons  pas 
à voir  Bourbonne,  était  en  communication  avec  la  voie  de 
Metz  à Langres  par  deux  routes  partant,  l’une  de  Noviomagus 
(Notre-Dame-des-Piliers?)  l’autre  de  Mose,  probablement  la 
source  de  la  Meuse.  D’après  Dugas  de  Beaulieu,  deux  voies, 
non  mentionnées  dans  les  itinéraires,  auraient  traversé  Bour- 
bonne : l’une  allant  de  Langres  à Argentoratum  (Strasbourg); 
l’autre  allant  de  Durocortorum  (Reims)  à Vesontio  (Besançon). 

Deux  voies,  reconnues  par  M.  Fournier,  passaient  dans  le 
voisinage  de  Vittel  : l’une  vers  Mandres  et  Outrancourt, 


(1)  Tudot,  Carte  des  voies  romaines  du  département  de  V Allier,  18b9. 

(2)  Greleet-Duaiazeau,  Recherches  sur  deux  voies  romaines  de  Clermont  à 
Limoges  et  de  Limoges  à Èvaux.  Mémoires  de  la  Société  des  sciences  natu- 
relles et  archéologiques  de  la  Creuse,  t.  II. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


105 


l'autre  sur  la  crête  des  Faucilles,  au  sud  du  village  de 
Ligné  ville.  De  son  coté,  M.  l’abbé  Chapiat,  dans  son  ouvrage 
sur  Vittel,  donne  le  tracé  de  tout  un  réseau  de  routes,  qui 
reliaient  le  bourg  gallo-romain  aux  stations  environnantes  et 
dont  l’une  établissait  une  communication  avec  la  grande  voie 
de  Langres  à Strasbourg. 

Luxeuil  était  traversé  par  la  route  d’Augusta  Rauracorum 
(Augst)  à Metz,  qui  se  poursuivait  par  Saint-Loup  et  Dompaire 
vers  Charmes,  où  elle  rejoignait  une  autre  route  venant 
de  Luxeuil  par  Remiremont  et  Épinal.  Une  voie  aurait 
également  existé  dans  la  direction  de  Langres  (Delacroix),  et 
d'autres  voies,  dont  on  retrouve  les  traces  au  sud,  l’une  dans 
la  direction  de  Roncliamps,  l’autre  vers  Ehuns  et  Visoncourt, 
établissaient  des  relations,  d’une  part,  avec  Epomcinduodurum 
(Mandeure),  d’autre  part,  avec  Besançon. 

Plombières  était  rattaché  par  des  chemins  d’embranche- 
ment avec  les  deux  routes  dont  nous  venons  de  parler,  qui 
conduisaient  de  Luxeuil  à Charmes.  Jollois  pensait  qu’en 
outre  une  communication  directe  existait  entre  Plombières  et 
Luxeuil. 

Bains  était  relié  par  un  chemin  de  traverse  à la  voie  d’ Augst 
à Luxeuil.  D’après  Le  Vaillant  de  Bovet,  on  aurait  relevé  les 
traces  d’une  route  qui,  passant  le  Côné  à une  lieue  de  Bains, 
sur  le  Pont-des-Fées,  se  serait  dirigée  vers  Bourbonne. 


II 


Pour  les  édifices  thermaux  et  les  sources  aménagées,  cer- 
tains devaient  être  la  propriété  de  l’État,  qui  les  employait  à 
de  véritables  services  publics,  notamment  au  traitement  des 
soldats  malades  ou  blessés.  Les  légions  furent  souvent  em- 
ployées à la  construction  des  thermes  de  ce  genre,  surtout 
dans  les  villes  des  bords  du  Rhin,  où  l’occupation  romaine  eut 


106 


LA  GAULE  THERMALE 


toujours  un  caractère  principalement  militaire.  En  France, 
des  travaux  de  ce  genre  furent  exécutés  à Néris  par  la 
légion  \lli  Auguste  (1),  dont  on  a retrouvé  des  briques  por- 
tant les  estampilles  suivantes  : 


LEG  VIII  A VG 


LEG  VIII  A VG  L APPIO  LEG 


Les  établissements,  pour  le  plus  grand  nombre,  devaient 
être  la  propriété  des  villes,  qui  en  tiraient  profit,  soit  en  les 
exploitant  elles-mêmes,  soit  en  les  affermant  sous  certaines 
conditions  à des  tenanciers.  Nous  savons  que  les  villes  se  fai- 
saient un  revenu  avec  les  distributions  aux  bains  des  eaux 
ordinaires  (2);  il  devait  en  être  certainement  de  même  des 
eaux  minérales,  dont  l’iitilisation  représentait  un  rapport  sans 
aucun  cloute  plus  considérable. 

Le  colonel  de  Fabert,  qui  a écrit  sur  les  antiquités  de 
Luxeuil,  avait  cru  retrouver  la  trace  d’un  fonctionnaire  mu- 
nicipal des  eaux  de  cette  ville  dans  une  inscription  funéraire, 
placée  au  bas  d'une  stèle  à personnage,  qu’il  lisait  ainsi  : 

D M 

MVSINII  RII  AHIIII 

et  dont  il  donnait  la  paraphrase  suivante  (3)  : « Ce  monument 
a été  érigé  en  l’honneur  d’un  Musinius,  lequel,  pendant  sa  vie, 

(1)  Des  quatre  légions  envoyées  en  Gaule  pour  combattre  Civilis  à 
r avènement  de  Vespasien,  trois  furent  employées;  la  quatrième  dut  être 
laissée  dans  le  centre  de  la  Gaule  comme  arrière-garde.  C’est  pendant  ces 
années  que  la  VIIIe  Augusta  résida  à Néris  et  qu’elle  y construisit  des 
édifices. 

Desjardins,  Géographie  de  la  Gaule  romaine.  — L.  Rénier,  Académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres.  Comptes  rendus  des  séances  de  1872, 
3e  série,  t.  I,  p.  423-427. 

(2)  L’eau  de  l’un  des  deux  autres  réservoirs  ira  aux  bains  publics,  dont 
la  ville  tire  un  revenu  tous  les  ans.  — Vitruve,  De  V Architecture,  liv.  VIII, 
chap.  vi. 

(3)  Notice  sur  la  ville  de  Luxeuil  et  les  antiquités  qui  s’y  trouvent.  Con- 
grès archéologique,  Metz,  1846. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


107 


avait  exercé  deux  fois  l’emploi  exprimé  par  l’initiale  R,  que 
je  crois  signifier  Recuperator , juge-commissaire,  et  quatre  fois 
celui  qu’ indiquent  les  deux  lettres  A 11,  que  j’ai  cru  pouvoir 
expliquer  par  Aquariœ  Honoratus.  intendant  des  eaux.  » M.  Du- 
haut  (1),  en  signalant  la  découverte,  en  1877,  d’une  amphore 
contenant  plus  de  trente  kilogrammes  de  médailles,  de  235 
à 268,  a repris  l’hypothèse,  en  se  demandant  si  le  trésor  n’ap- 
partenait pas  au  Recuperator  en  question. 

La  lecture  ainsi  rectifiée  de  l’inscription  : 

Musini  Ire  (ni)  1 (1)  i fi  (1) 


(Corpus  I.  L..  XIII,  5440,)  ruine  cet  ingénieux  mais  fragile 
échafaudage  et  ne  permet  guère  de  conclure  à l’existence  du 
fonctionnaire  dont  l’image  serait  ainsi  venue  jusqu’à  nous. 

En  dehors  de  l’établissement  public,  il  existait,  dans  cer- 
taines stations,  des  petits  bains  privés  appartenant  à des  parti- 
culiers. A Vichy,  des  piscines  isolées  ont  été  découvertes  sur 
plusieurs  points  de  la  ville  antique,  à peu  de  distance  des 
sources.  De  même  à Bourbon-1’ Archambault,  où  une  exploita- 
tion de  ce  genre,  procédant  vraisemblablement  des  traditions 
antiques,  se  pratiquait  encore  au  treizième  siècle.  De  même 
aussi  à Aix-les-Bains,  où  l’on  a reconnu  des  canaux  qui  ame- 
naient les  eaux  thermales  à des  thermes  particuliers  situés  à 

une  certaine  distance  des  bains  principaux  (2). 

* 

Etait-ce  aux  propriétaires  de  ces  bains  que  s’appliquait 


(1)  Nouvelles  archéologiques...  Lettre  de  M.  Duhaut.  Revue  archéologique, 
nouvelle  série,  19e  année,  361 2'  vol.,  1878,  p.  385. 

(2)  Une  inscription  de  Lyon  fait  allusion  à dos  petits  thermes  pos- 
sédés par  un  prêtre.  Les  fragments  qui  en  existent  au  Musée  de  cette  ville 
se  présentent  ainsi  : 

in.  ms.  prae 

C.  VLATTI.  APPRI.  SA-.... 

THERMVLAE.  S 

AQVA.  FONT--.:. 

Allmer  a reconstitué  ainsi  le  texte  : In  his  prœdiis  Caii  Ulatlii  Apri  sa- 
cerdotis  thermulœ  salutares  aqua  fontis...  Sur  ce  terrain  se  trouve  le 
petit  établissement  thermal  de  C.  Ulattius  Aper,  prêtre  ; il  est  alimenté 
par  les  eaux  salutaires  de  la  fontaine  de... 

Le  docteur  Poucet  fait  remarquer  que  cette  inscription  a justement  été 
découverte  sur  un  point  où  coule  encore  une  source,  consacrée  jadis  à 
saint  Epipode,  et  célèbre  au  moyen  âge  par  ses  vertus  curatives. 


108 


LA  GAULE  THERMALE 


l’expression  de  possessores  aqueuses,  gravée  sur  plusieurs  ins- 
criptions d’Aix?  C’était  l’opinion  de  M.  Chaudruc  de  Cra- 
/annes  (1),  mais  il  est  permis  d’en  douter  et  de  voir  plutôt 
dans  les  personnages  désignés  par  cette  expression  des  habi- 
tants de  la  cité  jouissant  d’un  droit  de  propriété  d’une  nature 
particulière,  mais  n’ayant  aucun  rapport  avec  les  eaux  ther- 
males (2). 


Les  sources  thermales  ou  minérales  étaient  même  quelque- 
fois la  propriété  de  particuliers,  qui  les  exploitaient  entière- 
ment à leur  profit.  Nous  savons  par  Plutarque  que  Caton  pos- 
sédait des  eaux  de  ce  genre,  et  ce  que  nous  connaissons  du 
génie  financier  de  ce  vieux  Romain  permet  de  supposer  que 
ce  devait  être  là  un  placement  d’un  bon  rapport. 

Quelquefois  de  généreux  donateurs,  que  rien  n’indique  avoir 
été  propriétaires  des  sources,  contribuaient  par  leurs  largesses 
à la  construction  ou  à l’embellissement  des  édifices  thermaux 
ou  de  leurs  dépendances.  C’est  ce  que  nous  voyons  notam- 
ment à Néris,  où  une  grande  inscription  au  dieu  Nerius,  que 
nous  citerons  par  la  suite  (3),  consacre  le  souvenir  de  deux 
généreux  citoyens,  Equesler  et  Gimber,  qui  avaient  élevé  auprès 
des  sources  des  boutiques  et  des  portiques  avec  toute  leur 
ornementation. 


III 


C’était  là,  sous  les  portiques  couverts  attenant  aux  bains 

& , 

et  dans  les  boutiques  qui  les  avoisinaient  que  s’exerçaient,  à 

(1)  Sur  deux  inscriptions  gallo-romaines  inédites  récemment  découvertes  à 
Aix-les-Bains.  Revue  archéologique,  X°  année,  lr0  partie,  avril  à sep- 
tembre 1853. 

(2)  « On  ne  sait  leur  condition  exacte  (aux  possessores  aqueuses),  mais 
c’étaient  sûrement  des  possesseurs  de  biens  ruraux,  ayant  un  certain 
chiffre  de  fortune,  et  qui,  n’étant  pas  propriétaires  au  sens  romain  du 
mot,  devaient  être  tributaires.  » — Desjardins,  Sur  quelques  monuments 
épigraphiques  d’Aix-en-Savoie.  Bulletin  épigraphique  de  la  Gaule,  no- 
vembre-décembre 1882. 

(3)  Voir  p.  199. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  109 

coté  de  diverses  industries  de  luxe  qui  devaient  s’y  rencon- 
trer comme  de  nos  jours,  les  différents  métiers  alimentés  par 
la  dévotion  ou  la  reconnaissance  des  baigneurs.  C’est  là  que 
se  tenaient  les  tailleurs  de  pierre  ou  de  marbre,  les  marmorarii, 
avec  leur  assortiment  de  petits  autels  et  de  stèles,  ou  tout 
prêts  à exécuter  les  représentations  de  membres  ou  de  torses 
atïligés  de  maladies,  lorsqu'ils  n’en  possédaient  pas  des  séries 
toutes  préparées  à l’avance. 

A côté  d’eux,  les  lapicides  gravaient  sur  l’objet  choisi  l'ins- 
cription dédicatoire  qui  le  consacrait  à la  divinité  protectrice 
de  la  source.  Ce  devaient  être,  pour  la  plupart,  des  ouvriers 
des  carrières  voisines,  venus  s’installer  pour  la  saison  dans  le 
voisinage  des  thermes.  Les  nombreuses  erreurs  qui  se  ren- 
contrent dans  les  textes  épigraphiques  trouvés  près  des 
sources  font  présumer  que  ces  graveurs  n’étaient  générale- 
ment pas  des  érudits  (1),  déroutés  peut-être  aussi  qu’ils  étaient 
par  leur  ignorance  de  certains  noms  de  divinités  rarement 
invoquées,  ou,  comme  le  remarque  M.  Mérimée  (2),  par  la 
difficulté  de  rendre  avec  des  lettres  latines  certains  noms  des 
idiomes  celtes  ou  aquitains. 

Là,  aussi,  se  trouvaient  les  étaux  et  les  enclumes  des  mar- 
teleurs  et  des  ciseleurs  de  métal,  d’où  sortaient  les  plaques 
portant  des  inscriptions  dédicatoires,  comme  à Plombières, 
des  feuilles  estampées,  comme  à Vichy,  et  les  lames  métal- 
liques représentant  des  membres  dont  on  demandait  la  gué- 
rison, si  nombreuses,  comme  nous  le  verrons,  autour  de 
certains  sanctuaires. 

Sur  les  éventaires  des  marchands  de  terres  cuites  se  pres- 


(1)  Les  Inscriptions  (le  Luchon,  dédiées  aux  Nymphes,  nous  donnent  les 
variantes  d’orthographe  suivantes  : Nymphis,  Ninipis,  Nympis,  Nimphis. 

(2)  De  antiquis  aquarum  religionibus  in  Galliâ  meridioncili,  ac  prœsertim 
in  Pgrenæis  montibus.  1886.  Et  il  ajoute  : Quanquam  vel  in  ipsis  marmo- 
rariorum  erroribus  mimine  spernendam  mater iam  invenient  antiquarum 
linguarum  curiosi,  cum  et  in  male  transcripto  vocabulo  vulgaris  pronunlia- 
lionis  nonnunquam  latent  indicium.  Singulare  illius  varietatis  exemplum 
prœbet  deus  Baicorixus,  quippe  qui,  quinquies  lapidibus  inscriptus,  quadru- 
plicem  nominis  formam  exhibuerit  : Baicorrix  — Baicorixo  — Baigoriso  — 
Buaicorrix. 


110 


LA  G A U L K THERMALE 


saient  les  effigies  des  divinités  : Vénus,  Déesses-Mères,  Apol- 
lons,  Hercules,  des  enfants  emnmillottés  et  des  petits  person- 
nages rieurs  et  joufflus,  voisinant  avec  d’immobiles  troupeaux 
d’animaux  et  de  volatiles.  C’est  là  que  les  petites  bourses, 
incapables  d’aborder  les  offrandes  de  pierre  ou  de  marbre, 
venaient  choisir  les  ex-voto,  gages  de  leur  reconnaissance,  et 
les  statuettes,  emportées  comme  souvenirs  du  voyage  et  de  la 
cure,  et  que,  rentrés  chez  eux,  les  dévots  malades  plaçaient 
dans  leurs  demeures,  à côté  de  leurs  dieux  familiers. 

Les  donateurs  qui  préféraient  à ces  effigies  plastiques  des 
tablettes  peintes  destinées  à être  suspendues  aux  parois  des 
édifices  sacrés,  pouvaient  y rencontrer  des  peintres  prêts  à 
exécuter  leurs  commandes.  Peut-être  connaissons-nous  le  nom 
d’un  de  ces  artistes  qui  opéraient  dans  les  stations  thermales 
par  une  inscription  funéraire  trouvée  à Bourbon-Lancy, 
conservée  actuellement  dans  le  petit  musée  lapidaire  réuni 
dans  l’ancienne  église  Saint-Nazaire  (1)  : 


D-  M 
DIOGE 
NI  ALP 
PICT  OR 


IV 


Quelques  vagues  traditions,  de  rares  textes  et  un  certain 
nombre  d’inscriptions  permettent  de  nous  former  une  idée  de 
la  clientèle  qui  fréquentait,  à l’époque  gallo-romaine,  les 
sources  thermales  et  minérales  de  notre  pays.  Si  l’on  en  vou- 
lait croire  nos  anciens  auteurs,  la  plupart  d’entre  elles  auraient 
reçu  la  visite  de  César  (2),  qui  se  serait  baigné  dans  autant  de 

(1)  Perrault-Dabot,  V Ancienne  éylise  Saint-Nazaire  à Bourbon-Lancy. 

(2)  Notamment  Bourbon-Lancy.  « C’est  en  ces  bains,  dit  J.  Banc,  qu’il 
semble  que  Jules,  après  la  prise  d’Alésia,  se  vint  délasser  de  ses  travaux 


* - ..... . . - ...  - ■ ■ ‘ -'w.i  .V  --  ......  - 


GEOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


111 


piscines  qu’il  a élevé  de  camps  et  construit  de  chaussées  por- 
tant son  nom.  Nous  pouvons  laisser  le  grand  général  dans  le 
domaine  de  la  légende,  ainsi  que  Néron  et  Vitellius,  à qui,  sur 
la  foi  d’étymologies  faciles,  on  a voulu  faire  les  honneurs  de 
la  fondation  de  Néris  et  de  Vittel. 

Nous  avons  plus  de  certitude  au  sujet  de  la  visite  d’Auguste 
à l’un  de  nos  hains  du  sud-ouest,  à laquelle  fait  allusion  une 
épigramme  de  Crinagoras  de  Mitylène  : « Après  avoir  exprimé 
cette  pensée,  dit  Greppo  (1),  que  la  renommée  suit  Auguste 
en  quelque  lieu  qu’il  porte  ses  pas,  le  poète  ajoute  : « Les 
« eaux  des  Pyrénées  en  sont  témoins  : les  bûcherons  du  voi- 
« sinage  dédaignaient  de  s’y  laver;  Auguste  en  a fait  les  bains 
« des  deux  continents.  » Il  est  tout  à fait  vraisemblable  que  ce 
furent  les  eaux  de  Dax,  les  Aquæ  Tarbellicæ,  souvent  aussi 
nommées  Aquæ  Augustæ,  qui  recueillirent  ainsi  les  bénéfices 
de  la  visite  impériale  (2). 

A cette  même  station  reste  aussi  attaché  le  souvenir  de  la 
fille  d’Auguste,  Julie,  qu’une  tradition  constante  montre 
venant  demander  aux  eaux  de  la  Nèhe  le  soulagement  des 
maladies,  conséquences  de  sa  vie  de  débauches. 

A Gréoulx,  l’antique  Griselum,  un  personnage  de  marque, 
la  femme  de  Yitrasius  Pollion,  consul  pour  la  deuxième  fois 
(l’an  176  de  notre  ère),  a laissé  le  souvenir  de  sa  reconnais- 
sance aux  Nymphes  du  lieu. 

Certaines  eaux  thermales  devaient  être  fréquentées  alors, 
comme  elles  le  sont  encore  de  nos  jours,  par  des  soldats  qui 
venaient  y chercher  le  délassement  de  pénibles  campagnes  ou 
la  guérison  de  leurs  blessures.  Si  nous  laissons  de  coté  la  tra- 
dition, rapportée  par  des  historiens  locaux  (3),  du  soldat  de 
Pompée  se  baignant  le  premier  dans  les  eaux  sulfureuses  de 

et  chercher  dans  iccux,  comme  dans  la  fontaine  de  Jouvence,  le  renou- 
vellement de  ses  forces.  » 

(!)  Op.  cil.,  p.  99. 

(2)  Le  rédacteur  du  t.  XIII  du  Corpus  I.  L.  ne  partage  pas  cetté  opi- 
nion, et  pense  que  le  texte  de  Crinagoras  doit  s’appliquer  plutôt  à 
Bagnèrcs-de-Bigorrc,  où,  dit-il,  existe  un  autel  dédié  : Numini  Augusli. 

(3)  Feiuièke,  les  Harmonies  de  Bagnères-de-Luchon.  — Astrié,  les  Bai- 
gneurs illustres  à Luchon. 


H2  LA  GAULE  THERMALE 

Ludion  et  guérissant  ainsi  de  ses  blessures,  pour  nous  en 
tenir  aux  indications  plus  certaines  de  l’épigraphie,  nous 
voyons,  à Balaruc,  un  tribun  de  la  11°  légion  consacrer  un 
monument  à Neptune  et  aux  Nymphes  (1).  A Néris  .(2),  nous 
avons  l’inscription  funéraire  d’un  soldat  de  la  XUIIc  légion, 
né  à Crémone  : 

SEX-  CLITERNIVS 
MILES 
ANIENSIS 
CREMONA 
LEG-  XIIII 
AERORVM 
V/////H-S-E 

A Vichy,  celle  d’un  soldat  de  la  XVIIe  cohorte,  préposée  à la 
garde  de  la  Monnaie  de  Lyon  : 

L-  FVFIO-  EQVESTRE 
MIL-  COH-  XVII 
LVGD  VNIENSIS  • AD 
MONETAM- 

I AN VA R 

L-  I-  F-  P-  IIII-  R-  P-  IIII 

Le  nombre  de  ces  inscriptions  militaires  est  nécessairement 
très  restreint  dans  notre  pays,  où,  sauf  à Lyon,  à titre  perma- 
nent, et  sur  certains  autres  points,  dans  des  circonstances 
exceptionnelles,  il  n’existait  pas  de  garnisons  romaines.  Elles 
se  rencontrent  plus  fréquemment  sur  les  bords  du  Rhin, 
occupés,  au  contraire,  d’une  façon  suivie  par  des  garnisons 
importantes,  casernées  dans  les  villes  et  les  castella  de  la  fron- 
tière. Nous  pouvons  citer,  dans  cette  région,  l’inscription  du 
Godesberg,  dédiée  à Esculape  et  à Hygie  par  un  légat  de  la 
première  légion  (3):  aux  Aquœ  Mattiacœ  (Wiesbaden),  la  dédi- 

(4)  Voir  p . 476. 

(2)  De  L aigue,  Mémoire  sur  plusieurs  antiquités  trouvées  à Néris.  Mé- 
moires de  la  Société  des  Antiquaires,  t.  XLIX,  4889. 

(3)  Voir  p.  478. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  H3 

cace  à Apollon  Toutiorige  par  un  centurion  de  la  VIIe  légion  (i), 
ainsi  que  l’ex-voto  consacré  à la  Diana  Mattiaca  par  un  légat 
de  la  XXIIe  légion,  pour  le  salut  de  sa  fille  (2). 

Les  inscriptions  nous  apprennent  aussi  d’où  venaient  quel- 
ques-uns des  malades  qui  constituaient  la  clientèle  de  nos 
anciennes  stations  thermales.  A Bourbonne,  nous  trouvons 
une  clientèle  plutôt  locale  : Romanus  (3),  Daminius  Ferox(4), 
Claudius  Cato  (5),  Verrea  Verina  (6)  sont  des  Lingons,  c’est-à- 
dire  des  habitants  du  pays  même.  Si,  dans  les  deux  inscrip- 
tions dont  nous  avons  déjà  parlé  (page  48),  qui  se  terminent 
par  l’abréviation  MED,  nous  devons  lire,  comme  l’indique  le 
Corpus  Mediomatrica,  nous  avons  affaire  à des  malades  venus 
de  la  région  assez  voisine  de  Metz. 

Dans  d’autres  stations,  au  contraire,  ce  sont  des  déplace- 
ments considérables,  motivés  probablement  par  la  réputation 
d’efficacité  des  sources  où  l’on  venait  de  si  loin  chercher  la 
guérison.  Nous  avons  déjà  vu  la  femme  d’un  consul  faire  le 
voyage  de  Rome  à Griselum.  Voici,  à Vichy,  l’épitaphe  d’un 
citoyen  d’Arles  : 

D-  ANTONIO 
D F-  TER 
VRBICO 
ARE L AT 

« destiné,  dit  Greppo,  à s’éteindre  loin  de  sa  belle  patrie,  lais- 
sant un  cippe  funèbre  au  lieu  d’un  autel  aux  Nymphes  » . Un 
des  autels  dédiés  aux  Nymphes  de  Ludion  est  élevé  par  une 
Ségusiave  (7),  venue  de  la  région  du  Forez;  une  autre  par 
une  Rutène  (8),  originaire  du  pays  de  Rodez.  A Dax,  nous 

(d)  Voir  p.  165. 

(2)  Voir  p.  177. 

(3)  Voir  p.  189. 

(4)  Voir  p.  165. 

(5)  Voir  p.  189. 

(6)  Voir  p.  189. 

(7)  Voir  p.  182. 

(8)  Voir  p.  182. 


8 


114 


LA  GAULE  THERMALE 


trouvons  1 inscription  funéraire  d’un  étranger  venu  de  Pam- 
pelune  : 

AEMILIVS-  PLA 
C1DVS-  POMPAELO 
NENSIS-  AN-  X/ 

H-  S-  EST 

Corpus  I.  L.,  XIII,  414. 

Enfin  quatre  inscriptions  d’Aix-les-Bains  semblent  révéler 
la  présence  d’éléments  exotiques  et  tapageurs,  comme  on  en 
rencontre  encore  fréquemment  aujourd’hui  dans  les  villes 
d’eaux  à la  mode  : 


D M 

D M 

TITIAE  DORCA 

TITIAE  SIGENIS 

DIS 

MASCARPIO 

POSSESSORES 

ET  IANVARIA 

AQVENSES 

PARENTES  FILIAE 

PVBLICE 

PHSSIMAE 

D M 

TITIAE 

D d?  M 

CHELIDONIS 

CATINIAE 

PUBLICE 

MOSCHIDIS 

POSSESSORES 

gati////// 

AQVENSES 

///// 

CVRANTE-  C-  1VL 
MARCELLINO 
CONIVGE 

MATRI  Cp  PIISSIM  / / / 

On  peut  être  frappé  de  la  singularité  de  ces  cognomina  fémi- 
nins, empruntés  au  grec  : Moschis  est  la  génisse  ; Dorcas,  la 
gazelle;  Chelidon,  l’hirondelle  ; Sigen,  la  silencieuse.  Peut-être 
celles  qui  les  portaient  étaient-elles  de  vertueuses  personnes; 
Chelidon  a un  mari;  Moschis  et  Sigen  semblent  avoir  été  mère 
et  fille  exemplaire,,  mais  la  bizarrerie  de  leurs  noms  les  rend 
cependant  suspectes  à M.  Gaidoz,  qui  trace  de  ce  monde  spé- 


^ ~ 


Gr  É 0 G R A P H I E DES  STATIONS  THERMALES  115 

cial  un  amusant  tableau  (1)  : « Les  surnoms  contenus  dans 
ces  inscriptions  dénotent  une  origine  grecque  ou  orientale,  ou 
peut-être  plutôt  le  goût  prétentieux  d’une  classe  sociale  qui 
aime  le  bruit  et  l’éclat.  Ce  sont  ici  moins  des  surnoms  peut- 
être  que  les  sobriquets  ou  les  noms  de  femmes  qui  voulaient 
se  faire  remarquer...  Ce  n’est  certainement  pas  à d’honnêtes 
bourgeois  gallo-romains  que  se  rapportent  nos  inscriptions, 
mais  au  monde  tapageur  des  villes  d’eaux  de  ce  temps-là... 
Autour  d’eux,  on  voit  les  gens  du  pays,  les  possessores , qui 
tiraient  parti  de  ce  monde  à la  vie  large  et  facile.  N’oublions 
pas  que  nous  sommes  dans  une  ville  où  les  dix  notables 
Decemprimi  Aqueuses  parlent,  dans  une  inscription,  d’une  fon- 
dation dont  le  revenu  sera,  pour  une  partie,  employé  à ban- 
queter : ad  epulum  emendum  cum  suo  fructu.  Aix  devait  déjà 
être,  au  troisième  siècle,  une  ville  de  bruit,  de  faste  et  de 
plaisir.  » 


Y 


Il  semble,  d’ailleurs,  que  la  vie  devait  être  gaie  dans  les 
stations  thermales  de  l’antiquité,  surtout  dans  celles  qui 
n’étaient  pas  fréquentées  uniquement  par  des  malades  ou  des 
infirmes,  mais  qui  servaient  aussi  de  rendez-vous  à des  per- 
sonnages bien  valides,  attirés,  comme  dans  certaines  villes 
d’eaux  de  nos  jours,  par  l’attrait  des  plaisirs  et  des  distrac- 
tions réservés  probablement  à la  saison  balnéaire. 

Dans  la  région  qui  avoisinait  la  Germanie,  pays  de  grands 
amateurs  de  jeux  de  hasard,  florissait  l’usage  des  dés,  si  nous 
nous  en  rapportons,  du  moins,  à la  quantité  invraisemblable 

(1)  Trois  inscriptions  nouvelles  d’Aix-les-Bains.  Revue  archéologique , 
3e  série,  t.  IV,  juillet-décembre  1884,  p.  351  à 355. 

Voir  aussi  Loustau,  Découvertes  épigraphiques  à Aix-les-Bains.  Bulletin 
épigraphique , novembre-décembre  1884. 


116 


LA  GAULE  T H l£  RM  AL  K 


de  petits  instruments  de  ce  genre  trouvés  dans  le  sol  à Baden, 
en  Suisse,  les  anciennes  A quoi  helvelicœ  (1).  Ces  dés,  en  os, 
étaient  de  forme  cubique,  hexaèdre,  marqués  sur  chaque  face 
de  points  qui,  pour  deux  faces  opposées,  donnaient  toujours 
le  nombre  sept.  L’abondance  de  ces  dés  était  telle  sur  cer- 
tains points  qu’une  prairie  en  avait  pris  le  nom  de  Pré  des  dés, 
Wür/Jelwisen.  Plusieurs  savants  suisses  ont  pensé  que  Baden 
étant  un  endroit  renommé  pour  ses  eaux  minérales,  il  y avait 
dans  le  bourg  plusieurs  maisons  de  jeu  et  des  marchands  de 
dés,  et  que  ces  objets,  fabriqués  en  grand  nombre,  furent 
ensevelis  sous  les  ruines  des  édifices  lors  de  la  destruction  de 
la  ville  par  Cecina.  Loys  de  Bochat  (2),  cependant,  est  loin 
d’être  aussi  affirmatif,  et,  après  une  longue  étude  de  la  ques- 
tion, semble  attribuer  aux  dés  une  origine  plus  récente  et 
explique  leur  abondance  par  d’habiles  supercheries  destinées 
à duper  les  étrangers.  S’il  en  était  ainsi,  le  truquage  des  anti- 
quités à l’usage  des  baigneurs  naïfs  ne  daterait  donc  pas  d’au- 
jourd’hui. 

A côté  des  jeux  de  hasard,  si  nombreux  dans  l'antiquité 
romaine,  qui  représentaient  le  baccara  et  les  petits  chevaux 
de  nos  modernes  casinos,  le  goût  si  répandu  des  anciens  pour 
les  jeux  du  cirque  et  les  représentations  scéniques  se  mani- 
festait certainement  dans  les  villes  thermales,  où  les  longs 
moments  de  repos  des  baigneurs  et  l’oisiveté  des  simples 
curieux  assuraient  une  clientèle  nombreuse  à ces  divers 
genres  de  spectacles.  Les  sujets  représentés  sur  une  oreille  de 
plat  ou  de  patère  en  bronze,  trouvée  à Néris  (3),  nous 
montrent  que  les  exercices  du  cirque  devaient  y être  en 
honneur.  On  y voit  un  homme  courant  avec  un  cerceau  à la 
main,  une  femme  conduisant  un  char  attelé  de  deux  chevaux 

(1)  Altmann,  De  Tesseris  Badæ  Helvetiorum  erutis.  Muséum  helveticum, 
part.  XXVI. 

(2)  Mémoires  pour  servir  d’ éclaircissement  s sur  divers  points  de  l'histoire 
ancienne  de  la  Suisse.  Mémoire  XIII  : Sur  les  dés  à jouer  qui  se  trouvent 
en  terre  dans  quelques  endroits  de  la  Suisse , t.  II,  p.  526  à 547. 

(3)  De  Laiüue,  Mémoire  sur  plusieurs  antiquités  trouvées  à Néris.  Mé- 
moires de  la  Société  des  Antiquaires , t.  XLIX,  1389.  (Figure,  p.  182.) 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


117 


et  une  autre  femme  accroupie  jouant  avec  un  cerceau  et  des 


petites  balles. 

Plusieurs  de  nos  stations  anciennes  ont  conservé  des  restes 
importants  des  édifices  consacrés  aux  jeux  et  aux  représenta- 
tions théâtrales.  Les  ruines  de  l’ancien  théâtre  de  Néris  sub- 


sistent encore,  très  reconnaissables,  au  moins  comme 
disposition  générale,  dans  le  parc  actuel  improprement  appelé 
parc  des  Arènes.  Ce  théâtre  était  adossé  à une  petite  colline  qui 
en  formait  le  fond.  L’édifice  était  surmonté  d’une  galerie 
supérieure,  dont  certains  éléments  : colonnes  unies,  avec  leurs 
hases  et  leur  couronnement,  ont  été  retrouvées  en  place.  Le 
mur  extérieur  qui  entourait  la  partie  haute  des  gradins,  était 
llanqué  de  dix  tours  carrées,  placées  à égale  distance  les  unes 
des  autres,  sans  communication  avec  l’intérieur  du  théâtre  et 
dont  la  véritable  destination  ne  semble  pas  encore  nettement 
déterminée  (1).  Les  fouilles  opérées  sur  l’emplacement  des 
gradins  ont  mis  à découvert  la  naissance  d’arcades  qui  en 
supportaient  une  partie,  mais  les  gradins  eux-mêmes,  et  tout 
ce  qui  pouvait  être  employé  comme  matériaux  de  construction, 
ont  depuis  longtemps  disparu. 

A la  station  d ’Aquœ  Scgestœ,  que  nous  plaçons  à Montbouy- 
Craon.  se  rattachait  l’édifice  en  ruines  situé  au  lieu  voisin  de 
Chenevières,  désigné  dans  le  pays  sous  le  nom  de  Fosse-aux- 
Lions.  Cet  édifice,  de  forme  elliptique  (48m,30  de  grand  axe 
sur  31m,80  de  petit  axe),  présente  l’aspect  d’un  amphithéâtre. 
Il  n’était  bordé  de  gradins  que  sur  une  partie  de  son  pourtour. 
Une  scène  pouvait  vraisemblablement  être  disposée  sur  le 
mur  faisant  face  aux  gradins  et  la  même  construction  servait 
ainsi  à un  double  usage,  permettant  de  l’utiliser  tour  à tour 
pour  des  courses  ou  des  luttes  ou  pour  des  représentations 
d’œuvres  théâtrales. 


(1)  Esmonnot,  Néris,  Vicus  Neriomagus.  Recherches  sur  ses  monuments. 
« Gcs  puits  carrés  n’auraient  clone  probablement  pour  destination  cpie  de 
recevoir  les  poids  servant  à tendre  le  velarium  cpii  couvrait  le  théâtre, 
ainsi  qu’on  Ta  déjà  remarqué  dans  d’autres  fouilles  analogues.  Cette  dis- 
position était  ici  une  conséquence  du  peu  d’élévation  du  mur  extérieur 
au-dessus  du  sol  formant  le  sommet  de  la  colline.  » 


1 


LA  G A U L K THERMALK 


MH 

A Moind,  l’ancienne  Aquæ  Segetœ , que  l’on  a appelé  le 
Vichy  des  Ségusiaves,  on  voit  encore  les  restes  du  théâtre 
antique,  construit  en  maçonnerie  de  petit  appareil  sans 
chaînes  de  briques  et  flanqué  extérieurement  de  nombreux 
contreforts.  A l’intérieur,  le  mur  présente  une  série  de  trous 
destinés  à recevoir  les  poutres  supportant  les  gradins,  qui 
devaient,  ainsi  que  les  aménagements  de  la  scène,  être  en 
charpente  mobile.  Cette  disposition  était  excellente  pour  un 
théâtre  de  ville  thermale,  fréquentée  seulement  pendant  une 
certaine  période  de  l’année,  après  laquelle  ces  agencements 
pouvaient  être  enlevés  et  mis  à l’abri  jusqu’à  la  saison  sui- 
vante. 

A titre  plus  hypothétique,  signalons  encore  Aix-en-Provence, 
où  Peiresc  avait  vu  les  restes  d’un  amphithéâtre  « dans  le 
domaine  de  M.  Joannis,  qui  faisait  partie  de  l’antique  cité  »; 
Luxeuil,  où  l’on  a cru  reconnaître  les  vestiges  d’un  cirque 
dans  le  profil  et  les  contours  du  terrain,  à l’ouest  des  Bains; 
Saint-Parize  (Nièvre),  où  la  tradition  place  un  amphithéâtre 
qui  aurait  été  détruit  au  cours  du  huitième  siècle,  et  Bourbon- 
l’ Archambault  où,  suivant  Greppo,  on  aurait  découvert  les 
restes  d’un  amphithéâtre  ou  d’un  théâtre. 

Citons,  pour  en  terminer  avec  les  jeux,  deux  petits  monu- 
ments qui  ne  sont  pas  sans  rapport  avec  eux.  A Bourbonne, 
une  stèle  avec  figure  grimaçante  en  relief,  porte  l’inscription 
funéraire  d’un  comédien  : 

MAPONVS 
HISTRIO  ROCABA 
LVS  DICISSIT  ANNO  XXV 

A Luxeuil,  un  tombeau,  dit  de  la  danseuse,  présente  sur  sa 
face  principale  le  personnage  défunt,  femme  drapée  avec  élé- 
gance, dont  les  deux  faces  latérales  de  l’édicule  indiquent  la 
profession.  Sur  le  côté  gauche,  elle  est  nue,  en  pied,  et  exé- 
cute une  danse  avec  des  crotales;  sur  le  côté  droit,  elle  est  vue 
de  dos,  également  nue,  et  danse  en  s’accompagnant  avec 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  119 

quatre  petites  baguettes,  deux  de  chaque  main,  qu’elle  devait 
claquer  comme  des  castagnettes  (1).  Ces  deux  monuments 
nous  ont  vraisemblablement  transmis  le  souvenir  d’artistes 
morts  dans  des  stations  thermales,  après  y avoir  peut-être 
exercé  leur  profession  et  charmé  les  loisirs  de  leurs  contem- 
porains malades  ou  oisifs. 


/ 


VI 


Le  logement  de  tous  ceux  qui,  à l’époque  de  la  saison,  fré- 
quentaient les  sources  thermales,  n’était  pas  une  petite  affaire; 
aussi,  à l’époque  gallo-romaine  comme  de  nos  jours,  l’hospi- 
talisation des  étrangers  entretenait  autour  des  sources  une 
industrie  lucrative  et  florissante.  Pour  ceux  des  visiteurs  qui 
n’avaient  pas  un  domicile  particulier,  ou  que  n’attendait  pas 
la  réception  d’un  hôte,  des  hôtelleries  d’ordres  divers  offraient 
une  hospitalité  plus  ou  moins,  confortable,  vantée  par  les  pro- 
messes souvent  trompeuses  des  enseignes.  Au  moment  de  la 
saison,  les  hôtelleries  regorgeaient  de  monde  et  il  devenait 
difficile  de  s’y  loger.. Le  rhéteur  Aristide  raconte  qu’allant  de 
Smyrne  à Pergame,  il  atteignit,  très  avant  dans  la  nuit,  des 
sources  thermales  où  tout  était  plein  de  bruit  et  de  tumulte. 
Ne  pouvant  y trouver  un  gîte,  i{  dut  continuer  sa  route  (2). 

Nous  savons  qu’à  Edepsus,  dans  l’ile  d’Eubée,  où  les 
sources  chaudes  attiraient,  surtout  au  printemps,  un  grand 
nombre  de  visiteurs,  on  avait  pourvu  d’une  façon,  exception- 
nelle à leur  logement  par  la  construction  de  bâtiments  d’habi- 

(1)  Desjàrdins,  les  Monuments  des  thermes  romains  de  Luxeuil.  Bulletin 
monumental,  46«  vol.,  1880,  p.  220. 

(2)  Friedeænder.  Mœurs  romaines  du  règne  d’Auguste  à la  fin  des  An- 
toninis. 


'/ 


120 


LA  GA  U LL  T IIE  KM  A LE 


talion  avec  salles  et  portiques.  En  ce  qui  nous  concerne, 
peut-être  avons-nous  encore  sur  notre  sol  quelques  vestiges 
des  lointains  ancêtres  des  Palace  et  des  International  Hotels 
de  nos  cités  thermales. 

A Néris,  Barailon  (1)  a signalé  les  restes  d’un  édifice  com- 
prenant une  multitude  de  chambres  ou  de  cases  parallèles, 
dont  quelques-unes  présentaient  encore  des  traces  de  peinture 
à fresque,  séparées  par  une  sorte  de  rue  de  3 à 4 mètres  de 
large.  Entre  les  cases,  il  existait  un  four  à pain,  rond,  sur- 
monté d’une  voûte.  L’hôtellerie  figure  parmi  les  diverses 
attributions  qu’on  a données  à cette  construction.  Je  serais 
plutôt  tenté  d’y  voir  une  dépendance  des  bains,  servant  au 
logement  du  personnel,  par  analogie  avec  des  cases  du  même 
genre  découvertes  auprès  d’autres  thermes. 

Les  fouilles  de  Moind  ont  fait  découvrir  un  groupe  de  cons- 
tructions affectant  la  forme  d’un  vaste  parallélogramme, 
occupé  à son  centre  par  une  grande  cour,  et,  sur  trois  côtés, 
par  des  salles  carrées  ou  rectangulaires.  Le  bâtiment  était 
chauffé  par  un  hypocauste  et  assaini  par  un  égout  dont  le 
conduit  a été  rencontré  intact  sur  une  certaine  longueur.  La 
présence  dans  les  ruines  d’une  grande  quantité  d’ossements 
d’animaux  et  de  nombreux  débris  de  poteries  usuelles  : am- 
phores, bols,  assiettes,  etc.,  a fait  naître  l’idée  que  cet  édifice 
avait  pu  servir  d’hôtellerie  (2). 

A Sanxay  (Vienne),  le  P.  de  la  Croix  (3)  a donné  le  nom 
d’hôtelleries  à un  noyau  important  d’habitations  agglomérées 
et  séparées  dans  leur  longueur  par  un  vaste  passage.  Ces 
habitations  avaient  à leur  centre  un  atrium  entouré  d’une,  de 
deux,  de  trois  ou  de  quatre  galeries,  sur  lesquelles  ouvraient 
la  plupart  des  chambres.  Comme  nous  le  verrons  plus  loin, 
il  est  plus  que  probable  que  Sanxay  n’était  pas,  dans  l’anti- 

(1)  Recherches  sur  les  peuples  Cambiovicenses  de  la  Table  lliêodo- 
sienne  ; sur  l’ancienne  ville  romaine  de  Néris,  département  de  l’Ailier, 

1806. 

(2)  Bulletin  de  la  Diana,  t.  III.  1886-1886,  p.  308  et  suiv. 

(3)  Mémoire  archéologique  sur  les  découvertes  d'Herbord  dites  de  San.cag, 
1883. 


fi  KO  GR  A l>  IME  DKS  STATIONS  T II  li  RM  A L US 


121 


quité,  une  station  balnéaire,  mais  il  est  à peu  près  certain,  an 
contraire,  qu'il  était  un  lieu  de  réunions  d’un  autre  genre,  et, 
à ce  titre,  devait  posséder,  de  meme  que  les  villes  thermales, 
des  édifices  disposés  poiy  loger,  à un  moment  donné,  une 
quantité  considérable  d’étrangers. 


CHAPITRE  III 


1.  Destruction  des  stations  thermales.  — II.  Phénomènes  naturels.  — 
III.  Invasions  barbares.  — IV.  Prédications  chrétiennes.  — V.  Survi- 
vance des  eaux  au  moyen  âge. 

I 

Les  stations  thermales  de  la  Gaule  ont  sombré  dans  le  néant 
sans  que  nous  connaissions  d’une  façon  certaine  les  causes  de 
disparition  d’aucune  d’entre  elles.  Les  documents  écrits,  les 
récits  d’auteurs  contemporains  ou  de  date  rapprochée  des 
événements  qui  ont  accompagné  leur  chute  font  complètement 
défaut.  C’est  à certaines  conditions  géologiques  ou  topogra- 
phiques, à la  disposition  des  lieux,  aux  états  particuliers 
dans  lesquels  se  rencontrent  les  ruines,  aux  objets  découverts 
dans  le  sol  que  nous  pouvons  demander  des  indices  propres  à 
nous  éclairer,  mais  toujours  de  façon  assez  hypothétique,  sur 
les  circonstances  qui  ont  amené  la  chute  de  ces  établissements, 
ainsi  que  sur  l’époque  probable  de  leur  disparition. 

Les  résultats  donnés  par  les  constatations  de  ce  genre 
poursuivies  dans  un  certain  nombre  de  stations  permettent 
d’attribuer  leur  destruction  à trois  causes  principales  : des 
phénomènes  naturels  d’ordres  divers:  les  invasions  barbares; 
l’influence  du  christianisme  triomphant.  Nous  allons  examiner 
successivement  à ces  points  de  vue  nos  principales  stations. 


Il 

L’établissement  d’Aix,  en  Savoie,  semble  avoir  été  détruit 
par  un  diluvium  descendu  de  la  montagne  du  Revard.  Des 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  123 

débris  de  constructions,  des  restes  de  piscines  et  de  bains  ont 
été  trouvés  enfouis  dans  les  terrains  d’alluvions  dont  l’épais- 
seur, sur  certains  points,  atteignait  plus  de  5 mètres.  Certains 
indices  permettent  de  supposer  un  cataclysme  soudain,  notam- 
ment la  présence,  dans  une  baignoire  antique  découverte  en 
1776,  du  squelette  d’un  malheureux  baigneur,  qui  fut  vrai- 
semblablement surpris  par  la  catastrophe  sans  avoir  le  temps 
d’y  échapper  par  la  fuite  (1). 

Dans  la  même  région,  la  perte  des  eaux  minérales  et  la 
disparition  de  l’édifice  balnéaire  de  Menthon  semblent  à 
U . Despine  (2)  devoir  être  attribuées  plutôt  à un  éboulement 
du  sol  qu’aux  désastres  qui  marquèrent  l’invasion  des  bar- 
bares. A Saint-Galmier,  au  cours  des  fouilles  qui  amenèrent 
la  découverte  de  l’ancien  établissement  balnéaire,  on  trouva 
« au-dessus  de  toutes  les  salles  et  presque  à fleur  de  terre,  un 
banc  de  sable  peu  profond  qui  semblait  indiquer  que  la  des- 
truction de  ces  bains  antiques  fut  le  résultat  d’une  inondation 
de  la  Coise,  petite  rivière  qui  passe  à Saint-Galmier  » . 

Dans  les  Pyrénées,  le'  petit  établissement  d’ Aldus,  peut-être 
abandonné  lors  des  bouleversements  qui  marquèrent  l’inva- 
sion germanique  du  cinquième  siècle,  disparut  sous  les 
alluvions  accumulées  chaque  année  au  bas  de  la  colline  où  il 
s’élevait  par  les  avalanches  du  printemps  et  les  pluies  d’orage. 
Les  restes  du  captage  antique  reconnu  à Ax  furent  également 
découverts  sous  une  épaisse  couche  d’alluvions  qui  recouvrait 
le  sol  primitif. 

La  station  d’Ydes,  dans  le  Cantal,  eut  vraisemblablement  à 
souffrir  des  invasions,  mais  elles  ne  paraissaient  pas  suffisantes 
à M.  de  Ribier  (3),  pour  expliquer  un  effondrement  aussi 
complet  et  surtout  l’enfouissement  de  tous  les  débris  sous  le 
sol.  « Il  me  paraît  plus  naturel  de  les  attribuer,  ajoute-t-il, 
dans  une  grande  mesure  au  moins,  à un  cataclysme  dont  les 

(1)  Comte  ue  Loche,  Histoire  de  la  ville  d’Aix-les-Bains.  Mémoires  de 
* l’Académie  des  sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Savoie,  4e  série,  l.  VII,  1899. 

(2)  Notice  historique  sur  Menthon-les-Bains  et  ses  thermes,  1865. 

(3)  Y des,  son  histoire,  ses  eaux  minérales,  1901  . 


124 


LA  G A U LL  THERMALE 


plaines  de  Saignes  et  d’Ydes  portent  encore  les  traces  indé- 
niables, sorte  d’inondation  diluvienne  qui  les  aurait  recou- 
vertes de  sable  et  de  graviers  à une  époque  reculée,  peut-être 
vers  l’an  580  de  notre  ère,  d’après  la  tradition  conservée  dans 
le  manuscrit  de  l’abbé  Taillard.  » 


Enfin  certaines  stations  isolées  ou  placées  dans  des  vallées 
d’un  abord  difficile  ont  pu  échapper  aux  coups  des  barbares, 
et  s’éteindre  lentement  dans  l’abandon  et  l’oubli.  Il  en  fut 
probablement  ainsi  pour  Châteauneuf,  situé  dans  la  vallée  de 
la  Sioule,  à l’écart  des  voies  qui  servirent  de  routes  d’inva- 
sions, et  dont  l’accès  devait  être  autrefois  particulièrement 


difficile.  Peut-être  aussi  pour  Uriage,  qui  n’avait  point  encore 
complètement  disparu  au  quatorzième  siècle,  si  l’on  en  croit 
le  naturaliste  Guétard  qui  rapporte,  d’après  les  traditions  du 
pays,  qu’il  y avait  à cette  époque  une  source  d’eau  minérale 
et  des  bâtiments  construits,  disait-on,  par  les  Romains,  que 
le  seigneur  du  lieu  fit  démolir  pour  se  soustraire  aux  visites 
onéreuses  des  baigneurs. 


111 

Ces  destructions  accidentelles  et  ces  lentes  agonies  par  suite 
d’abandon  ont  été  de  rares  exceptions,  et  la  plupart  des  sta- 
tions thermales  ou  des  simples  édifices  élevés  autour  des 
sources  ont  péri  de  mort  violente.  Presque  partout  les  colonnes 
sapées,  les  marbres  arrachés  et  brisés,  les  traces  d’incendie  : 
couches  de  cendres,  pierres  calcinées,  poutres  carbonisées, 
métaux  fondus,  révèlent  la  destruction  brutale  par  la  main  des 
hommes.  La  découverte  fréquente  de  trésors  monétaires  ou 
d’objets  précieux  dissimulés  dans  des  cachettes  témoigne  des 
craintes  qu’inspirait  l’approche  de  ces  bandes  sauvages  qui, 
pendant  plus  de  deux  siècles,  parcoururent  les  Gaules  l’épée  ’ 
et  la  torche  à la  main. 


125 


(i  É 0 G R A P 1 1 1 E 


DES  STATIONS  THERMALES 


L’étude  de  ces  trésors  cachés,  de  leur  composition,  des 
dates  auxquelles  s’arrêtaient  les  séries  monétaires  et  Inobser- 
vation des  lieux  de  trouvailles  ont  permis  à M.  Adrîen  Blan- 
chet,  dans  un  ouvrage  rempli  de  faits  et  d’aperçus  ingé- 
nieux (i  ),  de  déterminer  avec  une  réelle  précision  certaines  des 
routes  suivies  par  les  envahisseurs  et  l’étendue  des  régions  ou 
s'étaient  exercés  leurs  ravages. 


C’est  en  213  que  les  hordes  barbares  entrent  en  scène,  avec 
les  Alamans  qui  envahissent  les  terres  Décumates  (entre 
Danube  et  Rhin)  et  sont  refoulés  par  Caracalla.  En  234,  sous 
Alexandre  Sévère,  invasion  des  Germains,  repoussée  par 
Maximien,  qid  les  poursuit  jusqu’au  fond  de  leurs  forêts  et 
prend,  en  236,  le  nom  de  Germanicus. 

En  237,  les  Alamans  gagnent  l’Italie  et  les  Francs  traversent 
la  Gaule  du  nord-est  au  sud-ouest,  entrent  en  Espagne  et 
arrivent  jusqu’en  Afrique.  Ce  double  torrent  accumula  les 
ruines  sur  son  passage;  c’est  lors  de  cette  invasion,  dont  la 
Gaule  fut  délivrée  par  Postume,  que  durent  être  détruits  de 
fond  en  comble  nombre  d’établissements  de  l’Auvergne,  sous 
les  coups  d’une  troupe  d’ Alamans,  commandés,  dit-on,  par  un 
roi  nommé  Chrocus,  qui  finit  par  être  battu,  pris  et  livré  au 
supplice  ( 2). 

Après  la  mort  d’Aurélien,  en  275,  une  nouvelle  invasion 
semble  avoir  dépassé  celle  de  237,  par  l’étendue  des  désastres 


(1)  Les  Trésors  de  monnaies  romaines  et  les  invasions  germaniques  en 
Gaule,  1900. 

(2)  Grégoire  de  Tours,  Histoire  ecclésiastique  des  Francs,  liv.  II,  II  : 
« Le  trône  impérial  fut  occupé  en  vingt-septième  lieu  par  Valérien  et 
Gallien...  Dans  le  même  temps,  Chrocus,  roi  des  Alemans,  ayant  levé 
mie  armée,  envahit  les  Gaules...  Il  rassembla,  comme  nous  l’avons  dit, 
la  nation  des  Alemans,  se  répandit  dans  toutes  les  Gaules,  et  détruisit 
jusqu’aux  fondements  tous  les  édifices  anciens.  Étant  venu  à Clermont, 
il  brûla,  ruina,  renversa  le  temple  que  les  Gaulois  dans  leur  langue  ap- 
pelaient Yasso,  monument  d’un  travail  et  d’une  solidité  admirables.  » 

M.  A.  de  Barthélemy,  la  Campagne  d’ Attila,  1870  (extrait  de  la  Revue 
des  questions  historiques),  est  loin  d’attribuer  à Chrocus  un  rôle  histo- 
rique aussi  certain.  « Je  ne  crois  pas  être  trop  hardi,  dit-il,  en  avançant 
que  Chrocus  est  un  personnage  complètement  légendaire,  autour  duquel, 
pendant  plusieurs  siècles,  vinrent  se  grouper  toutes  les  dévastations  que 
causèrent  les  invasions  germaines  sur  le  sol  gaulois.  » 


126 


LA  GAULE  THERMALE 


qu’elle  laissa  après  elle.  La  Gaule  entière  dut  être  parcourue 
en  tous  sens,  car  Yopiscus  parle  de  plus  de  soixante  villes 
dévastées  par  les  barbares,  qui  furent  refoulés  par  Probus  et 
• ses  lieutenants,  les  Francs  dans  les  marécages  delà  Batavie  et 
de  la  Frise,  les  Alamans  au  delà  du  Rhin,  jusque  dans  la  vallée 
du  Neckar.  Sous  le  règne  de  Constance,  les  Alamans  et  les 
Francs  reparaissent  sur  la  rive  gauche  du  Rhin  et  parvien- 
nent jusqu’à  Autun,  dont  ils  entreprirent  le  siège. 

Battus  et  refoulés  par  Julien,  en  359,  on  les  voit  de  nouveau 
pousser  jusque  sur  la  Marne  en  365-366.  Les  grands  travaux 
de  défense  entrepris  sur  la  ligne  du  Rhin,  après  que  ces 
envahisseurs  eurent  été  chassés  de  la  Gaule  par  Valentinien, 
assurèrent  la  sécurité  jusqu’en  406,  époque  à laquelle  s’abattit 
sur  notre  pays  une  formidable  invasion  de  Vandales,  d’Alains 
et  de  Suèves,  qui,  pendant  trois  ans  environ,  parcoururent  et 
dévastèrent  la  plupart  des  provinces  de  la  Gaule  (4). 

En  451,  apparut  Attila,  traînant  à sa  suite  une  cohue  de 
peuples  tar tares  et  germaniques,  qui  ravagea  la  Gaule  jusqu’à 
la  Loire,  pour  reculer  devant  Aëtius,  vainqueur  sous  les 
murs  d’Orléans  et  à Mauriac,  près  de  Troyes. 

La  plupart  de  ces  invasions  semblent  avoir  été  des  incur- 
sions de  pillards,  marchant  au  hasard  devant  eux,  sans  plan 
préconçu  ni  but  déterminé,  mais  laissant  partout  sur  leur  pas- 
sage la  désolation  et  la  ruine  (2).  Une  fois  les  lignes  de  défense 

(1)  Lettre  de  saint  Jérôme.  — Migne,  Patrologie  latine,  t.  XXIV, 
p.  1057  : « Des  peuples  innombrables  et  féroces  ont  occupé  toute  la 
Gaule.  Tout  ce  qui  est  compris  entre  les  Alpes  et  les  Pyrénées,  entre 
l’Océan  et  le  Rhin,  le  Quade,  le  Vandale,  le  Sarmate,  l’Alain,  les  Gépides, 
les  Hérules,  les  Saxons,  les  Burgondes,  les  Alemans,  les  Pannoniens 
l’ont  dévasté.  Mayence  a été  prise  et  détruite,  des  milliers  d’hommes  ont 
été  égorgés  dans  l’église.  \Vorms  a succombé  après  un  long  siège.  La 
ville  puissante  de  Reims,  les  pays  d’Amiens,  d'Arras,  la  Morinie  si 
reculée,  Tournai,  Spire,  Strasbourg  sont  devenus  germaniques.  L’Aqui- 
taine, la  Novempopulanie,  la  Lugdunaise,  la  Narbormaise,  sauf  peu  de 
villes,  ont  été  ravagées.  » 

(2)  Fustel  de  Coulanges,  Histoire  des  Institutions  politiques  de  l’ancienne 
France,  lre  partie  (1875)  : « Tels  sont  les  essais  d’invasion  hostile  et  à 
main  armée  que  l’histoire  peut  compter.  Il  est  facile  de  juger  du  mal 
qu’ils  ont  fait;  les  contemporains  nous  disent  assez  ce  qu’il  y eut  de 
villes  détruites,  de  provinces  ravagées,  d’existences  humaines  brisées. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  127 

du  Rhin  franchies,  ces  bandes  circulaient  librement,  suivant 
les  routes  naturelles,  connue  les  vallées,  ou  empruntant  les 
voies  romaines,  sans  rencontrer  de  résistance  sérieuse  dans 
un  pays  dépourvu  de  garnisons  et  de  milices,  et  que  ne  défen- 
dait aucun  réseau  intérieur  de  forteresses  (1).  Sans  doute  après 
les  premières  invasions,  vraisemblablement  à la  lin  du  troi- 
sième siècle,  un  certain  nombre  de  cités  restreignirent  leur 
périmètre,  en  s’entourant  de  murs  de  délense  élevés  le  plus 
souvent  avec  des  matériaux  provenant  de  la  destruction  de 
leurs  édifices  publics;  mais  ces  travaux  furent  surtout  exé- 
cutés pour  mettre  à l’abri  les  cités  importantes  comme  points 
stratégiques  ou  comme  centres  routiers,  administratifs  ou  com- 
merciaux et  rien  de  tel  ne  fut  entrepris  autour  de  beaucoup  de 
villes  secondaires,  qui  restèrent  livrées  sans  défense  aux  coups 
des  envahisseurs. 

Parmi  les  villes  thermales,  cités  de  luxe  et  d’élégance  qui 
durent  attirer  tout  particulièrement  les  hordes  pillardes,  Dax 
est  la  seule  qui  possédait  certainement,  à notre  connaissance, 
une  enceinte  murée  aux  temps  gallo-romains.  Il  en  était  pro- 
bablement de  même  à Aix-en-Provence,  où  Rouard  avait 
découvert,  au  cours  des  fouilles  de  1843-1844,  une  muraille 


Que  l’on  cherche  pourtant  ce  que  sont  devenus  ces  envahisseurs  ; ils 
n’ont  rien  laissé  d’eux 

« Immenses  déplacements  d’hommes  dont  il  n’est  sorti  rien  de  durable; 
beaucoup  de  tumulte  et  peu  d’effets;  beaucoup  de  ruines  et  pas  une  vic- 
toire. Les  Germains  qui  s’établirent  en  Gaule  et  qui  purent  y laisser 
quelque  chose  de  leur  sang  et  de  Leurs  mœurs,  furent  seulement  ceux 
qui  y entrèrent  comme  laboureurs  ou  à titre  de  soldats  de  l’empire.  » 

(1)  Blanchet,  op.  cit.,  p.  52  : «Les  envahisseurs  ont  évité  de  préférence 
la  grande  foi'èt  des  Ardennes  et  les  massifs  montagneux  des  Vosges.  Pas- 
sant le  Rhin,  probablement  au-dessous  de  Cologne,  les  Barbares  se  ré- 
pandaient dans  les  pays  formant  le  grand-duché  de  Luxembourg  et  les 
provinces  de  Liège,  de  Namur  et  du  Hainaut,  et  de  là  pénétraient  dans  la 
vallée  de  l’Escaut,  puis  dans  celle  de  la  Seine,  de  la  Marne,  de  la  Saône 
et  du  Rliùne.  C’est  pourquoi  les  départements  de  la  Seine-Inférieure,  de 
l’Eure,  de  la  Marne,  de  l’Aube,  de  la  Côte-d’Or,  de  l’Yonne,  de  la  Nièvre, 
de  Saône-et-Loire,  de  l’Ain,  de  la  Haute-Savoie  et  de  l’Isère,  sont  parmi 
les  plus  riches  en  trésors  monétaires.  On  comprend  dès  lors  que  les  ré- 
gions montagneuses  formant  nos  départements  de  la  Haute-Saône,  du 
Doubs  et  du  Jura  aient  pu  demeurer  presque  toujours  à l’abri  du  Ilot  des 
envahisseurs.  » 


428 


LA  GAULK  THERMALE 


antique  qu’il  supposait  avoir  dû  faire  partie  des  anciennes 
murailles  de  la  colonie. 

Quant  à Néris,  les  anciennes  traces  de  fortifications  qui  y 
ont  été  relevées  doivent  être  tenues  pour  très  hypothétiques 
et  le  camp  installé  dans  le  voisinage  de  cette  ville  présente 
plutôt  le  caractère  d’un  ouvrage  de  stationnement  temporaire 
que  d’une  défense  régulière  et  permanente  de  la  cité. 

Bien  incertaines  aussi  sont  les  données  fournies  par 
M.  Charron  (1),  qui  parle  de  murs  garnis  de  guérites  pour  les 
sentinelles  entourant  la  ville  gallo-romaine  occupant  le  site 
de  Craon-Chenevières,  au  lieu  où  nous  plaçons  Aquæ  Segestæ, 
ainsi  que  d’une  forteresse  crénelée  et  flanquée  de  tours,  sorte 
de  citadelle  de  la  ville  antique,  placée  au  nord  de  l’amphi- 
théâtre, et  dont  les  ruines  n’auraient  disparu  qu’en  1790.  Quels 
étaient  les  caractères  architecturaux  de  ces  ouvrages?  Quelles 
sont  les  constatations  qui  permettraient  de  les  rattacher  à 
l’époque  gallo-romaine?  Rien  de  tout  cela  n’est  établi  d’une 
façon  assez  précise  pour  nous  permettre  de  classer  Aquæ 
Segestæ  parmi  les  anciennes  places  fortifiées  de  notre  pays. 
M.  Blanchet  n’y  a,  du  reste,  même  pas  fait  allusion  dans  son 
ouvrage  sur  les  Enceintes  fortifiées  de  la  Gaule. 

L’existence  à Luxeuil  d’une  enceinte  fortifiée  est  peut-être 
moins  problématique.  Le  moine  Jonas,  qui  écrivit  la  Vie  de 
saint  Colomban,  fondateur  du  monastère  de  Luxeuil  à la  fin 
du  sixième  siècle,  y fait  allusion  en  ces  termes  : Castrum  fir- 
missimo  olini  fuisse  munimine  cultwm...  quern  Luxomum  prisca 
tempora  nuncupabant.  — Dom  Grappin,  dans  son  Histoire  de  l’ab- 
baye royale  de  Luxeu.  a donné  un  plan  approximatif  de  la  ville 
antique,  à laquelle  il  attribue  une  forme  circulaire  et  a même 
signalé  la  découverte,  en  1740,  à l’entrée  du  faubourg  des 
bains,  des  jambages  de  la  porte  méridionale  de  l’enceinte 
ancienne. 

Il  n’en  fut  pas  de  même  sur  la  ligne  du  Rhin,  zone  frontière 
où  l’occupation  romaine  conserva  toujours  un  caractère  mili- 

(1)  Essai  historique  sur  Monlbouy.  Annales  de  la  Société  historique  et 
archéologique  du  Gàtinais,  t.  XII,  1894. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  129 

taire  très  marqué.  Des  restes  d’édifices  fortifiés  castra,  castella, 
s’y  rencontrent  souvent  sur  des  points  pourvus  de  sources  mi- 
nérales (Creuznach,  Godesberg',  Wiesbaden,  etc.),  et,  dans  une 
région  voisine,  la  ville  de  Tongres,  où  coulait  la  fontaine  dé- 
crite par  Pline,  possédait  une  enceinte  de  murailles,  où  l’on 
croit  reconnaître  la  trace  de  plusieurs  remaniements  successifs 
et  dont  il  subsiste  encore  quelques  vestiges  (1). 

La  défaite  d’Attila,  qui  semble  avoir  marqué  la  fin  de  la  pre- 
mière période  des  grandes  invasions,  en  attendant  celles  des 
Normands  et  des  Sarrazins,  n’amena  cependant  pas  le  calme 
dans  l’intérieur  de  la  Gaule  et  les  luttes  sans  merci  qui  s’y 
livrèrent  à tant  de  reprises  durent  avoir  des  conséquences  dé- 
sastreuses pour  les  monuments  que  les  événements  antérieurs 
avaient  laissé  debout.  Ainsi  l’Auvergne,  si  fertile  en  eaux  mi- 
nérales utilisées  par  les  Gallo-Romains,  eut  à subir,  vers  475, 
les  ravages  des  Goths  d’Euric,  dont  Sidoine  Apollinaire  nous 
a conservé  le  souvenir,  et  ce  même  pays  fut  dévasté  de  fond 
en  comble,  en  532,  par  Thierry,  fils  de  Clovis,  à la  suite  de  la 
révolte  d’Arcadius. 

Les  écrivains  qui  ont  laissé  des  récits  des  invasions  barbares 
des  troisième,  quatrième  et  cinquième  siècles  n’en  ont  retracé 
que  les  grandes  lignes  et  n’ont  conservé  le  souvenir  que  de 
certaines  catastrophes  retentissantes.  Aucun  document,  aucun 
texte  n’a  mentionné  la  destruction  d’une  seule  de  nos  anciennes 
stations  ; c’est  donc  aux  ruines  elles-mêmes,  ainsi  qu’aux  séries 
monétaires  découvertes  dans  leurs  décombres,  qu’il  faut  tenter 
d’arracher  le  secret  des  causes  et  des  dates  approximatives  de 
leur  disparition. 

A Bourdonne,  la  destruction  des  édifices  thermaux  est  géné- 
ralement attribuée  aux  Barbares;  puis  les  inondations  de  la 
petite  rivière  de  la  Borne  vinrent  recouvrir  de  quatre  mètres 
de  détritus  les  édifices  ruinés.  Il  semble  résulter  d’observations 
consignées  dans  la  notice  de  M.  l’ingénieur  Rigaud  (2)  que  cer- 

(1)  Blanchet,  les  Enceintes  romaines  de  la  Gaule,  1907. 

(2)  Notice  sur  les  travaux  exécutés  à Bourbonne-les-Bains.  Annales  des 
Mines,  VIII0  série,  t.  XVII,  1880. 


9 


4 30 


LA  GAULE  THERMALE 


taines  parties  des  édifices  auraient  subi  des  réfections  et  des 
remaniements,  peut-être  après  des  ravages  partiels  qui  auraient 
été  suivis  de  restaurations. 

Les  traces  d’incendie  et  de  violence  abondent  à Luxeuil, 
dont  la  destruction  est  attribuée  par  la  majorité  des  auteurs  à 
l’invasion  d’Attila,  en  451 . Il  semble  certain  aussi  que  la  ville 
avait  déjà  dû  être  victime  de  précédents  sinistres,  car,  à plu- 
sieurs reprises,  les  fouilles  ont  mis  à découvert  des  ruines 
appartenant  à des  époques  différentes,  semblant  indiquer  des 
dévastations  et  des  reconstructions  successives.  M.  Dela- 
croix (1)  a fait  également  des  remarques  à cet  égard  à propos 
de  la  succession  des  poteries.  Vers  1877,  on  découvrit  une 
énorme  amphore,  contenant  plus  de  trente  kilogrammes  de  mé- 
dailles (2),  s’échelonnant  de  235  à 268,  probablement  enfouie 
au  moment  de  la  grande  invasion  de  275. 

/ Quoi  qu’il  en  soit  de  sa  date,  le  dernier  orage  qui  s’abattit  sur 
Luxeuil  en  amena  la  ruine  complète,  car  un  texte  du  moine 
Jonas,  dans  la  Vie  de  saint  Culomban  à laquelle  nous  faisions 
allusion  tout  à l’heure,  rapporte  que  le  saint  Irlandais,  en  arri- 
vant  dans  le  pays  vers  590,  ne  trouva  que  des  bêtes  féroces, 
ours,  buffles  et  loups,  au  milieu  des  restes  des  thermes  et  des 
statues  de  pierres,  jadis  vouées  au  culte  exécré  des 
païens  (3). 

Les  bains  de  Montbouy  (Aguis  Segeste)  ont  été  certainement 
détruits  par  le  feu.  Ce  sont,  de  toutes  parts,  des  moellons 
noircis,  du  plomb  fondu,  des  poutres  carbonisées.  D’après  les 
indications  données  par  les  récits  des  fouilles  (4),  les  séries 

(1)  Notice  sur  les  foiiilles  faites  en  1857  et  1858  aux  sources  ferrugineuses 
de  Luxeuil.  Société  d’ Emulation  du  Doubs,  vol.  7,  1862. 

(2)  Revue  archéologique,  nouvelle  série,  19e  année,  36e  vol.,  1878.  Lettre 
de  M.  Ch.  Duhaut,  p.  385. 

(3)  Hi  aquæ  calidœ  cul  tu  eximio  constructœ  habebantur  ; ibi  imaginum  lapi- 
dearum  densitas  vicina  saltus  densabat,  quas  cultu  miserabili  rituque  pro- 
phano,  vetusta  paganorum  tempora  honorabant,  quibusque  execrabiles  cœre- 

monias  litabant Solæ  ibi  bestiœ  et  ferœ  ursorum , bubalorum,  luporutn 

multorum  frequentabant. 

(4)  Dupuis,  l'Aquis  Segeste  de  la  carte  de  Peutinger  doit  être  placé  à Mont- 
bouy, 1852.  — Dupuis,  Nouvelles  découvertes  à Montbouy.  Bulletin  monu- 
mental, 1862. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  131 

monétaires  s’étendraient  d’Auguste  à Constance  et  ^ alens,  ce 
qui  permettrait  de  fixer  comme  dates  approximatives  de  la 
disparition  de  cette  station  une  invasion  de  373,  sous  le  règne 
de  Valentinien,  ou  la  grande  invasion  de  406. 

Les  eaux  de  Saint-Honoré  durent  subir  le  contre-coup  des 
vicissitudes  qu’éprouva  la  Gaule  depuis  le  milieu  du  troisième 
siècle.  M.  Bulliot  (1),  en  étudiant  de  près  les  séries  de  mon- 
naies qui  furent  trouvées  en  grand  nombre  dans  cette  station 
et  qui  commencent  au  règne  de  Tibère,  a remarqué  l’absence 
des  empereurs  dont  le  règne  fut  marqué  par  les  principales 
invasions.  De  Tétricus  à Constantin  (275  à 306;,  abandon 
complet;  aucune  médaille  ne  se  montre  entre  ces  deux 
princes;  puis  on  retrouve  celles  des  successeurs  de  Constantin 
jusqu’à  Valentinien  Ier,  ce  qui  reporte  l’abandon  délinitif  de 
notre  station  au  règne  de  ce  prince,  ou,  au  plus  tard  à l’inva- 
sion de  406. 

A Moind,  où  nous  pensons  devoir  placer  l’antique  Aquæ 
Segetæ,  la  destruction  violente  s’accuse  sans  conteste  : poutres 
calcinées,  colonnes  brisées,  inscriptions  réduites  en  menus 
fragments,  etc.  Dans  un  édifice,  que  Ton  suppose  avoir  été  une 
hôtellerie,  de  nombreux  ossements  humains,  épars  sur  le 
pavé  des  salles,  au  milieu  de  matériaux  divers,  semblent 
bien  témoigner  de  morts  violentes  ayant  accompagné  le  boule- 
versement de  la  construction.  Au  même  endroit,  on  trouva 
dans  un  canal  d’égout  un  vase  en  bronze,  contenant  un  anneau 
en  or  et  1,328  monnaies  d’argent  de  Caracalla  à Gallien,  évi- 
demment déposé  là  comme  dans  une  cachette  à l’approche 
d’un  péril  imminent.  Le  point  d’arrêt  de  ce  trésor  autorise  à 
fixer  avec  quelque  vraisemblance  la  destruction  de  Moind  à 
l’époque  de  l’invasion  à laquelle  est  resté  attaché  le  nom  de 
Chrocus.  D’autres  découvertes  de  monnaies,  parmi  lesquelles 
celles  d’Auguste  très  abondantes,  indiquent  que  Moind  était 
occupé  par  les  Romains  dès  le  commencement  du  premier 
siècle.  Une  longue  lacune  suppose  ensuite  une  accalmie  de 


(1)  Essai  sur  le  système  défensif  des  Romains  dans  le  pays  éduen. 


132 


LA  GAULE  THERMALE 


près  d’un  siècle,  puis  la  prospérité  reprend  avec  Trajan,  Ha- 
drien cl  les  Antonins,  dont  les  monnaies  se  rencontrent  en 
grand  nombre  (1). 

A Néris,  l’examen  des  constructions  thermales  indique  net- 
tement une  première  disparition  par  suite  de  destruction  vio- 
lente, suivie  d’une  restauration,  qui  semble  avoir  eu  le  carac- 
tère d’une  réfection  presque  complète.  La  ville  dut  participer 
également  à ces  vicissitudes,  et  Forichon  (2)  signale  sur  plu- 
sieurs points  l’existence  de  murailles  construites  au-dessus  de 
tronçons  de  murs  plus  anciens,  dont  elles  n’étaient  séparées 
que  par  une  mince  couche  de  décombres. 

Le  grand  établissement  thermal,  le  plus  voisin  des  sources, 
fut  reconstruit  sur  les  ruines  d’un  premier  édifice,  sans  qu’on 
ait  meme  pris  le  soin  d’enlever  les  marbres  et  les  colonnes 
renversés.  Ce  fait  apparut  clairement  lors  des  travaux  de 
1820,  au  cours  desquels  on  rencontra  d’anciennes  piscines 
remblayées  avec  des  décombres,  des  salles  fondées  sur  des 
fûts  de  colonnes  et  des  débris  d’entablement,  des  fragments 
d’inscriptions  employés  à la  couverture  d’un  aqueduc  qui  sui- 
vait l’axe  de  l’établissement  et  était  fondé,  en  plusieurs  points, 
sur  les  marbres  qui  pavaient  d’anciens  bassins.  Le  second  éta- 
blissement, plus  voisin  du  camp,  portait  également  des  traces 
de  restauration.  « Les  piscines,  dit  Forichon,  avaient  été,  en 
plusieurs  points,  manifestement  mutilées  et  ensuite  restaurées 
avec  un  ciment,  qui  faisait  contraste  avec  l’autre  comme  une 
pièce  de  grossière  étoffe  sur  un  habit  fin.  » 

La  date  de  cette  première  destruction  est  absolument  impré- 
cise. Quant  à la  restauration,  la  plupart  des  auteurs  l’attri- 
buent à l’époque  qui  suivit  les  succès  de  Julien,  après  qu’il 
eût  chassé  les  Germains  de  la  Gaule,  entre  360  et  365;  mais  ce 
n’est  là  qu’une  pure  affirmation,  que  ne  vient  corroborer 
aucune  preuve,  et  qu’il  faut  retenir  à titre  de  simple  hypo- 
thèse. L’établissement  ainsi  réédifié  ne  dut  pas  avoir  une 
bien  longue  durée  d’existence,  car  les  séries  monétaires  de 

(!)  Bulletin  de  la  Diana,  t.  V,  1889-1890,  p.  38  et  suiv. 

(2)  Monuments  de  l’antique  Néris,  1859. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


133 


NNéris  ne  nous  conduisent  que  jusqu’au  règne  de  Valens. 

Les  bains  d’Évaux,  dans  le  voisinage  de  Néris,  ont  dû, 
j comme  tant  d’autres,  être  livrés  aux  flammes.  Lors  des  fouilles, 
[ on  a trouvé  dans  les  piscines  des  charbons,  des  bois  et  des 
f pierres  noircis,  des  morceaux  de  bois  carbonisés,  et  « au- 
j dessus  et  dans  tous  les  interstices  des  terres  et  des  pierres 
j amoncelées,  une  quantité  très  considérable  de  charbon  entiè- 
I : rement  semblable  au  noir  de  fumée  du  commerce  ». 

Bien  qu’il  paraisse  évident  qu’on  soit  là  en  face  de  témoi- 
| .gnages  incontestables  d’incendie,  je  dois  cependant  signaler 
f qu’un  des  premiers  auteurs  qui  ont  étudié  les  anciens  thermes 
d’Évaux,  M.  Coudert-Lavillatte  (1),  s’est  demandé,  d’après  les 
observations  d’un  chimiste,  M.  Legrip,  s’il  ne  s’agissait  pas  là 
de  phénomènes  dus  à la  réaction  des  agents  minéralisateurs 
des  eaux  thermales,  phénomènes  qui  auraient  suivi  l’abandon 
des  thermes  après  la  chute  de  la  puissance  romaine  dans  les 
Gaules,  et  leur  lente  dégradation. 

Quoi  qu’il  en  soit,  les  thermes  d’Évaux  cessèrent  vraisem- 
blablement d’être  fréquentés  à la  suite  des  invasions  qui  se 
'Succédèrent  pendant  le  premier  quart  du  quatrième  siècle. 
Les  monnaies  les  plus  récentes  qui  en  proviennent  sont  de 
Constance  Chlore. 

Au  Mont-Dore,  il  y a probablement  lieu  de  distinguer  deux 
i causes  dans  la  destruction  des  édifices  thermaux.  Un  éboule- 
lement  de  la  partie  supérieure  de  la  montagne  qui  les  domi- 
nait a laissé  des  traces  évidentes,  reconnues  au  cours  des 
travaux  de  1823  : amas  confus  de  murs  renversés,  de  voûtes 
abattues  et  de  pierres  énormes  descendues  des  hauteurs, 
dont  on  pouvait  suivre  le  trajet  sur  le  flanc  de  la  montagne  (2). 

1 D’autre  part,  M.  Ledru  (3)  a vu  des  indices  certains  d’une 
dévastation  accomplie  avec  une  violence  sauvage  dans  les 

(1)  Les  Bains  d Beaux.  Société  des  sciences  naturelles  et  archéologiques  de 
la  Creuse,  t.  I,  2e  partie,  p.  186  et  suiv. 

(2)  Bl’utrand,  Note  sur  les  antiquités  du  Mont-d’Or. 

(3)  Note  sur  la  mise  au  jour  d'une  partie  de  l’établissement  thermal  romain 
du  Mont-Dore.  Mémoires  de  l’Académie  des  sciences,  belles-lettres  et  arts  de 
Clermont-Ferrand,  nouvelle  série,  t.  X,  1868. 


134 


LA  GAULE  THERMALE 


sculptures  et  les  chapiteaux  brisés,  les  mosaïques  boule- 
versées, les  colonnes  renversées  et  leurs  liens  de  métal  arra- 
chés, etc.  Quels  furent  les  auteurs  de  cette  œuvre  sauvage? 
Faut-il  l’attribuer  aux  Mamans  de  Chrocus,  au  troisième 
siècle,  ou  bien  aux  Gotbs  d’Euric,  au  cinquième?  Les  textes 
sont  muets;  la  dispersion  des  médailles  trouvées  au  Mont-Dore 
ne  permet  de  tirer  aucune  conclusion  des  séries  monétaires  : 
aussi  doit-on  se  borner  à de  simples  conjectures  en  face  de 
ces  questions  restées  jusqu’à  présent  sans  réponse. 

Ainsi  que  nous  l’avons  dit  plus  haut,  d’après  M.  de  Ribier, 
la  ruine  d’Ydes  semble  devoir  être  attribuée,  du  moins  en 
partie,  à des  phénomènes  naturels.  Peut-être  aussi  la  main  des 
Barbares  y fut-elle  pour  quelque  chose,  et  il  est  vraisemblable, 
en  tout  cas,  si  l’édifice  subsistait  encore  au  commencement  du 
sixième  siècle,  qu’il  dut  être  détruit  lors  de  l’invasion  de  l’Au- 
vergne par  Thierry,  en  532,  et  du  siège  de  Castrum  Meriola- 
cense  (Chastel-Marlhac),  qui  n’en  est  situé  qu  à peu  de  dis- 
tance. 

A Balaruc,  l’abbé  Bousquet  (1)  attribue  la  ruine  de  la  station 
aux  invasions  barbares,  entre  362  et  375.  D’après  une  note  de 
l’ouvrage  de  Greppo  (p.  249),  une  seule  découverte  de  mé- 
dailles dans  cette  localité  en  aurait  fourni  quatre  cents,  re- 
présentant une  série  de  tous  les  âges,  depuis  Auguste  jusqu’à 
Constantin. 

A Rennes-les-Bains,  les  restes  des  constructions  exhumées 
sont  généralement  recouverts  d’une  couche  de  cendres  et  de 
débris  calcinés,  qui  témoigne  de  la  destruction  par  le  feu. 

D’après  les  monnaies  découvertes  en  assez  grand  nombre 
dans  cette  station,  sa  ruine  devrait  être  placée  vers  408,  à 
l’époque  où  quelques-unes  des  hordes  qui  avaient  pénétré 
dans  les  Gaules,  lors  de  la  grande  invasion  de  406,  atteignirent 
les  Pyrénées. 

Les  causes  de  la  disparition  des  Thermes  Onésiens,  que  je 
place  à Bagnères-de-Luchon,  nous  apparaissent  moins  claire- 

(1)  Notice  et  précis  historique  sur  Balaruc-les-Bains  et  ses  sources  ther- 
males. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  135 

ment.  Les  récits  des  fouilles  qui  mirent  à découvert  les  anciens 
thermes  ne  semblent  mentionner  aucune  particularité  suscep- 
tible de  nous  éclairer  sur  les  circonstances  qui  ont  pu  accom- 
pagner leur  ruine.  M.  Sacaze  signale,  d’après  Salvien  (1), 
l’état  de  prospérité  dans  lequel  se  trouvait  la  région  où  est 
situé  Luchon,  la  Novempopulanie,  à la  fin  du  quatrième  siècle, 
et  au  commencement  du  cinquième;  la  dévastation  lui  semble 
dater  de  la  grande  invasion  qui  marqua  le  début  de  ce  dernier 
siècle  ou  de  l’époque  du  siège  et  de  la  prise  de  la  capitale  des  Con- 
vènes,  Lugdunum  Convenarum  (Saint-Bertrand-de-Gomminges) 
par  les  Francs  du  roi  Gontran,  en  585.  Greppo  (op.  af,p.  61), 
d’après  le  président  d’Orbessan,  semble  plutôt  attribuer  la 
destruction  de  ces  thermes  à un  éboulement  de  terre  et  de 
rochers  qui  aurait  tout  enseveli,  les  édifices  et  les  sources 
elles-mêmes. 

A Aix-en-Provence,  Rouard  signale  la  découverte,  au  cours 
de  plusieurs  fouilles,  de  couches  de  cendres  et  de  terre  brûlée 
recouvrant  les  décombres,  et  conclut  à une  incendie  qui  aurait 
suivi  ou  précédé  le  pillage  de  la  cité.  La  série  des  médailles 
rencontrées  dans  ces  fouilles  va  d’Auguste  à Magnence.  La 
ville  subit  peut-être  alors  une  première  atteinte  qui  ne  dut  pas 
la  ruiner  entièrement,  puisque  Sidoine  Apollinaire  (2)  en  parle 
encore  au  cinquième  siècle.  La  destruction  plus  complète  eut 
lieu  probablement,  d’après  Robert  (3),  au  sixième  siècle,  lors 
des  invasions  des  Saxons  et  des  Lombards. 


(1)  Nemini  dubium  est  Aquitanos  ac  Novempopulos  medullam  fere  omnium 
Galliarum  et  uber  totius  fecunditcitis  habuisse;  nec  solum  fecunditatis,  sed, 
quœ  præponi  inter dum  fecunditati  soient,  jucunditatis , voluptatis,  pulchri- 
tudinis.  ..  Ut  vere  possessores  ac  domini  terrœ  illius  non  tam  soit  istius  por- 
tionem  quam  paradisi  imaginem  possedisse  videantur.  Salvien,  De  Gu- 
bernatione  Dei,  liv.  VII,  2.  Cité  par  Sacaze  dans  Études  sur  Luchon,  1887. 

(2)  Ntiper  quadrupedante  cum  citato 
1res  Phocùla  Sextiasque  Baias, 

Illustres  titulis  prœliisque 
Urbes,  per  duo  consulum  tropœa. 

Carm.,  XXIII,  v,  13. 

(3)  Essai  historique  et  médical  sur  les  eaux  thermales  d’Aix,  connues  sous 
le  nom  d’Eaux  de  Sextius,  1812. 


LA  GAULE  THERMALE 


1 36 


I V 


Le  christianisme,  lors  de  son  triomphe  définitif  et  de  son 
établissement  officiel  en  Gaule,  fut  également,  comme  nous 
l’avons  dit,  un  puissant  agent  de  destruction  pour  les  cités 
thermales  et  les  éditices  élevés  près  des  sources.  Si,  vers  la 
fin  du  quatrième  siècle,  la  religion  nouvelle  avait  déjà  profon- 
dément pénétré  les  populations  des  villes,  il  n’en  était  pas  de 
meme  dans  les  campagnes  dont  les  habitants,  les  pagani, 
étaient  restés,  pour  la  plupart,  attachés  aux  anciens  cultes. 
« Le  druidisme  avait  depuis  longtemps  perdu  sa  vitalité, 
mais,  du  mélange  de  la  mythologie  romaine  avec  la  mytho- 
logie celtique  s’était  formée  une  religion  populaire  dont  les 
monuments  abondent  sur  notre  sol,  bien  que  l’interprétation 
en  soit  encore  obscure  (1).  » 

Pour  vaincre  ces  résistances,  les  empereurs  eurent  recours 
à des  mesures  légales  de  destruction,  comme  le  rescrit  d’Ar- 
cadius,  en  399  : Si  qua  in  agris  templa  sunt,  sine  tnrba  et  tumultu 
diruantur ; his  enim  dejectis  atque  sublatis.  omnis  superstitionis 
materia  consumitur ; et  celui  de  Théodose  le  Jeune,  complétant 
en  426  l’œuvre  de  son  père  : Cuncta  eorum  fana,  templa  delu- 
braque.  si  qua  etiam  nunc  restant  integra , j tissu  magistratnum 
destrui , conlocationeque  venerandœ  christianæ  religionis  signi  ex- 
piari  prœcipimus. 

Mais  avant  même  que  ces  prescriptions  fussent  passées  dans 
le  domaine  législatif,  de  fougueux  chrétiens  avaient  entamé  la 
croisade  contre  le  paganisme  encore  debout,  et  le  grand  Apôtre 
des  Gaules,  saint  Martin,  avait  commencé  ses  audacieuses 
expéditions  dont  les  traces  ont  été  relevées  dans  tant  de  con- 
trées de  notre  ancienne  Gaule  (2).  Les  cités  et  les  édifices  qui 

(1)  Lavisse,  Histoire  de  France,  t II,  lro  partie,  p.  13. 

(2)  Legov  de  la  Marche,  Saint  Martin,  1881.  « En  se  bornant  auxrésul- 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


137 


font  l’objet  de  nos  études  ne  furent  certainement  pas  oubliés 
dans  l’œuvre  dévastatrice.  Le  luxe  des  stations  thermales,  avec 
leurs  jeux  et  leurs  plaisirs,  la  vie  libre  et  facile  qu’on  y me- 
nait, le  culte  dont  on  y entourait  tant  de  divinités  latines  ou 
indigènes;  les  temples  médicaux,  où  les  malades  venaient  de- 
mander à de  surnaturelles  interventions  la  guérison  de  leurs 
maux;  les  simples  sources,  avec  leurs  modestes  sanctuaires 
auxquels  présidaient  ces  divinités  des  eaux  et  des  bois,  objets 
d’exécration  de  la  part  des  fidèles  chrétiens,  tout  cela  était 
bien  de  nature  à attirer  les  coups  des  bandes  fanatiques  qui 
marchaient  sur  les  pas  du  saint  et  s’appliquaient  à venger 
-sur  les  monuments  du  paganisme  expirant  les  persécutions 
et  les  longues  années  d’oppression  dont  avaient  souffert  leurs 
frères  en  croyance.  Bien  que  la  plupart  des  panégyristes 
de  saint  Martin  représentent  sa  prédication  comme  une  œuvre 
de  douceur,  exempte  de  toutes  violences  de  la  part  de  l’apôtre 
ou  de  ses  auxiliaires  (1),  il  est  permis  de  douter  que,  sans  une 
pression  énergique,  les  païens,  attachés  à leur  foi,  aient 
modifié  aussi  vite  leurs  idées  religieuses  et  leurs  sentiments 
et  opposé  aux  destructeurs  une  aussi  molle  résistance.  Aussi 
je  crois  plus  près  de  la  vérité  le  portrait  du  grand  mission- 
naire que  nous  trace  de  Broglie  dans  son  livre  sur  l’Eglise 
et  y Empire  romain  : « Conduisant  à l’assaut  des  temples  de 

tats  absolument  certains  de  notre  investigation,  voici  les  contrées  où  il 
a mis  le  pied  : la  Touraine,  l’Anjou,  le  Maine,  le  pays  Chartrain,  l’Ile-de- 
France,  la  Picardie,  le  pays  de  Trêves,  le  Sénonais,  la  Bourgogne,  la 
- Suisse,  le  Dauphiné,  l’Auvergne,  le  Berry,  le  Poitou,  la  Saintonge,  le 
Bordelais.  Et  si  l’on  veut  tenir  compte  des  résultats  reposant  sur  des 
probabilités  plus  ou  moins  grandes,  mais  dont  quelques-unes  approchent 
de  la  certitude,  il  faut  encore  ajouter  à cette  liste  l’Artois,  la  Flandre, 
une  partie  de  la  Belgique,  la  Lorraine,  la  Champagne,  la  Franche-Comté, 
la  Savoie,  le  Forez,  le  Nivernais,  et  même  un  coin  de  la  Normandie  et 
de  la  Bretagne  moderne.  « 

(1)  Sulpice  Sevère,  De  vita  B.  Martini.  « Le  plus  souvent  les  paysans 
s’opposaient  à la  suppression  des  lieux  sacrés,  mais  il  captivait  avec  tant 
;de  douceur  l’esprit  des  païens  par  sa  sainte  prédication  que,  finissant 
par  ouvrir  les  yeux  à la  lumière,  ils  portaient  eux-mêmes  la  main  sur  1a, 
demeure  de  leurs  idoles.  « Cité  par  Bulliot  et  Thiollier  dans  la  Mission 
et  le  culte  de  saint  Martin  d’après  les  légendes  et  les  monuments  populaires 
dans  le  pays  éduen.  — Voir  aussi  Lecoy  de  la  Marche,  op.  cil.,  p.  332 
et  333. 


138  LA  GAULE  THERMALE 

véritables  croisades  rustiques,  les  guidant  lui-rnème  dans  son 
costume  de  solitaire  qu’il  n’avait  pas  quitté,  les  cheveux  en 
désordre,  la  tunique  sale  et  déchirée,  la  torche  ou  la  hache 
à la  main,  mais  le  regard  brillant  d’un  feu  plein  de  douceur.  » 
Les  modes  de  dévastation  monumentale  étant  toujours  les 
mêmes  : le  renversement  ou  l’incendie,  il  est  malaisé  de  faire 
la  part  des  barbares  et  des  chrétiens  dans  ces  œuvres  néfastes 
qui  couvrirent  de  ruines  notre  sol  gaulois.  11  y a cependant 
des  indices  qui  peuvent  faire  attribuer  avec  quelque  certitude 
à ces  derniers  la  destruction  de  certains  des  édifices  qui  nous 
intéressent.  C’est,  tout  d’abord,  la  situation  géographique  des 
stations  détruites  sur  le  trajet  du  saint,  qui  a pu  fréquemment 
être  déterminé  avec  une  assez  grande  précision.  C’est,  ensuite, 
la  concordance  entre  la  fin  des  séries  monétaires  et  des  dates 
se  rapprochant  sensiblement  du  passage  des  bandes  chré- 
tiennes, car  Teffervescence  causée  parleur  venuene  dutpas  se 
calmer  immédiatement  et  des  disciples  zélés  continuèrent  et 
étendirent  certainement  l’œuvre  dévastatrice.  La  présence, 
près  des  lieux  ravagés,  de  sanctuaires  dédiés  à saint  Martin 
doit  aussi  être  prise  en  considération.  Enfin,  certains  carac- 
tères particuliers  dans  la  destruction  : la  mutilation  systéma- 
tique des  sta  tues,  leur  précipitation  dans  les  puits,  le  martèle- 
ment voulu  des  inscriptions  peuvent  également  être  retenus 
comme  des  indices  d’une  dévastation  ayant  un  but  déterminé 
et  visant  plus  spécialement  le  côté  religieux  des  établissements 
auxquels  elle  s’appliquait.  Il  noos  est  impossible  de  suivre  pas 
à pas  la  marche  du  christianisme  vainqueur,  chassant  de  leurs 
temples  les  vieilles  divinités  chères  aux  malades  et  mettant  en 
fuite  les  nymphes  protectrices  des  sources  salutifères.  Si  nous 
nous  bornons  à jeter  un  coup  d’œil  sur  la  Bourgogne  et  le 
Morvan,  pays  dans  lesquels  la  mission  de  saint  Martin  a été 
tout  particulièrement  étudiée  par  MM.  Bulliot  et  Thiollier  dans 
l’ouvrage  que  nous  avons  déjà  cité,  nous  voyons  que  l’apôtre 
des  Gaules  dût  parcourir  ces  régions  à partir  de  l’année  377, 
et  nous  remarquons  : que  Saint-Honoré,  dont  nous  avons 
attribué  la  destruction  aux  Barbares,  tomba  peut-être  sous  les 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


139 


coups  des  chrétiens,  car  la  série  monétaire  se  clôt  avec  Valen- 
tinien 1er;  qu’à  Bourbon-Lancy,  où  la  plus  récente  des  monnaies 
recueillies  est  de  Magnence,  des  statues  mutilées  ont  été 
trouvées  dans  un  puits  et  que  M.  Bulliot  signale,  sur  rempla- 
cement du  Bourbon  romain,  les  restes  d’une  ancienne  église 
dédiée  à saint  Martin;  que  les  temples  d’Essarrois  et  du  Mont- 
de-Sène,  d’après  les  séries  monétaires,  ont  été  ruinés  à la  fin 
du  quatrième  siècle;  qu’à  Sainte-Sabine,  levicus  gallo-romain 
prit  le  nom  de  Sanctus  Mar  tirais  Lassus,  qu’il  porta  jusqu’au 
treizième  siècle;  qu’au  temple  des  sources  de  la  Seine,  enfin, 
où  les  séries  monétaires  se  terminent  à Maximus,  la  présence 
d’objets  précieux  retrouvés  dans  les  décombres  détourne  l’idée 
d’un  pillage,  tandis  que  la  mutilation  des  statues,  à peu  près 
toutes  décapitées,  révèle  le  désir  bien  net  d’anéantir  les  images- 
extérieures  d’un  culte  odieux. 


V 


Les  premières  invasions  qui,  nous  le  savons,  furent  surtout 
des  incursions  de  pillards,  traversant  les  pays  sans  s’y  fixer, 
pas  plus  que  les  progrès  sans  cesse  croissants  de  la  religion 
du  Christ,  n’amenèrent  d’ailleurs  la  disparition  absolue  de 
toutes  les  stations  thermales  ou  minérales.  Quelques-unes 
subsistèrent  sans  doute,  grâce  à leur  situation  à l’écart  des 
routes  suivies  par  les  envahisseurs  ou  de  leur  position  dans 
des  vallées  peu  accessibles.  D’autres,  qui  ne  furent  pas  ruinées 
de  fond  ‘en  comble,  purent  être  totalement  ou  partiellement 
reconstruites;  nous  avons  vu  à Néris,  notamment,  un  exemple 
certain  de  restauration  de  ce  genre.  Ce  qui  n’est  pas  douteux, 
c’est  que  les  sources  médicinales  n’étaient  pas  complètement 
délaissées  au  cinquième  siècle,  au  temps  où  Sidoine  Apollinaire 
fait  allusion  aux  eaux  d’Aix  et  demande  à son  ami  Aper, 
dans  la  lettre  que  nous  connaissons,  s’il  s’est  rendu  aux  eaux 


•140  LA  GAULE  THERMALE 

salutaires  aux  malades  soutirants  de  la  poitrine  et  du  foie. 
Ainsi  donc,  à cette  époque,  les  eaux  de  PArvernie  étaient 
encore  fréquentées,  bien  que  cette  contrée  eàt  été  déjà  le 
théâtre  de  désastres  retentissants. 

Mais,  avec  l’effondrement  de  l’empire  romain  et  l’établisse- 
ment des  Barbares  en  Gaule,  la  nuit  complète  se  fait  sur  les 
stations  d’eaux  de  notre  pays.  Les  changements  apportés  dans 
les  mœurs  par  les  nouveaux  occupants,  les  modifications 
introduites  dans  la  vie  sociale  comme  dans  la  vie  privée  ame- 
nèrent la  disparition  d’habitudes  qui  n’étaient  plus  en  har- 
monie avec  les  conditions  nouvelles  de  l’existence. 

Cependant,  à la  ruine  des  thermes  et  des  sanctuaires  sur- 
vécut le  culte  des  sources,  la  vénération  dont  on  entourait  les 
eaux  à caractère  médical  ou  seulement  , sacré.  L’Église  mit 
tout  en  œuvre  pour  déraciner  ces  croyances  superstitieuses. 
La  chevauchée  de  saint  Martin  et  l’édit  d’Arcadius  avaient 
commencé  le  mouvement;  d’autres  prohibitions  suivirent, 
mais  la  continuité  même  des  anathèmes  prononcés  contre  les 
fervents  des  sources  est  une  preuve  de  leur  inefficacité  (1). 
Bien  souvent,  l’Église  eut  recours  à une  sorte  de  subterfuge, 
et,  reconnaissantl’impossibili  té  de  déraciner  l’antique  croyance, 
la  prit  pour  son  propre  compte  et  substitua  à la  Nymphe  ou 
au  Génie  tutélaire  du  paganisme  un  Saint  protecteur  investi 
des  mêmes  fonctions  (2).  L’oratoire  chrétien  s’éleva  sur  les 

(1)  « Que  nul  chrétien,  dit  saint  Éloy,  évêque  de  Novon  au  septième 
siècle  (dont  saint  Ouen,  archevêque  de  Rouen,  a écrit-la  vie),  ne  fasse  des 
vœux  dans  les  temples,  ou  auprès  des  pierres,  des  fontaines,  des  arbres... 
Chaque  fois  que  vous  tomberez  dans  quelque  infirmité,...  ne  faites  point 
de  cérémonies  diaboliques  aux  fontaines,  aux  arbres  et  aux  carrefours 
des  chemins.  » 

Non  licet  inter  sentes,  aut  arbores  sacrivos,  vel  ad  fontes  vota  exsolvere. 
(Concil.  Antissiod.,  c.  3.) 

Si  alicujus  episcopi  territorio  infidèles  aut  faculas  accendunt,  aut  arbores, 
fontes  vel  saxa  venerentur,  si  hac  eruere  neglexerit,  sacrilegii  reuin  se  esse 
cognoscat.  (2e  concile  d’Arles,  vers  452.) 

Le  deuxième  concile  de  Tours  (567)  condamne  ceux  qui  se  livrent  à 
des  pratiques  païennes  : Ad  nescio  quas  petras,  aut  fontes,  aut  arbores,  dé- 
signât a loca  gent ilium. 

(2)  A cultu  dœmonum  in  obsequium  Dei  veri  debeant  commutari et 

deum  verum  cognoscans  et  adorans,  ad  loca  quæ  consuevtt  familiarius  con- 
cussat.  (Bède  le  Vénékable,  Hist.  Eccles.  Angolorum,  lib.  1,  chap.  xxx.) 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  141 


ruines  de  l’édicule  païen,  orné  quelquefois  même  de  statuettes 
ou  de  bas-reliefs  empruntés  à l’édifice  antique  (1). 

Cette  dévotion  a traversé  les  siècles  pour  venir  jusqu’à 
nous.  On  ne  peut  compter  les  sources  sacrées  où  la  foi  popu- 
laire va  chercher  la  guérison  des  fièvres,  des  maladies  des 
enfants,  des  maladies  de  la  peau  ou  des  yeux,  de  la  stérilité, 
des  suites  de  couches,  etc.  (2).  En  bien  des  endroits,  les  rites 
sont  restés  analogues  à ceux  que  pratiquaient  les  anciens 
fidèles  des  sources  : les  dévots  ont  continué  à déposer  leurs 
offrandes  auprès  d’elles  ou  dans  leurs  bassins  mêmes  (3),  à 
briser  leurs  tasses  ou  à les  abandonner  sur  les  bords  (4),  à 
suspendre  dans  les  édicules  protégeant  les  sources  ou  aux 
branches  des  arbres  voisins  de  menus  objets  votifs,  ou  des 
représentations  en  cire  ou  en  métal  des  membres  atteints  de 


' (1)  Sur  le  plateau  du  Mesvrin,  l’ancien  autel  du  Génie  des  eaux  est 
enclavé  dans  l’abside  de  la  chapelle  de  saint  Ploto. 

Au  pied  du  Mont-de-Sène  (Côte-d’Or),  près  de  l’église,  on  remarque 
dans  le  mur  d’une  fontaine  une  figurine  grossière  de  travail  gallo-romain. 
C'est  l’ancien  Génie  de  la  source,  qui  prit  le  nom  de  saint  Éloi  après 
l’abolition  du  culte  païen. 

Près  de  Massingy  (Côte-d’Or),  dans  une  chapelle  voisine  de  la  fontaine 
de  Notre-Damc-dc-la-Roche-d’Y,  on  a incrusté  dans  la  maçonnerie  deux 
bas-reliefs  en  pierre,  anciens  ex-voto  trouvés  certainement  près  de  la 
source. 

On  pourrait  encore  citer  bien  d’autres  exemples  de  cette  nature. 

(2)  Ignon,  Notice  sur  les  monuments  antiques  de  la  Lozère.  Mémoires 

de  la  Société  de  Mende,  t.  XI,  1830-1840.  — Bulletin  de  la  même 

Société , t.  IX,  1858.  — Bulliot,  le  Culte  des  eaux  sur  les  plateaux  éduens. 
— De  Boisvillette,  Statistique  archéologique  d' Eure-et-Loir.  Sources  et 
fontaines , 1864.  — Du  Mège,  Archéologie  pyrénéenne,  t.  II.  — Le  culte  des 
fontaines  dans  l'Aube.  Revue  des  Traditions  populaires,  t.  XVI, 
p.  183,  etc-,  etc. 

(3)  M.  T h or.  i.\.  Causeries  sur  les  origines  de  l'Agenais.  Revue  de  l’Age- 
nais,  t.  XXII,  cite  plusieurs  fontaines  sacrées  dans  le  Lot-et-Garonne, 
entre  autres  trois  sources  (près  de  l’église  de  Goux,  commune  d’Allons), 
à vertus  miraculeuses,  auxquelles  on  fait  offrande  en  jetant  des  pièces 
de  monnaie  dans  leurs  bassins.  Dans  la  même  région,  à Ambrus,  on  jette 
encore  dans  l’eau  des  pièces  de  cuivre,  d’argent  et  d’or. 

(4)  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1886,  p.  174  : « M.  Buhot 
de  Kersers  entretient  la  Compagnie  d’une  fontaine  existant  dans  le  dé- 
partement du  Cher,  appelée  les  Baptisés,  qui  est  encore  l’objet  de  pèle- 
rinages. Ou  a trouvé,  dans  son  voisinage,  une  grande  quantité  de  petits 
vases  en  terre  grossière  et  d’époque  certainement  fort  ancienne.  M.  Gaidoz 
suggère  l’idce  que  ces  vases  avaient  pu  servir  autrefois  aux  pèlerins 
pour  boire  l’eau  sacrée  de  la  source  et  ensuite  être  laissés  en  ex-voto.  »> 


i 


142 


LA  GAULE  THERMALE 


maladie,  et,  près  des  fontaines  les  plus  fréquentées,  les  petits 
saints  d argile  ou  de  plâtre  ont  remplacé  sur  les  éventaires 
des  marchands  les  Vénus,  les  Maires  et  les  bébés  emmaillotés, 
modelés  autrefois  pour  les  dévots  païens  par  les  céramistes  de 
la  vallée  de  l’Ailier. 

Il  semble  bien  qu’au  moyen  âge  une  sorte  de  renaissance 
se  produisit  dans  l’usage  des  eaux  thermales.  La  nécessité  de 
combattre  l’horrible  fléau  de  la  lèpre  fut  sans  doute  pour 
beaucoup  dans  ce  retour  à l’emploi  des  eaux  chaudes;  les 
noms  caractéristiques  donnés  à certaines  piscines  sont  très 
significatifs  à cet  égard  (1).  Mais,  en  dehors  même  de  ces 
cas  spéciaux,  il  n’est  pas  douteux  qu’une  certaine  vie  se  mani- 
festa autour  de  quelques  sources  à l’époque  médiévale  ét  qu’on 
mit  à profit  les  travaux  gallo-romains,  en  décomhrant  les 
vieilles  piscines  et  en  nettoyant  tant  bien  que  mal  les  conduites 
anciennes. 

Je  me  bornerai  à citer  rapidement  quelques  preuves  de 
cette  survivance  de  la  vie  thermale,  dont  l’étude  m’entraîne- 
rait trop  loin  et  est  trop  en  dehors  du  sujet  de  mes  recherches 
pour  que  je  tente  même  de  l’aborder  plus  complètement. 

Les  eaux  d’Aix-en-Provence  ne  furent  jamais  abandonnées 
au  moyen  âge.  De  1112  à 1245,  sous  les  princes  de  la  maison 
d’Aragon,  elles  étaient  très  fréquentées  pour  le  goitre  et 
les  écrouelles  (2).  Ruffi,  dans  ses  Essais  sur  V histoire  de  la 
Provence , rapporte  qu’aux  douzième  et  treizième  siècles  on  y 
venait  de  diverses  nations  de  l’Europe,  notamment  d’Angle- 
terre et  d’Allemagne. 

Les  eaux  de  Gréoulx  virent  leurs  bains  rétablis  par  les 
Templiers.  Dans  un  Traité  sur  les  eaux  minérales  de  Gréoulx, 
sans  nom  d’auteur  ni  date,  il  est  dit  qu’on  voyait  encore  près 

(1)  Ax,  Bassin  des  Ladres.  — Moind,  Fontaine  des  Ladres.  — Neyrac, 
Piscine  des  lépreux.  — Plombières,  Bain  des  Ladres,  des  Lépreux  ou  des 
Bonnes  gens. 

Près  de  Dax,  les  eaux  de  Tercis  furent  utilisées  pour  soigner  les 
lépreux  au  retour  des  Croisades.  On  y voit  encore  les  vestiges  d’une 
ancienne  léproserie. 

(2)  Robert,  Essai  historique sur  les  eaux  thermales  d’Aix. 


143 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 

t 

des  bains  les  vestiges  de  l’établissement  qu’ils  y avaient  cons- 
truit. Les  restes  imposants  de  leur  château  ou  couvent  fortifié 
couronnent  le  sommet  de  la  colline  où  est  bâti  Gréoulx. 

A Digne,  des  lettres  patentes  de  Charles  II,  comte  de  Pro- 
vence., de  4293,  assignent  à son  médecin  une  rente  sur  les 
revenus  des  bains,  à charge  de  les  surveiller.  En  1312,  il 
intervient  un  compromis  permettant  l’usage  des  bains  aux 
Juifs,  à condition  qu’ils  contribueraient  aux  travaux  de  répa- 
ration (1  ) . 

Dans  l’Ardèche,  les  bains  de  Neyrac  sont  mentionnés  dans 
un  acte  de  1340  (2).  11  existait  déjà  auparavant  en  ce  lieu  une 
léproserie  fortifiée,  dont  on  voit  encore  des  restes,  avec,  tout 
à coté,  contre  un  rocher,  le  banc  de  bois  où  les  lépreux,  sor- 
tant du  bain,  allaient  se  sécher  au  soleil  (3). 

Les  eaux  de  Saint-Laurent,  dans  la  même  région,  étaient 
connues  et  fréquentées  au  quinzième  siècle. 

Dans  le  Rouergue,  de  pieux  solitaires  qui  se  retirèrent  en 
1132  dans  la  vallée  de  Sylvanès  y trouvèrent  un  hameau, 
sorte  de  caravansérail,  destiné  à recevoir  ceux  qui  allaient 
boire,  dans  la  belle  saison,  l’eau  de  Sylvanès,  et  inhabité  le 
reste  de  l’année  (4). 

Au  Mont-Dore,  le  seigneur  de  Murat  fait  don,  en  1328,  au 
chapitre  d’Orcival,  d’une  rente  importante  à prélever  sur  les 
bains  du  lieu  de  Bains  (ancien  nom  du  Mont-Dore).  D’après 
des  registres  terriers  (1423  et  1463),  il  y a avait  alors  quatre 
sources  minérales  utilisées. 

A la  Bourboule,  en  1643,  le  seigneur  s’engage  à faire  cons- 
truire une  maison  de  bains  à l’usage  des  habitants,  à charge 
par  eux  de  payer  une  redevance. 

Au  onzième  siècle,  le  seigneur  de  Bourbon-Lancy  donne  à 

(1)  Arnoux,  Etude  historique  sur  les  bains  thermaux  de  Digne,  1886. 

(2)  Docteur  Francus,  Voyage  aux  pays  volcaniques  du  Vivarais,  1878. 

(3)  Morin,  Notice  historique  et  thérapeutique  sur  les  eaux  minérales  et 
thermales  de  Neyrac,  1868. 

(4)  Abbé  Bousquet,  Anciennes  abbayes  de  l'ordre  de  Citeaux  dans  le 
Rouergue.  Mémoires  de  la  Société  des  lettres,  sciences\et  arts  de  l’Aveyron, 

t.  IX. 


144 


LA  GAULE  THERMALE 


l'abbé  de  Cluny  les  bains  situés  dans  le  voisinage  de  son  châ- 
teau, à charge  d’entretenir  cinq  religieux  de  son  ordre  au 
prieuré  de  Saint-Nazaire  et  d’y  faire  aumône  générale  trois 
lois  par  semaine. 

Il  existait  au  Vernet  un  édifice  thermal  voûté,  dont  la  cons- 
truction est  attribuée  au  douzième  ou  au  treizième  siècle.  Au 
meme  lieu,  en  1309,  Guillaume  de  Novelles  reçoit  l’autorisa- 
tion de  construire  des  bains  dans  la  maison  qu’il  possède  au 
Vernet,  près  des  bains  de  ce  lieu,  et  de  recevoir  une  source 
chaude  qui  est  hors  des  grands  hains  (1). 

Les  bains  de  Bagnères-de-Bigorre  étaient  soumis,  en  1317, 
à un  règlement  de  police  municipale,  édictant  des  peines  contre 
ceux  qui  salissaient  l’eau  (2),  on  molestaient  les  baigneurs. 

Au  Yieux-Barèges,  d’après  le  Guide  Joanne,  on  voit  encore 
de  sombres  piscines,  construites  probablement  au  moyen  âge. 
Les  bains  de  Cauterets  sont  mentionnés  dans  une  charte  de 
943,  par  laquelle  le  comte  Raymond  donne  à l’abbaye  de 
Saint-Savin  « la  vallée  de  Cauterets,  à condition  que  les  moines 
y élèvent  une  église  à saint  Martin  et  y conservent  toujours 
des  cabanes  convenables  pour  les  baigneurs  (3).  » Reveil  (4) 
signale  l’ancien  Bain  de  César,  « qui  se  rapporte  par  son 
ordonnance  et  sa  construction  à la  fin  du  treizième  siècle, 

(1)  Cros,  le  Monument  thermal  du  Vernet.  Mémoires  de  la  Société  ar- 
chéologique du  Midi  de  la  France,  t.  IV. 

(2)  Le  souci  d’éviter  la  pollution  des  eaux  des  piscines  est  certain  au 
moyen  âge.  Il  nous  semble  bien  apparaître  dans  la  légende  des  eaux  de 
Vichy.  Une  tradition  constante  dans  le  pays  plaçait  les  eaux  et  les  bains, 
aux  temps  anciens,  non  loin  de  Rongères,  près  de  Varennes-sur-Allier, 
où  l’on  a découvert,  près  d’une  source,  de  vastes  piscines  cimentées, 
des  tuyaux  et  de  nombreuses  antiquités.  D’après  la  légende,  il  y eut  là 
des  sources  chaudes,  sous  la  protection  d’une  fée  blanche,  qui  avait 
défendu  formellement  qu’aucune  femme  y lavât  son  linge  particulier.  Un 
jour,  au  temps  des  Gaulois,  la  fée  planant  au-dessus  des  sources  aperçut 
une  femme  qui  lavait  du  linge  maculé  dans  la  grande  piscine.  Irritée,  la 
fée  enleva  aussitôt  les  sources  chaudes  et  les  transporta  à Vichy,  où 
elles  n’ont  pas  cessé  de  couler  depuis  lors. 

Ne  peut-on  pas  voir  dans  cette  légende  comme  cm  reflet  du  soin  pris 
par  nos  ancêtres  de  préserver  les  eaux  des  sources  thermales  de  tout 
contact  pouvant  les  contaminer  ? 

(3)  Docteur  Miqitel-Dalton,  Cauterets  dans  le  passé,  1890. 

(4)  Analyse  chimique  des  eaux  de  Cauterets.  Annales  de  la  Société  d’hydro- 
hgie  médicale  de  Paris,  t.  VI,  1859-1800. 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES  145 

r 

époque  à laquelle  un  grand  nombre  de  maladreries  furent 
fondées  près  des  sources  minérales.  » 

La  Cosmographie  de  Qazwînî,  auteur  arabe  du  treizième 
siècle,  parlait  en  ces  termes  des  eaux  de  Dax,  auquel  il  donne 
le  nom  de  Efsch  : « Il  y a là  une  source  chaude,  très  riche  en 
eau,  sur  laquelle  est  bâtie  une  maison  avec  une  cour  spacieuse. 
Dans  cette  maison  les  habitants  prennent  des  bains  chauds, 
mais  en  se  tenant  assez  loin  de  la  source  chaude,  par  crainte 
de  la  haute  température  de  l’eau  qui  sort  de  la  source 
chaude  (1).  » 

A Rennes-les-Bains,  des  séries  monétaires  du  moyen  âge 
semblent  établir  que  les  bains  ne  cessèrent  pas  d’être  fré- 
quentés pendant  cette  période  (2). 

En  Savoie,  à l’Échaillon,  une  charte  de  1344  prouve  l’exis- 
tence à cette  époque  d’un  établissement  de  bains. 

A Uriage,  d’après  Guétard  (3),  il  y avait,  au  quatorzième 
siècle,  une  source  d’eau  minérale  et  des  bâtiments  construits 
par  les  Romains,  que  le  seigneur  du  lieu  fit  démolir  pour  se 
soustraire  aux  visites  onéreuses  des  baigneurs. 

Nous  connaissons  par  le  roman  de  Flamenca,  écrit  au  trei- 
zième siècle,  la  vie  qu’on  menait  à cette  époque  à Bourbon- 
l’ Archambault,  où  il  y avait  « des  établissements  où  tous, 
gens  du  pays  et  étrangers,  pouvaient  prendre  les  bains  très 
confortablement.  Pas  de  boiteux  ni  d’éclopé  qui  ne  s’en 
retournât  guéri,  s’il  n’abrégeait  pas  trop  son  séjour.  On 
pouvait  se  baigner  quand  on  voulait  dès  que  l’on  avait  fait 
marché  avec  le  patron  d’un  hôtel  concessionnaire^des  sources. 
Dans  chaque  bain  jaillissaient  de  l’eau  chaude  et  de  l’eau 
froide.  Chacun  était  clos  et  couvert  comme  une'  maison,  et  il 
s’y  trouvait  des  chambres  tranquilles  où  on  pouvait  se  reposer 
et  se  rafraîchir  à son  plaisir  (4).  » 

(1)  C.  Jullian,  Notes  sur  V Aquitaine. 

(2)  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires,  t.  III,  1821,  p.  56  et  suiv. 

(3)  Minéralogie  du  Dauphiné,  1779. 

(4)  Langlois,  la  Société  française  au  treizième  siècle  d’après  dix  romans 
d’aventure.  Sur  Flamenca,  p.  130  à 185.  — Chambon,  Bourbon  au  moyen 
âge.  Quinzaine  bourbonnaise,  t.  VI,  1897,  p.  12  à 17. 


10 


146 


LA  GA  U LL  THERMALE 


A Luxeuil,  l’existence  des  bains  au  quinzième  siècle  est 
prouvée  par  différents  titres  conservés  aux  archives  de  la 
ville  (1). 

A Plombières,  un  fragment  de  la  chronique  manuscrite  des 
dominicains  de  Colmar  porte  qu’en  1292,  le  duc  Ferri  111  * fit 
construire  un  château  à Plumers,  au-dessus  des  bains,  pour 
protéger  les  baigneurs  contre  les  méchantes  gens  » (2). 

J’arrête  ici  ces  citations,  déjà  trop  longues,  et  qui  pour- 
raient être  multipliées  sans  doute  pour  d’autres  stations.  Il  en 
résulte  que  l’usage  des  bains,  en  général,  et  celui  des  eaux 
thermales  en  particulier,  ne  fut  pas,  au  moyen  âge,  aussi 
abandonné  qu’on  l’a  dit  bien  souvent  (3),  et  qu’il  est  bon  de 
n’accueillir  que  sous  de  prudentes  réserves  les  phrases  à effet 
comme  : « Mille  ans  et  pas  un  bain  ! » ou  des  assertions 
comme  celle  de  Bordeu,  parlant  de  l’abandon  des  cures  ther- 
males au  moyen  âge,  alors,  dit-il,  que  l’esprit  était  ailleurs  et 
que  la  magie,  les  songes  et  l’astrologie  judiciaire  formaient  le 
fond  des  connaissances  médicales  (4). 


(1)  Dey,  Mémoires  pour  servir  à l’histoire  de  'la  ville  de  Luxeuil.  Mé- 
moires de  la  commission  d’archéologie  de  la  Haute-Saône,  t.  IV. 

(2)  Haumonté,  Plombières  ancien  et  moderne.  Édition  refondue  par 

J.  Parisot,  1905. 

(3)  Enlart,  Manuel  d’archéologie  française,  t.  II.  Architecture  civile 
et  militaire,  p.  86  : « Parmi  les  nombreuses  traditions  romaines  que  les 
barbares  furent  heureux  d’accepter  et  que  le  moyen  âge  tenait  à perpé- 
tuer, il  faut  compter  l’usage,  sinon  quotidien,  au  moins  hebdomadaire, 
des  bains,  tels  que  les  Turcs  ont  continué  de  le  pratiquer.  Rien  n’est 
plus  faux  et  plus  injuste  que  de  juger,  comme  on  l’a  souvent. fait,  le 
moyen  âge,  d’api'ès  la  période  qui  nous  sépare  de  lui  ; en  cette  matière, 
spécialement,  rien  ne  ressemble  moins  aux  habitudes  du  treizième  et  du 
quatorzième  siècles,  que  la  malpropreté  dégradante  du  dix-septième 
siècle.  » 

De  même,  Viollet-le-Duc,  Dictionnaire  raisonné  de  l’architecture  fran- 
çaise, termine  ainsi  l’article  Étuve  : « De  toutes  les  citations  qui  précè- 
dent  on  peut  conclure  ceci  : que  pendant  le  moyen  âge,  l’usage  des 

bains,  comme  on  les  prend  aujourd’hui,  était  fort  répandu;  qu’il  exis- 
tait des  établissements  publics  de  bains  dans  lesquels  on  trouvait  des 
étuves,  tout  ce  qui  tient  à la  toilette;  que  dans  les  châteaux etles grands 
hôtels  il  y avait  des  salles  affectées  aux  bains,  presque  toujours  dans  le 
voisinage  des  chambres  à coucher.  » 

(4)  J’emprunte  aux  Mémoires  de  la  Société  Èduenne,  t.  XXX,  1902,  une 
intéressante  note  sur  des  étuves  du  moyen  âge  et  leurs  rapports  avec 
les  établissements  romains  similaires  : « M.  Garnier  ( Etuves  dijonnaises, 


GÉOGRAPHIE  DES  STATIONS  THERMALES 


147 


Dijon,  Jobard,  1867)  a pu  montrer  que  les  étuves  du  moyen  âge,  aussi 
fréquentées  que  les  anciens  thermes,  et  qui  ne  s’annonçaient  extérieure- 
ment que  par  une  auge  en  pierre,  étaient  loin  de  présenter  la  complica- 
tion et  le  confort  des  bains  l'omains. 

« Elle  comportait  généralement  un  rez-de-chaussée  sur  cave,  un  étage 
et  des  greniers  dessus.  Dans  la  cave,  qui  remplaçait  l’hypocauste  an- 
tique, se  trouvaient  deux  fours  ou  fourneaux  bâtis  en  briques  et  ciment, 
dont  le  massif  traversait  la  voûte  et  ne  dépassait  point  le  niveau  du  rez- 
de-chaussée.  Ce  rez-de-chaussée  était  ordinairement  divisé  en  deux  grandes 
pièces  avec  mie  antichambre  commune. 

« La  salle  de  bains  se  composait  d’une  grande  piscine  en  bois  qui  rap- 
pelait plutôt  le  labrum  que  Yoceanum  des  anciens.  L’eau  chaude  puisée 
dans  la  chaudière  placée  à l’extrémité  de  la  salle,  et  l’eau  froide  y étaient 
amenées  par  des  corps  en  bois.  Autour  de  la  pièce,  et  quand  les  locaux 
le  permettaient,  il  y avait  encore  des  baignoires  aussi  en  bois  destinées 
aux  personnes  riches  ou  malades. 

« La  salle  des  étuves  proprement  dites  rappelait  davantage  le  laconicon. 
Au  lieu  de  supporter  une  chaudière  ouverte  comme  dans  la  salle  précé- 
dente, le  massif  de  maçonnerie,  je  dirai  presque  le  poêle,  se  terminait  en 
coupole,  percé  de  trous  au  travers  desquels  s’échappait  l’air  chaud.  Des 
sièges  et  des  gradins  s’élevaient  autour  du  massif  et  permettaient  aux  bai- 
gneurs de  s’exposer,  comme  ils  le  voulaient,  aux  effets  de  la  chaleur.  » 


TROISIEME  PARTIE 

LE  CULTE  DES  SOURCES  THERMALES 
ET  MÉDICINALES 


CHAPITRE  PREMIER 


I.  Le  culte  des  eaux  chez  les  Gaulois  et  chez  les  Romains.  — II.  Sources 

sacrées. 


I 


La  vénération  religieuse  dont,  aux  temps  .anciens,  étaient 
entourées  les  eaux  thermales,  les  cultes  qui  avaient  pris  nais- 
sance autour  d’elles,  ainsi  que  les  divers  modes  d’offrandes 
par  lesquels  se  traduisait  la  reconnaissance  des  malades 
envers  les  dieux  guérisseurs,  présentent  des  sujets  d’étude 
particulièrement  intéressants,  surtout  au  point  de  vue  archéo- 
logique, mais,  par  certains  côtés  aussi,  au  point  de  vue 
médical.  L’antiquité  avait  créé  autour  des  sources  un  véritable 
Olympe,  où  se  coudoyaient  grandes  divinités  et  petits  génies 
locaux,  toutes  divinités  sur  lesquelles  les  inscriptions  recueil- 
lies en  grand  nombre  autour  des  anciennes  stations  thermales 
ou  minérales  nous  fournissent  des  renseignements  assez  com- 
plets. 

Dès  qu’un  premier  instinct,  un  obscur  sentiment  religieux 


150 


LA  GAULE  THERMALE 


s’éleva  dans  l’esprit  de  nos  lointains  ancêtres,  ce  fut  vers  les 
forces  de  la  nature,  avec  qui  les  hommes  primitifs  vivaient  en 
perpétuel  contact,  que  s’orientèrent  les  premières  croyances. 
Les  montagnes  formaient  autour  d’eux  des  obstacles  à peu  près 
infranchissables  ; les  nuées  et  les  orages  s’y  rassemblaient  ; 
les  éboulements  et  les  avalanches  sillonnaient  leurs  flancs  ; 
mais  leurs  escarpements  et  les  grottes  creusées  dans  leurs 
flancs  offraient  des  abris,  des  postes  d’observation  et  de  sûres 
retraites  en  cas  de  danger.  La  vaste  profondeur  des  forêts,  où 
l’on  pouvait  marcher  de  longs  jours  sans  sortir  de  l’ombre 
des  arbres,  les  remplissait  d’une  terreur  secrète;  mais  ils 
trouvaient  là  les  matériaux  nécessaires  pour  élever  de  rudi- 
mentaires cabanes,  alimenter  le  feu  qui  cuisait  leurs  aliments 
et  écartait  les  bêtes  rôdeuses,  ainsi  que  l’inépuisable  réserve  de 
gibier  indispensable  aux  besoins  de  leur  vie.  Les  eaux  rou- 
laient, sauvages  et  furibondes,  au  fond  des  profondes  vallées, 
empiétant  souvent  par  leurs  inondations  sur  le  domaine  de 
l’homme  primitif  ; mais  il  avait  rapidement  compris  l’impor- 
tance de  cet  élément  pour  tous  les  besoins  de  la  vie  ; il  avait 
reconnu,  en  se  risquant  sur  le  premier  embryon  de  pirogue,  les 
avantages  de  ce  chemin  qui  marchait,  et  il  avait  trouvé,  en  s’iso- 
lant au  milieu  de  ces  eaux,  l’abri  le  plus  sûr  contre  les  dangers 
qui  l’assaillaient  chaque  jour. 

Ces  deux  sentiments  : la  crainte  et  la  reconnaissance,  à 
l’égard  des  forces  naturelles  furent  les  facteurs  principaux 
d’où  découlèrent  les  premiers  cultes.  D’abord  grossières,  et 
directement  appliquées  aux  objets  mêmes  qui  se  trouvaient 
sous  les  yeux,  ces  idées  se  synthétisèrent  avec  le  temps  et  les 
progrès  de  l’esprit  humain  et  firent  place  à la  notion  plus 
large  et  plus  élevée  d’êtres  supérieurs  présidant  à un  ensemble 
de  ces  forces,  comme  les  eaux,  les  forêts  et  les  montagnes,  ou 
dominant  les  phénomènes  physiques  comme  la  lumière,  le 
tonnerre  et  les  vents.  Mais,  à côté  de  ces  conceptions 
abstraites,  demeura  toujours  le  culte  particulier  du  Génie 
attribué  à chaque  source,  chaque  bois,  chaque  mont.  L’esprit 
des  simples,  toujours  réfractaire  aux  idées  générales,  allait 


151 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 

avec  plus  de  confiance  à cette  divinité  familière,  qu  il  sentait 
plus  près  de  lui  et  plus  accessible,  et  c’est  ainsi  que  prirent 
naissance,  a côté  de  la  religion  officielle,  ces  superstitions 
locales,  ces  naïves  croyances,  dont  les  traces  subsistent  encore 
si  nombreuses  de  nos  jours. 

En  Gaule,  le  culte  des  eaux,  le  seul  dont  nous  ayons  à nous 
occuper  particulièrement,  formait,  avant  la  conquête  romaine, 
un  des  éléments  principaux  de  la  religion  populaire '(1).  « Ce 
culte,  dit  A.  Bertrand,  comme  celui  des  pierres,  est  pré-drui- 
dique, s’il  n’est  pas  pré-celtique.  Il  est  le  produit  de  la  race. 
Les  pratiques  superstitieuses  qui  en  constituent  le  fond  étaient 
déjà  des  survivances  au  temps  des  druides  (2).  » Les  sources, 
les  fleuves,  les  étangs  étaient  divinisés,  et  l’hommage  à la 
divinité  protectrice  se  rendait  en  jetant  au  fond  des  eaux  des 
pièces  de  monnaie  ou  des  objets  plus  ou  moins  précieux. 
Strabon  (3)  parle  des  quantités  d’or  et  d’argent  qui  furent 
trouvées  dans  les  lacs  ou  étangs  sacrés  situés  aux  environs  de 
Toulouse,  et  les  découvertes  faites  près  de  nombre  de  sources, 
dans  le  lit  de  certains  fleuves  et  dans  la  tourbe  d’anciens 
marais  desséchés  ont  permis  de  constater  combien  cette  pra- 
tique était  répandue  dans  toute  l’étendue  de  la  Gaule. 

Les  sources  thermales  surtout  étaient  toutes  désignées 
pour  devenir  l’objet  d’un  culte  particulier.  La  vapeur  qui  s’en 
élevait,  l’odeur  caractéristique  et  la  chaleur  de  leurs  eaux 
furent  autant  de  circonstances  qui  durent  impressionner 
vivement  les  hommes  dès  les  premières  époques.  Si  l’on  admet, 
en  outre,  que  le  hasard  ou  l’heureux  succès  d’une  tentative 
empirique  purent  révéler  l’efficacité  médicale  de  ces  eaux, 

(1)  « Les  Gaulois  adoraient  les  forces  de  la  nature,  conçues  comme  au- 
tant d’êtres  animés,  conscients,  et  dont  on  se  conciliait  la  faveur  par  cer- 
tains rites  et  certaines  formules.  Ces  divinités  étaient  ou  topiques,  c’est- 
à-dire  attachées  à un  lieu  déterminé,  ou  communes  à la  Gaule  entière  ou 
à une  région  de  la  Gaule.  Très  souvent  elles  ôtaient  l’un  et  l’autre  à la 
fois,  car  un  dieu  topique  pouvait  étendre  le  cercle  de  ses  fidèles,  grâce  à 
la  célébrité  d’un  de  ses  sanctuaires,  et,  inversement,  un  grand  dieu  pou- 
vait, par  la  même  raison,  affecter  un  caractère  local.  » La  visse,  His- 
toire de  France,  t.  I,  2e  partie,  p.  47. 

(2)  A.  Bertrand,  la  Religion  des  Gaulois. 

(3)  Géographie,  liv.  IV,  chap.  i,  13. 


452 


LA  GAULE  THERMALE 


voici  un  nouveau  et  puissant  motif  de  placer  auprès  de  la 
source  salutaire  une  divinité  amie  et  bienfaisante,  dont  la 
main  délivrait  des  étreintes  du  mal  ceux  qui  venaient  confiants 
implorer  son  secours. 

Dans  le  domaine  spécial  du  culte  des  eaux,  Romains  et 
Gaulois  se  rencontrèrent  sur  un  terrain  commun.  Nous  savons 
de  façon  certaine  que  la  religion  romaine  entourait  de  véné- 
ration les  rivières  et  les  sources  ; qu’elle  les  consacrait  en  éle- 
vant sur  leurs  rives  des  autels  ou  des  temples,  et  que,  de 
même  que  chez  les  Gaulois,  leurs  ondes  recevaient  des  mains 
des  pèlerins  des  dons  et  des  offrandes.  Parmi  les  textes  qui 
font  allusion  à cette  dévotion  particulière,  nous  nous  borne- 
rons à citer  les  deux  suivants,  qui  nous  intéressent  plus  direc- 
tement comme  s’appliquant  d’une  façon  précise  aux  sources 
thermales  : « On  a de  la  vénération,  dit  Sénèque,  pour  la 
source  des  grands  fleuves  ; on  dresse  des  autels  à l’endroit  où 
certaines  rivières  sortent  subitement  de  terre  ; on  rend  un 
culte  aux  fontaines  d’eau  chaude  (1).  » Et  Pline  dit  en  par- 
lant des  eaux  minérales  : « Elles  augmentent  sous  des  noms 
variés  le  nombre  des  dieux  et  fondent  des  villes,  comme 
Pouzzoles  en  Campanie,  etc.  (2).  » 

Lorsque  la  conquête  fut  un  fait  accompli  et  que  Rome  com- 
mença à imposer  son  organisation  à la  Gaule,  elle  ne  ren- 
contra pas  une  bien  vive  résistance  dans  le  domaine  religieux. 
Si  le  culte  druidique,  peut-être  à cause  de  certains  rites,  mais 
surtout  à raison  de  son  caractère  politique  et  nationaliste, 
fut  vivement  traqué  et  dût  disparaître  peu  à peu  de  notre 
pays,  il  n’en  fut  pas  de  même  du  fond  même  de  la  religion. 
D’une  manière  générale,  les  Romains  respectaient  les  cultes 
des  peuples  vaincus  et  ne  cherchaient  pas  à leur  imposer  par 
la  force  leurs  propres  croyances.  Il  en  fut  ainsi  particulière- 

(1)  Sénèque,  Epist.  XLI  : Mngnorum  fluminum  capita  venernmur ; soit  ta 
ex  addito  vasti  amnis  eruptio  aras  habet;  coluntur  aquarum  calentium 
fontes. 

(2)  Pline,  Hist.  nat.,  t.  XXXI,  .2  : Augeni  numerum  deonnn  nomi- 
nibus  variis,  urbesqiie  condunt,  sicut  Puteolos  in  Campaiiia , Stalyellas  in 
lÀguria,  Sextias  in  Narbonensi  provincia. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  15» 

ment  en  Gaule,  où  la  similitude  qui  existait  à l’avance  entre 
certains  dieux  de  l’Olympe  latin  et  les  principales  divinités 
du  polythéisme  gaulois  amena  des  rapprochements  immédiats 
et  permit  une  fusion  rapide. 

Dans  un  passage  célèbre  et  bien  souvent  cité,  César  signale 
déjà  cette  analogie  en  ces  termes  : « Mercure  est  de  tous  les 
dieux  celui  qu’ils  (les  Gaulois)  vénèrent  le  plus  ; ses  statues 
sont  très  nombreuses  ; ils  le  regardent  comme  l’inventeur  de 
tous  les  arts,  comme  la  divinité  qui  préside  aux  voyages  et 
aux  routes,  et  ils  pensent  qu’il  exerce  une  très  grande  influence 
sur  le  gain  et  le  commerce.  Les  dieux  qu’ils  adorent  après  lui 
sont  Apollon,  Mars,  Jupiter  et  Minerve,  et  ils  en  ont  à peu  près 
la  même  idée  que  les  autres  peuples  : Apollon  guérit  les  mala- 
dies, Minerve  initie  les  hommes  aux  travaux  et  aux  arts, 
Jupiter  gouverne  le  ciel.  Mars  préside  à la  guerre  (1).  » Il  est 
bien  évident  que  César  procède  ici  par  une  sorte  de  compa- 
raison et  que  les  Gaulois  n’adoraient  pas  les  dieux  qu’il  cite 
sous  leurs  noms  romains.  Nous  ne  savons  pas  très  exactement, 
d’autre  part,  à quelles  divinités  gauloises  correspondaient  ces 
habitants  de  l’Olympe  romain,  mais  la  similitude  entre  leurs 
attributions  respectives  ne  peut  faire  aucun  doute. 

Il  n’y  eut  pas  absorption  des  cultes  anciens  par  la  religion 
nouvelle.  Les  dieux  romains  venant  se  juxtaposer  aux  divi- 
nités indigènes,  vivre  côte  à côte  avec  elles,  il  se  produisit 
alors,  dans  le  monde  spécial  des  divinités  des  sources  comme 
dans  tout  l’ensemble  de  la  religion  gauloise  en  général,  une 
sorte  de  fusion,  de  transformation  particulière,  à laquelle 
Tacite,  parlant  de  certains  dieux  de  la  Germanie,  donnait  le 
nom  d ’ interprétât io  romana  (2). 

Cette  coexistence  des  deux  religions  est  clairement  révélée 


(1)  De  Bello  gallico,  Iiv.  VI,  17. 

(2)  Tacite,  Mœurs  des  Germains,  XLIII  : Apud  Naliaroalos  antiquœ 
religionis  lucus  ostenditur.  Prœsidet  sacerdos  muliebri  ornatu,  sed  deos 
interpretatione  romana  Castorem  Polluçemque  memoranl.  — Les  diverses 
modalités  de-  ce  phénomène  ont  été  très  complètement  étudiées  par 
Franciscus  Richteh,  De  Deorum  barbarorum  interpretatione  romana  quœs- 
tiones  teleclœ.  Halis  Saxonum  (Halle),  1906. 


154 


LA  GAULE  THERMALE 


par  les  documents  épigraphiques  et  les  monuments  figurés, 
qui  nous  font  saisir  la  pénétration  des  deux  cultes  l’un 
par  l’autre  et  la  formation  d’une  sorte  de  polythéisme  bigarré 
dans  lequel  l’élément  gaulois  ou  l’élément  romain  dut  être 
prépondérant,  selon  que  la  région  avait  subi  complètement 
l’empreinte  du  conquérant,  ou  conservé  dans  une  certaine 
mesure  les  traditions  du  temps  de  l’indépendance.  C’est 
ainsi  que,  dans  certaines  inscriptions,  nous  trouverons  invo- 
quées seules  des  divinités  dont  les  noms  décèlent  l’origine 
celtique  ou  ibérienne  ; d’autres  nous  présenteront,  au  contraire, 
des  dieux  du  Panthéon  romain  sans  aucune  association.  Fré- 
quemment, les  noms  des  dieux  latins  seront  associés  à ceux 
des  divinités  gauloises,  ou  bien  accompagnés  d’une  épithète 
qui  leur  enlèvera  leur  caractère  purement  romain  pour  en 
faire  des  sortes  de  dieux  autochtones,  ou  les  attachera,  par 
une  désignation  toponymique,  à un  lieu  déterminé  dont  ils 
deviendront  les  protecteurs  particuliers,  les  dieux  topiques  (1  ). 

Nous  pouvons  faire  des  constatations  du  même  genre  dans 
le  domaine  des  représentations  figurées.  Parmi  les  innombra- 
bles sculptures  que  nous  a laissées  la  Gaule  romaine,  se  ren- 
contrent des  images  de  divinités  directement  inspirées  par  la 
mythologie  romaine,  effigies  classiques  des  dieux  de  l’Olympe 
latin,  et  des  représentations  de  dieux  gaulois,  sous  leur  forme 
absolument  originale,  ou  bien  habillés  à la  romaine,  et  ne 
rappelant  leur  origine  locale  que  par  quelque  emblème  parti- 
culier, la  roue,  par  exemple,  placée  à côté  du  Jupiter  gaulois. 

Quelquefois  aussi  les  figures  étranges  de  la  mythologie  gau- 
loise se  juxtaposent,  sur  le  même  monument,  à des  types 
connus  de  l’iconographie  classique.  Sur  un  autel  à quatre 
faces,  découvert  en  1714  dans  des  fouilles  pratiquées  à Paris, 
sous  le  chœur  de  Notre-Dame,  sont  représentés  : Jovis,  Jupiter, 
le  dieu  du  ciel,  et  Vulcanus,  Yulcain,  le  dieu  des  forgerons, 
ainsi  qu’un  dieu  Esus,  figuré  par  un  bûcheron  occupé  à abattre 

(1)  « Plus  on  étudie  le  Panthéon  gallo-romain,  dit  M.  S.  Reinach,  plus 
on  se  convainc  de  sa  complexité,  du  caractère  local  de  ses  désignations 
et  de  ses  types.  » 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  155 

un  arbre  et  un  taureau  qui  porte  trois  grues  Tarnos  Tri  ga- 
rantis. 

Un  autre  exemple  frappant  de  dieu  gaulois  associé  à deux 
divinités  de  type  romain  est  un  bas-relief  trouvé  à Reims,  en 
1837,  présentant,  au  centre,  un  dieu  essentiellement  gaulois,  le 
dieu  cornu  Cernunnos,  assis,  les  jambes  croisées,  et  ayant  à 
sa  droite  et  à sa  gauche  Apollon  et  Mercure,  caractérisés  par 
leurs  attributs  habituels  : la  lyre,  le  caducée,  la  bourse  et  le 
pétase  (1). 

On  rencontre  assez  fréquemment  en  Gaule  des  inscriptions 
portant  les  noms  d’un  dieu  et  d’une  divinité  féminine,  une 
parèdre,  qui  devait  partager  les  attributions  de  son  compa- 
gnon, ainsi  que  des  monuments  figurés  présentant  leur  double 
image.  Nous  verrons,  notamment,  au  cours  de  notre  étude  sur 
les  divinités  des  sources  thermales,  plusieurs  exemples  d’asso- 
ciations de  ce  genre.  Quel  pouvait  en  être  le  caractère  exact? 
Faut-il  y voir  simplement  la  juxtaposition  de  deux  êtres 
divins  ayant  un  même  caractère  et  des  fonctions  semblables  ? 
Ne  doit-on  pas,  au  contraire,  la  considérer  comme  la  réunion 
de  deux  divinités  se  complétant  l’une  par  l’autre,  et  devant 
nécessairement  être  réunies  dans  le  but  d’une  action  com- 
mune? « Peu  de  monuments,  dit  à ce  sujet  M.  Flouest  (2), 
attestent  mieux  l’existence,  dans  les  croyances  religieuses  de 
l’ancienne  Gaule,  d’un  androgynisme  inclinant  à n’admettre 
comme  intégrale  et  parfaite  la  personnification  d’une  fonction 
divine  que  par  la  juxtaposition  de  deux  divinités  apparte- 
nant chacune  à un  sexe  différent.  Le  nombre  de  monuments 
(autels,  piles,  stèles  de  laraire  en  pierre  ou  en  terre  cuite), 
montrant,  à titre  de  parèdre,  une  divinité  féminine  de  même 
plan  et  de  même  essence  que  le  dieu  qu’elle  accoste  est 
aujourd’hui  considérable.  » 

(1)  Le  premier  de  ces  monuments  est  conservé  à Paris,  au  palais  des 
Thermes;  le  second,  au  musée  de  Reims.  Leurs  moulages  figurent  au 
musée  de  sculpture  comparée  du  Trocadéro,  n°»  3 A et  5 A du  catalogue 

de  1900. 

(2)  Ijp  Dieu  gaulois  au  maillet  sur  les  autels  à quatre  faces.  Revue  ar- 
chéologique, 3e  série,  t.  XV,  janvier-juin  1890. 


156 


LA  GAULE  THERMALE 


Autour  des  sources  thermales,  dans  le  domaine  particulier 
qui  nous  occupe  et  parmi  les  puissances  protectrices  révélées 
par  les  inscriptions  que  nous  allons  examiner  plus  complète- 
ment tout  à l’heure,  apparaissent  des  divinités  d’un  caractère 
nettement  médical,  comme  Esculape,  llygie  et  Apollon,  dont 
le  texte  de  César  nous  a fait  connaître  les  attributions  à cet 
égard,  d’après  les  croyances  gauloises. 

Vénus  était  adorée  à la  Fontaine  de  la  Herse,  dans  la  forêt 
de  Bellême,  et  les  nombreuses  statuettes  qui  la  représentent, 
trouvées  dans  diverses  stations,  notamment  à Vichy  et  à 
Néris,  établissent  la  vénération  dont  elle  devait  y être 
entourée. 

Diane  avait  sa  statue  dans  plusieurs  stations  thermales,  no- 
tamment à Néris  et  à Badenweiler,  dans  la  Forêt-Noire,  et 
nous  possédons  un  ex-voto  que  lui  avait  consacré  à Vichy  un 
groupe  d’adorateurs  : Dianenses.  Peut-être  pourrait-on  égale- 
ment rattacher  à son  culte  les  temples  bâtis  dans  certaines 
stations  'thermales  (Luxeuil,  Desaignes,  Aix-les-Bains),  mais 
les  attributions  de  ces  édifices  au  culte  de  cette  déesse  sont 
trop  problématiques  pour  qu’on  puisse  en  inférer  des  conclu- 
sions sérieuses. 

Mercure,  soit  seul,  soit  associé  à d’autres  divinités,  a dû, 
parmi  les  multiples  attributions  dont  il  était  investi  chez  les 
Gaulois,  être  invoqué  comme  une  puissance  secourable 
aux  malades  et  aux  convalescents.  Outre  les  nombreux  mo- 
numents épigraphiques  £sur  lesquels  figure  son  nom  et  qui 
ont  été  trouvés  près  des  sources,  l’inscription  suivante  décou- 
verte en  1821,  à Sion  (Meurthe),  semble  bien  lui  reconnaître 
ce  rôle  protecteur,,  en  l’invoquant  pro  sainte  : 

DEO  MERCVRiO 
ET  RO  MERTAE 
CARÀN  VS  SACRI 
RRO  SALUTE  VRBI 
CI-  FIL-  V-  S-  L-  M 


Hercule 


était  vénéré  au  Mont-Dore, 


et  nous 


savons,  d’autre 


SOURCES  THERMALES  ET  MEDICINALES 


157 


part,  que  de  nombreuses  sources  chaudes  lui  étaient  consacrées 
dans  l’antiquité.  Strabon  nous  le  dit  formellement  des  sources 
des  Thermopyles  : « Ce  passage  est  connu  sous  le  nom  de 
Thermopyles,  à cause  des  sources  chaudes  qui  se  trouvent  aux 
environs  et  que  les  populations  vénèrent  comme  étant  consa- 
crées à Hercule  (1).  » Cette  consécration  est  attestée  encore 
par  inscriptions  assez  nombreuses,  entre  autres  celle-ci,  rap- 
portée par  Greppo  ( op . cit.,  p.  6)  d’après  Orelli  : herculi.  genio 

| LOCI-  FONTIBVS  | CALIDIS-  CALPVR  | NIVS-  IVLIANVS  | V-  C-  LEG- 
LEG-  V*  MAC  | LEG-  ÀVG-  PR-  PR-  MOES  | V-  L.  S,  OÙ  110US  VOyOllS 

le  nom  du  Dieu  associé  aux  Fontaines  chaudes. 

Plusieurs  inscriptions  sont  consacrées  à Jupiter.  A Vichy  et 
à Cadéac-les-Bains,  le  nom  du  dieu  est  accompagné  d’un  sur- 
nom. 

Quelques  inscriptions  où  nous  lisons  le  nom  de  Neptune  ne 
sont  probablement  pas  sans  rapport  avec  le  culte  qui  lui  était 
rendu  comme  maître  des  eaux,  et  Mars,  qui  apparaît  dans 
quatre  monuments  épigraphiques,  fut  sans  doute  le  dieu 
favori  de  quelques-uns  des  nombreux  légionnaires  qui  venaient 
retremper  leurs  forces  ou  soigner  leurs  blessures  dans  les 
ondes  des  sources  salutaires. 

Certaines  sources  étaient  sous  la  protection  de  divinités 
collectives,  au  premier  rang  desquelles  sont  les  Nymphes,  les 
déesses  classiques  des  cours  d’eau.  A côté  de  celles-ci,  nous 
trouvons  les  Matres,  les  Dominæ,  les  Junones,  divinités  pro- 
tectrices dont  le  rôle  salutaire  était  tout  indiqué  auprès  des 
sources  thermales,  esprits  familiers  et  bienfaisants  dont  la 
conception  traversera  les  siècles  et  revivra  dans  les  croyances 
populaires  sous  les  traits  des  Fées  et  des  Bonnes-Dames  du 
moyen  âge. 

Enfin,  le  groupe  le  plus  original  et  par  cela  même  le  plus 
intéressant  de  ces  patrons  des  fontaines,  comprend  ces  dieux 
locaux,  d’origine  peut-être  très  ancienne  et  antérieure  môme 
A 1 époque  gauloise,  que  nous  retrouvons  avec  leurs  noms 

(1)  Géographie,  liv.  IX,  chap.  iv,  13.  Traduction  Tardieu , t.  II,  p.  265. 


-158 


LA  GAULE  THERMALE 


latinisés  ou  gardant  encore  leur  physionomie  barbare  (1). 
Nous  avons  là  les  vrais  dieux  topiques,  protecteurs  attitrés 
d’une  source  ou  d’un  ensemble  de  sources,  avec  lesquelles 
leur  relation  est  indiscutable.  Ce  ne  sont  plus,  comme  précé- 
demment, des  dieux  à vastes  attributions,  vénérés  dans  toute 
l’étendue  de  la  Gaule,  auxquels  un  caractère  spécial  ou  une 
dévotion  particulière  faisaient  attribuer  une  influence  protec- 
trice sur  une  source  quelconque  ou  sur  les  eaux  thermales  en 
général.  Ce  sont  les  Génies  dont  l’empire  restreint  ne  dépasse 
guère  les  bornes  de  la  vallée  où  s’épanche  l’onde  salutaire,  les 
dieux  intimes,  nés  avec  les  eaux  auxquelles  ils  donnent 
parfois  leur  nom  et  qui  tomberont  dans  l’oubli  si  le  cours 
vient  à s’en  tarir  et  la  source  bienfaisante  à disparaître. 

Parmi  ces  divinités  thermales,  il  en  est,  comme  le  dieu 
Borvo  ou  la  déesse  Sirona,  que  nous  retrouverons  sur  divers 
points  assez  éloignés  les  uns  des  autres,  ce  qui  leur  donne  un 
caractère  plus  général,  une  sphère  de  rayonnement  plus 
étendue;  mais,  le  plus  souvent,  cantonnées  dans  une  région 
très  limitée,  comme  Nerius,  à Néris,  Lussoius  à Luxeuil, 
Ivaus  à Évaux,  elles  conserveront  un  caractère  tout  à fait 
marqué  de  protectrices  purement  locales. 


II 


L’esprit  religieux  des  anciens,  que  ce  soit  sincérité  ou 
simple  traditionalisme,  semble  n’avoir  jamais  isolé  complète- 
ment l’effet  bienfaisant  de  l’eau  curative  de  l’idée  d’un  être 

(1)  « Ceux-là  (dieux  des  forêts,  des  rivières,  des  sources),  il  est  vrai- 
semble  qu’ils  sont,  pour  la  plupart,  d’origine  préceltique,  ligure,  abori- 
gène ou  autre,  comme  on  voudra,  et  que  les  Gaulois  les  ont  trouvés  et 

adoptés  en  s’installant  dans  leurs  nouveaux  domaines Je  ne  puis 

croire  que  ces  noms  de  dieux,  dont  le  nom  ne  me  paraît  pas  gaulois,  ne 
soient  pas  des  dieux  topiques  d’origine  préceltique.  » Jullian,  Recherches 
sur  In  religion  gauloise.  Bibliothèque  des  Universités  du  Midi,  lasci- 
cule  VI,  1903. 


# 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  159 

«supérieur  manifestant  ainsi  sa  puissance  protectrice.  Je  crois 
qu’A.  Bertrand  a émis  une  proposition  trop  absolue  en  disant 
dans  sa  Religion  des  Gaulois  : « Dans  les  stations  thermales, 
l’eau  thermale  ou  ferrugineuse  guérissait,  non  le  Dieu.  Il  s’y 
faisait  des  cures,  non  des  miracles.  » 

Peut-être  cela  était-il  vrai  pour  quelques  esprits  éclairés, 
pour  les  médecins  qui  avaient  pu  se  rendre  compte,  grâce  aux 
traitements  qu’ils  instituaient,  des  effets  obtenus  par  l’usage 
de  leurs  eaux.  Pour  ceux-là,  la  vertu  de  la  source  résidait 
dans  le  degré  de  thermalité  ou  la  composition  de  ses  eaux; 
mais  il  semble  bien  que  la  masse  du  public  conserva  toujours 
l’idée  d’une  intervention  surnaturelle,  qui  la  portait  à con- 
fondre dans  une  même  vénération  toutes  les  sources  auprès 
desquelles  on  se  rendait  pour  obtenir  des  guérisons.  Aussi, 
autour  des  eaux  sacrées  et  des  sources  médicinales,  mêmes 
rites,  mêmes  symboles  religieux,  mêmes  offrandes  et  la  simi- 
litude des  cultes  rendus,  ainsi  que  la  ressemblance  des  objets 
recueillis  à titre  d’ex-voto,  seront  de  nature  à faire  douter  bien 
souvent  du  caractère  précis,  purement  religieux  ou  médical, 
que  les  anciens  attachaient  à telle  ou  telle  fontaine. 

Une  étude  tant  soit  peu  complète  de  ces  sources  sacrées, 
qui  étaient  légion  sur  notre  sol,  nous  entraînerait  beaucoup 
trop  loin  et  excéderait  les  limites  de  notre  sujet.  Nous  nous 
bornerons  à en  citer  quelques-unes,  à titre  d’exemples  de  la 
similitude  que  nous  venons  de  signaler. 

A peu  de  distance  d’Orléans,  des  travaux  exécutés  vers 
1823  pour  amener  à cette  ville  les  eaux  d’un  source,  dite  Fon- 
taine  de  l’Etuvée,  amenèrent  la  découverte  de  traces  évidentes 
d’un  captage  antique  (1).  L’eau  était  reçue  dans  un  puisard 
en  fortes  pièces  de  charpente,  posées  à angle  droit  les  unes 
au-dessus  des  autres  et  entaillées  à mi-bois.  On  trouva  encore 
un  grand  bassin  de*  forme  carrée,  dont  les  parois  étaient 
formées  de  planches  retenues  par  des  pieux  carrés,  et  des 

(1)  Joli,  ois,  Notes  sur  les  nouvelles  fouilles  entreprises  sur  l'emplacement 
de  la  Fontaine-de-V  Éluvée.  Annales  de  la  Société  royale  des  sciences, 
belles-lettres  et  arts  d'Orléans,  t.  VII,  1824. 


160 


LA  GAULE  THERMALE 


restes  de  maçonnerie,  qui  semblèrent  avoir  servi  de  petit 
canal  pour  l’écoulement  des  eaux.  De  nombreux  débris  de 
poteries  rouges  ou  grisâtres  et  de  fragments  de  tuiles  plates 
ou  courbes  furent  retirés  des  fouilles,  ainsi  que  l’inscription 
suivante,  gravée  sur  pierre,  qui  nous  a conservé  le  nom  de  la 
déesse  Acionna,  qui  devait  être  évidemment  la  divinité 
topique  sous  l’invocation  de  laquelle  était  placée  la  source 
antique  : 

A VG-  ACIONNAE 
SACRVM 

ÇAPILLVS-  ILLIO 
. MARI-  F-  PORTICVM 
CVM-  SVIS-  ORNA 
MENTIS-  V-  S-  L-  M 

II  ne  semble  pas  que  l’eau  de  cette  source  ait  jamais  pré- 
senté le  moindre  caractère  minéral,  bien  que  son  nom  de 
Fontaine  de  l’Étuvée  puisse  faire  croire  cependant  qu’elle 
ait  eu,  peut-être  à une  époque  dont  on  a perdu  le  sou- 
venir, la  dénomination  seule  étant  restée,  un  certain  degré  de 
thermalité. 

A Massingy-lès-Vitteaux,  dans  la  Côte-d’Or,  les  environs  de 
la  source  Saint-Cyr  ont  fourni  un  certain  nombre  d’ex-voto  en 
pierre  et  des  médailles.  Des  fouilles,  qui  ne  purent  être 
poussées  très  loin,  permirent  d’y  reconnaître  l’existence  d’un 
petit  temple,  qui  aurait  eu  la  forme  d’un  carré  long,  terminé 
à i’une  de  ses  extrémités  par  un  hémicycle. 

Le  musée  de  Semur  possède  deux  bas-relief  y de  facture 
très  grossière,  représentant  chacun  un  enfant,  ayant  au  cou 
la  huila,  et  entouré  de  ses  parents,  qui  proviennent  des 
environs  d’une  source  voisine  de  Massingy,  la  fontaine  de 
Saint-Cassien,  où  l’on  va  encore  aujourd’hui  demander  la 
guérison  des  enfants  malades  (1). 

Dans  le  même  canton  de  Vitteaux,  à Gissey-le-Yieil,  des 

(1)  Notice  sur  la  source  de  Massingy-lès-Vitteaux  (avec  planche).  Bul- 
letin de  la  Société  des  sciences  historiques  et  naturelles  de  Semur, 
3e  année,  1866. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


161 


découvertes  successives  mirent  au  jour  une  colonne  en  forme 
de  quadrilatère  allongé,  qui  portait  cette  inscription  : 

a vg-  SA 
DEAE-  ROSM 
TAE 

CNE-  COM 
INI  VS  CA 
NDIDVS 
LTAPRO 
NIA  AVI 
TILLA 
V-  S-  L-  M 

Ainsi  qu’une  statue  de  femme  couchée,  demi-nue,  à’ chevelure 
abondante,  qui  devait  accompagner  l’autel  votif,  et  une 
quantité  de  débris  de  constructions  antiques,  fragments  de 
mosaïques  et  tuyaux  maçonnés,  ayant  dû  appartenir  à un 
établissement  balnéaire  gallo-romain  (1). 

L’auteur  de  la  découverte  de  la  statue,  M.  Morelot,  avait  lu 
le  nom  de  Ja  déesse  : roscida  matvta,  et  en  avait  fait  une  statue 
et  un  autel  dédiés  à l’Aurore. 

Dans  une  observation  sur  la  notice  en  question,  le  secrétaire 
de  l’Académie  de  Dijon  voyait  avec  raison  dans  l’autel  et  la 
statue  les  restes  d’une  fontaine  à laquelle  on  rendait  des 
honneurs  divins.  « La  statue,  couchée  comme  celle  des 
rivières  et  des  fleuves,  le  lieu  où  elle  se  trouve,  plein  de 
sources  qui  étaient  encore,  il  y a un  siècle,  l’objet  de  supers- 
titions populaires...,  tout  concourt  à prouver  que  la  déesse  en 
question  (qu’il  appelle  Rosmita),  est  celle  de  la  source  sainte 
de  Gissey.  » 

Il  est  non  moins  certain  que  la  divinité  dont  nous  possédons 
ainsi  l’effigie  est  rosmerta,  qui,  nous  le  savons  par  son  asso- 
ciation avec  Mercure  et  les  vœux  qu’on  lui  adressait  pro 

(1)  Morelot,  Notice  sur  un  autel  votif  et  sur  la  déesse  Rosmitœ,  trouvés 
à Gissey-le- Vieil.  Compte  rendu  des  travaux  de  l’Académie  des  Sciences, 
Arts  et  Belles-Lettres  de  Dijon,  et  Mémoires . ..,  1843-1844. 


11 


162  LA  GAULE  THERMALE 

sainte  (1),  devait  occuper  une  certaine  place  dans  le  Panthéon 
médical. 

Dans  l’ancien  département  de  la  Moselle,  sur  la  ligne  de 
Thionville  à Niederbronn,  près  du  village  de  Merlebach,  de 
nombreux  vestiges  de  constructions  et  des  fragments  de  sculp- 
tures, parmi  lesquels  une  stèle  consacrée  à la  déesse  Dirona 
ou  Sirona  (2),  jonchaient  le  sol  autour  d’une  source  renom- 
mée dans  le  pays  pour  la  beauté  de  ses  eaux  et  appelée  la 
Sainte-Fontaine. 

Aux  environs  de  Lunéville,  la  fontaine  « qui  se  voit  au  pied 
du  bois  de  la  futaye  de  Léomont  » était  l’objet  d’un  culte 
qui,  d’après  les  offrandes  recueillies  aux  alentours,  suppose 
certainement  un  pouvoir  guérisseur  attribué  aux  vertus  de 
ses  eaux.  Au  dire  de  Dom  Calmet  (3),  on  trouva,  en  creusant 
aux  alentours,  de  nombreuses  médailles  romaines,  deux  mé- 
dailles en  plomb  représentant  Diane,  ainsi  que  de  nombreuses 
jambes  d’airain  et  d’étain,  dans  lesquelles  le  savant  religieux 
n’hésitait  pas  à voir  « des  vœux  de  personnes  qui  croyaient 
avoir  reçu  la  santé  de  la  déesse  de  la  fontaine  ou  du  bois  sacré  » . 

Dans  la  Nièvre,  à Mesves,  village  qui  occupe  l’emplacement 
de  l’ancienne  station  de  Massava,  sur  la  voie  de  Nevirnum 
(Nevers)  à Brivodurum  (Briare),  une  inscription  gravée  en 
magnifiques  caractères  du  deuxième  siècle  sur  une  dalle  de 
1 m.  15  de  long,  nous  a conservé  le  nom  d’une  divinité 
topique  : Clutonda  (4)  : 

AVG  SACR  DEAE  CLVTO  fl 
DAE-  ET  VICANIS  MASAVENSIBU  S 
MEDIVS  SACER  MEDIANNI  f 
MVRVM  INTER  ARCVS  DVOS  C UÏYl 
SVIS  ORNAMENTIS  D S D d 

(1)  Voir  Inscription  de  Sion,  p.  156. 

(2)  Voir  p.  217. 

(3)  Dom  Calmet,  Notice  de  la  Lorraine,  t.  I,  et  Dissertation  sur  les  divi- 
nités payennes  adorées  autrefois  dans  la  Lorraine  et  dans  d’autres  pays 
voisins,  publiée  dans  le  Bulletin  de  la  Société  philomathique  vosgienne, 
2e  année,  1876. 

(4)  L.  Rénier,  Inscription  récemment,  découverte  à Mesve.  Revue  archéo- 
logique, nouvelle  série,  6e  année,  12e  vol.,  1865. 


% 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  163 

La  déesse  Clutonda  (1),  à laquelle  était  consacré  ce  petit 
monument  faisant  partie,  sans  doute,  de  la  décoration  d’une 
fontaine,  était  vraisemblablement  la  nymphe  protectrice  d’une 
source,  qui  fut  longtemps  l’objet  d’une  grande  dévotion  dans 
la  contrée,  et  où  l’on  allait  boire  pour  chercher  la  guérison 
de  la  fièvre. 

Dans  les  environs  de  Laneuveville-lès-Nancy,  jaillissent  des 
sources  qui  jouissaient  autrefois  du  privilège  de  guérir  cer- 
taines maladies.  Des  fouilles  pratiquées  autour  du  bassin  de 
l’une  d’elles,  la  source  de  la  Doumotte,  ont  fait  découvrir  un 
grand  nombre  de  tessons  de  vases  et  environ  deux  cents 
monnaies  de  bronze,  d’Auguste  à Hadrien.  Près  de  la  source 
de  Sainte- Valdrée,  située  à peu  de  distance,  on  a trouvé 
quatre  bas-reliefs  en  pierre,  sur  l’un  desquels  on  voyait 
représenté,  d’après  Beaulieu  (2),  la  déesse  de  la  Santé,  Hygie, 
avec  un  serpent  auquel  elle  tendait  un  objet  de  forme  incer- 
taine. 

Nous  arrêterons  ici  cette  nomenclature,  qui  pourrait  être 
indéfiniment  prolongée  par  des  exemples  pris  dans  toutes  les 
régions  de  la  Gaule,  et  qui  suffit  à montrer,  comme  nous  le 
disions  tout  à l’heure,  combien  le  caractère  exact,  médical 
ou  purement  religieux,  de  certaines  sources,  peut  être  quel- 
quefois difficile  à discerner. 


(1)  Bulliot  et  Thiollier  (la Mission  et  le  culte  de  saint  Martin,  etc.)  ont 
signalé  la  trouvaille  dans  une  grande  ruine  romaine,  au  champ  de  Rully, 
d’une  crotale  en  bronze  portant  sur  la  bande  extérieure  une  inscription 
en  lettres  pointillées  : 

LATVSSIO  DEAE  CLVTODIAE 

mentionnant  une  divinité  dont  le  nom  semble  rappeler  singulièrement 
celui  de  la  protectrice  de  la  fontaine  de  Mesves. 

(2)  De  l’emplacement  de  la  station  romaine  d’Andesina,  1849. 


CHAPITRE  II 


I.  Divinités  adorées  près  des  sources  ou  dans  les  stations  thermales.  — 
II.  Divinités  latines  ou  étrangères.  — III.  Divinités  honorées  sous  des 
dénominations  collectives.  — IV.  Divinités  indigènes.  — V.  Résumé. 


I 


Après  ce  coup  d’œil  d’ensemble  jeté  sur  la  mythologie  ther- 
male gallo-romaine,  nous  allons  étudier  de  plus  près  chacune 
des  divinités  qui  composent  cet  Olympe  particulier,  en  deman- 
dant surtout  aux  inscriptions  trouvées  dans  le  voisinage  des 
sources  les  indications  qu’elles  peuvent  nous  donner  sur  les 
noms  de  ces  dieux  ou  de  ces  déesses,  leurs  associations,  leurs 
vertus  particulières  et  leurs  sphères  d’influence.  Nous  suivrons 
dans  cette  étude  l’ordre  déjà  esquissé  dans  les  lignes  qui  pré- 
cèdent, nous  occupant  d’abord  des  grands  dieux  de  la  religion 
païenne,  en  tant  qu’ils  sont  en  rapport  avec  les  sources  médi- 
cinales, puis  les  divinités  adorées  sous  des  dénominations 
collectives  et  enfin  les  dieux  particulièrement  attachés  aux 
eaux  thermales,  et  nous  indiquerons)  pour  chacun  de  ces  divins 
protecteurs  les  lieux  où  ont  été  découverts  les  textes  épigra- 
phiques qui  les  mentionnent  ou  les  objets  votifs  qui  portent 
leurs  noms. 


II 


Apollon.  — Nous  savons  qu’ Apollon  n’était  pas  seulement 
le  dieu  du  jour,  mais  qu’il  jouait  encore  un  rôle  important 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


165 


j comme  dieu  guérisseur,  dispensateur  de  la  santé  et  de  la  vie. 

Il  est  très  probable  que  les  anciens,  devançant  en  cela  la 
; -science  moderne,  établissaient  entre  la  lumière  du  soleil  et 
I certaines  conditions  de  vitalité  et  d’hygiène,  des  rapports  qui 
! les  avaient  conduits  à unir  dans  un  meme  culte  la  divinité  qui 
leur  donnait  la  guérison  et  celle  qui  les  inondait  de  ses 
rayons.  Il  semble  bien  que  sous  le  nom  de  Belenus  ou  avec 
l’épithète  de  Grannus,  Apollon  était  spécialement  honoré 
comme  divinité  secourable,  dieu  de  la  médecine  et  des  sources 
médicinales.  Remarquons,  cependant,  qu’aucune  de  ces  deux 
épithètes  ne  figure  sur  les  monuments  épigraphiques  trouvés 
près  de  nos  sources  thermales  ou  minérales,  qui  doivent  seuls, 
étant  donné  le  but  de  nos  études,  retenir  notre  attention. 

Bourbon-  Lancy  : 

SACRUM  APOLLINI  DICATUM 

Wiesbaden  : C.  I.  L.,  XIII,  2804. 

IN-  H-  D-  D 

APOLLINI  TOV 
TIORIGI 
L-  MARINIVS 
MARINIA 
N VS-  i)  LEG  VII 
GEM  ALEXAN 
DRIANAE  VO 
/H  COMPOS 

Le  nom  du  dieu  est  accompagné  d’une  épithète  : Toutiorigi, 
qui  semble  bien  lui  donner  un  caractère  local. 

Bourbonne  : 

DEO-  APOL 
UNI-  RORVON 
ET-  DAMONAE 
C-  DAMINIVS 
FEROX-  CIVIS 
LINGONVS-  EX 


VOTO 


166 


LA  GAULE  THERMALE 


Le  dieu  est  associé  ici  à Borvo  et  à Damona,  que  nous 
retrouverons  par  la  suite,  et  qui  sont  incontestablement  des 
divinités  protectrices  des  sources  thermales.  L’existence  de 
Borvo  comme  dieu  indépendant,  ayant  sa  personnalité  propre, 
est  assez  nettement  établie  pour  qu’on  ne  puisse  pas  lire, 
comme  on  l’a  proposé  apollini  borvoni,  en  faisant  de  ce  second 
mot  une  épithète  au  nom  d’Apollon. 

Luxeuil  : 

APOLLINI 
ET  SIRONAE 
IDEM 

TAVRVS  (1) 

Nierstein  : 

DEO  APOLLINI 
ET  SIRONAE 
IV LIA  FRONTINA 
V-  S-  L-  M 

Walsbronn  : 

D-  APOL....  SIRO  Æ ET  NYMPHIS  LOCI 
CENTONIVS-  L-  DICAVIT  EX  VOTO 

Dans  ces  trois  inscriptions,  Apollon  est  associé  à une 
parèdre,  Sirona,  qui  nous  occupera  plus  loin,  et,  clans  la  der- 
nière, figurent  aussi  les  Nymphes,  dont  le  rôle  auprès  des 
sources  n’a  pas  besoin  d’être  commenté. 


(1)  Cette  inscription  figurait  sur  une  des  faces  d’un  petit  autel,  qui 
porte  sur  ses  trois  autres  faces  des  sculptures,  dont  l’une  représente 
un  homme  jeune,  entièrement  nu,  la  main  droite  élevée  et  tenant  un 
objet  qui  est  peut-être  un  coutelas,  et  les  deux  autres  chacune  un  per- 
sonnage à barbe  touffue,  ceint  d’une  pièce  d’étoffe  descendant  jusqu’aux 
genoux. 

D’après  la  teneur  de  l’inscription,  « il  nous  paraît  évident,  ditM.  Des- 
jardins, que  le  Taurus  qui  a élevé  ce  petit  autel  à Sirona  et  à Apollon 
en  avait  érigé  un  autre...  Tous  les  noms  de  Taurus  étaient  gravés  vrai- 
semblablement sur  le  premier,  et  l’inscription  que  nous  possédons  fai- 
sait suite  à celle  qui  nous  manque,  conformément  à un  usage  assez  ré- 
pandu, et  dont  il  serait  facile  de  citer  de  nombreux  exemples.  » Revue 
archéologique,  15°  année,  lr0  partie,  1858.  — Les  Monuments  des  thermes 
romains  de  Luxeuil.  Bulletin  monumental,  1879-1880. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  167 
Source  de  Tônnistein  : 

APOLLINI  ET 
NIMPIS 
VOLPINIS 
CASSIVS 
GRACILIS 
VETERANVS 
V-  S-  L-  M 

C.  I.  L.,  XIII,  7691. 

Apollon  est  associé  ici  à des  Nymphes,  portant  un  surnom 
probablement  local  : Volpinis.  Le  Corpus  signale  ensuite  sous 
le  n°  7692,  une  inscription  trouvée  au  meme’  lieu,  dont  la 
première  ligne  parait  se  référer  à Apollon. 


Mercure.  — Le  nom  de  ce  dieu  est  un  de  ceux  qui  se  retrou- 
vent le  plus  fréquemment  auprès  des  sources  thermales  ou 
minérales,  soit  seul,  soit  associé  à d’autres  divinités. 


Aix-en-Provence  : 


Aix-les-Bains  : 


VSSIAE 

ROS 

MERCVRI 
V-  S-  L-  M 

C.  I.  L.,  XII,  508  et  5771. 

MERCVRIO 
V-  S-  L-  M 


SEX-  ANNIVS 
C.  VERVS 

C.  I.  L.,  XII,  506. 

MERCVRIO 
V-  S- 

PRISCILLA 

C.  1.  L.,  XII,  507. 


MERCVRIO 
A VG 

SEX  APICIUS  SUCCESSVS 


EX  VOT  • • M 


108 


LA  GAULE  THERMALE 


Niederbronn.  — Dans  le  voisinage  de  Niederbronn,  à peu  de 
distance  de  cette  petite  ville  alsacienne  célèbre  par  ses  eaux 
minérales,  une  inscription  sculptée  sur  les  lianes  à pic  d’une 
roche,  près  des  ruines  de  Wasenbourg,  rappelle  l’érection 
d’un  petit  édifice  en  tuiles,  ou  couvert  en  tuiles,  consacré  à 
Mercure  : 

DEO-  MERCURIO*  ATTEGI 
AM-  TEGVLATAM-  COMP 
OSITAM-  SEVERINIVS 
SATVLLINVS*  C-  T.  EX-  VO 
TO-  POSVIT.  L.  L.  M. 

Baden-Baden  : 

IN-  H.  D-  D 
DEO-  MERCVR 
ERCPRVSO 

GENIO  MERCVR 
ALA/NI-  IVL-  AC // 

N1VS-  AVG-  N /// 

EX*  V*  S-  L-  L-  M 

Dans  cette  seconde  inscription,  Mercure  porte  le  surnom 
d ’Alaunus.  De  Ring  (1)  signale  deux  villes  de  la  Gaule  portant 
l’une  le  nom  d ’Alaunium,  l’autre  celui  d ’Alauna,  et  il  en  tire  la 
conclusion  que  ce  nom  d’Alaunus  aurait  été  donné  au  Mer- 
cure badois  par  des  colons  gaulois  sortis  de  ces  villes. 

Wiesbade.  — A Wiesbade,  Mercure  se  présente  également 
avec  un  surnom  particulier,  Cissonius,  dans  l’inscription  sui- 
vante : 

MERCVRIO 
C1SSONIO 
A RAM 
VTEVI. . . . 

....  ICTO 


(1)  Mémoire  sur  les  établissements  romains  du  Rhin  et  du  Danube,  1853. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  169 

Le  nom  de  Cissonius  seul  se  retrouve  dans  une  inscription 
trouvée  à Hohenburg,  près  de  Ruppertsberg,  figurant  au 
Corpus  I L.,  xm,  6119. 

Néris.  — Ici,  le  dieu  est  associé  aux  Nymphes  : 

MERCVRIO  MAGNO 
ET  NYMPHIS 
Q-  M-  MIXICIVS 
EX  VOTO 

Fontaine  delà  Herse.  Sur  une  pierre  du  bassin  de  la  Fon- 
taine de  la  Herse,  dans  la  forêt  de  Bellême,  se  lit  l’inscription 
suivante  : 

DUS  INFERIS 
VENERI 
MARTI  ET 
MERCVRIO 
SACRVM 

Cette  inscription,  qui  associe  aux  dieux  infernaux  Mercure, 
Mars  et  Vénus,  fut  l’objet  d’une  dissertation,  lue  en  1717  à 
à l’Académie  des  inscriptions  et  belles-lettres,  par  Baudelot, 
qui  s’efforça  de  démontrer  que  ces  trois  dieux  étaient  des 
divinités  infernales  : Vénus  préside  à l’Averne;  Mars  envoie 
aux  enfers  des  quantités  de  mortels  ; Mercure  conduit  les  âmes 
à Caron. 

Même  interprétation  dans  un  article  de  M.  Roullier,  dans  le 
journal  le  Nogenlais,  du  22  août  1841  : « On  la  range  (Vénus) 
parmi  les  divinités  infernales,  parce  qu’elle  précipite  l’homme 
aux  enfers  par  l’abus  des  plaisirs,  tandis  que  Mars  les  peuple 
de  guerriers  moissonnés  par  le  sort  des  combats  et  que  Mer- 
cure se  charge  d’y  conduire  les  âmes  et  de  les  ramener.  » M.  le 
docteur  .Jousset  (1)  avoue  que  la  dédicace  à nos  trois  dieux  est 
difficile  à expliquer  et  peut  donner  lieu  à une  foule  d’hypo- 

(1)  Documents  historiques  sur  la  Herse,  située  dans  la  forêt  de  fielléme. 
Bulletin  monumental,  1871,  p.  171  et  suiv. 


170 


LA  GAULE  THERMALE 


thèses,  mais  il  ne  semble  pas  bien  inspiré  en  traduisant  dits 
inferis  par  dieux  inférieurs,  dieux  sylvains,  naïades,  auxquels 
aurait  été  dédiée  la  fontaine.  Quelle  que  soit  l’explication  qu’on 
tente  de  donner  à propos  de  cette  association,  la  place  occupée 
par  l’inscription  ne  permet  guère  de  douter  que  les  divinités  qui 
y sont  mentionnées  eussent  une  influence  protectrice  sur  la 
source  voisine. 

Mont-Dore.  — 

HERCULI-  MERCVRIO 
ET-  SILVANO 
SACRVM-  ET 
DIVO-  PANTEO-  EX-  V 

Dans  cette  inscription,  connue  depuis  longtemps  etplusieurs 
fois  citée,  Mercure  est  associée  à Hercule  qui  était,  nous 
l’avons  dit  plus  haut,  un  des  protecteurs  des  sources  thermales, 
et  à Silvain  qui,  nous  le  verrons  plus  loin,  devait  être  investi 
de  fonctions  analogues.  Dans  le  même  texte  se  trouve  men- 
tionnée une  divinité  Panthée  dont  le  culte  a du  évidemment 
fournir  le  nom  donné  à l’édifice  religieux  situé  près  des 
thermes  anciens  du  Mont-Dore,  et  connu  de  temps  immémo- 
rial sous  la  dénomination  de  Panthéon. 

Enfin,  M.  Sacaze  (1)  signale,  à Saint-André-de-Suréda  (Pyré- 
nées-Orientales), qui  possède  une  source  minérale,  un  cippe 
votif  portant  l’inscription  mercvrio-  avg. 

Jupiter.  — Trois  inscriptions  découvertes  dans  des  stations 
thermales  nous  fournissent  le  nom  du  Maître  des  Dieux, 
accompagné  d’un  surnom  local. 

A Wieshaden,  une  inscription  déjà  citée  (2)  est  dédiée  par 
les  Vicani  Aqueuses  iovi-  dolicoceno,  dont  ils  avaient  réparé  le 
temple  qui  tombait  en  ruines.  Au  même  lieu  une  inscription 
associe  le  Maître  des  Dieux  à Junon  : 

(1)  Revue  de  Comminges,  1886,  p.  339  et  suiv.  Analyse  de  la  thèse  de 
M.  Mérimée. 

(2)  Voir  p.  93. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


171 


I-  O-  M-  ET 
IVNONI  REG 
IN  HONOREM  F 

A Vichy  sur  une  lamelle  chargent  votive,  en  forme  de  feuille 
d’arbre,  on  lit,  au-dessous  cl’une  image  de  Jupiter  : 

NVMINI-  AVG  DEO  10 VI  SA 
BASIO-  G'  IVL ■ CARAS 
SOVNVS • V-  S*  L-  M 

Il  y a là  une  mention  du  dieu  phrygien  Sabazius,  dont  le 
culte  fut  introduit  à Rome  sous  l’Empire  (1). 

A Cadéac-les-Bains,  un  cippe  en  marbre,  trouvé  dans  les 
murs  de  l’église,  contient  une  dédicace  au  Jupiter  romain, 
très  bon  et  très  grand,  au  nom  duquel  est  accolé  le  surnom  à 
forme  barbare  de  Beisiris  : 

i-  o-  M 
BEISIRISSI 
M-  VAL-  POTE 
N S-  V-  S-  L-  M 

M.  Sacaze  (2)  cite  également  une  inscription  i-  o-  m,  qui 
aurait  été  découverte  sur  un  cippe  votif,  aux  Escaldes,  et,  à 
Propiac  (Drôme),  où  sont  exploitées  deux  sources  minérales, 
un  autel  avec  base  et  couronnement,  encastré  dans  la  façade 
d’un  moulin,  porte  une  dédicace  ainsi  conçue  : 

i-  o-  M 
M-  DOMITIUS 

FESTUS 
EX-  VOTO  (3) 

Baden-Baden.  — 

i-  o-  m- 

C.  I,  L.,  XIII,  6290. 

Mars.  — L’inscription  de  la  Fontaine  de  la  Herse  rapportée 

(1)  Héron  de  Villefosse,  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1883.  En 
note,  page  263. 

(2)  Sacaze,  op.  cit. 

(3)  Bulletin  épigraphique  de  la  Gaule,  vol.  1,  p.  276. 


172 


LA  GAULE  THERMALE 


plus  haut  nous  a montré  Mars  associé  aux  dieux  infernaux, 
à Vénus  et  à Mercure  : 

Baden-Baden.  — 

MARTIS 

NYMPHE 

, C.  I.L. , XII,  6291. 

Bagneres-de-Bigorre.  — 

MARTI 
INVICTO 
GAIVS 
MINICIVS 
POTITVS 
Y-  S-  L-  M 

Vichy.  — Inscription  gravée  au  burin  sur  un  anneau  de 
bronze,  qui  devait  être  suspendu  comme  objet  votif  au  pied 
d’une  statue  surmontant  une  colonne  avec  chapiteau.  Les 
mots  sont  séparés  par  des  feuilles  de  lierre  (heredœ)  gravées 
au  pointillé.  Sur  l’une  des  faces  de  l’anneau,  on  lit  : 

NV  (J)  AGGÇp  DECKj)  MARTI  Çp  VOROCKK+)  GAIOLUSÇp  GAI / / / / 

Sur  l’autre  face,  les  quatre  lettres  de  la  formule  votive 
gravées  en  croix  : 


w 


Le  surnom  de  Vorocius  donné  au  dieu  Mars  semble  en  faire 
le  génie  local,  le  dieu  topique  de  la  station  inscrite  sous  le 
nom  de  voroglo  sur  la  Table  de  Peutinger,  sur  la  voie  de 
Clermont  à Autun,  entre  Ariolica  et  Aquæ  Calidœ,  station 
identifiée  avec  le  faubourg  de  A^ouroux,  à AAarennes-sur-Allier, 
localité  voisine  de  Vichy,  où  l’on  a découvert  des  antiquités 
romaines  (1). 

Bouhy.  — Deux  inscriptions  trouvées  à Bouhy,  canton  de 

(1)  Héron  de  Villefosse,  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1883, 
loc.  cit. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  173 

Saint- Aman d-en-Puisaye  (Nièvre),  mentionnent  le  dieu  Mars, 
une  fois  seul,  l’autre  fois  associé  avec  une  parèdre,  la  déesse 
Duna. 

1°  Marti  Bolvinni  Cabinius?  Se  ver  us  donum  dédit. 

2°  Augusto  sacrum,  Marti  Bolvinno  et  Dunae  C.  Domitius  Virilis 
decurio  pro  sainte  sua  et  Julii  Tkalli  Virilliani  filius  et  Avitillœ 
Aviti  filiœ  uxoris  v.  s.  I.  m. 

Le  nom  de  Bolvinnus  ou  Boloinnis  ne  semble  pas  s’appliquer 
à un  dieu  particulier,  invoqué  à côté  de  Mars,  mais  etre  sim- 
plement un  surnom  local  de  ce  dernier. 

Il  y a une  liaison  certaine  entre  ces  dénominations  et  le 
nom  actuel  du  village  de  Bouhy.  D’après  Allmer,  quia  signalé 
et  étudié  ces  deux  inscriptions  (1)  « le  Dieu  Bolvinnus  paraît 
apparenté  étymologiquement  au  dieu  thermal  Borvo,  l’r  et  17 
se  substituant  facilement  l’une  à l’autre.  » 

Vallée  du  Louron.  — Signalons  enfin  un  cippe  découvert 
dans  la  vallée  du  Louron,  annexe  de  la  vallée  d’Aure,  sur  la 
pente  d’une  ravine  de  la  montagne  deLoudenvielle,  au  bord 
d’un  petit  plateau  désigné  sous  le  nom  de  Serrât  de  Peyra, 
ainsi  dédié  : 

MARTI 

ARIXONI 

ERIANOS 

ERIONIS 

A « 

V-  S-  L-  M 

» 

« Si  l’on  tient  compte,  dit  M.  Vaussenat,  que  le  plateau  de 
Serrât  de  Peyra,  où  ces  monuments  ont  été  trouvés  domine 

(1)  « Mars  local  est  ordinairement,  comme  Hercule  local,  un  dieu  pro- 
tecteur d’un  territoire  montueux  ou  forestier,  difficile  ou  dangereux  à 
parcourir.  Telle  était  sans  doute  la  condition  du  pays  dans  lequel  sont 
situées  les  eaux  de  Bouhy;  ainsi  se  justifierait  l’exception  qui  fait  ici  de 
Mars  un  dieu  de  fontaine.  » Revue  épigraphique,  t.  III.  Les  dieux  de  la 
Gaule  celtique. 

Je  dois  ajouter  que,  d’après  les  renseignements  que  j’ai  demandés  dans 
le  pays,  on  n’y  connaît  aucune  source  minérale,  mais  que  les  eaux  de 
tout  ce  bassin  contiennent  une  quantité  notable  de  fer  qui  permet  d’ad- 
mettre qu’elles  aient  été  utilisées  autrefois  dans  un  but  médical. 


174 


LA  GAULE  THERMALE 


d’abondantes  sources  thermales  sulfureuses,  ayant  encore  une 
température  de  46°,  on  trouvera  tout  naturel  que  d’impor- 
tantes stations  thermales  aient  pu  s’y  établir  (1).  » 

Il  est  très  vraisemblable  également  que  le  dieu  Mars  ait  pu 
être  invoqué  comme  leur  protecteur,  associé  au  dieu  local 
Arixo,  dont  un  autre  cippe  trouvé  au  même  lieu  porte  le 
nom  (2),  ou  même  confondu  avec  lui. 

Mère  des  dieux.  — L’inscription  suivante,  existant  sur  un 
autel  de  marbre  conservé  au  musée  de  Toulouse,  et  provenant 
d’Alet,  était  dédiée  à la  Mère  des  Dieux,  qui  devait  y posséder 
un  temple  : 

MATRI-  DEVM 

cn=  pomp 

PROBVS 

CVRATOR-  TEM 
PLI-  V-  S-  L-  M 

De  même  à Baden-Baden,  où  l’inscription  suivante  a été 
trouvée  : 

MATRI  DEVM 
S-  SEMPRONIVS 

SATVRNINVS 
COH-  XXVI-  VOL-  C-  R 
V-S  • L.  M 

C.  I.  L.,  XIII,  6292. 

Vénus.  — L’inscription  de  la  Fontaine  de  la  Herse  nous  a 
déjà  fait  connaître  le  nom  de  Vénus  comme  divinité  protec- 
trice d’une  fontaine.  Une  autre  inscription,  portant  ce  seul 
mot  : aphrodisivm,  voisine  de  la  première  sur  la  paroi  de  la 
même  fontaine,  sans  avoir  un  sens  qu’on  puisse  déterminer 

(1)  Les  Gallo-Romains  dans  la  vallée  du  Louron.  Bulletin  de  la  Société 
Ramond,  15e  année,  1880. 

(2)  ARIXO 

DEO 


V . S . L . M 


SOURCES  THERMALES  ET  MEDICINALES 


175 


exactement  (d),  autorise  à supposer  que  l’influence  de  la  déesse 
était  prépondérante  en  ce  lieu.  Nous  verrons  d’ailleurs, 
lorsque  nous  nous  occuperons  des  ex-voto  et  offrandes,  que  le 
nombre  des  statuettes  de  Vénus  trouvées  dans  certaines  sta- 
tions thermales  ne  permet  pas  de  douter  que  cette  déesse  y 
était  l’objet  d’un  culte. 

Hercule.  — Nous  ne  trouvons  son  nom  auprès  des  sources 
médicinales  que  dans  l’incription  du  Mont-Dore  déjà  rapportée, 
mais  nous  savons  que  son  rôle  comme  divinité  thermale  ne 
peut  être  mis  en  doute. 

Neptune.  — Plombières.  — Le  Cabinet  des  médailles  de  la 
Bibliothèque  nationale  conserve  une  petite  plaque  votive  en 
bronze,  trouvée  dans  le  lit  du  ruisseau  de  l’Eau-Gronne,  et 
qui  porte  l’inscription  suivante  : 

DEAEO  NEPTVN 
TOVTISSIA 
VESTINA 
V-  S-  L.  M 

« Il  n’est  pas  extraordinaire,  dit  dom  Calmet  à propos  de  ce 
texte,  qu’on  invoque  Neptune,  dieu  de  la  mer  et  des  eaux, 
dans  un  lieu  dont  les  eaux  font  tout  le  mérite  et  toute  la 
richesse  : mais  il  est  rare  qu’on  l’invoque  pour  la  guérison  des 
maladies  (2)  » 

Baden-Baden.  — 

IN-  H-  D-  D 
D-  NEPTVNN 
CONTVBERNIO 
NAVTARVM 
CORNELIVS 
ALIQVANDVS 
D-  S-  D 

(1)  Greppo,  op.  cit.,  p.  284. 

(2)  Traité  historique  des  eaux  et  bains  de  Plombières,  de  Bourbonne,  de 
Luxeuil  et  de  Bains,  par  le  R.  P.  dom  Calmet,  abbé  de  Senones, 

MDCCXLVI1I 


176 


LA  GAULE  THERMALE 


Balaruc.  — 

ITEM-  TR  IB-  LEG-  II 
GEMELLI-  PROC 
NEPTVNO-  ET-  N.. 

La  lecture  Neptuno  et  Nymphis  de  la  dernière  ligne  de  ce 
témoignage  de  reconnaissance  d’un  tribun  militaire  inconnu 
est  universellement  admise,  et  l’association  de  Neptune  aux 
Nymphes  dans  un  texte  semblable,  en  un  lieu  renommé  pour 
ses  eaux  thermales,  rend  évident  le  caractère  de  divinité  pro- 
tectrice qui  lui  était  attribué  par  le  consécrateur. 

Junon.  — Nous  avons  vu  cette  déesse  associée  à Jupiter  dans 
une  inscription  de  Wiesbaden. 

Diane.  — Un  anneau  de  bronze  trouvé  à Vichy,  présentant 
très  probablement  un  caractère  votif,  porte  l’inscription  sui- 
vante, en  lettres  ponctuées,  les  mots  séparés  par  des  feuilles 
de  lierre  : 

ÇpDEAEÇp  DIANA  Çp  AVGVSTORVMÇp  SACRVM<+> 

DIANENSESÇp  DE  SVOÇp  DONAVERVNTÇp 

Badenweiler . — A Badenweiler,  dans  le  Grand-Duché  de 
Bade,  au  milieu  des  ruines  de  l’établissement  thermal,  on  a 
recueilli  l’inscription  suivante  gravée  sur!  une  base  de  statue  : 

IN-  H-  D-  D- 
DEANAE-  AB 
NOBAE-  CASSIA 
NVS  • CASATI 
V-  S-  L-  L-  M 
ET-  ATTIANVS 
FRATER-  F AL 
CON-  ET-  CLARO 
COS 

L’épithète  qui  accompagne  le  nom  de  la  déesse  « abnoba  » , 
est  le  nom  même  que  Pline  et  Tacite  donnent  aux  montagnes 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  177 

de  la  Foret-Noire.  Diane  nous  apparaît  donc  ici  comme  la 
déesse  tutélaire  des  monts  et  des  forêts  de  cette  région,  qui 
tirait  elle-même  son  nom  d’une  divinité  honorée  par  les  pre- 
miers habitants  du  pays,  à laquelle  les  Romains  associèrent 
Diane,  la  protectrice  des  régions  forestières,  en  les  réunissant 
toutes  deux  sous  une  même  dénomination  (1). 

Niederbronn.  — Le  nom  de  Diane  semble  bien  apparaître  dans 
le  fragment  d’inscription  suivant  déchiffré  par  M.  Siffer  sur 
une  pierre  creusée  en  cuvette  : di  - ai  - in-  (2). 


Baden-Baden.  — Le  nom  de  la  déesse  figure  sur  deux 
fragments  d’inscriptions  : 


DIANæ 


C.  I.  L.,  XII,  6289. 


Wiesbaden.  — 


DIANæ 
ivs  MA 

C.  I.  L.,  XIII,  6288. 

ANTONIA 
T-  PORCI  RVFI 
EGXX  PPF  L 
TE-  PORCIAE  RVFIANAE 
FILIAE-  SV  IANAE-  MT 
ACAE  VOTO 
SIGNVM-  POSV 


Diane  porte  ici  le  surnom  de  Mattiaca,  du  nom  de  la  station 
qu’elle  couvrait  de  sa  protection  : Aqnœ  Mattiacœ. 

Esculape  . — H ygie  . — Il  semble  que  ces  divinités  médicales  par 
excellence  auraient  dû  avoir  de  nombreux  dévots  auprès  des 
sources  bienfaisantes,  et  que  les  traces  de  leur  culte  devraient 
s’y  rencontrer  en  grand  nombre.  Nous  ne  pouvons  cependant 

(1)  Le  Corpus  I.  L.  contient  plusieurs  inscriptions  consacrées  à la 
déesse  Abnoba  seule,  notamment  : t.  XIII,  n08  6326,  6356  et  6357. 

(2)  Revue  des  Sociétés  savantes  des  départements,  4°  série,  t.  VI,  1867, 
2e  semestre. 


12 


478 


LA  GAULE  THERMALE 


en  signaler  qu’une,  gravée  sur  une  pierre  au  pied  de  la  mon- 
tagne du  Godesberg,  entre  Bonn  et  Remagen,  en  un  point  où 
existent  encore  aujourd’hui  des  sources  thermales: 

fortuni8 

SALVATARIBU8 
AESCVLAPIO-  HYGIæ 
Q*  VENIDVS-  RVFUS 
MÀRIVS  MAXIMU3 
CALVINIANV8 
le  G-  LEG-  I*  MI 
LEG  A VG  PPpr 
PROVINC-  GIIICiæ 

Cette  inscription  figure  au  Corpus  I.  L.,  XIII,  pars  II,  fasc.  II, 
n°  7994,  comme  ayant  été  découverte  in  arce  Godesberg.  Il  n’y 
est  fait  aucune  mention  de  sources  thermales  voisines  du  lieu 
de  la  trouvaille.  Du  même  lieu,  provient  une  autre  inscrip- 
tion ( Corpus , eod.  loc.,  n°  7995),  dédiée  matronis.  Le  nombre 
des  inscriptions  consacrées  à ces  divinités  est  si  grand  dans 
cette  région  des  environs  de  Bonn  qu’il  semble  difficile  de 
leur  donner  ici  un  caractère  particulier,  relié  à l’existence 
des  sources  thermales. 

Minerve.  — Le  nom  de  Minerve  apparaît  en  relation  cer- 
taine avec  les  sources,  par  son  association  avec  les  Nymphes, 
dans  une  inscription  de  Baden-Baden,  rapportée  au  Cornus 
I L.,  XIII,  6295  : 

MINER VAE 
SACRVM 

NYMPHEROS 

» ...  . *■  , - * ..  * V ' » ' - j 

plus  trois  lignes  frustes  où  le  Corpus  lit  : 

v r!  - ».  J * V \ ‘ • 

L.  Lolli?  Corti  | prcef.  coh.  V \ spanorum. 

Vulcain.  — Nous  ne  trouvons  le  nom  de  ce  dieu  que  sur  une 
. inscription  tracée  suruncippe  découvert  à Vènejcan-sur-Mont- 


179 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 

brun,  au  pied  du  Mont-Ventoux,  dans  le  département  de  la 
Drôme  : 

d e o 
VOLKANO 
SACRUM 
VALERI 
SEXTIA  ET 
ICCIVS-  CRA 
TION  EX 
IVS-  SV 

Silvain.  — Le  dieu  Silvain  figure  sur  deux  inscriptions  du 
Mont-Dore  : l’une,  déjà  rapportée,  où  il  est  associé  à Hercule 
et  à Mercure  ; l’autre,  où  il  figure  seul  : 

IVLIA*  SEVE 
RA-  SIL  VANN[0] 

V-  S-  L-  M 

L’association  de  Silvain  à deux  divinités  qui  étaient  certai- 
nement honorées  auprès  des  sources  thermales,  sa  présence 
dans  un  temple  qui,  nous  le  verrons,  était  partie  intégrante 
des  thermes  gallo-romains  du  Mont-Dore,  suffiraient  pour 
établir  le  caractère  de  divinité  médicale  de  ce  dieu,  s’il  n’y 
en  avait  pas  des  preuves  plus  démonstratives  encore  dans 
une  figure  donnée  par  Spon.  (Voir  ci-dessous,  p.  218),  dans 
laquelle  Silvain  est  représenté  avec  Diane,  Hercule  et  trois 
Nymphes,  ainsi  que  dans  la  disposition  d’un  temple  dédié  à 
Esculape  et  à la  Santé,  découvert  à Lambèse,  auquel  étaient 
adjointes  deux  chapelles  circulaires,  dédiées  à Jupiter  (Jovi 
ralenti)  et  à Silvain  (1). 

Isis.  — A Baden,  en  Suisse,  les  anciennes  Aquœ  Helveticœ, 
s’élevait  un  temple  consacré  à Isis,  dont  nous  avons  cité 
plus  haut  ( Voir  p.  91)  l’inscription  dédicatoire.  Une  statue 
d’Isis,  qui  aurait  été  trouvée  près  des  sources  thermales 


(1)  Boissier,  l’Afrique  romaine,  p.  114.. 


180 


LA  GAULE  THERMALE 


* 

d’Encausse,  un  assez  grand  nombre  de  petits  bronzes  égyp- 
tiens découverts  à Aix-les-Bains,  quelques  statuettes  où  l’on  a 
voulu  voir  des  représentations  d’Isis,  provenant  notamment 
de  Néris  et  de  Vichy,  etc.,  peuvent  inspirer  l’idée  d’un  certain 
culte  rendu  auprès  des  sources  à la  divinité  orientale,  peut- 
être  sous  l’influence  de  médecins  venus  d’Égypte  ou  imbus  des 
traditions  médicales  et  religieuses  de  ce  pays  (1). 

Panteo.  — L’habitude  d’adorer  ensemble  tous  les  dieux  et 
toutes  les  déesses  dans  un  temple  commun  amena  la  création 
d’une  abstraction  contenant  la  totalité  des  dieux,  qui  prit  le 
nom  de  Pantheo,  s’appliquant  également  à l’édifice  voué  à 
cette  sorte  de  culte  collectif.  Nous  avons  déjà  vu  l’inscription 
du  Mont-Dore,  dans  laquelle  cette  divinité  Panthée  est  invoquée 
avec  Hercule,  Mercure  et  Silvain. 


III 


Nymphes.  — Au  premier  rang  des  divinités  invoquées  sous 
une  dénomination  collective,  apparaissent  les  Nymphes,  dont 
les  attributions  générales  dans  la  religion  romaine  devaient 
naturellement  faire  les  protectrices  attitrées  de  nombre  de 
sources  médicinales  (2).  Aussi  leurs  noms  se  retrouvent-ils  fré- 

(1)  Le  caractère  médical  revêtu  quelquefois  par  Isis  semble  bien  évi- 
dent dans  l'inscription  suivante,  provenant  de  Grenoble  : 

AESCVLAPIO 
SACRVM 
M.  COE CVS 
ISIDIS  AEDIT 

où  la  déesse  est  associée  au  dieu  médecin  par  excellence.  Citée  par  Loys 
du  Bochat,  Mémoires  pour  servir  d’éclaircissements  sur  divers  points  de 
l’histoire  ancienne  de  la  Suisse,  d’après  Chômer,  Histoire  du  Dauphiné, 
t.  I,  p.  240. 

(2)  « C’est  principalement  autour  des  sources  thermales  que  se  déve- 
loppa et  fleurit  leur  culte  (des  Nymphes).  Bien  plus  encore  qu’en  Grèce, 
abondent  dans  le  monde  romain  les  inscriptions  votives  aux  Nymphes 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


181 


quemment  sur  des  inscriptions  exhumées  dans  les  stations 
thermales,  et  c’est  en  ce  qui  concerne  ces  divinités  que  notre 
moisson  épigraphique  sera  le  plus  riche. 


Les  Fumades . — Les  inscriptions  dédicatoires  aux  Nymphes, 
trouvées  à la  source  des  Fumades  (Gard),  présentent  un 
intérêt  tout  particulier,  en  ce  que  plusieurs  d’entre  elles 
accompagnaient  la  représentation  figurée  de  ces  divinités  (1). 
Les  monuments  sur  lesquels  elles  figurent  ont  la  forme  d’au- 
tels carrés,  de  dimensions  inégales,  variant  entre  0 m.  63  et 
0 m.  17  de  hauteur.  , 

Au-dessous  d’un  grand  bas-relief,  représentant  la  déesse  de 
la  source,  surmontée  des  bustes  nus  de  trois  nymphes,  on  lit 
l’inscription  : 

NYMP-  QVINTINA-  MAXIMI-  F-  V-  S-  L^M 

Autre  inscription,  au-dessous  de  trois  nymphes  demi-nues 
' sculptées  en  bas-relief  : 

NYMPH1S 

CASVNIA  QVINTINA  V*  S-  L-  M 


Trois  cippes  offrent  les  inscriptions  suivantes  : 

n/ym/l-  ivl-  ascanivs 

V-  S-  / M 


NYMPHIS 
L-  LVCRETI 
VS-  EVPEPRES 
V S L M 


NYMPHIS 
LVCIA-  G-  FIL 
AQVILINA 
V-  S-  L-  M 


D autres  fouilles  ont  amené  la  découverte  de  deux  portions 
incomplètes  d’une  inscription,  où  l’on  a pu  lire  : 

NYMPHIS  AVGVSTIS 


- guérisseuses  : Nymphis  medicis,  salutaribus,  salùtiferis Souvent,  dans 

les  dédicaces,  les  Nymphes  sont  associées  à quelcpie  divinité  supérieure 
avec  lesquelles  elles  ont  quelques  attributions  communes,  par  exemple  à 
! Jupiter,  considéré  comme  dieu  de  la  nature  physique;  à Apollon,  mé- 
decin; à Diane,  déesse  des  sources  et  des  fontaines;  à Sylvain,  etc.  » — 
Daremberg  et  Saglio,  Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et  romaines. 
V.  Nymphæ. 

(1)  Voir  p.  129. 


182 


LA  GAULE  THERMALE 

' I 

\ 

Bagnères-de-Luchon.  — Les  jthermes  de  Bagnères-de-Luchon 
nous  ont  conservé  toute  une  série  de  petits  monuments  épigra- 
phiques dédiés  aux  Nymphes,  la  plupart  en  marbre  blanc  de 
Saint-Béat,  dont  quelques-uns  sont  conservés  à l’établissement 
thermal  et  les  autres  dispersés  dans  les  musées  de  Toulouse, 
d’Auch,  de  Beauvais  et  dans  des  collections  particulières. 


NYMPHIS 

NYMPHIS 

AVG 

CASSIA 

SACRVM 

TOVTA 

A 

SEGVSIAV 

E 

V-  S-  L*  M 

S 

V S L M 

NIMP 

NYMPHIS 

NIMPHIS 

C-  V-  OPT 

T:  CLAVDIUS 

AVG 

T AT  VS 

RVFUS 

VALERIA 

V-  S-  L-  M 

V-  S-  L-  M 

HELLAS 

• 

V-  S-  L-  M 

NYMPIS 

NYMP  /// 

NYMPHIS 

LVCANVS 

NANV / / / 

C-  RVFONIVS 

ET*EROTIS 

sacra// 

DEXTER 

V*  S-  L-  M 

rvtaen/ 

V-  S-  L-  / 

V-  S-  L-  M 

NIMPIS 

NYMPHl/ 

NYM //// 

MONTANA 

EBELO 

ANDEM  // 

MONTANl/ 

FABI 

NAMRONI 

V S*  L-  M 

V S’  L-  M 

V\  S’  L-  M 

Bagnères-de-Bigorre.  — 

NYMPHIS 

NYMPHIS 

AVG 

PRO-  SALV 

SAGRVM 

' • v v i • ' ..  > • . 

TE-  S VA'  SE 

VER-  SERA 

NVS*  V S-  L-  M 

: 


183 


SOURCES  THERMALES 

ET  MÉDICINALES 

Lez  (Val  d’Aran).  — 

<t  , 4 * 

NYMPHIS 

NYMPHIS 

PRO  SALVTE 

IVLIA 

LEXEIAE 

10  RT IF 

V:  S*  L’  M 

PVLINA 

V-  S-  L-  M 

Ces  deux  inscriptions  sont  signalée  par  Edw.  Barry,  dans 
une  étude  sur  les  Eaux  thermales  de  Lez  a l’époque  romaine  (1). 

Artias  (Val  d’Aran).  — M.  Sacaze  (2)  a signalé  la  décou- 
verte, à Artias,  d’un  fragment  de  cippe  portant  les  quatre 
lettres  : nymp,  qui  sont  évidemment  le  commencement  du  mot 
« Nymphis  »,  ayant  dû  faire,  partie  d’une  inscription  qui 
n’était  vraisemblablement  pas  sans  rapport  avec  les  eaux 
thermales  existant  dans  ce  pays. 

Castera- Verduzan  (Gers).  — Un  fragment  d’inscription,  qui 
semble  avoir  disparu,  rapportée  par  Du  Mège(3)et  figurant  au 
Corpus  I.L.,  XIII,  438,  est  ainsi  conçu  : 

NYMPHIS  A VG 
SACRVM 

Capvern.  — Le  mot  Nymphis  se  lit  également  sur  des  ex- 
voto  en  terre  cuite,  trouvés  dans  cette  station,  et  signalés  par 
M.  Du  Mège  (4). 

A côté  de  ces  monuments  épigraphiques,  dans  lesquels  les 
Nymphes  figurent  seules,  rappelons  les  inscriptions  déjà 
citées  où  elles  sont  associées  à d’autres  divinités  : à Mercure, 
dans  une  inscription  de  Néris;  à Apollon  et  à Sirona,  dans 
l’inscription  de  Walsbronn;  à Neptune,  dans  l’inscription  de 
Balaruc,  à Minerve,  à Baden-Baden. 

EL  r . • , • • • • t , - - • r • * • . , * d i, 

(1)  Berne  archéologique,  13e  année,  lw  partie,  avril  à septembre  1856. 

(2)  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1883,  p.  224. 

(3)  Archéologie  pyrénéenne , t.  III,  p.  299. 

(4)  Ibid.,  t.  I,  p.  494.  ■ 


4 84 


LA  GAULE  THERMALE 


Gréoulx.  — Une  inscription  trouvée  à Gréoulx  (Basses- 
Alpes),  joint  au  nom  des  Nymphes  un  adjectif  ethnique  : 
Griselicis,  qui  les  rattache  intimement,  comme  divinités  topi- 
ques, à cette  station,  dont  le  nom  antique  Griselum  ou  Grise- 
licum , nous  est  révélé  en  môme  temps.  Cette  inscription, 
gravée  avec  beaucoup  de  négligence  et  en  caractères  peu  pro- 
fonds, présente  des  lacunes  qui  ont  donné  lieu  à plusieurs 
lectures  différentes.  Ce  texte  a été  étudié  de  la  façon  la  plus 
complète  par  Greppo  dans  son  savant  ouvrage  (1);  je  le 
donne  ici  tel  qu’il  figure  au  Corpus  I.L  .,  XII,  361  : 

FIL-  FAVSTINA 
T-  VITRASI-  POLL  i 
ONIS  COS  n PRAET 
AEST-  IMP-  PONTIF 
proc  OS  -ASIAE 
VXOR 
NYMPHIS 
GRISELICIS 

Cette  inscription  a une  histoire  assez  curieuse.  Un  premier 
fragment,  découvert  par  Peiresc,  sous  le  maitre-autel  d’une 
ancienne  église,  au  commencement  du  dix-septième  siècle, 
présentait  la  disposition  suivante  : 

xi 

NYMPHIS 

GRISELICIS 

et  les  premiers  commentateurs,  prenant  les  deux  premières 
lettres  pour  le  chiffre  XI,  en  avaient  conclu  que  les  thermes 
de  Gréoulx  devaient  avoir  onze  sources,  dont  chacune  possé- 
dait sa  divinité  particulière.  Le  complément  de  l’inscription 
fut  trouvé  en  1806,  dans  une  écurie  où  elle  avait  été  reléguée 
depuis  qu’une  crue  d’eau  l’avait  fait  reconnaître  parmi  les 
débris  de  la  culée  d’un  petit  j\ont,  et  permit  de  rétablir,  à peu 

(1)  Greppo,  op.  cit.,  p.  119. 


SOURCES  THERMALES  ET  MEDICINALES  185 

le  chose  près,  le  texte  dans  son  intégralité.  Walckenaër,  qui 
l’avait  vraisemblablement  pas  connu  l’inscription  complète  et 
n était  demeuré  à la  version  première,  y avait  vu  une  indi- 
ation  itinéraire,  qu’il  commentait  en  ces  termes  : « Le 
hilïre  XI  qu’on  lit  dans  cette  inscription  n’est  point  relatif  au 
îombre  des  Nymphes  ou  des  sources,  comme  l’a  cru  Papon; 

nais  il  exprime  la  distance  exacte  entre  Reii,  Riez,  et  Gnselum, 

4 

iréoulx,  qui  est  juste  de  8 milles  géographiques  — de  mille , 

)ii  8'  48"  de  degré,  ou  11  milles  romains.  Ce  chiffre  XI  est 
l’ autant  plus  intéressant  qu’il  confirme  à la  fois  la  position 
le  Reii  et  celle  de  Griselum  (1).  » 

Un  cippe  découvert  à Vaison,  et  signalé  par  Florian  Val- 
entin (2)  est  dédié  à des  Nymphes  ayant  un  caractère  reli- 
gieux et  ethnique  analogue  à celui  des  Nymphes  de  Gréoulx  : 

NYMPHIS-  A VG 
PERCERNIBVS 
T-  GENGETIVS 
DIONYSIVS 
EX  VOTO 

« Elles  seraient  vraisemblablement,  dit  notre  auteur,  les 
.génies  protecteurs  d’une  station  d’eau,  et  l’ex-voto  doit  être 
e témoignage  de  la  reconnaissance  d’un  malade.  Cet  ex-voto 
présenterait  plus  d’intérêt  s’il  avait  été  découvert  près  de  la 
^source,  dont  il  attesterait  la  vertu  et  l’emploi  curatif  à l’époque 
. gallo-romaine,  et  surtout  si  le  nom  du  lieu  qui  y était  indiqué, 
Percernes,  était  connu.  » 

Deux  inscriptions  votives  dédiées  aux  Nymphes,  rapportées 
dans  le  même  travail,  ne  sont  peut-être  pas  sans  rapport  avec 
deux  sources  du  département  de  la  Drôme,  celles  de  Ver- 
coiran  et  du  Rasteau,  leurs  provenances  respectives. 

(1)  Géographie  ancienne  historique  et  comparée  des  Gaules  cisalpine  et 
transalpine. 

(2)  Essai  sur  les  divinités  indigètes  du  Vocontium  d’après  les  documents 
épigraphiques,  1877. 


186 


LA  GAULE  THERMALE 


L’inscription  du  Vercoiran,  gravée  sur  un  petit  autel  por- 
tatif, est  ainsi  conçue  : 

N ij mp /ns  j L.  Carini  / us  Caru  / s.  v.  I.  m. 
et  celle  du  Rasteau  : 

v 

Nymphis  J Augustis  / Maternus  / v.  s.  I.  m. 

Rappelons,  enfin,  l’inscription  Nymphis  VolpiniSj  associées 
à Apollon,  trouvée  près  de  la  source  de  Tônnistein. 

Matres.  — A Montbrun  (Drôme),  dans  le  quartier  de  Vie, 
un  fragment  d’autel,  encastré  dans  un  mur,  présente  un  reste 
d’inscription  incomplète  où  l’on  a pu  lire  : Matribvs.  Les 
Matres , dont  nous  nous  occuperons  plus  complètement 
lorsque  nous  étudierons  les  statuettes  ayant  le  caractère  d’ex- 
voto,  semblent  avoir  eu  des  attributions  assez  multiples  et  un 
certain  caractère  médical  qui  pourrait  motiver  leur  présence 
dans  un  pays  fécond  en  sources  médicinales. 

Junones.  — Sur  une  inscription  encore  existante  à Néris  (1)  : 

NVMINIBVS 
AVGVSTORVM 
ET-  IVNONIBVS 
VICANI 

NERIOMAGIENSES 

Üne  autre  inscription,  découverte  en  1784,  donne  le  même 
texte  en  lettres  abrégées  : 

NBS»  AGM-  ET-  IBS-  VNI-  NGS. 

Les  Junones  étaient  des  divinités  d’origine  latine,  dont  les 
attributions  ne  devaient  pas  être  sans  analogie  avec  celles  des 
Matres. 


(1)  D’après  M.  Mowat  (Revue  archéologique , 35«  vol.,  1878),  le  mot 
Augusiorum  prouve  que  cette  inscription  ne  saurait  être  antérieure  à 
Tannée  163,  époque  où,  pour  la  première  fois,  deux  empereurs,  Marc- 
Aurèle  et  L.  Verus,  régnaient  simultanément. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  187 
Dominae.  — Sur  une  inscription  trouvée  à Aix-les-Bains  : 


DOMINIS 

EXS  VOTCKp  SCp  L <pM 
M-  CARMINIVS  MvO 
PRO  SALVTE  S VA  ET 
SVORVM 

Allmer  (1)  considère  les  Dominœ  comme  des  déesses  cham- 
pêtres, cpii  semblent  avoir  été  les  ancêtres  des  Dames  du 
moyen  âge.  D’après  la  teneur  de  l’inscription  pro  sainte  sua  et 
suorum,  elles  étaient  invoquées  comme  divinités  protectrices, 
et  la  découverte  de  ce  texte  à Aix-les-Bains  ne  permet  guère 
de  douter  qu’elles  y aient  joué  un  rôle  thermal. 

Comedovae.  — C’est  également  d’Aix  que  nous  vient  l’ins- 
cription suivante  , 

COMEDOVIS 

AVGVSTIS 

M-  HELVIVS-  SEVERI 
FIL-  IVVENTIVS 
EX-  VOTO 

Les  Comeclovœ  semblent  avoir  été  également  des  divinités  du 
même  ordre  que  les  précédentes,  occupant,  comme  elles,  un 
rang  inférieur  dans  la  hiérarchie  mythologique.  « Si  le  nom 
est  latin,  comme  il  y a grande  apparence,  dit  Allmer  (op.  cit.), 
il  faudrait  penser  à des  déesses  champêtres  mangeuses 
d’œufs.  » 

Spon  (2)  avait  déjà  rapporté  cette  inscription  qu’il  commen- 
tait en  ces  termes  : Quodnam  insuper  barbarum  Allobrogicumve 
numennobis  obtrudat  Marcus  Helvius  Severi  filius  Juventius,mirari 
pot  lus  licet  quam  divinare. 

(1)  Les  Dieux  de  la  Gaule  celtique.  Revue  épigraphique,  t.  III. 

(2)  Miscellanea  eniditœ  antiquüatis,  p.  97. 


188 


LA  GAULE  THERMALE 


IV 


Nous  arrivons  maintenant  au  groupe  des  véritables  dieux 
des  sources,  les  uns  protecteurs  d’eaux  thermales  en  général, 
les  autres  attachés  spécialement  à une  source  ou  à un  groupe 
de  sources  déterminé.  Ces  divinités  ont,  nous  le  savons,  des 
noms  et  des  caractères  indigènes  et  vraisemblablement  pré- 
romains bien  marqués,  et,  bien  que  quelques-uns  d’entre  eux, 
comme  Lussoius  et  Nerius,  se  soient  habillés  un  peu  à la 
romaine,  on  les  reconnaît  cependant  comme  les  antiques 
patrons,  les  protecteurs  nationaux,  qui  n’avaient  pas  lâché 
pied  devant  l’invasion  des  dieux  latins,  et  qui,  en  face  ou  à 
côté  des  nouveaux  venus,  continuaient  à couvrir  de  leur 
tutelle  les  eaux  bienfaisantes  auxquelles  ils  donnaient  souvent 
leur  nom. 

Borvo  ou  Bormo.  — Aix-les-Bains.  — Inscription  sur  une 
longue  bande  de  pierre,  sciée  en  deux  parties,  provenant  des 
bains  antiques  : 

CVLIIIVS 
CVTICVS 
BORV  VSLM 

Également  à Aix-les-Bains  : 

MILICINRVSO 
BORMV  VSLM 

Aix-en-Provence  : 

DEXTER  BORMAN 
ITER-  L-  M 

Corpus,  I.  L.,  XIII,  494. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


189 


Bourbonne-les-B Clins  : 


BORVONI 

DEO  BOR 

DEO  BORVO 

ET  DAMO 

VONI 

ET  DAMONAE 

NAE 

VITA 

VERREA  VE  RI 

/ XTILIA 

LIA 

NA  LINGO 

/XTI  FIL 

SAS 

MED 

EX  VO 

TO 

BORVONI  ET 

BORMONI 

A VG 

MONAE-  C-  IA 

ET-  DAMON 

BORVON 

TINIYS-  RO 

IVL-TIBERIA 

CVALENT 

MANVSIN 

CORISILLA 

CENSORI 

G-  PRO-  SALV 

CLAVD-  CATONIS 

NVS 

ET-  COCILLAE 

LING 

MVLLI-  F 

FIE-  EX  VOTO 

V-  S-  L-  M 

EX-  VOTO 

BORVO 

DEO  BORVONI 

BORVONI 

IIT-  DAMO 

ET-  DAMON 

ET  DAMON 

FROT-  L-  V-  S-  F 

MATVRIA-  R VS 

AEMILIA 

TICA 

SEXTI-  FIL 

V-  S-  L-  M 

MED 

A ces  monuments  on  peut  joindre  l’inscription  Deo  Apollini 
Borvoni  y mentionnée  plus  haut.  La  plupart  de  ces  inscriptions 
figuraient  sur  des  petits  autels  de  pierre  ou  de  grès,  trouvés  dans 
les  vases  du  puisard  romain  ou  des  galeries  qui  l’avoisinaient, 
ainsi  qu’au  cours  des  travaux  entrepris  en  1869-70,  pour  la  cons- 
truction du  grand  aqueduc  d’écoulement  des  eaux  thermales. 

Bourbon- Lancy.  — Trouvée  en  1792  dans  les  fondations  du 
château  : 

C-  IVLIVS-  EPOREDIRIGIS-  Fr  MAGNVS 
PRO-  L-  IVLIO-  CALENO-  FILIO 
BORMONI-  ET-  DAMONAE 
VOTO-  SOL 

////A*  EST-  SAC////  /// S SIMIS  NV// 

////  SILICA-  V////  • ///  DEO  BO////// 

////rvoni-  et////  : 


490 


LA  GAULE  THERMALE 


Sur  un  fragment  de  marbre  blanc,  qui  servit  longtemps  de 
seuil  de  porte  à l’église  de  Bourbon-Lancy  : 

BORVONI  ET  DAMONAE 
T-  SEVERIVS  MO 
DESTVS  NIB 
H-  N TI 

Courtépée  (1),  l’historien  de  la  Bourgogne,  qui  écrivait  à la 
fin  du  dix-huitième  siècle,  et  qui  avait  vu  cette  inscription 
plus  complète  et  en  meilleur  état  de  conservation,  en  avait 
proposé  une  reconstitution,  admise  par  Berger  de  Xivrey,  et 
reproduite  par  Greppo  (op.  cil .,  p.  56),  sous  la  forme  sui- 
vante : 

Borvoni  et  Davionœ 
T.  Severius.  Mo 
destus.  omnib 
honoribus.  et.  officiis 
apud.  Æduos.  functus 
v.  s.  I.  m 

Cette  restitution  peut  être  très  plausible,  mais,  étant  donné 
l’état  dans  lequel  le  marbre  nous  est  parvenu,  il  convient  de 
ne  l’accueillir  qu’à  titre  purement  hypothétique. 

J 

Aix-en-Diois,  — Trouvée  au  commencement  du  dix-neu- 
vième siècle,  dans  le  cimetière  d’ Aix-en-Diois,  à six  kilo- 
mètres de  Die  : 

BORMAN- •• 

ET  BORMAN 
P-  SAPRIN 
EVSEBES-  V-  S 
L-  M 

Cette  série  de  monuments  épigraphiques  (2)  nous  permet 

(1)  Description  du  duché  de  Bourgogne,  t.  IY,  p.  380.. 

(2)  On  peut  ajouter,  pour  compléter  l’ensemble  des  monuments  épi- 
graphiques consacrés  au  dieu  Borvo  et  à ses  parèdres,  deux  inscriptions 
provenant  de  localités  où  il  n’a  vraisemblablement  jamais  existé  de 
sources  thermales  ou  minérales. 

La  première,  sur  plaque  de  cuivre,  provient  d’Entrains  (Nièvre),  et  est 
ainsi  conçue  : 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  191 

d’avoir  une  idée  assez  précise  du  dieu  qui  semble  avoir  été  la 
principale  divinité  thermale  des  Gaules.  D’après  la  distribu- 
tion géographique  de  ces  monuments,  son  culte  n’était  pas 
limité  à une  région  déterminée,  mais  embrassait,  au  contraire, 
une  aire  extrêmement  étendue.  Le  véritable  nom  semble  bien 
avoir  été  Borvo,  mais  il  apparaît  aussi  sous  les  formes  Bormo 
et  Bormanus,  qui  s’appliquaient  évidemment  à la  même  divi- 
nité. D’après  M.  d’Arbois  de  Jubainville  (1)  les  formes  Bormo 
et  Borvo  proviendraient  de  deux  racines  différentes  : « Nous 
croyons  pouvoir  considérer  comme  ligures  deux  noms  de 
sources  divinisées,  c’est-à-dire  les  deux  noms  du  dieu  Bor- 
manus ou  Bormo,  qui  présidait  aux  eaux  thermales,  et  la 
racine  borm.  de  laquelle  dérivent  les  deux  mots  Bormanus  et 
Bormo...  En  gaulois  comme  en  latin,  il  n’y  avait  pas  de 
racine  borm , en  sorte  que  dans  la  Gaule  du  sud-est,  au  pre- 
mier siècle  de  notre  ère,  le  nom  du  dieu  Bormo  n’offrait 

AVG.  SACRI.  DEO 
BORVONI.  ET.  CANDI 
DO.  AERARI.  SVBCV 
RA.  LEONIS  EMA  R 
CIANI  EX  VOTO  R 
AERARI.  DONA 

Borvo  est  associé  dans  ce  texte  à un  dieu  Candidus,  sur  le  comp  te  duquel 
nous  sommes  absolument  réduits  aux  conjectures.  Je  me  borne  à trans- 
crire l'explication  ingénieuse  donnée  de  cette  inscription  dans  un  Bul- 
letin de  la  Société  nivernaise,  2e  série,  t.  V,  p.  245  : « Des  receveurs  des 
deniers  publics,  dans  la  nécessité  de  recourir  aux  eaux  thermales  de 
Bourbonne-les-Bains  et  en  ayant  ressenti  d'heureux  effets,  pour  témoi- 
gner de  leur  reconnaissance,  auront  fait  exécuter  cet  ex-voto  en  faveur 
de  la  divinité  qui  préside  à ces  eaux,  Borvoni.  Mais  ils  ne  pouvaient  ou- 
blier une  autre  divinité  topique,  Gandido,  à laquelle  ils  avaient  adressé 
sans  doute,  antérieurement,  leurs  supplications,  pour  être  délivrés  de 
leurs  souffrances.  » 

La  seconde  inscription  a été  découverte  à Saint-Vulbaz  (Ain),  dont  le 
nom  ancien  était  Saint-Bourbaz,  évidemment  dérivé  du  nom  de  la  divi- 
nité locale  : 

BORMANAE 
AVG  SACR 
CAPRI 

A///RATINVS 

*••»••• 

SABI  NIANVS 
D*  S»  D» 

(1)  Les  premiers  liabitants  de  l’Europe,  t.  II,  p.  117  et  suiv. 


192 


LA  GAULE  THERMALE 


aucun  sens  à l’esprit  des  populations.  Mais  il  se  trouvait  en 
gaulois  une  racine  berv,  qui  signifiait  bouillonner,  bouillir.  La 
racine  berv  avait  une  forme  secondaire  : borv.  Le  populaire 
gaulois  changea  bormo  en  borvo , pour  substituer  à un  mot 
inintelligible  un  mot  qui  voulait  dire  : le  bouillant,  le  bouil- 
lonnant. » 

« J’ai  monté  dans  le  glossaire  gaulois,  dit  de  son  côté  Roget 
de  Belloguet  (1),  par  lequel  j’ai  commencé  la  publication  de 
mon  Ethnogénie  gauloise , que  Bormo  ou  Borvo  est  identique  à 
l’armoricain  bourbon,  bourbounen , ampoule,  ébullition,  bouillon- 
nement : en  gallois,  beriv,  bouillonnement;  bwrlymn,  faire  glou- 
glou; brwmbwr,  murmure;  en  irlandais,  borbhaim , j’enfle; 
bearbhad,  bouillonnement;  en  erse  d’Écosse,  borb,  enfler, 

enflammer  ; borbhan , murmure.  L’idée  de  bouillonnement  est 

0 

donc  celle  qu’exprimait  d’abord  cette  racine  celtique.  » 

Le  texte  de  l’inscription  de  Bourbonne  : Deo  Apollini  Bor- 
voni  et  Damonœ,  a suggéré  la  pensée  que  notre  dieu  pourrait 
n’ôtre  autre  chose  qu’un  Apollon  gaulois,  envisagé  unique- 
ment comme  dieu  guérisseur,  protecteur  des  eaux  bienfai- 
santes. « Si  cette  lecture  est  bonne,  le  dieu  Borvo  serait  une 
des  incarnations  d’Apollon  dans  les  Gaules  (2).  » 

Comment  doit  être  lu  le  texte  qui  nous  occupe?  Borvoni 
est-il  un  qualificatif  d’Apollon,  ou  bien  sommes-nous  en  pré- 
sence cl’une  dédicace  à trois  divinités  distinctes  : Apollon, 
Borvo  et  Damona?  Je  penche  tout  à fait  pour  ce  dernier 
avis,  en  remarquant  que,  dans  toutes  les  autres  inscriptions 
contenant  son  nom,  Borvo  figure  sous  ce  seul  nom,  et  nous 
apparaît  comme  un  dieu  d’origine  franchement  celtique,  qui 
pouvait  présenter  des  affinités  avec  un  des  caractères  spé- 
ciaux attribués  à Apollon,  celui  de  dieu  médical,  mais  qui  n'en 
avait  pas  moins  une  existence  propre  et  distincte  de  celle  du 
grand  dieu  de  l’Olympe  gréco-latin. 

Remarquons  également,  pour  en  terminer  avec  les  rensei- 

0 9 • 

(1)  Lettre  au  sujet  du  nom  de  Bourbon. 

(2)  Héron  de  Villefosse,  Statue  colossale  d’Apollon  assis  trouvée  à En- 
trains. Bevue  archéologique , nouvelle  série,  7e  année,  31e  vol.,  1876. 


SOURCES  THERMALES  ET  MEDICINALES 


193 


gnements  que  nous  fournissent  nos  textes,  que  dans  les  ins- 
criptions de  Bourbon-Lancy  et  de  Bourdonne,  Borvo  figure 
avec  une  parèdre,  Damona,  et,  à Aix-en-Diois,  avec  une  divi- 
nité de  même  famille,  qui  jouait  auprès  de  lui  le  même  rôle, 
et  devait  porter  le  nom  de  Bormana  (1). 

Le  nom  de  la  grande  divinité  thermale  gauloise,  transformé 
dans  le  cours  des  siècles,  est  resté  attaché  à plusieurs  de  nos 
plus  importantes  stations  : Bourbonne-les-Bains,  Bourbon- 
l’ Archambault  et  Bourbon-Lancy  (2),  et  peut-être  la  Bour- 
boule,  qui  semble  bien  dériver  étymologiquement  du  même 
vocable  celtique,  ainsi  que  Barbotan-en-Armagnac,  localité 
connue  par  ses  eaux  et  ses  boues  minérales,  dont  le  nom  est 
une  corruption  de  la  forme  ancienne  et  plus  légitime  : Bor- 
botnn  (3). 

(1)  Sur  les  inscriptions  de  Bourbonne  et  le  dieu  Borvo,  voir  Cha- 
bouillet,  Notice  sur  des  inscriptions  et  des  antiquités  provenant  de  Bour- 
bonne-les-Bains, suivie  d’un  catalogue  spécial  des  monuments  épigra- 
phiques relatifs  à Borvo  et  Damona.  Bevue  archéologique,  nouvelle 
série,  21e  année,  39e  volume,  1880,  p.  18,  65,  129;  et  41e  vol.,  1881, 
p.  292. 

(2)  La  relation  entre  le  nom  du  dieu  Borvo  et  les  noms  de  ces  stations  est 
trop  évidente  pour  être  sérieusement  discutée.  Je  citerai  cependant,  à 
titre  de  curiosité,  ce  passage  d’un  écrivain  que  cette  similitude  n’avait 
pas  convaincu  et  qui,  à propos  de  Bourbon-Lancy,  fournissait  cette  autre 
explication,  au  moins  étrange  : « Je  ne  crois  pas  que  Bourbon-Lancy 
soit  une  autre  position  qu ’Aquis-Bormonis,  puisque  cette  ville  possède 
une  inscription  : Bormoni  et  Damonœ,  qui  semble  s’appliquer  au  pro- 
priétaire de  ces  thermes  ou  fondateur  et  à son  épouse  plutôt  qu’à  cer- 
taines divinités  topiques  dont  personne  n’aurait  jamais  entendu  parler. 
Si  dans  deux  mille  ans  d’ici  des  archéologues  faisaient  des  recherches 
dans  les  ruines  des  thermes  de  Bourbon-Lancy,  ils  pourraient  trouver 
une  inscription  à l’éloge  de  M.  le  marquis  et  de  Mme  la  marquise 
d’Alègre,  bienfaiteurs  à notre  époque  de  ces  eaux,  dont  les  statues  figu- 
rent sur  une  fontaine  au  milieu  de  la  place  devant  les  thermes.  Il  pou- 
vait en  être  de  même  à l’époque  romaine  de  Bormanus  et  de  Damona.  » 
(X.  Garenne,  Bibracte,  1867,  p.  198.) 

(3)  Le  P.  Aubery,  auteur  d’un  poème  latin  intitulé  : Borbotanum  in 
Aremoricis  (Borbotan  en  Armagnac),  écrit  vers  1640,  fait  dériver  ce  nom 
de  la  fatale  aventure  de  la  Nymphe  armagnaçaise  Botané,  poursuivie 
par  Phébus,  et  reçue  dans  les  1 oues  par  les  dieux  Borbor  : « Enfin,  pris 
de  pitié  par  les  rudes  fatigues  de  la  Nymphe,  le  dieu  Borbor  vient  au- 
devant  d’elle  et  la  reçoit  dans  ses  bras.  Ensevelie  dans  le  gouffro,  la 
chaste  vierge  exhala  son  âme  parmi  les  flots  imprégnés  de  bitume. 
Borbor,  le  vieillard  bien  connu  dans  le  pays  d'Armagnac,  le  dieu  du 
marais  noirâtre,  ensevelit  la  morte  dans  une  urne  fangeuse.  Do  son  nom 


13 


194 


LA  G A U L K THERMALE 


Damona,  — Le  nom  de  cette  divinité,  compagne  fidèle  de 
Borvo,  semble  bien  en  rapport  avec  son  caractère  de  divinité 
thermale.  Le  radical  se  compose  d’une  racine  celtique  tum  ou 
lomm,  qui  signifie  chaud,  et  la  terminaison  ona  se  retrouve 
dans  un  grand  nombre  de  noms  de  sources  ou  de  cours  d’eau 
divinisés  : Divona,  Acionna,  etc. 

Aux  inscriptions  que  nous  venons  de  citer,  dans  lesquelles 
figure  son  nom,  nous  pouvons  ajouter  celle-ci,  tracée  au  poin- 
tillé sur  vase  de  bronze  trouvé  à Chassenay  (Côte-d’Or),  dans 
un  puits  dont  l’eau  était  peut-être  considérée  autrefois  comme 
douée  de  vertus  curatives  : 

Aug(usto)  sacr(um)  deo  Albio  etDamonœ  Sex.  Mart(ius)  Cociliani 
f(ilius)  ex  issu  lin  (s.  v.)  s.  I.  m. 

La  même  déesse  est  invoquée  seule  dans  une  inscription 
provenant  de  Bourbonne-les-Bains,  gravée  sur  une  table  de 
bronze  conservée  actuellement  au  Cabinet  des  médailles  de  la 
Bibliothèque  nationale  : 

DAMONAE  AVG 

CLAVDIA-  MOSSIA • ET-  C-  IVL 
SVPERSTES  FIL 
L-  D-  EX-  D-  D-  V-  S-  L-  M 

Sirona.  — Nous  avons  vu,  dans  deux  inscriptions  de  Luxeuil 
et  de  Nierstein,  la  déesse  Sirona  associée  à Apollon,  et,  dans 
l’inscription  de  Walsbronn,  à Apollon  et  aux  Nymphes.  Elle 
figure  seule  dans  l’inscription  suivante  trouvée  à Wiesbaden, 
dans  un  lieu,  dit  le  Corpus  (XIII,  7570),  où  sont  des  ruines  de 
thermes  : 

SIRONAE 

C'  I VLI • RESTITVTVS 
C-  TEMPLI-  D-  S-  P 

Un  autre  monument  épigraphique  du  plus  haut  intérêt,  car 
il  était  surmonté  de  la  représentation  de  la  divinité,  a été 

et  du  nom  de  la  vierge  Botané,  nos  aïeux,  de  vieille  date,  créèrent  le 
nom  de  Borbotan,  que  gardent  encore  et  le  lieu  et  le  marais.  » Traduc- 
tion de  L.  Couture,  Revue  de  Gascogne , t.  XLI,  1900. 

i 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


•195 


découvert  près  d'une  source  appelée  la  Sainte -Fontaine, 
■située  près  du  village  de  Merlebach,  dans  l’ancien  départe- 
ment de  la  Moselle  : 

DEAE  DIRONAE 
MAIOR  MA 
GIATI  FILIVS 
V S L M 

La  déesse  Sirona  n’est  connue  que  par  les  inscriptions  ; 
aucun  écrivain  de  l’antiquité  ne  mentionne  son  nom. 

« Cette  déesse,  dit  A.  Maury(l),  est  visiblement  une  divi- 
nité des  eaux  minérales.  La  forme  de  son  nom  rappelle  les 
noms  de  fontaine  et  de  rivière,  et  les  lieux  où  les  ex-voto  ont 
été  découverts  confirment  ce  caractère  médical.  Les  Gallo- 
: Romains  paraissent  avoir  assimilé  Sirona  à Diane,  et  de  là 
■encore  son  association  à Apollon  (2).  » 

Dulliot  pensait  aussi  que  Sirona  était  une  personnification 
; particulière  des  sources. 

Ch.  Robert,  dans  l’étude  particulière  qu’il  a consacrée  à 
rcette  divinité,  conclut  du  rôle  de  parèdre  joué  par  elle  auprès 
d’Apollon,  qu’on  ne  doit  pas  en  faire  exclusivement  une  pro- 
tectrice des  eaux  bienfaisantes,  car  Apollon  était  en  Gaule  non 
sseulement  le  Dieu  qui  guérit,  mais,  comme  à Rome,  une  per- 
sonnification du  soleil.  Il  ne  conteste  pas  que  Sirona,  comme 
Apollon,  ait  présidé  aux  sources  bienfaisantes,,  mais  ce  n’était 
i à qu’une  des  faces  de  son  rôle  plus  général  de-  puissance 
Fécondante  favorisant  les  forces  de  la  nature. 

En  résumé,  quelle  que  soit  l’étendue  du  rôle  qu’on  veuille 
[assigner  à Sirona,  il  semble  hors  de  doute  que  la  tutelle  des 
sources  médicinales  faisait  partie  de  ses  attributions  et  qu’elle 
îst  en  droit  d’occuper  une  place  au  premier  rang  des  divinités 
de  notre  Olympe  thermal.  b - 

(1)  De  l’Apollon  Gaulois.  Revue  archéologique,  janvier  1860,  p!  58  et 
•uiv. 

(2)  Sur  treize  inscriptions  relevées  par  Ch.  Robert  dans  une  étude  sur 
' Sirona  (Revue  celtique,  t.  IV),  huit  montrent  cette  déesse  associée  à 
apollon. 


4 96 


LA  GAULE  THERMALE 


Lussoius  ou  Luxovius.  — Le  nom  du  dieu  topique  des  sources 
de  Luxeuil,  présenté  sous  deux  formes  différentes  et  associé  à 
une  divinité  féminine,  nous  a été  transmis  par  deux  inscrip- 
tions. La  première,  gravée  sur  une  pierre,  a été  trouvée 
en  1779  près  de  l’établissement  thermal  : 

ssoio 

ET  BRICTAE 
DIVIXTI 
VS  CONS 
TANS 
V S L M 

Le  deuxième  texte  relatif  à la  divinité  protectrice  de 
Luxeuil  n’est  connu  que  par  un  manuscrit  du  neuvième  siècle, 
provenant  de  l’abbaye  de  Saint-Colomban.  Il  est  ainsi  rap- 

■ 

porté  : 

LVXOVIO 
ET  BRIXIAE 
C-  IVL-  FIMAR 
IVS-  V-  S-  L-  M 

D’après  Desjardins  ( op . cit.),  la  copie  doit  être  infidèle  : le 
copiste  a dû  mettre  Luxovium  parce  que  c’était  -le  nom  de  la 
ville  au  neuvième  siècle,  et,  d’autre  part,  le  texte  devait 
porter  Firmanus , au  lieu  du  mot  barbare  Firmarius.  Le  texte 
pourrait  donc  être  ainsi  rétabli  : 

LVSSOIO 
ET  BRICIAE 
C-  IVL-  FIRMA 
NVS-  V-  S-  L-  M 

Le  nom  du  dieu  figure  encore  sous  une  troisième  forme 
dans  l’inscription  suivante,  citée  par  Greppo  (op.  ait.,  p.  126), 
qui  aurait  été  découverte  en  1780  : 

D-  NICARINO 


D-  LIXVI 


■hi  i 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  197 

D’après  le  savant  abbé,  Nicarinus  aurait  été  un  autre  dieu  to- 
pique des  sources.  Le  Corpus  I.  L.  (XIII,  1041,  Inscnptiones  falsæ 
vel  alienœ),  n’hésite  pas  à rejeter  ce  texte,  disparu  aujourd’hui 
et  connu  seulement  par  un  rapport  de  Guin,  suspecté  d’être 
l’auteur  de  l’inscription  fausse  dont  nous  avons  parlé  : Titulus 
aut  ftctus  est,  aut  cerle  corruptus ; propter  orginem  suspectant j inter 
i falsos  relegavi. 

Bricia.  — Deux  des  inscriptions  qui  précèdent  portent  le  nom 
d’une  divinité  féminine,  associée  à Lussoius,  et  partageant 
avec  lui  la  protection  des  eaux  thermales.  Qu’était  cette  divi- 
nité ? Walckenaër  (1)  fait  dériver  son  nom  du  mot  allemand 
brücke,  pont,  et  rattache  Bricia  à Brusche , localité  voisine  de 
Luxeuil.  Delacroix  conclut  de  la  présence  à Luxeuil  de  deux 
sortes  d’eaux  parfaitement  distinctes,  les  unes  alcalines,  les 
autres  ferrugineuses,  à l’existence  de  deux  divinités  ayant 
chacune  sous  sa  protection  spéciale  l’une  de  ces  sources. 

L’opinion  la  plus  probable  voit  dans  Bricia  la  déesse  per- 
sonnifiant le  cours  d’eau  appelé  le  Breuchin , qui  coule  à l’est 
de  la  ville. 

Une  autre  inscription,  qui  porte  le  nom  de  Bricia  seule,  fut 
découverte,  le  11  mai  1781,  au  bord  d’une  piscine  romaine 
abandonnée,  au  nord  du  grand  bain  actuel.  En  voici  le  texte, 
qui  a été  l’objet  des  mêmes  suspicions,  et  semble  aussi  peu 
digne  de  foi,  que  l’inscription  de  Labiénus  : 

DIVA  AVXI 
BRICIA  REG 
CAE  AUG 
COS 

TID  ET-  PIS 
DEDICATV 
TEMPLUM 

dont  la  lecture,  d’après  l’idée  de  l’auteur  du  texte,  serait  la 


(1)  Géographie  ancienne  des  Gaules,  t.  I,  p.  320. 


198 


LA  GAULE  THERMALE 


suivante  : Divœ  auxiliari  Briciœ  régnante  Cœsare  Augusio  consu- 
ltas Tiberio  et  Pisone  dedicatum  templuni. 

Pour  la  critique  de  ce  texte,  nous  renvoyons  nos  lecteurs 
aux  savants  travaux  déjà  cités  de  MM.  Allmer  et  Desjardins, 
qui  nous  semblent  établir  de  la  façon  la  plus  péremptoire  la 
fausseté  de  ce  document  (1). 

Nerius.  — Une  longue  inscription,  trouvée  à Xéris  en  plu- 
sieurs fragments  qui  ont  pu  être  juxtaposés,  nous  a fait  con- 
naître le  nom  de  la  divinité  qui  présidait  à ses  eaux  et  peut-être 
aussi  le  nom  de  celle  à qui  était  dédié  l’établissement  thermal. 

Voici  le  texte,  tel  qu’il  est  reconstitué  au  Corpus  I.  L.,  XIII, 
1376  : 


(1)  Ces  deux  inscriptions  plus  que  douteuses  ont  été  placées  dans  une 
des  salles  de  l’établissement  thermal.  « Comme  les  mânes  du  malin 
compère  qui,  au  siècle  dernier  s’est  amusé  à fabriquer  ces  deux  inscrip- 
tions, dit  Allmer  dans  son  Mémoire,  ont  dû  sourire  dans  leur  longue 
barbe  lorsqu’on  prit  cette  détermination.  Comme,  sous  leur  linceul,  elles 
doivent  tressaillir  d’aise,  chaque  fois  qu’errant  à travers  les  corridors  de 
l’établissement,  elles  y sont  témoins  de  la  fortune  de  son  ingénieuse 
supercherie.  » 

Et,  plus  loin,  il  ajoute  : « Constatons  encore  qu’en  parcourant  la  mo- 
nographie intitulée  : Bains  de  Luxeuil,  nous  avons  observé  une  autre 
fraude,  ayant  pour  but  également  de  prêter  aux  bains  de  cette  petite 
ville  une  illustration  factice  dont  cependant  ils  n’ont  nullement  besoin. 
La  falsification  consiste  à avoir  substitué  un  T à VL,  dans  la  formule 
v.  s.  I.  m.,  qui  termine  deux  inscriptions  antiques,  afin  de  pouvoir  inter- 
préter V.  S.  T.  M.  par  : Votum  solvit  tempore  medente,  et  les  traduire 
ainsi  : A rempli  son  vœu  pendant  le  temps  de  son  traitement.  Sans  exa- 
miner de  trop  près  Si  tempore  medente  veut  dire  au  temps  de  son  traite- 
ment, nous  ferons  remarquer  qu’on  n’écrivait  en  initiales  que  des  for- 
mules bien  connues,  en  sorte  que  si  les  Romains  avaient  voulu  qu’on 
pût  lire  sur  des  inscriptions  les  mots  tempore  medente,  ils  y auraient 
écrit  ces  mots  en  toutes  lettres,  sous  peine  de  ne  pas  être  compris  même 
de  leurs  contemporains.  » 

On  retrouve  un  écho  assez  original  de  l’importance  apportée  au  pre- 
mier de  ces  textes  suspects  dans  la  note  suivante,  insérée  au  Moniteur 
du  8 juillet  1856,  et  qui  ne  fait  pas  honneur  aux  connaissances  histori- 
ques de  son  auteur  : « L’Empereur  a fait  hier  une  excursion  à Luxeuil. 
Sa  Majesté  a été  agréablement  surprise  de  trouver  au  milieu  d’une  char- 
mante petite  ville  un  établissement  de  bains  thermaux  dont  l’installation 
lui  a paru  remarquable,  Ce  qui  l’a  surtout  frappé,  c’est  l’inscription  ro- 
maine découverte  en  1755  et  qui  porte  Lixovii  thermos Ainsi,  dès  cette 

époque,  l’administration  romaine  semblait  avoir  été  tellement  centralisée 
qu’il  fallait  un  ordre  direct  de  l’Empereur  pour  réparer  des  bains  dans 
un  coin  presque  ignoré  des  Vosges.  » 


199 


SOURCES 


THERMALES  ET  MÉDICINALES 


B A VG  ET  NERIO  DEO  V SIBUS  Q R PB  lt  CUb 
ESTER  II  VIR  II  FLAM  • ROM  ET-  A VG  ITEM  QVE  FL  AMEN  PI  etCltiS  C 
IVLII  EQVESTRIS  FILII  CIMBER  ET  EQVESTER  FLAMIN  es 
ABERNAS  PORTIGUS  QVIBUS  FONTES  NERI  THERMAE  pie 
M OMNIBVS  SVIS  ORNAMENTIS  OB  IIONO  FI  AM  NIO 

Quelques  fragments  plus  petits  ont  fourni  la  partie  finale 
des  lignes,  indiquée  ci-dessus  en  italique. 

Blin  outre,  un  fragment  d’une  autre  inscription,  rapporté  au 
Corpus,  XIII,  1377,  nous  donne  la  répétition  absolue  de  ce 
premier  monument. 

« Ce  texte  nous  apprend,  dit  M.  H.  de  Villefosse  (1),  la 
raison  de  la  reconnaissance  des  habitants  de  Nérispour  Julius 
Equester  et  pour  ses  fils  Cimber  et  Equester.  Ils  avaient  fait 
construire,  autour  des  thermes  et  des  fontaines  du  dieu 
Nerius,  des  portiques  sous  lesquels  étaient  installées  des  bouti- 
ques. » Et  il  ajoute  : « La  mention  d’un  flamen  Pietatis  est 
certaine  ; probablement  il  faut  admettre  aussi  celle  de  thermœ 
Pietatis.  Ces  deux  mentions  s’expliquent  d’ailleurs  l’une  par 
l’autre.  S’il  existait  à Néris  un  flamen  Pietatis,  on  ne  doit  pas 
s’étonner  que  l’établissement  thermal  ait  été  placé  sous  le 
vocable  de  la  déesse  Pietas.  » 

Trois  pierres,  ayant  servi  de  couverture  au  grand  aqueduc 
de  Néris,  portent  les  fragments  suivants  : 


a b c 

NENNERIO  OVH  VISSV 


Les  fragments  b et  c sont  à peu  près  inexplicables,  mais 
le  nom  du  dieu  topique  ligure  certainement  au  fragment  a. 

Il  en  est  de  même  du  texte  suivant,  rapporté  au  Corpus  I.L., 
XII,  1371  : 

CASSIA  NEMIE  F-  NERIO  VSVII 


Ibosus.  — Ce  nom  figure  sur  une  inscription  dédicatoire 
deo  iboso,  gravée  au  pointillé,  en  majuscules  romaines,  sur  la 
panse  d’un  vase  de  bronze  trouvé  à Néris. 

(1)  Communication  a la  Société  des  Antiquaires  de  France.  Séance  du 
20  juin  1900,  Bxdlelin,  1900,  p.  208  et  suiv. 


200 


LA  G A U L K THERMALE 


Pour  M.  Brugière  de  Lamotte  (1),  ce  vase  « aurait  été 
consacré  au  dieu  égyptien  Ibis,  dont  le  nom,  comme  l’indique 
l’inscription,  s’était  modifié  et  latinisé  en  Ibo$u6  dans  les  temps 
gallo-romains.  » M.  Bertrand  (Musées  de  Néris)  y voit  aussi 
un  dieu  topique  égyptien  déjà  connu  par  une  stèle  gravée 
trouvée  dans  les  Pyrénées. 

L’Académie  des  Sciences,  Inscriptions  et  Belles-Lettres  de 
Toulouse  (2),  consultée  en  4879  par  M.  Brugière  de  La- 
motte à l’occasion  de  cette  inscription,  rapportée  aux  mé- 
moires sous  cette  forme  vicieuse  deo  zboso,  s’est  prononcée 
contre  cette  hypothèse  d’un  culte  égyptien  parvenu  jusqu’à  la 
vallée  de  l’Ailier.  Le  fait  en  lui-même  n’aurait  rien  d’extraor- 
dinaire, car  on  sait  quelle  extension  prirent  jusqu’en  Gaule 
certains  cultes  orientaux,  mais  je  crois  que  rien,  sauf  une 
certaine  analogie  de  noms,  ne  permet  de  rattacher  à ces  reli- 
gions le  dieu  Ibosus,  qui  me  semble  être  purement  et  simple- 
ment une  divinité  locale  de  source. 

J’ajoute,  en  ce  qui  concerne  l’inscription  pyrénéenne  qui 
porterait  le  nom  de  ce  dieu,  que  mes  recherches  à cet  égard 
ont  été  vaines,  et  que  je  n’ai  trouvé  ce  texte  ni  au  Corpus,  ni 
dans  les  ouvrages  de  Sacaze,  qui  a si  particulièrement  étudié 
les  dieux  et  les  inscriptions  des  Pyrénées. 


Ivaus  ou  Ivaos.  — Nous  connaissons  le  nom  du  génie  tuté- 
laire des  sources  d’Évaux  par  une  incription  gravée  au  poin- 
tillé sur  le  manche  d’une  patère  de  bronze,  découverte  au 
cours  de  travaux  exécutés  près  des  sources  eii  1856  (3). 

Cette  inscription  se  lit,  ainsi  : 


VIMPVRO  • FIRMI 


LIB  dOHdVdaiS 


IVAV 


V-  S-  L-  M 


(1)  Notice  sur  V inscription  votive  « Deo  Iboso  » d'un  vase  en  airain  trouve 
à Nèris-les-Bains  en  1876. 

(2)  Mémoires  de  l’Académie  des  sciences,...  de  Toulouse,  8°  série,  t.  I, 
1879,  p.  372. 

(3)  Voir  p.  280 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  201 

J mu  est  le  datif  celtique  cl  ’lvaus  ou  Ivaos.  Ici  encore  la  sta- 
tion thermale  a tiré  son  nom  de  la  divinité  protectrice  de  ses 
eaux. 

Albius.  — L’inscription  gravée  sur  le  vase  en  bronze  de 
Chassenay,  qui  a été  rapportée  plus  haut  (p.  194),  associe  le 
nom  d’un  dieu  Albius  à celui  de  la  déesse  Damona,  compagne 
habituelle  du  dieu  Borvo.  Le  caractère  thermal  de  la  divinité 
dont  nous  lisons  ici  le  nom  semble  bien  résulter  de  celui  de  sa 
parèdre. 

Duna.  — Cette  divinité,  que  nous  trouvons  associée  à Mars 
Bolvinnus  dans  une  des  inscriptions  de  Bouhy  précédemment 
rapportées  (1),  devait  jouer  auprès  du  dieu  le  rôle  de  parèdre 
et  être  invoquée,  ainsi  que  lui,  comme  protectrice  des  eaux 
salutaires  auxquelles  son  nom  était  attaché  et  auprès  des- 
quelles s’élevait  l’autel  qui  lui  était  consacré. 

La  région  des  Pyrénées  nous  a transmis  les  noms  cl’un  cer- 
tain nombre  de  dieux  topiques,  dont  la  forme  barbare  semble 
bien  indiquer  la  persistance  d’anciens  cultes,  conservant  leur 
place  à côté  des  divinités  nouvelles  d’importation  romaine, 
comme  Ilixo  à côté  des  Nymphes  à Luchon,  Aghoà  côté  de  ces 
mêmes  déesses  et  de  Mars,  à Bagnères-de-Bigorre,  ou  conti- 
nuant à régner  seuls,  peut-être  dans  certaines  stations  de 
moindre  importance,  où  s’était  fait  sentir  moins  profondément 
l’influence  des  nouveaux  occupants  (2). 

Ilixo.  — Le  nom  de  ce  dieu  nous  est  connu  par  la  série 
d’inscriptions  suivantes  provenant  de  Bagnères-de-Luchon  : 

■ (1)  Voir  p.  173. 

(2)  « Les  Aquitains  avaient  aussi  leurs  divinités  propres,  absolument 
distinctes  des  divinités  celtiques  et  romaines,  et  c’est  là  le  trait  vérita- 
blement caractéristique  de  l’épigraphie  religieuse  des  Pyrénées,  ce  qui 
donne  à nos  inscriptions,  d’une  forme  si  simple,  un  intérêt  si  grand  au 
point  de  vue  de  nos  origines  nationales.  » Sacaze,  les  Anciens  dieux  des 
Pyrénées,  1883. 


202 


LA  GAULE  THERMALE 


I LIXONI 

DEO 

DEO 

FA B FESTA 

I-  IXO 

V.  S-  L-  M 

ILIXO 

ILIXONI 

I 

DEO 

V-  S-  L-  M 

SECVNDI 
NVS-  VE/ 
ECVNDI  / 

ILIXO 

M 

• 

V • s 

En  outre,  un  autel  scellé  au-dessus  de  la  grande  porte  de 
l’établissement  thermal  porte  cette  inscription,  que  Sacaze  (4; 
considère  comme  l’œuvre  certaine  d’un  faussaire,  et  que  nous 
n’indiquons  que  pour  mémoire  : 

DEO 
LIXONI 
FABIA  RVFI 
F • PAVLINA 
V-  S-  L-  M 

Les  textes  épigraphiques  relatifs  à la  divinité  qui  nous 
occupe  ont  tous  été  rencontrés  dans  le  voisinage  des  anciens 
thermes  de  Luchon,  et  devaient  être  certainement  consacrés 
à un  dieu  topique,  protecteur  des  sources  qui  les  alimen- 
taient, sorte  de  génie  local  dont  le  rôle  protecteur  ne  s’éten- 
dait pas  au  delà  de  cette  station. 

Plusieurs  épigraphistes  ont  admis  que  ce  dieu  portait  indif- 
féremment les  noms  de  Ilixo  ou  de  Lixo.  Cela  est  inexact;  les 


(1)  Èpigraphie  de  Luchon.  Paris,  1880.  — Études  sur  Luchon.  Saint- 
Gaudens,  1887  : « Quant  au  cippe  trouvé  à Baren  et  placé  dans  une 
petite  niche,  au-dessus  de  la  porte  principale  de  l’établissement  thermal, 
l’inscription  qu’il  porte  n’est  pas  authentique  et  l’on  connaît  le  faussaire 
V.-G.  Il  me  semble  à propos  d’observer,  encore  une  fois,  que  la  divinité 
éponyme  de  Luchon  se  nomme  Ilixon  et  non  Lixon  ; L est  devenu  la 
lettre  initiale  par  la  chuLe  de  i,  comme  llerda  est  devenu  Lerida.  » 


203 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 

textes  authentiques  portent  tous  Ilixo,  et  c’est  sous  cette 
dénomination  seule  que  le  protecteur  des  eaux  de  Luchon 
doit  prendre  place  dans  la  mythologie  pyrénéenne.  Un  rap- 
prochement s’impose  entre  le  nom  du  dieu  et  celui  de  Luchon, 
qui  semble  en  dériver  incontestablement. 

Lex.  — Une  inscription,  gravée  sur  le  champ  d’un  petit 
autel  de  marbre,  conservé  dans  le  vestibule  de  l’établissement 
de  bains  à Lez  (Val  d’Aran),  d’où  proviennent  deux  dédicaces 
aux  Nymphes  que  nous  avons  rapportées  plus  haut,  est  ainsi 
conçue  : 

LEXl 

• DEO 

C.  SABI 
HORT.  F 

« Ahici,  dit  Edw.  Barry,  le  nom  du  dieu  Lex  ou  Lexis, 
inconnu  jusqu’alors,  et  qui  fait  penser  au  nom  du  vicus  gallo- 
romain  où  a été  découvert  ce  petit  autel.  Il  s’agit  évidemment 
ici  d’un  dieu  d’un  caractère  particulier,  d’un  dieu  de  source 
thermale,  analogue  à Lixo,  Lixovius  et  Borvo  (2).  » Sacaze 
a élevé  contre  l’authenticité  des  trois  inscriptions  de  Lez  cer- 
tains doutes,  basés  uniquement  sur  la  forme  des  lettres, 
notamment  des  M.  Cette  seule  considération  ne  nous  semble 
pas  décisive,  et  nous  pensons  jusqu’à  nouvel  ordre,  avec 
M.  Mérimée  (2),  qu’elle  ne  peut  suffire  à faire  écarter  des 
textes  que,  ni  leur  contexte,  ni  des  circonstances  particulières 
de  leur  découverte,  ne  peuvent  faire  suspecter  d’autre  part. 

Arixo.  — Sur  le  plateau  de  Sarrat-de-Peyra,  dans  la  vallée 
du  Louron,  à côté  du  cippe  dédié  Marti  Arixoni  (Y.  p.  173), 

(1)  Les  eaux  thermales  de  Lez  à l'époque  romaine.  Revue  archéolo- 
gique, 13e  année,  l,e  partie,  avril  à septembre  1856. 

(2)  Titulos  ibi  (à  Lez)  repertos  Sacaze  suspectos  habet.  At  cum-nihil 
prœler  litterœ  M formam  proférât,  et  celeri  mulii  de  eorum  fide  non  dubi- 
taverint,  -inter  spurios  reponendos  non  censui.  (Mérimée,  De  antiquis 
aquarum  religionibus  in  Gallia  meridionali,  ac  præsertim  in  Pyreneis 
montibus,  1886.) 


204 


LA  GAU  LL  THERMALE 


un  autre  cippe  a été  découvert,  portant  cette  inscription  : 

AlUXO 

I)EO 


V'  S-  L-  M 

Ce  texte,  où  le  nom  d’Arixo  ligure  seul,  semble  bien  démontrer 
qu’il  s’agit  d’un  dieu  ayant  son  existence  particulière,  et  non 
pas  seulement,  comme  on  pourrait  l’inférer  d’après  l’autre 
inscription,  d’une  épithète  locale  ajoutée  au  nom  du  dieu  Mars. 

D’autre  part,  les  nombreuses  sources  thermales  qui  jaillis- 
sent au  pied  du  plateau  permettent  de  supposer , sans  trop  de 
témérité,  que  le  dieu  qu’on  y invoquait  n’était  pas  sans  avoir 
quelques  rapports  avec  elles.  Je  dois  ajouter  cependant  que 
Sacaze  (les  Anciens  dieux  des  Pyrénées)  voit  plutôt  dans  Arixo 
une  divinité  gardienne  du  passage  par  le  plateau,  qui  fait 
communiquer  la  vallée  de  Larboust  avec  l’Espagne. 

Agho.  — Ce  dieu  était  invoqué  à Bagnères-de-Bigorre,  où  son 
nom  est  mentionné  dans  les  deux  inscriptions  suivantes  (1)  : 


AGHONI 

DEO 

DEO 

• GHONI 

LABVSIVS 

• • AVLINI 

V • S • L • M 

■ • AVRINI 

V • S • L • M 

Iluni.  — Ce  nom  figure  sur  deux  fragments  de  cippes 
trouvés  à Cadéac-les-Bains  (2)  : 

ILVNI  

MARIN  VNI-  AXTO 

VRI-  LIB 
V-  S-  L--M 

(1)  Au  Corpus  I.  L.  sous  la  forme  Ageioni  : 

deo  ageioni 

GEIONI  UEO 

(2)  Sacaze,  Inscriptions  inédites  des  Pyrénées.  Bulletin  épigraphique,  1882. 


SOURCES  THERMALES  ET  MEDICINALES 


205 


Buàicorix.  — Un  marbre  consacré  : 

DEO  BVAICORIXE 

a été  découvert  à Labarthe-de-Rivière,  qui  possède  encore  des 
vestiges  de  ses  bains  romains. 

Aereda.  — Un  autel  découvert  au  pied  de  la  montagne  de 
Gert,  près  du  village  de  Siradan,  porte  la  dédicace  : 

DEO 

AEREDA 

CVCVRVS 

Du  Mège  (4),  qui  rapporte  cette  inscription,  fait  remarquer 
que  les  deux  dernières  lettres  du  nom  de  celui  qui  a fait  le 
vœu  sont  peut-être,  non  pas  la  terminaison  de  celui-ci,  mais 
les  initiales  votives  Y.  S. 

Ajoutons  enfin  qu’un  autel  trouvé  à Luchon,  conservé  au 
musée  d’Auch,  n’est  peut-être  pas  sans  rapport  avec  les  eaux 
minérales,  bien  qu’il  soit  dédié  aux  montagnes  : 

MONTI 
BUS-  Q-  G 
AMOBNUS 
V-  S-  L-  M 

« Il  paraît  assez  naturel,  dit  Greppo  (op.  cit.,  p.  67),  que 
l’on  ait  associé  au  culte  des  Nymphes  des  eaux  les  divinités 
des  montagnes  qui  présidaient  au  berceau  de  ces  sources 
salutaires.  » 

--1TON-E-  — Trois  fragments  épigraphiques,  sur  marbre 

blanc,  trouvés  à Saint-Honoré,  dans  les  débris  de  l’ancienne 

église,  dont  un  est  conservé  à l’établissement  thermal  (2)  et 

» 

un  autre  encastré  dans  le  mur  occidental  de  l’église,  après 
avoir  été  étudiés  et  publiés  séparément,  ont  été  juxtaposés  et 

(1)  Archéologie  pyrénéenne,  t.  II,  p.  142. 

(2)  Communication  de  M.  V.  Gueneau,  Mémoires  <le  In  Société  éduenne, 
N.  s.  t.  Y,  1876,  p.  510. 


206 


LA  GAULE  THERMALE 


reconnus  par  M.  Mowat  (1)  comme  se  raccordant  parfaite- 
ment et  faisant  partie  d’une  meme  inscription,  dont  la  ligne 
supérieure  manque,  à l’exception  de  deux  lettres. 

N oici  cette  inscription  telle  qu’elle  figure  reconstituée  au 
Corpus  l.  L.,  t.  XIII,  2813  : 

num  in  ib-  au  g-  et-  deæ 

ITONflE-  SUC  ALBl//vS 
SILVIVS  atbil  LI  F QVI  AEDEM 
CUM  SVIS  OMNI  bus  ORNAMENT1S 

DonaviT  ex  voto  posvit 

Cette  inscription  était  évidemment  la  dédicace  d’un  temple, 
qui  devait  être  d’une  certaine  importance,  si  l’on  en  juge 
d’après  les  dimensions  de  l’inscription. 

M.  Mowat  ne  lit  pas  numinibus  à la  première  ligne,  qui  n’a 
conservé  que  les  lettres  in,  il  propose  de  lire  alisinco,  qui 
aurait  été  le  nom  du  dieu  du  temple.  C’est  en  effet,  dit-il,  le 
nom  d ’Alisincim  que  l’Itinéraire  d’Antonin  donne  à la  station 
située  entre  Autun  et  Decize,  qui  a été  identifiée  avec  Saint- 
Honoré-les-Bains. 

A la  deuxième  ligne,  les  lettres  iton  e lui  donnent  l’idée  de 
restituer  ritonae,  nom  d’une  divinité  connue  par  une  ins- 
cription du  Gard,  et  le  début  de  l’inscription  serait  le  sui- 
vant : 

Alisinco  deo  et  Ritonœ  sacrum... 

Il  semble  bien  certain  que  iton-  e,  sous  la  forme  Ritonœ  ou 
une  autre,  était  le  nom  d’une  des  divinités  auxquelles  était  con- 
sacré l’édifice,  et,  probablement,  d’une  déesse  topique  thermale. 
La  restitution  nous  semble  moins  sûre  en  ce  qui  concerne  le  dieu 
Alisincus,  en  présence  des  doutes  qui  peuvent  encore  subsister, 
comme  nous  l’avons  vu  précédemment,  à propos  de  la  lecture 
de  ce  nom  sur  la  carte  de  Peutinger  et  sur  son  attribution  à 
Saint-Honoré-les-Bains.  En  présence  de  ce  doute,  nous  adopte- 
rons de  préférence  la  leçon  du  Corpus,  en  n’attribuant  à cette 

(1)  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires.  1895. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


207: 


'Station  que  la  divinité  topique  dont  le  nom  nous  est  parvenu 
ainsi  mutilé  dans  sa  première  partie. 

J'indique  seulement  pour  mémoire  le  travail  de  M.  l’abbé 
Morillot,  publié  dans  le  tome  V des  Mémoires  delà  Société  acci- 
iémique  du  Nivernais,  et  dans  lequel  les  deux  fragments  sont 
examinés  séparément,  comme  constituant  deux  inscriptions 
distinctes.  L’auteur  du  mémoire  croit  y voir  des  monuments 
t funéraires,  et  il  pense  que  l’un  d’eux,  à raison  du  mot  lvdis 
qu’il  lui  a semblé  y lire,  devait  être  consacré  à la  mémoire 
d’un  maître  des  jeux,  à qui  aurait  été  élevé  un  monument. 

Niska-Niskat-Nikasa.  — Ce  nom,  présenté  sous  ces  diffé- 
rentes formes,  a été  lu  à plusieurs  reprises  sur  des  inscrip- 
tions tracées  sur  des  lames  de  plomb  qui  avaient  été  déposées 
dans  une  des  sources  d’Amélie-les-Bains,  et  que  nous  étudie- 
rions plus  longuement  au  chapitre  des  ex-voto  et  offrandes (1). 
iLa  répétition  de  ces  mots,  jointe  à la  présence  de  formules  qui 
semblent  avoir  un  caractère  votif,  ont  suggéré  à ceux  qui  ont 
::enté  de  déchiffrer  ces  textes  assez  énigmatiques  la  pensée 
i p.ie  ces  noms  désignaient  les  divinités  protectrices  des  sources 
tbhermales  d’Amélie.  La  supposition  semble  très  vraisem- 
blable, mais,  cependant,  l’incertitude  qui  règne  encore  sur  la 
wéritable  teneur  et  le  sens  précis  de  ces  documents  ne  nous 
] oermet  d’enregistrer  cette  attribution  que  sous  une  forme  très 
hypothétique. 

Ucuetis.  — L’inscription  gauloise  suivante,  gravée  sur  une 
( dalle  de  pierre  trouvée  en  1839  sur  le  plateau  d’ Alise,  l’an-  • 
Cïienne  Alesia,  n’est  peut-être  pas  sans  rapport  avec  une 
ancienne  divinité  de  source  médicinale  : 

MARTIALIS-  DANNOTALI 
IEVRV-  VCVETE-  SOSIN 
CELICNON  ETIC 
GOBEDBI-  DVGIIONTIIO 
VCVETIN 


(1)  Voir  p.  285. 


IN  ALISI  IA 


208 


LA  GA  U LL  THERMALE 


Pour  Allmer  (1),  la  déesse  ou  le  dieu  Ucuetis  est  à chercher 
dans  quelque  particularité  locale  d’Alise,  probablement  dans 
quelqu’une  de  ses  sources  minérales.  Après  avoir  exposé 
l'incertitude  de  toute  interprétation  de  ce  texte,  le  savant 
commentateur  conclut  ainsi  : « Ne  pourrait-on  proposer, 
à tout  hasard  sans  doute,  ceci  ou  quelque  chose  d’ap- 
prochant : « afin  que  (les  dons)  glorifient  Ucuetis  dans 

« Alise  ? * Il  s’agirait  des  dons  ou  actions  de  grâces  de  per- 
sonnes guéries  par  la  vertu  des  eaux  de  la  fontaine  adorée  à 
Alise  sous  le  nom  d’Ucuetis,  et  rendue  plus  accessible  par  les 
améliorations  de  Martialis.  Ce  n’est  ni  plus  ni  moins  aventuré 
que  tout  ce  qui  a été  imaginé  déjà,  mais  avec  quelque  chance 
cependant,  en  s’appuyant  sur  des  particularités  locales  con- 
nues, de  s’approcher  peut-être  davantage  de  la  vérité.  » 


Tutela-Nehà.  — Une  inscription  de  Dax  est  consacrée  à la 
très  sainte  Tutèle  : 

TVTELAE 

SANCTISS 

CHRYSAN 

Corpus  I.  L.,  XIII,  411. 


Selon  toutes  probabilités,  ainsi  que  le  pense  M.  Jullian(2),  la 

(1)  Revue  épigraphique,  n°  118,  juillet  1905-juin  1906,  p.  177.  — Voir 
aussi  Pro  Alesia.  Revue  mensuelle  dès  fouilles  A’ Alise,  n°  5,  novem- 
bre 1906,  p.  71  et  77. 

(2)  Note  sur  l'origine  des  Déesses  Tutelles  dans  le  sud-ouest  de  la  Gaule. 
Congrès  archéologique  tenu  à Agen  et  Auch,  1901. 

Pour  M.  Jullian,  le  culte  des  Tutelles  doit  son  origine  à la  religion  des 
sources. 

Il  cite,  entre  autres  preuves,  l’inscription  suivante  existant  au  Mas- 
d’Agenais  : 

TVTELAE-  A VG 
VSSVBIO-  LABBVM 
SILVINVS-  SCI 
PIONIS-  F-  AN 
TISTES-  D 

Le  monument  consacré  étant  un  labrurn,  un  bassin,  il  est  très  vrai- 
semblable que  le  dieu  était  un  génie  de  source  et  de  fontaine.  Tel  est 
aussi  l’avis  de  Greppo  (op.  cit.,  p.  141  à 143),  qui  reconnaît  ici  un  dieu 
topique,  Ussubius,  protecteur  d’une  source  qu’il  place  à la  station  d’Us- 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


209 


divinité  tutélaire  d’Aquce  Tarbelhcœ  devait  être  la  Fontaine- 
Chaude.  La  Tutela  dacquoise  s’identifierait  ainsi  avec  la 
source  divinisée. 

Il  faut  tenir  également  pour  à peu  près  certain,  bien 
qu’aucun  texte  épigraphique  ne  nous  en  ait  donné  la  preuve 
absolue,  que  la  source  chaude  devait  également  porter  le  nom 
d'une  divinité  protectrice,  Neha.  analogue  à la  lutèle.  Ce 
nom  se  retrouve  sans  changement  dans  les  documents  latins 
du  moyen  âge,  et,  modifié  dans  sa  terminaison,  il  a donné  la 
dénomination  Nèhe,  sous  laquelle  la  fontaine  est  encore 
connue  aujourd’hui.  « Que  la  Fontaine-Chaude  soit  curée,  dit 
Taillebois  (1),  et  on  y trouvera  des  monuments  votifs  à la 
déesse  guérissante.  » 

Le  même  auteur  a fait  justement  remarquer  que  ce  nom  de 
Nèhe,  avec  toutes  ses  variantes  : Nez,  Néez,  Nées,  Nest,  Né, 
Nay,  s’applique  partout  à des  cours  d’eau,  à des  fontaines,  à 
des  endroits  maritimes,  et  M.  Jullian(2)  l’a  rapproché  de  celui 
de  la  déesse  Nehalennia.  adorée  dans  la  région  du  Rhin,  qui 
devait  être  une  divinité  de  source. 

Cernunnos.  — Devons-nous  comprendre  dans  notre  Olympe 
thermal  le  dieu  foncièrement  gaulois  Cernunnos,  que  nous 
voyons  représenté,  le  chef  orné  de  cornes  de  cerf,  sur  un  cer- 
tain nombre  de  bas-reliefs  trouvés  en  divers  points  de  la 
Gaule  ? 11  semble  bien  probable  que  ce  dieu,  comme  beau- 
coup de  ses  congénères  gaulois,  était  une  divinité  de  sources, 

subium,  portée  à l’Itinéraire  d’Antonin,  sur  la  voie  de  Bordeaux  à Agen. 

Une  autre  inscription  à la  déesse  Tutelle,  découverte  récemment  à 
Lourdes,  et  publiée  dans  la  Revue  des  Hautes-Pyrénées,  1907,  p.  60,  est 
ainsi  conçue  : Tutelœ  pro  sainte,  iustini.  iul.  pa(t)ris  V.  S.  L.  M.  « 11  me 
paraît  probable,  dit  M.  Jullian  ( Revue  des  Etudes  anciennes,  t.  IX,  n°  2), 
que  cette  Tutelle  était  la  source  sacrée  de  Lourdes,  non  pas  celle  d’en 
bas,  du  Gave  et  de  Bernadette,  mais  celle  d’en  haut,  de  la  vieille  ville. 
Voilà  les  deux  cultes  rivaux,  païen  et  chrétien,  face  à face,  celui-ci  dans 
sa  splendeur,  celui-là  dans  ses  ruines,  et  tous  deux  attachés  à une 
source.  » 

(1)  Quelques  mots  sur  le  nom  de  Nèhe  que  porte  la  Fontaine-Chaude  de 
Dax.  Bulletin  de  la  Société  de  Borda,  26  année,  1887. 

(2)  Note  sur  la  topographie  de  Dax  gallo-romain.  Revue  des  Études 
anciennes,  1901,  p.  211  et  suiv. 


14 


210 


LA  GAULIv  THERMALE 


mais  je  ne  crois  pas  qu’il  ait  été  jusqu’à  présent,  découvert 
aucune  de  ses  images  auprès  de  fontaines  à vertus  médicales. 

Un  archéologue  de  Moulins,  M.  Pérot  (1),  a été  plus  loin 
et,  se  fondant  sur  la  présence  d’un  personnage  cornu  sur  un 
certain  nombre  de  fragments  de  poteries  rouges,  provenant 
des  officines  de  la  vallée  de  l’Ailier  et  trouvées  à Vichy, 
Royat  et  Néris,  le  considère  comme  la  représentation  du 
Cermmnos,  qui  serait,  d’après  lui,  « le  génie  des  eaux  miné- 
rales et  thermales,  le  dieu  populaire  de  nos  antiques  stations 
balnéaires.  » 


Cette  assertion  me  semble,  je  l'avoue,  singulièrement  hasar- 
dée. 11  y a lieu  de  se  demander,  d’abord,  si  des  représenta- 
tions de  dieux  indigènes  ont  jamais  figuré  sur  les  vases  sigillés 
du  centre  et  du  sud  de  la  France,  exécutés  avec  des  moules, 
ou  sur  des  motifs  et  des  dessins  de  provenance  étrangère.  Je 
remarque,  en  outre,  que  certains  de  ces  personnages  cornus 
portent  le  caducée  de  Mercure;  que  d’autres  ont  des  jambes  de 
bouc,  détails  qui  semblent  bien  les  identifier  avec  des  divinités 
venues  de  l’autre  côté  des  Alpes  (2).  En  résumé,  les  preuves 
me  paraissent  trop  peu  décisives  et  les  raisons  de  douter  trop 
sérieuses  pour  que  je  puisse  admettre,  actuellement  du  moins, 
une  relation  aussi  étroite  entre  les  représentations  en  question 
et  les  sources  thermales  auprès  desquelles  ont  été  trouvés  les 
fragments  de  vases  qui  les  portent. 


Épona.  — De  même  la  déesse  Épona,  qu’on  représente  à 
cheval  et  dont  on  a fait  la  protectrice  des  chevaux  et  des  écu- 
ries, ne  fut-elle  pas  aussi,  dans  une  certaine  mesure,  une 
divinité  de  source?  Cette  terminaison  ona,  si  fréquente  dans 
les  noms  de  fontaines  et  de  cours  d’eau,  ne  la  rattache- 


(1)  Revue  médicale  du  Mont-Dore,  7e  année,  n°  1,  avril  1906  (figures). 

(2)  M.  Déchelette,  dont  le  nom  fait  justement  autorité  en  matière  de 
céramique  gallo-romaine,  a bien  voulu  me  donner  son  sentiment  sur 
cette  question.  Pour  lui,  le  pseudo-Ccrnunnos  des  vases  de  l’Ailier  est  un 
Pan.  « On  ne  trouve  jamais,  ajoute-t-il  dans  sa  communication,  la 
moindre  divinité  indigène  sur  les  vases  sigillés  de  cette  région.  Il  n’y  a 
d’exception  que  pour  une  fabrique  de  la  vallée  du  Rhône  et  pour  les 
vases  en  terre  grise  de  la  région  du  Nord.  » 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  211 

-elle  pas  à notre  groupe  spécial  cle  divinités?  M.  S.  Rei- 
îach  ne  semble  pas  éloigné  d admettre  cette  hypothèse, 
u laquelle  il  consacre  un  raisonnement  des  plus  ingé- 
nieux (1)  : « En  Gaule,  dit-il,  comme  en  beaucoup  d’autres 
oays,  la  source  jaillissante  a été  assimilée  à un  animal  impe- 
ueux  et  rapide,  en  particulier  au  cheval.  Épona  a été  d a- 
>ord,  non  la  source  du  cheval,  mais  la  source-cheval,  repré- 
sentée par  une  cavale.  Avec  les  progrès  de  1 anthropomor- 
ohisme,  on  mit  une  femme  sur  le  cheval  et  la  source-cheval 
levint  la  déesse  équestre,  protectrice  des  chevaux  et  de  leur 
uultiplieation.  » 

Si,  comme  je  le  pense  d’ailleurs,  la  protection  des  sources 
ut  un  des  rôles  dévolus  à Épona,  nous  pourrions  rattacher  à 
son  culte,  au  point  de  vue  thermal,  un  bas-relief  découvert  à 
Luxeuil,  un  autre  à Néris,  et  un  groupe  de  même  provenance, 
n°  31635  du  musée  de  Saint-Germain),  décrits  dans  les  excel- 
lents catalogues  d’Éponas  donnés  par  M.  S.  Reinach  dans 
la  Revue  archéologique  (1895,  1898,  1899  et  1902). 


Y 


Nous  résumons  ci-dessous  le  chapitre  précédent,  en  indi- 
:r {uant,  pour  chaque  divinité,  le  nombre  de  textes  épigra- 
Iphiques,  trouvés  aux  environs  de  sources  ou  dans  les  stations 
thermales,  qui  mentionnent  son  nom,  soit  seul,  soit  accolé  à 
i un  surnom  ou  associé  au  nom  d’autres  divinités.  Il  est  bien 
présumable  que  quelques-unes  des  inscriptions  relatives  h ces 
; divinités  protectrices  des  fontaines  salutaires  ont  pu  nous 
échapper,  mais  le  champ  des  recherches,  en  pareille  matière, 
est  tellement  étendu  que  des  omissions  de  ce  genre,  dont  nous 
nous  excusons  par  avance,  sont  à peu  près  inévitables. 

(I)  Nouvelles  Éponas.  Revue  archéologique,  4e  série,  t.  II,  juillet- 
décembre  1903,  p.  348. 


LA  GAULE  THERMALE 


Apollon,  seul 2 

Apollon  Toutiorige \ 

Apollon,  avec  Borvo  et  Damona \ 

Apollon,  avec  Sirona 2 

Apollon  avec  Sirona  et  les  Nymphes 1 

Apollon,  avec  les  Nymphes  « Volpinis  » \ 

Esculupe , avec  Hygie \ 

Hercule,  avec  Silvain  et  Mercure 1 

Jupiter,  seul 3 

Jupiter  Sabasius \ 

Jupiter  Beisiris 1 

Jupiter  Dolicocenus 1 

Jupiter,  avec  Junon 1 

Mars,  seul 1 

Mars  Vorocius 1 

Mars  Bolvinnus 1 

Mars  Bolvinnus,  avec  Duna 1 

Mars  Arixo ....  1 1 

Mars,  avec  Vénus  et  Mercure 1 

Mars,  avec  les  Nymphes 1 

Mercure,  seul 7 

Mercure  Alaunus 1 

Mercure  Cissoniüs 1 

Mercure,  avec  les  Nymphes 1 

Mercure,  avec  Mars  et  Vénus 1 

Mercure,  avec  Hercule  et  Silvain 1 

Neptune,  seul 2 

Neptune,  avec  les  Nymphes 1 

Panteo,  avec  Hercule,  Mercure  et  Silvain 1 

Silvain,  seul 1 

Silvain,  avec  Hercule  et  Mercure 1 

Vulcain,  seul , 1 

Diane,  seule  4 

Diane  Abnoba 1 

Diane  Mattiaca 1 

Hygie,  avec  Esculape 1 

/sis,  seule 1 

Junon,  avec  Jupiter 1 

Mère  des  Dieux,  seule 2 

Minerve,  avec  les  Nymphes 1 

Cornedovœ 1 

Diis  inferis 1 

Dominer 1 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


213 


Junones 

Matres 

Nymphes,  seules 

Nymphes  Griselicis 

Nymphes  Perçernibus?. 

Nymphes  Volpinis,  avec  Apollon 

Nymphes,  avec  Mercure 

Nymphes,  avec  Neptune 

Nymphes,  avec  Mars 

Nymphes,  avec  Minerve 

Nymphes,  avec  Apollon  et  Sirona  . . . 

Æreda 

Agho 

Albius,  avec  Damona 

Arixo , seul? 

Arixo,  avec  Mars? 

Borw,  Bormo,  Bormanus,  seul 

Borvo  et  Damona 

Apollo  Borvo  et  Damona 

Borvo  et 

Brida,  avec  Lussoius 

Buaicorix 

Damona,  seule 

Damona,  avec  Borvo 

Damona,  avec  Apollo  Borvo 

Damona,  avec  Albius 

Duna,  avec  Mars  Bolvinnus 

Ibosus 

Ilixo 

Iluni 

Ivaus  

Lex 

Lussoius,  avec  Bricia 

Nerius 

Sirona,  seule 

Sirona,  avec  Apollon 

Sirona,  avec  Apollon  et  les  Nymphes 

. . . Iton.e ? 

Niska  ? 

Ucuetis ? 

Tutela  ? 


1 

1 

24 

1 

1 

1 

1 

1 

1 

1 

1 

1 

2 

1 

1 

1 

6 

11 

1 

1 

2 

1 

1 

11 


1 

1 

1 

6 

. 2 

1 

1 

2 

4 

2 

1 

1 

1 

1 

1 

1 


I 


CHAPITRE  III 


I.  Représentations  figurées  des  divinités  des  sources.  — II.  Lieux 
de  culte  dans  les  stations  thermales  ou  près  des  sources.  — III.  Temples 
médicaux. 


I 


Si  les  inscriptions  nous  ont  révélé  en  assez  grand  nombre 
les  noms  des  divinités  protectrices  de  nos  sources,  nous 
sommes  loin  d’étre  aussi  bien  partagés  au  point  de  vue  de 
leurs  représentations  figurées,  qui  sont,  au  contraire,  d'une 
excessive  rareté.  Les  dévastations  sauvages  des  Barbares,  les 
destructions  systématiques  des  premiers  chrétiens,  désireux 
d’abolir  les  traces  matérielles  d’un  culte  abhorré  (1),  ont  été 
funestes  aux  statues  qui  ornaient  les  édifices  thermaux,  ou 
qui  s’abritaient  sous  les  voûtes  des  temples  ou  les  toitures 
légères  des  sacella.  Puis  est  venue,  plus  tard,  l’exploitation 
plus  ou  moins  méthodique  des  ruines  que  le  hasard  faisait 
découvrir,  avec  la  dispersion  et  la  disparition  souvent  défini- 
tive des  oeuvres  d’art  et  des  fragments  les  plus  précieux  qui 
revoyaient  la  lumière. 

Nous  nous  bornerons  à signaler  brièvement  un  certain 
nombre  d’effigies,  existant  encore  ou  disparues,  de  dieux  de 
la  mythologie  latine  dont  nous  avons  pu  constater  le  caractère 
médical,  tout  au  moins  occasionnel,  en  réservant  quelques 

(1)  Alors  même  que  les  Pères  recommandaient  de  conserver  les  temples 
qui  pouvaient  être  utilisés,  ils  ordonnaient  la  destruction  des  statues  qui 
y étaient  contenues  : « Fana  idolorum  destrui  minime  debeant,  dit  saint 
Grégoire  le  Grand;  sed  ipsa,  quœ  in  eis  sunt,  idola  destruantur.  » 


215 


i 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


indications  plus  complètes  pour  les  rares  représentations  de 
divinités  où  nous  pouvons  saisir  un  rapport  plus  direct  entre 
le  monument  figuré  et  les  attributions  thermales  de  l’être 
divin  dont  il  présentait  l'image. 

Néris  ne  possède  plus  que  quelques  fragments  très  frustes 
de  sculptures,  réunis  sous  le  péristyle  de  l’établissement  ther- 
mal. Parmi  les  anciennes  œuvres  d’art  disparues,  on  a con- 
servé le  souvenir  de  deux  statues  en  bronze  : une  Diane,  en 
pied,  accompagnée  d’un  chien,  qui  fut  vendue,  en  1780,  à des 
officiers  hollandais,  et  un  Mercure  portant  le  caducée,  qui, 
vers  la  fin  du  dix-huitième  siècle,  passa  au  cabinet  de  l’Ab- 


baye Sainte-Geneviève,  à Paris. 

Bourbon-Lancy  devait  posséder  de  véritables  richesses 
artistiques.  Outre  une  statue  actuellement  conservée  au  musée 
d’Autun,  une  autre  qui  aurait  été  envoyée  au  Louvre,  au 
musée  des  Antiques,  les  anciens  chroniqueurs  parlent  de 
douze  statues,  enlevées  sur  l’ordre  de  Richelieu,  et  de  quatre 
autres,  qui  auraient  été  transportées  de  la  piscine  voisine  du 
Bain  Royal  « à la  maison  royale  de  Fontainebleau  ».  Du 
même  lieu,  Greppo  signale  également,  d’après  le  docteur 
Robert,  un  Mercure  en  bronze,  de  deux  à trois  pieds  de  hau- 
teur, transporté  à Autun,  sur  lequel  je  n’ai  pu  avoir  aucun 
•renseignement. 


A Bourbonne,  une  ancienne  tradition  rapporte  la  décou- 
verte, au  château,  de  deux  statues  en  marbre  blanc,  représen- 
tant les  divinités  protectrices  Borvo  et  Damona,  mais  le  doc- 
teur Renard  fait  observer  qu’il  n’y  a aucune  preuve  bien 
assise  de  la  découverte  de  ces  statues,  dont  la  disparition  est 
entourée  d’autant  de  voiles  que  leur  trouvaille  elle-même. 

Luxeuil  devait  abonder  en  œuvres  sculptées,  car  le  moine 
Jonas,  dans  la  Vie  de  saint  Colomban  déjà  citée,  fait  allusion 
à cette  multitude  de  statues,  imaginum  lapidearum  densitas, 
entourées  par  les  païens  d’un  culte  profane  et  honorées  d’exé- 

N 


crables  cérémonies.  Les  récits  des  fouilles  ont  mentionné  la 
découverte  dans  cette  station  de  quelques  fragments  de  sta- 
tuaire ayant  pu  appartenir  à des  représentations  de  divinités, 


216 


LA  GAULE  THERMALE 


entre  autres,  en  1763,  un  torse  attribué  à un  Mercure  gaulois, 
et,  en  1784,  des  statues  de  personnages  dont  la  tête  était  sur- 
montée d’un  croissant  (?)  (1). 

Aix-les-Bains  a fourni  des  fragments  d’une  statue  d’ilercule 
en  marbre  blanc. 

A Aix-en-Provence,  Rouard  signale  la  découverte,  en  1766, 
d’une  petite  statue  en  bronze  de  Bacchus  et  d’un  petit  buste 
d’Apollon;  en  1839,  d’une  statue  de  Priape  grandeur  nature 
avec  emblèmes  ithyphalliques,  et,  en  1842,  d’une  statuette  en 
marbre  représentant  vraisemblablement  Esculape.  La  pré- 
sence dans  les  thermes  ou  dans  leur  voisinage  de  plusieurs 
représentations  phalliques  dont  nous  parlerons  tout  à l’heure 
et  le  caractère  spécialement  médical  d’Esculape  permettent  de 
supposer  que  les  images  de  ces  deux  dernières  divinités 
n’étaient  pas  sans  quelque  rapport  avec  les  eaux  thermales  du 
lieu. 

Parmi  les  représentations  sculptées  qu’on  peut  attribuer 
aux  divinités  des  sources,  une  seule,  celle  de  Sirona,  nous  est 
parvenue  avec  une  garantie  absolue  de  précision,  par  l’asso- 
ciation de  son  nom  et  de  son  image.  L’inscription  que  nous 
avons  citée  (2)  figure  au-dessous  de  la  représentation,  en  bas- 
relief  très  méplat,  d’un  buste  de  femme,  aux  cheveux  épars, 
le  cou  orné  du  torques,  ayant  une  vague  ressemblance  avec 
l’Artémis  orientale.  La  figure,  d’une  exécution  assez  grossière, 
est  encastrée  dans  une  sorte  de  niche  (fig.  11).  Cecippe,  décou- 
vert en  1751  à Sainte-Fontaine  (3),  près  du  village  de  Mer- 
lebach,  passa  de  la  collection  de  Schœpflin  à la  Bibliothèque 
de  Strasbourg,  où  il  fut  détruit  lors  du  bombardement  de  1870. 
Il  en  existe  des  moulages  au  musée  de  sculpture  comparée  du 
Trocadéro  et  au  musée  de  Saint-Germain. 

Aux  Fumades,  les  fouilles  de  1876  ont  mis  au  jour  plusieurs 
représentations  des  Nymphes,  dont  le  culte  local  nous  est 


(1)  Chapelain,  Propriétés  phtisiques...  des  eaux  de  Luxeuil. 

(2)  Voir  p.  195. 

(3)  Bulletin  de  la  Société  d’archéologie  et  d’histoire  de  la  Moselle,  t.  VII, 
1864.  Communication  de  M.  Prost. 


t 


I 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  217 

révélé  par  de  nombreuses  inscriptions.  La  plus  importante 
fieure  en  bas-relief  sur  un  autel  de  Om.  63  de  hauteur  sur 
0 m.  38  de  largeur.  Dans  la  partie  inférieure,  la  déesse  de  la  , 

source  est  représentée  sous  la  figure  d’une  femme  demi-nue, 
accoudée,  du  bras  gauche,  sur  une  urne  fluente  d’où  s’échap- 
pent les  eaux  salutaires.  Au-dessus  d’un  cintre  formant  enca- 
drement, des  bustes  nus  de  Nymphes,  au  nombre  de  trois. 


Fig.  11.  — BUSTE  DE  SIRONA. 
Photographie  d'après  le  moulage  du  musée  du  Trocadéro. 


Un  autre  autel  affecte  la  forme  d’un  petit  temple,  avec 
pilastres  et  fronton.  Dans  ce  cadre  sont  représentées  debout 
trois  Nymphes  demi-nues,  tenant  chacune  à deux  mains  au 
devant  d’elle  une  vasque  en  forme  de  coquille  cannelée.  Leurs 
chevelures  se  déroulent  sur  leurs  épaules  et  retombent  en 
boucles  au-dessus  des  seins  ; leurs  bras  sont  ornés  de  bracelets. 
Un  troisième  autel,  anépigraphe,  en  forme  d’édicule,  est  orné 


218 


LA  GAU LL  THERMALE 


d’un  bas-relief  représentant  trois  divinités  debout,  ayant  la 
pins  grande  analogie  avec  les  Maires,  dont  on  connaît  de  nom- 
breuses images.  « La  figure  centrale  tient  au-devant  d’elle 
une  vasque  dans  laquelle  le  personnage  de  gauche  semble 
verser  le  contenu  d’une  urne,  tandis  que  celui  de  droite  porte, 
sur  son  bras  gauche,  une  corne  d’abondance  et  paraît  aussi 
déposer,  dans  la  vasque  du  personnage  central,  un  objet  qu’il 
tient  à la  main  et  dont  il  serait  difficile  de  préciser  la  nature. 
Ces  trois  figures  de  femmes,  coiffées  d’abondantes  chevelures 
et  complètement  vêtues  de  la  tunique  (stola)  et  de  la  toge,  doi- 
vent aussi  représenter  les  Nymphes  des  sources.  » Si,  par 
suite  de  l’analogie  signalée  plus  haut,  on  veut  reconnaître 
dans  cette  triade,  non  pas  des  Nymphes,  mais  des  Matres, 
elles  ne  se  rattachent  pas  moins  au  culte  de  la  source,  puisque 
ces  dernières  avaient  certainement  quelquefois  le  caractère  de 
divinités  protectrices  des  malades,  ce  qui  permet  d’admettre 
qu’elles  jouaient  quelquefois  en  Gaule  un  rôle  analogue  à 
celui  des  Nymphes  dans  la  mythologie  romaine  fl)  (fi g.  12). 

On  peut  utilement  rapprocher  ces  représentations  d’une 
figure  donnée  par  Spon  (2),  d’après  un  has-relief  représen- 
tant six  divinités  : Diane,  trois  Nymphes,  Sylvain  et  Hercule, 
facilement  reconnaissables  à leurs  attributs.  Les  Nymphes 
sont  représentées  debout,  nues  jusqu’à  la  ceinture,  et  tiennent 
chacune  une  coquille  qu’elles  supportent  de  leurs  deux  mains. 
Au-dessous  se  lit  l’inscription  suivante  : 

TI-  CLAVDIVS  ASCLEPIÀDES 

ET  CAECILIVS  ASCLEPIADES 

EX  VOTO  NYMFABVSD-  D 

La  consécration  de  ce  petit  monument  par  deux  Asclépiades 
ne  permet  guère  de  douter  que  les  divinités  invoquées  n'eus- 
sent un  caractère  médical.  Nous  savons,  d’ailleurs,  que  Diane, 
Hercule  et  Sylvain  sont  parmi  les  personnages  sacrés  dont  on 

(1)  Charvet,  les  Fumades  : 2e  rapport.  Mémoires  et  comptes  rendus 
de  la  Société  scientifique  et  littéraire  d’Alais,  t.  X,  1878. 

(2)  Miscellanea  eruditœ  anliquitatis.  Art.  VIII.  De  Nymphis  et  fontium 
geniis. 


219 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 

rencontre  les  noms  autour  des  sources  thermales.  Sur  un  autre 
monument  figuré  à la  page  31  du  même  recueil,  les  Nymphes 


Fig.  12.  — SOURCE  ROMAINE,  AUX  FUMA  DE  S. 

Plusieurs  des  petits  monuments  extraits  du  puits  sont  enchâssés 

dans  la  rocaille. 

Communiqué  par  M.  le  Directeur  de  l’établissement  des  Fumades. 

« 

sont  également  représentées  au  nombre  de  trois,  tenant 
d’une  main  une  feuille  de  plante  aquatique  et  de  l’autre  une 
urne  d’où  s’écoule  de  l’eau.  Les  déesses  sont  encadrées  d’un 


220 


LA  GA  U LL  THERMALE 


côté  par  un  serpent,  de  l’autre  par  une  figure  d’homme  fai- 
sant une  libation  sur  un  autel.  Au-dessous  figure  l’inscription 
suivante  : 

NVMINI  NYMP1IARVM  • AüVAIt 
AVGVSTALES'  AVG-  G-  GLIB 

A Bourbonne,  dans  une  des  salles  des  thermes  où  se  trou- 
vait une  piscine,  existaient  deux  niches  cintrées,  peu  pro- 
fondes, dont  une  seule  a été  déblayée.  On  y a trouvé  un  buste 

de  femme,  à peu  près  grandeur 
nature,  en  bronze  creux,  por- 
tant des  traces  de  dorure,  forte- 
ment corrodé  et  d’un  beau  tra- 
vail. Les  cheveux,  partagés  en 
deux  bandeaux  sur  le  front, 
forment  chignon  sur  la  nuque  (1). 
Sommes-nous  là  en  présence  de 
B effigie  de  Uamona,  dont  le  nom 
revient  souvent,  dans  les  ins- 
criptions de  Bourbonne,  associé 
à celui  de  Borvo,  qui  avait  peut- 
être  son  buste  dans  l’autre  niche, 
restée  en  dehors  des  fouilles? 
Toute  supposition  à cet  égard 
est  du  pur  domaine  de  l’hypo- 
thèse, mais  il  faut  avouer  que  celle-ci  n’a  rien  que  de  très 
vraisemblable  (fig.  13). 

A Gissy-le-Yieil,  une  statue  découverte  et  décrite  par 
M.  Morelot  (2)  semble  bien  en  rapport  avec  l’autel  votif  por- 
tant l’inscription  à la  déesse  Rosmerta  (Y.  p.  161).  Le  carac- 
tère de  la  statue,  qui  représente  une  femme  couchée,  demi- 
nue,  à chevelure  abondante,  le  lieu  où  elle  se  trouvait,  près 

(1)  Le  buste  est  conservé  au  Cabinet  des  Médailles  et  Antiques  de  la 
Bibliothèque  nationale. 

(2)  Compte  rendu  des  travaux  de  l’Académie  des  sciences,  ai  ts  et  belles- 
lettres  de  Dijon,  1843-1844.  Notice  sur  un  autel  votif,  et  sur  la  déesse 
Rosmtœ,  trouvés  à Grisseij-le- Vieil,  canton  de  Vitteaux. 


Fig.  13.  — BUSTE  DE  DAMONA  (?) 
TROUVÉ  A BOURTiONNE-LES-B AINS. 

Cliché  de  M.  Gauvain. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


221 


des  ruines  d'un  édifice  qui  semble  avoir  appartenu  incontesta- 
blement à des  thermes,  et  dans  le  voisinage  de  sources  ancien- 
nement consacrées  et  restées  l’objet  de  superstitions  popu- 
laires, sont  de  fortes  présomptions  pour  l'identifier  avec  une 
de  ces  divinités  protectrices  de  sources  salutaires.  Nous 
savons,  d'ailleurs,  par  ce  que  nous  avons  dit  plus  haut  lorsque 
nous  avons  signalé  l'inscription  de  Gissey,  que  Mercure  et  sa 
parèdre  Rosmerta  étaient  devenus  des  divinités  secourables, 
auxquelles  les  malades  et  les  convalescents  adressaient  leurs 
vœux. 

Sur  la  coupe  d’Otanez  (1),  la  source  d’Umeri  est  représentée 
sous  la  figure  d'une  femme  à demi  couchée,  ayant  le  torse  nu, 
les  jambes  couvertes  d’une  draperie,  et  appuyée  du  bras 
gauche  sur  une  urne  d’où  l’eau  coule  en  bouillonnant  sur  un 
rocher. 

Dans  la  cour  de  l’établissement  thermal  de  Vittel,  ont  été 
recueillis  quelques  débris  de  sculptures  provenant  d’un  édi- 
cule qui  devait  s’élever  auprès  de  la  source  appelée  aujour- 
d'hui Source  salée,  et  notamment  une  statue  de  femme  nue, 
dont  le  bras  droit  replié  rappelle  le  geste  des  divinités  sor- 
tant de  l’onde  et  tordant  leurs  cheveux  (fig.  14).  Il  est  de 
toute  vraisemblance  que  cette  statue  était  celle  de  la  divinité 
protectrice  de  l’onde  minérale.  « Sa  nudité,  dit  le  docteur 
A.  Fournier  (2),  offusqua  la  pudeur  d’une  naïve  religieuse  qui 
la  mutila;  puis  cette  malheureuse  divinité  servit  de  couverte 
à une  fenêtre  de  maison  en  construction  à Vittel  ; c’est  là  que 
M.  A.  Bouloumié,  directeur  de  l’établissement,  alla  la  repren- 
dre, pour  la  placer  dans  la  cour  des  bains,  où  on  peut  la  voir 
avec  d’autres  restes  de  sculptures,  provenant  également  du 
même  monument.  » 

A Vichy,  en  1838,  on  a rencontré,  en  fouillant  un  puits,  un 
objet  du  plus  haut  intérêt  : c’est  un  tronc  à offrandes  sur- 
monté d’un  buste,  le  tout  en  terre  cuite,-  conservé  actuelle - 

(1)  Voir  p.  33. 

(2)  Vittel.  Bulletin  de  la  Société  iihilomalique  des  Voscjes,  23(‘  année, 

1897-1898. 


LA  GAULE  THERMALE 


900) 

£t  «j  *j 


ment  au  musée  départemental  de  Moulins,  et  dont  il  existe  un 
moulage  au  musée  de  Saint-Germain-en-Laye.  Le  tronc  est 
formé  par  un  coffret,  décoré  d’arcatures  sur  sa  face  antérieure 
et  portant  a sa  lace  postérieure  une  petite  porte  pour  retirer 


Fig.  14.  — ANTIQUITÉS  TROUVÉES  A VITTEL. 
Communiqué  par  la  Société  générale  des  Eaux  minérales  de  Vittel. 


les  pièces  de  monnaie,  qu’on  introduisait  par  une  petite  fente 
placée  à Lune  des  extrémités  de  la  partie  supérieure.  A coté 
de  cette  fente,  sur  une  base  circulaire,  s’élève  un  buste  de 
jeune  dieu,  à figure  souriante,  les  épaules  couvertes  d'une 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


223 


draperie  et  la  tète  ceinte  d’une  couronne  de  lotus  (fig.  15).  Il 
est  très  vraisemblable  qu’il  faut  voir  dans  cette  figure  un 
Apollon  guérisseur,  dont  la  présence  se  lie  aux  eaux  ther- 
males du  lieu.  La  couronne  de  lotus  « plante  sacrée  qui  se 
montre  à la  surface  des  eaux  lorsque 
le  soleil  se  lève,  et  s’y  replonge  quand 
l'astre  passe  à l'horizon  »,  semble 
bien  désigner  le  dieu  de  la  lumière, 
dont  la  mythologie  gallo-romaine  avait 
fait  aussi  le  dispensateur  de  la  santé. 

Tudot  (1),  Blanchet  (2),  Pérot  (3) 
adoptent  cette  identification.  Toute- 
fois, M.  de  Longpérier  (4)  y voit  plu- 
tôt l’hommage  rendu  à un  jeune  César, 
dont  l’image  aurait  été  consacrée  et 
admise  parmi  les  divinités  tutélaires. 

L'attribution  à Apollon,  dieu  médical, 
nous  semble  infiniment  plus  vrai- 
semblable, mais,  quoi  qu’il  en  soit,  il 
s’agit  là  bien  certainement  d’une  divi- 
nité à laquelle  s’adressaient  des  vœux 
et  qui  recevait  des  offrandes.  L’asso- 
ciation du  buste  et  du  tronc  démontre 
que  cette  image  ne  faisait  pas  partie 
d’un  laraire  privé,  mais  bien  d’un 
édifice  où  le  public  était  admis  et  appor- 
tait ses  dons  ; aussi  ce  n’est  pas  aller 
trop  loin  dans  le  champ  des  conjec- 
tures que  de  voir  dans  cette  élégante 

figurine  la  représentation  d’un  protecteur  divin,  dont  le  sanc- 


Fig.  15. 

BUSTE  D’APOLLON  SUR  TRONC. 

Dessin  de  Piébourg,  d’après  une 
photographie. 


(1)  Collection  de  figurines  en  argile,  œuvres  premières  de  l’art  gau- 
lois. 

(2)  Etude  sur  les  figurines  en  terre  cuite  de  la  Gaule  romaine,  1891. 

(3)  Apol  Ion,  dieu  tutélaire  de  Vichy.  Le  Centre  médical  et  pharmaceu- 
tique, 1er  septembre  1897. 

(4)  Recherches  sur  les  récipients  monétaires.  Revue  archéolooiaue 

1868-1869.  ' 


LA  GAULE  THERMALE 


22  l 

tuaire  était  établi  près  de  la  source  thermale,  et  où  les  ma- 
lades venaient  implorer  leur  guérison  et  déposer  leurs 
offrandes. 

Dans  son  ouvrage  sur  les  figurines  en  argile  que  nous  avons 
déjà  cité,  Tu  dot  donne  le  dessin  d’une  statuette  en  terre  cuite, 
trouvée  à Beaune,  près  de  Montluçon,  conservée  au  musée  de 
Moulins,  et  la  décrit  ainsi  : < C’est  une  nymphe  qui  tient  un 
vase  d’où  s’échappe  une  source  d’eau...  Trois  petits  génies 
l’accompagnent  : l’un  est  penché  sur  son  épaule  et  s’occupe 
des  ornements  de  la  coiffure;  l’autre,  dont  le  corps  est  en 
grande  partie  brisé,  ajustait  sans  doute  le  vêtement;  le  troi- 
sième se  tient  aux  pieds  de  la  déesse,  il  semble  heureux  de  la 
félicité  de  cette  nymphe  bienfaisante.  » Tudot  voit  dans  cette 
statuette  la  figure  allégorique  de  la  source  de  Néris,  « de  cette 
déesse  dont  la  puissance  réparatrice  des  forces  usées  était  sur- 
tout vénérée  dans  la  vallée  du  Cher.  » 

Cette  interprétation  peut  sembler  hasardée,  car  la  disposi- 
tion de  cette  petite  composition  la  fait  ressembler  singulière- 
ment aux  groupes  connus  sous  le  nom  de  « Toilettes  de  Vénus  », 
et  dont  M.  Blanchet  a publié  notamment  un  exemplaire  du 
plus  haut  intérêt,  provenant  précisément  de  la  station  ther- 
male de  Saint-Honoré. 

Même  incertitude  pour  un  autre  bas-relief  trouvé  à Néris, 
représentant  un  homme  assis,  avec  un  bandeau  sur  la  tête, 
accosté  d’une  figure  demi-nue,  qui  s’appuie  contre  lui  et  lui 
pose  la  main  sur  la  tête.  L’homme  a dans  sa  main  droite  une 
bourse  pleine  et  retient  de  la  gauche  un  serpent  à tête  de 
bélier.  M.  de  Laigue  (1)  semble  incliner  à identifier  ce  person- 
nage avec  un  dieu  local  des  eaux,  ayant  pour  attribut  le  ser- 
pent consacré  aux  divinités  médicales,  et  associé  à une  pa- 
rèdre  semblable  à l’Epione  ou  à l’Hygie  dont  on  voit  souvent 
Esculape  accompagné.  Dans  cette  hypothèse,  la  bourse  pleine 
aurait  représenté  le  stipes  consacré  aux  sources  bienfai- 
santes. 

(1)  Mémoire  sur  plusieurs  antiquités  trouvées  à Néris.  Mémoires  de  la 
Société  des  Antiquaires,  t.  XLIX,  1889. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  225 

Pour  M.  A.  Bertrand  (1),  ce  serait  tout  simplement  un  Mer- 
cure. le  serpent  à tête  de  bélier  étant  un  des  attributs  de  la 
divinité  gauloise  identifiée  à Mercure  par  les  Romains. 

M.  Coudert-Lavillatte,  dans  son  étude  sur  les  Bains 
d’Évaux  (2),  signale  une  petite  statue  mutilée,  trouvée  au 
milieu  des  ruines  des  thermes,  et  représentant  Une  femme, 
dont  il  ne  reste  plus  que  le  buste,  couchée  sur  un  lit  de  repos, 
une  main  posée  à côté  de  la  tête.  « On  n aurait  pu,  dit-il, 
donner  une  attitude  plus  convenable  à la  divinité  des  bai- 
gneurs » : aussi  pense-t-il  que  cette  image  a pu  représenter  la 
déesse  Ovahana  qui,  d’après  Barailon,  était  très  vénérée  au 
centre  des  Gaules,  surtout  à Evahon.  L’hypothèse  semble  ici 
se  donner  trop  librement  carrière,  et,  jusqu’à  nouvel  ordre, 
c’est  au  dieu  Ivaus,  dont  nous  connaissons  authentiquement 
le  nom,  que  nous  réserverons  le  titre  de  divinité  protectrice 

r 

des  sources  d’Evaux. 

Dans  l’ordre  des  simples  présomptions,  nous  placerons 
encore  une  statue  découverte  à Bourbon-PArchambault,  à 
laquelle  manquent  la  tête  et  les  pieds,  et  qui  représente  un 
homme  vêtu  d’une  penula  étroite,  relevée  dans  les  mains 
pour  soutenir  des  fruits.  Est-ce  le  dieu  Borvo  ou  l’un  de  ses 
génies  bienfaisants,  comme  le  pensent  quelques  archéologues; 
ou  bien  le  dieu  Pan,  comme  le  croient  MM.  Barbier  de  Mon- 
tault  et  l’abbé  Clément?  Aucune  des  deux  attributions  propo- 
sées ne  peut  s’appuyer  sur  rien  de  bien  concluant. 

A Chassenay,  le  puits  où  a été  découverte  l’inscription  sur 
un  vase  de  bronze  consacrée  au  dieu  Albius  et  à Damona  (3), 
contenait  également  des  débris  d’une  statue  de  marbre  repré- 
sentant un  personnage  dont  le  bras  était  entouré  d’un  ser- 
pent (4).  Il  s’agit  évidemment  là  de  divinités  ayant  un  carac- 
tère médical,  mais  cette  statue  représentait-elle  l’une  des 


(1)  L’autel  de  Saintes  et  les  Triades  gauloises.  Revue  archéologique , 
40e  vol.,  1880,  p.  14,  figure,  p.  16. 

(2)  Mémoires  de  la  Société  des  Sciences  naturelles  et  archéologiques  de  la 
Creuse.  1838-1847. 

(3)  Voir  p.  194. 

(4)  Allmer,  les  Dieux  de  la  Gaule  celtique.  Revue  épigraphique , t.  III. 


15 


226 


LA  G A U L K THERMALE 


divinités  protectrices  que  nous  révèle  l’inscription,  ou  bien  un 
Esculape  ou  une  llygie  dont  l’image  se  trouvait  dans  le  temple 
consacré  à Albius  et  à Damona?  Rien  ne  peut  nous  éclairer 
sur  ce  point.  Le  serpent  est  l'attribut  général  d’Escidape  et 
d llygie,  mais  il  n’est  pas  impossible  que  cet  emblème  ait  été 
également  attribué  à des  divinités  de  sources,  dont  l’aide  était 
invoquée  pour  la  guérison  des  maladies  (1). 

Allmer  (2)  mentionne  également  la  découverte  dans  la 
source  thermale  de  Maizières,  à 5 ou  G kilomètres  de  Chas- 
senay,  d’une  statuette  en  bronze  représentant  un  personnage 
assis  sur  un  rocher,  peut-être  l’image  de  la  source  divinisée. 

Bégin  (3),  parle  d’un  autel  à quatre  faces,  trouvé  à Nieder- 
bronn,  portant  les  figures  de  Mercure,  Apollon,  Minerve  et 
Hercule,  ou  peut-être,  ajoute-t-il,  de  divinités  topiques  in- 
connues. 

Enfin,  mentionnons  en  terminant  des  représentations  sym- 
boliques d’une  nature  particulière,  découvertes  à Aix-en-Pro- 
vence dans  le  voisinage  des  bains. 

La  première,  trouvée  en  1705  dans  les  décombres  d’anciens 
thermes,  était  « un  bas-relief  en  pierre,  d’environ  3 pieds  de 
long  sur  2 de  hauteur,  représentant  un  autel,  sur  lequel  le 
symbole  de  Priape  est  étendu,  chargé  de  ces  trois  lettres  : 

I II  C ; au  plan  de  cet  autel  s’élève  de  chaque  côté  une  espèce 
de  flamme  » (4). 

Plus  tard,  en  1818,  on  découvrit,  dans  un  jardin  voisin  des 
bains,  un  piédestal  en  pierre,  sur  le  devant  duquel  était 
sculpté  en  demi-relief  un  phallus  soutenu  par  deux  pieds  de 
bouc  (5). 


(1)  Une  statue  en  pierre,  grandeur  naturelle,  provenant  du  Temple  des 
sources  de  la  Seine,  nous  présente  aussi  l’image  d’un  homme,  ayant  à 
sa  gauche  un  serpent,  et  un  arc  dans  sa  main  droite,  généralement 
identifié  avec  un  Apollon  guérisseur. 

(2)  Allmer,  les  Dieux  de  la  Gaule  celtique.  Revue  épigraphique,  t.  III. 

(3)  Histoire  médicale  du  sud-est. 

(4)  L.-J.-M.  Robert,  Essai  historique  et  médical  sur  les  eaux  thermales 
connues  sous  le  nom  d'Eaux  de  Sextius.  1812. 

(5)  L.  P.  D.  S.  V.,  Description  des  antiquités , monuments  et  curiosités 
de  la  ville  d’Aix.  1818. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


227 


Comme  nous  avons  pu  le  constater  déjà,  d’après  des  ex- 
-voto trouvés  près  de  certaines  sources,  la  guérison  de  la  sté- 
rilité et  de  l'impuissance  devait  être  au  nombre  des  faveurs 
qu’on  venait  solliciter  de  leurs  divinités  protectrices.  Les  eaux 
le  ces  sources  étaient  vraisemblablement  l’objet  d’un  vend- 
able culte  spécial,  cpii  se  traduisait  par  l’offrande  d’images 
phalliques,  sur  lesquelles  nous  aurons  à revenir  lorsque  nous 
îous  occuperons  des  offrandes  cà  caractère  médical.  Cependant 
•es  phallus  d’Aix,  et  peut-être  aussi  l’objet  du  même  genre, 
en  marbre  blanc  incrusté  dans  du  marbre  rouge,  qui  fut  décou- 
vert, en  1854,  dans  les  ruines  d’une  chambre  souterraine  des 
hernies  d’Aix-les-Bains,  ne  nous  paraissent  pas  avoir  ce 
caractère  d’objets  votifs  et  seraient  plutôt,  pour  nous,  des 
•représentations  figurées,  sous  forme  symbolique,  d’une  divi- 
îité  à attributions  particulières  invoquée  auprès  de  certaines 
sources. 

II 

Les  vestiges  des  temples  découverts  dans  les  anciennes  cités 
hermales  ne  présentent  rien  de  bien  particulier  au  point  de 
ue  spécial  qui  nous  occupe,  sauf  au  Mont-Dore,  et  peut-être 
Bourbonne  et  à Montbouy,  où  la  situation  de  ces  édifices  les 
e d’une  façon  directe  et  intime  aux  thermes  eux-mêmes. 

1 fans  les  autres  stations,  on  ne  peut  établir  entre  les  sources 
t les  lieux  de  culte  d’autres  rapports  que  ceux  que  permet 
’admettre  la  vraisemblance  de  la  consécration,  dans  ces  mi- 
eux spéciaux,  des  édifices  sacrés,  ou  de  quelques-uns  d’entre 
- ux  tout  au  moins,  aux  divinités  des  sources  thermales.  Nous 
1 pus  bornerons  donc  à résumer  ce  que  nous  savons  sur  ces 
difices  en  quelques  mots,  que  nous  placerons  ici,  afin  de 
éunir  en  un  seul  chapitre  tout  ce  qui  a trait  à la  religion  et 
u culte  pratiqué  dans  les  cités  thermales  ou  auprès  des 
ources. 


228 


L A.  GAULE  THERMALE 


Au  Mont-Dore,  le  temple  se  présente  comme  accolé  à l’édi- 
fice thermal,  auquel  il  était  relié  par  sa  partie  antérieure  (lt. 
C'est  dans  le  cours  de  l’année  1824  que  ses  restes  furent 
découverts  sous  des  maisons  particulières  que  l’on  venait  de  J 
démolir.  L’édifice  était  orienté  de  l’est  à l’ouest;  on  y accédait 
par  cinq  marches,  et,  lors  de  la  découverte,  plusieurs  tron- 
çons de  colonnes  et  les  murs  de  la  cella  étaient  encore  debout 
sur  une  hauteur  de  près  d’un  mètre.  La  pierre  angulaire  du 
fronton,  plusieurs  pierres  de  l’entablement,  un  aigle  aux  ailes  l 
éployées  et  les  débris  d’une  statue  équestre  furent  recueillis 
dans  les  ruines.  Une  mosaïque  en  pierres  de  taille  a été  > 
placée  à fleur  de  terre  à la  place  qu’occupait  le  monument, 
pour  en  indiquer  les  contours  et  la  distribution  (2). 

Le  temple  du  Mont-Dore  était  un  Panthéon,  consacré  à tous  ' 
les  dieux.  D’anciens  registres  terriers  du  quinzième  siècle  par- 
laient déjà  de  ce  monument. 

Un  médecin,  le  docteur  J.  Mate,  qui  écrivait  en  1616  (3),  le  : 
signalait  en  ces  termes  : « Plusieurs  sources  d’eaux  chaudes  j 
qui  ont  été  adjencées  pour  se  baigner...  depuis  le  temps  que  i 
les  Romains,  sous  l’empire  des  Césars,  subjuguèrent  les 
Gaules,  ainsi  que...  les  pierres  tout  entières  çà  et  là  éparses  1 
du  vieux  Panthéon  le  tesmoignent  assez,  et  mesme  de  toute  ] 
mémoire  on  a appelé  le  Bain-Bas  la  Croix  du  Panthéon.  » 
Jusqu’en  1789,  un  quartier  du  Mont-Dore  avait  conservé  le  : 
nom  de  Tellement  du  Panthéon.  Enfin,  l’inscription  divo  pan  | 
teo,  que  nous  avons  citée  plus  haut,  nous  renseigne  complè-  ] 
tement  sur  le  culte  qui  était  pratiqué  dans  cet  édifice. 

A Bourbonne,  l’union  était  peut-être  encore  plus  intime  et  le  j 
sanctuaire  était  placé  au  cœur  même  de  l’établissement  j 
thermal,  entre  des  salles  renfermant  des  piscines  et  des  étuves  I 
mises  à jour  lors  de  fouilles  importantes  exécutées  en  1874  (4).  J 

] 

(1)  Voir  le  plan,  p.  401. 

(2)  Bertrand,  Noie  sur  les  antiquités  découvertes  au  Mont-d’Or.  — Le  ; 
Mont-Bore  historique  et  archéologique. 

(3)  L’Entelechie  des  eaux  chaudes  du  bourg  de  Bains,  près  du  Môl-d’Or. 
Tulle,  1616. 

(4)  Voir  le  plan,  p.  460. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  229 

« C’était  une  grande  construction,  de  forme  rectangulaire, 
ayant,  dans  œuvre,  30  mètres  de  long  et  25  mètres  de  large. 
Cette  salle  était  partagée  en  trois  parties  par  deux  rangées 
composées  chacune  de  cinq  colonnes...  Dans  chaque  rangée, 
les  trois  colonnes  de  l’est  mériteraient  plutôt  le  nom  de 
pilastres;  les  deux  autres  étaient  montées  sur  piédestaux  et 
taillées  en  forme  de  cœur  (1).  » Une  porte  cintrée  donnait 
accès  dans  cette  pièce,  qui  présentait  une  mouluration  très 
soignée  et  dont  le  sol  était  pavé  de  grandes  dalles  de  grès  sur 
une  mince  couche  de  béton  fin,  avec  réserve  de  petits  canaux 
d’assainissement.  Bien  que  la  situation  de  cette  salle,  par  rap- 
port aux  piscines  et  aux  étuves,  permette  peut-être  d’y  voir 
simplement  une  sorte  d’atrium,  de  vaste  vestibule,  sa  dispo- 
sition architecturale  semble  bien  confirmer  l’hypothèse  de 
M.  1 'ingénieur  Rigaud,  qui  y voyait  un  temple.  En  outre,  un 
tronc  en  grès,  présentant  des  traces  de  scellement  au  plomb,  a 
été  découvert  au  pied  du  dernier  pilier,  à l’est.  Une  ouverture 
creusée  dans  la  partie  supérieure  formant  couvercle  permet- 
tait d’introduire  les  pièces  de  monnaie  qu’on  apportait  comme 
offrandes  aux  divinités  protectrices  des  sources  thermales  (2) 

(fig- 16)- 

A Montbouy  (Loiret),  où  l’on  retrouve  vraisemblablement 
l’Aquæ  Segestæ  de  la  Table  de  Peutinger,  s’élevait,  attenant 
presque  à l’édifice  balnéaire  dont  il  n’était  séparé  que  par  un 
espace  de  2 mètres  (3),  un  bâtiment  de  13  mètres  carrés,  que 
M.  Dupuis  décrit  ainsi  : « Extérieurement,  ce  bâtiment  est 
orné  de  colonnettes  engagées,  formées  de  briques  rondes  et 
de  pierres  taillées.  Le  mur  offre  quatre  entrées,  dont  deux  à 
1 est  et  deux  à l’ouest.  Dans  cette  première  enceinte  est  con- 
tenu un  batiment  ayant  six  ouvertures,  deux  au  sud,  deux  au 
nord,  une  â l’est  et  une  à l’ouest.  Le  milieu  est  complètement 
vide;  elle  était  dallée  de  larges  pierres  dont  quelques-unes 

(1)  Rigaud,  Notice  sur  les  travaux  exécutés  à Bourbonne-les-Bains. 
Annales  des  Mines,  7e  série,  t.  XVII,  1880. 

(2)  Plusieurs  tronçons  de  colonnes  dressées  sur  leurs  socles,  ainsi  que 
le  tronc  à offrandes,  ont  été  placés  dans  le  jardin  des  bains. 

(3)  Voir  le  plan,  p.  478. 


230 


LA  GAULE  THERMALE 


restent  encore.  De  grandes  pierres  de  taille  carrées  et  repo- 
sant Fune  sur  l’autre,  comme  les  marches  d’un  escalier, 
fondent  les  panneaux  du  mur  extérieur,  dont  l’appareil  est 
d’une  régularité  et  d’une  solidité  parfaite  (1).  » Pour  l’auteur,  il 
est  difficile  de  voir  là  autre  chose  qu’un  temple,  des  plus 
simples  d’ailleurs,  qui  formait  un  accessoire,  une  dépendance 
de  1’établissement  thermal.  M.  Vachez  (2)  estime  que  cette 
attribution  n’est  rien  jnoins  que  certaine,  parce  qu’on  pour- 
rait croire,  avec  autant  de  vraisemblance,  qu’il  y avait  là 
tout  simplement  une  pièce  destinée  aux  baigneurs  privi- 
légiés. 

Dans  un  autre  mémoire  publié  en  1862  (3),  M.  Dupuis 
signale  la  découverte  des  fondations  d’un  édifice  où  l’on 
remarque,  dans  la  pièce  centrale,  un  massif  de  maçonnerie 
ayant  2 mètres  en  tous  sens,  derrière  lequel  sont  alignées  six 
grosses  pierres  plates  taillées,  presque  appuyées  au  mur. 

De  Gaumont  (. Abécédaire  cl’ archéologie.  Ère  gallo-romaine , ; 
p.  246)  classe  cet  édifice  parmi  les  temples  incertains,  M.  Du- 
puis incline  plutôt  à le  considérer  comme  un  prétoire. 

Aix-les-Bains  possède  encore  les  restes  d’un  édifice,  com- 
pris autrefois  dans  l’ancien  château  des  marquis  d’Aix,  devenu 
aujourd’hui  l’Hôtel  de  Ville.  Cette  construction  formait  un  rec- 
tangle de  11  m.  94  sur  9 m.  32,  dont  il  reste  actuellement  trois 
côtés.  Elle  était  élevée  en  pierres  de  grand  appareil,  taillées 
avec  soin  et  placées  par  assises,  sans  autre  liaison  que  des 
crampons  de  fer  dont  on  voit  encore  la  place.  Un  petit  appa- 
reil de  marbre  formait  le  revêtement  intérieur  et  la  muraille 
était  couronnée  d’un  entablement  d’ordre  ionique  (4). 


(1)  Dupuis,  VAquis  Segeslœ  de  la  carte  de  Peutinger  doit  être  placé  à 
Montbouy.  Orléans,  1852. 

(2)  Note  sur  les  bains  romains  de  Monbouis.  Congrès  archéologique, 
Auxerre,  1850. 

(3)  Nouvelles  découvertes  à Montbouis.  Bulletin  monumental,  1862. 

(4)  Général  comte  de  Loche,  Recherches  historiques  sur  les  monuments 
romains  d’Aix-en-Savoie.  Mémoires  de  la  Société  royale  académique  de 
Savoie,  t.  III,  1828.  — Comte  de  Loche,  Histoire  de  la  ville  d'Aix- 
les-Bains.  Mémoires  de  V Académie  des  sciences,  belles-lettres  et  arts  de 
Savoie,  4e  série,  t.  VII,  1889. 


TRONC  ET  FRAGMENTS  D ARCHITECTURE 


1 ^A."» 

1 T 

1, '• 

1 I 

'SïtAfHr*  uo,  S 

PROVENANT  DES  ANCIENS  THERMES  DE  BOURBONNE 

Cliché  de  M.  Humbert. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  233 

Abauzit  croit  que  le  temple  était  dédié  aux  divinités  Come- 
dovis.  Il  dit  avoir  vu  en  1729  l’inscription  rapportée  page  187, 
qui  aurait  été  tirée  « d’un  autel  qui  subsiste  encore,  joignant 
un  ancien  temple  romain,  qui  fait  aujourd’hui  partie  du  châ- 
teau, et  qui  apparemment  était  dédié  à ces  divinités  ». 

Le  général  de  Loche  invoque,  pour  répondre  à la  meme 
question,  la  tradition  locale  qui  a constamment  attribué  l’édi- 
fice à Diane.  C’est  sous  cette  dénomination,  qui  ne  repose, 
comme  on  le  voit,  sur  aucune  base  sérieuse,  qu’il  est  encore 
désigné  aujourd’hui. 

Le  temple,  dont  quelques  vestiges  subsistent  encore  à Dé- 
salignés (Ardèche),  semble  bien  avoir  été  en  corrélation  avec 
une  source  minérale,  dont  l’utilisation  à l’époque  gallo- 
romaine  ne  peut  faire  aucun  doute.  Il  est  nécessaire  d’avoir 
recours  à d’anciennes  descriptions  pour  se  former  une  idée  de 
ce  qu’était  cet  édifice,  bâti  en  forme  de  carré  long,  en  pierres 
d’appareil  liées  entre  elles  par  du  mortier.  Les  murs  étaient 
renforcés  extérieurement  par  seize  contreforts.  Une  voûte  en 
berceau  terminait  l’édifice,  qui  possédait  à l’intérieur  une 
autre  voûte  occupant  toute  sa  largeur,  et  seulement  le  tiers  de 
sa  longueur.  A la  hauteur  de  cette  voûte,. une  suite  de  pierres 
de  5 pieds  de  saillie  sortaient  du  mur  et  paraissaient  avoir  été 
destinées  à supporter  le  plancher  d’une  sorte  de  galerie  (I). 

Il  ne  reste  de  cet  antique  édifice,  presque  entièrement  dé- 
truit en  1822,  lors  de  la  construction  d’un  temple  protestant, 
qu’un  des  murs  latéraux  avec  ses  quatre  contreforts,  et  une 
partie  d’un  autre  mur,  pourvu  également  d’un  contrefort, 
dont  on  avait  fait,  au  moyen  âge,  une  tour,  transformée 
depuis  en  clocher. 

Aucun  indice  n’a  pu  faire  soupçonner  à quelle  divinité  était 
consacré  ce  monument.  On  y a vu  : un  temple  des  druides;  un 
des  deux  temples  élevés  à Mars  et  à Hercule  par  Fabius  Maxi- 

(1)  A.  Mazox,  Notice  historique  sur  Des  aigues,  1903.  Dans  cette 
notice,  M.  Mazon  donne  deux  figures  du  temple,  ainsi  que  trois  descrip- 
tions : du  comte  de  Tournon,  vers  1730;  de  l’abbé  Soulavie,  vers  1780; 
de  Boissy-d’AngJas,  en  1788. 


234 


LA  GAULE  THERMALE 


mus,  après  sa  victoire  sur  Bituit ; un  temple  de  Diane.  « En 
résumé,  dit  l’érudit  historien  de  l’Ardèche,  M.  Mazon  (op.  cil.), 
sans  nous  arrêter  plus  longtemps  à des  considérations  plus  ou 
moins  ingénieuses,  où  chacun  peut  prendre  ce  qui  lui  con- 
vient, nous  conclurons  simplement,  comme  étant  le  résultat 
de  l’examen  des  lieux  et  de  toutes  les  données  connues,  que  le 
monument  en  question  est  bien  un  ancien  temple  romain, 
mais  d’une  époque  indéterminée,  et  dont  la  destination  parti- 
culière au  culte  de  Diane  aurait  besoin  d’être  appuyée  sur  un 
témoignage  moins  incertain  que  celui  des  traditions  locales.  » 

Certaines  substructions  découvertes  à Luxeuil  ont  paru 
appartenir  à des  temples,  dont  les  attributions  cultuelles 
reposent  sur  des  données  assez  vagues.  En  4763,  on  mit  au 
jour,  sur  la  place  du  Marché,  les  restes  d’un  édifice  dont  on 
fit  un  temple  du  Mercure  gaulois,  à la  suite  de  la  trouvaille  au 
même  lieu  d’un  torse  de  dieu,  avec  la  bourse  et  le  caducée. 
Plusieurs  fragments  de  statues  de  personnages  dont  la  tète 
était  surmontée  d’un  croissant,  firent  considérer  des  substruc- 
tions découvertes  en  1784,  dans  la  cour  de  l’abbaye,  comme 
les  débris  d’un  temple  de  Diane.  Enfin,  d’après  Chapelain  (1), 
une  quantité  de  colonnes  et  de  chapiteaux  retrouvés  place  de 
la  Baille  font  présumer  l’existence  en  ce  lieu  d’un  troisième 
temple . 

Néris , où  l’ampleur  des  ruines  atteste  l’existence  d'une  cité 
considérable  groupée  autour  des  sources,  possédait  certaine- 
ment plusieurs  sanctuaires  dédiés  à leurs  génies  tutélaires. 
Une  statue  de  Diane,  en  bronze,  d’un  mètre  de  hauteur, 
trouvée  au  milieu  de  débris  de  colonnes  et  de  tables  de  mar- 
bre, avait  fait  supposer  à Barailon  que  cette  déesse  avait  un 
temple  devant  la  façade  de  l’établissement  thermal  (2). 

L’abbé  Benault,  curé  de  Néris  à l’époque  de  la  Révolution, 
avait  signalé  l’existence  probable  d’un  temple,  proche  du 

(4)  Chapelain,  Propriétés  physiques,  chimiques  et  médicinales  des  eaux 
minéro-thermales  de  Luxeuil,  avec  quelques  recherches  historiques,  18o  < . 

(2)  Bahailon,  Recherches  sur  les  peuples  Cambfovicenses  de  la  Table 
théodosienne.  Sur  l’ancienne  ville  romaine  de  Néris,  departement  de 
l’Ailier,  1806. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  235 

chemin  de  Commentry,  où  aurait  été  placée  l’inscription  Nu- 
ninibus  Augustomm. . . (1),  et  dont  l’autel,  élevé  de  1 m.  04,  et 
large  à sa  base  de  0 m.  32,  avait  été  retrouvé.  La  statue  de  la 
divinité  à qui  l’autel  était  consacré  était  fixée  au  sommet  par 
une  tige  de  fer  plombée,  et  celle-ci  avait  été  visiblement 
brisée,  pour  renverser  la  statue  ou  l’enlever  pour  sa  valeur 
métallique  (2).  Les  fondations  de  ce  temple  furent  reconnues 
lors  de  fouilles  faites  en  1867.  « Ce  temple,  à en  juger  par  les 
dispositions  des  fondations  composées  de  maçonnerie  scellant 
à distances  égales  des  blocs  de  grande  dimension,  semblait  être 
un  de  ceux  formés  par  une  enceinte  de  colonnes  à jour,  sans 
cel/a.  Une  fouille  faite  au  centre  de  cette  enceinte,  et  descendue 
jusqu'au  terrain  primitif,  a confirmé  cette  prévision  (3).  » 

D’autres  temples  de  stations  thermales  sont  infiniment  plus 
hypothétiques,  et  nous  ne  lés  mentionnerons,  en  quelque 
sorte,  que  pour  mémoire. 

Antérieurement  aux  découvertes  faites  à Bourbonne  en  1874, 
M.  Dugas  de  Beaulieu,  dans  un  Mémoire  sur  les  antiquités  de 
Bourbonne-les-Bains  (4),  déclarait  avoir  constaté  dans  cette 
ville  l’existence  de  trois  temples.  Le  premier,  à l’extrémité 
nord-est  de  la  colline  du  château,  ne  présentait  plus  que  deux 
tronçons  de  colonnes  en  granit  des  Vosges,  ce  qui  n’empê- 
chait pas  l’auteur  de  le  consacrer  à Borvo  et  Damona,  dont  les 
statues,  disparues  par  la  suite,  auraient  été  trouvées  fort  muti- 
lées en  creusant  un  puits  dans  l’enceinte  du  château.  Il  ne  res- 
tait du  second  édifice  que  deux  tronçons  de  colonnes  en  pierre 
calcaire,  et  du  troisième  qu’un  chapiteau  corinthien  dans 
l’église  paroissiale. 

Ce  sont  là  des  éléments  d’attribution  un  peu  succincts,  et  je 
partage  à cet  égard  le  scepticisme  du  docteur  Renard,  lorsqu’il 
écrit  : « M.  de  Beaulieu,  dont  l’écrit  sur  Bourbonne  est  anté- 
rieur aux  dernières  découvertes,  aurait  été  conduit  peut-être 

(1)  Voir  p.  186. 

(2)  Forichon,  Monuments  de  l’antique  Néris.  Coui)  de  balai  aux  légendes 
sans  cesse  débitées  pour  son  histoire.  Néris,  1859. 

(3)  Esmonnot,  Néris.  Viens  Neriomagus.  Recherches  sur  ses  monuments. 

(4)  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  t.  XXV. 


236 


LA  GAULE  THERMALE 


à modifier  ses  appréciations  sur  ce  qu’il  appelle  nos  temples  et 
leurs  emplacements  présumés.  Trois  temples,  ce  serait  beau- 
coup, et  il  vaut  mieux  croire  que  les  débris  de  colonnes  trouvés 
près  de  nos  sources  faisaient  partie  des  bâtiments  consacrés  à 
l’usage  des  bains,  sur  les  points  qu’ils  occupent  encore  aujour- 
d’hui (1).  » 

Alet,  dans  l’Aude,  l’ancienne  Electa,  chef-lieu  du  pagus  Elec- 
tensis,  aurait  possédé  un  temple  de  Diane,  dont  certains  frag- 
ments subsisteraient  encore  dans  l’abside  de  sa  vieille  cathé- 
drale. L’examen  attentif  du  monument  ne  permet  pas  de 
s’arrêter  à cette  idée.  Le  style  est  bien  inspiré  de  l’antique, 
mais  l’exécution  générale  et  quelques  détails  trahissent  le 
moyen  âge.  Telle  était  déjà,  d’ailleurs,  l’opinion  de  Mérimée  : 

« Tous  les  détails  examinés  à part,  dit-il,  ont  une  physio- 
nomie antique,  mais  l’ensemble  date  certainement  d’une 
époque  postérieure  au  dixième  siècle.  » 

Signalons,  enfin,  près  de  Montbrison,  à Moind,  qui  fut  peut- 
être  l’antique  Aquœ  Segetœ  de  la  Table  de  Peutinger,  l’existence 
hypothétique  d’un  temple  de  Cérès,  sur  les  ruines  duquel 
aurait  été  élevée  la  chapelle  dédiée  à sainte  Eugénie. 

De  la  Mure  rapporte  que,  de  son  temps,  on  voyait  au  fron- 
tispice de  cet  édifice  une  faucille,  et  Dulac  dit  qu’en  1789,  il  y 
avait  une  statue  tenant  une  faux  (2).  Les  fouilles  pratiquées  à 
une  époque  plus  récente  n’ont  pas  permis  d’établir  avec  certi- 
tude l’ancienne  destination  de  ces  substru étions,  qui  apparte- 
naient plus  vraisemblablement  peut-être  aux  anciens  thermes. 
Il  est  cependant  intéressant,  si  l’on  admet  l’identification  de 
Moind  avec  Aquæ  Segestæ,  de  noter,  avec  M.  Vincent  Du- 
rand (3),  combien  il  est  curieux  de  trouver  en  pareil  lieu  le 
souvenir  d’un  temple  antique  dédié  à Cérès,  et  la  croyance  à 
un  culte  rendu  à la  déesse  des  moissons. 

(1)  Bourbonne.  Son  nom.  Ses  origines.  Ses  antiquités  gallo-romaines. 
Ses  établissements  thermaux , etc.  Mémoires  de  la  Société  historique  et 
archéologique  de  Langres,  t.  II,  p.  309  et  suiv. 

(2)  Rimbaud,  Excursions  foréziennes.  Annales  de  la  Société  d'agricul- 
ture, etc.,  du  département  de  la  Loire,  t.  XIX,  1873. 

(3)  Bulletin  de  la  Diana,  t.  VII,  1893-1894,  p.  386. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


237 


Los  temples  que  nous  venons  de  passer  en  revue  apparte- 
naient à des  agglomérations  de  population  constituant  de  véri- 
tables villes  thermales,  comme  Aix,  Bourdonne,  Néris,  Luxeuil 
nous  apparaissent  dans  les  temps  antiques.  Mais,  bien  sou- 
vent, beau  bienfaisante  jaillissant  en  pleine  campagne  ou  à 
proximité  d'une  mince  bourgade,  son  génie  tutélaire  se  con- 
tentait d’un  culte  moins  suivi  et  d’un  sanctuaire  plus  restreint. 
A côté  du  point  d’émergence  s’élevait  un  modeste  sacellum,  une 
petite  chapelle,  où  la  statue  divine  s’abritait  sous  un  toit  sup- 
porté par  quelques  colonnes. 

Des  représentations  figurées  empruntées  à l’antiquité  nous 
permettent  d’imaginer  ce  que  devaient  être  ces  édicules  bâtis 
près  des  sources  sacrées,  qui  présentaient  sans  doute  une  cer- 
taine analogie  avec  les  petits  sanctuaires  auxquels  on  donnait 
le  nom  de  Nymphées  (1). 

A Vittel,  des  travaux  exécutés  auprès  de  la  Source  salée  ont 
mis  à jour  des  substructions  et  des  fragments  de  colonnes  ap- 
partenant, selon  toute  vraisemblance,  à un  petit  temple  de  ce 
genre,  de  forme  carrée,  qui  servait  d’abri  à une  statue  de 
femme  nue,  sorte  de  Vénus  Anadyomène,  divinité  protectrice 
de  l’eau  jaillissante  (2). 

Aux  environs  de  Saint-Bié,  dans  un  puits  qui  devait  être  ali- 
menté par  une  source  salée,  on  a retrouvé  une  tête  de  femme 
en  grès  rouge,  une  base  de  colonne  et  un  morceau  de  fût  en 
grès  rouge,  qui  provenaient  fort  probablement  d’un  édicule 
semblable  (3). 

Quelquefois  même  l’édifice  sacré,  plus  simple  encore,  ne 
comportait  qu’un  simple  toit  de  tuiles  posé  sur  des  poteaux 

(1)  Nymphœum  : Monument  plus  ou  moins  somptueux,  généralement 
orné  d’une  abside,  qui  contenait  une  fontaine  jaillissante  consacrée  aux 
Nymphes.  C’était  une  construction  moitié  religieuse,  moitié  profane,  qui 
servait  a la  lois  de  sanctuaire,  de  château  d’eau  et  de  lieu  de  réunion  ou 
de  repos.  (Daremberg  et  Saglio,  Dictionnaire  des  antiquités  grecques  et 
romaines.) 

(2)  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1883,  p.  245.  — Docteur  Four- 
nie», Vittel.  Bulletin  de  la  Société  philomatique  vosgienne,  24e  année 
1897-1898. 

(3)  Gaston  Save,  Monuments  gallo-romains  des  environs  de  Sainl-Dié. 
Bulletin  de  la  Société  philomatique  vosgienne , 13e  année,  1887-1888. 


238 


LA  GAULE  THERMALE 


de  bois,  ou  une  petite  construction  de  briques,  comme  Vattegia 
tegulata,  dont  l’inscription  gravée  sur  le  rocher  de  Wasem- 
bourg,  près  de  Niederbronn,  nous  a déjà  fait  connaître  la 
consécration  au  dieu  Mercure  (4). 


III 


En  dehors  de  ces  édifices  purement  religieux  et  consacrés 
uniquement  au  culte  des  divinités  à qui  ils  étaient  dédiés,  il 
en  existait  d’autres,  dans  lesquels  des  préoccupations  d’ordre 
médical,  sans  doute  même,  dans  certain  cas,  des  soins  donnés 
ou  des  traitements  institués,  se  mêlaient  plus  ou  moins  inti- 
mement aux  rites  sacrés  et  aux  cérémonies  religieuses. 

Il  nous  paraît  impossible  de  passer  complètement  sous 
silence  cet  ordre  de  monuments,  dont  quelques-uns,  d’ailleurs, 
situés  près  de  sources  minérales,  comportaient  une  véritable 
exploitation  de  ces  eaux  et  rentrent  par  là  même  dans  le  cadre 
de  nos  études.  En  outre,  les  ruines  de  ces  temples  ont  fourni 
une  abondante  récolte  de  ces  offrandes  à caractère  médical, 
d’un  intérêt  tout  particulier  pour  nous,  que  nous  étudierons 
spécialement  dans  un  prochain  chapitre. 

De  nombreux  textes  anciens  ont  fait  allusion  aux  conditions 
particulières  que  devait  remplir  ce  genre  d’édifices.  Vitruve, 
notamment  (2),  après  avoir  indiqué  qu’il  faut  choisir  pour 
l’emplacement  de  tous  les  temples  les  endroits  où  l’air  est  le 
plus  salubre  et  l’eau  des  sources  la  plus  saine,  ajoute  ces  con- 
seils, empreints  d’un  certain  scepticisme  à l’égard  de  la  puis- 
sance des  divinités  auxquelles  les  croyants  allaient  demander 
la  guérison  de  leurs  infirmités  : « Cette  précaution  est  surtout 
nécessaire  pour  les  temples  qu’on  bâtit  au  dieu  Esculape,  à la 

(1)  Voir  page  168. 

(2)  De  l'Architecture,  lib.  I,  chap.  ii. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


239 


déesse  Santé  (Saluti),  et  aux  autres  divinités  par  qui  l’on  croit 
généralement  que  les  maladies  sont  guéries.  Car  le  change- 
ment d’un  air  malsain  en  un  air  salubre,  et  l’usage  de  meil- 
leures eaux,  rendent  plus  prompte  la  guérison  des  malades  ; 
ce  qui  augmentera  beaucoup  la  dévotion  du  peuple,  qui  attri- 
buera à ces  divinités  des  guérisons  dues  à la  nature  salutaire 
du  lieu.  » 

Les  prêtres  attachés  à ces  temples  étaient,  en  même  temps, 
médecins,  et  s’occupaient,  comme  interprètes  du  dieu,  des 
conseils  et  des  soins  à donner  aux  malades. 

Les  traitements  auxquels  ceux-ci  étaient  soumis  devaient  se 
ressentir  de  ce  double  caractère.  La  croyance  à la  sainteté  du 
lieu,  les  rites  religieux  qu’on  était  tenu  d’observer,  agissaient 
comme  une  véritable  suggestion;  quelquefois  même  le  dieu 
apparaissait  en  songe  au  malade  endormi  dans  le  temple  et 
lui  prescrivait  les  remèdes  à prendre  ou  le  régime  à suivre. 
D’après  Marc-Aurèle,  Esculape  lui-même  aurait  ordonné  aux 
malades  de  se  baigner  dans  l’eau  froide  et  de  marcher  nu-pieds. 
L’hydrothérapie  et  la  méthode  Kneipp  pourraient  ainsi  se 
réclamer  d’une  origine  divine  (1). 

D’autre  part,  les  traitements  indiqués  s’inspiraient  de  prin- 
cipes rationnels,  communs  d’ailleurs  avec  la  médecine  sécu- 
lière : la  diète,  souvent  prescrite  au  début  du  traitement;  l’in- 
fluence de  l’air  pur  due  au  choix  judicieux  des  emplacements , 
l’usage  de  l’hydrothérapie,  ainsi  que  l’emploi  des  eaux  miné- 
rales, quand  il  en  existait  dans  le  voisinage  (2). 

(1)  Docteur  Gauthier,  Recherches  historiques  sur  V exercice  de  la  médecine 
dans  les  temples  chez  les  peuples  de  l'antiquité,  1844.  — Daremberg  et 
Saglio,  Dictionnaire  des  Antiquités  grecques  et  romaines.  Verbis  : 
Asklepeion.  Medicus. 

(2)  Albert,  les  Médecins  grecs  à Rome,  1894,  p.  263  : « D’une  part,  la 
crédulité  des  malades,  de  l’autre,  les  travaux  des  médecins  laïques,  les 
découvertes  qu’ils  font,  les  livres  qu’ils  écrivent,  les  recettes  qu’ils  pu- 
blient, les  instruments  qu'ils  inventent,  tous  matériaux  précieux,  soi- 
gneusement recueillis  dans  les  bibliothèques  sacrées,  permettent  aux 
ministres  du  dieu  de  connaître  la  médecine,  de  la  pratiquer  secrètement, 
de  se  servir  d’elle  pour  produire  des  phénomènes  en  apparence  surna- 
turels, en  un  mot  de  la  réintégrer  dans  les  temples  d’où,  jadis,  ils  l’avaient 
laissé  sortir.  A l’origine,  la  religion  était  la  base  de  la  médecine;  elle  en 
est  aujourd’hui  la  contrefaçon  et  l’appoint.  » 


240 


LA  GAULE  THERMALE 


A leur  départ,  les  fidèles  laissaient  à la  divinité  protectrice 
des  offrandes  proportionnées  aux  grâces  qu’ils  en  avaient 
obtenues  et  à l’importance  de  leurs  ressources.  A l’offrande 
venait  souvent  se  joindre  le  don  d’un  ex-voto  en  pierre  ou  en 
métal,  représentant  la  partie  du  corps  qui  était  le  siège  de  l'af- 
fection dont  on  était  venu  chercher  la  guérison,  manifestation 
particulière  d’un  état  d’esprit  et  d’une  dévotion  qui  ont  tra- 
versé les  siècles  et  subsistent  encore  aujourd’hui. 

Parmi  ces  temples,  il  en  était  qui  comprenaient  seulement 
l’édifice  consacré  à la  divinité  et  les  dépendances  nécessaires 
aux  logements  des  desservants  et  aux  besoins  du  culte.  Les 
malades  ne  faisaient  qu’y  passer;  ils  y venaient,  pour  ainsi 
dire,  en  consultation  et  s’en  retournaient  après  avoir  accompli 
les  rites  obligés,  bu  l’eau  de  la  source  sacrée  et  quelquefois 
passé  la  nuit  dans  le  sanctuaire,  pour  pratiquer  la  cérémonie 
de  l’incubation,  au  cours  de  laquelle  le  dieu  se  manifestait 
directement  au  fidèle.  On  peut  citer  comme  édifices  probables 
de  ce  genre  le  temple  du  Mont-Martre  près  d’ A vallon,  celui  du 
Mont-de-Sène,  près  de  Santenay  (Côte-d’Or),  et  celui  de  la  foret 
d’Halatte,  aux  environs  de  Senlis.  Les  deux  premiers  avaient 
dans  leur  voisinage  des  sources  abondantes  ; celles  de  Santenay 
ont  même  des  vertus  minérales  très  caractérisées  et  les  décou- 
vertes de  monnaies  faites  dans  leurs  environs  (1)  attestent 
bien  leur  utilisation  à l’époque  romaine  et  permettent  de 
supposer  que  l’emploi  de  ces  eaux  n’était  pas  sans  rapport 
avec  l’édifice  sacré  qui  s’élevait  dans  leur  voisinage. 

Le  temple  du  Mont-Martre  (2),  découvert  en  1822,  s’élevait 
sur  une  colline  voisine  d5  A vallon.  Il  formait  un  carré  régulier, 
comprenant  un  cloître  ou  galerie  couverte  entourant  les 
quatre  côtés  d’une  cour  intérieure,  à ciel  ouvert,  séparée  de  la 
galerie  par  une  colonnade.  L’entrée  était  précédée  d’un  esca- 
lier de  quelques  marches.  Au  devant  s’étendait  une  espla- 

(1)  Girault,  Archéologie  de  la  Côte-d'Or,  1823.  — De  Longny,  Notice 
archéologique  sur  Santenay.  Mémoires  de  la  Société  éduenne,  nouvelle 
série,  t.  XII. 

(2)  Le  Temple,  du  Mont-Martre,  à Avallon.  Bulletin  de  la  Société  des 
sciences  historiques  et  naturelles  de  l’Yonne,  58e  vol.,  1904,  p.  318  et  suiv. 


241 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 

nade,  séparée  par  un  aqueduc  d’une  grande  construction  qui 
devait  servir  de  logement  aux  desservants  du  temple  (fig.  17). 

Le  temple  était  dédié  à Mercure,  comme  l’indique  une 
plaque  dédicatoire  en  marbre  blanc,  portant  cette  inscription  : 

DEO  MERC 
EX  STIPIBV 
CVRÀIV 

Deux  statues  à peu  près  intactes  et  de  nombreux  fragments 
de  sculpture  provenant  des  ruines  sont  conservés  au  musée 
d’Avallon. 

Outre  de  nombreuses  monnaies  éparses,  on  a retrouvé  cent 
quarante  pièces  réunies  dans  une  sorte 
de  cachette,  devant  la  porte  d’entrée. 

La  série  allant  de  Trajan  à Valenti- 
nien Ier,  on  a pu  dater  approxima- 
tivement à l’année  375  la  destruction 
de  ce  sanctuaire,  qui  a dû  disparaître 
dans  un  violent  incendie. 

Sur  le  flanc  de  la  montagne  qui 
porte  le  temple,  prennent  naissance 
deux  sources,  la  Fontaine  de  Belle  et 
la  Fontaine  des  Fées,  près  desquelles 
des  fouilles  pratiquées  en  1778  ont 
remis  au  jour  des  tuiles,  des  car- 
reaux, des  pavés,  des  débris  de  cor- 
niches en  marbre,  provenant  de 
bains  qui  devaient  être  d’une  cer- 
taine richesse. 

Le  temple  du  Mont-de-Sène  présente  la  disposition  assez 
singulière  de  deux  oratoires  juxtaposes,  semblables  dans  leurs 
dispositions  et  séparés  par  une  sorte  de  couloir.  Bulliot  (1) 
pense  que  l’un  des  deux  compartiments  devait  être  consacré 

(1)  Le  Temple  du  Mont-de-Sène,  à Santenay.  Mémoires  de  la  Société 
eduenne,  nouvelle  série,  t.  III. 


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Fig.  17 


- TEMPLE  DU 
MONT- MARTRE. 


Croquis  d’après  le  plan  figurant 
au  Bulletin  de  la  Société  des 
sciences....  de  l’Yonne. 


16 


242 


LA  GAULE  THERMALE 


à Mercure,  dont  le  nom  se  trouve  sur  une  inscription  (1)  décou- 
verte en  1872,  et  l’autre  au  génie  de  la  fontaine  sacrée  qui 
coule  au  pied  des  rochers.  Tout  près  du  temple  on  a retrouvé 
l’habitation  du  prêtre,  dont  le  plan  et  les  dispositions  étaient 
encore  très  visibles  et  faciles  à saisir.  « Ces  appartements  ainsi 
que  le  temple  lui-même,  dit  Bulliot,  étaient  peu  luxueux:  le 
marbre,  les  calcaires  polis  y faisaient  défaut;  les  carrelages 
d’une  simplicité  extrême  ne  différaient  guère,  si  rien  n’a  été 
enlevé,  de  ceux  des  plus  modestes  maisons;  mais  ils  nous 
donnent  le  spécimen  complet  de  l’habitation  du  desservant 

d’un  temple  de  campagne  vers 
la  fin  de  l’Empire,  et  à ce  titre  le 
plan  mérite  l’attention  ( fig.  1 8).  » 
Une  case  rectangulaire  isolée, 
du  coté  opposé  au  logement, 
renfermait  un  nombre  considé- 
rable de  débris  de  statuettes 
votives.  Peut-être  était-ce  là  une 
sorte  de  débarras,  où  l’on  reje- 
tait, lorsque  le  temple  commen- 
çait à en  être  encombré,  le  trop 
plein  des  ex-voto,  brisés  au  préa- 
lable, afin  qu’ils  ne  puissent  être 
recueillis  par  des  mains  cupides 
et,  après  avoir  appartenu  au 
dieu,  être  remis  dans  la  circulation  commerciale. 

Le  Temple,  signalé  en  1867  et  fouillé  en  1873,  dans  la  forêt 
d’Halatte,  aux  environs  de  Senlis,  était  incontestablement  un 
temple  médical  (2).  On  n’a  trouvé,  il  est  vrai,  aucune  trace  de 

(1)  («)  vg  sacr 

MERCVRIO 
(ce)  NSORINVS 
(p)  AVLLINI  FILIVS 
EX  VOTO 

(2)  De  Caix  de  Saint-Aymour,  le  Temple  de  la  forêt  d'Halatte  et  ses  ex- 
voto  (avec  figures).  — Fautrat,  les  Temples  d’Halatte  et  d Essarrois  (avec 
plan).  Congrès  archéologique  de  France,  LXXII6  session,  tenu  à Beauvais 
en  1905. 


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Fig.  18. 

TEMPLE  DU  MONT-DE-SÈNE. 

Croquis  d’après  le  plan  joint  au  mé- 
moire de  Bulliot. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


243 


fontaine  sacrée  dans  le  temple  ni  dans  ses  environs  immédiats. 
En  existait-il  une  dans  l’antiquité?  On  l’ignore.  Mais  le  carac- 
tère des  ex-voto  découverts  dans  l’enceinte  consacrée,  et  dont 
nous  parlerons  plus  loin  lorsque  nous  nous  occuperons  des 
offrandes,  ne  permet  aucun  doute  à cet  égard  (1). 

L'édifice  religieux  se  composait  essentiellement  de  trois  par- 
tie? : le  sanctuaire  ou  sacellum  proprement  dit;  un  mur  d’en- 
ceinte extérieur  ; un  petit  bâtiment  appuyé  à ce  mur  extérieur 
et  formant  avant-corps  dans  l’intérieur  de  la  cour.  La  cella 
était  précédée  d’un  portique  à colonnes,  dont  on  a retrouvé 
des  fragments  considérables. 

Derrière  le  mur  du  fond  de  la  cella  s’étendaient  deux  autres 
murs  parallèles,  séparés  par  une  distance  de  0 m.  40,  dont  la 
destination  est  assez  problématique.  M.  de  Caix  de  Saint- 
Avmour  pense  que  ces  doubles  murs  constituaient  une 
chambre  secrète  destinée 
à rendre  les  oracles  aux 
malades.  On  ne  voit  guère, 
en  effet,  d’autre  explica- 
tion plausible  à cette  dis- 
position. 

Aux  deux  angles  N.-E. 
etS.-E.  du  mur  d’enceinte, 
des  amas  de  tuiles  et  des 
fondations  en  maçonnerie 
indiquent  qu’il  a existé 
sur  ce  point  deux  petits 
bâtiments  couverts,  an- 
nexes du  sanctuaire. 

La  petite  construction 

accolée  au  mur  d’enceinte  devait  être  une  maison  d’habitation, 
logement  du  prêtre  ou  du  gardien  du  temple  (fig.  19). 


Croquis  d après  le  plan  joint  au  mémoire  de 
M.  Fautrat. 


(1)  La  divinité  protectrice  d’Halatte  n’était  pas  seulement  invoquée 
pour  les  êtres  humains,  mais  aussi  pour  les  animaux  domestiques.  Parmi 
les  ex-voto  figurent  un  certain  nombre  de  représentations  animales, 
bœufs,  chevaux,  porcs,  qui  ont  été  spécialement  étudiées  dans  une  bro- 
chure technique  par  M.  Cagny,  vétérinaire  à Senlis. 


244 


LA  GAULE  THERMALE 


Aucune  inscription  n’est  venue  révéler  le  nom  de  la  divinité 
protectrice  de  ce  sanctuaire.  M.  de  Caix  de  Saint-Aymour 
incline  à penser,  d’après  certains  indices,  qu’il  avait  pour 
patron  quelque  Mercure  topique. 

D’autres  temples  de  même  nature  semblent  avoir  comporté 
des  aménagements  bien  plus  vastes  et  des  dépendances  desti- 
nées à d’autres  usages.  On  y trouve  quelquefois  de  véritables 
thermes  juxtaposés  au  sanctuaire  ; des  substructions  révélant 
l’existence  d’annexes  beaucoup  plus  considérables  que  ne 
l’aurait  comporté  le  seul  service  du  temple  ; des  dispositions 
intérieures  difficilement  explicables  dans  l’hypothèse  d’un 
édifice  purement  religieux.  On  peut  admettre  que,  dans  les 
édifices  de  ce  genre,  certains  malades  ne  se  bornaient  pas  à 
venir,  en  passant,  implorer  le  dieu  ou  consulter  son  prêtre  ; 
qu'ils  y faisaient,  au  contraire,  un  séjour  plus  ou  moins  pro- 
longé, soit  pour  suivre  un  traitement,  soit  pour  obtenir  un 
accueil  favorable  du  dieu,  qui  ne  se  révélait  pas  toujours  du 
premier  coup  aux  suppliants. 

C’étaient,  en  somme,  de  véritables  maisons  de  santé,  ayant 
quelque  analogie  avec  nos  modernes  sanatoria,  où  les  malades, 
les  infirmes,  les  convalescents  et  les  surmenés  de  l’époque 
gallo-romaine  venaient  chercher  le  repos,  l’air  pur  et  les  eaux 
salubres,  avec,  pour  les  esprits  dévots  et  croyants,  l’espèce  de 
suggestion  produite  par  le  caractère  sacré  du  lieu  et  la  com- 
munication intime  avec  les  divinités  secourables,  dispensa- 
trices de  la  santé  et  maîtresses  des  guérisons.  Le  développe- 
ment des  bâtiments  et  les  dispositions  particulières  auxquelles 
nous  venons  de  faire  allusion  étaient  ainsi  commandées  par 
l’exercice  de  certaines  pratiques  imposées  aux  malades,  et  par 
la  nécessité  de  loger  ces  derniers,  ainsi  que  le  personnel  assez 
nombreux  que  nécessitait  une  semblable  installation. 

Deux  de  nos  temples,  situés  dans  la  Côte-d’Or,  à Essarrois 
et  aux  sources  de  la  Seine,  riches  tous  deux  en  ex-voto  médi- 
caux, peuvent  être  cités  comme  exemples,  du  moins  très 
probables,  d’édifices  de  ce  genre. 

Le  temple  dont  on  a retrouvé  les  vestiges  près  du  village 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


245 


d’Essarrois,  en  un  lien  dont  nous  ignorons  le  nom  antique, 

était  situé  au  fond  d’une  sorte  de  petit  cirque,  près  de  la 

source  importante  de  la  Gave.  L’eau  y jouait  certainement  un 

grand  rôle.  D’après  les  indications  résultant  des  fouilles,  le 
^ * 

sanctuaire  et  sa  cella  étaient  contigus  à un  bâtiment  dont  les 
dispositions  semblent  accuser  nettement  diverses  parties  cons- 
titutives de  thermes  (fig.  20).  Dans  les  parties  des  fondations 
les  plus  rapprochées  du  ruisseau,  on  a retrouvé  des  nais- 
sances de  voûtes  annonçant  que  l’eau  était  conduite  dans 
l’édifice  sacré,  après  avoir  été  captée  dans  des  aqueducs  en 
pierre  qui  se  dirigeaient  vers  l’édifice  et  dont  on  a retrouvé 
des  restes  sur  le  mon- 
ticule de  la  cascade,  et 
dansle  sable  du  ruisseau, 
près  de  la  source  (1).  De 
là  l’eau  passait  dans  le 
c o m p a r t i m e n t voisin , 
probablement  consacré 
à la  balnéation  et  à des 
pratiques  hydrothérapi- 
ques. Des  cendres,  du 
charbon,  des  briques  et  des  fragments  de  tuyaux  de  chaleur 
trouvés  dans  cette  partie  des  ruines  permettent  de  conclure 
à l’existence  d’un  hvpocauste. 

A dix-sept  mètres  environ  de  cette  partie  de  l’édifice,  des 
fondations  ont  été  mises  à jour,  annonçant  la  présence  autour 
des  bâtiments  principaux  de  constructions  annexes  assez 
considérables,  dont  le  déblaiement  complet  ne  semble  pas 
avoir  été  opéré. 

D’après  les  inscriptions  retrouvées  dans  les  ruines,  dont 
l’une  notamment  est  tracée  sur  un  genou  votif,  le  lieu  était 
sous  la  protection  d’un  dieu  nommé  Vindonnus  (2),  iden- 

(1)  Mignard,  Historique  d’un  temple  dédié  à Apollon,  près  d’Essarrois. 
Mémoires  de  la  Commission  d' Antiquités  de  la  Côte-d’Or,  t.  III,  1853. 

(2)  Thédenat,  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires,  t.  XLIX,  1888, 
p.  211  et  suiv. 


Croquis  d’après  le  plan  joint  au  mémoire  de 
Mignard. 


246 


LA  GAULE  THERMALE 


tifié  sur  un  des  monuments  épigraphiques  à Apollon  : 

DEO  APOLLINI  VINDON  110  URBICI 
VS  FLAGCVS  V S l 111 


C.  I.  L„  XIII,  5644. 

et  associé  dans  une  autre  aux  sources  bienfaisantes  où  les  ma- 
lades venaient  chercher  la  santé  : 

Deo  Apollini  Vinci  onno  et  fontibvs 

P RISCI-  V-  S*  L-  M 

Cl  I.  L.,  XIII,  5645. 

Aux  sources  de  la  Seine,  les  fouilles  commencées  en  1836 

et  continuées  jusqu’en  1844  ont 
mis  à découvert  les  restes  d’un 
édifice  considérable,  en  forme  de 
quadrilatère,  ayant  57  mètres  de 
longueur,  avec  façades  orientées 
aux  quatre  points  cardinaux.  L’in- 
térieur était  divisé  en  comparti- 
ments rectangulaires,  de  dimen- 
sions variables.  Dans  l’une  de  ces 
salles,  où  l’on  a retrouvé  en  place 
quatre  hases  de  colonnes,  l’eau  sacrée 
sortant  de  la  source  s’écoulait  dans 
une  rigole  de  pierre  recouverte  de 
dalles  (1).  Des  tronçons  de  colonnes, 
chapiteaux,  débris  de  marbres,  frag- 
ments de  mosaïques  et  d’enduits 
couverts  de  peintures  à fresque  in- 
diquent que  l’édifice  devait  être  considérable  et  décoré  avec  un 

(1)  Cette  relation  étroite- de  la  source  avec  le  temple,  dans  l’enceinte 
même  duquel  elle  prenait  naissance,  se  retrouve  encore  dans  certains 
édifices  religieux  du  moyen  âge,  héritiers  directs  des  anciennes  tradi- 
tions à cet  égard.  Nous  donnons  ici  (ftg.  21)  le  plan  des  ruines  de  la  cha- 
pelle de  Notre-Dame-de-la-Fontaine,  à Gallardon  (Eure-et-Loir),  où  la 
source  sortait  de  terre  sous  l’autel  et  venait  se  déverser  au  dehors,  dans 
un  bassin  carré  situé  au  pied  de  l’un  des  murs  de  la- nef,  surmonté  d’une 
arcade  en  tiers  point  en  forme  de  niche.  Cette  chapelle,  située  dans  un 


Fig. 21.  — PLAN  DES  RUI- 
NES DE  LA  CHAPELLE 
DE  N.-D.  DE  LA  FON- 
TAINE, A GALLARDON. 

D’après  un  plan  de  Sauvageot, 
reproduit  par  l'abbé  Métais  : 
Églises  et  chapelles  du  diocèse 
de  Chartres,  t.  II. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  247 

certain  luxe(l).  Il  renfermait  certainement  un  temple  consacré 
à Sequana,  divinité  protectrice  de  la  source,  dont  le  nom  se 
retrouve  sur  plusieurs  objets  exhumés  des  ruines,  et  notam- 
ment sur  un  autel  votif  où  la  déesse  est  invoquée  comme 
dispensatrice  delà  sant é,pro sainte,  dans  l'inscription  suivante  : 


AVG  SAC 
DEAE  SEQ 
FL  FLAVIA 
P RO-  SAL 
//// V NA 
NEP-  SVI 
EX  VOTO 
V S-  L-  M 


Un  simple  coup  d’œil  jeté  sur  le  plan  (fig.  22),  permet  de 
reconnaître  combien  il  s’écarte  des  données  habituelles  en 


ru 


c 

) 

I — 

1 

• • 
• • 

Fig.  22.  — TEMPLE  DES  SOURCES  DE  LA  SEINE. 
Croquis  d’après  le  plan  joint  au  mémoire  de  Baudot. 


matière  d’édifices  religieux.  Bien  que,  comme  nous  le  savons, 
les  temples  élevés  dans  les  Gaules  soient  loin  d’être  toujours 
conformes  aux  données  classiques  de  l’architecture  et  qu’on  y 
trouve  des  dispositions  s’en  écartant  même  de  fort  loin,  le  plan 
du  temple  des  sources  de  la  Seine  semble  révéler  une  construc- 
tion répondant  à des  besoins  particuliers.  C’est  ce  qu’a  Tort 

faubourg  qui  fut  le  berceau  de  la  petit  ville  de  Gallardon,  a dû  certaine- 
ment succéder  à un  édifice  plus  ancien  et  perpétuer  un  culte  et  des  rites 
remontant  à une  haute  antiquité. 

(1)  Baudot,  Rapport  sur  les  découvertes  archéologiques  faites  aux  sources 
de  la  Seine.  Mémoires  de  la  Commission  d’antiquités  de  la  Côte-d’Or 
t.  II,  1844. 


248 


LA  GAULE  THERMALE 


bien  fait  ressortir  Flouest(d),  en  rapprochant  de  l’usage  des 
eaux  et  des  pratiques  médicales  dans  les  édifices  religieux  les 
particularités  qui  nous  occupent.  « Envisagé  sous  ce  jour  nou- 
veau, dit-il,  le  plan  du  temple  de  la  Seine,  si  anormal  et  si 
étrange  au  point  de  vue  des  traditions  romaines,  devient  aisé- 
ment explicable,  et  il  n’est  plus  aussi  embarrassant  de  trouver 
une  destination  plausible  aux  dix  ou  douze  locaux  différents 
qu’on  avait  juxtaposés  au  sanctuaire  de  la  déesse...  Si  je  ne 
m’abuse,  notre  temple  ne  justifiait  guère  cette  appellation,  s’il 
faut  la  prendre  dans  son  sens  spécifique  et  traditionnel.  Dans  ma 
pensée,  il  devait  offrir  quelques  traits  de  la  physionomie  de 
nos  modernes  maisons  de  santé,  où  se  rencontrent  tant  de 
salles  et  d’appartements  divers,  et  où  la  chapelle,  si  elle  joue 
un  rôle  considérable  sous  le  rapport  moral,  n’intervient  plus 
que  pour  une  part  assez  restreinte  dans  l’ensemble  des  cons- 
tructions. » 


(1)  Le  Temple  des  sources  de  la  Seine,  1870. 


CHAPITRE  IV 


1.  Ex-voto  et  offrandes.  — II.  Autels.  Stèles.  Tablettes  votives.  — 111.  Mon- 
naies. — IV.  Statues  et  bustes  en  pierre  et  en  marbre.  — V.  Statuettes 
en  terre  cuite.  — VI.  Poteries  et  débris  céramiques.  — VII.  Statuettes 
en  bois.  — VIII.  Statuettes  en  métal.  — IX.  Objets  divers.  — X.  Ex- 
voto  à caractère  médical. 


I 


Que  les  eaux  auprès  desquelles  s’élevaient,  les  temples 
eussent  des  vertus  médicinales,  ou  qu’elles  fussent  seulement 
l’objet  d’un  culte  purement  religieux,  la  vénération  dont  on 
les  entourait  se  traduisait  toujours  par  des  offrandes,  dont 
la  naïve  piété  des  dévots,  ou  la  reconnaissance  des  malades 
soulagés  de  leurs  maux  remplissaient  les  bassins  des  sources 
ou  tapissaient  les  parois  des  sanctuaires.  Dans  une  lettre  à son 
ami  Romanus,  Pline  le  Jeune  donne  d’un  de  ces  temples  bâtis 
à l’origine  des  cours  d’eau  une  description  charmante,  qui, 
dans  ses  traits  généraux,  s’applique  également  à certains 
sanctuaires  hydro-médicaux,  qui  font  plus  spécialement  l’objet 
de  nos  études  : 

« N’avez-vous  jamais  vu  la  source  du  Clitumne  ?...  Du  pied 
d’une  colline,  chargée  d’un  bois  de  cyprès  fort  touffu,  est  une 
fontaine  dont  les  eaux,  répandues  par  plusieurs  veines  iné- 
gales, forment  un  grand  bassin  pur  et  si  clair  que  l’on  y peut 
compter  les  pièces  d’argent  que  l’on  y jette  et  les  cailloux  que 
l’on  y voit  reluire... 

« Près  de  là  est  un  temple  aussi  respecté  qu’ancien.  Le  dieu 
du  fleuve  lui-même  y paraît  vêtu  d’une  robe.  C’est  un  dieu  fort 


250 


LA  G A U LL  THERMALE 


secourable,  et  qui  prédit  l’avenir,  ainsi  que  le  témoigne  tout 
l’appareil  qu’on  y voit,  et  qui  est  propre  à rendre  des  oracles. 
Autour  de  ce  temple  sont  répandues  des  chapelles  en  grand 
nombre  : chacune  a son  dieu,  chacune  est  célèbre,  chacune 
est  distinguée  par  quelque  dévotion  particulière.  Quelques-unes 
môme  ont  leurs  fontaines  ; car,  outre  la  principale,  et  qui  est 
comme  la  mère  de  toutes  les  autres  il  s’en  trouve  encore  plu- 
sieurs dont  la  source  est  différente,  mais  qui  se  perdent  dans 
le  fleuve. 

« ...  Vous  pouvez  même  y étudier  ; vous  y lirez  une  infinité 
d’inscriptions  gravées  sur  toutes  les  colonnes,  par  toutes  sortes 
de  personnes,  à l’honneur  de  la  fontaine  et  de  la  divinité.  Vous 
louerez  les  unes,  vous  vous  moquerez  des  autres;  ou  plutôt, 
selon  cpie  je  connais  votre  bonté  naturelle,  vous  ne  vous  mo- 
querez d’aucune  (1).  » 

Lettrées  ou  naïves  les  inscriptions  ont  suivi  les  murailles  et 
les  colonnes  dans  leur  chute  ; disparues  aussi  les  tablettes  de 
bois  fixées  aux  parois,  et  sur  lesquelles  étaient  inscrits  des 
noms,  des  formules  votives  ou  reconnaissantes,  ou  quelquefois 
meme,  dans  les  sanctuaires  des  divinité  médicales,  des  indica- 
tions de  maladies  ou  des  récits  de  guérisons,  accompagnés 
de  l’indication  du  traitement  suivi  (2).  Mais  d’autres  ex-voto 
de  divers  genres  ont  traversé  les  âges  et  sont  parvenus  jusqu'à 
nous  : autels  et  stèles  votifs;  inscriptions  sur  pierre  et  sur 
marbre  ; monnaies  et  objets  en  métal,  dissimulés  dans  des 
cachettes  ou  demeurés  au  fond  des  bassins  et  des  sources  ; 
statuettes  en  terre  cuite,  à qui  leur  peu  de  valeur  a permis 
d’échapper  aux  pillages  et  aux  dévastations,  etc.  Nous  allons 
examiner  de  plus  près  ces  diverses  classes  d’offrandes,  en 
étudiant  d’abord  celles  qui  dérivent  surtout  d’un  sentiment 

(1)  Pline,  Épist.,  lib.  VIII,  ép.  vin. 

(2)  Strabon,  Géographie,  liv.  VIII,  chap.  vi,  15.  Traduction  Tar- 
dieu, t.  II,  p.  171  : « Épidaure  est  aussi  l’une  des  principales  villes  du 
pays;  elle  le  doit  surtout  au  prestige  du  nom  d’Esculape  et  à la  croyance 
généralement  établie  que  ce  dieu  peut  guérir  toutes  les  maladies,  ce  qui 
fait  qu’ici,  comme  à Cos  et  à Tricca,  son  temple  est  toujours  plein  de 
malades  et  de  tableaux  votifs  indiquant  le  traitement  suivi.  » 


251 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 

purement  religieux,  et,  ensuite,  celles  qui  se  présentent  à 
nous  avec  un  caractère  médical  nettement  accentué  (1). 


II 


Y 


La  première  classe  d’offrandes  : autels,  stèles,  tablettes 
votives,  nous  a donné  le  plus  grand  nombre  des  inscriptions 
trouvées  dans  les  débris  des  établissements  élevés  autour  des 
sources.  C’étaient  là  des  objets  représentant  déjà  une  certaine 
valeur  et  qui  devaient  être  consacrés  par  des  dévots  de 
marque,  ou  en  reconnaissance  de  précieuses  guérisons. 

Ils  se  présentent  sous  la  forme  de  tablettes  de  pierre  ou  de 
marbre,  qu’on  fixait  aux  parois  par  des  scellements  ou  des 
crampons  de  métal,  de  stèles  plus  ou  moins  ornées,  ou  de 
petits  autels  en  forme  de  blocs  à peu  près  cubiques,  qu’on 
disposait  dans  la  cella  du  temple  du  dieu  guérisseur,  sous 
le  portique  -élevé  autour  du  sanctuaire  ou  près  de  la  source 
elle-même.  Sur  la  pierre  ou  le  marbre  étaient  gravées  les  dédi- 
caces contenant  le  nom  de  la  divinité  à qui  l’offrande  était 
faite,  celui  du  consécrateur  et  une  formule  votive,  composée 
soit  de  sigles  comme  v-  s-  l-  m-  ( votum  solvit  libens  merito),  soit 
d’une  mention  plus  précise  du  but  recherché,  comme  les  ins- 
criptions pro  salvte,  invoquant  la  divinité  pour  le  rétablisse- 
ment de  la  santé  du  donateur  ou  de  celle  d’un  être  qui  lui 
était  cher  (fig.  23). 

(1)  Ces  modes  d’offrandes  sont  restés  traditionnels  dans  notre  pays,  et 
nous  n’indiquerons  comme  témoignage  de  cette  survivance  qu’un  pas- 
sage du  poème  latin  du  P.  Aubery,  sur  Bavbotan-en-Armagnac,  dans 
lequel  le  poète  s’exprime  ainsi,  après  avoir  parlé  des  bains  de  boue  et 
des  sources  auxquelles  on  va  ensuite  se  laver  : « Los  uns  boivent  les 
eaux;  d’autres  croient  suffisant  de  s’y  plonger.  Les  sources  ont  presque 
la  même  vertu  que  les  lacs  boueux.  Des  ex-voto  suspendus  dans  le 
temple  sacré  qui  s’élève  au  milieu  delà  vallée,  sur  une  hauteur  modique 
toute  voisine  des  eaux,  témoignent  de  la  santé  recouvrée  dans  les 
sources  elles-mêmes.  « Traduction  L.  Couture.  Revue  de  Gascoyne, 
t.XXXXI,  1900. 


252 


LA  GAULE  THERMALE 


Outre  l’inscription  dédicatoire,  les  autels  et  les  stèles  étaient 
quelquefois  ornés  de  figures  ou  d’ornements,  empruntés  le 
plus  souvent  aux  accessoires  des  sacrifices,  sculptés  en  bas- 
reliefs  sur  leur  face  antérieure  ou  leurs  faces  latérales. 

Des  monuments  de  ce  genre  ont  été  retrouvés  sur  presque 


Fig.  23.  — STÈLE  DE  B A GNÈ  R ES-D  E-B  IG  O RRE. 


tous  les  points  présentant  des  vestiges  de  l’utilisation  gallo- 
romaine  des  sources;  nous  ne  pouvons  en  donner  l’énumération 
qui  nous  obligerait  à répéter  à peu  près  tout  ce  que  nous 
avons  dit,  lorsque  nous  nous  sommes  occupés  des  divinités 
protectrices  des  sources  thermales.  Nous  nous  bornerons  à 
rappeler  deux  stations  où  les  monuments  de  ce  genre,  décou- 
verts en  nombre  considérable,  permettent  d’affirmer  que  ce 
genre  d’offrandes  était  d’un  usage  extrêmement  répandu. 
C’est,  tout  d’abord,  Bagnères-de-Luchon,  où  l’on  a pu  recueillir 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  253 

toute  une  série  de  petits  autels  et  de  stèles  votifs,  remarqua- 
bles souvent  par  leurs  proportions  et  leur  élégance,  dont  les 
uns  sont  conservés  à l’établissement  thermal  et  d’autres  dans 
les  musées  de  Toulouse  et  d’Auch,  ou  des  collections  particu- 
lières. C’est,  ensuite,  la  station  des  Fumades,  où  dans  un 
puits,  gisaient  vingt-quatre  petits  monuùients  du  môme  genre, 
en  forme  d’autels  carrés,  de  dimensions  inégales,  variant 
entre  17  et  63  centimètres  de  hauteur,  et  dont  plusieurs 
étaient  ornés  de  bas-reliefs. 

Luxeuil  a fourni  une  série  de  stèles  à personnages  sculptés 
en  bas-relief,  qui  avaient  été  employées  comme  fondations  lors 
de  la  construction  des  remparts  de  la  ville,  en  1229.  Ce  sont 
là,  indiscutablement,  des  monuments  funéraires  qui,  à ce 
titre,  semblent  étrangers  au  cadre  de  nos  études,  mais  nous 
devons  cependant  en  dire  quelques  mots,  car  un  certain 
nombre  d’entre  eux  représentent  des  personnages  porteurs  d’at- 
tributs qui  « paraissent  avoir  un  rapport  direct  avec  le  carac- 
tère, religieux  peut-être,  mais  assurément  curatif  des  eaux... 
Nous  voyons,  en  effet,  figurer  sur  un  certain  nombre  de  tom- 
beaux romains  des  personnages  des  deux  sexes,  mais  surtout 
des  femmes,  tenant  un  cyathus,  le  plus  souvent  de  la  forme  d’un 
de  nos  verres  à boire,  de  la  main  droite,  et,  fréquemment,  delà 
main  gauche,  un  vase  plus  grand  qui  semble  destiné  à rem- 
plir le  verre,  et  affectant  la  forme  d’amphores,  de  flacons,  de 
seaux,  de  carafes  même  semblables  aux  nôtres.  D’autres  per- 
sonnages n’ont  pas  de  verre  de  la  main  droite,  et  semblent 
fermer  avec  cette  main  l'orifice  du  flacon,  comme  s’ils  se  pro- 
posaient de  transporter  l’eau  en  la  préservant  du  contact  de 
l’air  extérieur  » (1). 

Il  est  cependant  difficile  d’affirmer  que  ces  représentations 
soient  inspirées  par  l’emploi  ou  le  culte  des  eaux  de  Luxeuil, 
car  il  s’en  est  rencontré  un  grand  nombre  d’analogues  sur 
d’autres  points  de  l’ancienne  Gaule,  absolument  dépourvus 

(1)  E.  Desjardins,  les  Monuments  des  thermes  romains  de  Luxeuil. 
Bulletin  monumental,  1879-1880,  avec  la  représentation  d’un  certain 
nombre  des  monuments  décrits. 


254 


LA  GAULE  THERMALE 


d’eaux  médicinales.  Montfaucori,  dans  son  Antiquité  expliquée , 
pensait  que  ces  vases  étaient  placés  dans  les  mains  des  Gau- 
lois de  certaines  régions  pour  apprendre  aux  générations 
futures  que  leur  pays  était  fertile  en  excellents  vins. 

« D’après  le  respect  des  Gaulois  pour  l’eau,  disait  X.  Gi- 
rault (1),  l’un  des  plus  grands  principes  de  leur  système  reli- 
gieux, principe  de  bonté  et  de  protection,  ce  n’est  présumer 
rien  de  trop  que  de  regarder  ces  gobelets  dans  les  mains  des 
défunts  comme  la  divinité  bienfaisante  elle-même,  représentée 
par  l’eau  supposée  contenue  dans  ce  gobelet.  » 

Pour  M.  Graillot  (2),  le  vase  et  le  flacon  sont  bien  des  sym- 
boles. Les  stèles  gallo-romaines  représentent,  dans  l’icono- 
graphie funéraire  des  anciens,  la  suprême  dégénérescence  des 
scènes  figurées  de  banquets  funèbres. 

En  résumé,  l’interprétation  de  ces  figures  reste  encore 
quelque  peu  dans  le  domaine  de  l’hypothèse.  Leur  présence 
sur  des  monuments  consacrés  à des  défunts  ne  permet  guère 
d’y  voir  un  témoignage  de  reconnaissance  pour  les  vertus 
curatives  des  eaux  du  pays.  Il  semble  bien  qu’elles  n’aient  été 
que  le  symbole  d’une  idée  purement  religieuse.  « On  pourrait 
croire,  dit  M.  Desjardins  (op.  cit.),  que  la  superstition  des 
habitants,  et  sans  doute  aussi  celle  des  visiteurs,  les  amenait 
à se  munir  de  cette  eau  salutaire,  et  à l’emporter  avec  eux 
dans  des  vases  fermés.  Peut-être  pensaient-ils  que,  si  elle 
n’avait  pas  eu  la  vertu  de  les  guérir  de  leurs  maux  physiques, 
elle  possédait  du  moins  le  mérite  d’adoucir  le  passage  suprême 
et  de  leur  servir,  en  quelque  sorte,  de  viatique  aux  approches 
de  la  mort;  en  un  mot,  la  dévotion  aux  sources  sacrées  de 
Luxeuil  aurait  été  surtout  un  acte  religieux.  » 

(1)  Opinion  sur  les  gobelets  mis  dans  les  mains  des  personnages  repré- 
sentés sur  les  monuments  funèbres.  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires, 
t.  II,  1820,  p.  358  et  suiv. 

(2)  Poculum  et  lagena.  Un  type  de  stèles  funéraires  du  pays  èduen. 
Revue  ëduenne,  1902,  p.  251  et  suiv.,  avec  figures  et  catalogue  des  stèles 
avec  figures  tenant  le  gobelet  et  le  flacon  conservées  à Autun. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


255 


III 


Le  mode  d’offrande  le  plus  répandu,  celui  qui,  à défaut  de 
débris  monumentaux,  a permis  de  constater  l’emploi  antique 
du  nombre  de  sources  et  dont  les  traces  n’ont  pas  encore 
disparu  de  la  superstition  populaire,  consistait  à jeter  dans 
les  piscines  ou  dans  le  bassin  même  d’émergence  des 
sources,  des  pièces  de  monnaie,  qui  constituaient  une  sorte 
de  tribut  payé  à la  divinité  protectrice  dont  on  venait  im- 
plorer le  secours  (1).  Ces  pièces  conservées  dans  les  boues  et 
les  vases  des  sources  sont  d’un  précieux  secours  pour  per- 
mettre de  dater,  tout  au  moins  approximativement,  les 
périodes  d’exploitation  des  eaux  thermales  ou  minérales.  Le 
bronze  abonde  dans  la  composition  de  ces  trésors  moné- 
taires; l’argent  y est  infiniment  plus  rare  et  l’or  ne  s’y  ren- 
contre que  tout  à fait  exceptionnellement. 

La  plus  importante  trouvaille  de  ce  genre  a été  faite  à 

Bourbonne,  dans  le  puits  antique,  dit  le  « Puisard  romain  », 

dont  les  boues  ont  fourni  plus  de  4,000  médailles,  dont  4 en  or, 

265  en  argent  et  le  reste  en  bronze.  Au-dessous  du  niveau  où 
% 

ces  pièces  se  trouvaient  en  abondance,  une  couche  de  conglo- 
mérat en  renfermait  encore  d’autres,  dont  certaines  avaient 
disparu,  en  laissant  leurs  empreintes,  pour  donner  naissance 
à diverses  substances  minérales. 

(1)  Le  Bulletin  de  la  Société  nationale  des  antiquaires,  1904,  p.  184  et 
187,  contient  l’analyse  d’une  discussion  sur  le  point  de  savoir  si  l’usage 
de  jeter  des  pièces  de  monnaie  dans  les  lacs  ou  cours  d’eau  est  ou 
non  celtique.  M.  Blanchet  a fait  remarquer  que  les  monnaies  recueillies 
dans  les  sources  et  gués  de  la  Gaule  sont,  en  majorité,  des  monnaies 
romaines,  et  que  les  monnaies  gauloises  qui  sont  mêlées  aux  autres 
dans  ces  découvertes  sont  généralement  d’époque  très  basse.  On  ne 
peut  donc  affirmer  que  la  coutume  est  celtique. 

Pour  M.  Toutain,  ce  rite  existait  sans  aucun  doute  possible  en  Italie, 
niais  il  était  aussi  populaire  chez  les  populations  celtiques  et  germa- 
niques. 


256 


LA  GAULE  THERMALE 


A Saint-Honoré,  découverte  de  nombreuses  médailles,  dans 
les  sources,  notamment  au  fond  du  puits  Marquise. 

Aux  Fumades,  les  fouilles  de  4865  avaient  amené  la 
découverte  de  trois  pièces  dans  la  piscine  antique;  en  1876, 
dans  le  puits  où  gisaient  les  petits  monuments  votifs,  on  en 
recueillit  un  millier  environ,  dont  une  douzaine  en  or  et  les 
autres  en  bronze.  Quant  aux  pièces  d’argent,  dont  il  devait 
exister  une  certaine  quantité,  elles  ont  été  complètement 
anéanties  par  suite  de  leur  séjour  prolongé  dans  l’eau  sulfu- 
reuse. 

A Menthon,  trouvaille  dans  le  bassin  d’un  certain  nombre 
de  pièces,  placées  pour  la  plupart  dans  des  vases. 

A Saint- Alban,  toutes  les  opérations  de  curage  des  puits 
amenèrent  la  découverte  de  médailles  antiques  : 35,  en  1834; 
250,  en  1850;  11,  en  189@,  lors  de  la  mise  à découvert  du 
fond  des  quatre  puits. 

A Coren  (Cantal),  149  monnaies  de  cuivre  ont  pu  être 
réunies  et  conservées,  parmi  celles,  certainement  plus  nom- 
breuses, qui  avaient  été  recueillies  dans  ou  sous  une  cuve 
en  bois  placée  sur  les  griffons  de  la  source,  et  qui  servait  à 
son  captage. 

A Bully-sur-l’Arbresle  (Rhône),  trouvaille,  dans  les  restes 
de  piscines  antiques,  de  28  médailles,  dont  6 en  or  et  22  en 
bronze. 

* 

A Saint-Amand,  la  tradition  signale  la  découverte  de  mé- 
dailles impériales  dans  les  boues  et  dans  le  bassin  de  la 
source,  et,  aux  environs  de  Bagnols-sur-Cèze  (Gard),  l'in- 
térieur d’un  bassin  présentant  l’aspect  d’une  œuvre  romaine 
avait  fourni,  lors  de  son  déblaiement,  un  plein  boisseau  de 
pièces  anciennes. 

A Desaignes,  une  assez  grande  quantité  de  médailles 
romaines  fut  découverte  dans  la  fissure  même  du  rocher  par 
laquelle  jaillit  l’eau  minérale. 

Dans  une  note  manuscrite  rapportée  par  M.  l’abbé  Clément, 
Esmonnot  signalait  l’existence  d’une  citerne  antique,  servant 
au  captage  d’une  source  minérale  d’eau  froide,  à deux  kilo- 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


257 


mètres  de  Bourbon-1’ Archambault,  clans  laquelle  on  avait 
trouvé  des  médailles  romaines  très  frustes  de  différentes 
époques. 

Au  Mont-Dore,  une  quarantaine  de  monnaies  ont  été 
extraites  de  la  grande  piscine. 

La  région  de  l'Est  a également  fourni  son  contingent  de 
trouvailles  du  meme  genre  : 

A Plombières,  lors  d'une  fouille  pratiquée  en  1818,  clés 
monnaies  ont  été  recueillies  dans  un  puits  d’eau  chaude, 
auquel  on  a donné  le  nom  de  Puisard  des  médailles. 

A Bains,  en  1752,  on  découvrit  environ  600  médailles  « les 
unes  bien  conservées,  les  autres  collées  par  la  rouille  »,  sous 
la  colonne  cylindrique  cpii  donnait  issue  à l’eau  minérale. 

A Niederbronn,  le  curage  des  bassins  antiques,  en  1592,, 
procura  plus  de  300  monnaies  de  bronze. 

Enfin,  sur  les  bords  du  Rhin,  à Nierstein,  on  a retrouvé 
dans  le  bassin  une  suite  cle  monnaies  qui  avaient  été  dépo- 
sées clans  la  source  thermale  et  qui  se  présentaient  entourées 
cle  globules  cle  gypse. 

Comme  on  le  voit  par  cette  longue  nomenclature,  nos 
sources  thermales  et  minérales  contenaient  cle  véritables 
trésors  monétaires,  mais  il  est  cependant  permis  cle  supposer 
que  toutes  les  offrandes  monnayées  ne  prenaient  pas  le  meme 
chemin.  On  devait  certainement  en  déposer  entre  les  mains 
des  ministres  du  culte  ou  clans  ces  récipients  analogues  aux 
troncs  cle  nos  églises,  dont  nous  avons  déjà  signalé  un 
exemple  à Vichy,  à la  hase  d’un  buste  de  jeune  dieu,  et  dont 
un  autre  spécimen  existe  encore  à Bourbonne  (1).  Ce  dernier. 


(1)  Il  existe  plusieurs  autres  exemples  de  récipients  monétaires  du 
même  genre.  Le  docteur  Petit  (Recherches  sur  la  découverte  à Roy  ai  des 
substructions  d’un  établissement  thermal  gallo-romain)  dit  avoir  vu  une 
tirelire  en  terre  micacée  entre  les  mains  des  terrassiers.  — A Vertault 
(arrondissement  de  Châtillon-sur-Seine),  l’antique  Vertillum,  on  a trouvé 
un  groupe  en  pierre  calcaire,  représentant  deux  personnages  assis  sur 
un  banc,  entre  lesquels  est  pratiquée  une  fonte  communiquant  avec  une 
cavité  creusée  dans  l’intérieur  du  bloc.  — On  peut  voir  au  Cabinet  des 
Antiques  de  la  Bibliothèque  nationale  (n°  689)  une  statuette  en  bronze 
d’Épona,  trouvée  à Loisia,  dans  le  Jura,  reposant  sur  une  base  carrée 


17 


258 


LA  G A U L 10  THERMAL  K 


taillé  clans  du  grès,  comportait  une  partie  inférieure  en  forme 
de  petite  cuve  rectangulaire,  et  un  sommet,  en  forme  de  pyra- 
mide tronquée,  avec  une  ouverture  de  O m.  06  de  long  sur 
O m.  15  de  large.  La  rusticité  du  travail  de  ce  tronc  a suggéré 
à M.  l’ingénieur  Rigaud  l’idée  que  c’était  une  œuvre  posté- 
rieure à la  belle  époque  de  l’empire  romain,  et  qu’elle  avait 
pris  place  dans  le  temple  lorsqu’avait  disparu  l’usage  de  jeter 
des  pièces  de  monnaie  dans  les  sources. 

Ces  offrandes  formaient,  à la  longue,  de  véritables  trésors, 
qui  ont  été,  pour  la  plupart,  la  proie  des  diverses  hordes 
dévastatrices  qui  se  sont  acharnées  sur  les  sanctuaires  du 
paganisme.  Il  en  est  un,  cependant,  cpii  est  parvenu  jusqu’à 
nous  dans  l’état  où  il  avait  été  laissé  par  les  prêtres,  désireux 
de  le  soustraire  à la  rapacité  de  quelque  bande  d’envahisseurs. 

En  1842,  le  23  août,  on  découvrit  dans  les  fouilles  du 
Temple  des  sources  de  la  Seine,  dans  la  Côte-d’Or,  une 
amphore  de  terre  cuite,  de  54  centimètres  de  hauteur,  qui 
renfermait  un  nombre  considérable  de  petites  tablettes  votives 
en  bronze  que  nous  étudierons  par  la  suite,  et  un  autre  vase 
plus  petit  contenant  environ  800  médailles  de  bronze.  La 
partie  supérieure  de  l’amphore  était  fermée  par  une  lame  de 
plomb,  rabattue  sur  les  bords  de  façon  à former  couvercle, 
et,  sur  le  col  du  vase,  on  lisait,  grossièrement  tracée  à la 
pointe,  l’inscription  suivante  : 

DEAE  SEQVANA  RVFVS  DON  A VIT 

C’était  là,  à n’en  pas  douter,  le  modeste  trésor  de  ce  temple 
campagnard,  mis  à l’abri  au  moment  d’une  alerte  qui  fut 
suivie  probablement  de  la  destruction  totale  de  l’édifice  et  du 
massacre  ou  de  la  disparition  de  ses  serviteurs  (T). 

dans  laquelle  a été  pratiquée  une  entaille  permettant  d’y  introduire  des 
pièces  de  monnaie.  Enlin,  de  Longpérier  (Recherches  sur  les  récipients 
monétaires.  Revue  archéologique , 1868-1869),  signale  un  autre  tronc  en 
pierre,  découvert  en  1775  dans  les  fouilles  du  Châtelet,  près  de  Saint- 
Dizier. 

(1)  Laiuube,  Notice  historique  sur  le  monument  érigé  par  la  ville  de 
Paris  aux  sources  de  la  Seine,  en  1867-1868.  Copie  du  procès-verbal  des 
fouilles,  ouvert  le  10  août  1842,  clos  le  30  juillet  1844. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


259 


TV 


Parmi  les  nombreux  débris  sculptés  dans  la  pierre  ou  le 
marbre,  trouvés  dans  les  ruines  de  nos  édifices  thermaux,  ou 
dans  leur  voisinage,  il  en  est  certainement  qui  ont  appartenu 
à des  statues  ou  à des  bustes  ayant  un  caractère  votif,  et 
dédiés  au  dieu  secourable  par  la  piété  ou  la  reconnaissance 
de  malades  dont  ils  offraient  l’image.  Ce  caractère  est  assez 
difficile  à déterminer  quand  il  s’agit  d’effigies  ne  présentant 
rien  de  particulier  dans  les  gestes  ou  l’attitude.  Il  se  précise 
plus  nettement  dans  un  certain  nombre  de  monuments, 
trouvés  principalement  auprès  des  sources  voisines  de  temples 
médicaux,  où  les  personnages  sont  figurés  portant  dans  leurs 
bras  ou  ayant  à leurs  pieds  des  fruits,  des  corbeilles,  des 
lapins  ou  autres  petits  animaux,  représentations  symboliques 
des  dons  offerts  aux  divinités  bienfaisantes. 

On  a trouvé  à Rennes-les-Bains  (Aude),  un  avant-bras  com- 
plet avec  une  main  tenant  un  œuf,  une  main  tenant  un  ser- 
pent dans  une  patère  et  une  autre  main  tenant  uyi  linge,  tous 
trois  en  marbre  blanc.  Cette  dernière  est  intéressante  à rap- 
procher d’une  main  aux  doigts  ornés  de  bagues,  tenant 
également  un  morceau  d’étoffe,  trouvée,  avec  plusieurs  autres 
mains  portant  divers  objets,  dans  les  ruines  du  Temple  des 
sources  de  la  Seine  (1). 

Les  mains  de  Rennes,  comme  celles  du  Temple,  sont  consi- 
dérées comme  ayant  appartenu  à des  statues  brisées.  Il  est 
possible  également  qu’elles  aient  toujours  existé  à l’état 
isolé,  car  on  connaît  un  certain  nombre  d’exemples  de  mains 
tenant  et  offrant  des  objets,  qui  ne  sont  certainement  pas  des 
membres  détachés  de  statues,  mais  des  œuvres  complètes 
par  elles-mêmes. 

(1)  Mémoires  de  la  Commission  des  antiquités  du  département  de  la  Côte- 
d'Or.  Rapport  sur  les  découvertes  faites  aux  sources  de  la  Seine,  pl.  IX.  12. 


2G0 


LA  GAULE  THERMALE 


V 

La  fabrication  des  statuettes  en  terre  cuite  eut  une  grande 
importance  dans  la  Gaule  romanisée.  Bien  que  certains 
auteurs,  entre  autres  Tuclot  (1),  qui  a fait  de  ces  figurines  une 
étude  toute  spéciale,  leur  attribuent  une  origine  purement 
gauloise,  il  semble  certain  que  la  fabrication  n’en  commença 
en  Gaule  que  postérieurement  à la  conquête,  probablement 
sous  les  premiers  empereurs  (2). 

Les  principaux  centres  de  fabrication  se  rencontrent  dans 
l’ouest  de  la  France,  dans  la  vallée  du  Rhin  et  surtout  dans 
la  vallée  de  l’Ailier,  où  des  ateliers  importants  ont  été  re- 
connus notamment  à Toulon-sur-Allier,  Saint-Remy,  Lezoux 
et  Vichy,  et  dont  les  produits,  d’une  argile  blanchâtre,  se 
reconnaissent  du  premier  coup  d’œil. 

Ces  statuettes,  fabriquées  en  quantités  considérables  dans 
des  moules  en  terre  bien  cuite  et  devenus  d’une  grande  dureté, 
représentent  des  sujets  extrêmement  variés  : divinités,  bustes 
d’enfants,  cl’hommes  et  de  femmes,  femmes  drapées,  figures 
caricaturales,  traités  le  plus  souvent  d’après  des  types  emprun- 
tés à l’Italie,  à la  Grèce  ou  même  à l’Orient,  plus  rarement 
d’après  une  inspiration  personnelle  ou  un  génie  local. 

La  véritable  destination  de  ces  figurines  de  terre  cuite  dans 
l’antiquité  a été  et  est  encore  l’objet  de  vives  discussions  dans 
lesquelles  nous  ne  pourrions  entrer  sans  nous  écarter  singu- 

(1)  Collection  des  figurines  en  argile,  œuvres  premières  de  l’art  gaulois. 

(2)  D’après  les  conclusions  d’un  article  de  M.  Décheletto  sur  l’officine 
de  Saint-Remy  (Revue  archéologique,  janvicr-jui’n  1901),  la  fabrication  des 
figurines  d’argile  aurait  débuté  en  même  temps  que  celle  des  premiers 
vases  moulés,  entre  la  fin  du  principat  d’Auguste  et  le  milieu  du  pre- 
mier siècle. 

M.  Pottier  pense  également  qu’il  est  peu  probable  qu’il  y ait  eu  des 
fabriques  d’ex-voto  religieux  ou  funéraires1  avant  la  conquête  de  César. 
(Les  Statuettes  de  terre  cuite  dans  l’antiquité,  1890.) 


% 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  261 

lièrement  de  notre  sujet.  Bornons-nous  à dire  que  nous  adop- 
tons entièrement  sur  ce  point  les  conclusions  de  M.  Bot- 
tier (1),  qui  n’admet  pas  que  les  statuettes  aient  eu  une 
seule  destination,  aient  répondu  à un  besoin  unique,  mais 
■ qui  considère,  au  contraire,  qu’elles  n’avaient  aucune  desti- 
nation spéciale  dans  l’esprit  de  celui  qui  les  façonnait  : « C’est 
l’acheteur,  dit-il,  qui  leur  donnera  une  signification  précise, 
en  les  plaçant  dans  une 
maison,  dans  un  temple, 
dans  un  tombeau.  Ces 
images  seront  un  cadeau 
d’amitié,  une  idole  pro- 
tectrice du  foyer,  un  ex- 
voto  pieux,  une  offrande 
funéraire,  suivant  l'inten- 
tion du  donateur.  » 

En  nous  inspirant  de 
ces  idées,  nous  pouvons 
tenir  pour  certain  que, 
parmi  ces  statuettes  dé- 
couvertes dans  les  stations 
thermales,  il  en  est  qui  y 
furent  apportées  et  dé- 
posées à titre  d’ex-voto.  Il 

est  bien  évident  qu  il  ne  près  d une  source. 

faut  pas  attribuer  ce  ca-  D’après  une  peinture  de  vase  antique. 

x'  ' x~  x^^  Dictionnaire  des  Antiquités  grecques  et  romaines. 

ractere  a toutes  les  figu-  Hachette,  édiJeur* 

rines  recontrées  dans  les 

centres  de  population  qui  s’étaient  formés  autour  des  sources, 
surtout  lorsque,  comme  à Vichy,  par  exemple,  il  y existait  des 
ateliers  de  fabrication  céramique.  Mais  je  crois  que  ce  caractère 
apparaît  nettement  lorsqu’il  s’agit  de  découvertes  faites  dans 
les  ruines  des  bâtiments  environnant  les  sources,  autour  de 
-celles-ci  ou  dans  leurs  bassins  memes.  Nous  savons,  d’ail- 


Fig.  24.  — STATUETTES  VOTIVES 


(1)  Les  Statuettes  de  terre  cuite  dans  l'antiquité. 


202 


LA  GAULE  THERMALE 


leurs,  par  des  monuments  figurés  que  ce  rite  de  la  consécra- 
tion par  le  dépôt  près  des  sources  était  usité  dans  l’antiquité. 
Il  existe  notamment  des  peintures  de  vases  qui  nous  mon- 
trent, placées  auprès  des  fontaines  à l’eau  jaillissante,  des 
statuettes  dont  une  idée  votive  peut  seule  expliquer  la  situa- 
tion en  semblable  place  (ficj.  24). 

Trois  types  principaux,  fournis  fréquemment  par  les  sta- 
tions thermales,  et  quel- 
quefois par  les  sources  ou 
les  piscines  elles-mêmes, 
semblent  avoir  eu  un  rap- 
port direct  avec  les  eaux 
médicinales,  les  vertus 
qu’on  leur  attribuait  et  les 
hommages  qu’on  avait 
coutume  de  leur  rendre. 
Ces  trois  types  sont  les 
Vénus,  les  Déesses-Mères 
et  des  représentations 
assez  énigmatiques  d’en- 
fants à la  figure  souriante. 


Fig.  25.  — STATUETTE  DE  VÉNUS. 
Dessin  de  Piébourg,  d’après  une  photographie. 


Vénus.  — La  déesse  est 
représentée  nue,  debout 
sur  un  petit  socle,  les  bras 
pendants  le  long  du  corps, 
ou  l’un  d’eux  replié  sur  la 
poitrine  et  tenant  une  fleur 
ou  une  pomme:  certaines 
ont  la  pose  de  la  Vénus  pudique,  voilant  de  sa  main  ou  d’un 
léger  voile  certaines  parties  de  son  corps,  ou  celle  de  la 
Vénus  Anadyomène,  tordant  ses  cheveux  au  moment  où  elle 
vient  de  sortir  de  l’onde. 

Dans  un  certain  nombre  de  sujets,  la  déesse  ést  placée  dans 
une  sorte  de  niche  peu  profonde,  disposée  au  centre  d un 
petit  édicule  orné  d’un  fronton  et  de  pilastres,  disposition 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


263 


très  particulière,  et  qui  ne  se  retrouve  qu’ exceptionnellement 
pour  les  autres  divinités  (fig.  25). 

A Saint-Honoré,  on  a découvert,  en  1891,  en  même  temps 
que  deux  statuettes  de  Vénus  Anadyomène,  un  groupe  en 
terre  cuite  : la  toilette  de  Vénus,  dans  lequel  la  déesse  est  repré- 
sentée debout,  entourée  de  trois  Éros  et  d’un  quatrième  per- 
sonnage féminin,  qui  la  regarde  en  lui  tendant  de  la  main 
droite  un  miroir  muni  d’un  manche  (1). 

D'autres  découvertes  de  statuettes  de  Vénus  ont  été  faites  à 
Vichy,  qui  possédait,  nous  le  savons,  des  fabriques  de  terres 
cuites  et  où  il  en  a été  trouvé  un  nombre  considérable  ; à 
Néris  (2),  où  elles  abondaient  également  ; à Montbouy,  dans 
les  ruines  de  l’établissement  balnéaire  qui  fut  probablement 
celui  d’Aquæ  Segestæ  ; près  du  temple  médical  qui  existait 
aux  sources  de  la  Seine;  à Bourbonne-les-Bains,  Bourbon- 
Lancy,  Ydes,  etc. 

Cette  abondance  des  représentations  de  Vénus  auprès  des 
sources  thermales  peut  s’expliquer  par  quelques-unes  de  ses 
nombreuses  attributions  : protectrice  de  la  jeunesse,  dispen- 
satrice de  la  fécondité  (3),  ainsi  que  de  la  beauté  et  des  grâces 

(1)  Blaxchet,  Statuette  en  terre  cuite  et  bronze  trouvée  à Saint- 
Honoré  - les  - Bains . Revue  archéologique,  3°  série,  t.  XXI,  janvier- 
juin  1893. 

(2)  Le  musée  Guimet  et  les  musées  de  Saint-Germain  et  de  Moulins, 
notamment,  possèdent  de  nombreuses  statuettes  en  terre  cuite  prove- 
nant de  ces  deux  stations. 

(3)  Certains  édicules  entourant  les  statuettes  de  Vénus  sont  couronnés 
d’un  fronton  portant  pour  décoration  une  série  d’S  affrontés,  séparés  par 
des  bâtonnets.  Cet  ornement  a été  considéré  par  certains  archéologues 
comme  ayant  un  sens  symbolique  ou  hiératique,  en  relation  avec  l’idée 
de  fécondité  et  de  vitalité.  Flouest,  dans  un  mémoire  intitulé  : Deux 
stèles  de  laraire  ( Revue  archéologique , 1886,  t.  I),  a cru  reconnaître  dans 
cette  double  volute  « l’image  de  la  vrille  ou  gemmule,  qui  est  la  mani- 
festation première  de  la  vie  expansive  de  la  graine.  » Ce  sont  là,  à propos 
d’un  détail  ornemental,  de  bien  subtiles  théories,  qui  ne  reposent  que 
sur  de  fragiles  conjectures,  et  dont  M.  Déchelette  nous  semble  avoir  fait 
justice  en  remarquant  que  si  le  signe  en  S est  commun  dans  l’art 
gaulois,  c’est  simplement  que  cet  art  avait  une  prédilection  marquée 
pour  tous  les  motifs  curvilignes,  et  qu’il  préférait  aux  lignes  droites  les 
tracés  onduleux,  les  enroulements,  les  méandres  serpentins  et  les 
volutes.  ( Congrès  archéologique  de  France,  LXXh  session,  Le  Puy,  1904, 
p.  237.) 


264 


LA  GAULE  THERMALE 


de  la  femme,  etc.  Peut-être  aussi  certains  types,  comme  celui 
de  l’Anadyomène,  étaient  fréquemment  choisis  à cause  de  leur 
rapport  direct  avec  les  sources,  dont  ils  personnifiaient  la 
divinité  tutélaire.  Les  anciens  représentaient  fréquemment  les 
divinités  des  eaux  sous  les  traits  de  femmes  tordant  leurs  che- 
veux pour  en  exprimer  l’eau  ; je  n’en  citerai  comme  exemple 
que  la  figure  sculptée  sur  un  autel  cà  deux  faces  trouvé  en 
pays  éduen,  sur  le  plateau  du  Mesvrin,  figure  qui  présente  le 
même  type  que  nos  statuettes  de  terre  blanche  et  dans  laquelle 
Bulliot  (1)  reconnaissait  « la  fée  » de  l’un  des  bras  du  ruis- 
seau. 

C’était,  en  quelque  sorte,  un  symbole  thermal,  comme  l’in- 
dique très  bien  M.  Mazard  (2)  : « Une  figure,  connue  par  tra- 
dition et  peut-être  acceptée  simplement  en  raison  de  sa  com- 
position pour  celle  d’une  femme  sortant  de  l’eau,  Anadyomène, 
ne  pouvait  être  mieux  choisie  comme  divinité  d’un  établisse- 
ment thermal,  dont  elle  personnifiait  et  protégeait  les  sources 
■et  symbolisait  les  effets  bienfaisants.  Sans  avoir  rien  de  com- 
mun avec  la  Vénus  classique,  que  d’être  des  reproductions 
d’une  de  ses  images,  ces  statuettes,  consacrées  comme  ex-voto 
sur  le  lieu  même,  emportées  comme  souvenir  de  guérison 
pour  figurer  dans  les  laraires,  devaient  être  très  recherchées, 
se  répandre  au  loin  et  devenir  sans  doute  l’objet  d’imitations, 
puisqu’on  les  retrouve  en  bien  des  localités.  .» 

En  résumé,  ces  statuettes,  considérées  comme  ex-voto,  pou- 
vaient répondre,  suivant  l’intention  des  donateurs,  à deux 
ordres  de  pensées  très  différentes,  idée  abstraite  de  jeunesse, 
de  fécondité,  de  beauté,  etc.,  ou  bien  représentation  matéria- 
lisée, sous  une  forme  convenue,  de  la  divinité  dont  l’appui 
secourable  donnait  à l’eau  de  la  source  ses  vertus  bienfai- 
santes et  salutaires. 

Déesses-Mères.  — Après  les  Vénus,  les  figurines  qui  se  ren- 

(1)  Le  Culte  des  eaux  sur  les  plateaux  éduens. 

(2)  La  Céramique.  Musée  des  antiquités  nationales  de  Saint-Gcrmain-cn- 
Laije,  1873. 


265 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 

contrent  le  plus  fréquemment  près  des  sources  sont  celles  qui 
représentent  une  femme  assise  dans  une  sorte  de  fauteuil,  et 
allaitant  un  ou  quelquefois  deux  enfants.  On  en  a trouvé, 
notamment,  à Vichy,  à Royat,  à Bourbon-Lancy,  à Montbouy, 
à Néris,  etc.  (fig.  26). 

Quelques  archéologues  ont  voulu  y reconnaître  Lucine  ; 
d’autres  Latone  nourrissant 


Apollon  et  Diane;  d'autres  en- 
core l’Isis  des  Gaules  allaitant 
Horus  et  Typhon.  Mowat  (1)  se 
demande  s’il  ne  convient  pas 
d’attribuer  ces  images  à la 
déesse  de  la  nativité,  Fortuna 
, primigenici  ou  Natio.  Je  pense 
qu’il  faut  plutôt  y voir  des 
représentations  individuelles  de 
i ces  Déesses-Mères,  Matres  ou 
Mairœ,  si  vénérées  en  Gaule,  où 
i on  les  rencontre  généralement 
: groupées,  quelquefois  par  deux, 
plus  souvent  par  trois,  et  por- 
: tant  dans  leurs  mains  des  frtiits 
i ou  des  cornes  d’abondance.  Ce 
i culte,  peut-être  d’origine  celti- 
que, semble  avoir  eu  pour  ber- 
. ceau  la  Gaule,  d’où  il  se  serait 
t répandu  dans  la  Germanie  oc- 
cidentale (2). 


Ces  divinités,  ancêtres  de  Fig.  26.—  déesse  mère. 
nos  Fées  et  de  nos  Dames  du 

moyen  âge,  étaient  regardées  comme  des  génies  tutélaires 


(1)  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1884,  p.  245. 

(2)  Allmer,  les  Dieux  delà  Gaule  celtique , art.  Matres  : « M.  Ch.  Fried- 
rich, qui  vient  de  publier  à Bonn  une  monographie  intitulée  : Matro- 
nurum  monumenta,  constate  que  les  Matres  se  rencontrent  à peu  près 
partout  dans  les  provinces  du  Nord,  mais  font  complètement  défaut  dans 
la  Haute-Italie.  On  trouve  là  à leur  place,  dans  la  Cisalpine  oricn- 


260 


LA  GAULE  THERMALE 


des  familles,  des  bourgs  et  des  villes;  comme  des  esprits 
protecteurs  dont  l’empire  s’étendait  sur  la  campagne  et  sui- 
tes bois.  Leur  caractère  bienfaisant  et  secourable  explique 
facilement  qu’elles  aient  joué  le  rôle  de  deœ  medicœ,  auxquelles 
on  adressait  des  .vœux  pour  la  guérison  des  malades,  et  qu’on 
remerciait  de  leur  intervention.  « Les  médecins,  dit  Florian  Val- 
lentin  (1),  les  vénéraient  aussi  comme  de  saintes  patronnes  (2). 
Divers  monuments,  recueillis  auprès  des  fontaines  qui  avaient 
des  propriétés  médicinales,  indiquent  que  ces  déesses,  consi- 
dérées comme  génies  aquatiques,  devenaient  les  amies  bien- 
faisantes de  l’homme,  calmaient  ses  douleurs,  lavaient  ses  q 
blessures  et  guérissaient  ses  maladies.  » 

Auprès  des  sources,  leur  rôle  semble  avoir  eu,  dans  la] 
Gaule,  une  profonde  analogie  avec  celui  que  jouaient  les  j 
Nymphes  dans  la  religion  romaine.  Cette  similitude  apparaît  ' 
frappante  aux  Fumades,  où,  sur  les  autels  sculptés  dont  nous  ] 
avons  déjà  parlé,  on  a rencontré,  figurant  par  triades,  des  1 
Nymphes  demi-nues,  tenant  devant  elles  des  vasques  en  forme  I 
de  coquilles  ainsi  que  des  divinités  dont  le  costume,  l’attitude  J 
et  les  attributs  sont  en  tout  point  semblables  aux  représenta-  ] 
tions  connues  que  nous  possédons  des  Mères  Augustes. 

Indépendamment  de  la  conception  abstraite  d’une  divinité  ] 
d’essence  particulière,  il  est  très  possible  que  cette  effigie  | 

'S 

d’une  mère  qui  allaite  son  enfant,  perdant  tout  caractère  sym-  i 
bolique,  ait  semblé  l’ex-voto  le  plus  convenable  pour  les’] 
nourrices,  les  femmes  stériles  qui  venaient  demander  aux 

taie,  des  Junones,  et  dans  la  Cisalpine  occidentale  ainsi  que  dans  les  4 
Germanies,  des  M'atronœ.  A la  Gaule  lyonnaise  appartiennent  presque  4j 
exclusivement  les  autels  où  les  noms  des  mères  apparaissent  au  datif 
sous  la  forme  Matris.  Cette  orthographe  est  fréquente  aussi  dans  la 
Narbonnaisc.  Le  nominatif  n’est  pas  connu;  c’est  par  induction  qu’on 
a suppose  Matrœ.  » 

(1)  Le  Culte  des  Matrœ  dans  la  cité  des  Voconces,  d’après  les  monuments 
épigraphiques,  1880. 

(2)  Voir  notamment  une  inscription  de  Lyon,  figurant  au-dessous  d'un 
bas-relief  représentant  trois  Matros  assises,  avec  des  fruits  sur  leurs 
genoux  : Mat[ris]  Aug[ustis ] Phlegon  med[ieut}.  Allmer,  Revue  épigra- 
phique, t.  IV,  p.  44.  Le  bas-relief  et  l’inscription  sont  figurés  dans  les 
Documents  pour  servir  à l’histotre  de  la  médecine  à Lyon,  du  docteur 

PONCET. 


, 


SOURCES  THERMALES  ET  MEDICINALES 


267 


eaux  l’espoir  d’une  maternité  prochaine  ou  les  mères  cher- 
chant la  guérison  ou  le  soulagement  de  maladies  consécutives 
à l’accouchement. 

s 

Bustes  d’enfants.  — Le  troisième  ordre  de  représentations 
auquel  nous  avons  fait  allusion  comprend  des  bustes  de  jeunes 
enfants  à la  figure  souriante,  les  uns  la  tète  nue,  complète- 
ment chauve  ou  couverte  de  cheveux,  d’autres  coiffés  d’une 
sorte  de  capuchon.  Néris,  Saint-Honoré,  Bourbon-Lancy, 


Fig.  27.  — buste  d’enfant. 


Terre  cuile  provenant  de  Néris. 


Vichy,  le  Temple  des  sources  de  la  Seine,  etc.,  en  ont  fourni 
un  certain  nombre  de  modèles  [flg.  27;. 

Nombre  d attributions  ont  été  proposées  pour  cette  énigma- 
tique figure.  Tudot  (1)  y voyait  « une  figure  symbolique,  une 

(1)  Collection  de  figurines  en  argile,  œuvres  premières  de  l’art  gaulois. 


2ü8 


LA  GAULE  THERMALE 


allégorie  provoquant  l’hilarité  et  répondant  très  bien  à l’es- 
prit lin  et  railleur  des  Gaulois...  Gomme  nous  tenons  à dési- 
gner par  un  nom  ce  personnage,  nous  le  nommerons  le  dieu 
Risus.  » M.  Blanchet  (4),  tout  en  reconnaissant  que  l’hypo- 
thèse de  Tudot  ne  repose  sur  aucune  base  bien  certaine, 
admet  provisoirement  sa  dénomination,  qui  est  commode. 
M.  S.  Reinach  la  repousse  absolument;  pour  lui,  l’origine  de 
cette  statuette  serait  un  motif  alexandrin,  devenu  une  trans- 
formation gauloise  du  type  d’IIorus  (2),  dans  laquelle  on  pour- 
rait reconnaître  quelquefois  un  dieu-enfant  de  la  santé,  qui, 
en  Gaule,  aurait  répondu  à une  conception  analogue  à celle 
du  petit  dieu  gréco-romain  de  la  convalescence,  l'enfant 
Télesphore  (3). 

Pour  M.  Pérot  (4),  ces  bustes  sont  de  simples  représenta- 
tions d’enfants  gaulois  de  l’Arvernie.  Quelques  archéologues 
en  font  des  jouets  d’enfants,  qu’on  plaçait  quelquefois  dans 
leurs  tombeaux,  et  M.  Mazard  (3)  y voyait  « la  personnifica- 
tion de  renfance,  consacrée  comme,  objet  votif,  ou  invoquée 
comme  génie  tutélaire  des  premières  années  » . 

Là  encore,  tout  au  moins  dans  le  domaine  particulier  qui 
nous  intéresse,  l’intention  seule  du  donateur  fixa  peut-être  la 
véritable  signification  de  l’objet  offert.  Jouets  consacrés  par  des 
enfants  malades  ; images  d’enfants  guéris  par  les  eaux,  lais- 
sées en  souvenir  par  leurs  parents  ; symboles  de  convales- 
cence, toutes  ces  idées  sont  admissibles  et  toutes  peuvent,  à 
des  points  de  vue  divers,  expliquer  la  présence  auprès  des 
sources  des  figurines  qui  nous  occupent. 


(1)  Étude  sur  les  figurines  en  terre  cuite  de  la  Gaule  romaine. 

(2)  Catalogue  des  bronzes  du  musée  de  Saint-Germain,  p.  14. 

(3)  Bégin  ( Lettres  sur  l’histoire  médicale  du  sud-est  de  la  France.  Mé- 
moires de  l'Académie  royale  de  Metz,  1840),  cite  Télesphore  au  nombre  des 
divinités  médicales,  comme  dieu  de  la  convalescence.  « On  adorait 
Télesphore  sous  le  toit  domestique  plutôt  que  dans  les  temples;  il  figu- 
rait au  nombre  des  Lares;  c’était  un  espèce  d’ange  gardien  que  les 
dames  romaines  portaient  avec  elles,  surtout  lorsque  des  motifs  de  santé 
leur  faisaient  entreprendre  un  voyage  aux  eaux  thermales.  » 

(4)  Notice  sur  un  ex-voto  gallo-romain.  Centre  médical,  mars  1898. 

(5)  La  Céramique  (op.  cit.). 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


269 


Divers  autres  types  de  statuettes  éparses  dans  des  centres 
thermaux,  Hercule,  Mercure,  etc.,  ont  pu,  sans  qu’on  puisse 
l’affirmer  avec  certitude,  y être  également  déposés  à titres 
d’offrandes. 

Certains  bustes,  n’offrant  pas  le  caractère  de  représenta- 
tions religieuses,  y figuraient  peut-être  comme  des  sortes  de 
portraits  de  malades  consacrant  aux  sources  bienfaisantes 
leur  effigie  particulière  en  témoignage  de  reconnaissance.  Les 
ruines  des  thermes  d’Évaux  ont  fourni  un  petit  buste  d’argile 
blanche  d’une  femme  vêtue  d’une  tunique  fermée  sur  la  poi- 
trine et  coiffée  d’une  abondante  chevelure  partagée  sur  le 
milieu  du  front,  encadrant  les  joues  et  relevée  au-dessus  delà 
tête  par  un  gros  nœud.  Les  figurines  de  ce  genre,  représen- 
tant des  dames  gallo-romaines,  étaient  fabriquées  en  nombre 
par  les  mêmes  procédés  que  les  autres  et  ne  constituaient  cer- 
tainement 2^as  de  véritables  portraits  des  donateurs  ; mais 
leur  impersonnalité  même  permettait  de  leur  donner  ce  carac- 
tère par  la  consécration  qu’on  en  faisait  à la  divinité. 

Les  ruines  de  Bourbon-Lancy  ont  fourni  plusieurs  statuettes 
en  terre  représentant  des  bébés  emmaillotés,  serrés  dans  leurs 
langes  par  des  bandelettes.  Le  rapport  de  ces  figures,  avec  le 
traitement  de  maladies  infantiles  ne  semble  pas  faire  de  doute, 
ou  peut-être  faut-il  y voir  des  images  évoquant  des  idées 
analogues  à celles  inspirées  par  les  Déesses-Mères,  souvent 
représentées  portant  entre  leurs  bras,  des  nourrissons  du 
même  genre. 

Du  Mège  (1),  a signalé  la  découverte  à Capvern  d’offrandes 
céramiques  d’une  nature  particulière.  C’étaient  des  ex-voto  en 
terre  cuite,  ayant  la  forme  d’une  main  tenant  tantôt  un  ser- 
pent, tantôt  une  patère.  On  y voyait  sur  un  élégant  cartouche 
et  en  caractères  romains,  le  mot  nymphis,  imprimé  • dans  l’ar- 
gile avant  sa  cuisson.  Au-dessous  était  le  nom  de  la  per- 
sonne qui  avait  fait  le  vœu,  et  celui-ci  paraît  avoir  été  tracé 


(1)  Archéologie  pyrénéenne , t.  I,  p.  491. 


270 


LA  GAULE  THERMALE 


avec  un  instrument  très  pointu;  une  bélière  servait  à sus- 
pendre cette  sorte  d’ex-voto. 

Enfin  c’est  également  en  terre  cuite  qu’étaient  modelés  des 
fruits,  des  noix  et  des  œufs,  ainsi  que  des  animaux  : coqs, 
paons,  pigeons,  cygnes,  chiens,  chevaux,  singes,  moutons,  etc., 
trouvés  sur  nombre  de  points  du  territoire  des  Gaules,  et 
parfois  en  assez  grande  quantité  dans  le  voisinage  des  sources 
thermales.  Itoyat,  Néris,  Vichy,  Coren,  Bourbon-Lancy,  etc., 
en  ont  notamment  fourni  d’intéressants  spécimens.  Certains 
de  ces  petits  objets  pouvaient  être  des  jouets  d’enfants,  ana- 
logues à ceux  dont  nous  avons  eu  déjà  à constater  l’existence. 
D’autres,  et  principalement  ceux  qui  représentaient  des  ani- 
maux chers  à une  des  divinités  honorées  près  des  sources, 
étaient  déposés  comme  des  simulacres  d’offrandes  que  la  pau- 

t 

vreté  des  fidèles  ou  des  impossibilités  matérielles  ne  permet- 
taient pas  d’apporter  en  nature.  Le  sacrifice  de  l’animal  était 
remplacé  par  le  don  d’une  image  d’argile,  et  si  la  divinité  ou 
ses  terrestres  représentants  n’y  trouvaient  pas  leur  compte, 
le  dévot  convalescent  quittait  les  eaux,  satisfait  d’avoir  accom- 
pli à peu  de  frais  le  rite  traditionnel,  et  honoré,  comme  il  con- 
venait, la  divinité  protectrice. 


VI 


Ainsi  qu’il  arrive  pour  tous  les  points  où  des  centres  de 
population  ont  existé  à l’époque  gallo-romaine,  les  abords  des 
sources  thermales  ou  minérales  abondent  en  débris  de  poteries 
de  toute  espèce,  en  terre  blanche,  grise,  rouge,  noire,  jaune, 
avec  ou  sans  couvertes,  lisses  ou  ornées  de  sujets  moulés,  etc. 
La  nomenclature  des  lieux  où  ont  été  faites  des  trouvailles  de 
ce  genre  comprendrait  à peu  près  toutes  les  stations  anciennes 
relevées  dans  notre  pays,  et  n’offrirait  aucune  espèce  d'intérêt, 
car,  sauf  à Vichy  où  l’on  peut  constater  l’existence  de  coupes 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  271 

assez  spéciales  (1),  destinées  à l’usage  des  buveurs  d’eau, 
rien,  dans  ces  débris  qui  font  en  quelque  sorte  partie  du 
substratum  de  tout  établissement  antique,  ne  peut  être  consi- 
déré comme  ayant  un  rapport  direct  et  particulier  avec  des 
emplois  thermaux. 

Nous  voulons  seulement  retenir  ici,  de  la  présence  souvent 
constatée  de  débris  de  poteries  dans  les  bassins  ou  les  sources 
: mêmes,  l'idée  d’un  rite  traditionnel  qui  consistait  à jeter  dans 
la  source,  comme  une  sorte  d’offrande  à la  divinité  qui  y 
manifestait  sa  puissance,  le  vase  ou  les  fragments  du  vase 
dont  on  s’était  servi.  A Montbouy,  à Vichy,  à Saint-Honoré, 
dans  nombre  d'autres  stations  encore,  les  sources  nous  ont 
révélé  l'existence  de  ces  témoignages  particuliers  de  dévotion 
ou  de  reconnaissance.  A Coren,  dans  le  Cantal,  où  existent 
des  eaux  qui  furent  très  vraisemblablement  employées  pour 
des  maladies  du  jeune  âge,  les  débris  recueillis  semblent  tous 
appartenir  à des  vases  de  proportions  minuscules  comme  de 
la  vaisselle  d'enfant.  Dans  la  Savoie,  à Menthon,  cette  idée 
d’offrande  est  prouvée  de  la  façon  la  plus  nette,  car  plusieurs 
des  récipients  rencontrés  dans  la  vase  qui  remplissait  le  fond 
du  bassin  antique  contenaient  encore  des  pièces  de  monnaie. 

Ce  rite  n’a,  d’ailleurs,  pas  disparu  avec  la  civilisation  gallo- 
romaine,  et  nous  avons  déjà  vu  qu’on  pouvait  en  suivre  la 
■ survivance  auprès  de  ces  sources  entourées  de  la  vénération 
, populaire,  qui  ont  apporté  jusqu’à  nous,  à travers  les  siècles, 
les  souvenirs  du  culte  rendu  à la  Dwy  celtique  et  à la  Nymphe 
romaine.  Je  ne  puis  m’étendre  davantage  sur  ce  sujet,  très 
étudié  par  les  nombreux  auteurs  qui  se  sont  occupés  de  nos 
sources  sacrées,  et  je  me  bornerai  à citer  de  ce  maintien  de 
l’ancien  usage  un  seul  exemple,  emprunté  à M.  DuMège,  parlant 
d’une  fontaine,  dite  de  Sainte-Marie,  située  près  des  murs  de 
Toulouse,  dont  les  eaux  étaient  considérées  comme  un  remède 
contre  les  fièvres  intermittentes  : « Afin  d’obtenir  une  gué- 
rison, chaque  malade  observe  les  pratiques  suivantes  : il  doit 


(1)  Voir  p.  32. 


LA  GAULE  THERMALE 


970 

M i êmi 

faire  neuf  fois  le  tour  de  la  fontaine  en  répétant  des  prières;  à 
chaque  tour,  il  boit  de  l’eau  de  la  source  dans  un  vase  neuf; 
il  laisse  ensuite  tomber  dans  le  bassin,  en  signe  d’offrande, 
quelques  pièces  d’argent;  il  brise  le  vase  dans  lequel  il  a bu 
et  en  jette  les  fragments  dans  les  eaux  (1).  » 

Les  rites,  on  le  voit,  sont  tout  à fait  semblables,  et  le  Tou- 
lousain de  la  fontaine  Sainte-Marie  accomplissait,  en  1814, 
absolument  le  meme  geste  que  le  dévot  d’Aquæ  Calidæ  ou 
d’Aquæ  Segetæ  au  deuxième  siècle  de  notre  ère. 

r 

VII 


Autant  les  statuettes  en  terre  cuite,  votives  ou  autres,  abon- 


dent sur  nombre  de  points  où  la  civilisation  gallo-romaine  / 


marqua  son  empreinte,  autant,  au  contraire,  sont  rares  les 
objets  en  bois  appartenant  à la  même  époque  (2).  Peut-être 
cette  industrie  ne  fut-elle  pas  aussi  florissante  dans  la  Gaule 
romaine  que  la  statuaire  qui  participait  à cet  art  de  la  terre, 
si  répandu  et  si  prospère,  et  dont  les  produits  étaient  arrivés 
à une  réelle  perfection;  peut-être  aussi  la  rareté  excessive  des 
objets  sculptés  en  bois  provient-elle  uniquement  des  nom- 
breuses causes  de  destruction,  incendies,  séjour  dans  les 


(1)  Archéologie  pyrénéenne,  t.  II,  en  note,  p.  326. 

(2)  En  dehors  des  objets  dont  nous  allons  parler,  on  peut  citer,  parmi 
les  très  rares  échantillons  de  la  sculpture  sur  bois  gallo-romaine  : Une 
statuette  en  bois  de  chêne,  de  0m,51  de  hauteur,  représentant  une  déesse- 
mère  assise  sur  un  escabeau,  découverte  dans  un  puits  funéraire  au 
Bernard  (Vendée),  en  1871.  L'enfant  que  la  déesse  tenait  dans  les  bras' 
fut  brisé  par  mégarde  au  moment  de  la  trouvaille,  (Baudry  et  Ballereau, 
Puits  funéraires  gallo-romains  du  Bernard,  p.  180.)  Une  tête  de  femme 
en  bois  dur,  découverte  à Vienne  (Isère),  dont  le  bois  noirci  a pris  l'as- 
pect de  l’ébène.  (De  Laurière,  Une  sculpture  en  bois  de  l’époque  gallo- 
romaine.  Bulletin  monumental,  44e  vol.,  1878,  p.  677.)  Une  statuette 
d’Épona  à cheval,  appartenant  au  musée  de  Saintes,  trouvée  dans  un 
puits  voisin  des  thermes,  et  étudiée  parM.  Dangibeaud.  ( Revue  des  études 
anciennes,  t.  VII,  n°  3,  juillet-septembre  1905.) 


273 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


terrains  humides,  etc.,  qui  peuvent  atteindre  cette  matière  et 


amener  sa  disparition. 

C'est  à Luxeuil  qu'a  été  faite,  en  1865,  au  cours  des  travaux 
de  captage  de  la  source  dite  du  Pré-Martin,  la  moisson  la  plus 
abondante  d'objets  de  cette  nature  (1).  On  trouva  là  un-amas 
considérable  de  figurines  en 
bois  de  chêne,  représentant 
des  têtes  de  personnages,  la 
plupart  coiffés  d'un  capu- 
chon. quelques-uns  tête  nue 
et  portant  pour  collier  le 
grand  anneau  ouvert  à bouts 
renflés,  caractéristique  du 
torque  gaulois  (fig.  28).  « Cer- 
taines de  ces  statuettes,  au 
dire  d’un  auteur  (2)  qui  écri- 
vait au  lendemain  de  leur  dé- 
couverte, étaient  tellement 
noircies  et  endommagées  par 
le  ravage  des, siècles,  qu’elles 
tombaient  en  les  touchant  et 
s’écrasaient  sous  les  doigts.  » 

Faut-il  voir  dans  ces  sta- 
tuettes des  ex-voto  d’un  âge 
antérieur  à la  conquête  ro- 
maine, déposés  là  par  la  dé- 
votion des  anciens  habitants 
du  pays? 

Elles  présentent  certaine- 
ment des  caractères  : capuchons,  torques,  allongement  exces- 
sif de  la  tête,  qui  leur  donnent  un  aspect  nettement  gaulois. 
Le  sol  dans  lequel  elles  ont  été  découvertes  est  à un  niveau 
inférieur  aux  fondations  d’importantes  constructions  romaines. 


Fig.  28. 

BUSTE  EN  BOIS  PROVENANT  DE  LUXEUIL. 
Conservé  au  musée  de  Besançon. 


(1)  La  plupart  de  ces  objets  sont  conservés  à l’établissement  thermal 
de  Luxeuil.  II  en  existe  egalement  au  musée  de  Besançon. 

(2)  Ch.  Duhaut,  Luxeuil  ancien  et  moderne,  1863. 


18 


274 


LA  GA  U LL  TII  K RM  ALE 


D’antre  part,  le  terrain  dans  lequel  elles  reposaient  renfer- 
mait une  médaille  d’Auguste  et  quelques  poteries  romaines. 

11  est  assez  difficile  de  se  prononcer  sur  la  question,  et 
peut-être  ne  faut-il  pas  rejeter  l’idée  de  Delacroix  (\),  qui 
pensait  qu’il  s’agissait  là  d’un  dépôt  d’ex-voto  d’un  âge  an- 
cien qui  avait  été  conservé  et  recouvert  d’une  couche  de  sable 
protectrice  lorsqu’on  avait  établi  au-dessus  des  constructions, 
à une  époque  postérieure. 

Dans  la  Côte-d’Or,  à Essarrois,  auprès  d’une  source  qui,  si 
elle  n’était  pas  minérale,  n’en  avait  pas  moins  un  caractère 
médical  nettement  indiqué  par  la  nature  des  objets  qui  ont 
été  découverts  dans  ses  environs,  on  a trouvé  deux  figures  en 
chêne  (2)  de  1 m.  50  et  1 m.  16  de  hauteur,  grossièrement  taillées, 
sans  bras  et  absolument  frustes.  Mignard  (3)  les  décrivait 
ainsi  : « (La  plus  grande)  est  un  long  spécimen  de  statue  sans 
bras;  et,  pour  marquer  les  jambes,  on  a scié,  coupé  ou 
tailladé  le  bois  en  l’arrondissant,  mais,  sans  lui  donner  la 
moindre  forme  finie.  Une  boule  oblongue  et  certaines  saillies 
pour  les  joues  indiquent  la  tète.  Un  grand  compas,  dont  les 
branches  seraient  un  peu  ouvertes,  serait  seul  capable  de 
donner  une  idée  de  ce  singulier  monument.  Entre  ce  soliveau 
dégrossi  et  une  autre  statue  plus  petite,  il  y a déjà  progrès, 
et  sans  les  ravages  de  la  carbonisation  et  de  l’action  de  l’air, 
qui  effrite,  pour  ainsi  dire,  le  bois  de  chêne  dont  cette  statue 
est  faite,  on  distinguerait  les  linéaments  de  la  figure;  les 
jambes  se  terminent  avec  un  certain  art,  et  l’on  peut  remar- 
quer le  long  de  la  jambe  droite  comme  la  frange  d’un  vête- 
ment. Une  saillie  plate  indique  le  bras  droit,  qui  s’arrondit 
en  s’infléchissant  contre  la  poitrine,  contre  laquelle  il  tient  le 
poc  iilum.  » 

Mignard  voit  dans  cette  statue  et  ce  poculum  la  première 


(1)  Luxeuil.  Ville ; Abbaye ; Thermes.  Mémoires  de  la  Société  d’Emu- 
lation  du  Doubs,  4e  séi’ic,  vol.  III,  1867. 

(2)  Actuellement  au  musée  de  la  Commission  des  Antiquités  de  la  Côte- 
d'Or,  à Dijon. 

(3)  Historique  d’un  temple  dédié  à Apollon,  près  d'Essarrois.  Mémoires 
de  la  Commission  des  antiquités  de  la  Côte-d’Or,  t.  III,  1853. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


275 


formule  du  culte  des  eaux  au  vieux  temps  de  l’époque  gan- 
toise. Nous  ne  pouvons,  sur  cette  question,  que  renvoyer  à ce 
que  nous  avons  dit  plus  haut  (1)  à propos  des  stèles  de 
Luxeuil,  où  figurent  des  personnages  portant  de  meme  un 
vase  ou  une  bouteille  à la  main. 

Quelques  figures*  grossièrement  sculptées,  dont  les  unes  re- 
présentent des  jambes  et  des  bras,  d’autres  des  tètes,  séparées 
ou  sculptées  à l’extrémité  d’une  sorte  de  planche  rappelant 
vaguement  un  corps  sans  bras,  proviennent  des  ruines  de 
rétablissement  balnéaire  de  Montbouy  (2),  où  nous  croyons 
devoir  placer  la  station  d’Àquæ  Segestæ  de  la  Table  de  Peu- 
tinger  (3). 

Le  docteur  Collin  (4)  a mentionné  très  brièvement  la  trou- 
vaille à Saint-Honoré,  dans  la  vase  d’un  bassin  déblayé  vers 
1864,  d’une  tète  de  bois  grossièrement  sculptée  qu’il  avait 
cru  d’origine  gauloise  et  qui,  d’après  M.  Bulliot,  appartien- 
drait à l’époque  gallo-romaine,  ainsi  que  quelques  fragments 
de  poterie  qui  l’accompagnaient. 

Parmi  les  objets  trouvés  dans  le  bassin  de  la  source  miné- 
rale de  Coren  figuraient  deux  statuettes  de  bois  de  hêtre, 
de  0 m.  22  de  haut,  dont  une  seule  a pu  être  conservée.  « Elle 
représente,  dit  M.  Marcellin  Boudet  (5),  un  être  humain  à 
face  imberbe  et  bouffie,  entièrement  enveloppé  dans  une 
sorte  de  robe,  de  chemise  ou  de  lange  sans  manches,  tombant 
iusqu’aux  pieds  qu’elle  recouvre,  et  montant  jusqu’au  double 
menton  sous  lequel  le  vêtement  fait  des  plis;  à peine  distingue- 
t-on  à un  pli  la  place  du  bras  gauche;  l’épaule  manque  du 
côté  droit.  La  coiffure  ressemble  à une  barrette  de  moine,  à 

(1)  Voir  p.  253. 

(2)  Les  ex-voto  gallo-romains  en  chêne  trouvés  par  M.  Dupuis.  Bulletin 
monumental,  1861,  ligures  p.  350. 

(3)  Les  objets  sont  actuellement  conserves  au  Musée  arcliéologiciuc 
d’Orléans. 

(4)  Eludes  médicales  sur  les  eaux  sulfureuses  de  Saint-Honoré.  Congrès 
scientifique  d’Autun,  1876. 

(5)  La  Source  minérale  gallo-romaine  de  Coren  et  son  trésor.  Figure  en 
lare  de  la  p.  18.  Extrait  du  Bulletin  de  l'Académie  des  sciences,  belles- 
lettres  et  arts  de  Clermont-Ferrand,  1889. 


276 


LA  GAULE  THERMALE 


une  capuche  clc  vieille  femme  ou  à un  bourrelet  d’enfant. 
Tout  compte  fait,  la  ligure  me  paraît  représenter  un  poupard 
entouré  de  ses  langes  plutôt  qu’autre  chose  (fig.  29).  » 

Cette  hypothèse  est  tout  à 
fait  vraisemblable,  puisque 
tout  semble  prouver  que  la 
source  de  Coren  était  surtout 
employée  pour  les  maladies 
de  l’enfance.  La  dévotion  des 
mères  consacrait  à la  divinité 
des  eaux  des  images  ayant  la 
forme  rudimentaire  d’un  bébé 
au  maillot,  on  jetait  peut-être 
dans  l’oncle  salutaire  un  jouet, 
le  poupard  grossier,  sem- 
blable à celui  dont  s’amuse 
encore  aujourd’hui  la  sim- 
plicité ingénue  de  nos  en- 
fants. 


VIII 


Fig.  29. 

STATUETTE  EN  BOIS,  DE  COREN. 


Plusieurs  de  nos  stations 
gallo-romaines  ont  fourni  en 
plus  ou  moins  grande  quan- 
tité des  statuettes  en  métal, 
mais  ni  leur  nombre,  ni  les 
sujets  représentés,  ni  les  con- 
ditions particulières  de  leurs 
découvertes  ne  permettent 
en  général  de  leur  attribuer 


l'igurc  jointe  au  mémoire  de  M.  Marcellin 
Boudet. 


d’une  façon  bien  certaine  le  caractère  d’ex-voto  et  de  les  associer 
intimement  au  culte  des  sources  voisines.  La  nomenclature 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


277 


de  ces  trouvailles  serait  sans  intérêt  dans  l'ordre  d’idées  qui 
nous  occupe,  et  nous  nous  bornerons  à signaler  quelques-uns 
de  ces  objets  dont  l'attribution  thermale  peut  sembler  moins 


hypothétique. 

A Uriage,  trois  statuettes  de  bronze  ont  été  découvertes  en 
1836.  Une  première  représente  un  personnage  légèrement 
drapé,  tenant  de  la  main  droite  un  objet  globuleux  qui  peut 
être  une  éponge;  une  seconde,  un  personnage  complètement 
nu,  tenant  de  la  main  droite  un  strigile,  attributs  qui  peuvent 
convenir  à des  divinités  protectrices  d’une  station  thermale. 
La  troisième  représente  un  enfant.  Ses  formes  sont  altérées 
par  des  aspérités  arrondies  et  volumineuses  qui  recouvrent 
presque  tout  le  corps  avec  une  sorte  de  régularité,  et  ont  fait 
penser  à certains  observateurs  que  c’était  la  représentation 
d'un  personnage  atteint  d’une  maladie  de  peau.  Il  n’en  est 
rien,  et  un  examen  plus  minutieux  a démontré  qu’il  n’y 
avait  là  aucun  fait  intentionnel,  ces  taches  ayant  été  simple- 
ment produites  par  une  altération  chimique  de  la  surface  du 
métal  (1). 

M.  Dulac  (2)  a signalé  la  découverte  à Moind  de  trois  peti  tes 
figurines  en  bronze  représentant  l’une  un  soldat,  les  deux 
autres  des  divinités.  11  les  regarde  comme  des  ex-voto,  mais 
sans  appuyer  d’aucun  motif  cette  hypothèse,  d’ailleurs,  par- 
faitement vraisemblable. 

Nous  pouvons,  avec  plus  de  certitude,  donner  le  caractère 
d'offrande  à divers  objets  en  bronze,  parmi  lesquels  deux 
têtes  de  serpents  et  deux  petites  statuettes  représentant  des 
danseuses,  provenant  de  Bourbonne,  car  elles  étaient  enfouies 
dans  la  vase  du  puisard  romain,  au  fond  duquel  on  a 
trouvé  le  trésor  de  monnaies  dont  nous  avons  parlé  plus 
haut. 


C’est  également  dans  le  bassin  d’une  fontaine  qu’avait  été 
découvert  à Saint-Amand,  en  1698,  un  Mercure  en  bronze 


(1)  \ ulfranc  Gerdy,  Etude  sur  les  eaux  minérales  d’ Uriage,  1849. 

^2)  Les  Ruines  de  Sainte-Eugénie,  à Moingl.  A nnales  de  la  Société 
d'agriculture...  du  département  de  la  Loire,  t.  XX,  1876 


278  LA  GAULE  THERMALE 

conservé  dans  le  cabinet  d’un  amateur  de  curiosités  de 
Douai  (1). 

Eniin,  en  1902,  il  a été  découvert  à Saint-Honoré,  dans  des 
fouilles  opérées  sur  l’emplacement  d’un  ancien  temple,  une 
statuette  d’argent  représentant  une  femme  drapée  debout,  la 
main  droite,  ouverte,  levée  à la  hauteur  de  l’épaule,  la  main 
gauche  supportant  un  attribut  qui  a disparu  avec  elle.  La 
statue  est  composée  d’une  feuille  d’argent  battue  dans  un 
moule,  rapprochée  par  derrière  et  soudée.  Le  bras  qui  reste 
est  en  bronze  plein,  originairement  argenté.  Pour  M.  H.  de 
\ illefosse  (2),  cette  statuette  est  celle  d’une  divinité,  et,  quoi- 
qu’elle ne  porte  aucune  inscription,  son  caractère  votif  n’est 
pas  douteux.  Il  est  assez  naturel,  ajoute-t-il,  de  supposer  que 
la  statuette  de  Saint-Honoré-les-Bains  provient  d’un  temple  où 
elle  avait  été  consacrée  par  un  dévot  du  pays  ou  par  un  ma- 
lade venu  aux  eaux  d’Alisincum. 


IX 


Certains  objets  destinés  à la  parure,  les  bagues  et  anneaux 
notamment,  étaient  offerts  aux  divinités  comme  témoignages 
de  vénération  ou  de  reconnaissance.  Quelques  découvertes  de 
ce  genre  ont  été  faites  auprès  de  nos  sources,  mais  les  objets 
recueillis  ne  portaient  aucune  mention  dédicatoire,  ou  étaient 
en  trop  petit  nombre  pour  qu’on  puisse  affirmer  qu’on  se 
trouve  là  en  présence  d’objets  qui  n’ont  pas  été  égarés,  aban- 
donnés ou  perdus,  mais  bien  déposés  avec  une  intention 
rituelle.  Bornons-nous  à citer  à cet  égard  les  trouvailles  : au 

(1)  Bottin,  Notice  historique  sur  l’établissement  des  eaux  et  boues  ther- 
males cl  minérales  de  Saint-Amand.  Mémoires  de  la  Société  royale  des 
Antiquaires,  t.  I,  1817. 

(2)  La  statuette  d’argent  de  Sainl-Honoré-1  es- Bains,  1904.  Extrait  ilu 
Recueil  des  mémoires  publiés  par  la  Société  des  Antiquaires  de  France,  à 
l’occasion  de  son  centenaire  (avec  photogravure). 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


279 


.Mont-Dore,  d’an  anneau  et  de  chaînettes  d’or  et  d'une  intaille 
représentant  un  faune;  à Ludion,  de  bagues  et  d’anneaux;  à 
Moind,  d’une  magnifique  agathe;  à Bains,  cl’un  grenat  gravé 
en  creux,  représentant  la  tête  de  Caracalla;  à Vie,  près  Ydes, 
de  bagues  et  d’anneaux;  à Bôurbon-Lancy,  d’une  intaille 
montée  en  bague  et  figurant  deux  aigles  dont  les  serres 
reposent  sur  le  globe,  etc. 

Cependant,  il  a été  extrait  du  puits  minéral  de  Coren  des 
petits  objets  dont  la  valeur  est  nulle,  mais  que  leur  nombre 
indique  bien  avoir  été  déposés  là  intentionnellement  et  en 
vertu  d'un  usage  consacré.  Ce  sont  huit  bracelets  ronds  de 
fillettes-  en  fil  de  laiton  de  cuivre  extrêmement  ténu,  les  uns 
fermés,  les  autres  ouverts  et  amincis  aux  deux  extrémités  très 
rapprochées  l’une  de  l'autre,  bout  à bout,  à la  façon  gauloise  (1). 
Beaucoup  d’autres  ont  pu  être  emportés  par  le  courant  ou 
gisent  encore  au  fond  du  ruisseau  dans  le  lit  duquel  émergent 
les  sources  minérales  de  Coren  ; mais  ce  qui  a pu  être 
recueilli  de  ces  ornements  suffit  à démontrer  l’existence  cl’un 
rite  particulier  d’offrandes,  motivé,  sans  cloute,  par  l’emploi 
de  ces  eaux  pour  la  guérison  des  maladies  des  enfants. 

Les  autres  objets  que  nous  allons  successivement  passer  en 
revue  portent  des  inscriptions  dédicatoires  ou  ont  été  re- 
trouvés en  abondance  telle  que  leur  caractère  d’ex-voto 
témoignant  cl’un  culte  particulier  ne  peut  faire  l’objet  d’aucun 
doute. 

r 

Patères  d’Evaux.  — En  1856,  il  fut  extrait,  lors  du  curage 
d'un  des  anciens  puits  thermaux  de  cette  station,  trois  patères 
en  cuivre  tourné,  semblables  comme  forme,  matière,  dimen- 
sion et  main-d’œuvre.  « A leurs  rebords  s’adaptaient  des 
manches  plats,  munis  à leur  base  d’oreillettes  contournées  en 
volutes  et  percées  à leur  extrémité  cl’un  tréfeuille.  Ce  dernier 
accessoire  faisait  défaut,  par  suite  de  brisures,  à deux  des 


(1)  Marcellin  IIoudet,  op,  cit. 


280 


LA  GAULE  T'il  E R M A L E 


coupes,  dont  l’une  cependant  conservait  encore  un  morceau 
du  manche,  sur  le  plat  duquel  était  un  commencement  d’ins- 
cription (1).  » 

La  patère  restée  entière  se  rapproche  beaucoup  comme 
forme  de  celles  qu’on  voit  suspendues  à la  ceinture  des 
légionnaires  dans  les  bas-reliefs  de  la  colonne  Trajane.  Elle 
portait  sur  son  manche  l’inscription  en  pointillé,  dédicatoire 
au  dieu  Ivao  (fig.  30),  que  nous  avons  rapportée  précédem- 
ment, ainsi  que  l’estampille  du  fabricant,  STEPAPROD,  gravée 
dans  un  cartouche,  en  sens  inverse  de  la  première  inscrip- 
tion, et  appliquée  sur  le  bronze  au  moyen  d’un  poinçon 


métallique  gravé  en  creux  et  à rebours.  C’est  évidemment  le 
nom  et  la  marque  de  l’ouvrier  tourneur  en  cuivre  qui  a 
fabriqué  la  patère. 

M.  Mowat  (2)  pense  que  le  T a été  lu  fautivement  pour  un  I 
et  propose  la  lecture  : S1EPAPROD,  Ansii  Epaproditi.  11  fait 
remarquer  qu’on  ne  connaît  pas  moins  de  cinq  patères  de 
bronze,  provenant  de  Pompéi,  et  portant  l’estampille  : Arm 
Ëpapkrodi. . . Les  Ansii  paraissent  avoir  eu  leur  centre  de 
fabrication  à Pompéi  et  à Herculanum,  d’où  leurs  produits 

(1)  A.  Fillioux,  les  Thermes  d’Èvaux.  Société  des  sciences  naturelles  et 
archéologiques  delà  Creuse,  t.  IV,  2“  Bulletin.  Guéret,  18 1 3. 

(2)  Marques  de  bronziers  sur  objets  antiques  trouvés  ou  apportes  en 
France.  Bulletin  épigraphique  de  la  Gaule,  t.  III,  p.  261. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


281 


pénétraient  jusqu’en  Gaule,  et  il  ne  serait  pas  invraisemblable 
que  l'estampille  d’Évaux  ne  fût  qu’une  variante  de  celles  de 
Pompéi. 

Cette  pièce,  du  plus  haut  intérêt,  puisqu’elle  a été  trouvée 
dans  l’endroit  même  où  coulait  la  source  dont  elle  nous  a 
révélé  le  protecteur,  est  conservée  actuellement  au  musée  de, 
Guéret  (1). 

Vase  de  Néris.  — Le  vase  de  Néris,  portant  sur  la  panse,  à 
la  naissance  du  col,  l’inscription  Deo  Iboso,  fut  trouvé  dans  un 
ancien  puits,  en  1876.  Il  est  en  bronze,  couvert  d’une  belle 
patine  verte,  avec  col  étroit  et  allongé,  termine  par  un  goulot 
trilobé.  L’anse  qui  l’ornait  primitivement  a disparu.  Ce  vase, 
qui  était,  selon  toute  apparence,  destiné  à des  ablutions  reli- 
gieuses, est  conservé  à l’établissement  thermal  de  Néris. 

Vase  de  Chassenay.  — C’est  également  dans  un  puits  que 
fut  découvert  le  vase  de  bronze  de  Chassenay,  consacré  au 
dieu  Albius  et  à Damona.  La  présence  de  cette  deuxième  divi- 
nité semble  bien  indiquer  un  culte  rendu  à une  fontaine  douée 
de  vertus  curatives,  peut-être  celle  même  qui  alimentait  le 
puits  dont  le  vase  a été  extrait,  d’autant  mieux,  dit  Allmer  (2), 
que,  parmi  les  autres  objets  extraits  du  puits  où  gisait  le  vase, 
on  a trouvé  des  débris  d’une  statue  de  marbre  dont  un  des 
bras  était  entouré  d’un  serpent,  vraisemblablement  statue 
d’Esculape  ou  d’Hygie  placée  dans  un  temple  consacré  à 
Albius  et  à Damona. 


(1)  On  peut  rapprocher  de  cet  ex-voto  : 1°  Une  patère  en  bronze  pro- 
venant de  Luxeuil,  dont  parle  Greppo  (op.  cit.,  p.  129),  à qui  elle  avait 
été  signalée  par  le  colonel  de  Fabert,  et  qui  portait,  gravée  sur  son  manche, 
une  inscription  ainsi  rapportée  : m-nv  / mepilla.  inoc  / v.  s-  l.  m; 

2°  Deux  patères-casseroles  en  bronze,  découvertes  dans  le  voisinage 
d’Alisc-Sainte-Reine,  portant  sur  la  partie  plate  de  leurs  manches  des  dé- 
dicaces au  dieu  Alisanos,  vraisemblablement  le  protecteur  du  Mont- 
Auxois  et  de  la  région  environnante.  — Héron  de  Yillefosse,  Antiquités 
romaines  trouvées  à Alise-Sainte-Reine.  Mémoires  de  la  Société  nationale 
des  Antiquaires  de  France,  t.  LXV,  1906. 

(2)  Les  Dieux  de  la  Gaule  celtique.  Revue  épiyraphique , t.  III. 


282 


LA  G AIJ LL  THERMALE 


Anneaux  de  Vichy.  — Les  deux  anneaux  de  Vichy,  dont  l’un 
a été  découvert  en  1883,  alors  que  l’autre,  trouvé  depuis  une 
douzaine  d’années  environ,  figurait  au  musée  de  Lyon,  sont 
en  bronze,  en  forme  de  tore,  d’un  diamètre  intérieur  de 
ü m.  113  et  d’un  poids  légèrement  supérieur  à deux  kilo- 
grammes (1). 

M.  Mowat,  se  fondant  sur  l’absence  d’une  formule  explici- 
tement votive  dans  l’inscription  qui  figure  sur  celui  des 
anneaux  le  plus  anciennement  découvert,  offert  à la  déesse 
Diane  par  ses  adorateurs,  les  Dianenses  (2),  y avait  vu  « moins 
un  ex-voto  proprement  dit  qu’un  instrument  servant  dans 
quelque  cérémonie  du  culte...  un  foculus  mobile  qu’on  plaçait 
sur  la  table  de  l’autel  pour  retenir  les  charbons  incandescents 
destinés  à la  combustion  de  l’encens  au  moment  de  la  célé- 
bration du  sacrifice  » . 

M.  Héron  de  Villefosse  considère,  au  contraire,  cet  anneau 
connue  un  véritable  ex-voto  (3).  Aucun  doute,  d’ailleurs,  ne 
peut  exister  pour  le  second,  qui  porte  une  dédicace  nettement 
votive  au  dieu  Mars  Vorociusv,  avec  les  lettres  V-  S-  L-  M-  (4). 
Cet  anneau  devait  être  suspendu  le  long  du  fut  d’une  colonne, 
surmontée  d’un  chapiteau  corinthien  très  fruste,  qui  a été 
retrouvée  dans  la  même  fouille.  Une  large  trace  d’oxydation 
qui  a fait  disparaître  plusieurs  lettres  de  l’inscription,  marque 
la  trace  de  la  bandelette  de  fer  fixant  l’anneau  au  chapiteau 
sur  lequel  se  dressait,  paraît-il,  une  statue  de  bronze  de 
0 m.  80  de  hauteur,  qui  semble  avoir  disparu  sans  avoir  pu 
être  utilement  examinée  (5).  On  aurait  donc  retrouvé  là,  si 
l’on  peut  considérer  comme  certaine  cette  dernière  partie  de 
la  trouvaille,  l’ensemble  à peu  près  complet  du  monument 
consacré  à ce  Mars  Vorocius,  dont  le  nom  figure  sur  l’anneau 
votif. 

• t ' 

(1)  Moulages  au  musée  de  Saint-Germain. 

(2)  Voir  p.  176. 

(3)  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1883,  p.  261  et.  suiv. 

. (4)  Voir  p.  172. 

(5)  Bertrand,  Anneau  votif  et  statue  en  bronze  découverts  à T ichy  dons 
un  puits  antique.  Société  <T Émulation  de  l’Ailier,  t.  X\  II,  p.  30/  et  suiv. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


283 


Feuilles  d'argent  de  Vichy.  — A une  trentaine  de  mètres  de 
l’endroit  où  furent  découverts  les  anneaux,  on  avait  mis  a 
jour,  pendant  l'hiver  1864-(>5,  une  autre  trouvaille  précieuse: 
une  série  de  feuilles  d’argent,  dont  l’une  porte  l'inscription 
votive  à Jupiter  Sabasius  (4).  On  en  avait  d’abord  rencontré 
quatre-vingts,  à 0 m.  80  de  profondeur,  réunies  et  entourées 
d'une  série  de  moellons;  sept  autres  furent  trouvées  quelque 
temps  après.  La  majeure  partie  de,  ces  pièces  se  trouve  au 
musée  des  Antiquités  nationales,  à Saint-Germain  ; quelques- 


Fig.  31.  — FEUILLES  D’ARGENT  DE  VICHY. 
Photographie  d'après  les  originaux,  au  musée  de  Saint-Gerinain-en-Laye. 


unes  sont  restées  à Moulins.  Ces  lamelles  se  composent  de 
très  minces  plaquettes  d’argent,  découpées  en  formes  gros- 
sières d’arbres  ou  de  feuilles  et  légèrement  estampées  de 
quelques  traits  géométriques.  Quelques-unes  de  ces  feuilles 
sont  ornées  de  sujets.  L’une  d’elles  présente  un  buste  de 
Ptiœbé;  une  autre  celui  de  Vénus  et  de  Junon.  Sur  les  autres 
sont  des  figures  de  Jupiter,  debout  sur  le  seuil  cl’un  édicule 
arrondi  ou  triangulaire.  Une  seule  des  lamelles  porte  une 
inscription  : celle  du  dévot  Carassonus  à Jupiter  Sabasius  (fig.31). 


(1)  Voir  p.  171. 


284 


LA  GAULE  THERMALE 


MM.  Rossignol  et  Bertrand,  qui  ont  fait  une  étude  particulière 
de  ces  feuilles  votives  (1),  voient  dans  cette  forme  un  sou- 
venir du  culte  immémorial  des  Gaulois  pour  les  arbres,  que 
la  conquête  n'avait  pu  supprimer  (2). 

De  nombreux  débris  retrouvés  dans  les  mêmes  fouilles 
appartenaient  sans  doute  à l’édicule  décoré  des  lamelles 
votives,  qui  furent  détachées  et  enfouies  avec  soin  au  moment 
où  Vichy  était  menacé  de  quelque  invasion  qui  ne  devait 
laisser  derrière  elle  que  des  ruines. 

Plaque  votive  de  Plombières. — On  conserve  au  Cabinet  des 
Médailles  de  la  Bibliothèque  nationale  une  plaque  votive  en 
bronze,  ayant  la  forme  d’un  cartel  accosté  à droite  et  à 
gauche  de  queues  d’aronde,  percées  de  trous  de  suspension, 
et  portant  une  dédicace  à Neptune  (3).  L’apothicaire  Rouvray, 
chargé  par  le  duc  de  Lorraine  Léopold  de  faire  remettre  en 
état  les  étuves  et  bassins  de  Plombières,  avait  signalé  la 
découverte  de  cette  plaque,  trouvée,  d’après  lui,  avec  plusieurs 
autres  dans  le  lit  du  ruisseau  de  l’Eau-Gronne. 


Oreille  de  patère  de  Bondoxneau.  — Le  musée  du  Louvre 
possède,  dans  la  salle  des  bijoux  antiques,  une  oreille  de 
patère  en  argent,  d’un  travail  très  artistique,  trouvée  en  18-41, 
à Bondonneau,  près  de  Montélimar,  et  » représentant  Vénus 

(1)  Notice  sur  les  découvertes  faites  à Vichy,  et  en  particulier  sur 
les  braciéoles  votives  d’argent.  Bulletin  de  la  Société  d’Emulation  de 
V Allier,  t.  XVIII. 

(2)  M.  Pérot  (même  Bulletin)  signale  une  série  de  bractéolcs  en  or,  ayant 
la  plus  grande  affinité  avec  celles  de  Vichy,  placées  au  musée  d’Orléans 
et  provenant  de  l’ile  de  Chypre.  — En  1743,  on  en  a trouvé  un  grand 
nombre  en  Angleterre,  près  de  Barkwav  et  de  S tonv-S tratford.  — Le 
Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1890,  p.  289,  signale  une  plaque 
d’argent  en  forme  de  feuille,  avec  lettres  et  brettelurcs  au  repoussé, 
portant  l'inscription  suivante  : deo-in  / ivicto  / gekman  / sol,  trouvée 
dans  des  fouilles  à Dcncuvre,  près  Baccarat.  M.  Héron  de  Villcfossc  fait 
remarquer  que  cet  objet  rentre  dans  la  classe  des  offrandes  religieuses 
symboliques.  — On  a trouvé  une  feuille  analogue  en  métal  estampé  à 
Feuehères  (Marne).  Plusieurs  autres  figurent  au  musée  du  Louvre  et  pro- 
viennent du  trésor  d’argenterie  de  Notre-Dame  d’Alençon,  près  Brissac 
(Maine-et-Loire). 

(3)  Voir  p.  175. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


285 


relevant  sa  chevelure,  assise  dans  une  coquille  soutenue  au- 
dessus  des  Ilots  par  des  centaures,  escortée  de  deux  Eros  ailés 
debout  sur  des  dauphins  ».  Bien  que  Vénus  soit,  nous  le 
savons,  une  des  divinités  dont  le  nom  et  les  effigies  se  retrou- 


vent auprès  des  sources  thermales,  il  serait  téméraire  d’affir- 
mer que  cette  pièce  a fait  partie  d'un  objet  offert  à la  déesse  à 
titre  d’ex-voto;  mais  cependant  le  fait  de  la  découverte  simul- 
tanée de  cet  objet  et  de  restes  de  bassins  et  de  piscines, 
permet  d'admettre,  sans  trop  entrer  dans  le  domaine  de  l'hy- 
pothèse, une  certaine  corrélation  entre  cette  représentation 
de  la  déesse  et  les  eaux  minérales  du  lieu. 


Lames  de  plomb  d’Amélie-les-Bains.  — En  1845,  au  cours  de 
travaux  entrepris  pour  augmenter  le  débit  d’une  des  sources 
thermales  d'Amélie-les-Bains,  un  escarpement  pratiqué  dans 
la  roche  livra  passage  à une 'masse  d’eau,  qui  expulsa  avec 
elle  un  certain  nombre  d’objets  antiques,  parmi  lesquels  des 
monnaies  de  bronze,  deux  objets  indéterminés,  en  plomb, 
ayant  l’aspect  de  boutons  de  vêtements,  de  petits  disques  de 
métal,  convertis  pour  la  plupart  en  sulfate,  et  une  certaine 
quantité  de  lames  de  plomb,  très  minces,  roulées  et  aplaties 
en  quatre  ou  cinq  doubles.  Ces  objets  avaient  dû  être  intro- 
duits par  une  ouverture  assez  grande,  naturelle  ou  artificielle, 
au-dessus  de  l'orifice  de  la  source,  et  à laquelle  on  n’avait 
porté  aucune  attention  quand  on  avait  procédé  à l’escarpe- 
ment de  la  roche  (1).  Ces  feuilles  ayant  été  déroulées,  on 
put  voir  qu’elles  avaient  été  lissées  grossièrement  pour  pré- 
senter une  épaisseur  uniforme,  ou  simplement  amincies  par 
un  battage  au  marteau.  Elles  étaient  couvertes  de  caractères 
cursifs,  malheureusement  très  altérés  par  l’oxydation  et  la 
pression  faite  en  roulant  et  pliant  les  feuilles.  « Quant  aux 
caractères,  il  semble  qu'une  main  délicate,  une  main  de 
femme,  vient  de  les  tracer  avec  la  pointe  d’une  épingle.  Les 


(1)  Henry,  Revue  archéologique , 4e  année,  lre  partie  (1847),  p.  409  et 
suiv.  (avec  planche  reproduisant  les  lames  de  plomb  et  leurs  inscrip- 
tions). 


286  LA  GAULI-:  THERMALE 


de  plomb  (pii,  évidemment,  n’a  subi  aucune  prépara- 
tion (1).  » 


L interprétation  des  inscriptions  tracées  sur  les  plombs 
d'Amélie,  qui,  malheureusement,  ont  été  perdus,  a exercé  la 
sagacité  de  plusieurs  chercheurs,  mais,  ainsi  que  dit  M.  Méri- 
mée (2),  elles  attendent  encore  leur  OEdipe. 

M l’abbé  Greppo  (3)  y avait  reconnu  un  singulier  mélange 
de  lettres  grecques  et  romaines  et  pensait  avoir  lu  les  mots  : 
Nvmene  Maximie  et  Ma..imina;  Rogat.  Rosam  et  Ramos,  qui  se 
seraient  rattachés  à l'idée  d'offrandes  de  rameaux  et  de  roses, 
et  Kanta  et  Nimfa,  qui  pourraient  se  rapporter  à la  divinité 
invoquée. 

Le  Comité  historique  des  Arts  et  Monuments,  prié  d’exa- 
miner ces  écritures,  dont  les  fac-similés  lui  avaient  été  envoyés, 
se  borna  cà  l’avis  suivant,  inséré  dans  le  Bulletin  de  1846  : 
« M.  Letronne  avait  cru  voir  des  lettres  grecques  dans  ces 
inscriptions.  M.  Mérimée  croit  qu’il  n’y  a que  des  lettres  et 
des  mots  latins.  Ces  lames  de  plomb  paraissent  avoir  été 
jetées  dans  la  source  comme  des  ex-voto,  ou  pour  se  rendre 
favorable  la  divinité  de  cette  fontaine.  » 

M.  de  Bonnefoy  (4),  après  avoir  étudié  les  plombs  et  donné 
les  lectures  qui  lui  semblent  certaines,  conclut  ainsi  : « En 
attendant  une  explication  qu’on  nous  donnera  peut-être  un 
jour,  nous  considérerons  les  plombs  d’Amélie  comme  des 
ex-voto,  des  invocations  à la  divinité  tutélaire  de  la  source 
thermale.  A travers  nos  lectures  pleines  d’hésitation,  nous 
remarquerons  Niskat,  Nikasa,  Niskat , nom  du  génie  de  ces 
eaux,  ainsi  qu’on  l’a  conjecturé;  rogamos,  rogamus,  rogmos, 
partie  d’une  formule  d’imploration  et  quelques  noms  propres. 

(1)  Procès-verbal  authentique  de  la  découverte  des  plombs,  dans  une  lettre 
écrite  le  24  juin  1845,  à M.  Pierre  Puiggari,  par  son  neveu,  oiïicier  du 
génie,  chargé  de  la  direction  des  travaux  de  l’hôpital  militaire. 

(2)  De  antiquis  religionibus  in  Gallià  meridionali  ac  prœsertim  i)>  Pyre- 
nœis  montibus. 

(3)  Op.  cit.,  p.  293. 

(4)  Ëpigraphie  roussillonnaise.  Société  agricole,  scientifique  et  littéraire  des 
Pyrénées-Orientales,  14e  vol. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


287 


11  peut  s’y  trouver  des  mots  grecs,  mais  l’écriture  est  romaine. 
Quant  au  gaulois  ou  aux  termes  barbares,  les  experts  en 
cette  matière  aviseront.  » 

Ces  derniers  s’étaient,  d’ailleurs,  déjà  occupé  de  la  ques- 
tion. Morin,  dans  ses  Monuments  des  anciens  idiomes  gaulois 
(1861),  avait  cru  reconnaître  sur  l’un  des  plombs  une  prière 
gauloise  en  vers  rimés  sur  l’assonnance  I.  11  concluait  à la 
nullité  à peu  près  complète  du  résultat  de  ses  recherches,  et 
ajoutait  que  la  seule  confidence  qu’il  put  encore  faire  était 
que  Niskas  et  Rosamos  étaient  peut-être  le  dieu  et  la  déesse 
d’Améïie-les-Bains. 

De  Belloguet  (1)  pense  qu’outre  les  caractères  grecs  et 
romains,  il  devait  y en  avoir  quelques-uns  d’hispaniques. 
Pour  lui,  « quelques  mots  de  ces  graffiti  sont  certainement 
romains.  Il  est  peu  probable  que  ceux  qui  n’appartiennent 
pas  à cette  langue  soient  gaulois;  nous  sommes  à Amélie-les- 
Bains,  dans  un  pays  cpii  était  presque  entièrement  ibérique, 
et  nous  avons  à peine  rencontré  dans  les  fragments  deux  ou 
trois  mots  qui  paraissent  celtiques,  comme  ema  et  rosamos.  » 

M.  Mérimée  (op.  cit .)  tire  également  quelques  conclusions 
de  ses  lectures  : « In  tribus  incipientibus  diversorum  foliorum 
« fragmentis,  eadem  verba  eodem  fere  ordine  inscrib-untur  : 
« in  frag.  1 : Kantas.  niskas  / rogamos  et  de...  / recamus  vos  ?...  / 
« in  frag.  2 : niskas  aquis../  rogamus...  / in  frag.  7 : Dom...  / 
« niskas  rog..  mus  et  de  / camus  /....  Ilæc  adeo  incerta  aliis 
« intêrpretenda  permittemus  ; tamen  si  quid  in  universum 
« dicere  fas  est,  carmen  nescio  quod  solenne  latere  vicletur, 
« verbis  ad  impetrandum  aliquid  accomodatis.  » 

M.  Nicholson  (2)  a vu  dans  les  tablettes  des  invocations 
sous  une  forme  métrique,  en  un  langage  mélangé  de  gaélique 
et  de  latin.  Le  mot  Niska,  rencontré  à plusieurs  reprises,  lui 
semble  appartenir  à un  génie  des  eaux,  water-spirit , et  Niskas 
Acquises,  déchiffré  sur  une  des  tablettes,  lui  paraît  donner  le 

(1)  Ethno génie  gauloise,  t.  I,  p.  330  et  suiv. 

(2)  Keltic  Besearches.  Sludies  in  the  history  and  distribution  of  the  ann- 
exent Goidelic  language  and  peoples,  1904. 


288 


LA  GAULE  THERMALE 


« nom  original  » d’Amélie,  qui  aurait  été  Aquisa.  Sous  la 
domination  romaine,  ce  nom  serait  devenu  Æmilia,  du 
triumvir  M.  Æmilius  Lepidus,  qui,  en  44,  gouvernait  la 
Narbonnaise. 

En  résumé,  l’interprétation  littérale  semble  devoir  nous 
échapper  toujours,  mais  il  est  évident  que  ces  lames  avaient 
un  caractère  votif,  et  nous  font  apercevoir  une  ancienne  pra- 
tique religieuse  du  plus  haut  intérêt  : l’inscription  du  vœu 
sur  une  tablette  qui  était  déposée  au  point  où  la  divinité  tuté-  I 
laire  exerçait  son  empire  (1).  Peut-être  aussi  y avait-il  un 
rapport  étroit  entre  ces  lamelles  et  les  pièces  de  monnaie  , 
retrouvées  à leurs  côtés;  il  est  permis  de  supposer  que  les  | 
fidèles,  en  même  temps  qu’ils  consignaient  leurs  souhaits  sur 
les  lames  de  plomb,  et  cela  vraisemblablement  d’après  des  } 
formules  rituelles  qui  expliqueraient  les  répétitions  de  mots  - 
constatées  par  les  divers  lecteurs,  jetaient  dans  la  source  une 
offrande  qui  était  en  quelque  sorte  la  rémunération  anticipée  i 
de  l’intervention  divine. 

Marteaux  et  ornements  en  plomb  d’Uriage.  — Le  château  I 
cl'Uriage  renferme  un  certain  nombre  de  petits  objets  en 
plomb,  trouvés  dans  les  ruines  des  anciens  thermes,  qui 
avaient  incontestablement,  étant  donné  leur  nombre,  un  carac-  \ 
1ère  votif,  mais  dont  le  sens  symbolique  est  encore  entouré, 
d’obscurité.  Ces  objets,  de  sept  à huit  pouces  de  longueur, 
présentent  la  forme  de  marteaux  ou  de  haches;  le  relief  est  t 
placé  sur  la  face,  le  derrière  est  plat,  comme  si  la  pièce  était 
destinée  à être  appliquée  contre  un  mur.  Quelques-uns  de  ces  ’ 
marteaux  sont  percés  pour  donner  passage  au  clou  d'attache,  ô 

Greppo  ( op . cit.,  p.  262),  les  considérait  comme  représen- 
tant un  des  attributs  de  Vulcain,  le  dieu  forgeron,  le  dieu  du 


(1)  « C’était  l’usage  dans  l’antiquité  gréco-romaine,  de  confier  non 
seulement  à des  tombes,  mais  à la  mer,  aux  fleuves  et  mômes  aux  sources 
des  puits  les  tablettes  adressées  aux  divinités  infernales  et  sur  lesquelles 
les  dévots  avaient  tracé  leurs  souhaits  et  leurs  exécrations.  Sans  doute 
la  source  amenait  les  vœux  à leur  destination  souterraine.  » Jullian, 
Inscription  gallo-romaine  de  Boni.  Revue  celtique,  1898,  p.  169. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  289 

feu,  le  dieu  des  mines,  qui  pouvait  très  naturellement  aussi 
être  le  dieu  des  sources  minérales  et  thermales. 

On  peut  rattacher  surtout  ces  objets  au  culte  du  dieu  gallo- 
romain  barbu,  à la  tête  olympienne  et  si  fréquemment  repré- 
senté tenant  dans  la  main  un  maillet  à long  manche.  Ce  dieu 
occupait  un  rang  important  dans  les  traditions  religieuses  de 
la  Gaule.  On  y voit  généralement  une  incarnation  de  Taranis, 
le  dieu  de  la  foudre,  une  des  divinités  mentionnées  dans  un 
passage  souvent  cité  du  poète  Lucain  (1).  « Cette  assimilation 
(avec  le  dieu  de  la  foudre),  dit  M.  Gaidoz,  n’est  pas  sans 
raison  d’être  pour  les  eaux  sulfureuses.  N’est-ce  pas  une 
remarque  de  tous  les  jours  que  la  traînée  de  la  foudre 
laisse  derrière  elle  une  odeur  de  soufre  (2)  ? » 

Pour  M.  Allmer  (3),  l’image  de  la  foudre,  aux  mains  du 
dieu  celtique,  était  non  un  maillet,  mais  une  roue.  Selon 
lui,  il  résulterait  manifestement  d’un  ensemble  de  mo- 
numents, que  le  maillet  à court  ou  à long  manche  était  un 
attribut  de  Silvain.  La  présence  de  ce  dieu  auprès  de  sources 
thermales  n’aurait  rien  qui  pût  nous  surprendre,  car  nous 
avons  pu  la  constater  déjà  au  Mont-Dore,  et  signaler  en 
même  temps  les  affinités  de  Silvain  avec  des  divinités  essen- 
tiellement médicales. 

Peut-être  faut-il  même,  pour  interpréter  les  singuliers  ex- 
voto  d’Uriage,  remonter  plus  haut  dans  le  passé,  et  les  consi- 
dérer comme  une  survivance  des  pratiques  traditionnelles 
dont  les  haches  ou  marteaux  en  silex  étaient  l’objet  aux  temps - 
préhistoriques.  Ces  instruments  furent  certainement  entourés 
d’un  culte  fétichiste,  dont  le  symbolisme  possible  nous 
échappe,  mais  dont  les  preuves  apparaissent  jusqu’à  l’évi- 
dence dans  les  sculptures  des  dalles  mégalithiques  du  Mor- 
bihan et  des  grottes  sépulcrales  de  la  Champagne. 

(J)  Pharsale , I,  446. 

(2)  Taranis,  A propos  des  marteaux  d’Uriage.  Revue  celtique,  t.  Vlr 
1883-1885,  p.  457.  — Flouest,  le  Dieu  gaulois  au  maillet  sur  les  autels  à 
quatre  faces.  Revue  archéologique,  3°  série,  t.  XV,  janvier-juin  1890.  — 
Gxinoz,  le  Dieu  gaulois  au  maillet.  Les  autels  de  Stuttgart.  Môme  volume. 

(3)  Les  Dieux  de  la  Gaule  celtique.  Revue  épigraphique. 


19 


290 


LA  GAULE  THERMALE 


Ces  différentes  hypothèses  ont  toutes  leur  part  de  vraisem- 
blance et,  seules,  des  découvertes  épigraphiques  pourraient 
permettre  une  solution  indiscutable,  en  révélant  le  nom  de  la 
divinité  qui  présidait  aux  eaux  d’Uriage  (1). 

Les  haches-marteaux  se  retrouvent  également  dans  la  com- 
position d’un  ornement  en  plomb,  retrouvé  à Uriage  dans  les 
fouilles  de  la  source  thermale,  et  conservé  au  musée  du  châ- 
teau. Il  est  décrit  ainsi  par  Àllmer  (. Inscriptions  de  Vienne,  t.  IV), 
cité  par  le  docteur  Doyon  dans  son  ouvrage  sur  Uriage  et  ses 
eaux  minérales  (1884)  : « Petite  plaque  oblongue  en  plomb,  fai- 
sant partie  d’une  armature  de  même  métal,  qui  probablement 
enveloppait  un  cippe.  L’inscription  est  imprimée  en  relief  et 
entourée  d’un  filet  cordelé  : m-  rvf-  marciax-  vf- 

M.  Ru  fus  Marcianus  a , de  son  vivant,  fait  ce  tombeau. 

« La  plaque  de  plomb  sur  laquelle  se  lit  cette  inscription 
appartient  à un  ensemble  de  débris  qui  méritent  d’être  dé- 
crits. Ils  représentent  la  façade,  découpée  à jour,  d’une  sorte 
de  petit  temple,  dont  la  plaque  en  question  sert  de  soubasse- 
ment et  sert  d’appui  à deux  colonnes  supportant  une  autre 
plaque  pareille  qui  constitue  l’entablement  de  l’édifice,  ter- 
miné au  faîte  par  une  hachette  à deux  tranchants.  Une  ha- 
chette semblable  est  placée  sur  le  soubassement,  et  une  autre 
encore  est  emmanchée  dans  chacune  des  deux  colonnes  à 
laquelle  elle  fait  une  espèce  de  chapiteau  bizarre,  grossière- 
ment disproportionné.  D’autres  débris  du  même  genre  indi- 
quent, quoique  moins  complets,  la  répétition  du  même  sujet, 

(1)  Nous  ne  citons  que  pour  mémoire  ^interprétation  suivante,  figurant 
clans  une  note  de  M.  Pilot,  Bulletin  de  la  Société  de  statistique  du  départe- 
ment de  l’Isère,  séance  du  3 mai  1841  : « L’inscription  d’Uriage  : 
l:  scr.  martinvs.  ac-  f,  nous  apprend  le  nom  du  fondateur  des 
bains  d’Uriage.  Il  est  à croire  que  ce  Scribonius  était  de  la  célèbre 
famille  Scribonia.  Ce  qui  semblerait  le  prouver,  et  qui  expliquerait  en 
même  temps  la  cause  d’une  cinquantaine  de  plaques  de  plomb,  repré- 
sentant chacune  un  marteau,  et  trouvées  dans  les  anciens  bains  d’Uriage, 
ce  seraient  à la  fois  le  surnom  de  Martinus  et  ces  mêmes  marteaux  dont 
on  n’a  point  encore  trouvé  ni  l’usage,  ni  le  motif.  Le  marteau  était  un 
emblème  des  Scribonius,  que  l’on  voit  sur  la  plupart  de  leurs  médailles, 
et  qu’ils  adoptèrent  à cause  d’un  Scribonius  qui,  étant  préteur,  avait  fait 
clore  le  Forum  d’une  charpente.  » 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


291 


et  font  présumer  une  armature  appliquée  sur  les  quatre  faces 
d'un  petit  cippe,  qui  n’était  autre  qu'un  tombeau. 

« Un  vase  gardé  par  deux  griffons  affrontés,  sur  la  plaque 
supérieure,  met  hors  de  doute  la  destination  funéraire  du  mo- 
nument, et  donne  lieu  de  reconnaître  des  figures  de  Yascicc 
dans  les  hachettes  dont  il  vient  d’être  parlé.  » 
Ghampollion-Figeac  (1)  avait  déjà  signalé  cette  plaque 
comme  paraissant  avoir  fait  partie  d’un  petit  bas-relief  en 
plomb,  représentant  un  trépied  avec  un  griffon  de  chaque 
côté,  sujet  ordinaire  de  consécration  à Apollon. 

Greppo  (op.  cit .,  p.  263),  dit  ne  pouvoir  trouver  d’autre 
interprétation  aux  deux  lettres  qui  terminent  l’inscription  que 
Votum  Fecit,  et  voit  dans  l’ensemble  de  ses  débris  les  restes 
d’un  monument  qui  devait  être  certainement  votif. 

Tel  est  aussi  l’avis  de  M.  Gaidoz,  rapporté  par  le  docteur 
Doyon  dans  son  ouvrage  que  nous  venons  de  citer. 


X 


Les  offrandes  que  nous  allons  maintenant  passer  en  revue 
sont  nettement  en  rapport  avec  l’intervention  salutaire  qu’on 
sollicitait  de  la  divinité  de  la  source,  en  représentant  les  par- 
ties du  corps  sièges  des  maladies  dont  on  venait  demander  la 
guérison,  ou  l’image  même,  plus  ou  moins  grossièrement 
figurée,  des  manifestations  extérieures  de  ces  maladies.  La 
plupart  des  ex-voto  de  ce  genre  que  nous  décrirons  provien- 
nent de  temples  médicaux,  voisins,  le  plus  souvent,  de  sources 
sacrées.  C’est  ainsi  que  les  temples  des  sources  de  la  Seine, 
d’Essarrois,  de  Sainte-Sabine  et  d’Halatte  (2)  nous  ont  fourni 


(1)  Cité  dans  un  Rapport  sur  les  antiquités  et  les  bains  d'Uriacje,  près 
Grenoble,  par  Berriat-Saint-Prix.  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires, 
t.  VIII  (1829),  p.  291  et  suiv. 

(2)  La  majeure  partie  des  objets  trouvés  aux  temples  de  la  Seine  et 


292 


LA  GAULE  THERMALE 


des  documents  nombreux  et  importants  au  titre  médical.  C’est 
à ce  point  de  vue  que  nous  les  avons  retenus,  quoiqu’ils  ne 
se  rattachent  pas  absolument  aux  sources  thermales,  mais  le 
caractère  en  est  si  proche  que  nous  avons  cru  pouvoir  le  con- 
server dans  le  meme  esprit.  Il  en  a,  d’ailleurs,  été  découvert 
également  un  certain  nombre  dans  les  anciennes  stations 
thermales.  Greppo  signale,  entre  autres,  des  bras  votifs  en 
terre  cuite,  provenant  de  Vichy,  et  des  ex-voto  de  même  ma- 
tière : têtes,  pieds,  mains,  oreilles,  trouvés  à Aix-en-Provence 
et  conservés  au  musée  de  cette  ville. 

Certains  de  ces  ex-voto  sont  d’un  intérêt  tout  particulier  à 
raison  de  leur  mode  de  fabrication  : ce  sont  de  minces  lames 
de  bronze,  quelquefois  doré  ou  argenté,  représentant,  dé- 
coupées au  ciseau  ou  repoussées  au  marteau,  différentes  par- 
ties du  corps  humain.  Cent  vingt-deux  feuilles  de  ce  genre 
ont  été  recueillies  aux  sources  de  la  Seine,  dans  le  grand  vase 
aux  médailles  dédié  à la  déesse  Sequana;  il  en  a aussi  été  dé- 
couvert un  certain  nombre  à Essarrois. 

Un  auteur  signale  également  la  trouvaille,  aux  bains  de 
Bondonneau  de  « métaux  figurant  diverses  parties  du  corps, 
offrandes  des  baigneurs  débarrassés  des  maladies  qui  affec- 
taient ces  parties  »;  mais  je  n’ai  pu  avoir  aucun  renseignement 
plus  précis  sur  ces  objets  (1).  Enfin,  nous  avons  vu  au  musée 
archéologique  de  Senlis  deux  petits  seins  en  bronze  d’un 
travail  délicat  provenant  du  temple  d’Halatte. 

Il  semble  que  ce  mode  d’offrande  ait  été  de  tradition  an- 
cienne dans  notre  pays.  Au  dire  de  Grégoire  de  Tours,  les 
habitants  de  la  Gaule  représentaient  en  bois  ou  en  bronze  les 
membres  dont  ils  souffraient  et  dont  ils  sollicitaient  la  gué- 
rison, et  les  plaçaient  dans  les  temples.  Ce  même  usage  n’a 
pas,  d’ailleurs,  complètement  disparu;  il  subsiste  encore  dans 

d’Essarrois  figure  au  musée  archéologique  de  Dijon.  Quelques-uns  sont 
au  musée  archéologique  de  Soniur.  Les  objets  provenant  du  temple 
d’IIalattc  sont  conservés  au  musée  archéologique  de  Senlis. 

(1)  Rappelons  également  les  jambes  d’airain  et  d’étain  trouvées  près  de 
la  fontaine  sacrée  de  Léomont.  (Voir  p.  162.) 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


293 


certains  pays,  notamment  en  Espagne,  où  Fon  nous  a signale, 
auprès  de  certains  sanctuaires  vénérés,  l’existence  d’ex-voto 
composés  de  minces  lames  d’argent  estampé  ou  gravé,  façon- 
nées en  forme  de  membres  humains. 


Beaucoup  de  statues  et  de  bustes  en  pierre  découverts  dans 
les  ruines  de  ces  temples,  où  ils  avaient  certainement  été 
déposés  à titre  d’of- 
frandes, ne  présentent 
aucun  caractère  spé- 
cial; ils  sont,  selon 
toute  apparence,  le  tri- 
but de  la  reconnais- 
sance de  gens  atteints 
de  maladies  internes. 

Les  affections  purement 
médicales  n’ont  pas  de 
caractère  d’extériori- 
sation, si  ce  n’est,  chose 
rare,  l’expression  de 
souffrance  ou  les  mo- 
difications d’attitude 
que  l’artiste apu  donner 
à son  sujet.  Ces  mani- 
festations constituent 
alors  de  précieux  docu- 
ments; en  l’absence  de 
données  écrites,  elles 
nous  fournissent  une 
indication  précise  sur 
les  affections  traitées 
dans  la  station. 

Un  des  plus  beaux  exemples  de  ce  genre  est  la  statuette  en 
bronze,  trouvée  à Vichy  dans  un  puits  funéraire,  et  acquise 
en  1895  par  le  musée  du  Louvre,  où  elle  figure  dans  la  salle 
des  Bronzes  antiques  (fig.  32).  Nous  ne  pouvons  mieux  faire 


Fig.  32. 

BUVEUR  EN  BRONZE  PROVENANT  DE  VICHY. 
Dessin  de  Piébourg,  d’après  nature. 


294 


LA  GAULE  THERMALE 


que  d’accompagner  notre  dessin  de  la  description  suivante, 
empruntée  au  docteur  Poucet  (1)  : 

« Ce  bronze  est  de  l’époque  de  la  bonne  sculpture  romaine, 
il  est  très  habilement  travaillé  et  modelé.  Haut  de  10  à 12 cen- 
timètres, large  de  6 h 7,  il  représente  un  baigneur  accroupi, 
vêtu  d’une  robe  et  la  tête  protégée  par  une  coiffure  qui  redes- 
cend en  col  sur  les  épaules  et  devait  être  imperméable,  ce  qui 
fait  songer  à la  douche.  Notre  baigneur  a les  deux  mains  pla- 
cées sur  chaque  genou  ; les  avant-bras  sont  d’une  maigreur 
extrême,  les  mains,  au  contraire,  énormes,  noueuses,  les 
doigts  tuméfiés;  la  main  droite  tient  un  verre. 

« Les  jambes  cachées  dans  les  plis  de  la  robe  montrent  un 
pied  nu  ; l’autre,  malade,  est  garni  d’une  pantoufle.  La  figure 
est  un  chef-d’œuvre  d’expression;  la  tête  est  celle  d’un  homme 
de  cinquante  ans,  le  nez  droit  et  effilé;  mais  la  physionomie 
est  si  parfaite  de  douleur,  les  joues  sont  si  pendantes  de  mai- 
greur après  leur  embonpoint  perdu,  le  cou  est  si  ridé,  le 
buveur  a Pair  si  à plaindre,  si  misérable,  qu’il  en  est  risible. 

« Sans  aucune  contestation  ce  petit  bronze,  unique  jusqu’ici, 
établit  mieux  que  tous  les  textes  possibles  la  présence  des 
buveurs  podagres  à Vichy  du  temps  des  Romains.  L’artiste  a 
coulé  dans  le  métal  ce  que  nos  peintres  modernes  ont  confié 
au  crayon;  mais  la  ressemblance  du  type  est  frappante  à 
1,800  ans  de  distance.  » 

Cette  statuette  peut  être  rapprochée  d’une  autre,  trouvée 
dans  l’Aisne  et  décrite  par  M.  A.  de  Longpérier  (2).  Haute  de 
11  centimètres,  elle  a les  jambes  recouvertes  d’une  draperie, 
un  pied  est  chaussé,  l’autre  nu,  les  bras  et  le  torse  nus  sont 
d’une  maigreur  extrême,  la  tête  a une  remarquable  expres- 
sion de  douceur  et  de  souffrance.  Très  certainement  cette  pièce 
était  un  ex-voto  destiné  à un  temple. 

Dans  la  grande  et  belle  salle  des  Pas  Perdus  de  rétablisse- 
ment du  Mont-Dore  où  M.  Camut,  l’architecte  distingué  et  très 


(1)  Annales  de  médecine  thermale,  5 octobre  1889. 

(2)  Revue  archéologique,  1844,  t.  I,  p.  457. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 


295 


regretté  de  ce  monument,  a disposé  comme  motifs  décoratifs 
les  antiques  débris  de  rétablissement  romain,  se  trouve  un 
buste  en  lave  grise  du  pays,  s’arrêtant  au  bassin,  haut  d’en- 
viron Om.  90.  Il  représente  un  personnage  aux  cheveux  courts, 
taillés  en  calotte  et  vêtu  d’une  toge  artistement  drapée  (fig.  33). 
Voici  comment  le  décrit  le  professeur  Landouzy,  dans  la  remar- 
quable leçon  qu’il  a faite  au  Mont-Dore,  en  1904,  aux  nombreux 
médecins  qui  firent  à cette  époque  le  voyage  d’études  médi- 
cales aux  eaux  minérales,  si  heureusement  organisé  par  le 
docteur  Carron  de  la  Carrière.  « A ce  point  de  vue  (de  l’an- 
tique spécialisation  du  Mont- 
Dore)  il  n’est  pas  sans  intérêt 
d’arrêter  nos  regards  sur  le 
buste  du  Vieux  romain  dont  la 
tournure  est  bien  faite  pour 
retenir  notre  attention.  Avec 
ses  épaules  soulevées,  son  ster- 
num bombé,  sa  poitrine  vous- 
surée,  ses  yeux  saillants,  est-ce 
que  le  personnage  ne  se  pré- 
sente pas  avec  l’habitus  de 
l’asthmatique  e m p h y s é m a - 
teux,  au  cou  court  par  remon- 
tement  du  thorax?  N’est-ce 
pas  cette  impression  que  donne 
la  vieille  statue  en  pierre  ba- 
saltique décorant  aujourd’hui  la  grande  salle  de  l’établisse- 
ment moderne,  comme  elle  ornait,  voilà  bien  des  siècles,  les 
luxueux  thermes  gallo-romains?  S’il  est  permis  de  discuter,  au 
point  de  vue  archéologique,  sur  la  signification  de  l’arme 
sphérique  placée  en  sa  dextre,  et  considérée  aujourd’hui  comme 
un  attribut  d’origine  arienne,  symbolisant  la  force  récupérée, 
le  fait  à noter,  au  point  de  vue  médical,  c’est  que  parmi  les 
nombreuses  statues  retrouvées  dans  les  hydropoles  anciennes 
de  la  France  et  de  l’étranger,  celle  du  Mont-Dore  est  la  seule 
à laquelle  le  sculpteur,  chargé  de  la  décoration  des  thermes, 


Fig.  33.  — BUSTE  DU  MONT-DORE 
DIT  « LE  VIEUX  ROMAIN  ». 


296 


LA  GAULE  THERMALE 

a donné  les  traits  caractéristiques  du  bronchitique  emphysé- 
mateux. » 

Une  statuette  en  bronze,  prove- 
nant d’Uriage,  à surface  érodée,  a été 
signalée  comme  un  spécimen  d’affec- 
tion cutanée.  Un  examen  attentif  a 
montré  que  les  taches  provenaient  de 
l’altération  du  bronze  et  n’étaient 
pas  voulues. 

Une  autre  statuette  d’un  très  haut 
intérêt,  à caractère  médical  ou  chi- 
rurgical très  marqué,  est  celle  qui  a 
été  trouvée  à Vichy  et  dont  la  des- 
cription suivante  a été  donnée  par 
son  propriétaire,  M.  Francis  Pérot  (1): 
« Parmi  les  figurines  trouvées  à Vi- 
chy, nous  possédons  une  charmante 
statuette  représentant  un  homme  bar- 
bu, la  tète  nue;  il  repose  sur  un 
piédouche  sphéroïdal;  il  est  vêtu 
d’un  sagum  court  et  plissé  par  de- 
vant, serré  à la  taille  par  une  double 
corde,  et  descendant  jusqu’aux  ge- 
noux; il  porte  la  braye,  le  bras  gauche 
est  coudé  et  porté  en  écharpe  par  le 
vêtement  qui  se  croise  en  biais  sur 
la  poitrine,  ne  laissant  voir  que  l’ex- 
trémité des  doigts,  tandis  que  le  bras 
droit  est  nu,  replié  et  portant  la 
main  sur  le  sein  (fig.  34).  » Le  bras 
immobilisé  et  tenu  en  écharpe  fait 
aussi  bien  penser  à un  blessé  qu’à  un 


Fig.  34.  — STATUETTE  EN 
TE’RRE  CUITE,  PROVE- 
NANT DE  VICHY. 


Collection  de  M.  Pérot.  Dessin  de 
Champion,  d’après  une  photo- 
graphie de  l’ouvrage  de  MM. 
Mallat  et  Cornillon  : Histoire 
des  Eaux  minérales  de  Vichy. 


malade  atteint  d’une  affection  gout- 


teuse ou  rhumatismale  chronique. 
Si  les  œuvres  à caractère  médical  sont  rares,  plus  abon- 
ni) Centre  Médical,  1897-1898,  p.  178. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  297 

dantes  sont  celles  qui  présentent  un  côté  chirurgical.  Les 
mains,  les  pieds,  les  jambes  sculptés  clans  la  pierre  ont  été 
recueillis  en  grand  nombre  à Ilalatte,  à Essarrois,  aux  sources 


Fig.  35. 

EX-VOTO  PROVENANT  DU  TEMPLE  DES  SOURCES  DE  LA  SEINE. 


Dessin  de  Champion,  d’après  les  planches  jointes  au  mémoire  de  Baudot. 


de  la  Seine.  Nous  ne  parlons  pas  ici,  bien  entendu,  de  mem- 
bres détachés  ayant  appartenu  cà  des  statues  mutilées,  mais 
des  morceaux  faits  spécialement  dans  un  but  dédicatoire,  que 


298 


LA  GAULE  THERMALE 


leurs  formes  ou  le  mode  particulier  de  leur  présentation  per- 
mettent de  reconnaître  assez  facilement. 

Nous  nous  bornerons  à en  citer  quelques-uns,  parmi  les 
plus  caractéristiques  provenant  du  temple  des  sources  de  lu 
Seine  : une  main  votive  placée  sur  un  fond  formé  d’une  petite 
dalle  de  pierre  (fig.  35,  1),  un  bas-relief  représentant  trois 
paires  de  jambes,  ex-voto  familial  probablement  unique  en 
son  genre  ; une  jambe  reposant  sur  un  fond,  dont  l’angle 
supérieur  a été  brisé,  emportant  la  première  partie  d’une 
inscription  dont  il  ne  reste  dans  le  bas  que  la  formule  sacra- 
mentelle : v-  s L M. 

Une  autre  jambe,  reposant  également  sur  un  fond,  porte 
à la  partie  inférieure  de  la  cuisse  et  dans  la  région  du  genou 
une  dédicace  à la  déesse  Sequana  (1)  (fig.  35,  2). 

Au  nombre  des  ex-voto  en  feuilles  de  métal  se  trouve  un 
membre  inférieur  comprenant  le  bas  de  la  cuisse,  le  genou  et 
la  partie  supérieure  de  la  jambe  ; à la  région  du  genou  se  trouve 
marquée  une  tumeur  arrondie  (fig.  35,  3). 

Au  musée  de  Senlis,  parmi  les  objets  provenant  du  temple 
d’Halatte,  on  voit  une  main  embrassant  par  la  partie  supé- 
rieure un  genou  tuméfié,  présentant  les  apparences  d’une 
arthrite  chronique  (fig.  36,  1).  Au  musée  de  Dijon  se  trouve 
aussi  un  genou  séparé. 

Un  des  objets  les  plus  curieux  provenant  du  même  temple 
d’Halatte  est  certainement  un  cœur  en  pierre  (fig.  36,  2).  C’est 
là  aussi,  croyons-nous,  un  spécimen  unique. 

On  a reconnu  un  certain  nombre  de  statues  d’enfants,  les 
uns  ayant  au  cou  la  huila,  d’autres  tenant  dans  leurs  mains 
des  oiseaux,  des  chiens,  etc.  A Essarrois,  on  a trouvé  une 
main  portant  un  enfant  qu’elle  semble  présenter  à la  divinité. 

Plus  nombreuses  encore  sont  les  représentations,  en  pierre 
ou  en  terre  cuite,  d’enfants  au  maillot;  on  en  a rencontré  à 


(l) 


AVG-  SAC.  DOA 
PRO.  SECVAN 


SOURCES  THERMALES  ET  MEDICINALES  29£ 

Essarrois,  à Saint-Seine,  à Halatte,  à Sainte-Sabine,  à Vichy, 
à Bonrbon-Lancy,  etc.  Ces  enfants  ont  la  tête  couverte  et  sont 
hermétiquement  enveloppés  du  maillot,  maintenu  par  une 
bande  circulaire  ou  par  des  tresses  se  croisant  méthodique- 
ment (fig.  36,  3). 

M.  P.  Guillemot  (1)  pense  que  les  statuettes  de  ce  genre,. 


! Fig.  36. 

■ découvertes  dans  le  temple  de  Sainte-Sabine,  au  nombre  de 
vingt  environ,  représentaient  des  malades  enveloppés  de  vête- 
i ments  ou  de  draperies  serrées  par  des  cordons  ou  des  ban- 
delettes. Il  voit  dans  cette  représentation  la  preuve  que  les 
: prêtres  médecins  du  Dieu  Bélénus,  auquel  était  probablement 
consacré  le  temple  (2),  provoquaient,  pour  la  guérison  des 
: malades,  d’abondantes  transpirations. 

(1)  Antiquités  de  Sainte-Sabine,  1861. 

(2)  Un  fragment  d’inscription  sur  une  colonnette  destinée  à supporter 
des  statuettes  votives  donne  les  mots  bereno  cicetivs.  Il  est  très 
probable  que  c’est  là  une  orthographe  vicieuse  du  mot  Belenus,  dieu 

- guérisseur,  dont  le  nom  se  rencontre  tantôt  seul,  tantôt  associé  à 
celui  d’Apollon. 


300  LA  GAULE  THERMALE 

Nous  n’avons  pas  vu  les  statuettes  de  Sainte-Sabine,  mais 
la  description  qu’en  donne  M.  Paul  Guillemot  nous  fait  penser 
qu’il  s’agit  là  aussi  d’enfants  au  maillot.  En  tout  cas  il  ne  peut 
y avoir  de  doute  pour  ceux  qui  proviennent  des  autres  sta- 
tions. Ce  sont  bien  des  enfants  emmaillotés.  La  forme  du 
maillot  n’a  pas  changé  dans  beaucoup  de  nos  provinces, 
notamment  en  Auvergne,  où  le  maillot  actuel  est  la  reproduc- 
tion exacte  du  procédé  d’enveloppage  des  enfants  en  bas-âge 
usité  chez  les  Gallo-Romains. 

Les  maladies  paraissant  dominantes,  si  nous  nous  en  rap- 
portons au  nombre  relatif  des  ex-voto  masculins  ou  féminins, 
sont  celles  des  organes  génitaux. 

Aux  sources  de  la  Seine  un  certain  nombre  de  torses  sont, 
à ce  point  de  vue,  caractéristiques.  Sur  une  des  deux  figures 
dont  nous  donnons  la  reproduction,  on  remarque  un  dévelop- 
pement anormal  des  organes  et  un  double  bourrelet  inguinal  ; | 
sur  l’autre  un  bourrelet  identique  est  très  marqué  à gauche  ] 
(fig.  35,  4 et  5).  J 

Quelle  est  la  signification  de  ce  bourrelet,  qu'on  retrouve  , 
également  sur  d’autres  torses? 

A première  vue  on  pense  à un  bandage  herniaire,  mais  l’ab- 
sence de  pelote  et  le  manque  de  continuité  du  bourrelet  en 
arrière  ne  permet  pas  de  s’arrêter  à cette  idée.  On  a voulu  y 
voir  des  liens  soutenant  une  sorte  de  suspensoir  dont  on  ne 
voit  pas  de  trace.  Il  paraît  probable  qu’on  a cherché  à repré- 
senter,  soit  dés  pointes  de  hernies,  soit,  plus  vraisemblable- 
ment,  des  adénites  inguinales. 

Une  autre  pièce  montre  des  organes  de  dimensions  exagé- 
rées reposant  sur  un  fond,  qui  constitue  une  sorte  de  schéma 
de  bassin  et  de  hauts  de  cuisses  (fig.  35,  6). 

Beaucoup  de  nos  ex-voto  en  feuilles  de  métal  représentent 
des  organes  génitaux  masculins;  l’un  porte  de  chaque  côté  des  : 
grosseurs  buboniques  (fig.  35,  7)  un  autre  nous  montre  un 
homme  portant  les  même  tumeurs  et  ayant  un  développement 
des  seins  qui  tout  d’abord  fait  penser  à une  poitrine  de  femme 
(fig.  35,  8).  Est-ce,  comme  on  l’a  cru,  un  cas  d’hermaphrodisme?  J 


301 


SOURCES  THERMALES  ET 


MÉDICINALES 


Au  musée  de  Senlis  on  est  frappé  du  nombre  de  torses  pré- 
sentant des  parties  génitales  d'aspect  pathologique.  Beaucoup 
nous  montrent  un  développement  des  bourses  dû  à des  hydro- 
cèles, des  sarcocèles  ou  simplement  à des  hernies.  Un  certain 
nombre  sont  caractéristiques  par  le  mouvement  du  patient 
qui  relève  son  vêtement,  pour  présenter  à la  divinité  les  par- 
ties malades  dont  il  implore  la  guérison  (fig.  36,  4). 

Au  même  ordre  d'idées  se  rapportent  peut-être  les  phallus 
isolés  trouvés  dans  les  stations  thermales,  à Bourbon-Lancy, 
à Aix-les-Bains,  à Aix-en-Provence.  ASermaise,  des  phallus  sur 
plaques  ont  été  recueillis  dans  la  source  même. 

Quelques-uns  ont  des  trous  pour  laisser  passer  des  chaî- 
nettes, ou  reposent  sur  des  plaques  percées  de  trous.  On  peut 
donc  penser  que  ce  sont  là  des  bijoux  ou  amulettes  du  genre 
de  ceux  qu’on  a trouvés  dans  nombre  de  ruines  romaines. 
Mais  la  présence  de  ces  objets  dans  la  source,  ainsi  que  les 
phallus  d’Aix-en-Provence  sculptés  sur  pierre  et  celui  d’Aix- 
les-Bains,  en  marbre  blanc  incrusté  dans  du  marbre  rouge, 
trouvé  dans  les  ruines  d’une  des  chambres  souterraines  des 
thermes,  sont  la  preuve  du  culte  spécial  que  leurs  vertus  par- 
ticulières avaient  fait  naître  auprès  de  quelques  sources. 

Certaines  eaux  minérales  avaient  une  réputation  d’excitant 
génésique,  et,  en  dehors  de  quelques  affections  dont  nous 
avons  vu  plus  haut  les  manifestations,  il  est  probable  qu’un 
certain  nombre  de  malades  allaient  demander  aux  eaux  le  réta- 
blissement de  leur  vigueur  ou  la  guérison  de  leur  impuissance. 
Ainsi  on  a trouvé  des  phallus  à Sinuessa  dont  les  eaux  jouis- 
saient autrefois  d’une  grande  réputation  contre  la  stérilité. 

Et  c’est  sans  doute  aussi  pour  invoquer  la  guérison  de  la 
stérilité  ou  de  maladies  internes  qu’étaient  déposés  dans  les 
temples  les  torses  féminins  qu’on  voit  à côté  des  torses 
d’hommes  dont  nous  avons  parlé.  Les  uns  n’offrent  à la  vue 
rien  de  spécial  : les  autres  montrent  des  parties  génitales  mani- 
festement malades  ; c’est  le  cas  d’un  ex-voto  en  pierre  prove- 
nant des  sources  de  la  Seine,  où  le  gonflement  du  bas  ventre 
est  tel  que,  n’était  la  ligne  vulvaire,  on  pourrait  croire  à la 


302 


LA  GAULE  THERMALE 


présence  d’une  sorte  de  ceinture  hypogastrique  (fig.  35,  9). 

Les  seins  fournissent  une  ample  moisson  de  spécimens,  seins 
en  pierre  (fig.  36,  5),  séparés  ou  par  paires;  seins  en  bronze, 
{on  en  voit  un  bel  exemplaire  traité  avec  beaucoup  d’art  dans 
une  vitrine  du  musée  de  Senlis)  ; seins  sur  des  feuilles  métal- 
liques. Deux  de  ces  feuilles,  au  musée  de  Dijon,  représentent, 
l’une  un  torse  de  femme  avec  tête,  l’autre  un  torse  seul  mon- 
trant chacune  deux  seins  porteurs  d’élevures  mamelonnées 
qui  font  penser  à une  série  de  petites  tumeurs  ou  à une  tumeur 
mamelonnée  (fig.  35,  10;  (1).  Une  autre  expose  deux  seins  dont 
l’un  est  normal  tandis  que  l’autre  porte  des  traces  d’indura- 
tions (fig.  35.  11). 

Un  torse  tronqué,  de  la  même  provenance,  a été  regardé 


Fig.  37.  — FEUILLES  DE  MÉTAL  REPRÉSENTANT  DES  YEUX 
PROVENANT  DU  TEMPLE  DES  SOURCES  DE  LA  SEINE. 


comme  celui  d’une  femme  tenant  un  objet  rond,  contre  son 
sein  droit.  En  l’examinant  de  près,  nous  avons  acquis  la 
conviction  qu’elle  soutenait  ou  montrait  de  sa  main  droite 
son  sein,  siège  d’une  vaste  ulcération. 

Enfin,  les  ex-voto  sur  feuilles  de  métal  recueillis  à Essarrois 
et  aux  sources  de  la  Seine,  dont  les  temples  devaient  avoir  une 
réputation  spéciale  pour  les  organes  de  la  vue,  offrent  de  nom- 
breuses représentations  d’yeux,  où  sont  figurées  sur  la  plu- 

(1)  M.  Mignard  (Historique  d'un  temple  dédié  à Apollon,  près  d’ Essar- 
rois) signale,  mais  sans  être  très  affirmatif  à cet  égard,  deux  fragments 
de  verre  qui  sembleraient  offrir  des  saillies  comme  des  seins. 


SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES  303 

part  des  indications  de  pupilles  et  de  cils.  Peu  de  choses  à 
relever  ici  pour  le  médecin. 

Sur  l’une  de  ces  images,  le  tracé  des  yeux  est  fait  par  des 
lignes  marquées  de  place  en  place  par  des  points  en  élevures, 
qui  peuvent  vouloir  représenter  des  chalazions  ( fig . 37). 

Sur  une  autre  est  gravé  le  nom  de  MATTA;  on  y remarque 
que  la  cornée  ne  porte  pas  l’indication  de  l’ouverture  de  la 
pupille.  Cette  omission  est-elle  volontaire  pour  indiquer  la 
cécité?  Cette  indication  semble  apparaître  plus  nette  encore 
dans  une  autre  figure,  dont  les  yeux  sans  vie  donnent  bien 
l'impression  de  la  cécité  absolue. 


QUATRIÈME  PARTIE 

ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 
ET  STATIONS  GALLO-ROMAINES 


Après  ces  premiers  chapitres,  dans  lesquels  nous  avons 
examiné  à divers  points  de  vue  la  Gaule  thermale  prise  dans 
son  ensemble,  nous  allons  consacrer  notre  dernière  partie  à 
l’étude  particulière  de  chaque  source  ou  station,  étude  limitée, 
bien  entendu,  à ce  qui  peut  être  relatif  à son  antique  passé 
médical  ou  balnéaire.  Les  sept  premiers  chapitres  seront 
relatifs  à la  France  et  à F Alsace-Lorraine.  Dans  le  huitième, 
nous  donnerons  sur  les  principales  sources  ou  villes  d’eaux 
anciennes  de  la  Suisse,  de  la  région  du  Rhin  et  de  la  Belgique 
quelques  notions  nécessairement  beaucoup  plus  sommaires, 
figurant  ici  bien  plus  à titre  d’indications  que  d’études  appro- 
fondies. Nous  franchirons  quelquefois  les  anciennes  limites  de 
la  Gaule  pour  pénétrer  dans  la  Germanie;  mais  nous  avons 
voulu  donner  un  aperçu  complet  de  l’intensité  de  la  vie  ther- 
male d’autrefois  dans  nos  régions,  plutôt  que  nous  enfermer 
dans  la  rigueur  d’un  cadre  géographique  inflexible. 


CHAPITRE  PREMIER 


Région  des  Alpes  et  Provence. 


Menthon.  — Sur  la  rive  orientale  du  lac  d’Annecy  près  du 
village  de  Menthon,  où  est  encore  exploitée  une  source  sul- 
fureuse froide,  des  fouilles  successives  ont  mis  à jour  un 
véritable  établissement  balnéaire,  voisin  d’un  groupe  d'habi- 
tations, dominé  par  le  roc  de  Chère,  sur  lequel,  en  1786,  on 
avait  reconnu  des  vestiges  d’un  camp  ou  d’une  redoute 
antique.  Une  tradition  constante  dans  le  pays  rapportait  que 
Menthon  avait  eu  jadis  des  thermes  fapneux,  et  le  nom  de 
Bains  romains  avait  toujours  été  conservé  à d’anciennes 
constructions,  enfouies  en  grande  partie. 

Vers  1840,  on  avait  déjà  pu  suivre  des  quadrilatères  de 
maçonneries,  reliés  les  uns  aux  autres,  et  pour  la  plupart, 
entourés  de  canaux,  et  ramené  au  jour  des  tuiles  à rebords, 
des  plaques  de  marbre  blanc  et  des  tuyaux  de  briques  noj'és 
dans  du  ciment.  La  disposition  générale  des  lieux  ne  permet- 
tait pas  de  mettre  en  doute  leur  destination;  aussi,  dans  une 
lettre  adressée  à l’abbé  Greppo  et  reproduite  par  lui  dans  son 
ouvrage  (p.  309),  Monseigneur  l’évèque  d’Annecy  s’expri- 
mait ainsi  : « Les  murs,  les  assises,  le  ciment,  tout  est  romain. 
Les  piscines  parfaitement  dessinées,  au  nombre  de  quatre,  les 
aqueducs  pour  l’arrivage  et  le  départ  des  eaux,  tout  indique 

de  la  manière  la  plus  évidente  que  c’était  un  établissement  de 

% 

bains.  » 

A cette  époque  encore  la  source  minérale  qui  devait  ali- 
menter ces  bains  était  restée  introuvable,  et  ce  n’est  qu  en 
1865  qu’elle  fut  découverte  par  un  chercheur  de  sources, 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  307 

Borda-Bassana,  ancien  guide  au  Grand  Saint-Bernard  fl).  Deux 
bassins  anciens  furent  alors  reconnus.  « L'un,  en  petit  appa- 
reil régulier,  forme  un  puits  carré,  séparé  de  l’autre  par  un 
massif  plein  d’environ  un  mètre  d’épaisseur.  L’autre,  situé 
au  nord-est,  dessinant  un  polygone  irrégulier,  ne  montra 
d’abord  que  de  gros  blocs  calcaires,  largement  appareillés, 
sur  une  hauteur  approximative  de  1 m.  50.  Ensuite  on 
découvrit  une  étroite  corniche,  et  enfin  un  large  bassin  pro- 
fond de  plus  de  4 mètres,  se  pliant  comme  l’orifice  en  paral- 
lélogramme irrégulier,  se  terminant  en  cône  à angles  très 
obtus  et  revêtu  de  belles  plaques  de  marbre  de  couleur 
foncée,  sauf  pour  quelques  parties  où  l’on  avait  mis  à profit  la 
roche  elle-même.  Trois  ouvertures  y ont  été  constatées  : la 
première  était  bouchée  par  un  morceau  de  sapin  ; la  seconde 
au-dessous  de  la  corniche,  contenait  encore  un  conduit  en 
plomb,  et  la  troisième,  au-dessus  de  cette  même  corniche, 
n’oflrait  pas  de  caractères  particuliers  (2).  » 

C’est  dans  la  terre  d’alluvion  qui  avait  comblé  le  grand 
bassin  que  furent  trouvés  les  vases  votifs  dont  nous  avons  déjà 
parlé,  ainsi  qu’un  certain  nombre  de  monnaies  appartenant, 
sauf  une,  aux  deux  premiers  siècles,  et  quelques  instruments 
en  fer,  dont  un  strigile. 

De  nouvelles  fouilles  opérées  vers  1893  aboutirent  à la 
découverte  d’un  canal  en  ciment  qui  recueillait  les  eaux  pour 
les  déverser  dans  le  lac,  de  nouveaux  murs  et  de  débris 
divers. 

Nous  donnons  un  croquis  des  substructions  de  l’établisse- 

(1)  Cette  trouvaille  avait  été  relatée  dans  l’inscription  suivante,  gravée 
sur  une  plaque  de  marbre  qui  doit  être  replacée  à l’entrée  des  bains 
nouveaux  : 

BAINS  ROMAINS 

PERDUS  EN  L’AN  64  DE  l’æIRE  CHRETIENNE 
RETROUVÉS  ET  1865 
PAR  LE  MONTAGNARD  BORDA  BASSANA 
EX  GUIDE  DU  GRAND  S1 2'  BERNARD 
AVEC  LE  CONCOURS  DE 
Mn  l’avocat  DESPINES. 

(2)  Alphonse  Despine,  Notice  historique  sur  Menthon-les-Bciins  et  ses 
’ thermes.  Annecy,  1865. 


308 


LA  GAULE  THERMALE 


ment  balnéaire,  établi  d’après  le  plan  joint  à un  mémoire  de 
MM.  Marteaux  et  Le  Roux  (1),  à qui  j’emprunte  également  les 
indications  suivantes,  nécessaires  pour  l’intelligence  de  ce  tra- 
yail  (fi!)'  38)  : « 11  existait  deux  corps  de  bâtiments  séparés  par 
un  intervalle  ou  une  allée  M et  divisés  en  un  certain  nombre  de 


) il)*"  8 il 

U * .1.  ê ..  —■  8 . J 

Fig.  38.  — PLAN  DES  THERMES  DE  MENTHON. 

D’après  le  plan  joint  au  mémoire  de  MM.  Marteaux  et  Le  Roux. 

pièces.  Dans  la  partie  est-sud,  et  suivant  un  alignement 
nord-sud,  on  a découvert  des  fondations  en  hémicycle  qui 
devaient  faire  partie  des  piscines  circulaires  (probablement 
des  frigidaria).  Le  corps  de  bâtiment  sud  était  divisé  en 
pièces,  dont  trois  H,  R,  N communiquaient  entre  elles  par  des 
portes  dont  le  seuil  était  formé  de  grosses  pierres  de  taille 

(1)  Voie  romaine  de  Boutœ  à Camaria.  Revue  savoisienne.  1903,  p.  175 
et  suiv. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  309 

élevées  de  0 m.  «30  environ  au-dessus  du  sol.  Un  réseau  de 
distribution  pour  les  eaux  c',  suivant  parfois  le  contour  des 
murailles,  était  constitué  par  des  canaux  d’où  l’on  a sorti  les 
conduits  en  terre  «à  section  rectangulaire  du  vaporariuin. 

« Une  partie  très  importante,  découverte  dernièrement 
comme  nous  l’avons  dit,  est  un  frigidarium.  Cette  pièce 
détruite  en  partie  est  coupée  à angle  obtus  par  le  retour  d’un 
mur  construit  à une  époque  bien  postérieure  après  la  des- 
truction des  thermes. 

« Les  chambres  P et  K'  ont  montré  des  conduits  de  chaleur 
ou  de  fumée  pratiqués  dans  l’épaisseur  des  murs  et  en  relation 
avec  les  fourneaux  de  l’hypocauste,  un  pont  en  carrelage  J 
sur  un  souterrain  recouvrant  probablement  le  prœfurnium 
communiquant  avec  le  fourneau.  Enfin,  les  pièces  X,  Q,  R 
avaient  l’une  de  leur  parois  disposée  en  demi-cercle  surbaissé  : 
c’étaient  très  probablement  des  caldaria,  ou  des  laconica 
chauffés  par  les  conduits  de  chaleur  creusés  dans  l’épaisseur 
des  murs  près  des  chambres  P et  K'.  » 

Tout  cet  ensemble  ne  paraît  pas  avoir  entièrement  disparu 
aujourd’hui,  car  le  Guide  Joanne  de  la  Savoie  signale  encore, 
dans  un  verger  au-dessous  du  village,  des  restes  des  bains 
romains,  ainsi  què  leur  bassin  de  captage,  entouré  d’un  mur 
cimenté. 

Thonon.  — A deux  kilomètres  de  Thonon,  surgissent  les 
eaux  minérales  de  la  Arersoie,  dont  l’exploitation  a été  reprise 
à la  suite  de  travaux  exécutés  en  1882. 

Au  cours  des  fouilles  pratiquées  à cette  occasion,  on  décou- 
vrit, à un  mètre  au-dessous  du  sol,  un  captage  fait  au  moyen 
de  briques  romaines,  et  d’où  partait  une  canalisation  en  bri- 
ques de  forme  spéciale,  que  mutilèrent  et  brisèrent  malheu- 
reusement les  outils  des  terrassiers.  Cette  canalisation  se  com- 
posait d’une  tuile  plate  à rebords  faisant  fond  et  d’une  tuile 
de  forme  légèrement  ogivale,  cimentée  à ses  deux  points 
d’appui  contre  les  rebords  de  la  tuile  de  fond,  dont  le  vide 
était  de  0 m.  20  environ. 


310 


LA  G A IJ  L E THERMALE 


Aux  abords  du  captage  et  de  la  canalisation  furent  trouvés 
plusieurs  fragments  de  poteries  gallo-romaines,  ainsi  qu’un 
certain  nombre  de  monnaies  de  bronze  des  Antonins,  Marc- 
Aurèle,  Claude,  Valère  et  Postume. 

Les  objets  provenant  de  ces  fouilles  ont  été  placés  au 
musée  de  Thonon,  où  fut  déposé  également  un  plan,  malheu- 
reusement disparu  aujourd’hui,  paraît-il,  qui  donnait  une 
idée  très  nette  de  la  disposition  du  captage  et  de  la  canalisa- 
tion gallo-romaine  des  eaux  de  la  Versoie. 

Bromines.  — Une  source  sulfurée  sodique  qui  y est  em- 
ployée en  boisson,  douches,  bains  d’eau  et  de  vapeur,  était 
déjà  connue  et  exploitée  à l’époque  romaine.  En  août  1851, 
on  a découvert  près  de  la  source  des  débris  d’anciennes  ma- 
çonneries, des  médailles  et  des  poteries,  dont  trois  petits 
vases,  de  provenance  gallo-romaine,  qui  sont  conservés  au 
musée  d’Annecy. 

....  , ; , 

Le  Petit-Bornand.  — M.  Y.  Barbier,  dans  son  ouvrage  : 
la  Savoie  thermale  et  minérale,  publié  en  1878,  signale  des  restes 
de  bains  gallo-romains  qu’on  remarquait  encore,  quelques 
années  auparavant,  auprès  des  sources  sulfureuses  et  alca- 
lines du  Petit-Bornand.  Je  n’ai  pu  avoir  sur  cet  ancien  établis- 
sement et  ses  vestiges  de  renseignements  plus  complets. 

La  Caille.  — Les  eaux  sulfureuses  de  la  Caille  avaient  égale- 
ment fixé  l’attention  des  Romains.  Les  travaux  de  déblaiement 
qui  furent  exécutés  en  1847  y firent  découvrir  des  restes  de 
thermes  qui  ne  peuvent  laisser  aucun  doute  à cet  égard. 

La  position  spéciale  de  ces  eaux,  enfouies  au  fond  d’une 
gorge  pittoresque  où  la  rivière  des  Usses  coule  à une  grande 
profondeur,  leur  a peut-être  permis  d’échapper  à la  dévasta- 
tion qui  signala  d’une  manière  générale  les  invasions  barbares 
en  Occident,  car  on  a rencontré  à la  Caille,  dit  M.  Y.  Barbier 
(op.  cit.)  des  constructions  qui  semblent  prouver  que  les  bains 
survécurent  à la  domination  romaine. 


ETUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


311 


Aix-les-Bains.  — Les  nombreuses  découvertes  de  débris  et 
de  substructions  antiques  qu’ont  rendus  à la  lumière  les  tra- 
vaux exécutés  dans  le  sol  de  cette  station  thermale  attestent 
l’existence  d’une  cité  gallo-romaine,  dont  quelques  édifices 
subsistent  encore  au-dessus  du  sol,  mais  dont  il  faut  chercher 
sous  terre  les  vestiges  au  point  de  vue  spécial  des  installations 
thermales. 

C’est  en  1772  que  les  restes  des  bains  romains,  dont  le  sou- 
venir s’était  à peu  près  perdu,  et  sur  lesquels  s’élevaient 


(Les  murs  en  blanc  indiquent  des  constructions  modernes.) 

certains  quartiers  de  la  ville  du  moyen  âge,  furent  retrouvés 
au  hasard  d'une  fouille,  par  un  ouvrier  creusant  les  fondations 
d’une  muraille.  D’autres  découvertes  eurent  lieu  par  la  suite, 
en  1803  et  en  1832,  notamment,  et  permirent  d’étudier  un 
certain  ensemble  de  chambres  souterraines,  décrites  par 
Albanis  Beaumont  (1),  le  général  comte  de  Loche  (2),  Cons- 
tant Despine  (3)  et  M.  le  comte  de  Loche  (4),  à qui  nous  avons 
emprunté  la  majeure  partie  des  détails  qui  vont  suivre. 

En  se  reportant  au  croquis  exécuté  d’après  le  plan  joint  au 
mémoire  duPgénéral  de  Loche  (f îg.  39),  on  voit  en  A et  en  B 
des  pièces  souterraines,  dans  lesquelles  l’eau  thermale  circulait 

(1)  Description  des  Alpes  Grecques  et  Cottiennes,  an  XI. 

(2)  Mémoire  sur  les  souterrains  des  anciens  bains  d’Aix-en-Savoie. 
Mémoires  de  la  Société  royale  académique  de  Savoie,  t.  V,  1831. 

(3)  Manuel  de  l’étranger  aux  eaux  d’Aix-en-Savoie,  1834. 

(4)  Histoire  de  la  ville  d’Aix.  Mémoires  de  T Académie  des  sciences, 
belles-lettres  et  arts  de  Savoie,  4°  série,  t.  VII,  1899. 


LA  GAULE  THERMALE 


312 

entre  des  piliers  de  briques  assemblées  avec  du  ciment,  qui 
supportaient  le  plancher  de  chambres  supérieures,  où  se 
rendaient  les  vapeurs  d’eau,  au  moyen  de  tubes  quadrangu- 
laircs  de  briques  d’une  seule  pièce,  percés  vers  le  milieu  de 
leur  longueur  d’une  et  quelquefois  deux  ouvertures  rectan- 
gulaires. En  E,  était  un  bain  d’immersion  n’ayant  pas  de 
cheminées,  et  qui  devait  recevoir  de  l’eau  ayant  déjà  circulé 
et  considérablement  attiédie.  En  F,  diverses  pièces  en  ruines 
présentaient  également  des  bases  de  cheminées  en  briques  et 
des  restes  de  piliers  quadrangulaires. 

La  pièce  située  en  I offrait  un  intérêt  tout  particulier  à 
raison  de  sa  structure  et  de  sa  conservation.  Elle  renfermait 
un  bain  d’immersion,  formé  d’une  lourde  maçonnerie  d’en- 
viron deux  pieds  d’épaisseur  dans  laquelle  était  établi  un  bain 
de  forme  octogonale,  et  qui  reposait  sur  un  nombre  considé- 
rable de  piliers  en  briques  plates,  circulaires,  de  0 m.  50  de 
hauteur.  Le  sol  du  bain  était  composé  de  briques  plates,  puis 
de  ciment  romain  et  d’un  revêtement  de  marbre.  D’après 
Despine,  certaines  parties  des  revêtements  de  marbre  sont 
recouvertes  d’un  espèce  de  mastic  mélangé  de  fragments  de 
briques,  qui  devait  avoir  pour  but  d’empêcher  la  filtration  des 
eaux  sur  des  points  où  les  marbres  étaient  détériorés.  Un 
banc  également  revêtu  de  marbre,  régnait  autour  du  bain,  où 
l’on  descendait  par  deux  escaliers.  Une  sorte  de  socle,  vrai- 
semblablement destiné  à recevoir  une  statue,  s’élevait  à un 
point  du  bassin  vers  lequel  le  plancher  présente  une  certaine 
inclinaison;  une  ouverture  pratiquée  au  pied  de  ce  socle 
devait  servir  à l’écoulement  de  l’eau  contenue  dans  le 
bassin  (1). 

Cet  ensemble,  auquel  on  donnait  le  nom  de  Vaporarium  et  de 
Bain  de  César,  ainsi  que  plusieurs  autres  bains  trouvés,  d’après 
Despine,  sous  les  maisons  voisines,  étaient  alimentés  par  l’une 
des  deux  sources  d’Aix,  dite  fontaine  d’Alun.  L’eau  se  rendait 
ensuite  dans  une  grande  piscine,  connue  successivement  sous 

(1)  Un  dessin  de  ce  bain  est  donné  dans  l’Histoire  de  la  ville  d’Aix,  op. 
cil.,  en  face  la  page  366. 


ÉTUDIC  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  313 

les  noms  de  Bain  royal , Bain  des  chevaux  et  Bains  des  pauvres  ou 
de  r/iospice  (1).  Au  milieu  de  ce  bassin  s’élevait  un  piédestal, 
qui  portait  sans  doute  la  statue  de  quelque  divinité.  Un 
conduit  en  plomb  apportait  directement  de  l’eau  chaude  à la 
piscine  et  permettait  de  réchauffer  ainsi  celle  qu’avait  trop 
refroidie  son  passage  dans  le  vaporarium  et  le  bain  de  César.  De 
cette  piscine,  l’eau  était  conduite  hors  de  la  ville  par  des 
conduits  souterrains. 

En  1854,  Despine  (2)  signala  la  découverte  récente  de  trois 
chambres  souterraines,  faisant  suite  au  vaporarium.  Ces  pièces 
carrées,  communiquant  ensemble,  avaient  leurs  parois  inté- 
rieures revêtues  d’un  enduit  épais  de  briques  concassées  et  de 
chaux  vive,  et,  sur  le  plancher  inférieur  en  briques,  étaient 
établis  des  piliers  carrés  de  2 mètres  de  haut,  dont  quelques- 
uns  existaient  encore  intacts  au  moment  de  la  découverte.  A 
l’est  de  ces  trois  pièces,  on  reconnut  une  galerie  voûtée  de 
7 mètres  de  long,  sur  2 m.  50  de  haut  et  1 m.  50  de  large, 
coupée  à angle  droit  par  une  autre  galerie  aboutissant  à un 
réservoir  où  se  rendait  un  fdet  d’eau  thermale  à 35  degrés. 

Enfin,  en  1879,  lors  des  fouilles  faites  pour  asseoir  un  bâti- 
ment annexe  de  l’établissement  thermal,  on  trouva  les  restes 
d’une  piscine  romaine,  de  12  mètres  de  diamètre,  dont  le  sous- 
pied  était  en  mosaïque,  des  débris  de  bains,  fûts  de  colonnes, 
chapiteaux,  etc.  , 

Cet  important  ensemble  de  constructions,  ainsi  que  tout  un 
dédale  de  voûtes  et  canaux  reconnus,  mais  inexplorés,  à 
moitié  enfouis,  et  dans  lesquels  circule  encore  un  peu  d’eau 
chaude,  sont  les  indices  certains  de  l’existence  d’un 
vaste  établisement  antique,  où  l’on  utilisait  les  deux  sources 
d’Aix,  eaux  de  soufre  et  eaux  d’alun,  et  qui  s’étendait  sur  un 
périmètre  bien  plus  étendu  que  celui  de  l’établissement  actuel. 
Une  notable  partie  des  édifices  thermaux  doit  encore  être 


(1)  Un  dessin  de  cette  piscine,  qui  a disparu  à une  époque  relative- 
, ment  assez  récente,  est  donné  dans  Y Histoire  de  la  ville  d’Aix,  op.  cit., 

en  face  la  page  404. 

(2)  Mémoires  de  l’Académie  royale  de  Savoie,  t.  II,  1834. 


314 


LA  GAULE  THERMALE 


enlouie  sous  lu  sol;  d’autre  part,  les  fouilles  opérées  ne  sëm- 
blent  [tas  avoir  été  conduites  avec  assez  de  soin  et  de  méthode 
pour  qu'on  puisse  en  dégager  un  plan  d’ensemble  des  bains  à 
l’époque  romaine. 

Albanis  Beaumont  (4)  en  avait  cependant  donné  un,  tout  en 
avouant  lui-même  que  ce  travail  pouvait  être  considéré  comme 
idéal  : « cependant,  ajoute-t-il,  j’ose  avancer  que  l’écart  ne 
peut  être  que  très  léger,  ou  qu’il  existe  encore  plusieurs  par- 
ties de  ces  thermes  analogues  au  dessin.  » Les  découvertes 
successives  faites  à Aix  démontrent,  au  contraire,  que  le  plan 
de  Beaumont  doit  être  considéré  comme  une  œuvre  de  pure 
imagination,  qui  prêtait  à l’édifice  ancien  une  correction  et 
une  symétrie  qu’il  n’a  jamais  eues.  « Les  Romains,  dit  M.  le 
comte  de  Loche  (2),  firent  probablement  ce  qu’on  fit  depuis 
plus  de  cent  ans,  c’est-à-dire  additionnèrent  leurs  thermes  à 
mesure  des  besoins,  mais  ne  construisirent  pas  d’établissement 
aussi  grandiose  et  aussi  régulier  que  semble  le  croire  de 
Beaumont;  du  moins,  rien  ne  le  fait  supposer.  » 

Plus  favorisées  que  la  plupart  des  établissements  similaires, 
les  chambres  souterraines  des  anciens  thermes  d’Aix  n’ont 
pas  été  détruites  ou  remblayées,  et  elles  subsistent  encore 
dans  le  sous-sol  d’une  maison  voisine  de  l’établissement 
moderne. 

Les  catastrophes  qui  ont  fait  disparaître  totalement  la 
superstructure  des  thermes  d’Aix  ont  laissé  debout  deux 
monuments,  d’ordres  tout  à fait  différents,  appartenant  éga- 
lement à l’époque  gallo-romaine.  C’est,  d’abord,  l’édifice 
connu  sous  le  nom  de  Temple  de  Diane,  dont  nous  avons 
parlé  dans  une  autre  partie  de  ce  travail,  et,  ensuite,  l’Arc  dit 
de  Camp  an  us,  qui  s’élève  sur  la  place  des  Bains,  en  face  de 
l’établissement  thermal. 

Son  architecture  appartient  aux  ordres  dorique  et  toscan. 
L’arc  est  surmonté  d’un  attique  élevé  sur  un  socle,  et  deux 
pilastres  décorent  la  façade  ouest.  Sur  la  frise  sont  creusées 

(1)  Op.  cil.,  pi,  XYII  et  p.  240,  t.  I. 

(2)  Histoire  de  la  ville  d’Aix. 


ETUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


315 


huit  niches,  dont  quatre  de  forme  carrée  et  quatre  autres  ar- 
rondies dans  leur  partie  supérieure,  (huître  inscriptions  sont 
gravées  au-dessous  des  niches,  et  l’inscription  suivante,  gravée 
sous  l’architrave,  nous  donne  le  nom  du  fondateur  du 
monument  : 

L-  POMPEIVS-  CAMPANVS-  VIVVS-  FECIT 

Je  considère  comme  inadmissible  l’opinion  qui  voit  dans 
cet  édifice  l’entrée  monumentale  des  thermes,  en  meme  temps 
qu’un  témoignage  de  reconnaissance  élevé  par  L.  P.  Cam- 
panus  aux  membres  de  sa  famille  qui  avaient  contribué  à leur 
construction  ou  à leur  restauration. 

A mon  avis,  la  destination  funéraire  de  ce  monument  n’est 
pas  douteuse.  « Ce  qui  fait  son  intérêt,  dit  M.  Desjardins  (1  ), 
c’est  qu’il  n’a  pas  un  caractère  public,  et  qu’il  nous  montre 
une  famille  obscure,  mais  opulente,  au  premier  siècle  de  notre 
ère,  élevant  sur  une  place  centrale,  en  face  de  l’établissement 
des  thermes,  une  sépulture  dont  cet  arc  était  évidemment  le 
somptueux  portail.  Il  était  détaché  et  formait  l’accès  d’un 
columbarium , dont  la  partie  supérieure  devait  avoir,  comme 
les  columbaria  de  Rome,  sur  la  voie  Appienne,  un  édicule 
richement  décoré,  par  lequel  on  descendait  dans  le  caveau  où 
étaient  disposées  les  urnes  cinéraires  dans  des  niches.  Il  devait 
y en  avoir  quatorze,  comme  l’indiquent  les  inscriptions  gra- 
vées sur  le  portail.  » 

En  dehors  des  thermes  proprement  dits,  et  de  ces  deux 
grands  édifices,  les  recherches  pratiquées  sur  divers  points  de 
la  ville  ont  permis  de  constater  l’existence  de  nombreux 
vestiges  de  la  cité  antique.  Des  fouilles  faites  en  1869,  notam- 
ment, dans  la  région  qui  s’étend  au  levant  de  l’hôtel  de  ville, 
amenèrent  la  découverte  d’un  grand  nombre  de  murailles 
rapprochées  les  unes  des  autres,  et  qui  semblent  avoir  été  les 
fondations  d’un  groupe  d’habitations  romaines.  On  trouva 
aussi  des  canaux  de  mortier  ou  de  briques  plates,  dans  la 

(1)  Sur  quelques  monuments  épigraphiques  d' Aix-les-Bains.  Bulletin 
épigraphique  de  la  Gaule,  novembre-décembre  1882. 


LA  GAULK  THERMALE 


31  « 

direction  du  levant  au  couchant,  prenant  leur  origine  du  côté 
du  vaporarium , et  aboutissant  à ce  groupe  d’habitations. 
(Comte  de  Loche,  op.  cit.)  Il  semble  résulter  de  cette  constatation 
qu’il  devait  exister  dans  cette  région  un  annexe  de  rétablisse- 
ment thermal,  ou  des  bains  particuliers  alimentés  ainsi  direc- 
tement par  l’une  des  sources  thermales. 

Des  blocs  de  pierre  taillés  avec  soin,  des  débris  de  chapi- 
teaux, de  colonnes,  d’entablements,  des  fragments  de  mosaïque, 
des  morceaux  de  marbres  étrangers  ou  du  pays  débités  en 
lames  plus  ou  moins  épaisses,  sont  autant  de  témoignages  de 
l’ancienne  magnificence  et  de  la  splendeur  des  thermes  et  des 
habitations  privées  de  la  cité  d’Aquæ,  qui  devait  être  dans 
l’antiquité  ce  qu’elle  est  encore  de  nos  jours,  une  ville  deluxe 
et  de  plaisir. 

Il  est  impossible  d’énumérer  les  objets  de  toute  nature 
découverts  dans  le  sol  d’Aix  : fragments  de  statues,  statuettes 
en  métal,  outils  divers,  poids  en  plomb,  vases  et  débris  de 
vases  en  terre  et  en  verre,  etc.,  objets  étudiés  et  décrits  par 
le  comte  de  Loche  aux  pages  306-318  de  son  Histoire  cle  la 
Ville  d’Aix.  Nous  nous  bornerons  à citer  cependant  une  hor- 
loge solaire,  qui  servit  peut-être  à indiquer  les  heures  aux 
baigneurs  gallo-romains,  car  elle  fut  trouvée  en  1804,  aux 
thermes  romains.  Elle  se  composait  « d’un  bloc  de  pierre  de 
forme  cubique,  dont  la  surface  supérieure,  recoupée  par  un 
angle  rentrant,  présente  une  cavité  conique  dans  laquelle 
on  voit  les  traits  formant  trois  lignes  parallèles  traversées  par 
d’autres  lignes  convergentes  entre  elles.  Au-dessus,  on  aper- 
çoit un  creux  dans  lequel  avait  été  plantée  une  verge  de  fer 
fixée  avec  du  plomb,  ce  qui  indique  assez  un  cadran  solaire 
antique  » (1). 

La  Bauche.  — L’existence  de  travaux  anciens  auprès  de 
cette  source,  située  entre  le  lac  d’Aiguebelette  et  les  Échelles, 

(1)  Ce  cadran  a fait  l'objet  d’une  étude  spéciale  de  M.  de  Rey-Pail- 
liade,  dans  le  Bulletin  de  la  Société  archéologique  du  midi  de  la  France, 
séance  du  29  janvier  1895. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  317 

est  établie  par  les  indications  suivantes  données  par  M.  Cal- 
loud  dans  un  mémoire  inséré  dans  la  Revue  Savoisienne  (1). 

Dans  le  courant  de  l'été  dernier  (1862),  dit  Fauteur,  des 
recherches  furent  faites  près  d’un  filet  d’eau  ferrugineuse, 
coulant  dans  un  pré,  non  loin  du  château  de  la  Bauche.  « Les 
fouilles  pour  trouver  un  captage  fixe  amenèrent,  dès  la  pro- 
fondeur de  1 m.  20  à 2 m.  60  au-dessous  du  niveau  du  sol,  la 
découverte  de  quelques  briques  rouges  à rebords,  à argile 
siliceuse,  à pâte  fine,  d’une  cuisson  parfaite,  telles  que 
savait  si  bien  les  faire  l’art  céramique  des  anciens;  d’un 
pavé  dallé,  d’une  auge,  de  pieux  et  autres  pièces  en  bois  que 
leur  tannin  et  l’eau  ferrée  avaient  teintes  en  noir  violet  et 
conservées  en  partie,  et  enfin  d’un  mur  de  soutènement  à 
ailes,  parfaitement  conservé,  de  1 m.  15  d’épaisseur  sur 
4 mètres  de  long,  dans  l’enceinte  duquel  jaillissaient  deux 
sources,  dont  l’une,  plus  abondante,  y était  amenée  par  un 
canal. 

« Il  résulte  de  ces  constatations  : 

« 1°  Que  là  existe  et  existait  jadis  une  fontaine  d’eaux  miné- 
rales ferrugineuses,  froides,  alcalines,  terreuses,  bi-carbona- 
tées  et  crénatées  et  un  peu  ammoniacales  ; 

« 2°  Que  ces  eaux  avaient  attiré  l’attention  de  quelques  dévots 
à la  Nymphe  des  eaux  minérales,  peut-être  de  quelques  vété- 
rans des  légions  romaines,  usés  par  la  fatigue  des  combats,  et 
qui  savaient  apprécier,  pour  cause,  l’utilité  des  eaux  miné- 
rales ferrugineuses  pour  la  cicatrisation  des  plaies,  l’étanche- 
ment  des  blessures,  et  à l’intérieur,  pour  la  réparation  d’un 
sang  appauvri  et  d’un  tempérament  débilité.  » 

Le  site  de  la  Bauche  a été  proposé  comme  ayant  pu  être  la 
station  de  Labisco,  située  sur  la  voie  de  Milan  à Vienne, 
mais  il  est  plus  probable  que  c’est  avec  les  Échelles  qu’il  con- 
vient d’identifier  cette  dernière  station. 

Les  sources  savoisiennes  que  nous  venons  de  passer  en 

(1)  Antiquités  et  source  minérale  de  la  Bauche.  Revue  savoisienne , 
15  décembre  1862. 


318 


LA  GAULE  THERMALE 


revue  ont  certainement  été  l’objet  d’une  utilisation  plus  ou 
moins  complète  à l’époque  gallo-romaine.  La  question  est 
beaucoup  plus  douteuse  pour  trois  autres  stations,  que  nous 
nous  bornons  à étudier  brièvement. 

Dans  le  voisinage  de  Saint-Jean-de-Maurienne,  à I’Échaillon, 
existait  un  établissement  de  bains  dès  le  quatorzième  siècle. 
Une  charte  de  1344  nous  l’apprend,  et  des  fouilles  faites  au 
commencement  du  dix-neuvième  siècle  ont  amené  la  décou- 
verte, à dix  pieds  de  profondeur,  d’un  ancien  bassin  de  pierre 
ayant  7 à 8 pieds  de  longueur  sur  4 de  profondeur. 

La  présence  d’une  voie  romaine,  taillée  dans  la  montagne, 
qui  passait  à très  courte  distance  de  la  source,  permet  de 
supposer  que  celle-ci  n’était  pas  restée  inconnue  des  Romains 
et  que  sa  première  utilisation  pourrait  être  contemporaine  de 
de  la  construction  de  la  route. 

La  découverte  fréquente  de  débris  de  voies  pavées  et  de 
constructions  antiques  dans  la  plaine  de  Salins  démontre 
d’une  façon  certaine  l’existence  sur  ce  point  d’une  ville 
ancienne,  située  sur  une  voie  qui  partait  de  Vienne  en  Dau- 
phiné pour  aboutir  au  Petit  Saint-Bernard.  Ses  eaux  salées 
étaient  certainement  utilisées  au  point  de  vue  de  la  récolte  du 
sel  depuis  une  haute  antiquité,  et  les  nombreux  débris  de 
vases  romains,  ainsi  que  les  médailles  retrouvées  près  des 
sources  sont  la  preuve  que  cette  exploitation  était  en  pleine 
activité  à l’époque  qui  nous  occupe.  Mais  si  l’utilisation  indus- 
trielle des  sources  ne  fait  pas  de  doute,  leur  emploi  au  point 
de  vue  médical  est  tout  à fait  hypothétique.  L’abbé  Garin  (4) 
rapporte  une  tradition  d’après  laquelle  des  bains  auraient 
existé  anciennement  à Vile  Verte,  à environ  500  mètres  au 
midi  du  village  actuel  de  Salins  et  n’auraient  été  entièrement 
détruits  qu’en  4653,  par  la  même  inondation  qui  faisait  dis- 
paraître ceux  de  Brides. 

Pour  le  docteur  Laissus,  à qui  on  doit  de  remarquables 
travaux  sur  Brides  et  Salins,  « on  ne  sait  rien  de  certain  sur 

(1)  Notices  historiqices  sur  Salins  et  ses  eaux  salino-thermales.  Mémoires 
de  l’Académie  du  Val  d’Isère,  t.  I,  séances  de  1886  et  1887. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


319 


l'utilisation  thérapeutique  de  ces  eaux  dans  les  temps  anciens, 
et  on  peut  s’étonner  à bon  droit  que  l’on  n’ait,  pas  encore 
trouvé  à Salins  quelques  vestiges  des  monuments  balnéaires 
que  les  Romains  aimaient  à construire  dans  toutes  les  stations 
minérales  importantes;  ce  qu’il  faut  attribuer,  croyons-nous, 
aux  cataclysmes  et  aux  éboulements  nombreux  et  considé- 
rables qui  ont  dévaté  Salins  anciennement,  exhaussé  le  lit  du 
Doron  et  enseveli  les  sources  thermales  à 8 mètres  au-des- 
sous du  sol  actuel  (1).  » 

A Brides,  pas  plus  qu’à  Salins,  aucun  débris  de  contruc- 
tions  romaines  n’a  permis  d’établir  avec  quelque  certitude 
une  antique  existence  thermale.  Je  me  borne  à emprunter  à 
l’abbé  Pont,  l'historiographe  de  la  Tarentaise . (2),  les  quel- 
ques indications  qui  suivent,  faibles  indices  d’une  occupation 
possible  à l’époque  qui  nous  intéresse  : 

L’origine  des  eaux  de  Brides,  connues  anciennement  sous 
le  nom  d’Eaux  du  Bain,  remonte  à une  époque  reculée.  Une 
vieille  tradition  qui  s’est  perpétuée  d’âge  en  âge  dans  le  pays, 
la  dénomination  de  Hameau  des  Bains,  que  porte  de  temps  immé- 
morial le  village  actuel  de  Brides,  ainsi  que  la  découverte 
faite  en  1817,  près  des  sources  thermales,  d’une  médaille  sur 
laquelle  on  voyait,  d’un  côté,  l’effigie  d’une  impératrice  avec  le 
mot  Faustine  et,  de  l’autre  côté,  le  dieu  Esculape  assis  et  appuyé 
sur  une  urne  d’où  s’écoulait  une  source,  sont  des  indices  non 
douteux  de  l’existence  d’anciens  thermes  que  des  inondations 
et  des  accident  de  terrain  ont  dû  faire  disparaître. 

Une  copie  d’un  manuscrit  fort  ancien  contient  les  lignes 
suivantes  : « L’année  suivante  (Lan  211  de  l’ère  chrétienne), 
nous  eûmes  à pleurer  la  mort  de  trois  de  nos  amis.  D’abord 
celle  du  vieux  Agatha,  peu  après  celle  de  la  veuve  de  Vitel- 
lius,  enfin  celle  de  l’intéressante  Julia.  Transportée  dans  une 
maison  près  d’une  source  chaude  qui  se  trouve  dans  une 
petite  plaine  traversée  par  le  Doron,  à deux  mille  au-dessous 

(1)  Les  Eaux  thermales  de  Brides-le s-Bains  et  de  Salins- Moûiier  s,  1881. 

(2)  La  ■ T ar entais e historique,  monumentale,  orographique  et  pitto- 
resque, 1876. 


LA  GAULE  T UE KM A LE 


3 JO 

de  la  colonie  (Bozel),  l’usage  de  cette  eau  parut  d’abord, 
calmer  ses  douleurs;  cependant  elle  y mourut,  laissant  Sem- 
pronius  dans  la  plus  profonde -désolation.  » 

Uriage.  — Uriage,  dont  nous  ignorons  le  nom  à l’époque 
gallo-romaine,  possédait  certainement  un  vaste  établissement, 
dont  les  ruines,  recouvertes  d’une  couche  assez  mince  de  terre 
végétale  et  d’alluvions,  s’étendaient  d’après  le  Dr  Bernard  (1  ), 
sur  la  pente  de  la  montagne  et  au  fond  du  ravin,  couvrant  un 
espace  de  près  de  quatre  cents  mètres.  Des  fouilles  succes- 
sives entreprises  pour  la  coftstruCtion  de  l’établissement 
thermal  actuel  et  la  recherche  plus  profonde  des  eaux  miné- 
rales ont  remis  au  jour  une  série  de  bâtiments  nombreux  et 
dispersés,  témoins  de  cette  antique  exploitation  dont  le  sou- 
venir ne  s’était  peut-être  pas  effacé  complètement,  car  Gué- 
tard,  dans  sa  Minéralogie  du  Dauphiné , rapportait,  en  1779, 
qu’il  existait  à Uriage  une  source  minérale,  anciennement 
renfermée  dans  un  bâtiment  qu’on  prétendait  dans  le  pays 
avoir  été  édifié  par  les  Romains. 

Les  premières  fouilles,  commencées  vers  1821,  mirent  à 
découvert  un  aqueduc  voûté,  enduit  à l’intérieur  d’une  espèce 
de  stuc  très  résistant,  sept  piscines  en  béton  de  chaux,  bri- 
quespilées  et  petits  cailloux,  revêtues  d’un  cimentrougeàtre  qui 
conservait  encore  tout  son  poli,  et  dont  l’une  avait  son  plancher 
en  béton  soutenu  par  deux  rangs  de  petites  colonnes,  une 
quantité  de  murs  dont  il  était  diflicile  de  connaître  l'usage, 
des  tronçons  de  colonnes,  des  tuyaux  en  terre  cuite  à section 
rectangulaire  portant  le  nom  de  clarianvs,  des  médailles  et  les 
divers  objets  en  plomb  que  nous  avons  précédemment  étu- 
diés (2).  Ces  restes  avaient  disparu  dès  1829,  « à l’exception, 
dit  M.  Berriat-Saint-Prix,  d’une  chambre  de  bains  qui  se 
trouve  encore  aujourd’hui  au  niveau  du  sol.  Cette  chambre  a 
environ  trois  mètres  de  longueur  sur  un  mètre  et  demi  de 

(1)  Mémoire  sur  les  Eaux  d’ Uriage.  Bulletin  de  la  Société  de  statis - 
tique  du  département  de  l’Isère,  t.  II,  séance  du  12  avril  1842. 

(2)  Voir  p.  288. 


ÉTUI) E PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


321 


largeur  ; on  y descend  par  trois  marches  placées  à l’une  de 
ses  extrémités.  Le  mur  du  pourtour  est  revêtu  d’une  couche 
d’environ  un  pouce  d’épaisseur  d’un  ciment  extrêmement  dur 
et  poli  à sa  surface.  Cette  chambre  pouvait  contenir  une  dou- 
zaine de  personnes  (1).  » 

En  1837,  on  découvrit  une  galerie  d’aqueduc,  dont  l’entrée 
correspondait  à la  source  minérale.  Des  ouvertures  cintrées 
pratiquées  dans  ses  parois  donnaient  accès  dans  des  cabinets 
ou  des  galeries  adjacentes.  Sur  la  partie  latérale  de  cette 
galerie  se  trouvait  un  fourneau  de  deux  pieds  de  large  sur  un 
peu  plus  d’un  pied  de  profondeur  dont  la  voûte  était  soutenue 
par  de  petites  colonnes  en  briques.  Des  cendres  et  des  débris 
de  bois  en  partie  consumé  restaient  encore  sur  le  foyer,  qui 
avait  dû  vraisemblablement  servir  à chauffer  l’eau  minérale. 

Depuis  cette  époque,  on  exhuma  encore  les  murailles,  en 
partie  conservées,  de  plusieurs  cabinets,  dans  l’un  desquels 
était  un  bain  de  deux  mètres  de  long  sur  un  de  large, 
revêtu,  à l’intérieur,  de  belle  pierre  polie. 

D’autres  constructions,  parmi  lesquelles  un  bain  et  plusieurs 
piscines,  furent  ensuite  reconnues  dans  le  voisinage  des  deux 
premières  galeries  ; l'intérieur  du  bain,  carré  de  deux  mètres 
en  tous  sens,  était  revêtu  de  marbre  blanc.  Une  des  piscines, 
de  forme  carrée,  avait  environ  huit  mètres  de  côté  et  l’une 
des  parois  était  encore  visible,  avec  son  revêtement  de  ciment 
romain,  à peu  de  distance  de  l’entrée  de  la  seconde  galerie 
dont  elle  formait  une  des  parois. 

Enfin,  au  point  où  jaillissait  la  source  pure,  on  retrouva 
encore  des  travaux  romains  consistant  en  une  espèce  de  bar- 
rage composé  de  pièces  de  sapin  et  un  massif  de  béton  con- 
sidérable et  très  dur  (2). 

Au  cours  de  fouilles  pratiquées  en  1844,  on  se  trouva  en 
présence  d’une  construction  d’un  intérêt  tout  particulier  : un 

(1)  Rapport  sur  les  antiquités  et  les  bains  d’Uriage.  Mémoires  de  la 
Société  des  Antiquaires,  t.  "V III,  1829. 

(2)  Vulfranc  Gerdy,  Etudes  sur  les  eaux  minérales  d’Uriage,  1849.  

Docteur  Doyon,  Uriage  et  ses  eaux  minérales,  1884. 

21 


322  LA  GAULE  THERMALE 

chauffoir  destiné  à élever  la  température  de  l’eau  minérale, 
dans  lequel  deux  planchers  à des  hauteurs  différentes  étaient 
chauffés  par  un  seul  foyer  et  par  la  circulation  de  la  flamme 
et  des  gaz  chauds  (fig.  AO). 

« Ce  chautfoir  se  composait  essentiellement  d’une  grande 
pièce  d’environ  dix  mètres  de  longueur  sur  huit  de  largeur, 

dans  le  milieu  de 
laquelle  était  un 
hassin  circulaire 
de  4 m.  70  de  dia- 
mètre, où  l’on  des- 
cendait par  deux 
gradins  ayant 
0 m.  35  de  haut  sur 
autant  de  large. 

Ce  bassin  circu- 
laire avait  pour 
fond  un  plancher 
en  ciment  de Om. 25 
d’épaisseur;  au- 
dessous  était  un 
vide  haut  de 
0 m.  75,  et  ayant  1 
une  aire  pavée. 

Le  plancher  était 
soutenu,  au- des-  , 
sus  de  ce  vide,  par 
des  piliers  en 
briques  de  0 m.  22  de  côté.  Le  vide  situé  au-dessous  de  ce 
plancher  recevait  l’action  de  la  flamme,  ainsi  que  le  prouve 
avec  évidence  le  noircissement  des  portions  encore  conservées 
et  les  cinq  cheminées  indiquées  sur  le  plan. 

a La  pièce,  au  centre  de  laquelle  se  trouvait  le  bassin  cir- 
culaire, avait  aussi  un  plancher  en  ciment,  moins  épais  que 
le  précédent,  et  soutenu  comme  lui  au-dessus  d’un  vide  par 
des  piliers  en  briques.  L'inspection  du  plan  montre  comment 


Fig.  40.  — CHAUFFOIR  n’üRIAGE. 

A.  A.  Murs  de  l’enceinte  en  briques. 

P.  P.  Piles  en  briques  supportant  le  plancher  infé- 
rieur. 

Q.  Q.  Piliers  en  briques  supportant  le  plancher  supé- 
rieur. 

H.  H.  Cheminées  conduisant  la  flamme  et  l’air  chaud 
sous  le  plancher  supérieur. 

K.  Briques  par  lesquelles  on  suppose  que  s’échappait 
la  fumée. 

L.  L.  Autres  briques  creuses  noyées  dans  la  maçon- 
nerie. 

Z.  Emplacement  présumé  du  foyer. 

O.  Canal  en  maçonnerie. 

T.  Tuyau  en  plomb  faisant  communiquer  le  fond  du 
bassin  avec  le  canal. 

R.  Piscine  romaine  voisine  du  chauffoir. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


323 


la  flamme  et  la  fumée,  après  avoir  frappé  le  plancher  du 
bassin  circulaire,  passaient  par  les  conduits  horizontaux  des 
cheminées  pour  venir  chauffer  le  dessous  du  second  plancher, 
et  s’échapper  ensuite  par  une  ouverture  ménagée  à l’un  des 
angles  de  la  pièce  (1).  » L’eau  chaude  s’écoulait  par  un  tuyau 
de  plomb  de  huit  centimètres  de  diamètre,  placé  vers  le  fond 
du  bassin,  et  se  rendait  dans  un  canal  en  maçonnerie  qui  la 
distribuait  dans  la  série  des  petites  piscines. 

Enfin,  d’après  une  note  d’un  correspondant,  une  nouvelle 
piscine  aurait  été  mise  à découvert  il  y a une  quinzaine  d’an- 
nées, mais  aucune  précaution  n’ayant  été  prise  pour  en 
assurer  la  conservation,  les  intempéries  l’ont  complètement 
détruite. 

Ainsi  qu’on  peut,  en  juger  par  ce  rapide  exposé,  les  thermes 
gallo-romains  d’Uriage  présentaient  un  développement  impor- 
tant, dont  il  est  cependant  difficile,  faute  d’un  plan  d’ensemble 
que  j’ai  vainement  cherché,  de  reconstituer  les,  grandes 
lignes. 

Là,  comme  partout  où  les  établissements  romains  ont  eu 
quelque  importance,  il  a été  fait  de  nombreuses  découvertes 
d’objets  et  de  débris  d’objets  de  tous  genres,  dont  un  certain 
nombre  figurent  dans  les  collections  du  château.  Nous  nous 
abstiendrons  de  les  énumérer,  ayant  dit  quelques  mots,  dans 
un  chapitre  précédent,  de  ceux  d’entre  eux  (statuettes,  mar- 
teaux et  ornements  en  plomb),  qui  peuvent  avoir  quelque 
intérêt  au  point  de  vue  de  nos  études  spéciales. 

La  Motte-les-Bains.  — Les  sources  thermales  de  La  Motte 
jaillisent  au  bord  du  Drac,  et  sont  utilisées  de  nos  jours  dans 
un  établissement  situé  à 300  mètres  plus  haut,  sur  la  pente  de 
la  montagne. 

Les  Romains  avaient  certainement  effectué  près  de  ces 
sources,  sur  la  rive  droite  de  la  rivière,  des  travaux  dont  les 

(1)  Communication  de  M.  de  Saint-Ferrôol  à la  Société  de  Statistique 
du  département  de  Liséré.  Bulletin  de  la  Société,  t.  III.  — Général 
Morin,  Note  sur  les  appareils  de  chauffage  et  de  ventilation  employés  par 
les  Romains  dans  les  thermes  à air  chaud.  Mémoires  présentés  à l’Aca- 
émie  des  Inscriptions  et  Belles-Lettres,  t.  VIII,  p.  347. 

• .•  1 ' ' 


324 


LA  GAULE  THERMALE 


restes  portaient  encore  le  nom  de  Bains  Bomains  et  consistaient 
en  fragments  de  tuiles  et  quelques  débris  de  murailles  sans 
caractère.  « Mais  ces  restes,  dit  M.  Gariel  cité  parGreppo  fl), 
suffisent  à constater  l’exploitation  des  eaux  de  La  Motte  par 
les  Romains  ; car  il  est  impossible  de  supposer  qu'ils  aient 
construit  dans  le  lieu  où  coulent  les  sources  pour  une  autre 
destination.  L’aspect  de  cette  gorge  sauvage  est  là  pour  qu’il 
ne  soit  pas  besoin  d’autres  preuves.  » 

Des  recherches  faites  en  face  des  sources,  sur  l’autre  rive 
du  Drac,  ont  mis  à découvert,  à trente  mètres  au-dessus  du 
lit  de  la  rivière,  les  traces  d’un  établissement  qui  devait  être 
d’une  certaine  importance,  consistant  en  deux  aqueducs  de 
construction  différente,  de  deux  restes  de  murailles  placées 
en  face  l’une  de  l’autre  sur  chacun  des  flancs  du  ravin  dans 
une  zone  inférieure  aux  aqueducs  et  de  nombreux  débris  de 
tuiles  et  de  briques  romaines.  L’un  des  aqueducs,  fort  simple, 
était  construit  à l’aide  de  deux  rangées  de  tuiles  creuses, 
disposées  l’une  sur  l’autre  en  forme  de  tuyau.  L’autre  est  une 
sorte  de  construction  épaisse  et  solide,  faite  entièrement  avec 
un  béton  de  chaux,  de  gravier  et  de  brique  rouge  concassée, 
sans  aucune  pierre  d’appareil.  La  couverture  était  formée  de 
grandes  pierres  de  schiste  noir. 

« Il  est  donc  constant,  dit  M.  Chevrier,  à qui  nous  emprun- 
tons ces  détails,  que  les  constructions  gallo-romaines  étaient 
établies  sur  les  deux  rives  du  Drac,  dans  le  voisinage  des 
sources,  et  que,  sur  la  rive  gauche  particulièrement,  les  cons- 
tructions étaient  étagées  à différentes  hauteurs  (2).  » 

Allevard.  — Il  semble  hors  de  doute,  tout  au  moins  dans 
l’état  actuel  des  découvertes,  que  les  eaux  d’Allevard  sont 
demeurées  inconnues  des  conquérants  de  la  Gaule.  Une  notice 
de  M.  Guerre,  citée  par  Dupasquier  (3),  pourrait  cependant 


(1)  Op.  cit.,  p.  253. 

(2)  Notice  sur  les  restes  d’antiquités  gallo-romaines  trouvés  à la  Motte- 
les-Bains.  Bulletin  de  la  Société  de  statistique  du  département  de  l’Isère, 
2e  série,  t.  I,  4 851. 

(3)  Histoire  chimique,  médicale  et  topographique  de  l’eau  d’Allevard. 
1841. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  345 

laisser  supposer  le  contraire,  mais  les  conclusions  de  cet 
auteur,  dénuées  de  tout  fondement  sérieux,  ne  reposent  que 
sur  de  pures  hypothèses  : « L'origine  du  bourg  d’Allevard, 
dit-il,  remonte  à une  haute  antiquité;  c’est  du  moins  ce  que 
semble  prouver*la  découverte  toute  récente  qu’on  a faite  de 
plusieurs  médailles  ou  monnaies  de  l’empereur  Trajan  tout 
près  du  bourg...  Et  lors  même  que  cette  preuve  n’existerait 
pas,  ne  devrait-on  pas  le  présumer  en  considérant  que  son 
charmant  vallon,  si  riche  en  minerai  de  fer,  et  si  voisin  de 
la  communication  de  l’Italie  avec  la  France  par  la  Maurienne, 
n’a  pu  échapper  à l’attention  des  Romains,  maîtres  des 
Gaules.  » 

A ces  suppositions,  M.  O.  Billaz  (1),  qui  a tout  particuliè- 
rement étudié  l’histoire  d’Allevard  et  de  sa  région,  répond 
par  une  négative  formelle  : « Quant  aux  Romains,  s’ils  avaient, 
comme  on  le  répète  sans  preuve,  exploité  les  richesses  miné- 
rales d’Allevard,  ils  auraient  laissé  des  monuments  sur  notre 
sol...  Ainsi,  pendant  plusieurs  siècles,  la  civilisation  romaine 
a fleuri  dans  les  vallées  voisines  du  val  d’Allevard,  dans  la  yallée 
de  la  Rochette,  dans  celle  de  l’Oisans,  dans  celle  du  Graisivaudan. 
Cependant,  on  n’a  trouvé  à Allevard  aucun  vestige  d’une  occupa- 
tion romaine  de  quelque  importance  : pas  un  débris  de  voie  ou 
de  pont,  pas  une  inscription,  pas  une  pierre.  Je  crois  que  tout 
homme  sérieux  en  conclura,  sans  hésiter,  que  les  Romains 
ne  sont  pas  venus  à Allevard,  et  qu’à  l’époque  de  leur  domi- 
nation, c’est-à-dire  jusqu’à  la  fin  du  cinquième  siècle  après 
Jésus-Christ,  ou  bien  notre  val  était  désert,  fréquenté  seule- 
ment par  des  bûcherons  et  des  chasseurs,  ou  bien  il  ne  ren- 
fermait que  de  misérables  hameaux  de  paysans  barbares,  non 
assimilés  à la  civilisation  romaine.  » 

I 

Bondonneau.  — Les  sources  froides  de  Bondonneau,  qui 
jaillissent  à quatre  kilomètres  de  Montélimar  et  sont  encore 
exploitées  aujourd’hui,  furent  utilisées  par  les  Gallo-Romains, 

(1)  En  Allevard.  Essai  descriptif  et  historique  sur  un  canton  des  Alpes 
françaises,  1907,  p.  81  et  83. 


32  (j 


LA  GA  U LL  THERMALE 


qui  y élevèrent  un  établissement  d’une  assez  grande  impor- 
tance. ' 

Les  premières  découvertes  semblent  remonter  à 1825, 
époque  à laquelle,  en  mettant  des  terres  en  culture,  on  ren- 
contra huit  à dix  grandes  piscines  rangées*sur  une  même 
ligne,  une  grande  quantité  de  tuyaux  de  plomb  et  une  série 
de  murs  et  de  décombres  en  deçà  et  au  delà  des  bassins.  De 
nouvelles  fouilles,  en  1833,  lirent  apparaître  d’autres  piscines 
sur  le  même  alignement  que  les  premières,  des  fondations  de 
murs,  des  mosaïques  et  plus  de  dix  quintaux  de  tuyaux  de 
plomb.  En  1841,  on  trouva  un  puits  romain,  un  reste  de 
bassin  dont  le  ciment  reposait  sur  des  briques  et  sur  un  massif 
de  maçonnerie  et  d’autres  piscines.  « D’après  M.  Espanet  (1  ), 
le  plan  des  thermes  consiste  en  une  rangée  de  piscines  et  de 
bassins,  au  nombre  de  plus  de  quinze.  Ces  piscines  ont  six 
mètres  de  long  sur  trois  mètres  de  large,  et  il  n’en  reste  que 
le  fond  en  ciment  impérissable.  Chacune  d’elle  était  isolée  et 
alimentée  par  des  tuyaux  de  plomb.  D’autres  piscines  de 
deux  mètres  de  long  sur  trois  mètres  de  large  formaient  der- 
rière les  premières  une  seconde  rangée.  En  résumé,  les 
thermes  romains  de  Bondonneau  s’étendaient  sur  un  espace 
d’un  hectare  environ,  et  les  débris  de  murs  et  de  mosaïques, 
tout  comme  les  décombres  retrouvés  en  deçà  et  au  delà  des 
bassins,  accusent  certainement  des  vestiaires,  salles  de  bains, 
salons,  séchoirs  et  autres  appendices  des  établissements  du 
même  genre  (2).  » 

Indépendamment  de  débris  de  construction  tels  que  des 
chapiteaux  de  colonnes  et  des  fragments  de  bas-reliefs  en 
marbre,  les  fouilles  de  Bondonneau  ont  fourni  une  quantité 
de  médailles  des  deuxième,  troisième  et  quatrième  siècles 
(lors  des  fouilles  de  1833,  un  seul  coup  de  pelle  avait  ramené 
vingt-cinq  pièces  d’or),  des  débris  de  poterie,  et  une  foule 
d’objets  de  toute  nature,  parmi  lesquels  une  casserole  d’ar- 
gent portant  les  traces  du  feu,  une  oreille  de  vase  en  argent 


v 


(1)  Le  Touriste  aux  eaux  minérales  de  Bondonneau . 

(2)  Lacroix,  V Arrondissement  de  Montélimar,  1868,  t.  I,  p.  83  il  91. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  327 

représentant  la  naissance  de  Vénus,  et  des  objets  en  métal, 
signalés  par  M.  Espanet  (1),  « figurant  les  diverses  parties  du 
corps,  offrandes  des  baigneurs  débarrassés  des  maladies  qui 
affectaient  ces  parties,  espèces  d’ex-voto  païens,  retrouvés 
dans  les  ruines  de  plusieurs  autres  thermes.  » 

Cette  même  région,  comprise  aujourd’hui  dans  le  départe- 
ment de  la  Drôme,  présente  encore  quelques  traces,  moins 
certaines,  mais  très  probantes  encore,  de  l’emploi  antique  de 
quelques  autres  sources  minérales. 

Un  autel  portant  une  dédicace  Bormano  et  Bormana  (2)  a 
été  découvert  à Aix-en-Diois,  à peu  de  distance  de  Die,  presque 
sur  le  bord  de  l’importante  voie  romaine  de  Valence  à Gap. 
F.  Vallentin  (3)  pense  que  ce  lieu,  appelé  Aquis,  Acques,  au 
moyen  âge,  devait  porter  autrefois  le  nom  d ’Aquœ  Bormani.  Il 
n’y  a pas  actuellement  d’eaux  thermales  à Aix-en-Diois,  mais, 
d’après  Allmer  (4),  il  existe  au  lieu  dit  « les  Fontanelles  » des 
sources  d’eau  salée  qui  auront  été  divinisées  dans  l’antiquité 
sous  les  noms  que  nous  connaissons. 

Aux  environs  de  Montbrun,  où  sont  exploitées  deux  sources 
sulfatées  calciques,  on  a trouvé  de  nombreux  débris  de  tous 
genres,  monnaies,  statuettes,  colonnes,  urnes  funéraires, 
sceaux  de  médecins  et  formules  médicales,  témoignant  d’une 
vie  intense  à l’époque  romaine.  Là  encore  ont  été  découverts 
le  petit  monument  portant  l’inscription  Deo  Volcano  et  le  frag- 
ment d’inscription  où  l’on  n’a  pu  lire  que  le  mot  Matribus,  divi- 
nités dont  la  présence  n’a  pas  lieu  de  nous  surprendre  auprès 
de  sources  médicinales  (5). 


(1)  Légende  des  Saintes-Fontaines. 

(2)  Voir  p.  190. 

(3)  Essai  sur  les  divinités  indigènes  du  Voconlium  d’après  les  documents 
épigraphiques,  1877. 

(4)  Revue  épigraphique,  t.  III,  p.  382. 

(5)  Le  Bulletin  de  la  Société  nationale  des  Antiquaires  (1903,  p.  262 
et  suiv.),  signale  d’importantes  découvertes  d’objets  provenant  d’une 
nécropole,  au  quartier  Vénejean,  près  Montbrun.  A noter,  entre  autres, 
une  série  de  minuscules  ustensiles  de  ménage  en  étain,  ayant  dû  faire 
partie  d’un  ménage  de  poupée  et  provenir  d’une  tombe  d’enfant. 


328 


LA  GAULL  T 11  15  RM  A L K 


Enfin,  dit  F.  Vallentin  (op.  cil.)  d’autres  stations  thermales 
ou  minérales  existaient  probablement  dans  le  Vocontium.  Deux 
inscriptions  votives  dédiées  aux  Nymphes  indiquent,  d’après 
leur  provenance  respective,  les  sources  de  Vercoiran  et  du 
Rasteau,  dont  les  vertus  médicinales  avaient  rétabli  la  santé 
de  Lucius  Carinius  et  de  Mater  nus  (d).  Vercoiran  est  situé  dans 
le  canton  de  Buis,  non  loin  de  l’Ouvèze  et  le  Rasteau  dans 
le  canton  de  Vaison. 

Le  Monêtier-les-Bàins.  — Le  Monêtier,  situé  à quatorze  kilo- 
mètres de  Briançon,  possède  deux  sources  thermales  : la 
Font-Chaude  et  la  source  de  la  Rotonde.  De  temps  immémo- 
rial on  se  baigne  à la  Font-Chaude  ; la  tradition  prétend  même 
que  les  Romains  l’avaient  utilisée  dans  des  thermes,  mais 
aucun  vestige  de  construction  n'a  permis  de  constater 
l’existence  d’un  édifice  de  ce  genre  (2). 

Je  signale  cependant  ce  point,  car  il  est  à peu  près  certain 
qu’il  fût  occupé  par  les  Romains  et  qu'il  figure  sur  la  carte  de 
Peutinger,  sous  le  nom  de  Stabatio , entre  Briançon  et  le  Villard 
d’Arène,  sur  la  voie  qui  menait  de  Brigantio  à Vienne,  par 
le  col  du  Lautaret,  la  vallée  de  la  Romanche,  Yizille  et  Gre- 
noble. « Le  tracé  et  la  direction  de  cette  voie  dans  l’Oisans, 
dit  F.  Vallentin  (3),  a été,  de  ma  part,  l'objet  d’explorations 
minutieuses,  et  j’ai  pu,  dans  tout  ce  parcours,  retrouver  l’as- 

V 

siette  de  la  chaussée.  » 

Bien  que  l’absence  de  toute  découverte  de  débris  antiques 
ne  permette  aucune  affirmation,  il  n’est  peut-être  pas  témé- 
raire de  penser  que  ces  eaux  chaudes,  situées  sur  le  parcours 
d’une  voie  importante  qui  dut  être  souvent  parcourue  par  les 
troupes  romaines,  ne  restèrent  pas  inconnues  et  furent  vrai- 
semblablement l’objet  d’une  utilisation  quelconque. 

Digne.  — Les  témoignages  de  divers  auteurs  et  l’inscription 

(1)  Voir  page  186. 

(2)  Gras,  Note  statistique  sur  les  eaux  minérales  des  Hautes-Alpes. 
Bulletin  de  la  Société  de  statistique  de  l’Isère,  t.  II. 

(3)  Les  Alpes  Cottiennes  et  Graies,  1883. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


329 


que  nous  avons  citée  plus  haut  (4)  nous  ont  fait  connaître 
l’existence  et  le  nom  anciens  de  Digne,  mais  c’est  à peu  près 
tout  ce  que  nous  savons  sur  la  ville  antique.  Son  emplace- 
ment exact  n’est  même  pas  déterminé  d’une  manière  certaine. 
Les  sources  minérales  chaudes  (42°  à 45°),  riches  en  sels  de 
magnésie  et  en  gaz  acide  sulfhydrique,  employées  contre  les 
blessures  d’armes  a feu,  les  maladies  de  la  peau  elles  rhuma- 
tismes, qui  jaillissent  dans  un  vallon  proche  de  la  ville, 
furent-elles  utilisées  par  les  colons  de  Dinia?  Les  données 
qu’on  rencontre  à cet  égard  dans  les  auteurs  sont  extrême- 
ment. vagues.  Papon  dit  dans  son  Histoire  de  Provence  (4777)  : 

« (Les  Romains ) profitaient  avec  soin  de  toutes  les  eaux  ther- 
males qu’ils  trouvaient  dans  les  provinces  conquises  : celles 
d’Aix,  de  Gréouls  et  de  Digne  étaient  précieuses  pour 
eux.  •>) 

Et  Achard  dans  sa  Géographie  : « Il  y a apparence  que  l’usage 
de  ces  eaux  était  connu  du  temps  des  Romains...  Peut-être  les 
eaux  chaudes  d’Aix  firent-elles  diminuer  l’affluence  des 
malades  à Digne.  » 

Un  auteur  plus  récent,  Garcin  (2),  s’exprime  ainsi  : « Les 
Romains  connurent  cette  fontaine.  On  ignore  s’ils  firent  cons- 
truire les  premiers  bains,  ou  si  ç'a  été  longtemps  après  eux.  » 
Tout  cela  est  bien  peu  précis,  et  les  indications  positives  dues 
aux  découvertes  font  complètement  défaut.  Je  trouve  cepen- 
dant dans  un  travail  de  M.  Arnoux  (3)  la  brève  indication  sui- 
vante qui  pourrait  jeter  quelque  lumière  sur  la  question  : 
* Si  l’on  a pu  dire  qu’en  eaux  minérales  il  faut  toujours 
remonter  aux  Romains,  il  est  probable  que  ceux-ci,  qui 
avaient  à Riez  une  colonie  importante,  ont  fait  usage  de  ces 
eaux  sulfureuses.  A côté  de  la  grande  douche,  il  y a une 
voûte  d’un  caractère  nettement  romain,  comme  l’a  remarqué 
M.  Léon  Palustre.  » 

(1)  Voir  p.  97. 

(2)  Dictionnaire  historique  et  toi)0(jrcq)hique  de  la  Provence  ancienne  et 
moderne,  1833. 

(3)  Elude  historique  sur  les  bains  thermaux  de  Digne,  1886. 


LA  GAULE  TM  LH MA  LE 


330 

( i réoulx.  — L’inscription  Nymphis  Griselicis  que  nous 
avons  étudiée  plus  haut,  nous  a appris  que  la  station  de  Gri- 
selum,  située  sur  la  voie  Sixtienne,  qui  reliait  les  colonies 
d Aix  et  de  Riez  (Beis  Apollinaris)  (1),  devait  être  réputée  aux 
temps  gallo-romains  et  recevait  la  visite  de  malades  de 
marque,  attirés  par  les  vertus  bienfaisantes  de  ses  eaux.  Le 
voisinage  de  Riez,  qui  fut  certainement  un  centre  considé- 
rable, même  avant  la  domination  romaine,  ayait  dû  faire  des 
eaux  de  Gréoulx  Lune  des  stations  les  plus  anciennement  fré- 
quentées. En  dehors  de  ce  texte  épigraphique,  quelques  restes 
de  constructions  conservent  seuls  le  souvenir  de  cet  obscur 
passé.  « Un  éboulement  de  terre  qui  a eu  lieu  près  duVerdon, 
dit  M.  Henry  (2),  à quelques  pas  de  la  maison  des  bajns,  a 
mis  à découvert  des  débris  de  maçonnerie  antique  qui  appar- 
tenaient sans  doute  à l’ancien  établissement  thermal.  « Puis, 
après  avoir  cité  le  fragment  suivant  d’une  autre  inscription 
trouvé  dans  les  ruines  de  la  maison  des  bains  : 

BALNEA-  VI 
CORPORA-  SA 

le  même  auteur  ajoute  : C’est  la  première  partie  d’une  ins- 
cription que  les  Romains  avaient  l’habitude  de  placer  dans 
tous  les  établissements  thermaux  : 

Balnea,  vina.  Venus  corrompunt  corpora  nostra. 

Cor  para  sana  dabunt  balnea , vina,  Venus. 

Ainsi  que  le  faisait  déjà  observer  Greppo  (3),  l’assertion  de 
M.  Henry  semble  assez  gratuite,  et  il  lui  aurait  probablement 
été  difficile  de  citer  un  seul  exemple  à l’appui.  Sans  chercher  à 
tenter  un  essai  de  restitution,  il  nous  suffira  d’avoir  cité  ce 
fragment,  dont  le  premier  mot  prouve  bien  que  l’inscription 
était  en  rapport  avec  l’exploitation  thermale. 

(1)  J.-J.-M.  Ferrand,  Histoire,  géographie  et  statistique  du  département 
des  Basses-Alpes,  1861. 

(2)  Recherches  sur  la  géographie  ancienne  et  les  antiquités  du  départe- 
ment des  Basses-Alpes,  1842. 

(3)  Op.  cit.,  p.  120. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  331 

Deux  autres  auteurs  font  allusion  aux  travaux  anciens  exé- 
cutés à Gréoulx.  « Les  Romains,  dit  Garcin  (1),  en  firent  la 
recherche  (des  eaux  minérales)  en  creusant  un  puits  très 
profondément,  et  la  source  très  abondante  sortit  du  fond  en 
bouillonnant...  Nombre  de  Romains  opulents  recouvrèrent  la 
santé  en  faisant  usage  des  eaux  de  Gréoulx.  Aussi  enrichirent- 
ils  celui  ou  ceux  qui  en  étaient  propriétaires,  au  point  qu'on 
y lit  construire  un  bel  hôpital  dont  on  croit  reconnaître  encore 
les  vestiges,  et  un  temple  dont  on  a retrouvé  les  débris  qui 
annonçaient  un  monument  de  bon  goût.  » 

Et  un  ancien  Traité  des  eaux  minérales  de  Gréoux , en  Provence, 
sans  date  ni  nom  d’auteur,  signale  de  vieilles-  masures  sur 
lesquelles  on  bâtit  la  maison  des  bains,  des  inscriptions  latines 
en  vieux  caractères  romains  trouvées  dans  les  ruines  de  ces 
masures  et  celles  d'un  vieux  temple  qui  était  tout  auprès. 

Je  crois  qu'il  n’existe  plus  rien  de  ces  restes  antiques,  et 
que  les  constructions  les  plus  anciennes  encore  visibles  à 
Gréoulx  remontent  aux  treizième  et  quatorzième  siècles,  à 
l’époque  où  les  Templiers  tirèrent  les  eaux  de  l’oubli  et  fon- 
dèrent près  de  la  source  un  établissement  important. 

Aix-en-Provence.  — Les  anciens  établissements  thermaux 
qui  existaient  dans  cette  cité  thermale  célèbre  entre  toutes  aux 
temps  antiques  semblent  avoir  été  disséminés,  et  s’être  fondés 
aux  différents  points  où  surgissaient  des  sources  chaudes. 
Les  vieux  auteurs  qui  s’en  sont  occupés  n’hésitaient  pas  à 
attribuer  des  fondateurs  à ces  différents  bains.  D’après  Ro- 
bert (2),  il  était  à peu  près  certain  que  Sextius  avait  fait  cons- 
truire les  premiers  bains  d’eau  chaude  près  le  Palais,  et  qu’il 
les  alimentait  avec  la  source  dite  des  Bagniers,  qui  coulait  sur 
le  Cours.  Il  citait  des  vestiges  d’anciens  bains  romains  dans 
tous  les  environs  de  la  Poissonnerie,  ainsi  que  sous  les  fonde- 
ments des  maisons  voisines  et  dans  tout  le  quartier  du  Palais. 
La  découverte  de  la  grande  source,  appelée  ensuite  de  l’Obser- 

(1)  Dictionnaire  historique  et  topographique,  etc. 

(2)  Essai  historique  et  médical  sur  les  eaux  thermales  d’Aiæ,  connues  sous 
le  nom  d’eaux  de  Sextius,  1812. 


LA  G A U LL  THERMAL  10 


332 

vance,  était  attribuée  à Marins,  qui  aurait  fait  construire  (Je 
magnifiques  bains  dont  on  voyait  encore,  en  1704,  quelques 
ruines  consistant  en  frises,  chapiteaux,  tronçons  de  colonnes 
et  pavés  à la  mosaïque. 

Robert  avait  pu  étudier  par  lui-même  d’autres  bâtiments 
thermaux  encore  intacts,  reconnus  en  1803,  rue  des  Étuves, 
dans  le  voisinage  de  l’Observance,  et  dont  il  donne  la  descrip- 
tion dans  son  Essai  historique,  pages  100  et  101.  Après  avoir 
indiqué  les  particularités  de  construction  qui  décèlent  l’ori- 
gine romaine  de  ces  constructions  souterraines,  il  ajoute  : 
« Le  premier  bain,  qui  forme  un  quarré  long,  a une  ban- 
quette tout  autour,  et  peut  permettre  à quarante  personnes  de 
s’y  baigner  toutes  à la  fois.  La  chaleur  qu’on  y éprouve  est 
très  forte,  quoique  ce  bain  soit  à sec;  on  le  prendrait  pour 
une  étuve,  tant  sa  construction  a été  ingénieuse  et  bien 
entendue.  En  sortant  de  ce  bain,  on  descend,  par  la  droite, 
dans  un  second  qui  porte  la  même  physionomie  antique.  Il 
est  beaucoup  plus  petit  que  le  premier;  mais  la  particularité 
qui  le  distingue,  c’est  qu’on  découvre,  à sa  partie  moyenne  et 
orientale,  du  côté  de  l’Observance,  un  aqueduc  de  deux  pieds 
en  quarré,  de  construction  romaine;  et,  du  côté  opposé,  vers 
le  midi,  un  conduit  tortueux,  destiné  sans  doute  à diriger  les 
vapeurs  humides  et  la  chaleur  dans  une  salle  supérieure,  et  à 
y former  ce  que  les  anciens  appelaient  le  tepidarium...  Ces 
deux  bains  avaient  plusieurs  soupiraux  à la  partie  supérieure 
de  leur  voûte.  » 

Le  même  auteur  signale  ensuite,  dans  une  maison  voisine, 
une  salle  voûtée,  reposant  « sur  un  réservoir  voûté  rempli 
d’eau  chaude.  On  ignore  si  ce  réservoir  est  un  ancien  bain  et 
quelle  en  est  l’étendue  souterraine;  aurait-il  été  destiné  à 
échauffer  la  salle  supérieure,  comme  un  autre  tepidarium  » ? 

Toute  la  rue  qui  porte  le  nom  caractéristique  de  rue  des 
Etuves,  recélait  dans  son  sous-sol  de  nombreuses  sources 
thermales.  Au  dire  de  Roux-Alphéran  (1),  plusieurs  caves  des 

(1)  Les  Rues  d’Aix,  ou  Recherches  historiques  sur  l’ancienne  capitale  de  la 
Provence.  MDCCCXLVL 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


333 


très  vieilles  maisons  qui  la  bordaient  étaient  des  bains  anti- 
ques, dont  la  construction  romaine  ne  saurait  être  révoquée 
en  doute  (4). 

Un  autre  édifice  thermal  intéressant  semblait,  d’après  un 
ancien  historien' d’Aix,  Pitton  (2),  avoir  existé  sur  l’emplace- 
ment de  la  place  aux  Herbes,  sous  une  fontaine  « qui  n'avait 
été  construite  sur  une  petite  élévation  que  pour  conserver  une 
salle  de  bains  antiques  » (3),  Garcin  (4),  après  Pitton,  décri- 
vait ainsi  cette  dernière  : « Cette  salle  est  une  rotonde  dans 
le  pourtour  de  laquelle  sont  pratiquées  seize  niches  conte- 
nant chacune  un  siège  de  marbre  et  deux  tuyaux,  dont  l’un 
devait  servir  pour  l’eau  chaude  et  l’autre  pour  l’eau  froide; 
mais  depuis  plusieurs  années  on  en  a fait  murer  l'entrée.  » 
Des  travaux  entrepris  vers  1840  pour  abaisser  cette  place  au 
niveau  des  rues  voisines  en  mirent  à découvert  le  sous-sol.  On 
ne  trouva  pas  de  bassin,  de  niches,  ni  de  sièges  en  marbre, 
mais  on  reconnut  l’existence  incontestable  de  restes  ayant 
appartenu  à d’antiques  édifices  thermaux  : une  salle  voûtée, 
vers  laquelle  semblaient  se  concentrer  les  eaux  de  trois  anciens 
aqueducs,  et,  tout  auprès,  les  débris  d’un  pavé  antique  dé 
marbre  gris  et  blanc,  ayant  appartenu  sans  doute  à une  salle 
dépendante  des  bains  romains  (5),  dont  l’existence  sur  ce 
point  était  reconnue  par  la  tradition. 

Dans  un  de  ses  rapports  à la  Commission  d’archéologie 
d’Aix,  sur  les  fouilles  exécutées  dans  cette  ville  en  4841, 
Rouard  signalait  la  mise  au  jour  d’un  établissement  qui 

(1)  « Non  loin  (les  bâtiments  des  bains  d’eau  thermale,  dit  de  Saint- 
Vincens,  mais  au-dedans  des  murs  de  la  ville,  on  voit  les  restes  de  plu- 
sieurs bains  bâtis  par  les  Romains.  La  bâtisse  des  murs  et  des  voûtes  en 
est  considérable,  et  peut  faire  juger  de  la  manière  dont  les  bâtiments 
étaient  construits  dans  les  premier,  deuxième  et  troisième  siècles  déféré 
chrétienne.  » (Description  des  antiquités,  monuments  et  curiosités  delà  ville 
d’Aix,  1818.) 

(2)  Histoire  de  la  ville  d’Aix,  p.  24. 

(3)  Aix  ancien  et  moderne,  1823  (sans  nom  d’auteur). 

(4)  Dictionnaire  historique  et  topographique  de  la  Provence  ancienne  et 
moderne. 

(5)  Rouahd.  Commission  d’archéologie  d’Aix.  Rapport  sur  les  fouilles 
faites  en  1853  et  1844. 


334 


LA  GAULE  T IFERMA  LE 


devait  avoir  été  destiné  à des  thermes  publics,  si  on  en  jugeait 
par  le  nombre  des  bassins  ou  réservoirs,  des  bains  et  parti- 
culièrement des  hypocautes  qui  y avaient  été  reconnus.  Des 
dallages  en  mosaïques  blanches  à bordures  noires,  de 
nombreux  débris  de  poteries  et  de  vases  en  verre  et  quelques 
aiguilles  en  ivoire  pour  les  ■cheveux  furent  trouvés  dans 
les  décombres,  au  milieu  des  cendres  et  terres  calcinées  qui 
témoignaient  de  l’incendie  dans  lequel  avait  dû  sombrer 
l’édifice. 

Il  semble  qu’il  reste  actuellement  peu  de  chose  de  toutes 
ces  anciennes  constructions  balnéaires,  si  l’on  s’en  réfère  à la 
réponse  donnée  à une  question  posée  en  1866  au  Congrès 
scientifique  tenu  à Aix  (1).  Au  point  de  vue  thermes,  y fut-il 
dit,  il  ne  reste  en  fait  de  constructions  romaines  qu’un  bain 
antique  ayant  appartenu  aux  thermes  romains,  et  qui  est  situe 
entre  les  récentes  constructions  de  l’établissement  thermal 
actuel  et  la  piscine  nouvellement  installée.  Ce  bain  voûté  est 
bâti  en  moellons  de  petit  appareil,  et  offre  de  chaque  côté  un 
banc  en  pierre  qui  était  destiné  aux  baigneurs.  Il  forme  un 
réservoir  au  fond  duquel  naît  une  des  sources  des  eaux 
sextiennes. 

Pioule  . — Les  eaux  minérales  de  Pioule  (Var),  dont  la  mise 
en  exploitation  est  assez  récente,  ont  été  «très  probable- 
ment l’objet  de  certains  travaux  de  captage,  à l’époque  où  la 
voie  Aurélienne,  toute  voisine,  était  la  grande  artère,  toujours 
sillonnée  de  voyageurs  et  de  troupes  en  marche,  dans  le  midi 
de  la  Gaule.  Des  fouilles  pratiquées  en  1882  ont  mis  à jour 
des  restes  de  constructions  dans  lesquels  on  retrouve  plu- 
sieurs traits  caractéristiques  des  thermes  antiques  : massif 
bétonné  ressemblant  au  fond  d’un  bassin  ou  d’une  piscine, 
pièce  dans  laquelle  se  trouvait  un  bassin  carré  ou  cuve,  au 
milieu  de  débris  de  murs  couverts  d’enduits,  de  fragments  de 
mosaïques  et  de  sections  de  colonnes  en  terre  cuite. 

(1)  Congrès  scientifique  tenu  à Aix-en-Provence , 33e  session,  1866, 
2e  volume. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


335 


Les  sources  minérales  surgissent  sur  l’emplacement  meme 
des  ruines.  Les  bains  étaient  alimentés  par  leurs  eaux,  captées 
dans  un  puits  voisin  qui  porte  le  nom  de  Puits  des  Romains, 
et  qui  n’était  qu’un  des  puits  d’émergence  de  la  nappe  souter- 
raine mise  au  jour  par  des  travaux  plus  récents  (1). 

Ces  substruetions  ont-elles  appartenu  à un  établissement 
thermal  ; ou,  comme  on  l’a  pensé,  n’y  faut-il  voir  autre  chose 
qu’une  villa,  dont  le  propriétaire  aurait  employé  pour  son 
usage  personnel  les  eaux  qu’il  rencontrait  dans  son  terrain 
même  (2)  ? Lu,  question  restera  probablement  toujours  dou- 
teuse, mais  l’hypothèse  d’un  établissement  public  n’aurait 
cependant  rien  de  surprenant,  étant  donné  que  les  sources  de 
Pioide  étaient  situées  dans  le  voisinage  de  la  grande  voie,  et 
tout  près  d’un  centre  important  de  population,  dont  on  a 
retrouvé  de  nombreuses  traces  au  Luc,  localité  moderne  où  il 
faut  très  probablement  placer  la  station  antique  de  Forum 
Voconii. 

San  Salvadour.  — Dans  cette  même  région,  on  trouve  au 
bord  de  la  mer,  au  fond  de  la  baie  de  Carqueiranne,  au  pied 
du  massif  de  Costebelle,  les  restes  importants  d’une  ville,  qui 
fut  vraisemblablement  la  station  de  relâche  des  galères  indi- 
quées dans  l’Itinéraire  Maritime  sous  le  nom  de  Pomponiana(3). 
Les  ruines  comprennent  une  citadelle,  un  nombre  considé- 
rable de  substruetions  diverses,  des  puits,  des  citernes,  des 
magasins  voûtés,  des  cales  pour  les  navires,  les  débris  d’une 
jetée,  etc.  Cette  ville  maritime  et  militaire  avait  aussi  ses 
thermes,  avec  une  salle  dans  laquelle  on  descendait  par  deux 
escaliers  de  trois  marches  placés  dans  des  angles,  une  bai- 
gnoire séparée,  un  hyppeauste  avec  ses  piliers  de  briques  et 


(1)  Docteur  Japhet,  les  Eaux  minérales  de  Pioule,  1885. 

(2)  Les  Fouilles  de  Pioule  (Var).  Bulletin  monumental,  1883,  p.  374.  — 
Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires , 1885,  p.  112  et  suiv. 

(3)  Cette  station  est  placée  dans  Y Itinéraire  entre  Telo  Mar  tins  (Toulon) 
et  Alconis,  dont  il  faut  chercher  le  site  au  fond  de  la  vaste  rade  de 
Bonnes. 


336 


LA  GAULE  THERMALE 


trois  dégorgeoirs  qui  laissaient  écouler  dans  la  mer  l’eau  dont 
on  s’était  servi  (1). 

L’emplacement  de  ces  bains  au  milieu  de  la  cité,  à peu  de 
distance  de  la  mer,  semble  bien  indiquer  que  c’étaient  là  des 
bains  publics.  Ils  étaient  alimentés,  au  moins  en  partie,  par 
une  source  minérale,  appelée  aujourd’hui  source  de  San-Salva- 
dour,  dont  les  propriétés  sont,  paraît-il,  analogues  à celles  de 
l’eau  de  Contrexéville,  et  qu’on  commence  à utiliser  en  bois- 
son. La  source,  située  à une  certaine  distance  et  à un  niveau 
plus  élevé  que  les  thermes,  y était  conduite  par  un  aqueduc 
en  pierres,  où  l’eau  coulait  dans  un  canal  de  Om.  20  de  sec- 
tion, dont  la  direction  a pu  être  nettement  déterminée  lors 
de  travaux  exécutés  en  4903-1904,  qui  l’ont  mis  à jour  sur 
plusieurs  points  de  son  parcours. 


(1)  Denis,  Promenades  pittoresques  à Hyêres,  1853. 


CHAPITRE  II 


Région  du  Sud-Ouest  et  Pyrénées. 


Périgueux.  — Certains  vestiges  mis  à jour,  à Périgueux,  aux 
environs  d’une  source,  la  Font-Chaude,  aujourd’hui  disparue 
et  comblée,  semblent  indiquer  qu’elle  eut  autrefois  une  utili- 
sation qui  n’est  peut-être  pas  .complètement  étrangère  à 
l’objet  de  nos  recherches.  Sur  un  ancien  plan  de  Périgueux 
indiquant  l’emplacement  des  édifices  gallo-romains,  reproduit 
dans  Y Abécédaire  d’archéologie  de  de  Caumont,  Ère  gallo-romaine y 
p.  344,  cette  fontaine  figure  près  de  la  rivière  d’Isle,  non  loin 
des  restes  de  deux  voies  antiques.  La  légende  du  plan  porte  : 
Font-Chaude.  Bains  de  César.  Puits  antique. 

L’abbé  Audierne  (1)  rapporte  que  les  eaux  de  cette  source,, 
dont  le  nom  seul  indique  un  certain  degré  de  thermalité, 
étaient  minérales,  et  que  certains  vieux  pharmaciens  les  com- 
paraient à celles  de  Barèges.  Le  nom  de  Bains  de  César  qu’elle 
a porté  pouvait  déjà  faire  supposer  l’existence  d’un  établisse- 
ment antique  où  ses  eaux  étaient  utilisées,  supposition  rendue 
plus  probable  par  la  découverte  dans  ses  environs  de  pierres 
de  taille  avec  des  fragments  de  marbres,  de  ciments,  de 
briques,  de  baignoires  et  d’autres  débris  antiques. 

Dax.  — L’ancienne  capitale  des  Tarbelliens,  la  ville  honorée 
de  la  visite  d’Auguste,  où,  d’après  les  anciennes  traditions* 
Julie,  la  fdle  de  l’empereur,  serait  venue  rétablir  une  santé 
compromise  par  les  désordres  de  sa  vie,  avait  conservé, 
jusqu’à  une  date  très  récente,  des  restes  importants  de  son 

(1)  Le  Périgord  illustré,  1851. 

22 


338 


LA  GAULE  THERMALE 


passé  antique.  En  1856,  Dax  était  encore  entouré  de  son 
enceinte  complète  de  murailles  gallo-romaines,  construites  en 
petit  appareil,  avec  chaînages  de  briques,  reposant  sur  des 
fondations  où  s’entassaient  au  hasard  les  débris  de  colonnes  et 
de  chapiteaux,  les  autels  votifs  et  les  fragments  de  frises,  comme 
dans  tant  d’autres  ouvrages  du  même  genre  élevés  en  hâte, 
sous  la  menace  des  invasions  du  quatrième  siècle  (1).  D’après 
quelques  auteurs,  cette  enceinte  en  aurait  remplacé  une  autre, 
moins  développée,  dont  les  substructions  ont  été  retrouvées  à 
différentes  reprises,  et  dans  laquelle  auraient  été  renfermés 
les  anciens  établissements  thermaux,  dont  les  hasards  des 
fouilles  ont  remis  au  jour  de  nombreux  restes.  M.  C.  Jullian 
croit  à l’existence  d’un  vaste  établissement  thermal  et  est 
d’avis  que  cette  muraille  continue,  signalée  autour  de  la 
source,  était  l’enclos  de  pierre  renfermant  les  thermes  et  leurs 
dépendances  (2). 

Si  aucune  découverte  n’est  venue  appuyer  la  tradition  qui 
veut  que,  longtemps  avant  la  venue  des  Romains,  les  popula- 
tions indigènes  aient  eu  déjà  recours  aux  eaux  salutaires  de 
la  Fontaine-Chaude,  les  témoignages  ne  manquent  pas  pour 
l’époque  qui  nous  intéresse.  En  1568,  André  de  Serres  cons- 
tatait déjà  l’existence  de  toute  une  série  de  bains  où  l’on 
utilisait  l’eau  bouillante  des  sources  : « Le  bastiment  et  autres 
commoditez  desdits  bains  sont  merveilleusement  belles,  estant 
divisez  en  trois  bains,  à savoir  :1e  grand  bain  en  sa  source  fort 
grande  et  abondante...  Geste  source  et  grand  bain  est  fort  bien 
basty,  de  haute  muraille,  bien  large,  en  quarré.  A l’un  cousté 
de  ladite  source  par  des  canaulx  ladite  eau  bouillante  passe 
et  se  rend  fort  tempérée  dans  un  beau  grand  lieu  et  long  basty 
exprès  de  pierre  de  taille,  où  les  hommes  se  baignent  et 
nagent  facilement  comme  dans  une  rivière.  De  l’austre  côté 

(1)  De  Caumont,  Lettre  sur  les  monuments  de  la  ville  de  Da.r.  Bul- 
letin monumental,  t.  XXII,  1856.  — Pottier,  les  Remparts  gallo-romains 
de  Dax.  Bulletin  monumental,  1879.  — Blanchet,  les  Enceintes  romaines 
de  la  Gaule,  1906. 

(2)  Note  sur  la  topographie  de  Dax  gallo-romain.  Berne  des  études 
anciennes,  1901,  p.  211  et  suiv. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  339 

par  semblables  canaulx  passe  ladite  eau  de  ladite  source  dans 
quatre  plus  petits  bains,  bastis  en  quarré  de  pierres  de  taille, 
qui  sont  fort  beaux  et  bien  recommandez.  » 

Au  seizième  siècle  également  un  commentateur  d’Àusone, 
Élie  Vinet,  signalait  des  piscines  destinées  aux  baigneurs,  avec 
les  sièges  en  gradins  sur  lesquels  on  s’asseyait,  le  tout  en 
marbre  : Vetusta  solia  marmorea , preuve,  dit-il,  que  : fontem 
Aquensem  olim  fuisse  celeberrimum. 

Les  thermes  romains  étaient  situés  dans  le  voisinage  immé- 
diat de  la  Fontaine-Chaude.  Le  sol  avait  été  recouvert  d’une 
couche  épaisse  de  béton,  supportant  les  fondations  des  cons- 
tructions disposées  autour  de  la  source  et  dont  il  a été 

retrouvé  de  nombreux  débris  : baignoires,  fûts  de  colonnes, 

» 

corniches  et  entablements  en  marbre  blanc,  carreaux  en 
marbre  gris  et  blanc,  débris  de  marbres  de  toutes  les  couleurs, 
mosaïques,  etc.  D’après  MM.  Dufourcet,  Taillebois  et  Ca- 
miade(l),  tout  ce  quartier  voisin  de  la  source  abonderait  en  restes 
antiques,  et  chaque  fouille  y amènerait  des  découvertes,  parmi 
lesquelles  je  me  bornerai  à signaler  les  suivantes,  qui  peuvent 
avoir  été  en  rapport  direct  avec  des  établissements  thermaux  : 
rue  des  Pénitents,  restes  importants  de  thermes,  colonnes  de 
briques,  conduites  en  briques  et  fragments  de  colonnes  en 
marbre  blanc;  rue  du  Bain,  voûte  bâtie  sur  pilotis  et  enceinte 
circulaire  pavée  de  mosaïque  ; place  de  la  Fontaine-Chaude, 
dallage  en  tuiles  à rebords,  et,  à côté,  dallage  en  mosaïque; 
rue  de  la  Fontaine-Chaude,  débris  de  murs  et  de  voûtes, 
conduite  d’eau,  nombreux  fragments  de  marbres. 

En  résumé,  l’ensemble  de  ces  découvertes  établit  de  la  façon 
la  plus  certaine  l’existence,  autour  de  la  source  de  la  Nèhe, 
d’établissements  considérables,  qui  semblent  avoir  été  décorés 
avec  un  véritable  luxe,  et  vient  corroborer  les  données  que 
nous  possédions  déjà  sur  l’antique  splendeur  des  Aquœ  Tar- 
bellicœ. 

(1)  V Aquitaine  historique  et  monumentale.  — Les  remparts  de  Da.v.  — 
Anciens  plans  de  Dax.  Bulletin  de  la  Société  de  Borda,  15°  aimée,  1900. 


340  LA  GAULE  THERMALE 

Tercis.  — .le  dois  à l’obligeance  de  M.  le  docteur  Massie, 
propriétaire  et  directeur  de  l’établissement  thermal  de  Tercis, 
près  de  Dax,  quelques  renseignements  qui  semblent  bien 
établir  que  ces  eaux  chaudes,  certainement  fréquentées  au 
moyen  âge,  ne  furent  pas  oubliées  à l’époque  romaine. 

A l’étymologie  du  nom  meme  de  Tercis  ( Tertiis  Leucis  (?)  à 
trois  lieues  de  Dax),  qui  révélerait  une  origine  romaine,  et 
qui  peut  être  fort  douteuse,  viennent  s’ajouter  des  indices  plus 
probants  : l’existence  jusqu’à  une  époque  récente  d’une  borne 
romaine  sur  la  route  de  Tercis  à Dax;  le  caractère  très  ancien 
du  captage  d’une  des  sources,  non  utilisée  aujourd’hui;  enfin, 
la  présence  de  substructions  importantes  d’antiques  établisse- 
ments rencontrées  un  peu  partout  au  cours  des  travaux 
exécutés  par  le  propriétaire  actuel  autour  des  thermes  qui 
datent  du  dix-huitième  siècle. 

11  semble  bien  probable,  en  présence  de  ces  constatations 
que  ces  eaux  chaudes,  si  peu  distantes  de  Dax,  durent  aussi 
avoir  leur  part  de  vogue  à l’époque  où  les  eaux  Tarbelliennes 
attiraient  de  toutes  parts  les  visiteurs  et  les  malades. 

On  peut  rattacher  au  groupe  du  sud-ouest  les  sources  de 
Castéra-Verduzan.  autrefois  Castéra- Vivent,  et  de  Barbotan, 
situées  dans  le  département  du  Gers,  sur  le  territoire  des 
Auscii.  Peut-être  faudrait-il  voir  dans  ces  eaux  celles  dont 
parle  Strabon,  lorsque,  après  avoir  parlé  des  thermes  Onésiens 
et  de  leurs  sources,  il  ajoute  qu’il  en  existe  aussi  de  belles 
chez  les  Auscii.  Je  ne  fais  que  hasarder  cette  proposition,  car 
certains  commentateurs  n’appliquent  pas  aux  thermes  et  aux 
sources  le  dernier  membre  de  phrase  de  Strabon,  et  le  rap- 
portent au  sol  de  l’Aquitaine,  dont  il  est  question  au  commen- 
cement de  la  même  phrase  (1). 


(1)  Telle  est  l’interprétation  de  M.  Tardieu,  Géographie  de  Strabon, 
t.  I,  p.  314.  Voici  la  traduction  complète  qu’il  donne  de  cette  partie  du 
texte  du  géographe  grec  : « Dans  les  plaines  de  l’intérieur,  ainsi  que 
dans  la  partie  montagneuse,  le  sol  de  l’Aquitaine  est  de  meilleure  qua- 
lité; il  est  notamment  fertile  dans  le  voisinage  du  montPyréné,  chez  les 
Convènes,  ou,  comme  nous  dirions  en  grec,  chez  les  Synélydes,  peuple 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


341 


Le  hameau  de  Barbotàn,  où  s’exploitent  encore  aujourd’hui 
des  eaux  et  des  boues,  était  déjà  signalé  par  M.  Jacquot  (1) 
comme  une  localité  très  ancienne,  où  l’on  avait  trouvé,  en 
fouillant  le  sol,  des  médailles  et  des  constructions  qui  prou- 
vaient qu’à  l’époque  de  l’occupation  romaine  les  sources 
étaient  déjà  exploitées. 

A la  fin  de  l’année  1902,  des  découvertes  assez  importantes 
furent  faites  à peu  de  distance  de  Barbotan,  au  cours  des  tra- 
vaux de  construction  de  la  ligne  de  Nérac  à Mont-de-Marsan. 
Ces  découvertes  consistèrent  en  un  certain  nombre  de  chapi- 
teaux corinthiens  et  de  socles  de  colonnes,  que  Ton  a cru 
reconnaître  comme  ayant  appartenu  à un  temple  ou  à un  éta- 
blissement. thermal,  et  en  pièces  de  bois  en  décomposition, 
placées  dans  une  position  horizontale,  assemblées  et  semblant 
former  un  grillage,  au  milieu  duquel  étaient  épars  des  moel- 
lons bruts  et  un  fragment  de  béton  de  brique  et  de  mor- 
tier (2). 

Castera-Yerduzan  n’a  pas  fourni  de  traces  aussi  nettement 
probantes  de  son  existence  antique,  mais  on  y a rencontré  un 
fragment  d’une  inscription  dédicatoire  : Aux  Nymphes  augustes, 
que  nous  avons  eu  l’occasion  de  citer  au  nombre  des  textes 
épigraphiques  dédiés  à ces  divinités,  et  cpii  ne  doit  pas  être 
sans  rapport  avec  les  eaux  minérales  qui  sont  encore  utili- 
sées aujourd’hui  dans  ce  lieu. 

Dans  la  région  du  Béarn,  à l’entrée  de  la  belle  vallée  d’Àspe, 
qui  fut  de  tout  temps  une  des  grandes  voies  de  communi- 
cation entre  les  deux  versants  des  Pyrénées,  la  petite  sta- 
tion de  Saixt-Christau  n’avait  pas  été  négligée  par  les  Ro- 
mains. Les  traces  monumentales  de  cette  fréquentation  ont 
disparu  au  cours  des  invasions  qui  ont  si  souvent  emprunté 

dont  la  capitale  se  nomme  Lugdunum,  et  qui  possède  les  thermes  Oné- 
siens,  sources  magnifiques  donnant  une  eau  excellente  à boire.  Le  terri- 
toire des  Auscii  est  egalement  d’une  grande  fertilité.  » 

(1)  Description  géologique,  minéralogique  et  agronomique  du  département 
du  Gers,  1870,  lru  partie,  Description  géologique,  p.  132. 

(2)  Revue  de  Gascogne,  t.  XXXIV,  1893,  p.  269. 


342 


LA  GAULE  THERMALE 


ce  chemin,  mais  de  nombreux  débris  : monnaies,  médailles, 
libules,  agrafes  et  autres  menus  objets  ont  été  trouvés  dans 
les  sources  lorsqu’on  en  refit  le  captage  en  1897. 

En  ce  qui  concerne  les  Eaux-Chaudks  et  les  Eàux-Bonxes, 
aucune  découverte  n’est  venue,  jusqu’à  présent  du  moins, 
confirmer  la  réputation  d’antiquité  qu’avaient  voulu  leur 
conférer  quelques  érudits.  « On  n’a  rencontré  jusqu’à  ce  jour, 
ditM.  Soulice(l),  aucune  trace  des  travaux  que  les  Romains,  si 
soucieux  de  tout  ce  qui  concernait  les  thermes,  n’auraient  pas 
manqué  de  faire  pour  capter  les  sources,  et  si  les  bâtiments 
avaient  disparu  dans  quelque  cataclysme,  comme  à Aulus 
par  exemple,  il  serait  au  moins  resté  certains  vestiges  des 
routes  qui  y conduisaient.  » 


I3agxères-de-Bigorre.  — Nous  savons,  d’après  nos  études  pré- 
cédentes, que  Bagnères-de-Bigorre  était  connu  à l’époque  gallo- 
romaine  sous  le  nom  de  Vicus  Aquensis,  et  que  les  tributs  de 
reconnaissance  laissés  par  des  malades  sous  forme  d’inscrip- 
tions votives  aux  Nymphes  attestaient  l’ancienne  renommée 
de  ses  eaux,  auxquelles  présidait  vraisemblablement,  à côté 
des  divinités  officielles  de  l’Italie,  un  dieu  topique  indigène 
nommé  Agho.  Des  découvertes,  sur  lesquelles  je  n’ai  pu 
trouver  que  des  indications  assez  sommaires,  ont  mis  à jour 
d’importants  fragments  des  anciens  thermes,  fragments  qui 
ne  semblent  pas  avoir  été  conservés  (2). 

Ce  fut,  tout  d’abord,  « une  immense  piscine  à gradins  de 
marbre  rose,  qui  fut  exhumée  lorsqu’on  construisait,  en  1823, 
l’établissement  actuel,  et  qui  se  développait  sous  une  portion 

(1)  Notice  historique  sur  les  Eaux-Chaudes  et  les  Eaux-Bonnes.  Bulletin 
de  la  Société  des  sciences,  lettres  et  arts  de  Pau,  2e  série,  t.  VI,  1876-1877. 

(2)  Bordeu,  dans  un  ouv  rage  assez  rare  intitulé  : Lettres  contenant  des 
essais  sur  l’histoire  des  eaux  minérales  du  Béarn  et  de  quelques-unes  des 
provinces  voisines,...  adressées  à Mma  de  Sorberio,  à Pau  en  Béarn.  Amster- 
dam. m.dcc.xlvi,  faisait  allusion  en  ces  termes  à l’antiquité  d’une  des 
sources  de  Bagnères  : « Dumoret  le  vieux  est  fort  ancien,  il  date  du 
temps  des  Romains.  On  y voit  avec  plaisir  des  tuyaux  remplis  de  con- 
crétions pierreuses  de  plus  de  deux  mètres  d’épaisseur,  et  en  couches 
de  différentes  couleurs  : on  sait  par  tradition  que  ces  tuyaux  furent  les 
premiers  que  l’on  mit  à la  source.  » 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  343 

du  pavillon  nord  des  Thermes,  sur  toute  la  largeur  de  la 
place  et  une  partie  de  la  maison  Jalon.  La  conservation  était 
parfaite,  et  malgré  les  réclamations  de  bien  des  gens,  les 
prières  de  bien  d’autres,  l’architecte  ne  voulut  rien  entendre 
et  posa  son  moellon  neuf  sur  le  marbre  antique  (1).  » 

En  1868,  M.  Vaussenat  (2)  releva  deux  piscines  romaines, 
dans  le  voisinage  d’une  source  dont  il  venait  d’opérer  le  cap- 
tage et  qui  émergeait  à une  distance  intermédiaire  entre 
les  deux.  Ces  piscines  devaient  être  établies  avec  un  certain 
luxe,  car  on  y a recueilli  un  assez  grand  nombre  de  tranches 
sciées  de  marbre  blanc. 

Dans  le  mémoire  cité  plus  haut,  M.  Dumont  a signalé  éga- 
lement l’existence  de  pompes  en  briques  à l’aide  desquelles 
les  eaux  étaient  captées,  ainsi  que  d’aqueducs  nombreux  dont 
des  fouilles  anciennes  ou  récentes  avaient  révélé  l’existence. 
L’espace  très  considérable  (près  de  300  mètres)  sur  lequel 
ont  été  trouvés  des  restes  d’ouvrages  anciens  le  portait  à 
croire  qu’il  avait  existé  à Bagnères  plusieurs  établissements 
distincts  : « Il  ne  nous  paraît  pas  possible  de  supposer,  avec 
les  restes  découverts,  un  bâtiment  de  trois  cents  mètres  de 
longueur.  Une  construction  de  cette  importance  aurait  laissé 
plus  de  traces.  » 

Cauterets.  — L’existence  de  cette  station  à l’époque  gallo- 
romaine  semble  encore  très  problématique  et  les  indications 
recueillies  dans  les  écrits  des  auteurs  qui  se  sont  occupés  de 
son  histoire  ne  permettent  guère  de  remonter  avec  certitude 
au  delà  des  premiers  temps  du  moyen  âge. 

D’après  MM.  Lequeutre  et  Wallon  (3)  : « Sans  parler  de  la 
visite  légendaire  de  Jules  César,  ni  même  de  l’hypothèse  de 
la  venue  de  l’empereur  Auguste  à Cauterets,  il  est  certain  que 
les  Romains  avaient  établi  des  bains  à Cauterets  ; ils  faisaient 
usage  des  sources  de  César  et  de  Pause.  Tous  les  historiens 

(1)  Dumont,  Bagnères  (levant  le  Congrès  d'hydrologie.  Notes  historiques. 
Bulletin  de  la  Société  Ramond,  1887. 

(2)  Bulletin  de  la  Société  Ramond,  séance  du  6 avril  1868. 

(3)  Guide  de  Cauterets,  1895. 


344 


LA  GAULE  THERMALE 


de  la  célèbre  station  sont  d’accord  pour  affirmer  que  le  nom 
de  César,  que  portait  déjà,  au  début  môme  de  l’époque  mo- 
derne, l'une  des  sources  les  plus  anciennes  et  les  plus  en 
renom;  une  inscription  placée  sur  la  porte  de  la  piscine 
antique  dans  laquelle  les  malades  devaient  primitivement  se 
plonger;  l’ordre  meme  des  constructions  archéologiques  mises 
à jour  par  les  fouilles  et  les  aménagements  contemporains  ne 
peuvent  laisser  aucun  doute.  » 

Le  docteur  Miquel-Dalton  (1)  parle  également  de  cette  ins- 
cription, qui  aurait  été  relevée  en  1821,  par  Ch.  Labbat  dans 
des  Notes  manuscrites  sur  Cauterets;  mais  il  m’a  été  impossible, 
malgré  toutes  mes  recherches,  d’en  connaître,  même  approxi- 
mativement, la  teneur. 

Le  même  auteur  signale  aussi  la  découverte  d’un  tuyau  de 
plomb,  trouvé  à une  grande  profondeur  (26  pieds),  lors  de 
fouilles  entreprises  à la  source  de  Bruzaud,  et  il  tire  argu- 
ment d’une  charte  du  comte  Raymond,  de  945,  où  il  est  ques- 
tion de  la  conservation  des  maisons  destinées  aux  bains,  pour 
déclarer  : qu’il  est  difficile  de  croire  que,  du  cinquième  au 
neuvième  siècle,  dans  les  temps  troublés  où  partout  les  Bar- 
bares bouchaient  les  sources  thermales  avec  de  grosses 
pierres,  dans  l’espoir  de  les  refouler  dans  le  sol,  ait  commencé 
la  fortune  de  la  station...  et  qu’il  est  donc  amené  à conclure 
que  les  bains  donnés  en  945  dataient  au  moins  de  l’ère  relati- 
vement paisible  de  l’occupation  romaine. 

Mais,  d’autre  part,  M.  Reveil  (2)  est  d’avis  que,  bien  qu’une 
des  sources  les  plus  importantes  de  Cauterets  porte  le  nom  de 
César,  aucune  inscription,  aucune  trace  n’indiquent  que  les 
eaux  aient  été  exploitées  à l’époque  gallo-romaine.  L’ancien 
bain  de  César  se  rapporterait,  par  son  ordonnance  et  par  sa 
construction,  à la  fin  du  quatorzième  siècle,  époque  à laquelle 
un  grand  nombre  de  maladreries  furent  fondées  près  des 
sources  minérales. 

(1)  Cauterets  dans  le  passé,  1890. 

(2)  Analyse  chimique  des  eaux  de  Cauterets.  Annales  de  la  Société d’ hydro- 
logie de  Paris,  t.  VI,  1859-1860. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


345 


Telle  paraît  être  également  l’opinion  du  docteur  Lahil- 
lonne  (1),  pour  qui  un  voile  épais  couvre  l’histoire  primitive 
de  Cauterets  jusqu’à  l’époque  de  Charlemagne. 

Un  texte  semble,  cependant,  consacrer  l’existence  antique 
de  Cauterets  et  lui  attribuer  des  thermes  construits  ou  visités 
par  un  des  maîtres  de  l’Empire.  Brugeles  (2)  parle  des  ravages 
d’une  invasion  des  Normands  et  des  Danois,  de  840  à 844,  et 
cite  dans  les  Preuves  de  la  première  partie , p.  9 et  10,  le  pas- 
sage suivant,  tiré  du  Cartulaire  de  Bigorre,  par  Nicolas  Ber- 
trandi  : « Post  hæc  maximâ  furiâ  invecti  ad  nobilissimum 
oppidum  Aquis,  quod  nunc  dicitur  Cautères,  tune  latum  et 
pingue,  nunc  satis  debile,  afflati,  illorum  malas  mentes  exagi- 
taturi,  rabiem  cum  magno  impetu  exercent...  Dani  vero  Bar- 
bari,  cum  se  victores  esse  conspexissent,  ad  dictum  oppidum 
demoliendum  cum  festinatione  properant  : cujns  speciosis- 
sima  sedificia  detrahentes  ad  ima,  thermas  impériales  Balneo- 
rum  habentes  usum,  et  venas  salutiferas  quæ  ibi  antiquitùs 
constructæ  fuerant  demoliuntur.  » 

Les  thermes  dont  il  s’agit  dans  ce  texte  sont-ils  bien,  en 
réalité,  ceux  de  Cauterets?  Bertrandi  le  pensait  et  exprimait 
par  sa  phrase  incidente  quod  nunc  dicitur  Cautères  cette  opi- 
nion, suivie  par  d’autres  savants,  notamment  par  M.  De- 
gert  (3). 

Je  préfère  cependant  l’attribution  du  texte  de  la  Chronique 
à Dax,  ce  qui  semble  avoir  été  admis  par  Brugeles  lui-mème 
qui,  dans  le  texte  auquel  se  réfère  la  note  figurant  aux  Preuves, 
donne  le  nom  d’A^s,  et  non  de  Cauterets,  à la  cité  détruite 
par  les  Barbares  du  Nord.  Aqs,  ancien  nom  de  Dax,  correspond 
bien  d’ailleurs  au  mot  latin  Aquis.  En  outre,  l’itinéraire  des 
envahisseurs  indiqué  par  les  textes  est  le  suivant  : Bordeaux, 
Bazas,  Sos,  Lectoure,  Aquis,  Bayonne,  Oloron,  Lescar  et 
Tarbes.  Une  pointe  sur  Cauterets,  entre  Lectoure  et  Bayonne, 

(1)  Histoire  des  fontaines  de  Cauterets,  1877. 

(2)  Chroniques  ecclésiastiques  du  diocèse  d'Auch,  MDCGXLVI. 

(3)  Saint  Vincent,  évêque  de\Dax.  Revue  de  Gascogne,  1899.  (En  note). 

« Dans  cette  excursion  des  Normands,  il  s’agit  des  Cauterets,  non  de 
Dax.  » 


3 46 


LA  GAULE  THERMALE 


semble  bien  singulière  et  improbable,  tandis  qu’au  contraire 
Dax  se  trouvait  sur  le  chemin  des  Danois  allant  de  la  p/e- 
mière  à la  seconde  de  ces  deux  villes. 

En  résume,  devant  toutes  ces  contradictions  il  semble  pru- 
dent de  n’admettre  Cauterets  au  nombre  des  stations  gallo- 
romaines  que  sous  de  très  expresses  réserves. 

Bagnères-de-Luchon.  — La  station  thermale  qui  s’intitule 
« la  Reine  des  Pyrénées  » eut  certainement  aux  temps 
antiques  une  grande  réputation,  dont  témoignent  les  nom- 
breux gages  de  reconnaissance  dédiés  aux  divinités  protec- 
trices et  retrouvés  autour  des  sources.  Les  inscriptions  nous 
ont  montré  qu’on  y venait  de  loin,  du  pays  des  Rutènes 
comme  de  celui  des  Ségusiaves,  par  cette  belle  route,  jalonnée 
de  bornes  milliaires,  où  les  ingénieurs  modernes  se  sont 
bornés  à suivre  la  voie  tracée  par  leurs  collègues  de  l’an- 
cienne Rome. 

Au  pied  de  la  montagne  de  Superbagnères  jaillissaient  les 
sources  sulfureuses  qui  accomplissaient  ces  merveilleuses  gué- 
risons. Recueillies  aujourd’hui  dans  un  savant  réseau  de 
galeries  qui  s’enfoncent  au  cœur  de  la  montagne,  elles  sor- 
taient alors  des  atterrissements  et  venaient  au  jour  après  avoir 
imprégné  des  terrains  meubles,  dépôts  glaciaires  et  éboulis, 
déjà  imbibés  par  les  eaux  superficielles  (1). 

C’est  dans  ces  conditions  qu’elles  étaient  exploitées  par  les 
Romains,  dans  un  établissement  dont  les  premières  traces 
semblent  avoir  été  révélées  lors  des  fouilles  entreprises  en 
1714  par  d’Orbessan,  gouverneur  du  duc  du  Maine.  D'autres 
découvertes,  signalées  en  4736  par  un  curé,  M.  Bordage, 
furent  faites  sur  ce  meme  point,  et  d’importants  restes  d'anti- 
quités romaines  furent  rendus  au  jour  au  cours  des  travaux 
commencés  en  1763  par  l’Intendant  de  la  généralité  de  Gas- 
cogne, Mégret  d’Étigny,  qui  avait  résolu  « de  tirer  ces  eaux, 
déjà  célèbres  sous  les  Romains  qui  y avaient  des  thermes 

(1)  Docteur  Gahrigou,  les  Sources  et  les  galeries  de  captage  de  Bagnères- 
de-Luchon.  Études  sur  Ludion,  1887. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  347 

somptueux,  de  l’obscurité  dans  laquelle  elles  étaient  demeurées 
depuis  tant  de  siècles  » . Mais  ce  fut  lors  des  travaux  entre- 
pris de  1803  à 4807,  pour  la  fondation  d’un  premier  établisse- 
ment, et  de  1848  à 1833,  pour  la  construction  des  thermes 
actuels,  que  furent  découverts  à peu  près  dans  leur  intégra- 
lité les  vestiges  des  thermes  antiques,  qui  avaient  presque  les 
dimensions  du  monument  actuel,  et  dont  j’emprunte  à Lam- 
bron  (1),  la  description,  reproduite  daus  V Histoire  ancienne  de 
Ludion,  de  Sacaze  (2), 

Premières  fouilles.  « On  découvrit  deux  bassins  peu  éloignés 
et  placés  sur  la  même  ligne,  au  pied  de  la  montagne.  Le  pre- 
mier, mis  à découvert  en  1803,  n’avait  quelm.  75  en  largeur, 
longueur  et  profondeur.  Le  second,  trouvé  deux  ans  plus 
tard,  en  1807,  était  carré,  et  avait,  avec  la  meme  profondeur, 
6 m.  50  sur  chacun  de  ses  côtés.  Il  régnait  dans  le  pourtour  de 
l’un  et  de  l’autre  un  gradin  qui,  sans  doute,  servait  de  siège. 
Toutes  leurs  faces  étaient  revêtues  de  dalles  en  marbre  blanc 
usées  par  les  eaux,  mais  si  artistiquement  maçonnées  que  les 
jointures  en  étaient  presque  imperceptibles  et  qu’on  ne  pût 
les  détacher  qu’en  les  brisant.  Le  plus  petit  de  ces  bassins 
paraissait  avoir  été  alimenté  par  une  source  minérale  qui  fut 
enfouie  sous  l’aile  droite  de  l’établissement,  ne  pouvant  être 
utilisée  dans  cette  construction  à cause  de  la  profondeur  à 
laquelle  elle  se  trouvait.  » 

Deuxièmes  fouilles  (dont  il  existe  un  plan  dressé  à mesure  de 
la  mise  à découvert  des  substructions  romaines)  ($7.  41).  « On 
a trouvé  trois  piscines  P P P superposées  l’une  à l’autre  et  plu- 
sieurs réservoirs  R R R,  qui  servaient  sans  doute  à refroidir 
l’eau  nécessaire  à alimenter  ces  bassins.  Le  bassin  inférieur 
était  une  véritable  piscine  de  natation.  Sa  forme  était  celle 
d’un  quadrilatère  ayant  7 mètres  de  large  sur  10  mètres  de 
long.  Toutes  ses  parois,  même  le  fond,  étaient  revêtues  de 
marbre  blanc.  On  a trouvé  dans  les  débris  qui  le  remplissaient 

(1)  Les  Pgrénèes  et  les  eaux  thermales  sulfurées  de  Dagnères-de-Luchoii, 
t.  I,  1863. 

(2)  Revue  de  Comminges,  t.  III,  année  1887. 


348 


LA  GAULE  THERMALE 

de.s  fragments  de  poterie  d’une  couleur  brune,  recouverte  de 
l'émail  le  plus  brillant  et  le  plus  solide,  puisqu’il  n’avait  été 
altéré  ni  par  le  temps,  ni  par  un  long  enfouissement,  ni  par 
1 action  corrosive  des  eaux  sulfureuses...  Le  bassin  qui  domi- 
nait presque  immédiatement  la  piscine  de  natation  était  plus 

petit;  il  n’avait  que  4 mètres 
sur  5 mètres,  et  il  était  revêtu 
simplement  de  dalles  ordi- 
naires du  pays.  Le  troisième, 
le  plus  petit  des  trois,  puisqu’il 
n’avait  que  2 m.50  sur  3 mètres, 
était  le  plus  élégant.  Ses  murs 
étaient  enduits  d’une  forte 
couche  de  ciment  sur  lequel  le 
marbre  blanc  se  trouvait  ap- 
pliqué. Il  pouvait  aisément 
contenir  huit  ou  dix  personnes 
à la  fois. 

« Les  réservoirs,  où  les  eaux 
venaient  se  refroidir,  étaient 
construits  partie  en  ciment, 
partie  en  briques  d’une  très 
forte  épaisseur  et  d’une  admi- 
rable conservation.  Le  nombre 
et  la  disposition  de  ces  réser- 
voirs semblent  démontrer  que 
les  Romains  ne  faisaient  point 
usage  de  l’eau  froide.  M.  Cham- 
bert,  en  effet,  n’a  trouvé  au- 
cune disposition  propre  à intro- 
duire la  source  froide  dans  les  bassins.  Ils  étaient  alimentés 
par  quatre  sources,  presque  toutes  captées  avec  du  béton  et 
des  cloisons  de  bois.  Ces  sources  étaient  amenées  soit  par  des 
tuyaux  de  plomb,  par  des  conduits  en  bois,  soit  plus  simple- 
ment par  des  caniveaux,  faits  avec  des  tuiles  plates  et  à 
rebords,  cimentées  avec  du  béton.  Le  réservoir  supérieur 


10 


10 


Fig.  41.  — PLAN  DES  THERMES 
DE  BAGNÈRES-DE-LUCHON. 
D’après  le  plan  joint  à l’ouvrage 
de  Lambron. 

B.  Source  romaine  captée  par  du  béton  et 

par  une  cloison  en  bois. 

C.  C.  Conduits  en  plomb  des  eaux  chaudes. 

D.  Captage  d'une  source  avec  tuyaux  en 

bois. 

E.  E.  Conduits  des  eaux  au  moyen  de 
canaux  en  tuiles. 

P.  P.  Bassin  des  bains  ou  piscine. 

R.  R.  Réservoirs. 

V.  Étuve  (hypocauste). 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


349 


recevait  sans  doute  les  sources  les  plus  chaudes,  car  il  four- 
nissait à la  salle  des  vapeurs  obtenues  par  une  disposition  des 
plus  simples  et  des  plus  remarquables,  par  le  passage  des 
eaux  sous  une  voûte  percée  de  trous  nombreux  et  soutenue 
par  de  petites  colonnes  en  terre  cuite. 

« Les  bassins  non  seulement  étaient  alimentés  par  ces 
réservoirs,  mais  leur  disposition  superposée  permettait  aux 
deux  petits  de  déverser  leur  trop  plein  dans  la  piscine  de 
natation.  Le  plus  petit  parait  avoir  été  desservi  par  une  source 
spéciale  qui  y arrivait  au  moyen  de  trois  siphons  en  brique, 
dont  l’un  a été  retrouvé  parfaitement  intact... 

« L'importance  de  ces  thermes  ressort  donc  du  grandiose 
meme  de  leurs  dispositions  balnéaires.  Mais  les  fouilles  ont 
encore  démontré  que  les  habitations  pour  loger  les  baigneurs 
y étaient  annexées.  On  a trouvé,  en  effet,  du  côté  du  nord, 
des  vestiges  de  murailles,  des  détritus  de  bois,  du  charbon, 
des  débris  de  plusieurs  ustensiles  de  ménage.  » 

Comme  on  peut  s’en  rendre  compte  par  cette  longue  cita- 
tion, les  thermes  de  Bagnères-de-Luchon  étaient  très  complets 
et  devaient  présenter  un  intérêt  de  premier  ordre  à raison  de 
leurs  dispositions  au  point  de  vue  balnéaire.  Là  comme  par- 
tout, malheureusement,  aucun  effort  de  conservation  n’a  été 
tenté,  et  les  fondations  des  nouveaux  thermes  sont  venues 
recouvrir  les  ouvrages  anciens  dont  toutes  traces  ont  disparu. 

La  Barthe-de-Rivière.  — A peu  de  distance  de  Saint-Gau- 
dens,  la  Barthe-de-Rivière,  qui  possède  encore  un  petit  éta- 
i blissement  de  bains,  fut  certainement  une  station  thermale  à 
l’époque  romaine.  MM.  Morel  et  Gautier  (1)  y signalent  l’exis- 
; tence  d’une  ancienne  chaussée,  d’une  pile  itinéraire  et  d’une 
' voûte  de  construction  romaine  recouvrant  une  source  savon- 
neuse, et,  d’après  M.  A.  Couget  (2),  on  conserve  aux  bains 

(1)  Voie  romaine  ab  Aquis  Tarbellicis  et  routes  qui  venaient  s’il  souder, 

! 1874. 

(2)  Excursion  en  Comminges.  Revue  de  Comminges,  t.  VIII,  1893, 
p.  202. 


350 


LA  GAULE  THERMALE 


une  piscine  romaine  et  des  substructions  antiques.  En  outre, 
le  musée  de  Toulouse  posséderait  un  certain  nombre  de  cippes 
funéraires  et  d’autels  votifs  découverts  aux  alentours. 

Encausse.  — Je  signale  les  eaux  d’Encausse  surtout  parce 
qu’elles  naissent  dans  une  région  fertile  en  vestiges  de  l’occu- 
pation gallo-romaine,  mais  sans  avoir  de  preuves  bien  con- 
vaincantes de  leur  existence  reconnue  à cette  époque.  Du 
Mège,  cité  par  Greppo  (op.  ait.,  p.246j,  était  porté  à croire  que 
ces  eaux  avaient  été  connues  des  Romains,  par  suite  de  la 
découverte  d’inscriptions  et  d’urnes  en  marbre  dans  les  lieux 
qui  l’environnaient.  D’autre  part,  une  statue  d’Isis  aurait  été 
trouvée  près  des  sources  thermales  (1). 

Sacaze  (2)  est  loin  d’être  affirmatif  à cet  égard  : « Les  eaux 
d’Encausse,  dit-il,  furent-elles  utilisées  par  les  Romains? 
Aucun  texte,  aucune  découverte  archéologique  ne  nous  per- 
met de  l’affirmer;  cependant  quelques  débris  romains  ont  déjà 
été  trouvés  dans  le  voisinage.  » 

Les  indications  qui  m’ont  été  fournies  sur  cette  station 
n’ont  fait  que  confirmer  cette  pénurie  de  renseignements  et  . 
cette  incertitude. 

Certaines  autres  stations  des  Pyrénées,  sans  présenter  de 
vestiges  certains  d’édifices  ayant  un  rapport  direct  avec  les 
thermes,  ont  cependant  fourni  des  inscriptions  desquelles  il 
est  permis  d’inférer  qu’elles  n’étaient  pas  restées  ignorées 
lors  de  l’occupation  romaine.  A Lez,  à l’entrée  du  val  d’Aran, 
dans  une  région  qui  relève  aujourd’hui  de  l’Espagne  mais 
qui  faisait  alors  partie  du  territoire  des  Convènes  et  apparte- 
nait à la  Gaule  romaine  au  même  titre  que  toutes  les  vallées 
situées  sur  le  versant  septentrional  de  la  chaîne,  on  a décou- 
vert des  inscriptions  consacrées  aux  Nymphes  et  au  dieu  Lex 
ou  Lexi.  D’après  M.  Barry  (3),  et  bien  que  cet  auteur  dise 

(1)  Docteur  Grasset,  Reçue  médicale,  19  août  1903. 

(2)  Revue  de  Comminges,  t.  IV,  2e  trimestre,  p.  298  et  suiv. 

(3)  Les  Eaux  thermales  de  Lez  à l'époque  romaine.  Revue  archéolo- 
gique, 13°  année,  lrc  partie,  1856. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


351 


n’avoir  pu  obtenir  que  des  renseignements  très  vagues  sur 
les  fouilles  opérées  en  1834-1835,  des  débris  de  divers  genres: 
tuiles,  poteries,  amphores,  etc.,  auraient  été  découverts  au 
milieu  de  substructions  antiques  lors  de  la  reconstruction  de 
l’établissement  thermal. 

A Cadeac- les- Bains,  village  de  la  vallée  d’Aure,  le  séjour  des 
Romains  est  bien  établi  par  toute  une  série  de  petits  autels 
votifs  en  marbre,  que  l’on  avait  sciés,  écornés  ou  taillés 
pour  en  composer  l’arceau  d’un  porche  latéral  de  l’église  (1). 

Dans  la  vallée  du  Louron,  au  plateau  de  Sarrat  de  Peyra, 
voisin  d’abondantes  sources  thermales  sulfureuses,  on  a 
trouvé  deux  cippes  dédiés  au  dieu  Arixon,  et  un  autre  cippe, 
consacré  aux  Nymphes,  a été  découvert,  avec  quelques  mon- 
naies romaines,  dans  le  Val  d’Aran,  aux  thermes  d’ARTiAs,  où 
plusieurs  sources  sulfureuses  chaudes  sont  encore  exploitées 
aujourd’hui  (2).  Deux  autres  fragments  d’autels  votifs  ou  de 
cippes  funéraires  trouvés,  l’un  près  d’Artias,  l’autre  au  village 
tout  proche  de  Gesa,  établissent  d’une  façon  certaine  l’exis- 
tence d’établissements  romains  dans  ces  parages  (3). 

Les  ex-voto  en  terre  cuite,  dédiés  aux  Nymphes,  trouvés  à 
Capvern  par  Du  Mège,  ainsi  que  des  médailles  romaines,  sont 
des  indices  certains  de  l’antique  exploitation  des  eaux  ther- 
males ou  froides,  sulfatées  calciques  et  ferrugineuses  de  cette 
station.  Nous  savons  meme  que  certains  auteurs  ont  voulu  y 
voir  les  Aquæ  Convenarum  rie  l’Itinéraire  d’Antonin.  On  a 
prétendu  que,  lorsqu’on  fouilla,  dans  les  premières  années  du 
dix-neuvième  siècle,  le  sol  d’une  maison  voisine  de  l’établis- 
sement actuel,  on  découvrit  des  fondations  en  forte  maçonne- 
rie, de  caractère  antique;  mais  ces  rapports,  dit  M.  Curie- 
Seimbres  (4),  faits  de  souvenir,  sont  vagues  et  contestables. 

(1)  Mémoires  de  l'Académie  des  sciences,  inscriptions  et  belles-lettres  de 
Toulouse,  6e  série,  t.  VI,  1868. 

(2)  Bulletin  de  la  Société  des  Antiquaires,  1883,  p.  224. 

(3)  De  Laurière,  Promenade  archéologique  dans  le  Val-d’Aran,  1887. 

(4)  Capbern  historique,  ses  antiquités,  son  état  actuel,  ses  eaux  thermales, 
1871. 


352 


LA  GAULE  THERMALE 


Amélie-les-Bains.  — La  petite  ville  thermale  d’Amélie,  autre- 
fois connu  sous  le  nom  d’Arles-les-Bains  ou  d’Arles-sur-Tech, 
possède  des  restes  fort  considérables  de  thermes  romains,  qui 
occupaient  toute  la  partie  inférieure  du  bassin  des  sources  et 
n’ont  jamais  été  reconnus  dans  leur  entier.  Bans  ses  Notes 
d’un  voyage  dans  le  midi  de  la  France , Mérimée  leur  avait  con- 
sacré ces  quelques  lignes  : « Le  village  d’Arles-les-Bains  a 
conservé  quelques  souvenirs  du  séjour  des  Romains  qui 
avaient  reconnu  les  propriétés  de  ses  sources  thermales.  La 
salle  où  l’on  prend  les  bains  est  un  ouvrage  antique,  qui 
d’ailleurs  n’est  remarquable  que  par  sa  grandeur,  l’épaisseur 
et  la  solidité  de  sa  voûte.  » 

La  salle  dont  parlait  Mérimée,  voûtée  en  plein  cintre,  à 
murs  très  épais  ornés  de  niches  demi-circulaires,  était  creusée 
à son  centre  d’une  piscine  profonde  de  près  de  deux  mètres, 
dont  le  fond  était  composé  de  petites  briques  posées  de 
champ,  et  où  l’on  descendait  par  cinq  marches  qui  régnaient 
le  long  des  quatres  faces  et  pouvaient  servir  en  même  temps 
de  sièges  aux  baigneurs. 

A côté  de  cette  salle,  et  en  communication  avec  elle,  il  en 
existait  une  autre  que  des  travaux  de  déblaiement  postérieurs 
ont  permis  de  reconnaître  dans  tous  ses  détails.  Au  sud- 
est  de  cette  salle  on  voyait  deux  puits  hexagonaux,  de  deux 
mètres  de  hauteur  environ,  construits  en  béton  aggloméré, 
alimentés  par  des  courants  d’eau  chaude.  Ce  devaient  être  là 
des  sortes  de  bains  de  vapeur,  justifiant  le  nom  d ’estufs  qu’un 
ancien  acte  donnait  à cette  salle  ( fig . 42). 

« A la  suite  de  ces  appareils,  dit  M.  Rolin  (1),  existaient 
plusieurs  baignoires  en  marbre  blanc,  de  très  grandes  dimen- 
sions, trois  mètres  de  long  sur  deux  mètres  de  largeur;  elles 
présentaient  à la  partie  sud  deux  échancrures  demi-cylin- 
driques où  le  malade  pouvait  venir  se  reposer.  On  descendait 

(1)  Notice  sur  les  anciens  et  les  nouveaux  thermes  d'Amélie.  Perpignan, 
1867.  — Sur  Amélie-les-Bains,  voir  aussi  : Greppo,  op.  cit.,  p.  290  et  suiv. 
— Henry,  Extraits  d'une  histoire  inédite  du  Roussillon.  Mémoires  de  la 
Société  des  Antiquaires,  t.  X,  1834,  p.  208  et  suiv.  — Congrès  archéolo- 
gique, 35e  session,  1868. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


353 


dans  cette  baignoire  par  deux  marches  pratiquées  dans  la 
pierre  entre  ces  échancrures.  Cette  baignoire  était  précédée 
d’un  bassin  rectangulaire  placé  entre  les  deux  parties  cylin  • 
driques  dont  j'ai  parlé  plus  haut.  Il  fallait  donc  entrer  dans 
cette  baignoire  rectangulaire  avant  d’entrer  dans  la  seconde. 
La  température  de  ces  deux  bains  devait  être  différente; 
c’était  probablement  une  médication  hydrothérapique...  On 
n’a  trouvé  qu’une  baignoire  comme  celle  que  j’indique;  peut- 


Fig.  42.  — THERMES  d’aMÉLIE-LES-B  AINS. 


A.  Grande  piscine.  — B.  Petite  piscine.  — C.  Cabinet  avec 
baignoire.  — D.  Cabinet  avec  baignoire.  — E.  Cabinet 
avec  petite  piscine.  — F.  F.  Puits  en  maçonnerie  formant 
réservoirs  d’eau  thermale.  — G.  G.  Cabinets  dont  on  n'a 
retrouvé  que  la  base  des  piliers.  — H.  H.  Cabinets  retrou- 
vés avec  leurs  voûtes.  — K.  K.  Canaux  de  vidange  des  eaux. 

* 

être  en  a-t-il  existé  d’autres,  comme  la  disposition  des  thermes 
semble  le  faire  supposer.  » 

De  chaque  côté  de  cette  salle  existaient  des  enfoncements, 
qui  devaient  constituer  des  cabinets  séparés,  et,  au  milieu, 
s’étendait  une  piscine  de  dix  mètres  sur  quatre,  pavée  en 
petites  briques  liées  par  un  ciment  très  fin. 

Un  luxe  assez  grand  régnait  dans  ces  thermes,  car  on  y a 
constaté  l’usage  général  des  placages  en  marbre  blanc.  Les 
voûtes  étaient  établies  avec  des  briques  de  grandes  dimen- 
sions, alternant  avec  des  pierres  calcaires  faciles  à tailler  et 
les  eaux  étaient  conduites  au  moyen  de  grandes  tuiles  creuses 


23 


354 


LA  GAULE  THERMALE 


formant  tuyaux  par  leur  superposition  en  sens  inverse. 

En  dehors  de  ces  deux  édifices  principaux,  d’autres  cons- 
tructions étaient  en  rapport  certain  avec  les  thermes.  Des 
murs  de  soutènement  renversés  et  quelques  fondations  recon- 
nues près  de  la  source  du  Gros-Escaldadou  prouvent  que  les 
Romains  l’avaient  utilisée  dès  son  point  d’émergence  en  l’en- 
tourant de  constructions.  Greppo  cite,  d’après  M.  .Jaubert  de 
Passa,  un  grand  aqueduc  à arcades,  en  briques,  qui  recevait  les 
eaux  de  la  source  principale  et  les  versait  dans  les  deux  piscines. 

Des  échancrures  pratiquées  dans  les  rochers  de  la  rive  du 
torrent  du  Mondoni,  et  dont  l’une  est  encore  utilisée  aujour- 
d’hui comme  piscine  naturelle,  semblent  devoir  être  attribuées 
également  aux  Romains,  ainsi  que  le  mur  de  barrage,  connu 
dans  le  pays  sous  le  nom  de  Mur  cl’Annibal,  qui  forme  digue 
au  point  où  le  Mondoni  sort  d’une  gorge  rocheuse  aux  parois 
à pic  de  plus  de  100  mètres  de  hauteur  (fi g.  43).  Les  eaux 
froides  de  la  rivière  étaient  amenées  aux  thermes  par  un 
canal  creusé  en  partie  dans  la  roche  vive  et  dont,  au  dire  de 
M.  Henry  (op.  cit.),  on  voyait  encore  de  grands  vestiges. 

Las  Escaldas.  — Ces  eaux,  thermales  ou  froides,  sont 
situées  dans  un  hameau  de  la  commune  de  Villeneuve,  à peu 
de  distance  de  la  frontière  espagnole,  dans  les  Pyrénées- 
Orientales.  Cette  région  reculée  et  d’abord  peu  facile  fut  le 
centre  d’une  sérieuse  occupation  romaine;  la  petite  ville  espa- 
gnole de  Llivia,  peu  distante  des  Escaldas,  portait  le  nom  de 
Julia  Livia,  et  était  la  capitale  de  la  province  Ceretania  Juliana. 
Les  eaux  voisines  des  Escaldas,  dont  le  nom  rappelle  singu- 
lièrement la  dénomination  d’Aquæ  Calidæ,  n’avaient  pu  rester 
ignorées  des  Romains  (1),  qui  y avaient  élevé  des  thermes, 

(1)  Toute  cette  région  présente  des  traces  nombreuses  de  son  passé 
antique.  A quelques  minutes  des  Escaldas,  à Angoustrine,  on  a trouvé 
souvent  des  médailles  romaines,  et,  dans  le  cimetière,  en  1838.  un 
cippe  en  pierre  portant  l’inscription  suivante  : 

i.  o.  M 

c.  r.  poli 

BIVS 

V.  s.  L.  M 


N 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


357 


dont  il  restait  encore  an  dix-septième  siècle  des  vestiges 
importants.  (Marc a,  Histoire  du  Béarn).  Le  docteur  Carrera, 
auteur  d'un  Voyage  en  Roussillon , publie  en  1787,  y avait 
encore  vu  un  lavacrum  de  8 ni.  76  de  long  sur  4 m.  50  de 
large  et  0 m.  76  de  profondeur,  pavé  en  larges  pierres  de 
taille,  par-dessus  une  charpente  qu’on  avait  découverte  en 
soulevant  une  de  ces  dalles.  On  descendait  .dans  ce  lavacrum 
par  trois  marches  de  marbre  blanc  qui  en  faisaient  le  tour.  A 
la  meme  époque,  on  voyait  encore  lés  restes  du  sudato- 
riurn  (1). 

Tout  cela  a disparu  aujourd’hui  dans  la  reconstruction  de 
l’établissement  thermal. 

Aulus.  — L’une  des  sources  thermales  d’Aulus,  la  source 
Darmagnac,  fut  certainement  utilisée  par  les  Romains  dans 
un  petit  établissement  qui,  d’après  sa  forme  présumée,  ne 
devait  être  qu’une  sorte  de  buvette. 

En  1845,  en  travaillant  au  premier  captage  de  la  source,  on 
découvrit,  à deux  ou  trois  mètres  de  profondeur,  « un  plan- 
cher de  forme  carrée  qu’on  avait  établi  avec  d’épais  madriers 
de  chêne,  joints  par  de  fortes  chevilles  en  fer.  Au  centre  se 
trouvait  une  ouverture  circulaire  percée  dans  Taxe  du  griffon. 
C’est  par  cette  ouverture  qu’on  puisait  l’eau.  Une  balustrade 
également  en  bois  de  chêne  entourait  le  plancher.  Il  est  pro- 
bable que  cette  construction  était  abritée  par  un  toit  de 
chaume  ou*  d’ardoises  soutenu  par  des  colonnes  fixées  aux 
quatre  angles  du  carré...  Quand  les  diverses  pièces  eurent  été 
enlevées,  on  recueillit,  au-dessous  de  l’ouverture  circulaire 
qui  occupait  le  centre  du  plancher,  plusieurs  débris  de  verre 
et  de  poteries  (2).  » 

De  nouveaux  débris  du  même  genre  furent  découverts 
en  1872,  lors  de  nouveaux  travaux  de  captage,  ainsi  qu’un 

morceau  de  bois  de  chêne  travaillé  paraissant  avoir  appar- 

« 

(1)  J.  Henry,  Extraits  d’une  histoire  du  Roussillon.  Mémoires  de  la  Société 
des  Antiquaires,  t.  X,  1834. 

(2)  A.  j/Assier,  Aidus-les-Bains  et  ses  environs,  1884. 


358 


LA  GAULE  THERMALE 


tenu  à une  rampe  ou  à une  balustrade  et  trois  médailles  du 
premier  siècle  de  notre  ère,  qui  peuvent  nous  servir  à dater 
ce  modeste  édifice,  probablement  élevé  par  quelque  colonie 
militaire  chargée  de  la  garde  d’un  des  passages  des  Pyrénées. 

Rennes-les-Bains.  — Les  bains  de  Rennes,  où  sont  exploi- 
tées cinq  sources  minérales,  dont  trois  thermales  et  deux 
froides,  étaient  jadis  connus  sous  le  nom  de  Bains  de  Mont- 
ferrand. Là  s’élevait  probablement  autrefois  la  cité  de  Redcla 
ou  Redæ,  qui  a donné  son  nom  à la  région  environnante,  le 
Reddesium  ou  Rasés  (1).  Si  le  nom  ancien  peut  faire  doute,  il 
n’en  est  pas  de  meme  de  l’existence  sur  ce  point,  à l’époque 
qui  nous  occupe,  d’un  groupement  qui  dut  meme  avoir  une 
certaine  importance.  Les  menus  objets,  indices  certains  d’une 
occupation  gallo-romaine  : monnaies,  fragments  de  tuiles  et 
d’amphores,  débris  de  poteries  diverses,  etc.,  y ont  été 
recueillis  en  grand  nombre,  ainsi  que  divers  objets  en  métal, 
des  statuettes  et  deux  roues  de  char,  en  bronze,  à cinq  rais, 
conservées  actuellement  au  musée  de  Toulouse. 

Outre  les  débris  d’une  maison  romaine,  écrasée  par  l’ébou- 
lement  d’une  masse  rocheuse  détachée  de  la  montagne,  et  qui 
furent  découverts  en  1841,  on  a reconnu,  sur  plusieurs  points 
du  village  actuel,  des  substructions  et  des  débris  de  mo- 
saïques, appartenant  à des  édifices  divers,  ayant  dû  faire 
partie  d’une  ville  assez  étendue.  L’inscription  suivante,  gravée 
sur  un  autel  en  marbre  : 

C-  POMPEIVS 
QVARTVS 
I-  A-  M 

svo 

(1)  « Je  crois  qu’il  faut  placer  cette  ville  au  village  de  Rennes,  à quatre 
lieues  dé  Limoux,  qui  est  célèbre  par  ses  bains.  La  situation  convient, 
car  le  village  de  Rennes  est  dans  le  Razez  ; le  nom  est  le  même,  car 
Rennes  vient  de  Redenœ,  diminutif  de  Redæ.  Enfin,  on  a trouvé  et  on 
trouve  tous  les  jours  près  de  ce  village  beaucoup  de  médailles,  qui  prou- 
vent qu’il  y a eu  autrefois  en  cet  endroit  quelque  ville  considérable.  » 
(Astruc,  Mémoires  pour  l’histoire  naturelle  de  la  province  du  Languedoc, 
p.  190,  1737.) 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


359 


n’était  peut-être  pas  sans  rapport  avec  les  thermes,  car  « elle 
avait  été  autrefois  tirée  des  anciens  bastiments  qui  étaient 
autour  de  la  fontaine  des  bains  de  Régnés  ». 

L’édifice  thermal  a disparu  complètement,  à la  suite  de 
travaux  divers  de  canalisation,  d’adduction  et  de  nivellement, 
mais  des  textes  anciens  permettent  d’en  avoir  une  certaine 
idée  (l)-.  11  s’élevait  sur  l’emplacement  de  Rétablissement 
actuel  appelé  le  Bain  de  la  Reine,  et  l’on  en  découvre  encore 
quelques  rares  vestiges  dans  les  substructions  des  bâtiments, 
lorsqu'il  est  nécessaire  de  creuser  un  peu  profondément.  Le 
curé  Delmas,  dans  un  mémoire  manuscrit  écrit  en  1709  (2), 
disait  avoir  vu  à cet  endroit  les  vestiges  d’un  édifice  ressem- 
blant aux  thermes  dont  on  retrouve  les  vestiges  à Rome.  Un 
autre  mémoire  de  M.  Sage,  lu  en  1746  à l’Académie  des 
Sciences  de  Toulouse,  donnait  quelques  détails  plus  précis  : 
« On  distingue  encore  à la  source  de  la  Reine  les  marques  des 
petites  chambres  qui  formaient  sans  doute  des  appartements. 
On  y a trouvé  des  restes  de  canaux  de  plomb.  On  y découvre 
encore,  de  temps  en  temps,  des  petites  pièces  de  marbre  ran- 
gées à la  mosaïque  et  incrustées  sur  des  pierres  avec  un  fort 
ciment.  On  y trouve  quelquefois  de  grosses  pièces  de  marbre 
blanc  et  noir,  qu’on  y a infailliblement  transportées,  car  il  n’y 
en  a point  dans  le  pays...  On  y découvre  d’autres  espèces  de 
pierres  rondes  de  huit  pouces  de  circonférence,  qui  se  par- 
tagent aisément  en  quatre  portions  égales,  et  que  l’on  croirait 
destinées  à faire  des  compartiments.  On  y remarque  des 
coquillages  de  plusieurs  espèces,  incrustés  sur  des  murs,  à 


(1)  La  majeure  partie  des  débris  provenant  de  Rennes-les-Bains  a été 
déposée  aux  musées  de  Carcassonne  et  de  Narbonne.  Divers  fragments  de 
constructions  anciennes  : vasques,  chapiteaux,  fûts  de  colonnes,  etc.,  ont 
été  groupés  auprès  d’une  fontaine  voisine  de  Rennes,  dite  la  Source  du 
Cercle. 

(2)  Mémoires  de  la  Société  royale  des  Antiquaires  de  France,  t.  II,  1820. 
Rapport  de  M.  Bottin  sur  les  travaux  de  la  Société  (p.  33)  : « Vous  avez  été 
mis  en  possession  d’un  ancien  manuscrit,  dans  lequel  un  curé  de  cam- 
pagne, nommé  Delmas,  consignait,  en  1709,  ses  recherches  sur  les  bains 
de  Montferrand,  fréquentés  par  la  colonie  de  Narbonne,  et  sur  les  nom- 
breuses antiquités  qu’on  y a trouvées.  » 


360 


LA  GAULE  THERMALE 


peu  près  comme  nous  faisons  dans  nos  jardins  pour  la  cons- 
truction des  grottes.  » 

En  1799,  on  découvrit,  sous  une  voûte  en  pierre  écroulée, 
un  bassin  pavé  de  marbre  blanc  et  revêtu  sur  son  pourtour 
de  lames  de  schiste  noir  dur  et  poli.  Un  autre  bassin,  bâti  en 
ciment  et  fondé  sur  le  roc,  existait  encore  à la  même  époque, 
et,  tout  auprès,  on  apercevait  les  restes  d’un  conduit  qui 
servait  à élevér  les  eaux  et  à les  porter  dans  le  bassin. 

Enfin,  M.  le  docteur  Gourdon  (1)  a signalé  l’existence,  dans 
le  lit  de  la  rivière,  près  de  la  source  du  Pont,  d’une  série  de 
trous  creusés  dans  le  roc  et  régulièrement  alignés  sur  deux 
rangs  distants  d’environ  deux  mètres.  Ces  trous  ont-ils  servi 
à fixer  les  pilotis  d’un  double  barrage,  pouvant  être  d'une 
utilité  quelconque  au  point  de  vue  d’un  approvisionnement 
en  eau  douce?  On  ne  le  sait,  car  on  n’a,  paraît-il,  aucun  indice 
sur  l’âge  et  l’origine  de  ce  travail. 

Ax-les-Thermes.  — Nous  avons  vu,  lorsque  nous  nous 
sommes  occupés  de  la  connaissance  des  sources  thermales 
antérieurement  à l’occupation  romaine,  qu’il  avait  été  décou- 
vert auprès  d’une  des  sources  d’Ax  des  traces  certaines  de 
travaux  de  captage  devant  remonter  à une  haute  antiquité. 
Nous  sommes  moins  bien  partagés  en  ce  qui  concerne  la 
période  romaine,  et  aucune  inscription,  aucune  ruine,  ne  sont 
venues  révéler  l’existence  d’établissements  de  quelque  impor- 
tance fondés  par  les  Romains  (2). 

Cependant  le  nom  même  de  cette  station,  dont  l'ancienne 
orthographe  était  Aqcs,  semble  témoigner  de  son  origine 
latine,  Aquœ,  et,  d’autre  part,  la  découverte  sur  divers  points 
du  territoire  d’Ax  de  monnaies  de  l’époque  impériale  per- 
mettent de  penser  qu’une  agglomération  avait  dû  se  former 
sur  ce  point  à l’époque  gallo-romaine,  et  que  les  Romains,  si 
grands  appréciateurs  des  eaux  chaudes,  ne  laissèrent  pas  de 

(1)  Stations  thermales  de  l’Aude.  Rennes-les-Bains,  Campagne,  Alet.,i.8ti. 

(2)  Bulletin  périodique  de  la  Société  ariégeoise  des  sciences,  lettres  et 
arts,  2e  vol.,  1887,  p.  205. 


ETUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  361 

côté  ces  sources  thermales,  si  abondantes  à Ax  qu’une  partie 
seulement  d’entre  elles  est  employée  à des  usages  médi- 
caux (1). 

Alet.  — L’inscription  à la  Mère  des  Dieux,  que  nous  avons 
eu  antérieurement  occasion  de  citer,  met  hors  de  doute  l’occu- 
pation par  les  Romains  du  site  actuel  cl’Alet,  où  ils  auraient 
élevé  une  ville  nommée  Electa.  11  est  fort  probable  que  les 
eaux  thermales  du  lieu  ne  passèrent  pas  inaperçues  de  ce 
peuple  habile  en  l’art  d’utiliser  les  moindres  filets  d’eau,  mais 
je  n'ai  pu  rencontrer  aucune  donnée  précise  sur  les  vestiges 
retrouvés  des  travaux  antiques.  M.  Gourdon  (2)  nous  apprend 
que  la  portion  de  l’établissement  actuel  qui  avoisine  le  plus 
l’Aude  repose  précisément  sur  les  ruines  de  l’ancien  établis- 
sement romain.  M.  Fédié  (3)  parle  des  vestiges  de  thermes 
ayant  une  origine  romaine,  qui  auraient  été  trouvés  à Alet. 
Enfin,  Sacaze  (4)  fait  allusion  à Alet,  où  l’on  a retrouvé,  dit- 
il,  les  traces  de  thermes  romains  alimentés  par  une  source 
très  abondante,  la  Fontaine-Chaude.  Ce  sont  là  les  seuls  rensei- 
gnements que  j’ai  pu  recueillir  sur  l’état  ancien  de  cette  sta- 
tion, renseignements  bornés  à de  simples  affirmations,  sans 
aucune  description  des  travaux  ou  des  restes  auxquels  il  est 
fait  ainsi  allusion. 

L’abside  de  l’ancienne  cathédrale,  ruinée  en  1377  par  les 
protestants,  a longtemps  été  considérée  comme  un  fragment 
de  construction  antique,  que  quelques  auteurs  croyaient  avoir 
été  un  temple  consacré  à Diane.  Cette  abside  pourrait  en  effet, 
passer  pour  gallo-romaine,  si  l’exécution  générale  et  quelques 
détails  ne  trahissaient  le  moyen  âge.  Ces  caractères  avaient 
déjà  frappé  Mérimée,  qui  s’exprimait  ainsi  dans  ses  Notes  de 
voyage  dans  le  midi  de  la  France  : « Tous  les  détails,  examinés 

(1)  Docteur  Garrigou,  Etude  chimique  et  médicale  des  eaux  sulfureuses 
d’Ax,  1862. 

(2)  Stations  thermales  de  l’Aude.  1874. 

(3)  Etude  historique  sur  le  Haut-Razès.  Mémoires  de  la  Société  des  arts 
et  des  sciences  de  Carcassonne,  t.  IV,  1879. 

(4)  Revue  de  Comminges,  1886,  p.  339  et  suiv. 


362 


LA  GAULE  THERMALE 


à part,  ont  une  physionomie  antique  ; mais  l’ensemble  date 
certainement  d’une  époque  postérieure  au  dixième  siècle.  » 
Toutefois,  l’inscription  que  nous  avons  citée  plus  haut 
(V.  p.  174)  peut  nous  faire  tenir  pour  certain  le  fait  qu’il 
exista  à Alet  un  temple  dédié  à la  Mère  des  Dieux,  le  texte 
épigraphique  mentionnant,  d’une  part,  le  nom  de  la  divinité 
et,  d’autre  part,  la  fonction  : curator  templi,  de  l’auteur  de  la 
dédicace. 

Quelques  vagues  indications  semblent  attribuer  une  origine 
antique  aux  petites  stations  de  Campagne,  de  Ginoles  et 
d 'Escouloubre,  situées  dans  la  même  région;  mais  ce  ne  sont  là 
que  des  données  sans  précision  et  sans  preuves  à l'appui, 
qui  ne  permettent  pas,  tout  au  moins  dans  l’état  actuel  des 
choses,  d’en  faire  état  dans  nos  études. 

Balaruc.  — Outre  l’inscription  dédiée  à Neptune  par  un 
tribun  de  la  IIe  légion  et  signalée  plus  haut  (Y.  p.  176),  les 
nombreux  restes  d’édifices  antiques,  colonnes,  chapiteaux, 
salles  pavées  de  mosaïques,  etc.,  et  les  débris  céramiques 
de  toutes  sortes  dont  parle  Greppo  ( op . cit.,  p.  248  et  suiv.), 
fournissent  la  preuve  que  ce  lieu  était  habité  à l’époque 
romaine.  Il  n’est  pas  moins  certain  que  les  sources  étaient  déjà 
utilisées  dans  un  établissement  thermal  d’une  certaine  impor- 
tance. 

Gensanne  (1)  signalait  un  aqueduc  qui  avait  servi  aux 
Romains  à conduire  les  eaux  de  la  source  jusqu’aux  bains. 
Ce  canal,  d’après  lui,  subsistait  encore  dans  la  plus  grande 
partie  de  sa  longueur,  et  il  eut  pu  être  réparé  à peu  de 
frais.  * 

A.struc  (2),  cite  également  quelques  vestiges  d’antiquité 
trouvés  à Balaruc,  et  donne,  à la  page  316  de  son  ouvrage, 
un  plan  des  thermes  extrait  d’un  ouvrage  de  Nicolas 

(1)  Histoire  naturelle  de  la  province  du  Languedoc,  1778,  1er  vol.,  p.  2oo. 

(2)  Mémoires  pour  l'histoire  naturelle  de  la  province  du  Languedoc,  1737, 
p.  312. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


363 


Dort  Oman  : De  causis  et  ejjfectibus  Thermarum  Belducanarum 
(1579),  clans  lequel  on  voit  figurer,  à peu  de  distance  de 
l'établissement  qui  existait  alors,  trois  piscines  carrées,  des- 
servies par  un  canal  de  décharge,  auxquelles  la  légende  du 
plan  donne  le  nom  de  Vieux  Bains  et  Égout  des  Vieux  Bains. 

Parmi  les  constructions  qui  semblent  avoir  appartenu  aux 
anciens  thermes,  Greppo  (loc.  cit.)  parle  d'un  double  canal 
formé  de  trois  fortes  murailles  parallèles,  communiquant  par 
deux  ouvertures  basses  avec  un  aqueduc  jadis  couvert  par 
une  voûte;  un  bassin  de  forme  elliptique,  avec  sièges  à hau- 
teur d’appui  faisant  partie  des  gradins  destinés  aux  baigneurs 
et  de  nombreux  tuyaux  en  terre  cuite  analogues  à ceux  qu’on 
trouve  dans  les  bains  d’origine  romaine. 

Dans  un  ouvrage  plus  récent,  l’abbé  Bousquet  (1)  fait  con- 
naître différentes  découvertes  nouvelles  (2),  dont  deux  ont 
un  rapport  certain  avec  l’usage  des  eaux  thermales.  C’est, 
d’abord,  la  trouvaille,  en  1857,  à 7 ou  800  mètres  de  l’unique 
source  thermale  alors  connue,  de  deux  longs  fragments  de 
grands  tuyaux  en  plomb,  parfaitement  adaptés  et- emboîtés 
de  quelques  centimètres  l’un  dans  l’autre,  et  portant  l’ins- 
cription : COL-  A VG  • NEM-  TIBERINVS-  L-  FF-  SF  (3). 

C’est,  ensuite,  la  mise  au  jour,  en  1863,  d’une  piscine 
romaine,  dans  un  champ  voisin  de  l’établissement  thermal. 
Le  premier  objet  qui  se  rencontra  sous  la  pioche,  à trois 


(1)  Notice  et  précis  historique  sur  Balaruc-les-Bams  et  ses  sources  ther- 
males. • 

(2)  Parmi  d’autres  substructions  découvertes,  il  en  est  une  qui,  sans 
se  rattacher  absolument  aux  thermes,  n’en  a pas  moins  un  intérêt  con- 
sidérable. Ce  sont  les  restes  d’une  ancienne  prise  d’eau,  près  d’une 
source  située  à 3 kilomètres  de  Cette.  A l’origine  de  l’aqueduc,  sous  la 
vanne  de  prise  d’eau,  trois  médailles  de  bronze  de  Claude,  régulière- 
ment disposées,  semblaient  avoir  ôté  placées  là  comme  témoins  de  la 
date  de  la  construction.  De  grands  tuyaux  formaient  la  suite  de 
l’aqueduc,  et  des  tuyaux  de  divers  calibres  formaient  des  prises  d’eau 
partielles,  suivant  les  besoins  des  habitants. 

(3)  Cette  inscription  est  ainsi  interprétée  au  Corpus  I.  L.,  XIII,  5701,  58  : 
Coloniœ  Auguslœ  Nemausensium  Tiberius  L.  F.  F.  servus  fecit. 

Une  autre  interprétation  des  trois  dernières  lettres  est  donnée  dans  les 
Mémoires  de  l'Académie  du  Gard,  année  1872,  p.  145  : Formis  suis  faciebat. 
Forma,  nom  technique  du  moule  employé  par  les  fondeurs. 


364 


LA  GAULL  THERMALE 


mètres  environ  de  profondeur,  fut  une  large  plaque  de 
marbre  blanc.  C’était  la  première  marche  d’un  magnifique 
escalier,  entièrement  revêtu  de  marbre,  conduisant  dans  la 
piscine.  Sept  marches  de  ce  grand  escalier  purent  être  mises 
à découvert  au  moyen  de  deux  puissantes  machines  à puiser 
l’eau,  qui  recouvrait  entièrement  ce  monument;  mais  à la 
naissance  de  la  septième  marche,  Peau  arrivait  en  telle  abon- 
dance que  les  pompes  devinrent  impuissantes  et  ne  permirent 
pas  de  fouiller  plus  bas.  On  put  cependant  constater  la  forme 
ovale  de  cette  piscine,  et  reconnaître,  outre  le  grand  escalier 
qui  en  occupait  le  centre,  deux  autres  escaliers  moins  larges, 
également  en  marbre,  construits  aux  extrémités. 

L’eau  arrivait  dans  cette  piscine  par  des  orifices  dont  la 
plupart  donnaient  de  l’eau  très  chaude  et  quelques-uns  de 
l’eau  froide.  L’un  de  ces  orifices,  voisin  de  la  septième 
marche  du  grand  escalier,  était  garni  d’un  grand  tuyau  de 
plomb . 

Cette  piscine  ovale  était-elle  la  même  que  la  piscine  ellip- 
tique à gradins  dont  parle  Greppo,  et  qui,  après  avoir  revu 
le  jour  une  première  fois,  aurait  été  comblée  à nouveau.  Je 
ne  sais,  mais  la  piscine  signalée  par  l’abbé  Bousquet  a,  elle 
aussi,  disparu  sous  des  remblais,  sans  que  les  recherches 
aient  été  poussées  plus  loin. 

Les  Fumades.  — La  station  d’eaux  sulfureuses  froides  des 
Fumades  est  située  à un  kilomètre  environ  du  village  de  ce 
nom,  dans  la  commune  d’Allègre,  arrondissement  d’Alais.  Il 
y existe  plusieurs  sources,  dont  la  plus  anciennement  connue 
portait  le  nom  caractéristique  de  Font-Pudento,  fontaine  puante. 

En  1865,  on  découvrit,  à une  quinzaine  de  mètres  de  cette 
source,  une  piscine  que  des  fouilles  ultérieures  permirent  de 
reconnaître  presque  en  entier. 

Cette  piscine,  de  forme  circulaire,  avec  un  gradin  sur  son 
pourtour,  était  établie  dans  un  massif  de  maçonnerie  de 
moellons  ordinaires,  carré,  avec  échancrures  aux  angles.  Le 
fond  de  la  piscine  était  formé  d’un  blocage  en  pierres  brutes 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


365 


reposant  sur  la  terre  végétale,  surmonté  d’une  couche  de 
béton  de  Om.  25  d’épaisseur  et  d’une  couche  deO  m.  22,  formant 
le  radier  de  la  cuvette,  composée  de  chaux  vive  et  de  frag- 
ments de  briques  concassées.  Une  coupure  de  0 m.  70  environ, 
pratiquée  dans  la  partie  nord  de  la  piscine,  permettait  l’arri- 
vée de  l’eau,  amenée  par  un  canal  que  des  fouilles  posté- 
rieures ont  fait  reconnaître  dans  la  direction  de  la  Font- 
Pudento. 

« De  la  forme  et  des  dimensions  de  la  piscine  antique,  dit 
M.  Chauvet  (1),  il  est  aisé  de  déduire  comment  elle  était 
utilisée.  Le  plus  grand  diamètre  de  la  cuvette  est  de  4 m.  14, 
c’est-à-dire  un  peu  plus  du  double  de  la  taille  humaine  la 
plus  élevée.  Les  baigneurs,  réunis  en  groupe  et  simultané- 
ment plongés  dans  l’eau  sulfureuse  qui  remplissait  aux  trois 
quarts  la  profondeur  du  bassin,  pouvaient,  selon  les  cas, 
s’asseoir  sur  le  gradin,  ou  bien  s’étendre  sur  le  fond  de 
la  cuvette,  en  réunissant  leurs  pieds  vers  le  centre,  et 
se  déployer  en  éventail,  rayonnant  tout  autour,  le  coude 
appuyé  sur  le  giron  du  gradin  qui  leur  procurait  un  exhaus- 
sement suffisant  pour  tenir  la  tète  constamment  élevée  au- 
dessus  de  la  surface  de  l’eau.  » 

Les  aménagements  de  la  source  même  furent  retrouvés 
lors  de  travaux  entrepris  en  1876  pour  la  restauration  de 
l’ancien  puits  abandonné  de  la  Font-Pudento  et  continués 
en  1877.  A deux  mètres  environ  au-dessous  du  sol  actuel,  on 
découvrit  le  mur  de  revêtement  du  puits  antique,  épais  d’un 
mètre  au  couronnement,  et  offrant  intérieurement  deux 
étranglements  successifs  de  0 m.  16  (fifj.  44).  Ces  maçonne- 
ries étaient  soutenues  à leur  base  par  un  système  de  pieux 

ien  bois,  disposés  verticalement  et  noyés  dans  les  masses 
argileuses  qui  composent  le  sous-sol  environnant.  A 2 m.  80 
en  contre-bas  du  couronnement  de  maçonnerie,  le  puits  se 
rétrécit  subitement  et  se  termine  par  un  tubage  de  1 m.  90  de 

long,  composé  d’un  tronc  de  chêne  blanc  évidé  à l’intérieur, 

. 

(1)  Les  Fumades  et  leurs  environs.  Rapport  lu  à la  Société  scientifique 
et  littéraire  d’Alais  dans  sa  séance  du  20  janvier  1872. 


366 


LA  GAULE  THERMALE 


qui  avait  évidemment  pour  but  de  préserver  l’eau  minérale  jail- 
lissante de  l’invasion  des  eaux  d’infiltration.  De  la  partie  supé- 
rieure de  ce  tube  principal  partait  un  tube  latéral  de  moindre 
dimension  A 11  creusé  aussi  dans  une  seule  pièce  de  chêne 
blanc.  Un  second  tuyau  E F,  muni  à son  extrémité  d’une 
armature  en  plomb  bouchée  au  moyen  d’un  tampon  de  chêne 
vert,  débouchait  dans  le  puits,  un  peu  au-dessous  des  maçon- 
neries antiques  (1). 

C’est  dans  ce  puits  que  furent  découverts,  gisant  pêle-mêle, 
les  vingt-quatre  petits  monuments  en  forme  d’autels  carrés, 

Pfan  foupe  suivant  CD 


Fig.  44.  — PUITS  DE  LA  SOURCE  DES  FUMADES. 
D'après  le  plan  joint  au  rapport  de  M.  Charvet. 


dont  plusieurs  étaient  ornés  de  bas-reliefs  ou  d’inscriptions, 
que  nous  avons  étudiés  précédemment  (2).  On  y trouva  éga- 
lement un  seau  en  bois,  avec  cercles  et  poignée  de  fer  (3), 
des  fragments  de  tuyaux  en  bois  et  de  nombreuses  médailles, 
dont  quelques-unes  en  or  et  la  majeure  partie  en  bronze. 

Des  recherches  de  moindre  importance,  exécutées  en  1878 
au  couchant  de  la  piscine  antique,  ont  fait  reconnaître  les 
fondations  de  divers  bâtiments,  ornés  de  mosaïques  gros- 

(1)  Chauvet,  les  Fumades,  2e  rapport  lu  le  18  octobre  1879.  Mémoires 
et  comptes  rendus  de  la  Société  scientifique  et  littéraire  d’Alais. 

(2)  Voir  p.  219. 

(3)  Un  seau  du  même  genre,  composé  de  onze  douves  de  bois  de 
sapin  maintenues  par  trois  cercles  en  fer,  a cto  trouvé  en  1906,  dans  un 
puits  du  plateau  d’Alise-Sainte-Rcine,  l’ancienne  Alesia. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


367 


sières,  qui  formaient  peut-être  les  dépendances  de  l’ancien 
établissement  thermal.  En  outre,  les  environs  sont  parsemés 
de  fragments  de  poteries  et  de  menus  objets  antiques,  per- 
mettant de  supposer  que  le  voisinage  des  eaux  avait  créé  là, 
ou  tout  au  moins  développé,  un  centre  assez  important  de 
population  (1). 

Dans  la  région  voisine  des  Fumades,  les  sources  minérales 
d'EuzET  semblent  avoir  été  fréquentées  depuis  une  haute 
antiquité,  et  notamment  à l’époque  romaine.  Le  territoire  de 
cette  commune  était  traversé  par  une  voie  allant  d’Uzès  à 
A lais.  L’occupation  romaine  a laissé  de  nombreuses  traces 
dans  le  pays  et  des  fragments  de  poteries  anciennes  ont  été 
découverts  dans  le  voisinage  même  des  sources.  Il  est  donc 
permis  d’espérer,  dit  M.  Chauvet  (2),  que  si  jamais  des 
fouilles  ultérieures  étaient  pratiquées  sur  remplacement  de  la 
source  antique  d’Euzet,  on  pourrait,  comme  aux  Fumades, 
y mettre  au  jour  des  vestiges  importants  de  l’époque 
romaine. 

Il  en  a peut-être  été  de  même  à Bagnols-sur-Cèze,  dont 
Gensanne,  dans  son  Histoire  naturelle  de  la  Province  de  Lan- 
guedoc (t.  I,  p.  155),  parlait  en  ces  termes  : « On  trouve 
auprès  de  Bagnols  plusieurs  sources  bitumineuses  dont  les 
anciens  fesoient  beaucoup  d’usage,  surtout  pour  les  maladies 
cutanées.  On  y remarque  encore  des  restes  d’anciennes  cuves 
taillées  dans  le  roc  ; ces  cuves  n’avoient  guère  que  trois  pieds 
de  diamètre  et  paroissent  avoir  été  destinées  à prendre  des 
bains  froids  (3).  11  est  très  vraisemblable  que  ces  bains, 
connus  sous  le  nom  de  Balneola,  ont  donné  leur  nom  à la 
petite  ville  de  Bagnols,  qui  en  est  tout  auprès.  » 

(1)  Germer-Duband,  De  l’antiquité  des  eaux  des  Fumades.  Mémoires  de 
l’Académie  du  Gard,  1865-1866. 

(2)  Les  Sources  minérales  d’Euzet.  Mémoires  et  comptes  rendus  de  la 
Société  scientifique  et  littéraire  d’Alais,  t.  XIV. 

(3)  D’après  Allègre  (Bagnols  en  1787),  c’est  dans  les  terrains  sablon- 
neux de  la  montagne  d’Ancyrc,  voisine  de  Bagnols,  que  se  trouvaient 
jadis  les  bains  et  eaux  chaudes,  dont  il  ne  reste  plus  de  traces  aujour- 
d’hui. 


D’après  les  renseignements  que  j’ai  demandés  sur  place,  il 
ne  paraît  cependant  pas  qu’il  ait  été  fait  à Bagnols  aucune 
découverte  permettant  de  dater  de  l’époque  gallo-romaine 
le  plus  ancien  usage  de  ces  eaux  tombées  dans  l’oubli. 


CHAPITRE  III 


Forez.  — Lyonnais.  — Yivarais.  — Gévaudan.. 

Saint-Galmier.  — La  petite  ville  de  Saint-Galmier  possède 
des  sources  froides,  dont  la  réputation  comme  eaux  de  table 
est  universelle.  Nous  ne -reviendrons  pas  sur  la  controverse 
relative  à son  identification  avec  Aquæ  Segetœ,  discussion  qui 
n’est  pas  encore  close  et  dont  nous  avons  indiqué  les  grandes 
lignes  dans  un  chapitre  précédent,  nous  bornant  ici  à signaler 
les  vestiges  de  constructions  qui  peuvent  nous  permettre  d’af- 
firmer que  Peau  fameuse  de  la  Fonfort  servit  autrefois  à 
alimenter  les  piscines  des  Ségusiaves. 

C’est  en  1844  que  les  anciens  thermes  de  Saint-Galmier, 
situés  sur  la  rive  droite  de  la  Coise,  reparurent  au  jour  pour 
la  première  fois.  Le  propriétaire  du  terrain  où  avaient  eu  lieu 
les  fouilles  les  fit  combler  à nouveau,  mais  des  renseignements 
fournis  à Greppo  et  consignés  par  lui  dans  son  ouvrage  (p.  83 
et  84),  ainsi  que  quelques  lignes  contenues  dans  un  mémoire 
de  M.  Bernard  (1)  permettaient,  à défaut  de  plan  exact,  d’en 
déterminer  d’une  façon  assez  précise  les  dispositions  géné- 
rales. 

Ces  ruines  furent  déblayées  à nouveau  au  cours  de  fouilles, 
malheureusement  incomplètes,  pratiquées  en  1883.  Les  résul- 
tats de  ces  recherches  ont  été  exposés  avec  les  plus  grands 

détails,  dans  un  compte  rendu  présenté  par  M.  de  Boissieu  (2) 

' 

/ » 

(1)  Mémoires  sur  les  origines  du  Lyonnais.  Mémoires  de  la  Société  des 
antiquaires,  t.  XVIII,  1846. 

(2)  Excursion  archéologique  de  la  Société  la  Diana  à Saint-Galmier...  le 
21  juillet  1898.  Compte  rendu  par  M.  de  Boissieu.  Bulletin  de  la 
Diana,  t.  XII,  n°  4,  supplément,  1902. 


24 


370 


LA  GAULE  THERMALE 


à la  Société  la  Diana,  et  publié  clans  le  Bulletin  de  cette  Société, 
avec  des  photogravures  (fi g.  45;  et  un  plan  d’après  lequel  a été 


dressé  le  croquis  ci-contre  (fig.  46).  C’est  à cette  savante  étude 
que  nous  empruntons,  en  les  résumant,  les  renseignements 
qui  vont  suivre. 

Bien  que  les  constructions  dont  on  a retrouvé  les  restes 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


37 


aient  été  renversées  presque  au  ras  du  sol,  on  peut  cependant 
en  reconnaître  les  principales  dispositions  : 

La  pièce  A du  plan  devait  être  le  laconicum  ou  sudatorium , 
étuve  sous  laquelle  régnait  un  hypocauste  dont  le  foyer  se 


cune  trace  d’autre  pavement.  On  a trouvé  l’intérieur  du  foyer 
rempli  de  pierres  éboulées  et  portant  les  traces  du  feu.  Le 
sudatorium  devait  être  chauffé  par  un  tuyau  traversant  le  mur 


qui  le  séparait  du  foyer,  au-dessus  duquel,  dans  l’hémicycle, 
se  trouvait  vraisemblablement  le  labrum. 

La  pièce  B,  caldarium , surélevée,  contenait  au  centre  et  au 
niveau  du  sol  un  bassin  curviligne  en  briques,  alveus,  de 
2 m.  65  de  long,  1 m.  50  de  large  et  0 m.  30  de  profondeur, 
revêtu  d’un  parement  de  ciment  ou  stuc.  Un  tuyau  de  plomb 
encore  en  place  emmenait  l’eau  au  nord.  L’hypocauste  régnait 
aussi  sous  cette  pièce,  qui,  comme  la  première,  avait  sur  ses 
parois  des  tuyaux  plats  en  terre  mince,  pour  la  circulation  de 
l’air  chaud  et  l’évacuation  de  la  fumée. 


Fig.  46.  — PLAN  DES  THERMES  DE  SAINT-GALMIER. 


1.  2.  3.  4.  Tuyaux  en  plomb. 
5.  Tuyau  en  poterie. 


372 


LA  GAULE  THERMALE 


La  pièce  G (peut-être  le  tepidarium)  a .‘1  mètres  sur  2 m.  90. 
Entièrement  revêtue  de  ciment,  elle  contenait  deux  escaliers 
de  trois  marches  dans  les  angles  ouest  et  sud.  Une  banquette 
régnait  tout  autour  et  un  tuyau  de  plomb  encore  en  place 
assurait  l’écoulement  de  l’eau. 


La  pièce  D semble  avoir  été  le  frigidarium.  Elle  mesure 
A m.  10  sur  3 m.  40.  Un  escalier  de  trois  marches  occupe 
l’angle  sud-est,  et  une  banquette  règne  sur  deux  des  faces. 
Les  murailles  sont  en  pierre  ; l’escalier  et  la  banquette  en  bri- 
ques: le  tout  revêtu  de  ciment  à l’intérieur.  Un  tuyau  de  plomb 
existait  également  dans  cette  salle. 

Une  petite  pièce  de  3 m.  03  sur  1 m.  58,  à côté  de  la  salle  D, 
servait  peut-être  d imctorium.  Elle  était  également  cimentée  et 
pourvue  d’un  tuyau  de  décharge. 

A la  suite,  toujours  au  sud-ouest,  une  grande  salle  carrée 
qui  fut  peut-être  la  salle  d’attente,  Yapodyterium.  Un  tuyau  en 
terre  cuite  traversait  le  mur  extérieur. 

L’eau  des  piscines,  emmenée  au  dehors,  tombait  dans  un 
canal  de  0 m.  40  de  largeur  sur  0 m.  35,  que  l’on  a retrouvé 
au  nord.  Un  autre  canal,  dont  la  fonction  n’a  pu  être  précisée, 
venait  du  nord  perpendiculairement  au  mur  des  bains  et  y 
pénétrait  par  une  ouverture  de  0 m.  12  de  large  sur  0 m.  20 
de  haut,  recouverte  d’une  dalle  de  0 m.  63  de  long. 

La  situation  de  ces  bains,  à un  point  où  l’eau  minérale 
jaillit  à la  surface  du  sol,  ne  permet  pas  de  mettre  en  doute 
son  utilisation  par  les  Romains  dans  leurs  thermes.  D'autre 
part,  l’examen  des  ruines  montre  que  les  eaux  qui  y étaient 
amenées  étaient  chauffées  artificiellement,  et  le  chauffage  dé- 
nature complètement  l’eau  de  Saint-Galmier  en  lui  faisant 
perdre  son  acide  carbonique.  M.  de  Boissieu  émet  à ce  propos 
l’idée  que  les  Gallo-Romains  n’employaient  cette  eau  que  pour 
les  douches,  les  piscines  froides  et  la  boisson,  et  ne  chauffaient 
que  de  l’eau  ordinaire  puisée  à la  Goiseou  amenée  du  dehors. 

Les  thermes  de  Saint-Galmier  étaient  d’une  construction  des 
plus  simples  et  l’on  n’y  rencontre  pas  trace  des  décorations 
luxueuses  si  fréquentes  dans  les  autres  établissements  du 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  373 

même  genre.  On  n’a  trouvé  dans  les  fouilles  ni  marbres,  ni 
objets  précieux,  et  l’on  ne  peut  ici  attribuer  leur  disparition  à 
un  pillage  ou  une  dévastation  systématique,  car  il  est  très 
vraisemblable  que  la  destruction  de  ces  thermes  ne  fut  pas 
l’œuvre  des  Barbares,  mais  qu’elle  est  due  à une  inondation 
de  la  petite  rivière  de  la  Coise.  Une  couche  de  sable  peu  pro- 
fonde, rencontrée  dans  les  premières  fouilles  et  répandue 
presque  à fleur  de  terre  au-dessus  de  toutes  les  salles,  laisse 
peu  de  doute  à cet  égard. 

Moind.  — Le  bourg  de  Moind(l),  situé,  comme  nous  l’avons 
dit,  à un  kilomètre  au  sud  de  Montbrison,  possède  des  eaux 
minérales  de  peu  de  réputation,  et  il  est  probable,  comme 
nous  le  verrons  tout  à l’heure,  cpie  d’autres  sources  existaient 
encore  à l’époque  gallo-romaine. 

Greppo  (op.  cit.,  p.  4 96  et  ss.)  signale  ce  point  (où  il  croit 
reconnaître  la  station  de  Mediolanum  figurée  sur  la  carte  de 
Peutinger,  entre  Roidumna  et  Forum  Segustavarum,  sur  la 
voie  de  Clermont  à Lyon),  comme  possédant  des  ruines  ro- 
maines considérables,  et  il  ajoute  : « Quoique  parmi  les  monu- 
ments conservés  à Moingt,  rien  ne  paraisse  indiquer  positive- 
ment, comme  à Saint-Galmier,  les  traces  d’un  établissement 
thermal,  l’antique  existence  de  Mediolanum,  l’importance  dont 
il  parait  avoir  joui,  les  restes  de  l’époque  romaine  qu’on  y 
retrouve,  et  surtout  son  théâtre,  nous  autorisent  assez  à pré- 
sumer que  les  conquérants  des  Gaules,  amateurs  si  prononcés 
de  toutes  les  eaux  médicinales,  connurent  celles-ci  et  surent 
en  faire  usage.  » Les  découvertes  faites  à Moind  depuis 
l’époque  où  ces  lignes  ont  été  écrites  ont  changé  cette  pré- 
somption en  certitude,  et  l’utilisation  par  les  Gallo-Romains 
des  sources  de  Moind  semble  établie  d’une  manière  indiscutable. 

(1)  On  trouve  quelquefois  le  nom  de  ce  bourg  orthographié  Moingt. 
Nous  empruntons  à ce  sujet  la  note  suivante  au  Bulletin  de  la  Diana, 
t.  II,  p.  298  : « Quelques  observations  sont  échangées  sur  l’orthographe 
du  nom  de  Moingt.  La  forme  Moind  est  la  seule  rationnelle,  la  seule 
justifiée  par  l’immense  majorité  des  anciens  textes  et  la  forme  latine 
Modonium.  » 


374 


LA  GAULE  THERMALE 


Les  fouilles  pratiquées  auprès  de  la  chapelle  Sainte-Eugénie, 
élevée  sur  des  substructions  gallo-romaines,  ont  permis  de 
reconnaître  dans  ces  ruines  les  restes  d’un  établissement 

y 

thermal.  A côté  des  bases  de  maçonneries  diverses,  on  reconnut 
une  aire  antique  cimentée,  qui  ne  posait  pas  sur  le  sol,  mais 
portait  sur  des  murs,  comme  un  plancher,  laissant  au- 
dessous  un  vide  de  0 m.  35.  Ce  pavement  était  le  fond  d’un 
réservoir.  Tout  l’atteste  : les  parois  des  murs,  un  bourrelet  de 
ciment  les  contournant  pour  boucheries  joints  du  fond  et  sur- 
tout un  tuyau  de  plomb  qu’on  a trouvé  noyé  dans  la  maçon- 
nerie. 

A 0 m.  50  au-dessous  du  béton,  à un  mètre  du  mur,  on  a 
reconnu,  suivant  une  direction  parallèle,  un  canal  plein  d’eau, 
dont  les  parois  étaient  bien  cimentées,  et  que  recouvraient  des 
pierres  posées  à sec. 

Une  seconde  pièce,  à côté,  é tait  chauffée  par  un  hypocauste. 
Des  évidements  ménagés  dans  les  murs  servaient  au  passage 
de  tuyaux  en  terre  cuite,  incrustés  dans  les  murs,  et  destinés 
à répandre  la  chaleur  dans  les  pièces  et  à évacuer  la  fumée. 

A la  fin  du  mémoire  auquel  nous  venons  d’emprunter  les  dé- 
tails qui  précèdent  (1),  M.  Dulac  rappelle  qu’un  ancien  proprié- 
taire de  Sainte-Eugénie,  a trouvé  sur  le  meme  emplacement 
une  pièce  d’eau  dans  laquelle  s’ouvrait  un  canal,  une  grande 
piscine  oblongue  terminée  à une  de  ses  extrémités  en  arc  de 
cercle  et  une  fontaine  d’eau  minérale  qui  avait  été  comblée 
depuis  longtemps.  Connue  autrefois  des  habitants  sous  le  nom 
de  la  Grande  fontaine  romaine , son  bassin  se  composait  de  cinq 
pierres  de  taille  formant  caisse. 

Cette  source  était  vraisemblablement  celle  dont,  en  1778, 
Richard  de  la  Prade  parlait  en  ces  termes  : « On  trouve  trois 
sources  minérales  : la  première  que  j’appellerai  la  Romaine, 
parce  que  les  Romains  l’avaient  entourée  d’une  petite  enceinte 
soutenue  par  plusieurs  colonnes  qui  sont  aujourd’hui  détruites 
par  vétusté  ; cette  enceinte,  dont  on  voit  encore  quelques  ves- 


(1)  Dulac,  Les  ruines  de  Sainte  - Eugénie,  à Moingt.  Annales  de  la 
Société  d’ agriculture. ..  du  département  de  la  Loire,  t.  XX,  1376. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


375 


tiges,  est  voisine  du  temple 
village  de  Moind(l).  » 


dédié  à Gérés,  situé  près 


du 


Enfin,  dans  une  communication  figurant  au  Bulletin  de  la 
Société  la  Diana  (2),  le  lieutenant  Jannesson  signale  l’exis- 
tence d’un  puits  dont  l’eau  est  analogue  à celle  du  nouvel  éta- 
blissement : « Plusieurs  témoins  dignes  de  foi  affirment  qu’au 
fond  de  ce  puits  ils  avaient  vu  une  sorte  de  siège  en  marbre. 
D’après  la  description  qu’ils  en  ont  faite,  il  nous  a paru  cpie 


ce  serait  quelque  chose  comme  la  sella  balnearis  des  Romains.  » 

Les  découvertes  faites  à Moincl  ont  permis  d’établir  égale- 
ment l’existence,  à côté  des  thermes,  cl’une  ville  considérable, 
dont  les  constructions  devaient  être  luxueuses,  si  l’on  en 
juge  par  les  débris  de  colonnes  et  les  fragments  de  marbres 
du  plus  beau  choix  trouvés  au  cours  des  fouilles.  « Toutes 
proportions  gardées,  dit  A.  Bernard,  Moincl  était  pour  les 
Ségusiaves  ce  qu’était  Baïes  pour  Rome  : une  ville  de  plaisir. 
C’était  le  Vichy  du  temps.  » 

D'après  M.  Thiollier  (3),  des  fouilles  récentes  ont  mis  au 
jour,  dans  la  partie  nord-ouest  du  village,  des  substructions 
considérables,  faisant  partie  d’un  même  plan  d’ensemble,  et 
appartenant  à des  édifices  publics  somptueux.  Ces  monuments, 
précédés  pour  la  plupart  de  colonnades  corinthiennes  ou  com- 
posites, étaient  bâtis  en  petit  appareil,  avec  revêtements  en 
stuc  peint. 

Rappelons  également  cpie  Moincl  possédait  un  théâtre  dont 
nous  avons  déjà  parlé,  et  dont  les  agencements  intérieurs,  en 
partie  mobiles,  étaient  disposés  de  manière  à pouvoir  être 
enlevés  à l’époque  cle  l’année  où  les  thermes  cessaient  d’être 
fréquentés,  et  qu’on  a reconnu  les  substructions  de  vastes 
bâtiments  ayant  très  probablement  servi  d’hôtelleries. 

Outre  cle  nombreux  fragments  d’architecture,  enduits  peints, 
marbres,  tuiles,  tuyaux  cle  plomb,  etc.,  et  des  débris  d’ins- 
criptions : une  portant  le  mot  aqvi,  une  autre  donnant  le  nom 


(1)  Analyse  des  eaux  minérales  du  Forez. 

(2)  Tonie  V,  J 889-1890,  p.  38  et  suiv. 

(3)  Le  Forez  pittoresque  et  monumental,  1889,  p.  282. 


376 


LA  GAULE  THERMALE 


du  ilamine  Priscus  (1),  les  fouilles  de  Moind  ont  fourni  une 
ample  moisson  d’objets  de  toutes  sortes  : fragments  de  pote- 
ries, débris  de  statuettes  en  terre  cuite,  petites  figurines  de 
bronze,  quelques  bijoux,  et  une  quantité  de  monnaies  de 
bronze,  dont  la  série  commençant  avec  Auguste  finit  avec  le 
règne  de  Gallien. 

La  ville  qui  nous  occupe  fut  vraisemblablement  l’objet  d'une 
destruction  violente,  comme  semblent  le  démontrer  de  nom- 
breuses traces  d’incendie,  l’enfouissement  du  trésor  monétaire 
dont  nous  avons  parlé,  contenu  dans  un  vase  enfoncé  dans  un 
égout,  et  la  présence,  dans  les  ruines  d’un  des  édifices,  d’os- 
sements humains  qui  semblent  témoigner  d’une  mort  violente 
causée  par  la  destruction  de  l’édifice  lui-même  (2j. 

D’après  le  lieutenant  Jannesson  (3),  Moind  aurait  été  détruit 
vers  l’année  265,  lors  de  l’invasion  de  Chrocus,  qui,  après 
avoir  ravagé  les  Gaules,  s’étendit  jusqu’en  Espagne.  Il  est  assez 
vraisemblable  que,  dans  leur  marche  vers  les  Pyrénées,  les 
bandes  barbares  suivirent  la  direction  générale  de  la  voie 
romaine  de  Langres,  où  leur  présence  fut  signalée,  en  Espa- 
gne, par  Lugclunum,  Aquæ  Segetæ,  Icidmagus  et  Tolosa. 

Saint- Alban.  — A peu  de  distance  de  Roanne  nous  rencon- 
trons les  eaux  froides  de  Saint- Alban,  dont  le  nom  seul  est 
cité  par  Greppo  (< op . cit.,  p.  265),  à qui  l’on  avait  assuré  que 
ce  lieu  était  dépourvu  des  moindres  vestiges  d’antiquités  ro- 
maines. Tout  au  contraire  ces  sources  vont  nous  offrir,  avec  la 
certitude  de  leur  utilisation  parles  Gallo-Romains,  un  ensemble 
de  travaux  de  captage  et  d’aménagement  du  plus  haut  in- 
térêt (4). 

(1)  l.  prjsco 

INI.  A VG 
S.  SEGVSI 

(2)  Bulletin  de  la  Diana,  t.  III,  1885-1886. 

(3)  Bulletin  de  la  Diana,  t.  V,  1889-1890,  p.  228. 

(4)  Tous  les  renseignements  relatifs  à Saint-Alban,  ainsi  qu'une  biblio- 
graphie très  complète,  sont  réunis  dans  une  intéressante  brochure  de 
M.  Collet,  Notice  sur  les  sources  minérales  de  Saint-Alban,  1907. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  377 

Le  docteur  Goin(l),  qui  écrivait  en  1834,  constatait  que 
chaque  curage  des  fontaines  amenait  des  trouvailles  de  mon- 
naies romaines.  Il  signalait  aussi  la  découverte,  lors  de  la 
création  d’un  nouvel  établissement  de  bains,  d’une  piscine 
recouverte  d’un  ciment  rouge  plein  de  briques  pilées  (2),  dont 
la  base  était  bien  conservée.  Le  style  des  moulures  et  la  dis- 
position des  angles  n’étaient  point  altérés. 

Mais  c’est  dans  un  travail  du  docteur  Gay  (3),  publié  en  1859, 
que  nous  trouvons  consignés  les  résultats,  d’une  réelle  impor- 
tance, de  fouilles  faites  peu  de  temps  auparavant  autour 
des  fontaines.  Je  résume  ici  les  parties  essentielles  de  cette 
intéressante  notice  : « A peine  à 2 mètres  de  profondeur  s’of- 
frit aux  regards  surpris  des  ouvriers  l’orifice  d’un  puits  carré, 
placé  à quelques  pas  des  autres  sources,  et  dont  pas  un  des 
plus  anciens  habitants  du  pays  ne  soupçonnait  l’existence. 

« L’ouverture  de  ce  puits  étant  placée  plus  bas  que  celle  des 
autres,  on  y arrivait  par  quatre  escaliers  en  granit.  Le  puits 
était  établi  tout  entier  en  massif  de  béton  d’une  dureté  exces- 
sive et  couronné  par  des  madriers  de  chêne  parfaitement 
conservés  par  les  sels  de  fer  que  contient  l’eau  minérale. 

« En  poursuivant  les  fouilles,  on  est  arrivé  sur  une  couche 
de  béton,  d’un  mètre  au  moins  d’épaisseur,  béton  formé 
d’une  pâte  de  débris  de  tuiles  et  de  briques  noyées  dans  un 
mortier  que  l’acier  a peine  à entamer  et  cpii  reliait  tous  les 
puits  entre  eux.  Cette  couche  a été  enlevée,  en  ménageant 
l’entourage  du  puits,  et  on  s’est  trouvé  sur  une  masse  d’argile 
grise,  excessivement  plastique,  évidemment  apportée  de  loin 
et  déposée  dans  l’excavation  pour  s’opposer  aux  fuites  de  gaz 
et  de  l’eau  minérale. 

« Dans  cette  argile,  on  a découvert  trois  tuyaux  de  plomb 
traversant  le  béton  qui  entoure  les  puits  à peu  près  à leur 
tiers  inférieur,  appuyés  dans  leur  trajet  sur  d’immenses 

(1)  Mémoire  sur  les  eaux  minérales  de  Saint-Alban,  près  Roanne,  1834. 

(2)  Peladan  fils,  Guide  pittoresque,  historique  et  médical  de  Saint-Alban 
et  de  ses  environs,  4868. 

(3)  Saint-Alban,  1859. 


raie  dans  une  très  grande  cuvette  en  plomb,  üe  celle-ci  part 
un  énorme  tube  de  même  métal,  conduisant  évidemment  les 
eaux  dans  la  piscine  découverte  autrefois  près  de  rétablisse- 
ment de  bains,  à cinquante  mètres  des  fontaines. 

« Un  couloir  en  maçonnerie,  ménagé  de  telle  sorte  qu’un 
homme  pouvait  y passer  en  rampant,  et  partant  des  fontaines 
jusqu’à  la  piscine,  donnait  le  moyen  de  surveiller  les  conduits 
d’eau  qui  s’y  rendaient.  » 

Quant  au  mode  de  construction  des  puits,  on  put  s’en 
rendre  compte  en  1896,  époque  à laquelle  fut  mis  à découvert 
le  fond  des  quatre  puits  de  Saint-Alban  : puits  de  Faustine, 
César,  Julia  et  Àntonin. 

Le  premier  est  constitué  par  un  boisage  en  forts  madriers 
de  bois  dur,  en  forme  de  carré,  dont  le  côté  va  en  décrois- 
sant de  0 m.  78  à 0 m.  45  au  fond. 

Le  puits  de  César  est  également  boisé  en  carré,  avec  côté 
décroissant  de  un  mètre  à 0 m.  57. 

Celui  de  Julia  est  tout  cimenté  en  forme  de  cylindre  dont  le 
rayon  va  en  décroissant  de  un  mètre  à 0 m.  55. 

Enfin  le  puits  cl’ Antonin  est  boisé  en  carré  de  0 m.  88  de 
côté  jusqu’au  fond. 

Les  margelles  supérieures  sont  toutes  en  ciment,  de  forme 
cylindrique,  et  ont  certainement  été  faites  après  coup,  dans 
l’état  où  elles  sont  (1). 

Sail-les-Bains.  — Nous  n’avons  pas  sur  les  sources  alcalines 
et  sulfureuses  de  Sail-les-Bains  des  données  aussi  précises, 
mais  leur  utilisation  ancienne  n’en  est  pas  moins  certaine. 
Outre  la  découverte  de  médailles  de  Vespasien,  Commode  et 
Caracalla,  Greppo  signalait  déjà,  sans  donner  d’ailleurs  de 
plus  amples  détails  (op.  cit.,  p.  266),  l’existence  « d’un  antique 
établissement  thermal  dont  on  avait  découvert  des  vestiges 
bien  marqués.  » 


(1)  Mémorial  de  la  Loire,  29  mars  1897. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  379 

En  1879,  des  constructions  romaines  furent  découvertes 
lors  des  fouilles  et  des  grands  travaux  entrepris  pour  capter 
la  source  nommée  depuis  source  des  Romains.  D'après  l’auteur 
auquel  nous  empruntons  ces  renseignements  (T),  les  fonda- 
dations  et  des  murs  en  béton,  d’une  solidité  étonnante,  allaient 
chercher  l’origine  des  sources  à vingt-cinq  pieds  en  contre-bas 
du  sol  et  sur  le  roc  même;  d’énormes  blocs  de  granit,  admi- 
rablement travaillés,  encadraient  l’orifice  extérieur  des 
sources. 

Sail  semble  avoir  été  aux  temps  anciens  une  ville  d’une 
certaine  importance,  car,  à diverses  époques,  on  a découvert 
des  restes  considérables  de  murs,  des  pierres  taillées,  des 
fûts  de  colonnes  grossièrement  travaillés  et  des  fragments 
d’entablements. 

Salt-ex-Doxzy.  — Sait  possède  une  fontaine  minérale,  d’une 
température  de  23  à 24  degrés,  connue  dans  le  pays  sous  le 
nom  de  Gour  chaud , qui  a été  captée  dans  un  puits,  sorte  de 
cuve  en  bois  ayant  environ  trois  mètres  de  profondeur. 

il  semble  bien  que  cette  source  fut  utilisée  par  les  Romains. 
D’après  La  Mure,  on  y voyait  au  dix-huitième  siècle  des  restes 
de  thermes  romains  pour  lesquels  on  avait  utilisé  une  source 
chaude. 

Un  correspondant  de  Greppo,  M.  Roux,  avait  constaté 
l'existence,  non  loin  de  la  source,  de  ruines  d’une  enceinte 
romaine  construite  en  très  petit  appareil. 

D’énormes  tronçons  de  colonnes  de  granit  ont  été  trouvés 
dans  un  jardin  du  village.  Tous  les  doutes  seraient  levés  si 
l’on  pouvait  tenir  pour  sincère  la  restitution  proposée  par 
M.  d’Assier  de  Valanches,  et  rapportée  dans  un  travail  de 
M.  le  docteur  Rimbaud  (2),  d’un  fragment  d’inscription  trouvé 
à Sait  vers  1840,  restitution  qui  donnerait  le  texte  suivant  : 
« A la  divinité  d’Auguste  (ici  le  nom  du  dignitaire  romain), 

(1)  Guide  pour  Sail-les-Bains,  par  le  chevalier  X...,  1880. 

(2)  Salt-en-Donzy,  ses  eaux  thermales  et  ses  ruines.  Annales  de  la 
Société  d’agriculture...  du  département  de  la  Loire,  t.  XVIII,  1874. 


380 


LA  GAULE  THERMALE 


très  haut  censeur  général  et  conservateur,  par  ses  appariteurs, 
de  la  fontaine  de  Sait,  pour  le  salut  des  malades.  » 

Je  dois  à l'obligeance  de  M.  J.  Déchelette  la  copie  de  ce 
fragment  d’inscription,  conservé  au  musée  de  la  Diana,  à 
Montbrison,  où  sont  lisibles  les  seules  lettres  suivantes.: 

i 

IIS  CE 

mmvm.i 

IABANT.INI 

Si  c’est  bien  là  le  monument  interprété  par  d’Assier  de  Va- 
lanches,  il  a fallu  à ce  dernier  une  singulière  dose  d’imagina-. 
tion  pour  faire  sortir  de  ce  texte  mutilé  la  lecture  et  l’interpré- 
tation cpie  nous  donnions  tout  à l’heure.  C’est  là  de  la  fantaisie 
pure  et  nous  sommes  loin  d’être  aussi  bien  renseignés  sur  le 
personnel  administratif  qui  gravitait,  aux  temps  antiques, 
autour  de  la  source  minérale  de  Sait. 

Des  indices  moins  précis  semblent  indiquer  que  certaines 
autres  sources  de  la  même  région  n’étaient  pas  restées  ina- 
perçues aux  temps  gallo-romains.  Je  me  borne,  en  ce  qui  les 
concerne,  à signaler  les  renseignements  très  succincts  que 
j’ai  pu  trouver  relativement  à leur  état  ancien. 

A Sail-sous-Couzan,  « le  docteur  de  la  Roue,  un  des  savants 
de  l’époque  (dix-septième  siècle),  dont  les  manuscrits  ont 
servi  à de  La  Mure,  pensait  que  les  eaux  avaient  été  connues 
des  Romains,  mais  perdues  sous  les  Goths  ou  sous  les  Sarra- 
sins, qui  avaient  fait  de  grands  ravages  de  ces  côtés.  Le  doc- 
teur se  fondait  sur  les  nombreuses  découvertes  de  médailles 
qu’il  avait  faites  dans  les  environs.  » (A.  Bernard.) 

A Bully-sur-l’Arbresle,  dans  le  département  du  Rhône,  on 
a découvert,  à une  époque  récente,  cinquante-trois  sources 
minérales  possédant  des  propriétés  très  variées  et  dont  plu- 
sieurs ont  été  livrées  à l’exploitation. 

« Peut-être  faut-il  attribuer  au  bouillonnement  de  ces 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


381 


sources,  dont  plusieurs  sont  intermittentes,  l’origine  du  nom 
latin  de  Bully,  Bidliacus,  qui  est  donné  à cette  localité  dans 
toutes  les  chartes  du  moyen  âge. 

« Mais  ce  qui  ajoute  encore  à l’intérêt  que  présente  cette 
découverte,  c’est  que  les  recherches  auxquelles  s’est  livré 
M.  Guiraux,  propriétaire  de  ces  sources,  nous  ont  appris 
qu'elles  étaient  connues  déjà  à l’époque  de  la  domination  ro- 
maine. Des  restes  de  deux  piscines  antiques,  un  certain 
nombre  de  médailles  romaines,  retrouvées  dans  les  anciens 
bassins,  comblés  depuis  des  siècles,  ne  laissent  subsister  aucun 
doute  à cet  égard  (1).-  » 

Enfin,  à propos  d’un  autre  Bully,  situé  dans  le  département 
de  la  Loire,  l’abbé  Prajoux  écrit  (2)  : « Le  nom  de  Bully,  dont 
l’antiquité  se  perd  dans  la  nuit  des  temps,  parait  venir  de 
bulliens,  qui  signifie  eau  agitée,  qui  sort  de  terre  en  bouillon- 
nant. Cette  étymologie  paraît  assez  probable  si  l’on  considère 
qu'à  Bully-sur-Loire,  comme  dans  presque  toutes  les  localités 
qui  portent  ce  nom,  on  trouve  des  eaux  gazeuses  déjà  connues 
et  exploitées  du  temps  des  Romains.  » 

La  contrée  volcanique  du  Vivarais,  singulièrement  riche  en 
sources  minérales,  n’est  pas  restée  ignorée  des  Romains,  qui 
ont  laissé  sur  plusieurs  points  des  traces  de  l’emploi  qu’ils 
avaient  fait  des  eaux  froides  et  chaudes  de  cette  région. 

Desaignes.  — Cette  petite  ville  possède  plusieurs  sources 
froides,  très  riches  en  acide  carbonique,  et  dont  une  au  moins, 
à laquelle  on  donne  le  nom  de  Faustine,  était  utilisée  an- 
ciennement. Ces  sources,  situées  à côté  de  la  rivière  du  Doux, 
avaient  été  recouvertes  et  étaient  restées  ignorées  pendant 
plusieurs  siècles.  Ce  fut  une  inondation  du  Doux  qui,  en 
1827,  mit  une  source  à découvert  en  enlevant  une  épaisse 
couche  de  terre  végétale  plantée  d’énormes  noyers,  dont  un 
se  trouvait  à peu  près  sur  la  source  même.  Deux  ans  après,  à 

(1)  A.  Vachez,  Bully-sur-V Arbresle  (Rhône)  et  ses  environs,  1884. 

(2)  Notes  et  documents  sur  Bully,  1896. 


382 


LA  GAULE  THERMALE 


la  suite  de  certaines  observations  qui  tendaient  à indiquer  que 
Peau  qui  s’était  ainsi  fait  jour  avait  des  caractères  différents 
de  Peau  ordinaire,  « on  creusa  et  on  trouva  un  bassin  carré 
de  trois  mètres  de  diamètre  et  d’un  mètre  et  demi  de  profon- 
deur, dont  le  fond  et  la  partie  inférieure  des  côtés  du  midi,  de 
l’ouest  et  du  nord  sont  formés  par  un  rocher  de  granit  et  de 
larges  tuiles  sarrasines.  La  partie  inférieure  de  la  paroi  du 
midi  est  formée  par  un  rocher  de  granit,  lequel  est  traversé 
par  une  fissure  oblique  de  laquelle  jaillit  Peau  minérale  (1).  » 

Lors  de  la  découverte  de  la  source,  dit  M.  Mazon  (2),  en 
voulant  dégager  cette  fissure  avec  des  lames  de  couteau,  on  en 
fit  sortir  un  assez  grand  nombre  de  médailles  romaines  dont 
la  plus  ancienne  remonte  au  règne  de  Constantin.  Une  pierre 
blanche  de  nature  calcaire,  scellée  dans  la  chaux  vive  à une 
des  parois  du  bassin,  fait  saillie  et  paraissait  évidemment 
placée  pour  recevoir  les  coupes  des  buveurs.  D’après  d’autres 
témoignages,  on  trouva  près  des  sources  des  ex-voto  de  tout 
genre  et  des  médailles  et  monnaies  de  tous  les  empereurs 
romains , depuis  Auguste  jusqu’aux  successeurs  de  Cons- 
tantin . 

Desaignes  était  situé  sur  l’ancienne  voie  de  Tournon  au 
Puy,  par  la  vallée  du  Doux,  Saint-Agrève  et  le  Pont-de-Mars . 
Rappelons  qu’en  dehors  des  découvertes  dont  nous  venons  de 
signaler  l’existence,  les  restes  d’un  temple  dont  nous  avons 
déjà  parlé  établissent  d’une  façon  incontestable  l’importance 
de  cette  localité  à l’époque  romaine. 


Saint-Laurent.  — Le  bourg  de  Saint-Laurent-les-Bains,  situé 
au  fond  d’un  ravin  qui  aboutit  à la  rivière  de  Borne,  affluent 
du  Clmssezac,  possède  des  eaux  thermales  dont  la  température 
est  de  52  à 53  degrés,  employées  avec  succès  dans  les  cas  de 
rhumatismes  et  d’ulcères  ou  d'engorgements  provenant  d an- 
ciennes plaies.  Situées  sur  le  passage  d’une  ancienne  voie 

(1)  Extrait  du  rapport  d’une  commission  chargée , en  1831,  de  procéder 
à l’examen  des  eaux. 

(2)  Notice  historique  sur  Desaignes,  1903. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


383 


romaine  qui  suivait  à peu  près  la  direction  de  la  route  actuelle 
des  Vans  à Saint-Etienne-de-Lugdarès,  ces  eaux  furent  certai- 
nement utilisées  à l'époque  gallo-romaine. 

De  nombreuses  médailles  romaines  y ont  été  découvertes, 
ainsi  que  des  fragments  de  tuyaux  de  plomb,  une  piscine  qui 
se  trouve  à l’établissement  Bardin  et  une  maçonnerie  en 
briques  et  ciment,  d’origine  gallo-romaine,  qu’on  peut  voir 
encore  au  point  d’émergence  de  la  source  dite  de  la  Saigne, 
destinée  plus  particulièrement  autrefois  à l’usage  des  pauvres, 
d’où  le  nom  de  Bain  des  Pauvres  qu’on  lui  donne  encore  (1). 

Neyrac.  — A Neyrac-les-Bains,  près  de  Thueyts,  où  sont 
exploitées  six  sources  minérales,  des  fouilles,  entreprises  en 
1852,  ont  fait  reconnaître,  au-dessous  d’une  maçonnerie  du 
moyen  âge  en  gros  cailloux  dégrossis  et  séparée  par  des  ves- 
tiges d’incendie,  une  piscine  gallo-romaine,  construite  en 
opus  reticulatum,  dont  les  murs  avaient  sept  mètres  de  lon- 
gueur. Un  dépôt  de  travertin  formé  par  les  eaux  minérales  en 
indiquait  clairement  la  destination.  Ces  mêmes  fouilles  ont 
mis  à jour  des  fragments  de  poteries  avec  figures  et  des  mé- 
dailles d’Antonin  le  Pieux,  Adrien  et  Gordien  III. 

Ces  eaux  furent  l’objet  d’une  survivance  remarquable  au 
moyen  âge.  Elles  passaient  pour  guérir  la  lèpre,  et  on  y voit 
encore  les  restes  d’une  piscine  dite  des  Lépreux  ou  des  Croisés, 
construite  en  gros  blocs  de  granit,  où  les  personnes  atteintes 
de  l’horrible  mal  venaient  se  baigner  en  commun,  assises  sur 
des  bancs  de  châtaignier  faisant  corps  avec  la  maçonnerie  et 
parfaitement  conservés.  Non  loin  de  là  se  trouvait  une  lépro- 
serie fortifiée  dont  une  tour,  un  passage  couvert  et  une  enceinte 
fortifiée  garnie  de  meurtrières  existaient  encore  en  1868. 

Une  étymologie,  peut-être  hasardée,  fait  dériver  le  nom  de 
Neyrac  du  mot  cic,  eau,  àqua , et  de  l’adjectif  Nereia,  dérivé  du 
nom  du  dieu  des  eaux  Nérée.  En  laissant  de  côté  cette  fan- 
taisie linguistique,  les  vestiges  que  nous  venons  de  signaler 

(1)  Silvius  (A.  Mazon),  Notice  historique  sur  Saint-Laurcnt-les-Bains, 
1902. 


38  4 


LA  GAULE  THERMALE 


ne  permettent  pas  de  douter  que  les  sources  en  question  ne 
doivent  rentrer  parmi  celles  dont  l’ utilisation  par  les  Gallo- 
Romains  se  présente  avec  le  plus  de  certitude  (1  ). 

M.  de  Saint- Andéol  (2)  signale  un  établissement  probable, 
qui  aurait  existé  au  lieu  dit  Mercoiras,  sur  le  ruisseau  de 
Rimercuer  (Rimes  Mercurii?),  affluent  de  l’Ibio,  rivière  qui  se 
jette  elle-même  dans  l’Ardèche,  au-dessous  de  Vallon. 

« A un  kilomètre  environ  (de  Saint-Maurice  d’Ibie)  existait 
un  établissement  sanitaire  sur  les  bords  d’une  source  miné- 
rale ferrugineuse  qui,  perdue  en  partie,  colore  encore  la  berge 
droite  du  ruisseau  qui  traverse  ces  lieux  sous  le  nom  de 
Rimercuer.  Ce  lieu  s’appelle  Mercoiras.  Non  loin  de  là  se 
trouve  le  hameau  des  Ilermessènes,  dont  le  nom  indique  aussi 
que  ces  lieux  et  ces  eaux  étaient  dédiés  au  dieu  de  la  Santé< 
à Mercure  Hermès... 

« La  source  de  Mercoiras,  enfoncée  sous  les  alluvions,  ne  se 
laisse  plus  soupçonner  que  par  les  dépôts  ferrugineux  dont  elle 
colore  les  bords  du  ruisseau  de  Rimercuer  ; mais  les  ruines, 
monnaies,  marbres,  béton,  meules,  etc.,  et  le  voisinage  du 
hameau  des  Ilermessènes,  rappellent  assez  et  son  usage  et  son 
antiquité.  » 

D’après  l’auteur  de  cette  communication,  Mercoiras  aurait 
été  situé  sur  une  voie  allant  directement  d ’Alba  Augusta 
Helviorum  (Aps)  à Nîmes. 

Bàgnols.  — Dans  l’ancien  pays  des  Gabales,  devenu  ensuite 
la  province  du  Gévaudan,  les  eaux  sulfureuses  de  Bagnols 
ont  conservé  de  nombreuses  traces  du  séjour  des  Romains, 
qui  en  apprécièrent  certainement  les  hautes  qualités  ther- 

(1)  Docteur  Fuancus,  Voyage  aux  pays  volcaniques  du  Vivarais,  1878. 
Ancienne  station  thermale  et  historique  de  Neyrac-les-Bains,  1883.  — 
Docteur  Monix,  Notice  historique  et  thérapeutique  sur  les  eaux  minérales 
et  thermales  de  Neyrac,  1868. 

(2)  Aperçu  géographique  sur  le  Pays  des  Helviens,  depuis  la  conquête 
romaine  jusqu’au  huitième  siècle.  Lecture  faite  à l'Académie  delphinale 
dans  la  séance  du  2o  mai  1860,  par  M.  de  Saint-Andéol.  Bulletin  de 
l’Académie  delphinale,  2°  série,  t.  I,  p.  642. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


385 


males.  Jean  Banc  signalait  déjà  « en  Guiaudan,  non  guieres 
loing  de  Mandes,  des  bains  naturels  de  structure  assez  vieille 
et  bien  commode  »,  et  le  docteur  Baldit,  qui  écrivait  en 
1651  (1),  remarquait  l’analogie  des  dispositions  de  ces  bains 
avec  celle  des  thermes  romains  : « Au  bas  du  village  de 
Bagnols  sont  situés  ces  bains  regardant  le  soleil  levant,  les- 
quels semblent  presque  me  représenter  une  idée  et  proportion 
des  quatre  parties  des  bains  des  anciens  Romains,  si  nous  en 
exceptons  la  partie  frigidaire.  » 

En  1764,  Bonnel  de  Labrageresse,  au  cours  de  recherches 
entreprises  dans  le  but  de  rendre  plus  pratique  l’exploitation 
des  eaux,  parvint  à leur  point  d’émergence.  Dans  un  Mémoire 
sur  les  eaux  de  Bagnols,  publié  à Mende  en  1774,  son  fils  ra- 
conte ainsi  cette  découverte  : « Un  éboulement  considérable 
de  terrain  avait  écrasé  les  arceaux  et  les  voûtes  pratiqués  an- 
ciennement à la  première  source  des  eaux;  on  y trouva  une 
source  abondante,  de  plus  de  trois  pouces  de  diamètre,  qui 
sortait  au  milieu  cl’un  grand  carré  de  quatre  toises,  dont  trois 
faces  étaient  creusées  dans  le  roc;  .c’était  sous  une  coupole 
octogone  bâtie  de  pierres  énormes,  et  placée  au  milieu  de  ce 
carré,  que  se  trouve  la  source  dont  l’ouverture  était  garnie 
d’un  tuyau  de  plomb  où  l'on  voyait  encore  les  restes  d’une 
soupape  de  meme  métal.  Le  pavé,  soit  de  la  coupole,  soit  du 
reste  du  carré,  était  d’un  mastic  qui  avait  deux  pieds  d’épais- 
seur, et  qui  était  si  ferme  que  les  marteaux  les  plus  durs 
ne  pouvaient  y avoir  aucune  prise.  Ce  grand  carré,  creusé  à 
trois  faces  dans  le  roc,  avait  la  quatrième  bâtie  en  maçon- 
nerie; celle-ci  séparait  ce  premier  carré  d’une  voûte  longue, 
au  milieu  de  laquelle  était  placé  un  aqueduc  en  pierre  qui 
conduit  l’eau  minérale  dans  une  auge  située  derrière  la  mu- 
raille qui  sépare  cette  voûte  des  étuves.  » 

Pour  notre  auteur,  ces  constructions,  ainsi  que  « différentes 
voûtes  où  coulaient  les  eaux  pour  être  disposées  relativement 
aux  usages  où  on  les  destinait,  étaient  indubitablement  des 
ouvrages  des  Romains.  » 

(1)  Hydrolhermopolie  des  Nymphes  (le  Bagnols , en  Gévaudan.  Lyon,  1651. 

25 


386 


LA  GAULE  THERMALE 


En  1826,  d’après  Borelli  de  Serres  (1),  l’établissement  pri- 
mitif, ou  du  moins  ce  qui  restait  de  celui  des  Romains  connu 
à cette  époque,  se  composait  de  six  salles,  dont  deux  destinées 
aux  bains  de  piscine,  deux  aux  étuves  sèches  et  deux  aux 
douches.  Les  salles  étaient  construites  en  sous-sol,  privées 
d’air  et  de  jour  extérieur  sous  leurs  voûtes  surbaissées,  et 
les  entrées  étaient  si  basses  qu’il  fallait  se  plier  en  deux 
pour  passer  de  l’une  dans  l’autre. 

D’autres  découvertes  sont  venues  confirmer  l’attribution  de 
ces  travaux  aux  occupants  romains,  et  étendre  singulièrement, 
semble-t-il,  l’importance  des  ouvrages  antiques,  dont  je  n’ai 
pu  trouver  cependant  de  plan  d’ensemble.  C’est  ainsi  que, 
d’après  L.  Chevalier  (2)  et  Borelli  de  Serres  (op.  cit.),  on 
trouva,  lors  de  la  confection  de  la  route  et  au  cours  de  tra- 
vaux souterrains  dans  le  voisinage  de  la  source  romaine,  une 
quantité  de  briques  romaines,  des  chapiteaux  corinthiens,  des 
vases,  des  médailles,  un  béton  romain  de  la  plus  grande 
beauté  et  d’une  conservation  parfaite,  ainsi  que  des  vestiges 
d’anciennes  piscines  qui  s’étendaient  bien  au  delà  du  périmètre 
des  bains  actuels. 

Peut-être  aussi  peut-on  rattacher  dans  une  certaine  mesure 
aux  cités  thermales  l’ancienne  ville  principale  du  pays  des 
Gabales,  dont  les  ruines  considérables  jonchent  le  sol  autour 
du  village  de  Javols,  et  où  quelques  érudits  (3)  ont  placé 
Y Anderitum  de  la  Table  de  Peutinger. 

L’existence  d’une  cité  considérable  sur  ce  point  a été  dé- 
montrée par  la  découverte  d’importants  vestiges  de  construc- 
tions, d’une  colonne  dédiée  à Postumus  par  la  cité  des 
Gabales  et  d’une  quantité  considérable  de  débris  et  d’objets 
mobiliers  de  toute  sorte,  mis  au  jour  au  cours  de  fouilles 
exécutées  à plusieurs  reprises  dans  le  courant  du  siècle  der- 

(1)  Nouveau  guide  des  malades  et  des  touristes  aux  bains  de  Bagnols, 

1866. 

(2)  Recherches  sur  les  eaux  thermales  de  Bagnols,  1840. 

(3)  Ignon,  Notice  sur  les  monuments  antiques  et  du  moyen  âge  du  dépar- 
tement de  la  Lozère.  — André,  Des  voies  romaines  dans  le  Gévaudan. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


387 


nier.  Parmi  les  édifices  exhumés,  il  en  est  un  qui  était  très 

* 

vraisemblablement  destiné  à des  bains,  et  dont  la  disposition 
particulière  semblerait  plutôt  convenir  à un  établissement 
médical  qu'à  des  thermes  ordinaires.  Les  fouilles, ont  permis 
de  reconnaître  une  série  de  quatorze  chambres  rectangulaires, 
au-dessous  desquelles  régnait  un  aqueduc  de  décharge  et  dans 
lesquelles  on  a recueilli  « de  magnifiques  tuyaux  de  plomb 
qui  devaient,  à un  niveau  supérieur,  amener  dans  les  appar- 
tements et  dans  les  baignoires  une  eau  que  P aqueduc 
souterrain  devait  porter  à la  rivière,  après  qu’on  en  avait  fait 
usage  (1).  » 

J'ai  cru  devoir  signaler  ces  restes  parce  que  l’ancien  Manuel 
des  eaux  minérales , de  Pâtissier  parle  de  Javols  comme  possé- 
dant des  eaux  minérales,  peu  connues  d’ailleurs,  et  que 
Greppo  (op.  cit.,  p.  271)  donne  également  quelques  indications 
sur  cette  ville.  D’après  le  Guide  Joanne,  ce  village  exploite- 
rait encore  des  sources  d’eau  thermale;  mais  je  n’ai  pu  avoir 
aucun  renseignement  sur  les  conditions  actuelles  de  cette  ex- 
ploitation. 


(1)  De  More,  Rapport  sur  les  antiquités  gallo-romaines  de  l’ancienne 
province  de  Gévaudan.  Congrès  archéologique  de  France,  XXIVe  ses- 
sion, 1837. 


CHAPITRE  IV 


Auvergne. 


Royat.  — Les  Romains  établirent  près  de  Royat  un  des 
établissements  thermaux  les  plus  vastes  et  les  plus  somptueux 
qui  aient  été  élevés  dans  les  Gaules,  et  dont  la  majeure  partie  a 
revu  le  jour  à la  suite  de  fouilles  successives  opérées  au  cours  du 
dix-neuvième  siècle.  La  prospérité  de  l’Arvernie fut  grande  à 
l’époque  gallo-romaine,  et  ces  thermes,  dont  nous  ignorons  le 
nom  ancien,  voisins  de  la  cité  florissante  d ’Augusto  Nemetum , 
à portée  des  nombreuses  voies  qui  rayonnaient  autour  de  cette, 
ville,  durent  recevoir,  à côté  des  légionnaires  qui  venaient,  s’y 
reposer  de  leurs  fatigues,  les  riches  colons  dont  les  villas 
parsemaient  la  vallée  de  l’Ailier  et  la  plaine  de  Limagnc. 

Rien  que  ruinés  de  fond  en  comble  par  une  succession  de 
catastrophes,  les  thermes  de  Royat  offraient  encore  quelques 
vestiges  apparents  au  dix-septième  siècle,  puisque  Jean  Banc 
en  pouvait  dire  : « Après  les  bains  de  Bourbon-Lancy,  je  ne 
trouve  point  de  marques  si  entières  de  la  vieille  architecture 
des  anciens  que  ceux  de  Saint-Marc,  près  Chamalières.  Et 
combien  que  les  ruynes  obscurcissent  quelque  chose  de  cette 
vérité,  si  est-ce  que  qui  voudra  de  bien  près  envisager  cette 
œuvre,  jugera  bien  qu’il  appartenoit  qu’aux  Romains  d'im- 
mortaliser leur  mémoire  par  l’architecture  tant  forte  et  bien 
cimentée.  » 

Les  travaux  successifs  opérés  dans  la  vallée,  au  fur  et  à 
mesure  de  l’extension  prise  par  la  nouvelle  exploitation  des 
eaux  thermales,  et  les  découvertes  qui  en  furent  la  suite, 
ont  été  relatés  dans  plusieurs  ouvrages  et  mémoires  (1),  dont 

(1)  Docteur  Fredet,  Note  sur  les  thermes  romains  de  Roi/at,  1 S83 . — 


A, 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


389 


je  vais  résumer  aussi  brièvement  que  possible  les  données 
essentielles. 

En  18:22,  découverte  dans  les  caves  d'un  moulin  d’un  puits 
carré  d'origine  romaine,  dans  lequel  bouillonnait  la  source 
froide  à laquelle  on  donna  le  nom  de  César.  En  1843,  les 
travaux  de  recherches  des  sources  chaudes  font  découvrir  une 
piscine  carrée  de  quatre  mètres  de  côté,  divisée  en  deux  com- 
partiments, et  une  autre  enceinte  carrée  de  4 ni.  50  de  côté,  dans 
le  milieu  de  laquelle  était  inscrit  un  bassin  hexagone  de  pierre 
degrés  formant  banc  et  gradin.  Cette  dernière  piscine  commu- 
niquait par  un  aqueduc  avec  une  chambre  voûtée  encombrée 
de  terre  et  de  travertins,  et,  plus  loin,  on  décombra  des  bétons 
romains  de  trente  centimètres  d’épaisseur,  dans  lesquels 
étaient  enclavés  des  tuyaux  de  conduite  d’eau  minérale,  un 
mur  en  pierres  de  grand  appareil  et  de  nombreux  fragments 
de  sculptures. 

En  1852  et  1853,  lors  de  la  construction  de  l’établissement 
moderne  et  du  captage  de  la  source  Eugénie,  on  reconnut  de 
nombreux  débris,  des  traces  de  substructions  et  une  quantité 
de  bétons  romains. 

En  1870,  « en  déblayant  la  source  Saint-Mart  qui  coulait 
improductive  dans  le  ruisseau,  on  rencontra  un  curieux  puits 
carré,  formé  de  madriers  de  sapin  de  1 m.  20  de  longueur.  De 
‘Chaque  côté,  les  madriers  superposés  s’enchevêtraient  au 
moyen  de  baguettes  et  de  rainures  alternées  ; les  bouts  munis 
successivement  de  tenons  et  de  mortaises  assuraient  l’immo- 
bilité de  la  charpente  et  prévenaient  toute  fuite  et  tout  mélange 
d’eau  étrangère.  Au-dessous  de  cet  ensemble  et  à six  mètres 
de  profondeur  totale,  on  découvrit  un  épais  tuyau  de  plomb 
de  0 m.  15  de  diamètre,  dimension  prodigieuse  pour  une 
conduite  thermale  (1).  » 

A la  môme  époque,  et  non  loin  de  là,  on  découvrit  une 

■Docteur  Petit,  Recherches  sur  la  découverte  à Royat  des  substructions 
d’un  établissement  thermal  gallo-romain,  1884.  — A.  Tardieu,  Histoire 
• illustrée  du  bourg  de  Royat  en  Auvergne,  1932. 

(1)  Docteur  Petit,  op.  cil.,  p.  5. 


390 


LA  GAULE  THERMALE 


pièce  rectangulaire  en  sous-sol,  large  de  dix  mètres  et  longue 
de  quinze,  recouverte  par  une  voûte  plate  de  plus  d’un  mètre 
et  dans  laquelle  surgissait  le  griffon  de  la  source  Saint-Victor. 

En  1878,  les  fouilles  nécessitées  par  la  fondation  des  piles 
d'un  viaduc  firent  rencontrer  des  ouvrages  maçonnés  et  de 
grandes  quantités  de  marbres  et  de  fragments  de  tuiles. 
En  1879,  on  mit  à découvert  un  aqueduc  romain,  rempli  de 
travertins  calcaires  déposés  par  l’eau  minérale,  et  qui  était 
constitué  en  haut  par  une  brique  en  forme  de  voûte  appuyée 
latéralement  sur  des  murettes  en  ciment  très  fin,  le  tout 
englobé  dans  un  mortier  formé  de  ciment,  de  chaux  et  de 
petits  morceaux  de  briques. 

Jusque-là,  le  hasard  des  fouilles  n’avait  amené  la  découverte 
que  de  fragments  de  constructions  isolées,  sans  lien  certain 
entre  elles;  mais,  en  1882,  des  travaux  exécutés  pour  l’amé- 
nagement des  nouveaux  jardins,  au-dessus  de  la  source 
Saint- Victor,  firent  reconnaître  les  substructions  grandioses 
d’un  vaste  établissement  thermal,  dont  le  déblaiement,  aussitôt 
entrepris,  ne  fut  peut-être  pas  très  heureusement  conduit. 
L’ensemble  des  édifices  décombrés  présente  trois  piscines 
rectangulaires  et  de  même  niveau,  qui  se  suivent,  et,  parallè- 
lement à elles,  un  certain  nombre  de  pièces,  dont  quelques- 
unes  sont  chauffées  par  des  hypocaustes  (fig.  47). 

La  première  de  ces  piscines  (A)  a 10  mètres  de  long  sur 
7 m.  55  de  large.  Elle  est  munie  tout  autour  de  deux  gradins, 
et  présente  sur  son  côté  occidental  une  retraite  en  hémicycle. 
Le  sol,  les  gradins  et  les  cabinets  qui  l’environnent  sont  en 
marbre  blanc,  encore  intact  en  certaines  parties.  L'absence  de 
tout  dépôt  minéral  sur  les  parois  indique  qu'elle  ne  devait 
recevoir  que  de  l’eau  froide.  La  seconde  piscine  (B)  a 6 m.  50 
de  large  sur  10  m.  50  de  long  ; elle  n’est  pas  entourée  de  gradins, 
et  présente  seulement  trois  degrés  au  couchant  pour  permettre 
d'y  descendre  (fig.  48).  La  troisième  piscine  a 16  mètres  de 
long  sur  8 mètres  de  large.  Elle  a deux  gradins  sur  tout  son 
pourtour,  et  deux  retraites  en  hémicycle,  surmontées  d un 
couronnement  de  marbre,  par  où  l'eau  minérale  venait  se 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  393 

déverser  en  petite  cascade.  Ces  deux  dernières  piscines  étaient, 
en  elTet,  alimentées  par  l’eau  thermale,  dont  les  dépôts  sont 
encore  visibles  sur  les  parois  et  sur  le  sol  composé  d’un 


ciment  épais,  présentant  les  trois  couches  distinctes  recom- 
mandées par  Vitruve  pour  la  construction  des  citernes  ou 
réservoirs,  dont  l’étanchéité  devait  être  absolue.  Des  portes 
de  1 m.  50  de  large,  à montants  de  marbre  blanc,  facilitaient 


394 


LA  GAULE  THERMALE 


la  communication  entre  ces  diverses  pièces,  autour  desquelles 
on  voit  encore  des  divisions  qui  devaient  former  autrefois 
des  cabinets  de  bains  séparés  ou  des  cases  permettant  aux 
baigneurs  de  déposer  leurs  vêtements.  Des  canaux  servant  à 
amener  l’eau  minérale  couraient  le  long  des  piscines  et  traver- 
saient les  murs  sous  des  petites  arcades  très  bien  conservées; 
au  sortir  des  piscines,  l’eau  se  déversait  dans  des  cloaques, 
et  de  là  directement  dans  le  ruisseau. 

Parallèlement  aux  piscines,  dont  elles  sont  séparées  par  un 
mur  épais,  se  trouvent  plusieurs  chambres,  de  dimensions 
différentes,  communiquant  entre  elles  par  des  portes  de  1 m.  25 
de  large  ; quatre  d’entre  elles  (D,  E,  F,  G)  sont  chauffées  par 
des  hypocaustes,  dont  on  a pu  reconnaître  la  disposition 
tout  à fait  conforme  aux  règles  habituelles  : sur  un  béton 
compact  est  disposée  une  première  assise  de  très  épaisses 
et  larges  briques,  sur  lesquelles  s’élèvent,  à 0 m.  50  les  unes 
des  autres  et  à un  mètre  environ  de  hauteur,  des  colonnettes, 
formées  de  briques  carrées.  Au-dessus  des  colonnettes,  d’autres 
briques  semblables  à celles  de  la  première  assise  forment  une 
plateforme  sur  laquelle  a été  coulé  un  épais  ciment  qui  forme 
le  sol.  Les  tuyaux  de  circulation  sont  en  briques  creuses,  avec 
ouvertures  latérales.  Les  ouvertures  des  fourneaux  étaient 
disposées  dans  la  petite  cour  IL 

Tous  ces  bâtiments  thermaux  semblent  avoir  été  décorés 
avec  le  plus  grand  luxe.  Des  échantillons  des  marbres  blancs 
et  de  couleurs  qui  tapissaient  les  murs  ont  été  retrouvés  en 
quantité  considérable  dans  les  décombres.  Les  voûtes  en  maçon- 
nerie qui  recouvraient  les  diverses  pièces,  et  dont  on  a ren- 
contré des  blocs  énormes  en  déblayant  les  piscines,  étaient 
ornées  de  mosaïques  formées  de  petits  parallélogrammes  en 
lave  d’un  grain  compact,  très  noir  et  très  fin  et  de  carrés  de 
verre  de  différentes  couleurs,  d’un  centimètre  cube,  dont  il  a 
été  enlevé  de  pleins  tombereaux,  lors  des  travaux  de  déblaie- 
ment. 

Enfin,  en  dehors  des  débris  de  matériaux,  de  nombreux 
objets  ont  été  découverts  dans  les  ruines  des  thermes  et  aux 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  395 

alentours  : vases  et  fragments  de  vases  en  terre  rouge  et 
grise,  verrerie,  objets  divers  en  bronze,  fragments  de  statues 
et  de  bas-reliefs,  qui  ont  trouvé  placé  au  musée  de  Clermont, 
à rétablissement  thermal  de  Royat  et  dans  des  collections 
particulières.  Parmi  les  objets  qui  figurent  au  musée  de  Cler- 
mont, une  mention  particulière  est  due  à un  pied  de  bronze 
doré,  de  38  centimètres  de  long  (ce  qui  représente  une  statue 
de  trois  mètres  de  hauteur),  qui  fut  trouvé  en  1877,  sur 
l’emplacement  du  Grand-Hôtel.  Un  trou  perpendiculaire  dans 
le  talon  fait  supposer  que  l’effigie  était  assujettie  debout  sur 
son  socle.  M.  Héron  de  Villefosse  (1)  a émis  la  pensée  que 
ce  débris  appartenait  à une  des  principales  statues  qui  ornaient 
le  temple  du  Mercure  Arverne,  au  sommet  du  Puy-de-Dôme,  et 
qu’il  avait  été  pieusement  conservé  par  quelque  dévot,  qui 
serait  parvenu  à le  sauver  lors  de  la  dévastation  du  temple  par 
les  sauvages  soldats  de  Chrocus. 

Comme  on  le  voit  par  ce  rapide  exposé,  dans  le  charmant 
vallon  de  la  Tiretaine,  où  s’élèvent  les  somptueuses  construc- 
tions du  Royat  moderne,  les  Gallo-Romains  avaient  édifié  un 
établissement,  qui  dut  compter  parmi  les  plus  importants  des 
Gaules.  Les  différents  captages  et  fragments  d’édifices  reconnus 
avant  les  découvertes  de  1882  devaient  évidemment  se  ratta- 
cher à un  vaste  ensemble,  dont  certaines  parties,  demeurées 
en  dehors  des  fouilles  de  cette  époque,  ont  été  reconnues 
depuis  lors.  C’est  ainsi  que  le  docteur  Fredet  signale  ( op . cit., 
p.  3,  en  note)  la  mise  au  jour  d’une  nouvelle  piscine  à gra- 
dins dans  la  partie  sud-ouest  des  thermes.  Le  docteur  Petit 
(op.  cit.,  p.  13),  après  avoir  mentionné  la  découverte,  dans 
cette  même  partie,  de  plusieurs  salles,  de  petites  cours,  d’un 
escalier,  de  latrines  et  d’un  cloaque  très  bien  conservé,  ajoutait 
(p.  15)  : « Un  examen,  meme  superficiel,  démontre  que  toutes 
les  substructions  découvertes  à Royat  faisaient  partie  d’un 
édifice  extrêmement  vaste  qui  embrassait  dans  son  ensemble 
une  grande  étendue  du  parc  et  de  l’établissement  actuel  ; tout 


(I)  Bulletin  de  la  Société  des  antiquaires,  1879,  p.  287. 


396 


LA  GAULE  THERMALE 


indique  môme  que  les  thermes  s’étendaient  très  au  loin  dans 
la.  propriété,  lourand,  où  il  serait  à désirer  que  les  recherches 
lussent  continuées  ou  tout  au  moins  enregistrées  avec  le  plus 
grand  soin.  Ainsi,  nous  avons  vu  déblayer  l'an  dernier,  de 
l’autre  côté  du  viaduc  du  chemin  de  fer,  la  suite  des  substruc- 
tions  romaines,  mais,  malheureusement,  les  fouilles  n’ont 
pas  été  suivies,  ni  les  plans  relevés.  » 

1 ne  partie  des  substructions  retrouvées  en  1882  a été 
conservée  et  a meme  été  l’objet  de  restaurations  qui  ne  sem- 
blent pas  sans  mérite;  mais  il  est  profondément  regrettable 
.qu’on  n’ait  pu  continuer  d’une  façon  méthodique  et  scientifique 
l’exploration  et  l’exhumation  de  toutes  les  constructions 
annexes  dont  l’existence  parait  certaine,  ce  qui  nous  aurait 
donné  le  rare  spectacle  de  l’ensemble  complet  d’un  imposant 
établissement  thermal  au  deuxième  siècle  de  notre  ère. 


Saint-Nectaire. — « Gomme  toute  station  auvergnate  qui  se 
respecte,  dit  le  docteur  Roux  (1),  Saint-Nectaire  se  réclame 
d'une  origine  romaine;  des  fouilles  faites  au  commencement 
du  siècle  ont  fait  découvrir  des  vestiges  de  construction  et 
des  débris  de  piscines  qui  permettraient  peut-être  d'affirmer 
cette  prétention.  » 

Ces  découvertes,  dont  l’auteur  fut  l’architecte  Ledru,  con- 
sistèrent dans  la  mise  au  jour,  près  d’une  ancienne  voie 
romaine,  de  restes  d’une  ancienne  construction,  de  laquelle 
on  a retiré  des  tuiles  d’origine  romaine  et  des  fragments  de 
vases  antiques,  et  dans  la  trouvaille  des  vestiges  d'un  établis- 
sement romain,  au-dessous  de  l’établissement  Mandon. 

En  1824  ou  1825,  on  trouva  dans  des  grottes  taillées  dans 
la  roche  du  Mont-Cornador  des  sortes  d'auges  en  béton,  dont 
MM.  Lavort,  Lecoq  et  Bertrand  ont  donné,  en  1828,  la  descrip- 
tion suivante  (2)  : « Les  fouilles  ont  mis  à nu  une  quarantaine 
d’auges  en  maçonnerie  bâties  sur  un  plan  incliné,  les  unes 


(1)  Saint-Nectaire.  Notes  historiques. 

(2)  Docteur  Nivet,  Dictionnaire  des  eaux  minérales  du  Puy-de-Dôme. 
Annales  scientifiques , littéraires  et  industrielles  de  l’Auvergne,  t.  XVIII, 
1845. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


39T 


circulaires,  les  autres  rectangulaires.  Les  premières,  plus 
nombreuses,  ont  la  forme  d'un  chaudron.  Leur  profondeur  est 
d’un  mètre,  leur  largeur  de  12  décimètres.  Les  secondes  sont 
moins  profondes,  leur  longueur  est  de  9 à 13  décimètres?  et 
leur  largeur  de  3 à 8.  Elles  ressemblent  à des  baignoires. 

« Ces  auges  sont  rangées  six  par  six,  et  présentent  des 
compartiments  symétriques  entre  lesquels  on  peut  circuler. 
Chaque  compartiment  résulte  de  l’assemblage  de  quatre  auges 
rondes  et  de  deux  auges  rectangulaires.  Toutes  sont  revêtues 
à l’intérieur  d’une  couche  épaisse  de  ciment  rougeâtre.  » Il 
ne  reste  actuellement  de  tout  cet  ensemble  que  deux  anges 
circulaires,  dont  les  revêtements  intérieur  et  extérieur  ont 
disparu  sous  les  couches  de  sédiment  déposées  par  les  eaux 
Ces  cuves  furent-elles  employées  dans  l’antiquité  comme 
baignoires?  Eurent-elles,  au  contraire,  une  autre  origine  et 
une  autre  destination,  et  ne  doit-on  voir  dans  les  grottes  du 
Mont-Cornador,  comme  on  l’à  prétendu,  qu’un  établissement 
de  teinture?  La  réponse  à cette  question  est  encore  douteuse 
et  je  crois  qu’il  n’a  été  fait  dans  les  grottes  aucune  découverte 
permettant  de  fonder  à cet  égard  une  hypothèse  quelconque 
sur  des  données  précises.  Cependant  la  présence  dans  les 
grottes  mêmes  de  sources  minérales  permet  de  supposer  que 
ces  cuves  étaient  destinées  à certains  usages  de  balnéation 
thermale. 


Moxt-Dore.  — Nous  ne  reviendrons  pas  sur  les  diverses 
identifications  qui  ont  été  proposées  de  cette  station  avec  des 
lieux  portant  des  dénominations  anciennes,  et,  comme  nous 
l’avons  déjà  dit,  nous  n’y  chercherons  ni  les  Aquæ  Calidæ  de 
la  Table,  ni  les  Calentes  Baïæ  de  Sidoine  Apollinaire.  Son  loin- 
tain passé  n’a,  d’ailleurs,  pas  besoin  d’être  prouvé  par  une 
dénomination  antique,  et  les  ruines  considérables,  exhumées 
à diverses  reprises,  suffisent  à nous  démontrer  la  présence  sur 
ce  point  de  constructions  thermales  d’une  vaste  envergure, 
indiquant  même  une  utilisation  des  sources  bien  antérieure  à 
l’époque  romaine. 


398 


LA  GAULE  THERMALE 


Depuis  longtemps  ces  vestiges  avaient  attiré  l’attention  de 
certains  esprits  curieux.  Dès  le  commencement  du  dix-septième 
siècle,  un  antiquaire  de  Riom,  Louis  Chaduc,  venu  au  Mont- 
Dore  en  1610,  en  avait  rapporté  une  série  de  dessins  repré- 
sentant la  grotte  dite  de  César,  des  fragments  de  marbre 
sculptés  et  des  tronçons  de  colonnes  épars  sur  plusieurs  points 
du  village. 

Un  petit  ouvrage  publié  à Tulle,  en  1616  (1),  décrit  « ce 
vallon  auquel  se  découvrent  plusieurs  sources  d’eau  qui  ont 
été  adjancées  pour  se  baigner,  comme  je  crois,  bien  qu’à  pré- 
sent défrichées,  depuis  le  temps  que  les  Romains,  sous  l’em- 
pire des  Césars,  subjuguèrent  les  Gaulois,  ainsi  que  les  mé- 
dailles qu’on  a rencontrées  en  plusieurs  endroits  et  les  pierres 
tout  entières  cà  et  là  éparses  du  vieux  panthéon  en  témoignent 
assez.  » 

Jean  Ranc  s’étonnait  de  trouver  la  trace  des  conquérants  de 
la  Gaule  « en  si  rude,  desplaisant'  et  fâcheux  païs  » ; et  il  ajou- 
tait : « C’est  merveille  de  la  curiosité  de  l’antiquité  romaine 
en  la  recherche  des  sources  chaudes  naturelles  pour  se  bai- 
gner.... Les  pierres  tout  entières  de  leur  panthéon  sont 
esparses  çà  et  là;  le  vieil  lavoir  de  leurs  anciens  bains  y pa- 
roist  encores,  les  médailles  de  leur  antiquité  s’y  rencontrent  en 
plusieurs  lieux.  » Ces  découvertes  de  médailles  devaient  être 
fréquentes,  si  l’on  en  croit  le  docteur  Chomel,  qui  rapporte 
que,  lors  de  travaux  exécutés  à l’établissement  en  1707,  on  en 
trouva  en  si  grande  quantité  que  « les  particuliers  en  remplis- 
saient plein  leur  chapeau  ». 

En  1748,  Dufraisse  de  Vernines  avait  publié  une  brochure 
intitulée  : Dissertation  sur  les  anciens  monuments  qui  se  trouvent  à 
Bains , village  du  Mont  d’Or,  en  Auvergne,  et,  à la  lin  du  dix- 
huitième  siècle,  Pasumot  les  signalait  également  dans  sa  Des- 
cription de  quelques  monuments  antiques  qui  existaient  aux  Bains 
du  Mont  d'Or.  Mais  ce  fut  surtout  au  cours  des  fouilles  exécu- 

(1)  L’Entelechie  des  eaux  chaudes  du  bourg  de  Bain , près  du  Mont-d'Or..., 
par  J.  Mante,  docteur  en  médecine.  Publié  dans  le  t.  XXIX  des  Mémoires 
de  l’Académie  des  sciences,  belles-lellres  et  arts  de  Clermont-Ferrand,  1887. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  399 

tées  à plusieurs  reprises  pendant  le  dix-neuvième  siècle,  et 
dont  les  premières  furent  étudiées  avec  le  plus  grand  soin  par 
le  médecin  inspecteur  des  eaux,  Michel  Bertrand,  qu’on  mit 
au  jour  la  plus  grande  partie  de  l’établissement  romain  et 
qu’on  put  en  reconnaître  les  dispositions. 

On  connaissait  déjà  la  source  du  Bain  de  César,  renfermée 
dans  un  petit  bâtiment  de  forme  antique,  encore  à peu  près 
intact  avec  son  frontispice  et  sa  vasque  circulaire,  et  qui  était 
situé  en  dehors  de  l’établissement  principal  des  Gallo- 


Fig.  49.  — LA  SOURCE  DE  CÉSAR,  AU  MONT-DORE. 

Bomains  (fig.  49).  Vers  1817,  en  creusant  les  fondations  de 
l’établissement  thermal,  on  reconnut  successivement  : une 
piscine  de  3 m.  50  de  longueur  sur  3 m.  38  de  large  etOm.  60  de 
profondeur  ; des  murs  formant  une  enceinte  carrée,  fermée  de 
trois  côtés;  une  grande  salle,  dallée  de  pierres  de  taille,  à 
pavé  incliné  vers  le  centre,  bordée  de  deux  rangs  de  pierre 
en  gradins,  avec  trois  escaliers  pour  y descendre;  une  galerie 
avec  deux  pièces,  jointes  par  un  aqueduc,  dont  l’une  était 
chauffée  par  un  hypocauste.  Des  amorces  de  canaux  s’enfon- 
çant sous  des  maisons  voisines  furent  aussi  reconnus,  ainsi 


400 


LA  GAULE  THERMALE 


que  tout  un  réseau  de  conduits  de  plomb  qui  serpentaient  à 
travers  les  ruines  (1). 

En  1823,  en  enlevant  une  masse  rocheuse  provenant  d’un 
dépôt  formé  par  les  eaux,  on  exhuma  la  piscine  en  madriers 
de  sapin  dont  nous  avons  déjà  parlé,  et  qui,  par  la  place 
meme  qu’elle  occupait  sous  ce  dépôt  de  lente  formation,  im- 
plique la  certitude  d’une  utilisation  des  sources  bien  anté- 
rieure à l’occupation  romaine. 

En  1824,  les  restes  du  Panthéon  : soubassement  du  por- 
tique, escalier  de  cinq  marches,  tronçons  de  colonnes,  hases 
des  murs  de  la  cella,  fragments  de  l’entablement,  etc.,  furent 
découverts  sous  des  maisons  particulières  que  l’on  venait  de 
démolir  (2).  Lorsque  Michel  Bertrand  écrivait  sa  brochure, 
en  1844,  on  avait  déjà  reconnu  un  réservoir  ayant  contenu 
des  eaux  froides,  certaines  parties  des  bains  de  vapeur,  cinq 
grandes  piscines  à degrés  étagés,  des  fragments  de  mosaïques, 
et,  un  peu  partout,  des  restes  de  constructions  diverses  por- 
tant la  marque  certaine  de  la  main-d’œuvre  romaine. 

En  1805,  M.  Agis  Ledru,  chargé  de  rechercher  certaines 
sources  minérales,  reprit  des  fouilles  qui  avaient  été  arrêtées 
sur  une  ligne  qui  coupait  obliquement  une  grande  piscine 
décorée  de  niches  et  de  pilastres.  Les  nouveaux  travaux  entre- 
pris alors  dégagèrent  le  reste  de  la  piscine,  ainsi  que  les 
escaliers  qui  y descendaient  et  une  galerie  transversale  qui 
la  limitait  du  côté  sud.  Ils  permirent  également  de  reconnaître, 
dans  une  partie  absolument  ignorée,  des  substructions  diverses 
et  deux  salles  dont  M.  Ledru  donne  une  description  complète. 
La  première,  de  3 m.  80  de  long,  sur  3 m.  43  de  large,  avait 
pour  sol  deux  rangs  de  briques  assises  sur  du  béton.  « L’extré- 
mité ouest  était  occupée  par  une  grande  baignoire  de  2 m.  73 
de  longueur,  lm.38  de  largeur  et  1 m.  55  de  profondeur.  Elle 
pénétrait  dans  le  sol  de  0m.  62.  Les  parois  verticales  de  cette 


(1)  Michel  Bertrand,  Mémoires  sur  l’établissement  thermal  du  Mont-Dore 
et  les  antiquités  que  l’on  vient  d’n  découvrir,  1819. 

(2)  Michel  Bertrand,  Notes  sur  des  antiquités  découvertes  au  Mont- 
d’Or,  1844. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


404 


baignoire  étaient  en  briques;  elles  avaient  été • revêtues  de 
stuc  vert,  dont  quelques  parties  seulement  ont  été  retrouvées 
au  moment  de  la  découverte.  Le  fond  était  composé  de  dalles 
de  marbre  blanc  (1).  » 

Le  plancher  de  briques  delà  seconde  salle,  de  6 m.  40  de  long' 


Fig.  50.  — PLAN  DES  THERMES  GALLO-ROMAINS 
DU  MONT-DORE. 

Ar  Temple  dit  Panthéon. 

B.  Etablissement  thermal. 


sur  3 m.  65  de  largeur,  reposait  sur  des  piliers  d’hypocauste  et 
les  parties  des  murs  encore  debout  présentaient  des  ouver- 
tures communiquant  avec  des  cheminées  verticales  en  briques. 

Enfin,  une  nouvelle  piscine  bien  conservée,  avec  deux  esca- 
liers pour  y descendre,  fut  découverte  en  1876  ou  1877,  lors 


(1)  Agis  Ledru,  Note  sur  la  mise  an  jour  d’une  grande  partie  de  l’éta- 
blissement thermal  romain  du  Mont-Dore.  Mémoires  de  l'Académie  des 
sciences,  etc.,  de  Clermont-Ferrand;  nouvelle  série,  t.  X,  1868. 


402 


LA  GAULE  THERMALE 


de  travaux  ex-écutés  sous  la  direction  de  M.  Ledru,  au  point 
où  est  aujourd’hui  la  galerie  Pasteur. 

En  somme,  ces  découvertes  successives  ont  permis  de 
reconnaître  que  cinq  au  moins  des  puits  de  captage  des 
sources  sont  d’origine  romaine  (1);  que  des  eaux  froides  étaient 
amenées  par  des  aqueducs  dans  les  thermes  gallo-romains, 
qui  couvraient  à peu  près  l’emplacement  du  rez-de-chaussée 
actuel,  et  dont  l’ensemble  peut  s’analyser  ainsi  (fiy.  50;  : 
« Trois  grandes  piscines  en  mosaïque  verte,  alimentées  par 
les  sources  inférieures  et  adossées  à la  roche,  communiquaient 
de  chaque  côté  par  des  portiques  avec  les  diverses  pièces  ser- 
vant de  tepidarium,  de  caldarium,  de  frigidarium,  de  salles  de 
massage  et  de  vestiaires  et  séparées  par  un  atrium  central; 
au  nord  elles  se  rattachaient  avec  d’autres  piscines  occupant, 
sur  la  roche,  un  édifice  supérieur  et  alimentées  par  les  sources 
du  pavillon.  Au  sud,  les  thermes  devaient  être  reliés  par  une 
cour,  décorée  de  portiques  et  plus  étendue  que  la  place 
actuelle,  avec  un  temple  voué  au  dieu  Pan  ou,  peut-être,  à 
tous  les  dieux,  suivant  une  tradition  locale  qui  a conservé  la 
désignation  de  panthéon.  Quant  à la  grotte  de  la  source  César, 
isolée  un  peu  plus  au  nord,  elle  nous  est  parvenue  intacte, 
avec  son  frontispice  et  sa  vasque  circulaire,  où  les  Romains 
pratiquaient  à la  fois  le  demi-bain  hyperthermal  et  l'inhala- 
tion des  vapeurs  médicamenteuses  issues  spontanément  dés 
griffons,  et  elle  n’est  englobée  dans  le  bâtiment  principal  que 
depuis  une  dizaine  d’années  (2).  » 

La  Bourboule.  — Il  est  probable  que  les  eaux  de  la  Bour- 
boule,  si  voisines  du  Mont-Dore,  où  s’élevait  un  établissement 
thermal  grandiose,  ne  furent  pas  ignorées  des  Romains.  Elles 
étaient,  d’ailleurs,  situées  sur  le  passage  d’une  voie  romaine 
qui  conduisait  du  Mont-Dore  dans  le  Cantal,  dont  on  a 
retrouvé  des  traces  dans  une  gorge  en  face  de  la  Bourboule. 

(1)  Sources  de  la  Madeleine,  Pigeon,  Rigny,  Ramond  et  César. 

(2)  Le  Mont-Dore.  Notice  médicale  et  ‘pittoresque. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


403 


Le  seul  témoignage  matériel  cle  cette  utilisation  ancienne 
serait  une  fosse,  d'origine  romaine,  qui  aurait  été  découverte 
en  1820,  lorsqu’on  creusa  les  fondations  du  premier  établisse- 
ment thermal  (1). 

Peut-être  n’est-il  pas  téméraire  de  voir  dans  le  vieux  nom 
de  la  Bourboule  : Borbolci,  qu’on  trouve  mentionné  dans  un 
titre  de  1463,  un  souvenir  lointain  du  nom  d’un  des  dieux 
tutélaires  des  sources  médicinales  de  la  Gaule  et  d’en  inférer 
une  antique  connaissance  des  eaux,  qui  semble  cependant, 
tout  au  moins  d’après  ce  que  les  fouilles  nous  ont  fait  con- 
naître jusqu’à  présent,  n’avoir  pas  dépassé  les  limites  d’une 
petite  exploitation  locale. 

Poxt-des-Eaux.  — A Pont-des-Eaux,  hameau  de  la  commune 
de  Nébouzat,  situé  sur  la  Sioule,  à peu  de  distance  du  point 
où  la  voie  de  Clermont  se  dirigeant  vers  le  Limousin  fran- 
chissait cette  rivière,  des  fouilles,  opérées  en  1834,  ont  fait 
découvrir  un  vaste  établissement  de  bains,  dont  les  restes 
étaient  enfouis  sous  un  amas  considérable  de  débris  de  cons- 
tructions : marbres,  tuiles,  fragments  de  mosaïques,  etc. 

D’après  les  indications  d’un  plan  dressé  lors  de  la  décou- 
verte, et  dont  nous  donnons  un  croquis  (fig.  51),  et  la  légende 
publiée  par  Bouillet  dans  sa  Statistique  monumentale  du  Puy-de- 
Dôme  fl  846g  on  reconnaît  facilement  en  A et  B des  pièces 
chauffées  par  deshypocaustes,  probablement  à usage  d’étuves; 
en  C,  une  petite  pièce  avec  sol  de  béton,  ayant  dû  servir  de 
salle  de  bain.  Il  avait  été  réservé  dans  le  sol,  le  long  de  l’un 
des  murs,  un  petit  canal  de  0 m.  20  de  profondeur  et  de  0 m.  14 
de  largeur.  Ce  canal  traversait  le  mur  et  allait  aboutir  dans  un 
petit  mur  de  refend,  au  sein  duquel  il  formait  deux  retours 
d’équerre,  pour  s’élever  ensuite  verticalement  dans  le  milieu 
du  mur.  Il  paraît  avoir  été  destiné  à former  une  petite  che- 
minée de  vapeur. 

En  D,  était  une  autre  pièce  contenant  deux  baignoires,  dont 


(1)  Docteur  Clérault,  La  Bourboule.  Ses  eaux  minérales,  1877. 


40  i 


LA  GAULE  THERMALE 


le  service  devait  se  faire  par  la  pièce  E.  Le  sol  de  ces  bai- 
gnoires était  fait  d’un  béton  solide  qui  fut  enlevé  d’une  seule 
pièce.  En  F était  un  cabinet  de  bains  revêtu  de  marbre;  la 
partie  du  plan  désignée  par  un  G devait  correspondre  à un 
corridor  de  distribution.  H et  I sont  deux  pièces  carrées,  dont 
la  destination  n’a  pu  être  déterminée. 

Ces  thermes  spacieux,  construits  à proximité  d’une  voie 

fréquentée,  et  qui  semblent  avoir 
été  décorés  avec  un  certain  luxe, 
ont  dû  certainement  avoir  un  rap- 
port avec  des  sources  d’eau  mi- 
nérale acidulée  froide  qui  prennent 
naissance  dans  leur  voisinage  im- 
médiat. 

Beuregard-Yendon.  — A 8 kilo- 
mètres environ  de  Riom,  non 
loin  d’une  voie  ancienne  qui 
tendait  vers  Menât,  on  a trouvé, 
en  1839,  près  de  Beauregard- Yen- 
don,  des  restes  d’ouvrages  ro- 
mains où  était  vraisemblable- 
ment utilisée  une  source  d’eau 
minérale,  dont  les  fouilles  entre- 
prises avaient  justement  pour  but 
de  rechercher  le  point  d’émer- 
o-ence 

Fig.  51.  — PLAN  DES  THERMES  ° 

de  pont-des-eaux.  « Au  centre  d un  béton  était 

une  piscine  de  4 mètres  de  lon- 
gueur sur  3 de  largeur,  et  de  5 mètres  de  profondeur. 
Cette  piscine,  que  l’on  a trouvée  comblée  de  débris  de  cons- 
truction, de  tuiles,  de  briques,  de  fragments  de  marbre  et  de 
poterie,  était  formée  avec  des  madriers  de  chêne  de  10  centi- 
mètres d’épaisseur,  assemblés  à rainures  et  à languettes  et 
chevillés  à l’extrémité  avec  de  gros  clous  en  bronze  (l).  » 

(1)  Bouillet,  Description  archéologique  des  monuments  celtiques,  romains 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


405 


Les  fouilles  ne  semblent  pas  avoir  été  poussées  plus  loin  et 
il  peut  y avoir  lieu  de  le  regretter,  car  le  caractère  de  certains 
débris  exhumés,  notamment  des  fragments  de  statues  muti- 
lées (i),  autorise  à penser  qu’il  existait  là  un  édifice  décoré 
avec  une  véritable  recherche  d’élégance. 


Châteauneuf.  — Les  eaux  de  Châteauneuf  jaillissent  en  plu- 
sieurs sources,  thermales  ou  froides,  dans  un  des  sites  les 
plus  charmants  de  la  vallée  de  la  Sioule.  Les  Romains  on 
certainement  utilisé  celles  des  sources  qui  se  trouvent  sur  la 
rive  gauche  de  la  rivière,  vers  le  lieu  où  sont  situés  actuelle- 
ment les  Grands-Bains,  mais  les  indications  relatives  à leurs 
travaux  sont  assez  sommaires.  Voici  ce  qu’en  disait  le  docteur 
Salneuve  (2),  dans  un  passage  cité  par  Greppo  (op.  cit.,  p.  286)  : 

« Il  existe  peu  de  documents  sur  ces  thermes,  qui  sont,  à n’en 
pas  douter,  d’origine  romaine.  Aucune  tradition  ne  fait  savoir 
qu’ils  aient  été  connus  jadis,  et  pourtant,  en  creusant  une  des 
piscines,  on  a trouvé  des  médailles  ou  des  pièces  de  monnaie 
de  fabrication  romaine  provenant  des  colonies  d’Aix  et  de 
Marseille.  La  découverte  faite  récemment  de  baignoires  de 
briques  parfaitement  cimentées  prouve  qu’ils  ont  été  aban- 
donnés après  avoir  été  fréquentés  pendant  un  temps  plus  ou 
moins  long.  Ils  ont  subi,  pendant  la  barbarie  du  moyen  âge, 
le  sort  d’un  grand  nombre  d’autres  établissements  utiles.  Peut- 
être  cet  abandon  est-il  dû  aux  nombreuses  difficultés  qu’éprou- 
vaient les  malades  pour  y arriver.  » 

Alibert  avait  déjà  signalé  d’anciennes  constructions  du 
même  genre  : « Au  milieu  de  la  presqu’île  de  Saint-Cir,  près 
d’une  ancienne  église,  existent  les  Bains  de  Méritis.  Lors  du 
décombrement  de  ces  thermes,  lequel  remonte  à un  grand 
nombre  d’années,  on  trouva  les  anciennes  cuves  avec  le 
ciment  des  Romains  » 

du  moyen  âge  du  département  du  Puy-de-Dôme.  Mémoires  de  V Académie 
de  Clermont-,  1874. 

(1)  Mathieu,  Des  colonies  et  des  voies  romaines  en  A uvergne  p 253-254 

1857. 

(2)  Essai  sur  les  eaux  minérales  de  Châteauneuf,  1834. 


406 


LA  GAULE  THERMALE 


Enfin,  le  Bulletin  de  la  Société  d’ Anthropologie  (1883,  p.  732;  fait 
men  tion  de  la  présentation  cl’un  vase  romain,  renfermant  un  osse- 
nïent  et  deux  fragments  de  bois  travaillés,  découverts  dans  la 
vase  en  creusant  une  vieille  piscine  abandonnée  à Châteauneuf. 

Coren.  — Les  eaux  minérales  de  Goren  (canton  nord  de 
Saint-Flour),  appelées  dans  le  pays  la  Font  de  vie,  se  composent 
d’un  certain  nombre  de  veines  qui  jaillissent  dans  le  lit  même 
du  ruisseau  de  Golsac.  Au  mois  de  juillet  1886,  au  cours  de 
travaux  destinés  à nettoyer  et  à isoler  la  source  la  plus  forte, 
on  reconnut  que  deux  de  ses  naissants  avaient  été  l’objet  d’un 
captage  ancien,  assez  rudimentaire,  mais  dont  les  traces  étaient 
restées  très  nettement  apparentes. 

Les  travaux  consistaient  en  une  cuve  carrée  en  bois,  de 
1 m.  32  de  côté,  sur  1 m.  30  de  profondeur,  formée  de  quatre 

^ ^ pieux  de  chêne  reliés  par 

des  madriers  de  sapin 
réunis  entre  eux  par  des 
enchevêtrements,  avec  un 
fond  de  madriers  de  chêne 
percé  de  deux  trous  irré- 
guliers , correspondant 
exactement  aux  points 
d’émergence  des  fdets 
d’eau  minérale  à capter. 
Le  fond  de  la  caisse  ne 
reposait  pas  directement 
sur  les  griffons,  afin  d’en 
laisser  le  jaillissement  plus  libre.  Les  quatre  pieds,  dépassant 
par  le  bas  le  plancher  de  0 m.  60  environ,  s’appuyaient  sur 
les  parois  latérales  du  roc,  préalablement  évidé  en  un  entonnoir 
au  fond  duquel  sourdaient  les  deux  naissants.  Cette  première 
caisse  devait  être  surmontée,  à l’origine,  d’un  second  carré  de 
mêmes  dimensions,  de  façon  à former  un  puits  boisé  de  trois 
mètres  de  profondeur  (fig.  52)  (1). 

(1)  Marcellin  Boudet,  La  Source  minérale  gallo-romaine  de  Corca  el  son 


S “‘Ss  ( au 


de  Cotjec 


Fig.  52.  — CAPTAGE  DE  LA  SOURCE 
DE  COREN . 

A.  B.  G.  D.  Caisse  en  bois  ou  cuve  du  puits 
minéral. 

E.  F.  G.  H.  Quadrilatère  de  madriers  destiné  à 
préserver  le  puits. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


407 


« Le  puits  thermal  était  enfin  protégé  tout  autour  contre  les 
attaques  clu  torrent  par  un  quadrilatère  de  4 m.  50  de  côté  com- 
posé de  madriers  de  Om.lO  d’épaisseur,  au  centre  duquel  il  se 
trouvait.  On  en  a retrouvé  une  partie  sur  place  dans  le  gra- 
vier. Le  grand  nombre  de  briques,  de  tuiles  à rebord  et  autres 
débris  gisant  à cet  endroit  dans  le  lit  du  ruisseau  laisse  suppo- 
ser que  l'intérieur  de  ce  quadrilatère,  entre  le  puits  et  le  blin- 
dage extérieur,  était  primitivement  garni  de  maçonneries.  Ces 
maçonneries  ont  été  peu  à peu  démantelées  et  emportées  par 
les  crues;  la  vase  et  l’ensablement  ont  seuls  permis  au  cadre 
inférieur  du  boisage  du  puits  d’échapper  à la  destruction.  » 

Tous  ces  travaux  de  boisage  ont  disparu,  pour  être  rem- 
placés par  un  petit  pavillon  en  maçonnerie  qui  isole  les  eaux 
minérales  recueillies  dans  l’entonnoir  même  creusé  dans  le  roc 
par  le  pic  des  ouvriers  gallo-romains. 

A l’exception  des  monnaies,  la  plupart  des  objets  recueillis 
dans  la  source  : figurines  en  bois,  bracelets,  débris  de  pote- 
ries, etc.,  dont  nous  avons  déjà  parlé,  semble  démontrer  que 
les  eaux  de  Coren  étaient  employées  dans  l’antiquité  pour 
guérir  les  maladies  de  l’enfance.  C’est  encore  aujourd’hui  leur 
principal  mode  d’emploi  et  elles  ont  continué  à être  utilisées 
dans  le  pays  comme  eaux  reconstituantes,  surtout  pour  les  en- 
fants de  huit  à quatorze  ans. 

Chaudesaigues.  — Le  bourg  de  Chaudesaigues,  où  coule  un 
véritable  torrent  thermal  dont  la  température,  à certaines 
sources,  dépasse  80°,  vit-il  les  Romains  se  baigner  dans  ses 
piscines  fumantes?  L’affirmative  ne  fait  pas  de  doute  pour  ceux 
qui  voient  dans  la  petite  ville  auvergnate  les  Aquæ  Calidæ  de 
la  Table  de  Peutinger.  Cette  identification  géographique  pour- 
rait leur  suffire,  mais  ils  ont  même  à invoquer,  en  outre,  l’exis- 
tence, affirmée  par  certains  auteurs,  de  vestiges  gallo-romains 
ayant  un  caractère  certain  de  constructions  thermales,  dans  le 
voisinage  des  sources. 

trésor.  Clermont-Ferrand,  1889.  Extrait  du  Bulletin  de  l’Académie  des 
sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Clermont-Ferrand . 


408 


LA  GAULE  THERMALE 


Ai.  Berthier  (1),  chargé  au  commencement  du  dix-neuvième 
siècle  d’une  analyse  de  l’eau  de  Chaudesaigues,  affirmait,  mais 
sans  donner  aucune  preuve,  que  les  Romains  avaient  fréquenté 
ces  sources  et  avaient  bâti  tout  auprès  un  bourg,  pour  lequel 
il  improvisait  meme  le  nom  de  Calcules,  Aquœ. 

D’après  AI.  Laforce  (2),  qui  écrivait  en  1836  : « Dès  qu’on 
fouille  le  sol  à Chaudesaigues,  on  rencontre  à une  petite  pro- 
fondeur des  ruines  considérables;  des  piscines  sont  enfouies 
sous  la  place  publique,  et  on  y a trouvé  des  voûtes  souter- 
raines, des  baignoires  et  des  cabinets  d’étuve;  ces  ruines,  qui 
portent  toutes  un  caractère  romain,  viennent  à l’appui  d’une 
tradition  populaire  qui  voudrait  que,  peu  après  la  conquête 
des  Gaules,  une  colonie  romaine  se  fût  établie  dans  ces 
lieux.  » 

AI.  de  Ribier  du  Châtelet  (3)  est  moins  affirmatif  au  point  de 
vue  de  l’attribution  des  constructions  exhumées  : « Si  l’on  in- 
terroge le  sol,  dit-il,  on  trouve  presque  partout  des  ruines,  de 
vieux  conduits,  des  piscines,  des  baignoires,  des  voûtes  qui 
annoncent  l’existence  de  thermes  anciens,  remontant  proba- 
blement à l’époque  gallo-romaine.  » Et,  plus  loin,  il  ajoute 
(op.  cit.,  t.  III,  p.  160)  : « Dans  les  fouilles  pratiquées  autour  de 
la  fontaine  du  Par,  on  a trouvé  deux  grottes  qui  contenaient 
des  baignoires  romaines  en  lave  volcanique,  une  piscine  attri- 
buée au  même  peuple,  des  vestiges  d’établissements  thermaux 
et  des  monnaies  romaines.  » 

Cependant  l’existence  d’un  Chaudesaigues  gallo-romain  a 
trouvé  un  détracteur  convaincu  dans  l’auteur  d’un  travail  ré- 
cent sur  cette  région,  AI.  Felgères(4).  Pour  lui,  l'ancienne  voie 
romaine  de  Toulouse  à Lyon  laissait  ces  eaux  complètement 
à l’écart;  les  difficultés  d’accès  n’étaient  pas  faites  pour  attirer 
les  baigneurs  dans  ces  gorges  abruptes,  et,  si  les  Romains  se 
hasardèrent  jusque-là,  ils  n’y  séjournèrent  point  et  n’y  firent 

(1)  Journal  des  Mines,  1er  semestre,  1810. 

(2)  Essai  sur  la  statistique  du  département  du  Cantal. 

i(3)  Dictionnaire  historique  et  statistique  du  département  du  Cantal,  1859. 

(4)  Histoire  de  la  baronnie  de  Chaudesaigues. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


409 


aucun  établissement.  Les  piscines,  les  voûtes,  en  grand  appa- 
reil de  pierres  cimentées,  remontent  bien,  d’après  notre  auteur, 
à une  époque  fort  ancienne,  mais  il  se  refuse  à y voir  des 
œuvres  romaines. 

En  résumé,  il  ne  semble  pas  qu'il  ait  jamais  été  fait  à Chau- 
desaigues  de  fouilles  véritables,  méthodiquement  conduites. 
Peut-être  pourrait-on  trouver  à l'aide  de  recherches  de  ce 
genre,  ainsi  que  dans  un  examen  approfondi  du  mode  de 
construction  des  anciens  ouvrages  dont  l’origine  est  ainsi  dis- 
cutée, la  solution  de  cette  controverse,  sinon  au  point  de  vue 
de  la  géographie  comparée,  tout  au  moins  au  point  de  vue 
archéologique. 

Ydes.  — Les  environs  du  village  d’Ydes,  où  sont  exploitées 
deux  sources  d’eaux  minérales  froides,  présentent  de  nom- 
breux vestiges  d’occupation  à l’époque  gallo-romaine,  parmi 
lesquels  il  en  est  qui  se  rattachent  d’une  façon  certaine  à un 
établissement  de  bains. 

Dès  1818,  des  fouilles  faites  au  village  voisin  de  Montfouil- 
loux  faisaient  découvrir  une  lionne-fontaine  en  domite,  ser- 


Fig.  53.  — PLAN  DES  THERMES  D’YDES. 
D’après  une  planche  jointe  au  mémoire  de  M"  de  Ribier. 


vant  de  griffon  à une  source.  En  1821  et  1822,  au  cours  de  ses 
recherches,  M.  de  Ribier  trouva  de  nombreux  débris  de  pote- 
ries, divers  objets,  dont  plusieurs  en  silex,  des  médailles,  etc. 
et,  en  1827,  au  bord  d’une  prairie  qui  a conservé  le  nom  de 


410 


LA  GAULE  THERMALE 


Pral  d’y  bagneyras,  les  fondations  d’un  [véritable  établissement 
thermal,  composé  de  plusieurs  salies,  dont  une  contenait  des 
piliers  de  briques  carrées  distants  deO  m.  33.  Ces  piles  étaient 
encore  droites,  portant  sur  un  pavé  à ciment,  tout  couvert  de 
terre  noire  et  onctueuse.  L’eau  était  amenée  à ces  bains  par  un 
canal  en  ciment,  revêtu  intérieurement  de  briques  (fig.  33)  fi). 

Les  salles  B et  E,  pavées  en  ciment  blanc,  devaient  consti- 
tuer des  piscines,  à l’exception  de  la  partie  D,  qui,  exhaussée 
sur  des  piliers  de  briques  et  munie  de  fourneaux,  pouvait 
remplir  le  rôle  d’étuve.  Il  en  était  certainement  de  même  de  la 
salle  où  figurent  les  lettres  F et  G,  désignant,  la  première  des 
piles  en  briques,  la  seconde,  des  ouvertures  en  briques  prati- 
quées dans  les  murs.  En  H,  est  figurée  une  salle  non  décou- 
verte et,  en  K,  une  ouverture  en  briques  pour  l’écoulement 
des  eaux. 

De  nouvelles  découvertes  ont  eu  lieu  depuis  cette  époque  : 
en  1879,  un  tronçon  de  voie  romaine,  des  débris  de  construc- 
tions et  quelques  fragments  de  céramique,  et,  en  1883,  un 
ensemble  de  travaux  ayant  un  rapport  plus  direct  avec  l’objet 
spécial  de  nos  études.  À cette  époque,  une  fouille  pratiquée 
dans  une  prairie  formant  cuvette  fit  retrouver  un  ancien  puits 
carré  gallo-romain,  boisé  au  moyen  de  rondins  de  chêne  soli- 
dement reliés  par  des  traverses.  Au-dessous  de  ce  puits  il 
avait  été  pratiqué  une  battue  de  mousse  et  d’argile,  destinée 
à faire  remonter  les  eaux  à l’orifice,  d’où  elles  s’échappaient 
par  un  tronc  d’arbre  taillé  en  forme  de  bac.  Quelques  débris 
de  poteries  ont  été  recueillis  aux  alentours  (2). 

A Vic-sur-Cère,  des  fouilles  opérées  au  commencement  du 
dix-huitième  siècle,  sur  l’emplacement  de  la  source  minérale, 
par  un  médecin  de  Murat,  M.  de  Boria,  amenèrent  la  décou- 
verte de  vestiges  de  constructions  gallo-romaines  et  de  mé- 

(1)  J.-B.  de  Ribier,  Mémoires  sur  les  fouilles  et  découvertes  faites  dans 
l’arrondissement  de  Mauriac  (Cantal),  en  1822,  1823  et  1 827 . Mémoires 
de  la  Société  des  antiquaires,  t.  VIII,  1829. 

(2)  Docteur  de  Ribier,  Ydcs:  son  histoire;  ses  eaux  minérales,  1901. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


411 


dailles  à l’effigie  des  empereurs  Auguste,  Claude,  Vespasien, 
Dioclétien,  Maximin  et  Licinius  (1).  D’autres  médailles  et  des 
vases  antiques  furent  encore  retirés  pendant  les  travaux  exé- 
cutés en  1829  (2). 

En  terminant  cette  revue  des  eaux  minérales  de  l’Auvergne, 
je  dois  en  signaler  encore  quelques-unes,  dont  l’utilisation  à 
l'époque  gallo-romaine  peut  sembler  très  problématique,  mais 
que  le  désir  d’être  aussi  complet  qu’il  est  possible  de  l’être  en 
pareille  matière  ne  me  permet  pas  de  passer  sous  silence. 

M.  Bouillet  (3)  signale  la  découverte,  en  1850,  aux  Roches, 
près  de  Chamalières,  où  existe,  dit-il,  une  très  belle  source 
d’eau  minérale,  de  poteries  du  quatrième  siècle,  de  médailles  du 
Bas-Empire,  de  Constance,  de  Constantin^  de  Maximin,  etc.,  ce 
qui  ferait  penser  que  là  était  un  établissement  déjà  ancien. 

D’après  M.  Mathieu  (4),  près  des  sources  minérales  de 
Mèdagues,  s’élevait  un  vaste  bâtiment  dans  les  ruines  duquel 
on  a recueilli  des  médailles  du  Haut-Empire,  des  vases,  des 
figurines  et  des  clés  romaines. 

Je  n’ai  pu  avoir  de  renseignements  plus  complets  sur  les 
découvertes  si  brièvement  mentionnées. 

Les  eaux  de  Chatel-Guyon,  d’après  le  docteur  Macquarie, 
auraient  été  connues  et  utilisées  des  Romains,  comme  le  prou- 
verait la  découverte  d’anciennes  piscines  et  d’autres  vestiges 
de  l’époque  gallo-romaine.  Je  n’ai  pu  trouver  la  confirmation 
de  ces  trouvailles,  et  il  semblerait  plutôt  résulter  d’autres 
indications  qu’on  n’a  rencontré  à Châtel-Guyon  aucune  ruine 
susceptible  d’être  rattachée  à la  période  qui  nous  occupe  (5). 


(1)  Vicomte  de  Miramon-Fargues,  Vic-sur-Cère  et  ses  environs,  1899. 

(2)  De  Ribier  du  Châtelet,  Dictionnaire  historique  et  statistique  du  dé- 
partement du  Cantal , 1859,  t.  I,  p.  446. 

(3)  Description  archéologique  des  monuments  celtiques,  etc.  Mémoires 
de  l’Académie  de  Clermont,  1874,  p.  23. 

(4)  De  la  position  d’Aquis  Calidis  sur  la  Table  de  Peulinger,  1859. 

(5)  Nivet,  Dictionnaire  des  eaux  minérales  du  département  du  Puy-de- 
Dôme.  Annales  scientifiques,  littéraires  et  industrielles  de  V Auvergne, 
t.  XVIII,  1845  : « On  no  trouve  à Châtel-Guyon  aucune  ruine  qui  rap- 
pelle l’époque  romaine.  » 


412 


LA  GAULE  THERMALE 


Les  sources  thermales  de  Sainte-Marguerite  sourdent  sur  le 
bord  de  l'Ailier,  au  pied  de  la  montagne  de  Saint-Romain  et 
dans  le  lit  meme  de  la  rivière.  Nous  avons  vu  déjà  qu’une 
opinion,  absolument  inadmissible  d’ailleurs,  inclinerait  à placer 
en  ce  lieu  les  Aquæ  Calidæ  de  la  Table  de  Peutinger.  Si  rien 
ne  justifie  cette  attribution,  il  ne  semble  pas  moins  résulter  du 
passage  suivant  de  l’ouvrage  déjà  cité  du  docteur  Nivet  que 
des  constructions  anciennes,  remontant  probablement  a 
T époque  romaine,  auraient  exis  té  près  des  sources  : 

« Elles  ont  eu  jadis  une  grande  vogue.  Des  restes  d’édifices 
existaient  encore  auprès  de  ces  eaux;  ils  annonçaient  qu’elles 
ont  alimenté,  à une  épocpie  inconnue,  mais  fort  reculée,  un 
établissement  thermal  d’une  certaine  importance.  Jean  Banc 
nous  a laissé,  sur  ce  fait,  des  documents  curieux  et  que  nous 
allons  reproduire  : « La  masse  des  murailles  toute  cimentée, 
qui  est  en  lieu  déclive  de  ce  voysinage,  marque  plustot  avoir 
esté  adjencée  autresfois  pour  un  bain  que  pour  un  moulin,  au 
contraire  de  ce  que  beaucoup  de  voysins  du  lieu  croyent  : ce 
qui  me  le  fai  et  juger  ainsi  est  la  descouverture  des  canaux, 
qu’on  voit  tous  les  jours  propres  à l’usage  desdicts  bains  na- 
turels, lesquels  en  quelque  lieu  paraissent  entiers  de  terre 
cuite  et  en  d’autres  rompuz  et  usez  par  leur  vieillesse  et  cadu- 
cité; tous  lesquels  servent  à conduire  partie  desdictes  eaux 
bien  près  d’un  vuide,  dans  lesquel  toutes  sont  reçues  en  l'en- 
clos desdictes  murailles,  que  je  crois  qui  servaient  de  bain  an- 
ciennement. » 

Comme  le  granit  est  presque  partout  à nu  autour  des  fon- 
taines de  Sainte-Marguerite,  on  doit  supposer  que  l'Ailier  a 
entraîné  les  constructions  décrites  par  Jean  Banc,  car  nous 
n’en  avons  pas  trouvé  la  moindre  trace,  r 


CHAPITRE  Y 


Région  du  Centre. 

Evaux.  — Les  sources  chaudes  - qui  jaillissent  à 5 ou 
600  mètres  de  la  petite  ville  d’Évaux  (1)  étaient  utilisées  par 
les  anciens  dans  un  établissement  construit  sur  une  sorte  de 
plateforme  entaillée  dans  le  flanc  d’une  gorge  rocheuse,  si 
bien  nivelée  ensuite  par  le  temps  que  Le  Vayer,  parlant  de 
ces  eaux  en  1698,  disait  « que  leur  source  n’avait  été  honorée 
d’aucun  édifice  public,  et  n’avait  d’autre  bassin  que  celui  des 
rochers  qui  l’environnaient.  » Cependant  la  tradition  subsis- 
tait d’un  riche  édifice  qui  aurait  existé  autrefois  à Évaux. 
L’auteur  d’une  Vie  de  saint  Martial , qui  écrivait  au  dix-sep- 
tième siècle,  rapportait,  d’après  une  compilation  des  anciennes 
archivés  de  l’abbaye  de  Saint-Martial  de  Limoges,  que  « le 
proconsul  Duratius  avait  fait  construire  et  paver  de  marbre, 
en  l'honneur  d’Auguste,  les  bains  chauds  d’Évon  ou  d’Hé- 
vaux  »,  et  la  gorge  où  les  eaux  prennent  naissance  avait  con- 
servé le  nom  de  lieu  des  Bains. 

Au  commencement  du  siècle  dernier,  Barailon  (2)  avait 
déjà  reconnu  l’existence  de  certains  .débris  antiques  : « Les 
aqueducs  qui  conduisent  l’eau  dans  deux  bassins,  le  bain  des 
pauvres,  les  différentes  séparations  qui  subsistent  dans  le 
bassin  inférieur,  le  nom  de  César  que  porte  un  des  puits,  sont 
autant  d’ouvrages  romains.  L’aqueduc  qui  entretient  la  fon- 

(1)  Le  nom  antique  d’Évaux  devait  être  Iuvavum,  certainement  en 
rapport  avec  le  nom  de  son  dieu  topique  Ivao.  Jusqu’au  commencement  du 
treizième  siècle,  le  nom  fut  Evaunum,  Evau;  depuis  cette  époque  jus- 
qu’au milieu  du  dix-septième  siècle,  on  lui  substitua  celui  d ’Evaonum, 
Evaon,  et  le  nom  d’Évau  reparut  depuis  4671.  (De  Cessac,  Note  sur  le 
nom  de  la  ville  d’Evaux.  Revue  celtique,  t.  YI,  p.  260  et  suiv.) 

(2)  Recherches  sur  les  peuples  Cambiovicenses  de  la  carte  thèodosienne . 
dite  de  Peutinger , 1806. 


414 


LA  GAULE  THERMALE 


laine  de  Rentière  est  également  de  cette  nation . On  rencontre,  en 
creusant  dans  une  terre  attenant  aux  bains,  des  débris  de  poterie 
et  de  terra  campana,  de  celle  qui  est  vernissée  avec  du  mica,  de 
petits  carreaux  de  marbre  et  des  ouvrages  de  tuilerie  romaine.  » 
C’est  au  cours  des  fouilles  exécutées  de  1831  à 1817  pour  la 
construction  de  Rétablissement  actuel  que  furent  faites  les 
découvertes  qui  ont  permis  de  se  rendre  compte  de  l’ampleur 
des  travaux  exécutés  par  les  Romains  dans  ce  coin  des  Gaules, 
et  qui  donnent  une  idée  très  nette  du  procédé  le  plus  fré- 
quemment employé  par  eux 
pour  le  captage  des  eaux  ther- 
males (fi g.  54). 

Lorsque  les  Romains  décou- 
vrirent les  sources,  elles  de- 
vaient suinter  confusément,  le 
long  de  la  paroi  rocheuse  d’un 
ravin,  surtout  en  c’,  d’ et  e’. 
Leurs  ouvriers  ont  commencé 
par  mettre  les  griffons  à nu  en 
découpant,  sur  près  de  dix  mè- 
tres de  haut,  dans  le  fond  rocheux  du  ravin  où  suinte  la  source, 
un  espace  d’une  soixantaine  de  mètres  de  côté:  puis,  sur  cet 
espace  nivelé  au  moyen  de  béton  de  tuileaux  noyés  dans  du 
ciment  atteignant,  par  endroits,  3 m.  50  de  puissance,  ils  cap- 
tèrent les  cinq  principaux  points  d’émergence  dans  autant  de 
puits  maçonnés  de  trois  à quatre  mètres  de  profondeur,  descen- 
dant depuis  la  surface  du  béton  jusqu’à  la  roche  en  place  : le 
radier  en  béton  qui  réunissait  ces  puits  avait  pour  effet  de 
créer,  sur  tous  les  points  autres  que  les  puits,  une  charge  for- 
çant l’eau  à sortir  tout  entière  par  ces  orifices. 

Les  puits  étaient  reliés  les  uns  aux  autres  et  rattachés  à des 
piscines  par  tout  un  système  d’aqueducs  et  de  caniveaux;  il 
existait  aussi  de  simples  tuyaux  de  plomb  noyés  dans  le  béton 
formant  cheminées  au-dessus  de  griffons  accessoires  ( fi  g.  55  > I ). 


Fig.  54.  — COUPE  THÉORIQUE  DU 
CAPTAGE  ROMAIN  A ÉVAUX. 

D’après  M.  l’ingénieur  De  Launay. 


(1)  Ces  détails  sur  les  travaux  de  captage  d’Évaux  sont  empruntés  à 


Désignation  des  Sources  : 


1 Source  de  César 

2 — d‘_  del'Eecalia 

3 — d"  _ du  "Rocher 
t — d'_  Nouvelle 
5 d“ — des  Galeux 

® — d" des  Pauvre» 

1 — dc_  du  Chemin 

® <l#—  du  Petit-Comet  /puits  nom  décorrva’ t ! 

9  — d*  _ du  "Bassin  Carré  fJO  sources) 

10  — d" — du  Puits  du  Milieu 

11  — <3° du  Bain  de  Vapeur 

.12  ■_  d‘ — de  la  Piscine  Ronde  source»  KCaldannai) 

■13  - d.’—  Belamarre 

1^  — d*—  dite  Petite  Sotirce 

13  - d*_  d’Auguste 

16  d*  du  Puit6-1  osange 


11  Source  Su  Maine 
16  d' "de.Duratius 

19  — d” — du  Puits-Triangulaire 

20  — df  du  .Puits  -Ovale 

21  ' -_d‘ — du.  Puits-Octogone 

22  — d" — du  Bassin  Ovale  1 5 sources  ) 

23  — d"_  de  la  Margelle 

•2%  — d!*_  Desglaudes  >2  sources) 

26  — d* de  Rome-NoTd 

26  d"  de  Rome-Sud 

21  d*  des  Jeunes  Filles 

28  d”  du  Ruisseau 

23  Bassinj  tiède  ( Tepidarium i 
80  Piscine  fraide  CFrigidahum) 

31  Ancienne  Baignoire  romaine 
V Bain  de  Vapeur  de  l'Etablissement  actuel 
O Nouvelle  Source  froide  dite  du  Parc 


Fig.  00.  — PLAN  DES  THERMES  d’ÉVAUX,  ÉTAT  ACTUEL. 

Les  bassins  numérotés  10,  12,  29  et  30  sont  les  anciennes  piscines  de  l’établissement  gallo- 
romain.  En  31,  est  une  baignoire  romaine.  Les  parties  grisées  sont  celles  où  a été 
reconnu  le  béton  romain  entourant  les  sources. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


417 


On  peut  encore  voir  aujourd’hui,  apparent  sur  certains 
points,  le  captage  ancien,  qu’on  s’est  contenté  d’utiliser  et  qui 
a servi  de  hase  pour  les  travaux  modernes. 

Parmi  les  piscines  rendues  au  jour,  l’une,  la  piscine  ronde, 
dallée  de  marbre,  était  alimentée  par  trois  sources  situées  sur 
les  bords,  et  s’écoulant  par  des  tuyaux  convergeant  vers  le 
centre,  où  était  placée  une  statuette  en  argent.  On  y descen- 
dait par  quatre  escaliers  placés  aux  quatre  points  cardinaux. 
Trois  autres  bassins,  en  forme  de  carrés  longs,  complétaient 
l’ensemble  des  piscines.  L’un  d’eux,  parallèle  au  rocher  du 
nord,  pavé  de  marbre  et  de  pierre  blanche,  devait  être  une 
piscine  destinée  à la  natation  (fig.  56).  D’après  Coudert-Lavil- 
latte  (op.  cil.),  les  murailles  qui  l’environnaient,  construites 
en  petit  appareil  romain,  subsistaient  encore  en  partie;  elles 
devaient  supporter  une  voûte  et  l’on  remarquait  encore  la 
naissance  des  grandes  fenêtres  destinées  à éclairer  cette  vaste 
salle. 

Outre  les  piscines,  les  fouilles  firent  découvrir  plusieurs 
grandes  baignoires  en  marbre  à larges  bords  renversés,  qui 
furent  brisées  lorsqu’on  les  arracha  du  sol  où  elles  étaient 
enchâssées  et  mises  en  morceaux.  O11  voit  cependant  encore 
en  place  les  restes  d’une  baignoire  de  quatre  mètres  de  lon- 
gueur dallée  de  marbre. 

Des  tronçons  de  colonnes,  de  larges  moulures  munies  de 
leurs  angles  et  de  figures  d’applique  sculptées  en  haut  relief, 
un  important  morceau  de  frise  en  marbre  blanc  portant  quel- 
ques lettres  d’une  inscription  trop  mutilée  pour  qu’on  puisse 
en  tenter  la  restitution,  font  présumer  l’existence  d’un  édifice, 
avec  façade  à colonnade  surmontée  d’un  fronton  triangluaire, 
dans  lequel  on  a voulu  voir  un  temple.  « Aucun  indice 
assez  important,  dit  M.  Fillioux  (op.  cit.),  ne  peut  nous  faire 

l'étude  de  L.  de  Launay,  Les  Sources  thermales  de  Néris  et  d'Evaux. 
Annales  des  Mines,  9e  série,  t.  YII,  1895. 

Consulter  également  sur  cette  station  : Coudeut-Lavillatte,  Les  Bains 
d'Evaux.  Mémoires  de  la  Société  des  sciences...  de  la  Creuse,  1838- 
1847;  et  A.  Fillioux,  Les  Thermes  d’Evaux;  même  publication,  t.  IV, 
2e  Bulletin,  1873. 


27 


418 


LA  GAULE  THERMALE 


connaître  la  distribution  intérieure  de  ces  thermes;  tout  au 
plus  peut-on  présumer,  par  la  façon  dont  sont  groupées  les 
piscines,  qu’elles  étaient  comprises  dans  un  vaste  parallélo- 
gramme, encadrant  un  impluvium  ou  cour  intérieure,  au  fond 
de  laquelle  s’élevait  le  temple  que  nous  avons  essayé  de 
restituer.  » 

Quelle  qu’ait  été  la  disposition  de  l’édifice  thermal  d’Évaux, 
les  nombreux  échantillons  des  revêtements  intérieurs  trouvés 
dans  les  ruines,  et  dont  un  assez  grand  nombre  figurent  au 
musée  de  Guéret,  montrent  qu’il  devait  être  d’une  richesse 
tout  à fait  exceptionnelle.  C’étaient  des  marqueteries  exécu- 
tées en  marbres,  brèches  ou  porphyres  des  sortes  les  plus 
rares  et  les  plus  curieuses,  d’une  grande  variété  de  couleurs, 
et  pour  la  plupart  empruntés  à des  régions  lointaines.  Destinés 
à être  appliqués  sur  des  enduits,  ces  placages  étaient  débités 
en  feuilles  très  minces,  dont  les  plus  épaisses  n’attei- 
gnent guère  qu’un  centimètre.  C’étaient  aussi  des  mosaïques, 
les  unes  simplement  fabriquées  avec  des  cubes  de  terre  cuite 
ou  de  pierre;  d’autres,  plus  riches,  avec  des  cubes  de  matière 
vitrifiée,  et,  enfin,  des  panneaux  dont  l’ornementation  était 
constituée  par  des  coquillages  incrustés. 

Outre  les  objets  dont  nous  avons  déjà  parlé  : statuette  en 
terre  cuite,  fragments  de  sculptures  et  patères  en  bronze,  les 
fouilles  d’Evaux  ont  amené  la  découverte  d’un  assez  grand 
nombre  d’objets  divers  : médailles,  fragments  de  poteries  et 
de  vases  en  verre,  instruments  en  bronze,  qui  ont  malheureu- 
sement été  dispersés,  emportés  par  des  baigneurs  et  des 
curieux.  Parmi  les  restes  ainsi  découverts,  nous  en  signale- 
rons deux,  outre  de  nombreux  fragments  de  tuyaux  en  plomb 
et  en  cuivre,  qui  paraissent  avoir  été  en  rapport  direct  avec 
l’exploitation  des  eaux  thermales  : c’est  d’abord  un  objet  en 
plomb  de  forme  quadrangulaire,  ayant  0 m.  20  centimètres  de 
côté,  et  creux  au  dedans,  qu’on  a présumé  avoir  servi  à une 
pompe  (1),  et  un  mascaron  en  bronze,  de  0 ni.  18  de  hauteur, 


(1)  GueiPO,  op.  cil.,  p.  316. 


E V A U X.  SOURCES  ET  PISCINE  RONDE 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


421 


cFun  très  beau  travail,  représentant  une  tête  de  dieu  marin  à 
large  barbe  flottante.  La  bouche  ouverte,  comme  pour  laisser 
passage  à un  tuyau,  permet  d’y  reconnaître  un  ornement  de 
fontaine,  du  genre  de  ceux  qu’on  nomme  des  gueulards  (1). 

Néris.  — Sans  aller  jusqu’à  voir  dans  Néris,  comme  l’a  fait 
son  plus  récent  historiographe  (2),  la  capitale  des  Gaules,  il 
n’est  pas  douteux  qu’il  y eut,  aux  temps  gallo-romains,  autour 
de  ces  sources  chères  aux  rhumatisants  et  aux  neurasthé- 
niques, non  pas  seulement  un  simple  établissement  thermal, 
mais  une  véritable  ville,  possédant  son  organisation  complète, 
avec  des  aqueducs,  des  temples,  des  palais,  des  établissements 
militaires,  dont  de  nombreux  vestiges  ont  permis  de  tracer  le 
plan  et  de  restituer  l’ensemble  avec  une  assez  grande  précision. 

Jean  Banc  (3),  rattachant  le  nom  de  Néris  aux  traditions 
mythologiques,  n’hésitait  pas  à le  faire  dériver  des  Néréides. 
Boirot-Desserviers,  et  nombre  d’autres  avec  lui,  voient  dans 
Néron  le  fondateur  de  la  ville,  à laquelle  il  aurait  donné 
son  nom.  Faut-il  ajouter  que  rien  ne  vient  étayer  cette  affir- 
mation et  qu’il  est  bien  plus  probable  que  le  nom  de  Néron 
fut  accolé  après  coup  à celui  d’un  lieu,  riche  en  restes  antiques, 
avec  laquelle  il  avait  une  certaine  affinité.  Greppo  avait  émis 
l’idée  que  cette  dénomination  pouvait  venir  d’un  fondateur  ou 
restaurateur  des  thermes,  appartenant  à une  famille  Nerius, 
dont  nous  possédons  des  médailles  consulaires,  hypothèse 
acceptée  par  Forichon.  Il  semble  infiniment  plus  simple  et 
plus  rationnel  de  faire  dériver  le  nom  du  Viens  Neriomagensis  de 
celui  de  son  dieu  topique,  Nerius,  et  je  crois,  d’ailleurs,  que  la 
question  n’est  meme  plus  discutée  sérieusement  aujourd’hui  (4). 

(1)  Fillioux,  op.  cil.,  p.  203. 

(2)  Moreau  de  Néris,  Néris,  capitale  des  Gaules.  Les  eaux  de  beauté,  1902. 

(3)  Les  admirables  vertus  des  eaux  naturelles  de  Pougues,  Bourbon  et 
autres  renommées  de  France,  en  faveur  des  malades  qui  ont  recours  à leurs 
salutaires  emplois,  1618.  — La  Mémoire  renouvellée  des  merveilles  des  eaux 
naturelles  en  faveur  de  nos  Nymphes  françoises  et  des  malades  qui,  ont 
recours  à leurs  emplois  salutaires,  4 605. 

(4)  « Puisque  Nerios,  dit  M.  Mowat,  est  un  nom  de  divinité  et  que 
magus  est  un  mot  gaulois  qui  signifie  certainement  campus,  il  s’ensuit 
que  Neriomagus  veut  dire  : terrain  consacré  au  dieu  Nerius.  » 


422 


LA  GAULE  THERMALE 


Néris  a eu  la  bonne  fortune  d’être  tout  particulièrement  et  très 
soigneusement  étudié.  Si  ses  monuments  ont  disparu  à peu  près 
complètement  aujourd’hui,  les  relevés  exacts  qui  ont  été  faits 
lorsque  leurs  vestiges  ont  revu  le  jour,  ainsi  que  les  études  sé- 
rieuses dont  ils  ont  été  l’objet  (1),  en  ont  conservé  tout  au 
moins  le  souvenir  et  permettent  de  se  rendre  compte  de  ce 
que  fut,  au  temps  de  sa  plendeur,  une  importante  station 
thermale  gallo-romaine,  groupant  autour  des  sources  des  édi- 
fices de  toute  nature.  A ce  titre,  nous  consacrerons  à Néris  un 
examen  un  peu  plus  prolongé,  et,  après  nous  être  occupés 
de  la  partie  thermale  proprement  dite,  nous  dirons  quelques 
mots  des  autres  monuments  qui  concoururent  à son  existence 
de  grande  ville  d’eaux. 

Le  captage  des  sources,  ou  plutôt  de  la  source,  car  les  diffé- 
rents puits  ne  sont  que  les  bouches 
d’émergence  d’une  seule  nappe 
minérale,  avait  été  opéré  cà  l’en- 
droit où  s’élève  aujourd’hui  le 
petit  établissement,  et  fut  reconnu 
en  1832.  Il  était  constitué  par  une 
fosse  poursuivie  jusqu’au  granit, 
sur  l’émergence  de  la  source,  et 
revêtue  d’une  couche  de  béton 
dans  laquelle  étaient  pratiqués 
cinq  puits  circulaires,  l’un  placé 
au  centre  et  les  autres  aux  quatre 
points  cardinaux,  et  deux  fosses 
rectangulaires,  dans  lesquelles  venaient  se  rendre  les  eaux  de 
ces  différents  puits  (fig.  57)  (2).  « Tout  l’intervalle  qui  sépare 

(1)  Boirot-Desserviers,  Recherches  historiques  et  observations  médicales 
sur  les  eaux  thermales  et  minérales  de  Néris-en-Bourbonnais,  1822.  — 
Foriciion,  Monuments  de  l’antique  Néris,  1859.  — Tudot,  Elude  sur  la- 
ville  antique  de  Néris,  1861.  — Esmonnot,  Néris.  Viens  Neriomagus.  Re- 
cherches sur  scs  monuments.  — Lenoir,  Néris  : son  histoire,  ses  monu- 
ments. L’Ami  des  monuments  et  des  arts,  t.  I,  II  et  III.  — Moreau 
de  Néris,  op.  cit. 

(2)  De  Launay,  Les  Sources  thermales  de  Néris  et  d’Évaux.  Annales 
des  Mines,  9e  série,  t.  VII,  1895. 


Fig.  57.  — schéma  des  puits 
de  néris. 

a.  a.  a.  a.  Puits  circulaires. 

b.  b.  Puits  rectangulaires. 

C.  C.  Tuyaux  en  plomb. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  423 

ces  sept  puits,  dit  Forichon  (op.  cit.),  était,  que  dis-je,  est 
recouvert  d’un  béton  poli  en  ciment  impénétrable,  c’est-à-dire 
d’un  terris  d’une  belle  couleur  brique.  Des  tuyaux  en  plomb 
de  huit  à neuf  pouces  de  diamètre,  couchés  sous  ce  béton, 
partaient  des  puits  carrés  pour  se  rendre  à l’établissement  et 
l’abreuver...  On  circulait  donc  en  marchant  sur  le  dallage  en 
ciment  dont  nous  venons  de  parler,  autour  des  puits  où  les 
eaux  montaient  et  descendaient  librement;  on  ne  s’occupait 
d’elles  que  dans  les  deux  carrés,  leurs  rendez-vous.  » 
Joignant  presque  immédiatement  les  puits,  se  trouvaient 
des  bassins  dallés  de  marbre,  qui,  plus  ou  moins  dégradés  et 
restaurés  au  cours  des  âges,  ont  subsisté  jusqu’au  dix-neu- 
vième siècle.  Les  auteurs  des  seizième  et  dix-septième  siècles, 
Nicolas  de  Nicolay  (1569),  Aubery  (1604),  Jean  Banc  (1618), 
les  ont  vus  et  nous  ont  donné  des  descriptions  parfaitement 
concordantes  de  ces  piscines  en  forme  de  polygone  irrégu- 
lier plus  long  que  large,  « environnées  par  le  dedans  de  trois 
rangs  de  grandes  marches  en  degrés  de  pierre  à la  mode  d’un 
théâtre  pour  servir  de  sièges  à ceux  qui  s’y  baignent  »,  dallées 
de  marbre  et  traversées  par  des  murs  séparatifs  percés  pour 
permettre  la  circulation  des  eaux  chaudes. 

Au  nord  de  l’extrémité  de  ce  bassin,  et  à peu  de  distance, 
s’élevait  le  principal  édifice  thermal.  Les  restes  en  furent 
découverts  en  1819,  lors  des  travaux  exécutés  pour  asseoir  le 
nouvel  établissement.  L’ingénieur  Lejeune,  chargé  de  ces  tra- 
vaux, reconnut  des  piscines  et  des  étuves  qu’il  signala  dans 
son  rapport,  reproduit  dans  l’ouvrage  d’Esmonnot  cité  plus 
haut.  Le  docteur  Boirot-Desserviers,  qui  suivit  de  près  tous 
les  travaux  de  fouilles,  nous  en  a laissé  une  description  très 
complète.  Cette  étude  a été  poursuivie  et  rectifiée  sur  certains 
points  par  les  divers  auteurs  qui  ont  écrit  sur  Néris,  et  plu- 
sieurs plans,  publiés  par  de  Caumont  (1),  Esmonnot  et  de 
Launay,  nous  donnent  une  idée  assez  précise  de  ce  que  devait 
être  ce  grand  établissement,  en  laissant  de  côté,  bien  entendu, 

(1)  Abécédaire  d’archéologie.  Ere  gallo-romaine,  1870,  p.  178. 


424 


LA  GAULE  THERMALE 


les  attributions  par  trop  précises  de  certains  auteurs  désireux 
d identifier  chaque  pièce  remise  au  jour  avec  quelqu'un  des 
éléments  constitutifs  des  thermes  classiques  décrits  par 
Vitruve  ou  d’autres  auteurs  anciens. 


\\ 


Fig.  58.  — PLAN  DU  PREMIER  ÉTABLISSEMENT  DE  NÉRIS. 
D'après  le  plan  d'Esmonnot. 


Ce  premier  édifice  thermal  de  Néris  comprenait  essentielle- 
ment deux  pièces,  l’une  ronde,  l’autre  carrée,  ayant  proba- 
blement servi  de  piscines,  encadrées  de  portiques  latéraux. 
Ensuite  venaient  plusieurs  salles,  dont  une  circulaire,  flan- 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


425 


quée  de  quatre  niches,  salles  qui,  par  leur  disposition,  indi- 
quent une  série  d’étuves,  probablement  à températures  variées. 
Deux  autres  salles  de  bains,  précédées  chacune  d’une  pre- 
mière pièce,  flanquaient  les  étuves  à droite  et  à gauche,  dans 
le  prolongement  des  portiques  latéraux  (fig.  58). 

Les  piscines,  construites  en  pierre  de  taille,  étaient  entou- 
rées de  gradins  et  pavées  de  plaques  de  marbre  blanc  reposant 
sur  un  béton  de  six  à sept  pouces,  appuyé  sur  un  mortier  de 
même  dimension  juxtaposé  au  rocher.  Le  système  de  chauffage 
des  étuves  se  composait  d’une  série  de  tuyaux  carrés  en  terre 
cuite,  placés  verticalement  à côté  l’un  de  l’autre,  dans  les 
murs  du  pourtour,  communiquant  entre  eux  par  des  ouver- 
tures latérales  et  plongeant  par  le  bas  dans  un  vide  qui  occu- 
pait toute  l’étendue  de  la  salle  entre  le  plancher  de  marbre  et 
le  sol.  L’eau  chaude  arrivait  par  des  tuyaux  dans  ce  vide  divisé 
par  une  série  de  piliers  de  briques,  espacés  de  0 m.  60,  et 
formait,  dans  ces  sortes  de  cheminées,  des  courants  de  va- 
peur (1). 

L’eau  des  sources  était  amenée  dans  ces  thermes  par  un 
grand  aqueduc  souterrain,  de  1 m.  70  de  profondeur  sous 
voûte  et  de  0 m.  80  de  largeur.  La  vidange  des  eaux  s’opé- 
rait à l’aide  d’aqueducs  courant  le  long  des  façades  latérales, 
recueillant  la  décharge  des  bains  et  allant  la  déverser  dans  un 
canal  entrecoupé  d’écluses,  destinées  peut-être  à régler  leur 
distribution  en  vue  d’autres  ouvrages. 

L’une  des  façades  latérales,  tout  au  moins,  était  ornée  d’une 
colonnade,  dont  quelques  magnifiques  chapiteaux  composites, 
appartenant  à la  plus  brillante  époque  de  l’art,  ont  été 
retrouvés,  en  parfait  état  de  conservation,  dans  le  fossé  formé 
par  l’aqueduc  de  ceinture.  Le  prolongement  de  ce  portique, 
entrevu  au  cours  des  premiers  travaux,  a été  découvert  lors 
de  fouilles  faites  en  1865,  pour  la  construction  de  nouveaux 
bassins  de  réfrigération.  L’ensemble  de  l’édifice  devait  d’ail- 
leurs être  d’une  rare  magnificence  (2),  si  l’on  en  juge  par  la 

(1)  De  Launay,  op.  cit. 

(2)  « J’ai  recueilli  avec  soin  les  espèces  de  marbre  suivantes  : marbre 


426 


LA  GAULE  THERMALE 


4 


quantité  d’échantillons  de  marbre  précieux  recueillis  au  cours 
des  travaux  par  le  docteur  Boirot-Desserviers  (1). 

En  1840,  un  autre  établissement,  dont  les  ruines  n’étaient 


pas  très  profondément  enfouies  (2),  fut  mis  à jour  sur  le  pro- 
longement de  la  ligne  du  ruisseau  thermal,  dans  une  prairie 


située  derrière  l’ancien  théâtre,  à la  base  de  la  légère  éminence 


qui  portait  un  camp  ancien.  « L’ensemble  de  l’édifice,  dit 
Lenoir  (op.  cit.),  présentait  un  carré  de  40  mètres  de  côté;  une 
grande  piscine,  entourée  de  bancs,  et  mesurant  30  mètres  sur 
20  mètres,  était,  par  trois  de  ses  côtés,  environnée  de  galeries 
de  3 mètres  de  largeur  et  formées  de  colonnades;  trois  piscines 


blanc  statuaire,  imitant  ceux  de  Paros  et  de  Carrare;  marbre  fin  et  rou- 
geâtre; marbre  crystallin  rubanné  très  beau;  marbre  blanc  veiné  lilas; 
marbre  serpentino-antique  ; marbre  rubo-antique  ; marbre  vert  antique  ; 
marbre  bleu  veiné;  marbre  porphyre  rouge  antique;  marbre  noir 
rubanné;  marbre  jaune  citron,  etc.  » 

(1)  Le  docteur  Boirot-Desserviers  avait  proposé  un  projet  d’édification 
des  nouveaux  thermes,  qui  aurait  permis  de  conserver  le  souvenir  des 
anciennes  dispositions.  Sa  proposition  ne  lut  pas  écoutée,  mais  il  est 
intéressant  de  la  rappeler,  car  elle  témoigne  d’un  souci  des  choses  de 
l’antiquité,  rare  en  1822,  et  qui  serait  encore  bien  peu  commun  et  pro- 
bablement aussi  mal  accueilli,  de  nos  jours.  « Je  proposai,  dit-il,  le 
déblai  général  et  l’anatomie  de  tout  le  plateau,  afin  d’être  à même  de 
juger  de  la  plus  ou  moins  grande  perfection  des  thermes  romains  et  de 
leur  distribution,  de  changer  l’axe  du  nouveau  bâtiment  thermal,  de 
conserver  en  tout  ou  partie  la  nombreuse  série  de  piscines,  de  instaurer 
les  laconicum  qui  se  trouvaient  à leur  suite,  édifices  uniques  en  ce  genre 
aujourd’hui,  et  de  pratiquer  des  cabinets  de  bains,  comme  on  se  pro- 
pose de  le  faire,  sur  les  façades  latérales.  L’élévation  actuelle  des  sources 
et  leur  abondance  permettaient  facilement  cette  curieuse  combinaison  ; 
on  aurait  eu  le  sublime  avantage  de  réunir  l’antique  avec  le  moderne,  et 
d’exposer  au  grand  jour  la  grandeur  et  la  profondeur  du  goût  de  leurs 
auteurs  respectifs.  * 

« Les  sommes  qu’on  aurait  pu  consacrer  à cette  rectification  et  res- 
tauration n’auraient  pas  été  aussi  considérables  que  celles  qu’on  destine 
au  monument  français  ; à supposer  même  qu’elles  les  eussent  dépassées, 
quelles  différences  pour  les  résultats  1 En  fait  d’établissements  publics, 
chez  une  nation  grande,  généreuse , jalouse  de  la  gloire  des  arts,  pro- 
fonde admiratrice  de  celle  des  autres  peuples,  toute  économie  qui  tend  à 
saccager  pour  la  troisième  fois  des  monuments  antiques,  et  à les  ense- 
velir pour  jamais,  ne  peut  qu’obtenir  ses  reproches  et  les  regrets  de  la 
postérité.  » 

(2)  Il  en  existe  un  plan  dans  l’Abécédaire  archéologique  de  de  Càumont, 
Ere  gallo-romaine,  p.  180.  Un  autre  plan,  plus  complet,  dessiné  par  un 
architecte,  M.  Lusson,  lors  de  la  découverte  du  monument,  a été  publié 
dans  Y Ami  des  monuments  et  des  arts,  t.  II,  p.  US. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  427 

beaucoup  plus  petites  que  la  première  occupaient  la  partie 
septentrionale  de  celle-ci  : la  piscine  placée  au  milieu  d’elles 
était  circulaire  et  inscrite  dans  une  construction  carrée  dont 
les  angles  rentrants  étaient  occupés  par  quatre  niches  ouvertes 
du  côté  de  la  piscine  centrale  dans  laquelle  l’eau  était  retenue 
par  une  suite  de  gradins.  Latéralement,  et  des  deux  côtés  de 
cette  partie  occupant  le  milieu,  étaient  deux  autres  bassins  de 
forme  oblongue  entourés  de  gradins  et  décorés  l’un  et  l’autre 
d’une  niche  pratiquée  dans  le  mur  du  fond.  » 

Cet  établissement  devait  être  alimenté  d’eau  ordinaire  par 
les  grands  aqueducs  dont  nous  parlerons  tout  à l’heure. 
Quant  à l’eau  minérale,  elle  y était  vraisemblablement  con- 
duite par  un  aqueduc  contenant  un  tuyau  de  plomb  de 
24  centimètres  de  diamètre,  qui  partait  des  sources  et  se 
dirigeait  vers  le  second  édifice  en  longeant  le  premier. 

Les  bassins  et  les  degrés  de  ces  thermes  étaient  revêtus  de 
marbre,  mais  l'ensemble  de  la  construction  révèle  un  édifice 
moins  riche  et  moins  luxueux  que  le  précédent.  Les  détails  de 
la  composition  et  la  mollesse  de  l’exécution  semblent  indiquer 
une  époque  voisine  de  la  décadence,  sensiblement  éloignée  de 
la  perfection  presque  classique  des  débris  trouvés  dans  les 
ruines  du  grand  établissement. 

Quelle  était  la  destination  exacte  de  ces  piscines  ? Étaient-ce 
des  thermes  alimentés  principalement  en  eau  non  minérale, 
où  l’on  prenait  des  bains  ordinaires  ? Ou  des  bains  destinés 
aux  gens  du  peuple  et  aux  esclaves,  qui  ne  trouvaient  pas 
entrée  à L'établissement  principal?  Leur  proximité  du  camp 
doit-elle  les  faire  considérer  comme  ayant  été  spécialement 
affectées  à l’usage  des  troupes?  Toutes  ces  hypothèses  ont  leur 
part  de  vraisemblance,  sans  qu’aucun  indice  jouisse  donner  à 
aucune  d’elles  un  caractère  plus  voisin  de  la  certitude. 

Dans  cette  même  prairie,  qui  porte  le  nom  significatif  de  Pré 
des  Chaudes,  de  nouvelles  fouilles  entreprises  à une  époque 
toute  récente,  en  décembre  1905,  par  M.  Moreau  cleNéris,  ont 
donné  de  suite  de  très  appréciables  résultats.  « Les  premiers 
coups  de  pioche,  par  un  hasard  heureux,  et  aussi  par  suite 


428 


LA  GAULE  THERMALE 


d indications  personnelles,  ont  donné  sur  un  gros  mur  d’en- 
ceinte de  piscine  romaine,  dans  laquelle  on  descend  d’un  côté 
par  trois  grandes  marches  et,  d’un  autre,  par  cinq  plus  petites 
et  très  douces  (fy.  59). 


« Les  murs,  les  marches  et  le  fond  de  la  piscine  sont  en 
béton  mêlé  de  briques  ; le  tout,  au  temps  de  la  splendeur 
romaine,  était  revêtu  des  plus  beaux  marbres.  On  retrouve 
des  débris  de  marbre  blanc  et  de  marbre  nuancé  de  vert,  ainsi 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


429 


que  des  petits  carreaux,  également  en  marbre,  qui  ont 
19  centimètres  de  longueur  sur  8 de  largeur;  disposés 
avec  art,  selon  leurs  couleurs,  ils  devaient  constituer  des 
effets  d'encadrement  et  des  dessins  géométriques  d’une  réelle 
beauté. 

« Cette  salle  balnéaire  n’aurait  pas  encore  été  explorée,  si 
l’on  en  juge  par  les  diverses  couches  d’alluvion,  de  sable  et 
de  terre,  superposées  en  lignes  horizontales  régulières,  con- 
cordant avec  les  atterrissements  successifs  survenus  depuis 
un  temps  immémorial.  Elle  diffère  également  par  ses  dimen- 
sions de  celles  dont  nous  avons  les  plans  dressés  antérieure- 
ment. 


« Un  aqueduc  non  encore  reconnu,  mais  paraissant  de 
grande  dimension,  joint  la  piscine  découverte;  de  sa  bouche 
béante  sortent,  par  instants,  des  vapeurs  d’eau  chaude  (d).  » 

Plus  heureux  que  le  Néris  actuel,  la  ville  antique  était 
abondamment  pourvue  d’eau  douce,  au  moyen  de  deux 
aqueducs  dont  les  tracés  ont  pu  être  relevés  de  la  façon  la 
plus  complète  sur  toute  l’étendue  de  leurs  parcours.  Le  plus 
long  de  ces  aqueducs  captait  à sa  naissance  une  source 
éloignée  de  vingt  kilomètres  environ  de  Néris,  et  s’étendait 
sur  un  parcours  de  près  de  soixante-dix  kilomètres.  « Obser- 
vant pour  sa  direction  et  son  niveau  de  pente  juste  ce  qu’exige 
l’écoulement  des  eaux,  il  s’en  allait,  serpentant  sur  le  versant 
des  coteaux,  sans  jamais,  pour  aller  de  l’un  à l’autre,  passer 
au-dessus  du  vallon  par  une  arcade  ou  un  siphon,  mais  en 
remontant  jusqu’à  l’angle  de  leur  réunion.  De  sorte  qu’en 
revenant  ainsi  sur  lui-même,  il  présentait  souvent  deux 
longues  portions  presque  parallèles,  où  les  eaux  coulaient  en 
sens  inverse  le  long  des  collines  qui  se  regardent.  Ce  procédé 
l’allongeait  beaucoup,  mais  il  offrait  l’avantage  de  recueillir 
sur  son  passage  les  sources  qui  s’échappaient  du  flanc  des 

(I)  Communication  (le  M.  Moreau  de  Néris  à la  Société  des  antiquaires 
de  France. 


430 


LA  GAULE  THERMALE 


coteaux,  ou  clans  les  anses,  et  pour  aller  les  prendre  à leur 
naissance,  il  ne  faisait  qu’observer  son  système  de  pente  et 
tourner  la  difficulté  des  ravins  (1).  ». 

La  branche  principale  de  l’aqueduc  était  formée  d'un 
chenal  en  terre  cuite  sur  massif  en  béton  de  ciment,  protégé 
par  une  maçonnerie  en  moellons  de  forme  ogivale,  dont  les 
dimensions  permettaient  à un  homme  de  s’y  introduire  pour 
le  visiter  (fig.  60).  Sur  d’autres  points,  l’aqueduc  ne  compor- 
tait qu’un  conduit  en 
terre  cuite,  enveloppé 
d’une  chape  en  béton 
encadrée  entre  deux 
petites  murailles,  et 
recouvert  d’une  tuile 
courbe  à deux  cro- 
chets. Les  petites 
prises  d’eau  secon- 
daires étaient  effec- 
tuées au  moyen  de 
simples  tuyaux  en 
terre  cuite,  envelop- 
pés de  béton  (2). 

Le  réservoir  de  dis- 
tribution des  eaux 
froides  devait  être 
situé  à peu  de  distance 
des  thermes.  Esmon- 
not  (op.  cit.)  pense  qu’on  peut  le  reconnaître  dans  un  sou- 
bassement d’édifice  formé  de  grandes  assises  sculptées,  décou 
vert  en  1861.  La  direction  vers  ce  point  du  grand  aqueduc  et 
la  disposition  de  la  base  du  monument,  reposant  sur  des  petits 

(1)  Docteur  Pevrot,  Néris  ancien  ci  moderne,  thermo-minéral  ou  mé- 
dical, 1898. 

(2)  Des  fragments  de  ces  divers  modes  de  conduite  des  eaux  ont  été 
déposés  sous  le  péristyle  de  l’établissement,  où  figure  également  un 
plan  des  aqueducs,  gravé  sur  marbre,  d’après  les  relevés  effectués  par 
MM.  Esmonnot,  architecte,  et  de  Laurès,  médecin-inspecteur. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  431 

canaux  pratiqués  dans  le  tuf,  donnent  à cette  hypothèse  un 
grand  caractère  de  vraisemblance. 

Outre  le  théâtre  dont  il  a été  question  dans  un  chapitre  pré- 
cédent, on  a reconnu  dans  la  partie  de  l’ancien  Néris  située  à 
l’est  des  thermes  les  restes  de  deux  grandes  villas,  l’une  près 
du  théâtre  même,  à la  Croix-Coq,  la  seconde  à l’autre  extré- 
mité de  la  ville  antique,  au  lieu  dit  Cheberne;  les  vestiges 
d’un  temple  dont  nous  avons  parlé  plus  haut  ; les  fondations 
d’une  tour  carrée,  longtemps  appelée  Tour  de  Néron,  du  nom 
du  prétendu  fondateur  de  la  cité,  et  les  substructions  d’un 
grand  édifice  dont  on  voyait  encore,  paraît-il,  plusieurs  arcades 
à la  fin  du  siècle  dernier. 

A Touest  du  deuxième  établissement  thermal,  sur  une  émi- 
nence dominant  le  confluent  de  deux  ruisseaux,  s’étendait  un 
camp  de  546  mètres  de  circonférence,  fermé  du  côté  de  la 
gorge  par  un  fossé  profond  et  une  haute  levée  de  terre,  encore 
visible  sur  une  certaine  longueur.  Certains  indices  reconnus 
font  penser  que  ce  retranchement  était  défendu  par  des  tours 
distantes  les  unes  des  autres  de  45  mètres.  Le  curé  Renault, 
qui  écrivait  à la  fin  du  dix-huitième  siècle,  disait  avoir 
retrouvé  une  des  portes  du  camp  et  vu  les  restes  d’une  palis- 
sade en  bois  pourri  trouvés  dans  l’épaisseur  du  talus;  de 
nouvelles  recherches  faites  sur  cette  plate-forme  n’ont  permis 
de  reconnaître  aucune  trace  de  ces  palissades. 

On  sait  avec  quelle  facilité  tous  les  retranchements  en  terre 
dont  on  a retrouvé  les  vestiges  ont  été  baptisés  camps 
romains  ou  camps  de  César,  et  combien,  au  contraire,  les 
ouvrages  de  ce  genre  étaient  rares  ou  ont  dû  laisser  peu  de 
traces. 

En  ce  qui  concerne  Néris,  le  séjour  qu’y  fit  la  légion 
VIII  Augusta,  constaté  par  l’existence  de  briques  à son  estam- 
pille, rend  très  admissible  l’hypothèse  de  l’existence  d’un 
établissement  militaire  permanent,  défendu  par  les  ouvrages 
dont  nous  voyons  encore  aujourd’hui  les  traces. 

D’après  Barailon,  un  fort  quadrangulaire,  de  40  mètres  de 
côté  sur  36,  aurait  existé  à 70  mètres  à l’orient  du  camp,  au 


432 


LA  GAULE  THERMALE 


lieu  dit  le  Champ  de  la  Pâlie  (1).  Les  renseignements  transmis 
sur  cet  édifice  sont  trop  vagues  pour  permettre  d’accepter  ou 
de  combattre  cette  attribution. 

Entre  ce  point  et  le  deuxième  établissement,  Barailon  et 
Boiro t- Desserviers  ont  signalé  une  construction  assez  singu- 
lière, composée  d’une  « multitude  de  chambres  ou  de  cases 
parallèles,  dont  les  extrémités  répondent  au  midi  et  au  nord, 
séparées  par  une  rue  de  3 à 4 mètres  de  large.  Les  unes  ont 
depuis  deux  jusqu’à  cinq  mètres  en  œuvre  sur  une  face,  sur 
cinq,  six  ou  sept,  sur  l’autre.  Les  murs  de  refend  ont  70  centi- 
mètres d’épaisseur,  les  gros  murs  2 mètres.  Quelques-uns  de 
ces  appartements  ont  des  terris  et  des  peintures  à fresque... 
Entre  les  cases,  on  a découvert  un  four  à pain,  rond,  sur- 
monté d’une  voûte.  J’en  ai  vu  le  carrelage  recuit  et  noirci;  il 
y avait  encore  des  cendres  et  des  charbons  à sa  bouche  » . Nos 
deux  auteurs  voyaient  dans  cette  construction  un  hôpital  ou 
une  caserne.  Je  serais  plutôt  tenté  de  la  considérer  comme 
une  dépendance  des  thermes,  servant  à l’habitation  des  gens  -x 
de  service. 

Enfin,  une  villa  somptueuse,  dite  des  Petits-Kars,  s’élevait 
dans  le  voisinage  du  camp.  Barailon  avait  donné  le  nom  de 
Palais  du  Gouverneur  aux  ruines  de  cet  édifice,  où  l'on  a 
retrouvé  des  colonnes  ornées  de  feuilles  d’eau,  des  débris,  de 
marbres  divers,  une  salle  dont  les  murs  étaient  peints  de 
couleurs  vives  avec  ornements  de  feuillage  et  un  foyer  d’hy- 
pocauste  avec  son  installation  complète. 

Le  Néris  moderne  a conservé  peu  de  traces  visibles  de  son  . 
ancienne  splendeur.  En  1569,  d’après  de  Nicola}’,  « on  y 
voyait,  en  divers  endroits,  sur  petites  mottes  élevées  en 
façon  de  fort,  entre  ombrageuses  vallées,  plusieurs  vestiges 

(1)  Pour  divers  auteurs,  notamment  Boirot-Desservicrs,  le  champ  de 
la  Pâlie  aurait  tiré  son  nom  d’un  temple  dédié  à Pallas.  Le  docteur 
Foilchon  est  d’un  tout  autre  avis  : « Il  y avait  là,  dit-il,  une  petite  écluse 
destinée  aux  irrigations  et  fermée  par  une  pelle  soutenue  par  un  pan  de 
maçonnerie  qui  a subsisté  longtemps  après  elle.  Les  habitants  dirent  : 
le  champ  de  la  Pâlie,  ainsi  qu’ils  ont  fait  dans  des  circonstances  ana- 
logues, conformément  au  génie  de  leur  langue;  et,  par  une  métamor- 
phose sans  exemple  dans  la  fable,  une  pelle  de  bois  devint  une  déesse.  » 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


433 


et  ruines  d’édifices  et  grosses  murailles  de  briques  cimentées 
antiques,  et,  outre  le  ruisseau  des  bains,  sur  une  autre 
montagne,  les  ruines  d’un  autre  grand  château  fort.  » Jean 
Banc  signale  « les  ruynes  qui  y paroissent  fort  grandes  en 
forme  d’architecture  ancienne  »,  et,  à l’époque  où  écrivait 
Barailon,  au  commencement  du  dix-neuvième  siècle,  il  existait 
encore  des  ruines  ayant  4 à 5 mètres  d’élévation. 

Les  débris  des  monuments  antiques  semblent  avoir  été 
longtemps  exploités  comme  de  véritables  carrières,  où  l’on 
trouvait  des  pierres  taillées  d’avance  et  des  matériaux  tout 
préparés.  La  tradition  veut  que  Néris  ait  fourni  les  matériaux 
qui  ont  servi  à bâtir  Montluçon,  et  nous  avons  la  preuve  qu’à 
la  fin  du  dix-huitième  siècle  cette  exploitation  continuait  encore, 
souvent  à l’insu  et  contre  la  volonté  des  propriétaires  des 
ruines  (1). 

De  tous  les  monuments  que  nous  venons  de  passer  en 
revue,  il  ne  reste  d’apparents  que  le  théâtre,  converti  en  jar- 
din public,  une  levée  de  terre  qui  faisait  partie  des  défenses  du 
camp  et  la  piscine  récemment  découverte  par  M.  Moreau  de 
Néris.  Quelques  inscriptions,  des  tronçons  d’aqueducs,  des 
chapiteaux,  des  fragments  de  sculptures  et  des  débris  de 
constructions  de  tous  genres  ont  été  réunis  sous  le  péristyle 
de  l’établissement  thermal. 

L’emplacement  de  la  ville  proprement  dite,  sur  le  plateau, 
à droite  de  la  route  qui  conduit  à Montluçon  et  en  arrière  du 
théâtre,  ne  présente  plus  aucun  vestige  visible  au-dessus  du 
sol.  On  y a découvert  cependant  de  nombreux  puits,  dans 

(1)  Nous  pouvons  citer  à cet  égard  une  pièce  intéressante,  publiée 
dans  le  Bulletin  de  la  Société  d’émulation  du  Bourbonnais,  1898,  p.  93  : 

« Pouvoir  donné  par  M.  Dreuilie  d’Issard  à M.  Sallard  (Pierre),  procu- 
reur à Moulins,  du  2 juillet  1787,  pour  exercer  des  poursuites  contre 
Marien  Forichon,  cabaretier  à Néry-les-Bains,  et  François  Berlon, 
vigneron,  pour  « être  entrés  dans  un  terrain  à lui  appartenant,  y avoir 
« l'ait  des  touilles  considérables  et  avoir  enlevé  beaucoup  de  pierres,  des 
« carros,  des  quartiers  de  pierres  ou  marbres  qui  formaient  des  collon- 
« nades  de  gros  pilliers  dans  un  ouvrage  souterrain  et  ancien  des  Ro- 
<'  mains...  dont  ils  ont  vendus  parties  à différents  particuliers  et  notam- 
« ment  à Laurent  Soulier,  huissier  à Néry  et  Marien  Lafont,  aubergiste 
« aux  buis  de  Néry.  » 


28 


434 


LA  GAULE  THERMALE 


lesquels  d’importantes  trouvailles  d’objets  les  plus  divers  ont 
été  faites,  et  les  haies  de  buis  croissant  sur  des  débris  de 
tuiles  et  de  pierres  dont  le*  sol  est  couvert  par  endroits  sem- 
blent dessiner  cl’une  façon  assez  précise  le  périmètre  et  les 
divisions  de  la  cité  antique. 

11  est  impossible  de  tenter  l’énumération,  même  la  plus 
sommaire,  des  objets  de  toute  nature  : poteries,  verreries, 
vases  en  métal,  armes,  outils  et  ustensiles  divers  en  fer  et  en 
bronze,  bracelets,  bagues,  bijoux,  dont  quelques-uns  en  or, 
d’un  précieux  travail,  que  l’on  a rencontrés  et  que  l’on  ren- 
contre encore  à Néris,  au  cours  des  moindres  fouilles. 
Malheureusement,  la  majeure  partie  de  ces  trouvailles  a été 
emportée  par  les  baigneurs,  ou  dispersée  dans  des  collections 
étrangères  à la  région,  et  il  en  reste  bien  peu  dans  le  petit 
musée  local,  où  il  aurait  été  cependant  si  intéressant  de 
chercher  à rassembler  le  plus  possible  de  ces  épaves  de  l’an- 
tique splendeur  nérisienne. 

Vichy.  — C’est  à Vichy,  ainsi  que  nous  l’avons  dit  plus 
haut,  que  nous  plaçons  sans  hésitation  la  station  d’Aquæ  Calidæ 
de  la  Table  de  Peutinger.  Quelle  que  soit,  d’ailleurs,  la  dénomi- 
nation antique  de  cette  cité  thermale,  il  est  deux  points  hors 
de  toute  discussion  : l’existence  sur  l’emplacement  d’une 
partie  du  Vichy  actuel  d’une  importante  agglomération  à 
l’époque  gallo-romaine,  et  l’utilisation,  à cette  époque,  de 
deux,  au  moins,  des  sources  qui  ont  assuré  à cette  station 
son  renom  universel. 

Le  Vichy  antique  n’était  pas  seulement  une  ville  thermale, 
mais  aussi  une  cité  industrielle,  où,  comme  sur  différents 
autres  points  de  la  vallée  de  l’Ailier,  la  céramique  faisait 
l’objet  d’une  fabrication  et  d’un  commerce  considérables. 
D’innombrables  débris  de  fabrication  de  poteries  de  toutes 
sortes  y ont  été  recueillis,  et  l’existence  d’anciens  fours  de 
potiers  a été  reconnue,  notamment  sur  remplacement  des 
batiments  de  la  gare  du  chemin  de  fer  et  au  village  de  A aisse, 
situé  en  face  de  Vichy,  sur  la  rive  gauche  de  P Allier.  La  ville 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


435 


antique  n’occupait  pas  toute  l’étendue  couverte  par  le  Vichy 
actuel:  son  périmètre  peut  être  largement  esquissé  par  le 
diagramme  suivant  : l’Ailier,  le  Sichon,  la  voie  du  chemin  de 
fer  et  une  ligne  allant  de  cette  voie  au  pont  actuel,  en  passant 
par  la  source  de  l’Hôpital,  laissant  ainsi  en  dehors  la  source 
des  Célestins  et  le  rocher  sur  lequel  s’éleva  le  Vichy  du 
moyen  âge. 

Toute  cette  région  a été  féconde  en  trouvailles  de  toute 
nature  : substructions  et  débris  de  constructions,  pierres 
funéraires,  médailles,  poteries,  lampes,  moules  céramiques  et 
statuettes,  instruments  divers  en  fer  et  en  bronze,  bijoux,  etc. 
L’étude  d’ensemble  du  Vichy  gallo-romain  (T)  nous  entraî- 
nerait trop  loin  : nous  nous  bornerons  à résumer  brièvement 
les  indications  que  des  découvertes  successives  ont  fournies 
relativement  à l’existence  de  notre  station  au  point  de  vue 
thermal. 

Les  eaux  d’Aquæ  Calidæ  étaient  employées  en  bains  et  en 
boissons,  et  deux  sources  : le  Puits  Carré  ou  source  Chornel 
et  la  source  Lucas,  avaient  été  l’objet  de  travaux  d’aménage- 
ment. L’ingénieur  François,  dans  un  rapport  du  16  avril  1856, 
décrivait  ainsi  ceux  qu’il  avait  reconnus  lors  du  captage  du 
Puits  Carré,  en  1844  : « La  source  s’élevait  dans  une  che- 
minée maçonnée  ayant  0 m.  86  de  section.  On  découvrit,  en 
travers  de  cette  cheminée,  un  diaphragme  horizontal  de  tra- 
vertin, de  0 m.40  d’épaisseur  moyenne,  au  centre  duquel  la 
source  n’avait  conservé  que  deux  bouches  étroites,  n’ayant 
ensemble  que  9 centimètres  carrés  d’ouverture  (2)...  Il  est 


(1)  Cette  étude  a été  laite  de  la  façon  la  plus  complète  dans  l’ouvrage 
tout  récent  de  MM.  Mallat  et  Cornillon,  Histoire  des  eaux  minérales 
de  Vichy,  1906.  A la  page  18,  bibliographie  des  ouvrages  et  mémoires 
relatifs  aux  différentes  découvertes  archéologiques  faites  à Vichy. 

(2)  Telle  était  déjà  la  description  donnée  par  J.  Banc  (op.  cil.)  des 
bains  de  Vichy  en  Bourbonnois.  « La  source,  dit-il,  est  la  moins 
mignardée  d’art  et  d’adjencement  que  j’aye  veu.  en  France;  mais  c’est 
merveilles  qu’elle  peut  fournir  elle  sculle  autant  d’eau  que  pourraient 
plusieurs  autres  de  celles  des  Bourbons.  Elle  ne  ressort  que  d’un  puits 
l’ai  et  en  ovale,  qui  a do  longueur  6 pieds,  de  largeur  5,  et  de  profon- 
deur 4;  basty  de  bonne  pierre  de  taille,  le  fonds  est  pavé  d’une  seule 


436 


LA  GAULE  THERMALE 


difficile  (le  se  faire  une  idée,  sans  avoir  vu  les  lieux,  des 
efforts  qui  furent  faits  à l'époque  gallo-romaine  pour  arrêter 
la  dérivation  de  la  source  vers  le  sud-est,  bien  qu’alors  le 
niveau  d’emploi  ne  fût  qu’à  2 m.20  environ  au-dessous  du  sol 
actuel  du  grand  établissement  : on  établit  des  massifs  de 
béton  considérables,  formant  barrage,  dont  l’épaisseur  s’élève 
jusqu’à  5 et  6 mètres  et  qui  descendent  jusqu’à  7 mètres  de 
profondeur  au-dessous  du  sol  actuel.  » 

Entre  le  Puits  Carré  et  l’Ailier,  on  aurait,  d’après  M. 
V oisin  (1),  retrouvé  les  traces  d’un  aqueduc  remontant  égale- 
ment à l’époque  gallo-romaine. 

A la  source  Lucas,  des  travaux  exécutés  en  1844  mirent  à 
jour  une  piscine  en  ciment  construite  sur  la  source  même,  et 
d’où  partait  une  conduite  menant  les  eaux  à une  source,  dite 
des  Acacias,  que  les  travaux  alors  entrepris  firent  dispa- 
raître (2). 

Des  baignoires  en  pierre  et  en  marbre,  éparpillées  un  peu 
partout,  des  piscines  découvertes  place  de  l’Hôtel-de-Ville, 
boulevard  Victoria,  rue  Alquié,  alimentées  par  les  eaux  miné- 
rales ou  des  eaux  douces,  dont  le  bassin  de  distribution,  à fond 
cimenté  et  à bords  en  pierres,  a été  reconnu,  font  présumer 
l’existence  dans  l’ancien  Vichy  thermal  d’un  certain  nombre 
de  bains  publics  ou  privés,  indépendants  du  grand  établis- 
sement qui  s’élevait  à peu  de  distance  du  Puits  Carré,  et  non 
loin  du  temple  de  Jupiter  Sabasius,  qui  en  était  peut-être 
une  dépendance  (3). 

Des  fouilles  pratiquées  en  1837  avaient  amené  la  découverte 
sur  ce  point,  de  frises,  corniches,  chapiteaux,  pilastres,  tron- 

pierre  toute  percée  pour  l’usage  cle  la  descharge  de  l’eau,  le  tout  bien 
joinct  avecque  bon  et  fort  ciment.  » 

(1)  Mémoires  sur  les  sources  minérales  de  Vichy  et  des  environs.  Annules 
des  Mines,  7°  série.  Mémoires,  t.  XVI,  1879. 

(2)  Voisin,  op.  cil.  — Beaulieu,  Antiquités  des  eaux  minérales  de  Vichy, 
Plombières,  Bains  et  Niederbronn,  1851. 

(3)  « La  cité  thermale,  ville  de  repos  et  de  plaisirs,  qui  avait  ses 
dieux,  ses  temples,  ses  bains  publics  et  privés,  ne  dépassait  guère  les 
limites  du  quartier  du  Moûticr  qu’elle  occupait  entièrement.  » — M allat 
et  Cop.nillon,  op.  cil.,  p.  17. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


437 


çons  de  colonnes  de  pierre  et  de  marbre,  provenant  d’un 
édifice  de  grande  importance.  Un  réservoir  cimenté,  presque 
entièrement  rempli  de  tessons  de  vases,  de  statuettes  en  argile 
et  de  débris  de  tout  genre,  des  couches  épaisses  de  béton, 
anciens  fonds  de  piscines  rencontrés  à un  mètre  de  profondeur, 
avaient  fait  supposer  qu’on  était  là  en  présence  des  anciens 
thermes,  hypothèse  que  vint  confirmer,  en  1864,  la  suite  des 
travaux  de  déblaiement  de  ces  substructions.  « On  y trouva, 
disent  MM.  Mallat  et  Cornillon  (op.  cit.,  p.  31),  un  assez 
grand  réservoir  qui  en  surplombait  le  fond,  un  aqueduc 
encore  incrusté  de  dépôts  des  eaux  minérales,  des  pilastres 
percés  à jour  pour  laisser  écouler  les  eaux  des  toitures,  des 
colonnes,  des  étuves,  des  salles  de  frigidarium  et  aussi,  rue 
Louis-Blanc,  grand  nombre  de  fragments  de  baignoires  en 
marbre  blanc.  » Nous  devons  malheureusement  constater  une 
fois  de  plus  qu'il  ne  reste  plus  aucun  vestige  apparent  de  ces 
substructions,  et  j'ignore  même  s’il  en  a été  relevé  un  plan 
précis;  mais  l’énumération  seule  de  ces  trouvailles  prouve 
qu’il  existait  à Aquæ  Calidæ  un  établissement  considérable, 
pourvu  de  toutes  les  ressources  balnéaires  alors  en  usage. 

L’emploi  des  eaux  en  boissons  ne  peut  non  plus  faire 
l’objet  d’aucun  doute.  Il  est  intéressant  de  remarquer  que  les 
buveurs  de  Vichy  se  servaient  généralement  de  coupes  en 
terre  cuite  de  forme  particulière,  dont  nous  avons  déjà  parlé 
lorsque  nous  nous  sommes  occupés  des  eaux  prises  en  boisson. 
On  a trouvé  de  nombreux  témoins  de  cette  pratique,  intacts 
ou  fragmentés,  non  seulement  aux  sources  Lucas  et  du  Puits 
Carré,  mais  aussi  à la  Grande-Grille  et  à l’Hôpital,  ce  qui 
semble  démontrer  que,  bien  que  ne  présentant  pas  de  traces 
de  captage  ancien,  ces  dernières  sources  devaient  cependant 
être  recueillies  pour  la  boisson  à leur  point  naturel  d’émer- 
gence. 

Abrest.  — Au  village  d’Abrest,  situé  sur  la  rive  droite  de 
l’Ailier,  à trois  kilomètres  environ  de  Vichy,  une  source  ferru- 
gineuse, découverte  en  1883,  a présenté  les  tracés  certaines 


438 


LA  GAULE  THERMALE 


d'un  captage  ancien,  remontant  très  probablement  à l’époque 
gallo-romaine.  D’après  une  communication  de  M.  Bertrand  à 
la  Société  d’émulation  de  l’Ailier  (1),  des  matériaux  portant 
la  marque  des  œuvres  romaines  ont  été  retrouvés  dans  la 
touille,  qui  avait  été  pratiquée  de  façon  à conserver  un  petit 
baquet  en  bois  de  chêne,  presque  carré,  de  0 m.  55  sur 
0 m.  50  et  0 m.  28  de  profondeur,  creusé  dans  une  seule  bille 
a 1 époque  du  captage  ancien.  La  fontaine  était  préservée  par 
une  dalle  de  deux  mètres  de  côté;  un  tuyau,  également  en 
bois,  conduisait  les  eaux  vers  l’Ailier  après  leur  sortie  du 


baquet. 

Ce  petit  ensemble  de  travaux  paraît  bien  constituer  un  mo- 
deste aménagement,  destiné  vraisemblablement  à une  sorte 
de  buvette  d’eau  minérale. 


Bourbon-Lancy.  — La  ville  de  Bourbon-Lancy,  l’Aquæ 
Nisinciæ  de  la  Table  de  Peutinger,  si  l’on  admet  l’opinion  la 
plus  répandue  sur  cette  question  de  géographie  ancienne, 
semble  avoir  eu  dans  l’antiquité  une  importance  considérable. 
Au  dire  de  Courtépée  (2),  il  n’y  avait  point,  après  Autun,  ville 
de  Bourgogne,  où  l’on  eût  plus  de  marques  d’ancienneté.  La 
cité  gallo-romaine  s’étendait  à l’ouest  de  la  ville  actuelle,  dans 
la  direction  de  la  Loire,  du  côté  du  petit  village  de  Saint- 
Denis.  Dans  toute  cette  région,  les  restes  de  travaux  antiques  : 
mosaïques,  débris  de  colonnes,  d’ornements  sculptés,  de 
frises,  de  statues,  ont  été  exhumés  en  grand  nombre.  « Là, 
dit  Jean  Banc,  se  trouvent  encore  de  vieilles  murailles,  des 
bâtiments  superbes,  des  briques  fort  grandes,  sur  lesquelles 
on  découvre  parfois  quelques  figures  à demi  effacées,  force 
marbres  antiques  divers  de  grandeur  et  de  coloration.  » Et 
Auberi  (3)  signalait  « tirant  vers  le  levant,  un  grand  chemin 
encore  remarquable  par  neuf  ou  dix  grandes  pierres  de  taille, 

(1)  Bulletin  de  la  Société  d'émulation  de  V Allier,  t.  XVII,  p.202.  Séance 
du  3 août  1883. 

(2)  Description  du  duché  de  Bourgogne,  t.  III. 

(3)  Les  bains  de  Bourbon-Lancy  et  V Archambault,  par  J.  Auberi,  Bour- 
bormois,  docteur  en  médecine,  1604. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


439 


posées  à plat,  qui  font  comme  un  portai  cle  ville,  et  une  mu- 
raille à chaque  costé  du  chemin,  qui  reste  encores,  nonobstant 
sa  ruine,  de  deux  pieds  hors  de  terre,  descendant  environ 
deux  cents  pas,  et  formant  le  chemin  par  lequel  les  anciens 
se  conduisaient  aux  bains.  » 

Les  sources  qui  alimentent  les  thermes  sont  situées  sur  une 
ligne  parallèle  à la  muraille  rocheuse  que  les  Romains,  pour 
assurer  le  captage,  avaient  taillée  cà  pic  sur  une  hauteur  de 
quinze  mètres.  Auberi  (op.  cit.)  nous  indique  de  quelle  ma- 
nière était  opéré  ce  captage,  encore  apparent  de  son  temps  : 
« A l’un  des  bouts  du  rocher,  du  côté  du  levant  est  la  grande 
source  d’eau  chaude  des  bains,  sortant  dudict  rocher.  Geste 
eau,  de  la  grosseur  de  la  cuisse  d’un  homme,  tombe  dans  un 
bassin  de  pierre  de  taille  bien  cimentée...  A un  endroit  dudict 
bassin,  du  costé  qui  regarde  le  midy,  il  y a un  canal  de  terre 
cuite  tout  rond,  d’un  pied  de  rondeur  sur  tous  endroits,  lequel 
par  le  dedans  est  rernply  d’un  canal  de  plomb  de  l’éspesseur 
d’un  doit,  et  a ledict  canal  de  longueur  plus  de  soixante  pas 
qui  s’estend  le  long  du  rocher,  duquel  il  est  distant  d’une 
toise  : ce  canal  est  enveloppé  et  entorné  comme  d’un  estuy 
d’une  grosse  muraille  faicte  à moulons  de  chaux  et  sable  de  six 
pieds  d’espesseur  et  d’hauteur  en  tout  quarré  pour  empescher 
tout  ce  qui  pourroit  offencer  ce  canal  contenu  en  icelle.  Entre 
cette  muraille  et  le  rocher  il  y a un  canal  de  pierre  de  taille  de 
l’h auteur  susdicte  pour  recevoir  les  eaux  pluviales  et  autres 
immondices,  qui  tombent  du  rocher  et  s’écoulent  autre  part 
que  dans  les  bains.  Dans  le  premier  canal  de  plomb  revestu 
de  terre  cuitte  y a sept  autres  tuyaux  de  plomb,  sortants  de 
ce  rocher,  qui  distribuent  à sept  fontaines  qui  sont  au-dessus.  » 
Bourbon-Lancy  reçut,  à partir  du  seizième  siècle,  la  visite 
fréquente  de  grands  personnages  : Catherine  de  Médicis  y 
vint  en  1342;  Henri  III  et  la  reine  Louise  de  Lorraine  y pas- 
sèrent six  semaines  en  1380;  Henri  IV  subventionna  des  tra- 
vaux de  restauration  des  bains;  Richelieu,  en  1640,  s’en 
occupa  également.  Cette  vogue  des  eaux  de  Rourbon  déter- 
mina une  série  de  travaux  et  de  recherches,  notamment  en 


440 


LA  GAULE  THERMALE 


1 580,  1602, 1608  et  1680,  au  cours  desquels  les  ouvrages  anciens 
purent  être  reconnus  et  décrits  et,  s’il  en  existe  actuellement  à 
peine  quelques  rares  vestiges,  les  écrits  de  divers  auteurs 
nous  permettent  de  nous  rendre  compte  de  ce  que  devaient 
être,  au  temps  de  leur  splendeur,  ces  luxueux  édifices,  le 
chef-d’œuvre,  dit  Jean  Banc,  restant  le  plus  entier  en  ces 
Gaules  des  bains  de  toute  l’antiquité. 

Les  eaux  thermales  étaient  captées  dans  plusieurs  puits, 
dont  Pun,  le  Lymbe,  était  circulaire,  construit  en  moellons 
de  marbre  et  de  granit  disposés  en  gradins,  environné  par 
le  dehors  d’un  « fort  cyment  de  plusieurs  pièces  de  marbres 
de  diverses  couleurs.  Il  y avait  aussi,  un  bort  de  marbre 
blanc,  relevé  d’un  pied  de  terre,  de  pareille  espaisseur,  troüé 
à usage  de  treillis  de  fer,  pour  deffendre  de  péril  les  moins 
advisez.  » 

Les  autres  puits  étaient  de  forme  carrée  et  de  moindre 
dimension. 

A peu  de  distance  des  puits  on  rencontrait  les  bains,  déjà 
signalés  en  1567  par  Nicolas  de  Nicolay  (1),  qui  mentionne 
spécialement  « le  grand  bain...  faict  en  forme  de  piscine 
ronde,  estant  environné  de  degrés  en  façon  de  théâtre,  auquel 
on  entre  par  cinq  portes  faictes  à l’antique  de  grosses  pierres 
sans  chaulx  ni  sable  cramponnées  de  fer,  qui  est  œuvre  admi- 
rable et  très-antique  du  païs  des  Romains.  » Un  dessin  colo- 
rié, à la  page  160  du  manuscrit  de  Nicolay,  représente  ce  bain 
comme  une  sorte  de  tour  placée  au  milieu  d’un  bassin  et  reliée 
par  un  mur  à la  rive,  dans  laquelle  s’ouvre  un  puits  circu- 
laire. On  distingue  très  nettement  les  niches  pratiquées  à l'in- 
térieur du  bain  et  les  cinq  portes  rectangulaires  séparées  par 
des  contreforts  (fig.  61). 

Une  description  très  complète  de  ces  mêmes  bains  se  trouve 
dans  une  lettre  de  M.  de  Comiers,  prévôt  de  Ternant,  publiée 


(1)  Générale  description  du  pais  et  duché  de  Bourbonnois,  lo69,  par 
Nicolas  ue  Nicolay,  Dauphinois,  sieur  d’Arfeuille,  valet  de  chambre  et. 
géographe  ordinaire  du  Roy.  Manuscrit  conserve  a la  bibliothèque 
Mazarine. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


441 


dans  le  Mercure  galant  de  juillet  1681  (1),  dont  nous  extrayons 
les  principaux  passages  : « Du  côté  du  septentrion  est  le  bain 
royal.  11  est  de  figure  ronde,  ayant  quarante-deux  pieds  de 
diamètre  dans  œuvre  et  quatorze  de  profondeur,  qui  sont  em- 
ployez, savoir  en  trois  pieds  et  demi  de  hauteur  d’eau  ser- 
vant à l’usage  de  bain  et  le  surplus  en  ornements  d’architec- 
ture. Les  murs  ont  six  pieds  d’épaisseur  et  sont  faits  de  gros 
quartiers  de  pierre  qui  paraissent  avoir  été  fondus  par  le  mé- 


Fig.  61.  — CHATEAU  ET  BAINS  DE  B OURB  ON-L  ANC  Y 
AU  DIX-SEPTIÈME  SIÈCLE. 

Réduction  d’une  estampe  d'Israël  Silvestre.  (On  aperçoit  l’édifice  en  rotonde 
du  bain  royal.)  Communiqué  par  M.  le  directeur  de  l’Etablissement  ther- 
mal de  Bourbon-Lancy. 


lange  des  matières  étrangères  qui  les  composent.  A l’entour 
de  ces  murs,  on  voit  douze  niches  espacées  de  six  en  six 
pieds,  en  ayant  chacune  neuf  de  hauteur,  cinq  de  largeur  et 
quatre  de  profondeur.  Six  de  ces  niches  sont  arrondies  par 
dessus  en  cul-de-four,  et  les  six  autres  sont  couvertes  de 
plates-bandes  (2).  Au-dessus  des  niches  est  une  corniche 


(1)  Rapporf.ée  dans  les  Origines  de  Bourbon-Lancg , par  le  Révérend 
Du  Mesnil.  Bulletin-Revue  de  la  Société  d’émulation  et  des  beaux-arts  du 
Bourbonnais,  1894. 

(2)  Dans  une  notice  consacrée  à Bourbon-Lancy,  publiée  en  1849,  le 


442 


LA  GAULE  THERMALE 


d’ordre  toscan,  qui  fait  le  contour  des  murs.  Ces  niches 
étaient  autrefois  ornées  de  douze  statues  posées  sur  des  pié- 
destaux, qui  paroissent  encore  à présent.  II  en  sort  divers 
canaux  qui  portent  l’eau  des  fontaines  dans  un  bain,  où  l'on 
descend  par  des  marches  placées  à l’entour  des  murs  (fy.  02).  * 
Il  cite  ensuite  trois  bains  joints  au  bain  royal  : « Les  deux 
bains  V et  N sont  séparez  du  bain  M par  un  mur  de  pierres 
de  taille  de  cinq  pieds  huit  pouces  de  hauteur  sur  cinq  d'é- 
paisseur. Dans  le  milieu  de  leurs  faces  qui  regardent  le  septen- 
trion et  le  midy,  l’on  voit  quatre  grandes  niches  qui  estaient 
autrefois  remplies  de  quatre  statues,  l’une  desquelles  repré- 


Fig.  62.  — BAINS  ANTIQUES  DE  B O U R B O N-L  AN  C Y. 
Croquis  d'après  le  plan  du  Mercure  galant. 


sentait  deux  baigneurs  folastres.  On  dit  qu’on  l’a  transportée 
dans  la  maison  royale  de  Fontainebleau.  Ces  trois  derniers 
bains  ont  chacun  trois  pieds  et  demi  d’eau,  dans  laquelle  on 
descend  aussi  par  des  marches  qui  régnent  autour  des  murs. 

« Tous  ces  bains  et  ces  fontaines  se  vuident  par  le  bas  et  à 
fleur  d’eau,  par  des  canaux  de  bronze,  de  plomb  et  de  pierre, 
dans  des  aqueducs  intermédiaires  et  de  là  dans  le  grand  aque- 
duc, qui  sert  de  réceptacle  général  à toutes  les  eaux.  » D’après 

l 

docteur  Rérollc  faisait  allusion  à des  conduits  saillants  qui  auraient 
existé  à la  partie  supérieure  de  ces  niches,  et  qui,  d’après  lui,  étaient 
destinés  à l’administration  des  douches. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


443 


Jean  Banc,  ce  canal  général  de  décharge  « était  de  près  d’un 
quart  de  lieue  de  longueur,  voulté  et  pavé  fort  loing  de  belles 
pierres  de  taille,  inesgal  en  hauteur  et  largeur,  en  certains 
recoins  recourbez,  qui  ont  été  faicts  à dessein  plus  hauts  et 
larges,  pour  le  ramas  plus  aysé  de  toutes  sortes  d’eaux  : et 
afin  d’ayder  à la  ventilation  de  ce  cours,  joinct  les  souspiraux 
anciens  qui  estoient  en  divers  lieux  de  distance  convenable, 
communément  la  hauteur  est  de  six  pieds  et  deux  de  lar- 
geur. » Ragut  (1)  parle  également  de  cet  ouvrage  en  ces 
termes  : « Cet  aqueduc  est  construit  avec  des  blocs  énormes 
de  pierres  fort  dures,  et  ses  dimensions  sont  telles  qu’un 
homme  peut  y marcher  debout  et  y faire  rouler  une  brouette. 
Sa  hauteur  est  de  deux  mètres  sur  un  mètre  de  largeur.  On 
remarque,  en  le  parcourant,  les  ouvertures  de  plusieurs  canaux 
en  plomb,  en  cuivre  et  en  pierre,  dont  quelques-uns  four- 
nissent encore  de  l’eau.  » 

Les  travaux  d’installation  moderne  ont  fait  disparaître 
toutes  ces  constructions,  dont  il  ne  reste  que  le  puits  du 
Lymbe,  avec  ses  gradins  intérieurs  qui  lui  donnent  la  forme 
d’un  cône  renversé  descendant  jusqu’à  dix-neuf  mètres  de 
profondeur.  Les  statues  et  les  débris  de  construction  les  plus 
intéressants  ont  été  dispersés.  D’après  le  docteur  Robert,  cité 
par  Greppo  ( op . cit.,  p.  54),  douze  statues  en  marbre  furent 
enlevées  par  Richelieu,  d’autres  furent  envoyées  plus  tard 
aux  musées  de  Paris  et  d’Autun  (2);  les  marbres,  les  colonnes, 
les  chapiteaux  furent  transportés  à Mâcon  en  1804. 

En  1836,  rapporte  Ragut  (op.  cit.),  on  découvrit  à la  pro- 
fondeur de  trois  ou  quatre  mètres  les  restes  de  deux  salles 
d’étuves,  l’une  revêtue  de  marbre  blanc,  l’autre  de  marbre 
gris,  chauffées  par  des  tuyaux  en  terre  cuite  ouverts  par  leur 
sommet  et  communiquant  avec  un  réservoir  d’eau  thermale. 


(1)  Statistique  du  département  de  Saône-et-Loire,  1838. 

(2)  Je  n’ai  pu  retrouver  la  trace  des  statues  qui  seraient  entrées  au 
Louvre,  au  musée  des  Antiques.  Le  musée  d’Autun  possède  une  statue 
d’homme,  en  marbre  blanc,  assez  mutilée,  mais  d’un  très  bon  style  et 
d’une  exécution  habile.  (Figure  dans  les  Mémoires  de  la  Société  Êduenne, 
nouvelle  série,  t.  XIX,  1891,  p.  54.) 


444 


LA  GAULE  THERMALE 


Le  sol  de  ces  étuves,  supporté  comme  de  coutume  par  de 
petits  piliers  de  briques  rondes,  comprenait  trois  couches  : 
l'une  de  larges  carreaux  en  terre  cuite  posés  sur  des  piliers, 
la  seconde  d’une  couche  épaisse  de  ciment,  la  troisième  d'un 
pavé  de  marbre. 

De  nombreuses  trouvailles  sont  encore  faites  de  nos  jours 
lorsqu’on  remue  le  sol  de  l’ancienne  cité  thermale.  En  4892, 
notamment,  une  fouille  fit  découvrir  un  puits  antique  rempli 
d’objets  de  toute  sorte  : poteries,  vases  de  bronze,  outils  en 
bronze  et  en  fer,  constituant  une  véritable  cachette  faite  dans 
un  temps  de  trouble  ou  de  fuite  précipitée  (1). 

Le  fragment  suivant  d’inscription  sur  marbre  blanc  rosé, 
trouvé  également  dans  un  puits  et  conservé  au  musée  d’ Au- 
tun,  semble  avoir  eu  un  rapport  direct  avec  les  thermes,  par 
rétablissement  ou  la  réparation  d’une  fontaine  (2)  : 

A VG-  SACll 
CRET-  FEL 
OXTEM 

Un  certain  nombre  de  fragments  de  constructions  antiques, 
quelques  monuments  épigraphiques,  des  statuettes  en  terre 
blanche  : Vénus,  Déesses-Mères,  enfants,  oiseaux  et  animaux 
divers,  des  objets  mobiliers  en  fer,  bronze,  verre,  céramique, 
ont  heureusement  échappé  à la  dispersion  et  été  réunis  dans 
un  petit  musée  installé  dans  l’ancienne  église  Saint-Nazaire  (3  ). 

Bourbon-l’Arciiambault.  — Comme  dans  la  plupart  de  nos 
anciennes  stations  thermales,  le  passé  de  Bourbon-l'Archam- 
bault  est  resté  enfoui  dans  le  sol,  et  des  débris  de  marbres, 
d'enduits,  de  mosaïques,  des  fragments  de  poteries  et  des 
briques  à rebord  sont  aujourd’hui  les  seuls  restes  tangibles 
de  l’antique  splendeur  d’Aquæ  Bormonis.  Nous  avons 

(1)  Abbé  Melin  et  Bertrand,  Notice  sur  une  officine  de  potiers-mode- 
leurs y allo-romains  découverte  à Bourbon-Lancy . Bulletin  archéologique  du 
comité  des  travaux  historiques. 

(2)  Mémoires  de  la  Société  Ëduenne,  nouvelle  série,  t.  XX,  1892,  p.  392. 

(3)  Perrault-Dabot,  L’Ancienne  église  Saint-Nazaire,  à Bourbon-Laucy. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


445 


cependant  des  renseignements  assez  précis  sur  l’agence- 
ment ancien  de  la  partie  thermale,  dus  à des  auteurs  qui,  au 
seizième  et  au  dix-septième  siècle,  ont  donné  des  bains  de 
Bourbon  des  descriptions  ayant  trait  certainement  aux 
ouvrages  des  Romains,  toujours  subsistants  et  encore 
employés  à cette  époque.  L’exactitude  de  ces  descriptions  a 
pu,  d'ailleurs,  être  Contrôlée,  lorsque  les  grands  travaux 
d'aménagement  exécutés  vers  1882  ont  amené  à reconnaître 
le  captage  gallo-romain,  qui  avait  déjà  servi  de  fondement  à 
l’établissement  d'une  voûte  exécutée  sur  l’ordre  de  Gaston 
d’Orléans,  et  qui  a été  encore  employé  de  nos  jours  comme 
base  du  captage  moderne. 

Le  travail  romain  avait  consisté  à creuser,  sur  le  fdon 
thermal,  une  fosse  rectangulaire  de  5 m.  70  de  profondeur, 
5m.  90  de  long  et  1 m.  80  de  large,  dont  on  avait  garni  les  parois 
d'un  béton  étanche.  Sur  cette  fosse  étaient  placés  trois  puits 
cylindriques  en  maçonnerie,  contigus,  de  1 m.  72  de  diamètre 
et  de  3 mètres  de  haut,  qui  n’étaient  que  trois  orifices  distincts 
de  la  même  chambre  et  s’arrêtaient  à 2 m.  70  du  fond.  « Peut- 
être,  dit  M.  de  Launay,  a-t-on  voulu,  par  une  idée  bien 
erronée,  établir  là,  au-dessus  des  griffons,  des  sortes  de 
tuyaux  d’aspiration,  qui  n’exercent,  en  réalité,  aucune  influence 
sur  le  régime  des  eaux  (1).  » 

La  construction  était  revêtue  de  belles  pierres  de  grès,  mais 
seulement  jusqu’à  la  profondeur  de  5 m.  17,  où  l’on  voyait 
paraître  et  se  continuer  jusqu’au  rocher  un  béton  entouré  de 
revêtements  extérieurs  en  terre  glaise,  destiné  à isoler  com- 
plètement les  eaux  thermales. 

A côté  de  ces  puits  était  un  bassin  à ciel  ouvert,  à usage 
de  piscine,  dont  Nicolas  de  Nicolay  et  Jean  Banc,  qui,  tous 
deux,  mentionnent  l’existence  des  trois  puits,  nous  donnent 
des  descriptions  parfaitement  concordantes.  « Audit  bourg  de 
Bourbon,  dit  le  premier,  au-dessus  des  balles,  sont  les  baings 

(1)  De  Launay,  Cours  des  Mines  et  Mémoires  sur  les  sources  minérales  de 
Bourbon-!' Archambault.  Annales  des  Mines,  8e  série.  Mémoires,  t.  VIII, 
1888. 


4 46 


LA  GAULE  THERMALE 


chauldz  provenant  des  fontaines  chaudes  qui  passent  par 
raines  d alun  et  de  soulphre...  Lesdictz  baings  sont  tout  envi- 
ronnés de  muraille  antique  pour  la  rétention  des  eaues  et 
tout  autour  par  le  dedans  il  y a de  grandes  marches  et 
degrés  de  grandes  pierres  de  taille,  pour  servir  de  sièges  à 
ceux  qui  s’y  baignent,  et  y a une  séparation  du  cousté  des 
halles  au  bout  du  grand  baing  d’une  longue  muraille  de 
pierres  plates  au  milieu  de  laquelle,  par  un  petit  canal, 


s’écoule  l'eau e dans  un  autre  réceptoire  deux  fois  plus  petit 
que  le  grand,  où  les  femmes  dudict  bourg  lavent  leurs  linges 


et  leurs  lessives.  » Un  dessin  colorié  joint  au  mémoire  de 
Nicolay  (p.  115  du  manuscrit ) représente  le  bassin  qui  vient 
d’être  décrit.  Le  long  cl’une  des  murailles  s’élèvent  trois 
tuyaux  polygonaux,  ouverts  comme  des  sortes  de  cheminées. 
Un  puits  circulaire  est  représenté  à quelque  distance  du 
bassin.  Dans  le  compartiment  de  gauche,  quatre  femmes 
lavent  du  linge  ; la  partie  principale  du  bassin  est  occupée 
par  des  baigneurs  des  deux  sexes,  dont  les  vêtements  sont 
déposés  sur  les  bords. 

Et  Jean  Banc  : « (Les  puits)  sont  fort  bien  cimentés,  posés 
dedans  le  grand  espace  du  bain,  fort  proches  de  la  muraille, 
du  côté  de  la  maison  du  Fauconnier,  tirant  vers  le  soleil  levé. 
Il  y a trois  sièges  assez  larges,  couverts  de  la  même  muraille 
du  bain,  qui  servent  à reposer  ceux  qui  se  baignent.  11  y a 
autour  dudit  bain  cinq  grands  degrés  pour  y descendre;  la 
figure  en  est  presque  carrée  et  capable  de  tenir  bien  cent 
personnes  ; il  est  divisé  en  deux  par  une  muraille  faite  à tra- 
vers qui  n’est  pas  également  tirée.  » 

Outre  cette  grande  piscine,  il  devait  y avoir  dans  le  Bourbon 
antique  des  piscines  séparées,  formant  probablement  des 
bains  particuliers,  et  alimentées  par  des  conduites  en  pierre  et 
en  plomb,  qu’on  a découvertes  en  grand  nombre  en  cons- 
truisant les  maisons  voisines  de  la  source  et  en  exécutant 
des  travaux  pour  pourvoir  la  ville  d’eau  froide.  Dubuisson 
d’Aubenay  parle  en  ces  termes  d’un  de  ces  établissements 
séparés  : « On  a découvert  au-dedans  de  l’édifice  romain  un 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


447 


plancher  à grands  carreaux  de  marbre  blanc...,  qu’on  leva 
avec  bien  de  la  difficulté.  Il  y avait  par-dessous  un  ciment 
très  dur,  au-dessous  duquel  il  y avait  un  autre  plancher  de 
grands  carreaux  de  pierre  qui  couvrait  une  voûte  ou  crypte 
en  laquelle  il  y avait  de  l’eau.  Ce  qui  fit  croire  que  c’était 
bien  un  bain  particulier,  où  l'eau  était  conduite  des  bains 
qui  sont  tout  proches.  » Une  autre  découverte  de  piscine 
gallo-romaine  était  également  signalée  en  1873,  au  cours  de 
fouilles  qui  devaient  être  continuées  et  surveillées  d’une  façon 
méthodique  (1). 

Ce  mode  d’exploitation  des  eaux  de  Bourbon  s’était  con- 
tinué au  moyen  âge,  et  il  est  vraisemblable  qu’il  s’exerçait 
dans  des  ouvrages  remontant  à l’époque  gallo-romaine.  Un 
roman  d’aventures  du  treizième  siècle,  Flamenca , écrit  vers 
1234,  nous  a laissé  un  tableau  du  plus  haut  intérêt  de  la  vie, 
fort  libre  d’ailleurs,  qu’on  menait  alors  aux  établissements 
thermaux  de  Bourbon.  Bien  que  nous  ayons  laissé  volontaire- 
ment ce  point  en  dehors  de  notre  étude  particulière,  il  nous  a 
semblé  indispensable  de  signaler  ici  cette  œuvre,  qui  jette  un 
jour  si  curieux  sur  la  très  intéressante  question  de  la  survi- 
vance de  l’emploi  des  eaux  thermales  pendant  le  cours  du 
moyen  âge  (2). 

En  terminant  ce  qui  est  relatif  à Bourbon-rArchambault, 
signalons  également  une  construction  antique  destinée  à 
recueillir  les  eaux  d’une  source  minérale  froide,  à deux  kilo- 
mètres de  Bourbon,  sur  la  route  d’Ygrande.  D’après  une  note 
manuscrite  d’Esmonnot,  rapportée  par  M.  l’abbé  Clément  (3), 
cette  source  était  captée  dans  une  citerne  de  construction 
antique,  en  pierres  de  taille,  voûtée  et  percée  de  trois  ouver- 
tures. L’eau  arrivait  du  fond  de  la  citerne  par  les  fentes  des 

(1)  Société  d’émulation  de  l’Ailier,  t.  XII,  1873. 

(2)  Pour  la  bibliographie  sur  Flamenca  et  l’analyse  très  complète  du 
roman,  voir  Ch.-V.  Langlois, La  Société  française  au  treizième  siècle  d’après 
dix  romans  d’aventure,  1904. 

(3)  Inventaire  archéologique  et  bibliographique  des  communes  du  départe- 
ment de  l'Ailier,  canton  de  B ourbon-V  Archambault . Moulins,  1890.  — Sur 
Bourbon,  voir  également  : Docteur  Régnault,  B ourbon-V  Archambault,  ses 
eaux  minérales  et  ses  nouveaux  thermes,  1886. 


448 


LA  GAULE  THERMALE 


rochers.  Des  médaillés  de  différentes  époques  trouvées  lors 
du  curage  de  cette  citerne  enlevaient  toute  espèce  de  doute 
sur  l’ancienneté  de  son  origine. 

Saint-Honoré- les-Bains.  — Ces  eaux  thermales  sourdent  en 
deux  étages  au  pied  d’une  colline  sur  le  sommet  et  le  flanc  de 
laquelle  s’élève  le  bourg  de  Saint-Honoré.  Station  romaine 
dont,  comme  nous  l’avons  vu,  l’identification  est  encore 
sujette  à controverse,  elle  paraît  sous  le  nom  (ïArbandal  dans 
un  récit  légendaire,  qui  y fait  venir  les  légions  de  César, 
rongées  par  une  horrible  lèpre.  Ruinés  à une  époque  indéter- 


Fig,  63.  — SAINT-HONORÉ.  — BASSIN  DE  RECETTE 
DES  EAUX  DE  LA  CREVASSE. 


D'après  le  plan  joint  au  Guide  de  Charleuf  et  Collin. 

1.  1.  1.  — Puits.  2.  2.  Trop-plein  des  puits.  — 3.  Salle  des  puits. 

— 4.  4.  4.  Renfoncements  en  décoration.  — 5..  5.  5.  Ecoulement 
des  eaux  froides  du  rocher. 

minée,  les  thermes  disparurent,  en  même  temps  que  les 
sources,  sous  les  eaux  d’un  étang  formé  par  les  Bénédictins, 
qui  avaient  fondé  un  prieuré  à Saint-Honoré.  Les  sources 
reparurent  en  4773,  après  qu’un  terrible  orage  eut  emporte 
la  digue  qui  maintenait  les  eaux  de  l’étang.  A’ers  181-,  des 
travaux  entrepris  près  des  sources  ne  pénétrèrent  pas  jus- 
qu’aux restes  des  travaux  romains,  dont  la  partie  supérieure 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


449 


ne  fut  atteinte  que  lors  des  recherches  entreprises  en  1820  par 
le  marquis  Antoine  d'Espeuilles.  Depuis  lors,  des  découvertes 
successives  ont  permis  de  se  rendre  compte  de  la  disposition 
et  de  l'importance  des  ouvrages  anciens. 

Les  ingénieurs  romains  commencèrent  par  détourner  et 
endiguer  deux  ruisseaux  dont  les  eaux  venaient  se  mêler  à 
celles  des  sources  minérales,  et  ils  assurèrent  encore  l’isole- 
ment des  sources  en  les  environnant  d’une  épaisse  couche 
d'un  béton  dur  comme  du  granit. 

« En  1820,  disent  MM.  Collin  et  Charleuf  (1),  on  déblaya 
le  bassin  de  recette  des  eaux  de  la  Crevasse,  la  partie  la  plus 
ornée  des  travaux  antiques  (fig.  63).  On  y voyait  quatre  saillies 
semi-circulaires,  renfermant  autant  de  piédestaux  revêtus  de 


Fig.  64.  — SAINT-HONORÉ.  — BASSIN  DE  RECETTE  DES  SOURCES  INFERIEURES. 

D’après  le  plan  joint  au  Guide  de  Charleuf  et  Collin. 

1.  Enceinte  des  puits.  — 2.  2.  2.  Puits  des  sources.  — 3.  3.  Piscines  romaines.  — 

4.  4.  Canal  de  vidange  des  puits.  — 5.  5.  Ecoulement  des  eaux  froides  du  rocher. 


marbre  blanc  ; le  sol  était  dallé  de  ce  même  marbre,  qu’on 
suppose  avoir  été  tiré  de  Champrobert.  Le  réservoir  renfer- 
mait cinq  bassins  peu  profonds,  trois  circulaires  et  deux 
carrés,  taillés  dans  le  béton...  » 

« Les  fouilles,  reprises  en  1838,  mirent  à découvert  l’en- 
semble des  thermes  antiques  (fig.  64)  : tout  le  bassin  inférieur  de 
recette  des  sources  dites  de  la  Marquise,  sept  puits  communi- 
quant entre  eux  par  un  canal  revêtu  de  marbre,  une  piscine, 

(1)  Saint-Honoré-les-Bains.  Guide  médical  et  pittoresque,  1865. 

29 


450 


LA  GAULE  THERMALE 


un  dallage  de  calcaire  compacte  ou  pierre  lithographique  : ou 
reconnut  à ses  piles  de  briques  rondes,  à ses, conduits  de  cha- 
leur verticalement  disposés  l’hypocauste,  foyer  souterrain 
destiné  à chauffer  l’ensemble  de  l’édifice;  un  impluvium 
régnant  à l’entour  du  réservoir  isolait  les  eaux  froides  prove- 
nant, soit  des  pluies,  soit  des  suintements  du  rocher.  » 

Ces  découvertes  ne  firent  d’ailleurs  pas  connaître  l’intégra- 
lité des  thermes,  dont  il  apparaît  des  parties  nouvelles  chaque 
fois  que  des  travaux  de  fond  sont  pratiqués  aux  environs  de 
l’établissement  thermal.  Ainsi,  vers  1864,  on  arriva,  en  pous- 
sant une  galerie  vers  l’est,  à un  réservoir  'de  forme  ovalaire, 
de  0 m.  80  dans  son  plus  long  diamètre  sur  0 m.  50  de  profon- 
deur, bâti  en  pierres  sèches  reliées  entre  elles  par  une  mousse 
qui  s’était  conservée  verte  et  fraîche  (1). 

De  même,  pendant  l’hiver  1886-1887,  en  creusant  les  fonda- 
tions d’une  nouvelle  salle  de  douches,  on  découvrit,  outre  de 
nombreux  débris  de  tuiles  à rebords,  marbres,  poteries, 
tuyaux  d’hypocauste,  une  piscine  romaine,  un  couloir  revêtu 
de  stuc  peint  en  rouge  et  plusieurs  murs  de  petit  appareil, 
ainsi  qu’une  mosaïque  très  bien  conservée,  se  prolongeant, 
d’un  côté  sous  le  parc  de  l’établissement,  de  l’autre  sous  la 
butte  du  Casino  (2). 

A côté  de  l’établissement  thermal,  il  existait  à Saint-Honoré 
un  centre  important  de  population.  De  nombreuses  substruc- 
tions,  des  puits  antiques,  des  objets  mobiliers  découverts  en 
grand  nombre,  ont  permis  de  déterminer  remplacement  de 
l’agglomération  gallo-romaine,  qui  commençait  aux  environs 
de  l’église,  occupait  tout  le  massif  dtf  bourg  et  une  partie  de  la 
colline  s’inclinant  vers  les  bains,  et  se  prolongeait  à l'ouest, 
en  suivant  le  tracé  d’une  ancienne  voie,  jusqu’à  l’entrée  des 
bois.  Le  temple  de  la  divinité  locale,  à laquelle  était  dédiée 
l’inscription  dont  il  a été  question  plus  haut  (3),  devait  vrai- 

(1)  Docteur  Collin,  Eludes  médicales  sur  les  eaux  sulfureuses  de  Saint- 
IIonoré.  Congrès  scientifique  d’Autun,  1876. 

(2)  A.  Blanchet,  Statuette  en  lerrc  cuite  et  bronze  trouvés  à Saint- 
Honoré-les-Bains.  Revue  archéologique,  3e  série,  t.  XXI,  janvier-juin  1893. 

(3)  Voir  p.  206. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


451 


•semblablement  occuper,  au  sommet  de  la  colline,  remplace- 
ment de  l’ancienne  église,  dans  les  murs  de  laquelle  on  a 
reconnu  la  présence  de  nombreux  matériaux  romains. 

Le  Crot-Chaud.  — A peu  de  distance  de  Saint-Honoré,  sur 
le  versant  sud  de  la  Vieille-Montagne,  des  sources  dites  le  Crot- 
Chaud,  légèrement  sulfureuses,  et  dont  la  température  varie  de 
12  à do  degrés,  semblent  avoir  été  également  l'objet  d’un  tra- 
vail de  captage  à l’époque  gallo-romaine.  Elles  sont  recueil- 
lies dans  un  bassin  carré,  de  cinq  mètres  de  côté,  dont  les 
parois  sont  formées  de  grosses  pierres  granitiques.  Les  tra- 
vaux de  curage  opérés  dans  ce  bassin  y ont  fait  découvrir, 
ainsi  que  dans  un  champ  voisin,  de  nombreuses  tuiles  à 
rebords  (1). 

MM.  Bulliot  et  Thiollier  (2)  avaient  déjà  signalé  cette  source 
comme  devant  avoir  été  fréquentée  par  les  malades  gallo- 
romains  : « Les  revêtements  de  marbre  retirés  de  son  bassin 
an  font  foi.  » 

Saülx.  — Dans  le  voisinage  de  Decize,  près  du  château  de 
Saulx,  les  travaux  entrepris  en  1881  pour  recueillir  les  eaux 
d’une  source  minérale  ont  mis  à jour  des  travaux  de  captage 
gallo-romains.  « Le  bassin  était  formé  de  trois  cuvettes  car- 
rées, superposées;  celle  du  fond  était  la  plus  étroite,  celle  du 
haut  la  plus  large.  Deux  poutres  placées  [en  biais  soutenaient 
les  terres.  On  a recueilli  dans  ces  fouilles  des  poteries,  des 
ex-voto  en  terre  blanche  et  des  monnaies  allant  de  Domitien 
à Claude-le-Gothique  (3).  » 

Saint-Parize.  — Les  nombreuses  substructions  et  les  ves- 

(1)  Je  dois  ces  renseignements  à l’obligeance  de  M.  le  docteur  Comte, 
•de  Saint-Honoré-les-Baius,  qui  a bien  voulu  se  charger  d’aller  examiner 
sur  place  l’ctat  actuel  de  cette  source. 

(2)  La  Mission  et  le  culte  de  saint  Martin  d'après  les  légendes  et  les  mo- 
numents populaires  dans  le  pays  éduen,  1892. 

(3)  Bulliot  et  Thiolliek,  La  Mission  et  le  culte  de  saint  Martin.  — 
Blaxchet,  Les  Trésors  de  monnaies  romaines  et  les  invasions  germaniques 
en  Gaule , 1900. 


452 


LA  GAULE  THERMALE 


tiges  de  tous  genres  recueillis  aux  environs  du  village  de 
Saint-Parize,  dans  la  Nièvre,  permettent  d’affirmer  qu’il 
exista  là  une  agglomération  antique  d’une  certaine  importance, 
où  certains  archéologues  ont  voulu  voir  la  Gergovia  Boïorum 
dont  il  est  parlé  dans  César.  La  source  froide  de  Saint-Parize, 
remise  en  exploitation  depuis  peu,  fut  certainement  utilisée 
par  les  anciens  occupants,  ainsi  que  l’eau  de  la  Fontaine  des 
Vertus , située  à peu  de  distance. 

Greppo  (op.  cit.,  p.  279  et  280)  avait  déjà  signalé  la  décou- 
verte, à 10  ou  17  pieds  de  profondeur,  dans  le  bassin  de  la 
source  Saint-Parize,  d’une  grille  en  bois  et  de  trois  bassins, 
en  bois  également,  ayant  la  forme  de  baignoires,  auxquels  il 
attribuait  une  haute  antiquité,  par  analogie  avec  la  piscine  en 
charpente  découverte  au  Mont-Dore.  A la  Fontaine-des-Vertus, 
source  toute  proche  de  Saint-Parize,  on  avait  trouvé,  en  fai- 
sant des  déblais,  un  puits  en  forme  d’entonnoir  quadrangu- 
laire  ou  de  pyramide  renversée. 

Les  indications  fournies  à Greppo  n’avaient  pas  été  com- 
plètes, car  M.  Desforges,  dans  une  brochure  récente  (1),  men- 
tionne l’existence,  à une  date  peu  lointaine,  des  murs 
anciens  qui  entouraient  la  fontaine,  ainsi  que  de  son  bas-fond 
pavé  formant  trois  bassins  distincts  creusés  à six  mètres  de 
profondeur. 

Quant  à la  Fontaine  des  Vertus,  on  a retiré  de  ses  eaux  des 
fragments  de  poteries  ne  laissant  aucun  doute  sur  son  ancienne 
exploitation,  et  on  a mis  à jour,  non  loin  de  là,  il  y a une 
trentaine  d’années,  des  poteries  et  trois  piscines  reliées  entre 
elles  par  des  tuyaux. 

Pougues.  — L’existence  antique  de  Pougues,  au  point  de 
vue  thermal,  semble,  jusqu’à  présent  et  dans  l’état  actuel  des 
découvertes,  tout  au  moins  très  problématique.  Le  docteur 
bourbonnais  Jean  Banc  signalait  les  sources  en  ces  termes  : 

« Dans  l’entour  d’un  carré  de  murailles  de  XXV  ou  XXX 


(1)  Boïcns  et  Gorgobines. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


453 


pas,  il  s’en  trouve  deux  sources  insignes,  et  celle  cpii  est  à 
main  droite,  en  venant  du  bourg,  s’appelle  Saint-Léger  » ; 
mais  il  ajoute  : « Je  n’ay  point  appris  des  habitants  du  lieu 
que  leurs  anciennes  sources  susdites  ayent  des  autheurs 
nommez  de  leur  vieille  descouverture  et  adjencement.  » 
D’après  Le  Nivernois , Album  historique  et  pittoresque,  publié  en 
1840  : « Rien,  chez  les  écrivains  romains,  ne  peut  donner 
l'idée  que  ce  lieu  ait  été  connu  et  fréquenté  par  les  gens  de 
leur  nation  ; et  cependant  il  est  à peu  près  certain  qu’ils  y 
avaient  un  établissement.  A peu  de  distance  de  Fougues,  dans 
le  champ  de  Bretagne,  du  côté  de  la  Charité,  on  a trouvé  des 
briques  à rebord,  des  débris  de  marbres  étrangers  et  plusieurs 
tronçons  de  colonnes.  » Roubaud  (1)  se  borne  à reproduire 
ces  vagues  données,  qui,  d’après  lui,  fournissent,  relativement 
à l’ancienne  utilisation  de  ces  eaux,  une  probabilité  qui 
touche  de  bien  près  à la  certitude.  J’avoue  qu’en  ce  qui  me 
concerne  quelques  éléments  de  preuve  de  plus  ne  seraient  pas 
inutiles  pour  déterminer  ma  conviction  à cet  égard. 


(1)  Pougues.  Ses  eaux  minérales,  ses  environs,  1860. 


CHAPITRE  VI 


Région  de  l’Est  et  Vosges. 

Sermaize.  — Les  eaux  froides  de  Sermaize  (Marne)  étaient 
déjà  signalées  par  Greppo  (op.  cit.,  p.  273),  et  cela  unique- 
ment à raison  du  nom  de  Fontaine  des  Sarrasins  sous  lequel 
cette  source  était  connue  de  temps  immémorial.  « Comme  on 
ne  saurait,  dit-il,  supposer  une  invasion  des  Sarrasins  dans 
cette  contrée,  il  est  naturel  de  penser  que  là,  comme  ailleurs 
bien  souvent,  leur  nom  est  synonyme  de  païens,  c’est-à-dire 
de  Romains..  » 

Des  fouilles  opérées  dans  le  voisinage  de  la  fontaine  ont 
changé  cette  hypothèse  en  certitude,  en  mettant  au  jour  des 
traces  certaines  d’occupation  à l’époque  gallo-romaine  (1).  On  a 
trouvé,  outre  des  tuiles  à rebords  caractéristiques,  des 
médailles  en  grand  nombre  de  Néron,  Domitien,  Adrien 
Antonin  le  Pieux,  Commode,  Constantin,  Licinien  et  Julien, 
des  débris  d'armes,  deux  phallus  en  bronze,  la  partie  anté- 
rieure d’une  statuette  en  pâte  blanche,  des  vases  en  verre  et 
un  certain  nombre  d’ustensiles  divers  (2). 

Santenay.  — Dans  la  Côte-d’Or,  près  de  Santenav,  au  pied 
d’une  colline  où  s’élevait  un  temple  consacré  à Mercure  (3), 
naissent  deux  sources,  l’une  lithinée,  l’autre  salée,  qui  sont 

(1)  Bénard,  Notice  sur  quelques  objets  antiques  trouvés  près  de  la  fon- 
taine de  Sermaize,  1851.  — H.  Faure,  Notice  sur  la  source  minérale  de 
Sermaize.  Mémoires  de  la  Société  d'agriculture,  commerce,  sciences  et  arts 
du  département  de  la  Marne,  1857.  — Ch.  Remy,  Sermaize,  ville  d’eauar, 
1873. 

(2)  Ces  objets  figurent  dans  une  vitrine  placée  dans  l'atrium  de  l'éta- 
blissement minéral. 

(3)  Voir  p.  242. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


455 


encore  aujourd’hui  l'objet  d’une  exploitation  assez  active  dans 
un  petit  établissement  thermal.  Elles  ne  furent  certainement 
pas  inconnues  des  Romains,  qui  laissèrent  dans  le  village  de 
Santenay  de  nombreuses  traces  de  leur  séjour  : débris  de 
constructions,  débris  de  poteries  et  de  verreries,  médailles,  etc. 
Auprès  des  sources  memes,  on  découvrit  une  grande  quantité 
de  monnaies  romaines  d’époques  diverses,  dont  quelques- 
unes  étaient  recouvertes  d’une  couche  d’or  extrêmement 
mince  (1). 

Maizières.  — Le  hameau  de  Maizières  (Côte-d’Or),  à six 
kilomètres  d’Arnay-le-Duc,  possède  une  source  appelée  1a. 
Fontaine  Salée,  remise  depuis 
peu  d’années  en  exploitation 
et  qui  fut  connue  des  Romains 
et  utilisée  par  eux.  Le  captage 
antique,  retrouvé  dans  un 
excellent  état  de  conservation 
(fig.  65),  consistait  dans  une 
fosse  de  1 m.  20,  creusée  dans 
la  microgranulite,  fosse  où  la 
source  débouchait  par  les 
diaclases  de  la  roche.  Elle 
était  recouverte  d’une  dalle  en  grès,  munie  d’une  ouverture 
demi-circulaire,  sur  laquelle  s’élevait  un  puits  rectangulaire 
en  maçonnerie.  Un  drainage  fait  tout  autour  du  puits  complé- 
tait le  captage,  en  isolant  la  source  d’un  pré  marécageux 
qui  l’environne  (2). 

De  nombreux  objets  antiques  : tête  d’une  dea  en  calcaire, 
fragments  de  poteries,  statuettes  de  bronze,  tuiles,  tuyaux  de 

(1)  Girault,  Archéologie  de  la  Côte-d’Or,  1823.  — De  Longuy,  Notice 
archéologique  sur  Santenay.  Mémoires  de  la  Société  Eduenne,  nouvelle 
série,  t.  XII. 

(2)  De  Launay,  Recherches,  captage  et  aménagement  des  sources  thermo- 
minérales. Cours  professé  à l’École  des  mines,  18(.)9.  — Bulliot  et 
Thiollier,  La  Mission  et  le  culte  de  saint  Martin  d’ après  les  légendes  et  les 
monuments  populaires  dans  le  pays  Eduen,  1892,  p.  239. 


Fig.  65.  — COUPE  ET  PLAN  DU  CAP- 
TAGE DE  LA  SOURCE  DE  MAIZIÈRES. 

D’après  M.  l’ingénieur  De  Launay. 


456 


LA  GAULE  THERMALE 


plomb,  furent  découverts  aux  alentours,  ainsi  qu’une  certaine 
quantité  de  médailles  des  deux  Faustine,  de  Marc-Aurèle, 
Gratien,  etc. 


Alise-Sainte-Heine.  — Le  village  d’ Alise-Sainte-Reine,  l’an- 
cienne Alesia  assiégée  par  César,  possède  des  eaux  minérales 
de  très  modeste  réputation. 

Greppo  (op.  cit p.  448  à 453)  parle  assez  longuement  des 
découvertes  de  tous  genres  faites  sur  l’emplacement  de  la  ville 
antique  qui  se  substitua  à l’oppidum  gaulois,  et  fut,  on  en  a 
la  certitude  par  les  résultats  des  fouilles  actuellement  en 
cours,  une  des  cités  les  plus  florissantes  de  la  Gaule 
romaine  (4).  Le  savant  abbé  termine  le  chapitre  consacré  à 
Alesia  par  ces  mots  : « Je  ne  vois  pas  qu’on  ait  trouvé  à Alise 
aucun  reste  d’antiquité  qui  présente  un  rapport  certain  avec 
la  source  minérale,  à moins  qu’on  ne  veuille  y rattacher  quel- 
que partie  des  aqueducs,  ou  des  tuyaux  en  terre  ou  en  plomb 
qu’on  y a signalés  en  assez  grand  nombre  ; ce  qu’une  étude 
approfondie  des  localités  permettrait  peut-être  de  faire.  » 

J’ai  cru  devoir  cependant  citer  le  nom  d’ Alise  en  raison  de 
Fattribution,  fort  hypothétique  d’ailleurs,  du  dieu  topique 
vc vêtis  à sa  source  minérale  (2),  mais  je  dois  faire  observer 
que  les  recherches  qui  se  poursuivent  activement,  depuis  la 
fin  de  l’année  4905,  sur  le  plateau  d’Alise  n’ont  apporté 
aucun  élément  permettant  de  conclure  à l’utilisation  ancienne, 
dans  un  but  balnéaire  ou  médical,  de  la  source  minérale  qui  y 
prend  naissance. 

Bourbonne- les- Bains.  — Depuis  longtemps  déjà  les  fouilles 
pratiquées  dans  le  sol  de  Bourbonne  avaient  permis  de  cons- 


(1)  Les  recherches  sur  le  plateau  d’Alisc  ont  été  reprises,  à la  fin  de 
4905,  par  la  Société  des  sciences  historiques  et  naturelles  de  Semur. 
Elles  ont  déjà  amené  la  découverte  des  substructions  de  plusieurs  édi- 
fices et  d’un  certain  nombre  d’habitations  privées,  ainsi  que  d’œuvres 
d’art  et  d’une  quantité  d’objets  de  toute  espèce,  dont  quelques-uns,  du 
plus  haut  intérêt,  sont  conservés  dans  un  petit  musée  local. 

(2)  Voir  p.  207. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


457 


tater  la  présence  d'importants  travaux  antiques  et  amené  la 
découverte  de  nombreux  objets  mobiliers  et  débris  de  cons- 
truction, attestant  l’existence  en  ce  lieu  d'une  agglomération 
considérable  aux  temps  gallo-romains.  Les  différents  ouvrages 
reconnus  avaient  été  étudiés  avec  soin,  et  l'on  avait  déjà  tenté 
de  saisir  le  lien  qui  les  unissait,  lorsque  des  travaux,  exécutés 
en  1874  et  1875,  vinrent  donner  de  l’établissement  thermal 
ancien  une  idée  d’ensemble,  qui  a fait  l’objet  d’une  très  inté- 
ressante étude  de  M.  l'ingénieur  des  mines  Rigaud  (1),  étude 
à laquelle  nous  ferons  de  larges  emprunts. 

Un  rapport  de  l'ingénieur  de  Yaraigne  (2),  en  1783,  signa- 
lait déjà  la  découverte  de  ca- 
veaux souterrains  voûtés, 
paraissant  avoir  servi  d’étu- 
ves, de  deux  bassins  en  pierre, 
d'un  autre  bassin  revêtu  en 
plomb,  où  se  rendaient  deux 
tuyaux,  dont  l’un  amenait  de 
l’eau  froide,  et  de  tout  un 
système  de  canalisation  à 
l’aide  de  tuyaux  en  plomb 
(fig.  66).  En  1808,  un  mé- 
moire de  Lebrun  (3)  décrit  en 
ces  termes  d’autres  travaux 
souterrains  : « Un  aqueduc 
voûté  qui,  dans  sa  partie 
sud,  se  divisait  en  quatre 
branches  évasées  entre  elles 
en  forme  de  quadrilatère 
rectangle.  Au  radier  du  fond  de  cet  aqueduc  étaient  quatre 

(1)  Notice  sxir  les  travaux  exécutés  à Bourbonne-les-Bains.  Annales  des 
Mines,  7e  série,  t.  XVII,  1880. 

(2)  Bapport  des  travaux  entrepris  par  M.  le  comte  d’ Avaux,  aux  bains 
et  eaux  minérales  de  Bourbonne.  Dans  la  Bibliotheca  Borvoniensis  du 
docteur  E.  Bougard,  1866,  p.  469  et  suiv. 

(3)  Mémoire  de  Lebrun,  inspecteur  en  chef  des  ponts  et  chaussées,  concer- 
nant les  eaux  minérales  et  thermales  de  Bourbonne.  Bibliotheca  Borvo- 
niensis, p.  496  et  suiv. 


D’après  le  plan  joint  au  mémoire  de  l’in- 
génieur de  Varaigne. 

A.  B.  Caveaux  parallèles  qui  ont  servi 
d’étuves.  — C.  Caveau  où  passe  un 
tuyau  de  plomb  d’eau  froide.  — D.  Ca- 
veau avec  tuyau  allant  à la  source.  — 
E.  Bassin  revêtu  de  plomb.  — F.  Puits 
de  la  source  minérale.  — I.  Tuyau 
d’eau  froide.  — L.  Tuyau  tiré  de  la 
source.  — P.  Q.  Tuyaux  amenant  de 
l’eau  tiède  dont  on  ignore  l’origine.  — 
G.  H.  Pilastres. 


458 


LA  GAULE  THERMALE 


cases  ou  chambres,  d’environ  1 m.  30  de  côté,  en  pierre  de 
taille.  Au  centre  de  chacune  de  ces  cases  se  montraient  les 
orifices  d’autant  de  tubes  verticaux  en  plomb,  de  dix  centi- 
mètres de  diamètre,  avec  des  restes  de  robinets  en  cuivre  qui 
avaient  été  scellés  sur  ces  orifices...  Au  moment  de  la  réfec- 
tion, en  1784,  cet  aqueduc  ne  pouvant  plus  servir,  il  fut 
démoli,  mais  en  réservant  son  radier  et  les  orifices  des  tubes 
de  plomb.  » 

Dans  sa  remarquable  étude  sur  les  antiquités  de  Bour- 
bonne  (1),  Dugas  de  Beaulieu  mentionnait,  comme  antérieure 
aux  découvertes  de  1783,  la  mise  au  jour  d’un  bassin  octogone 
en  briques,  se  vidant  par  le  fond  dans  un  petit  canal  qui  con- 
duisait ses  eaux  à l’Apance.  Après  avoir  analysé  les  trou- 
vailles de  la  fin  du  dix-huitième  siècle,  il  indiquait  qu’à  une 
époque  plus  récente  on  avait  rencontré  de  nouvelles  substruc- 
tions,  des  cellules  en  pierres  de  taille,  des  fûts  de  colonnes  et 
des  chapiteaux,  qui  lui  semblaient  avoir  dû  supporter  la  toi- 
ture d’une  galerie  servant  de  promenoir  aux  baigneurs  et  qui 
devait  être  terminée,  à l’une  de  ses  extrémités,  par  un  édicule 
consacré  aux  dieux  de  la  source. 

Mais  c’est  au  cours  de  travaux  considérables  exécutés  en 
1874  et  en  1875  pour  l’aménagement  des  sources  thermales, 
que  furent  faites,  outre  des  trouvailles  importantes  de 
médailles  et  d’objets  divers,  des  découvertes  à la  suite  des- 
quelles les  procédés  de  captage  employés  à Bourbonne  et  le 
plan  général  des  établissements  antiques  nous  sont  nettement 
apparus.  Le  docteur  Ath.  Renard  (2),  à la  suite  d’un  mémoire 
sur  Bourbonne,  donnait  quelques  détails  sur  ces  travaux,  qui 
avaient  fait  réapparaître  les  anciennes  étuves  et  la  galerie 
souterraine  déjà  reconnues  en  1783  et  1784,  et  remis  au  jour, 
pour  la  première  fois,  deux  files  parallèles  de  colonnes, 
situées  à 3 m.  50  en  contre-bas  du  sol  actuel  de  la  place  des 

(1)  Mémoire  sur  les  antiquités  de  Bourbonne-les-Bains.  Mémoires  de  la 
Société  des  antiquaires  de  France,  t.  XXV,  1859. 

(2)  Bourbonne  ; son  nom,  ses  origines,  ses  antiquités  gallo-romaines,  scs 
établissements  thermaux,  etc.  Mémoires  de  la  Société  historique  et  archéo- 
logique de  Langues,  t.  II,  p.  309  et  suiv.,  et  appendice,  p.  331. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


459 


Bains,  une  porte  massive  couronnée  de  son  cintre,  des  ves- 
tiges d’escaliers  ou  de  gradins,  et  des  débris  nombreux  de 
revêtements  et  de  pavages  en  marbres  de  nuances  très  variées. 
M.  l’ingénieur  lligaud,  dans  la  notice  à laquelle  j’ai  fait  allusion 
tout  à l'heure,  a résumé  tout  ce  que  les  travaux  souterrains 
dont  le  sol  de  Bourbonne  a été  le  théâtre  nous  ont  appris  sur 
les  ouvrages  qui  ont  précédé,  dans  la  vallée  de  la  Borne,  les 
établissements  thermaux  actuels. 

Les  Romains,  placés  en  présence  du  marais  chaud  formé 
par  le  mélange  des  eaux  d’un  ruisseau  et  des  sources  ther- 
males, opérèrent  le  captage  de  ces  dernières  en  enlevant  les 
alluvions  jusqu’à  la  rencontre,  à 6 m.  50  de  profondeur,  des 
couches  argileuses  en  place,  avec  source  bien  définie,  émer- 
geant sur  un  espace  de  quelques  mètres  carrés,  avec  un  puis- 
sant débit.  Le  fond  de  cette  fouille  fut  rempli  d’une  couche  de 
béton,  dans  laquelle  était  réservée,  pour  le  passage  des  eaux 
thermales,  une  ouverture  entourée  de  maçonnerie  en  forme 
de  puits  : c’est  ce  qu’on  appelle  le  Puisard  romain.  La  couche 
de  béton  fut  ensuite  prolongée  sur  toute  la  zone  d’émergence 
des  sources,  en  y réservant,  pour  le  passage  de  certaines 
autres  sources,  quelques  orifices,  sur  lesquels  on  établit  des 
tuyaux  de  plomb  à joints  de  bronze  « dont  l’extrémité  abou- 
tissait au  radier  d'une  galerie,  et  se  trouvait  probablement 
prolongée  par  un  tuyau  de  plomb  faisant  partie  de  la  distri- 
bution générale,  et  conduisant  les  eaux  thermales  aux  appa- 
reils balnéaires  (1).  » 

(1)  M.  Rigaud  (op.  cit.)  donne  les  très  intéressants  détails  qui  suivent 
sur  le  procédé  de  tubage  d’une  do  ces  sources  secondaires  : « Le  tubage 
de  la  source  n°  2 se  composait  de  tuyaux  de  plomb  de  2 mètres  de  lon- 
gueur et  de  0ml 0 de  diamètre  intérieur,  profondément  corrodés,  mais 
dont  un  fragment  en  meilleur  état  permettait  de  lire  : cinnamvs  fec.  Ces 
deux  tuyaux  avaient  un  centimètre  d’épaisseur.  Ils  étaient  réunis  au 
moyen  d’un  cône  tourné  en  bronze;  la  construction  de  cet  assemblage 
est  fort  curieuse.  Il  est  évident  que  le  tuyau  intérieur  était  soudé  au  bout 
femelle.  On  logeait  une  bague  de  plomba  l’intérieur,  dans  une  petite  rai- 
nure ménagée  à cet  effet;  puis  on  présentait  le  bout  mâle,  soudé  à un 
autre  tuyau,  Par  .simple  pression,  et  par  écrasement  de  la  rondelle  de 
plomb,  le  joint  pouvait  être  hermétique.  Des  pierres  de  grès  de  0"‘70  de 
côté  et  de  0m50  de  hauteur,  percées  d’un  trou  central  de  0"'22  de  dia- 
mètre, étaient  ensuite  enfilées  comme  des  bagues  autour  de  ces  tuyaux 


460 


LA  GAULE  THERMALE 


Des  murs  verticaux  et  des  galeries  de  drainage,  en  commu- 
nication avec  un  aqueduc  principal,  isolaient  la  masse  de 
béton  de  l’afflux  des  eaux  douces. 

C’est  également  dans  l’excavation  creusée  pour  le  captage, 
et  dans  le  voisinage  de  la  source  du  Puisard,  que  furent  placés 
les  établissements  thermaux  (fig.  67).  ils  comprenaient  des 
piscines  et  des  étuves  ; aucune  trace  de  baignoires  n’a  été  ren- 
contrée au  cours  des  fouilles.  La  grande  piscine  à gradins 
(7  mètres  sur  3 mètres)  avait  ses  parois  en  briques  et  des 


Fig.  67.  — THERMES  DE  B O U R B O N N E - L E S - B A I N S . 

D’après  le  plan  joint  au  rapport  de  M.  Rigaud. 

P.  P.  P.  Piscines.  — Q.  Q.  Étuves.  — T.  Temple. 


degrés  en  pierre  blanche.  Une  petite  galerie  renfermant  un 
gros  tuyau  de  plomb  circulait  le  long  du  dallage.  La  chambre 
qui  contenait  cette  piscine  était  recouverte  d’une  voûte,  et, 
dans  la  muraille,  des  deux  côtés  de  la  porte,  étaient  creusées 
deux  niches  cintrées  peu  profondes,  dont  une  seule  fut 
déblayée  et  fournit  le  buste  en  bronze  désigné  sous  le  nom  de 
Damona  (1). 

« Sur  la  salle  de  la  grande  piscine,  à l’est,  s’ouvraient  deux 

et  réunies  par  une  mince  couche  de  ciment.  Enfin,  après  1 achè\  cm  ont. 
de  la  colonne,  tout  l’espace  libre  était  rempli  de  mortier  de  ciment  et  ( e 
tuileaux,  formant  une  seconde  enveloppe  imperméable.  » 

(1)  Voir  p.  220. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  461 

très  petites  piscines,  de  1 mètre  carré  chacune,  placées  au- 
dessus  du  niveau  du  dallage,  et  limitées  par  une  pierre  de 
taille  de  0 m.  60  de  hauteur.  Au  delà  de  ces  deux  piscines,  il 
y en  avait  deux  autres  plus  grandes,  ayant  3 et  4 mètres  de 
côté,  et  probablement  d’autres  petites  cachées  sous  des  rem- 
blais. » Ces  piscines  semblaient  avoir  été  plus  luxueuses  que 
la  grande,  et  leurs  parois  étaient  revêtues  de  marbres  blancs, 
noirs  et  de  couleurs  dont  il  a été  retrouvé  de  nombreux  frag- 
ments. 

Au-dessus  du  bâtiment  des  piscines,  des  chambres  entière- 
ment revêtues  à l’intérieur  d’une  fausse  paroi  formée  de 
tuyaux  de  terre  à section  rectangulaire  avaient  dû  servir 
d'étuves.  L’emplacement  de  l’ancien  foyer  de  chauffage  a pu 
même  être  déterminé. 

Enfin  M.  Rigaud  a signalé,  autour  du  Puisard  romain,  des 
galeries  souterraines  profondes,  établies  immédiatement  au- 
dessus  du  béton,  qui  semblent  avoir  été  utilisées  comme 
étuves  à chauffage  naturel,  et,  dans  la  galerie  à l’est  du  Pui- 
sard, le  puits  revêtu  de  plomb  (0  m.  50  de  diamètre  et  1 m.  20 
de  profondeur),  dont  il  était  déjà  question  èn  1783,  muni  de 
deux  robinets  qui  y amenaient  à volonté  l’eau  thermale  et 
l’eau  douce  froide,  pour  des  bains  à température  variée. 

Entre  les  deux  parties  du  bâtiment  thermal  s’élevait  l’édi- 
fice à colonnes,  dont  nous  avons  parlé  antérieurement,  et  que 
M.  Rigaud,  dans  sa  notice,  a décrit  et  étudié  avec  grand  soin 
sous  le  nom  de  Temple.  Nous  ne  reviendrons  pas  ici  sur  ce 
que  nous  avons  déjà  dit  à . ce  sujet. 

Une  dernière  galerie  fut  découverte  en  1887,  pendant  les 
travaux  de  fondation  d’un  nouveau  bâtiment,  à l’hôpital 
militaire  (1).  Cette  galerie,  assise  sur  une  épaisse  couche  de 
béton  d’une  extrême  dureté,  était  entièrement  voûtée  et  un 
revêtement  de  ciment  recouvrait,  vers  la  base,  la  maçonnerie 
des  parois.  Sur  le  sol  se  prolongeait,  parallèlement  à la  voûte, 


(1)  Lacoudajhe,  Fouilles  faites  à Bourbonne-les-Bains  en  1SS7.  Bul- 
letin de  la  Société  historique  et  archéologique  de  Langues,  t.  III. 


4G2 


LA  GALLE  THERMALE 


xi  ne  assise  de  pierres  de  taille,  creusées  à l’intérieur  de 
manière  à renfermer  et  protéger  un  tuyau  de  plomb,  de  forme 
ovalaire,  portant,  gravés  au  burin,  les  mots  cinnamvs  fbcit. 
Cette  galerie  n’ayant  été  fouillée  que  sur  une  longueur  de 
20  mètres  environ,  et  ses  deux  extrémités  restant  ignorées, 
on  ne  peut  que  faire  des  conjectures  sur  sa  destination.  Dans 
la  galerie  meme,  à un  point  où  la  voûte  s’était  effondrée,  on 
a recueilli  trois  chapiteaux  corinthiens  en  pierre,  qui  prove- 
naient vraisemblablement  de  la  chute  d’une  construction 
supérieure. 

Du  reste,  toute  la  région  qui  environnait  le  captage  romain 
devait  être  couverte  d’édifices  élevés  avec  un  certain  luxe,  car 
toutes  les  excavations  ouvertes  dans  ces  parages  ont  mis  à 
jour  des  chapiteaux  de  marbre  blanc,  des  colonnes  d’albâtre 
et  des  débris  de  divers  matériaux  de  construction. 

Luxeuil.  — Nous  ne  reviendrons  pas  sur  les  discussions 
que  les  fameuses  inscriptions  dont  nous  avons  parlé  plus  haut 
ont  fait  naître  au  sujet  de  la  haute  antiquité  de  Luxeuil,  et 
nous  nous  bornerons  ici  à exposer  brièvement  ce  que  le 
hasard  des  découvertes  nous  a permis  de  connaître  de  l’an- 
cienne cité  thermale. 

11  semble,  tout  d’abord,  bien  établi  que  les  sources  ont  été 
l’objet  d’une  utilisation  préromaine.  Des  restes  de  construc- 
tions grossières,  ne  portant  pas  l’empreinte  de  la  main- 
d’œuvre  romaine;  la  trouvaille,  sous  un  dépôt  ancien,  de  sta- 
tuettes de  bois  de  chêne  d’un  caractère  très  archaïque;  celle 
de  nombreux  fragments  de  poteries  noires,  brutes  et  nette- 
ment gauloises  (Delacroix),  sont,  à cet  égard,  autant  de  pré- 
somptions rendant  vraisemblable  la  très  ancienne  utilisation 
des  eaux  sur  ce  point. 

Cette  station  avait  pris,  à l’époque  gallo-romaine,  une 
importance  considérable,  dont  témoignent  de  nombreux  ves- 
tiges de  constructions,  les  monuments  funéraires  trouvés  en 
grand  nombre,  ainsi  que  la  quantité  prodigieuse  d'objets  de 
toute  nature*  recueillis  dans  son  sol.  « Ces  monuments  de 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


463 


l'antiquité  étaient  assez  nombreux,  dit  Chapelain  (1),  pour 
que,  sur  la  fin  du  siècle  dernier,  des  habitants  de  Luxeuil  en 
pussent  former  jusqu’à  sept  collections  dans  lesquelles  se 
trouvaient  des  pierres  gravées,  des  mosaïques,  des  bijoux  en 
or,  en  argent  et  en  cuivre,  des  camées,  des  armes,  des  lacry- 
matoires,  des  vases,  des  poteries  sur  lesquelles  étaient  repré- 
sentés en  relief  des  fêtes,  des  combats  de  gladiateurs,  des 
triomphes,  des  courses,  des  danses,  des  chasses,  etc.  » 

D’après  les  données  fournies  par  les  fouilles  et  le  plan,  très 
hypothétique  d’ailleurs,  de  la  ville  antique,  dressé  par  le  béné- 
dictin dom  Grappin,  celle-ci  aurait  eu  une  forme  allongée,  et 
sa  plus  grande  étendue  aurait  été  de  1,200  mètres,  entre  deux 
portes  qui  s’ouvraient  l’une  au  nord,  l’autre  au  sud,  et  dont 
les  fondations  ont  été  retrouvées  en  1740  et  1745.  Chapelain 
(op.  cit.)  signalait  également  la  découverte,  en  1763,  sur  la 
place  du  Marché,  d’un  temple  du  Mercure  gaulois,  et,  en  1784, 
celle  des  débris  d’un  temple  de  Diane,  dans  l’ancienne  cour 
de  l’abbaye,  vis-à-vis  du  cloître . — Sans  nous  étendre  plus 
longuement  sur  l’étude  générale  du  Luxeuil  antique,  nous 
nous  bornerons  à dire  quelques  mots  de  la  partie  qui  nous 
intéresse  spécialement  ici,  celle  qui  a rapport  aux  eaux  ther- 
males. 

Les  bains  étaient  situés  à peu  près  au  centre  de  la  ville,  le 
long  d’une  grande  voie  qui  les  traversait  du  sud  au  nord.  Des 
découvertes  successives  ont  mis  à jour  les  restes  de  deux 
grandes  salles  voûtées  pavées  en  albâtre  (?)  et  mosaïques;  trois 
bassins,  deux  de  forme  circulaire,  l’autre  rectangulaire,  où 
l’on  descendait  par  des  degrés;  des  espèces  de  stalles  creusées 
dans  le  roc  pour  les  baigneurs;  un  bel  aqueduc,  construit  en 
assises  alternatives  de  grand  et  de  petit  appareil,  qui  recevait 
les  eaux  de  vidange  des  bains;  des  rangées  de  pilastres  et  des 
débris  de  longues  pièces  de  bois  à demi  consumées,  entremê- 
lées de  tuileaux,  qui  ont  dû  appartenir  à des  promenoirs  ou  à 
des  galeries  dépendant  des  thermes.  « Il  devient  évident  par 

(1)  Propriétés  physiques,  chimiques  et  médicinales  des  eaux  minéro-thcr- 
males  de  Luxeuil,  avec  quelques  recherches  historiques,  1859. 


464 


LA  GAULE  THERMALE 


là  que  le  principal  système  adopté  pour  les  constructions 
accessoires  des  thermes  de  Luxeuil  associait  largement  le  bois 
à la  pierre  du  pays.  C’étaient  de  longs  portiques,  formés  de 
piles  en  grès  couronnées  de  sablières  et  supportant  de  vastes 
combles  (1).  » Malheureusement  ces  découvertes,  qui  ont  tou- 
jours été  dues  au  hasard  et  non  à des  fouilles  régulièrement 
conduites,  ne  semblent  pas  avoir  été  soigneusement  relevées, 
et  il  est  fort  difficile  de  déterminer  avec  quelque  certitude  le 
plan  d'ensemble  de  l’établissement  antique  de  Luxeuil. 

Le  captage  des  eaux  de  cette  station  présente  un  intérêt 
tout  particulier,  à raison  du  soin  qu’ont  mis  les  ingénieurs 
romains  à éviter  le  mélange  des  eaux  ferrugineuses  froides  et 
des  eaux  salines  thermales,  qu’on  y rencontre  côte  à côte.  Les 
travaux  entrepris  dans  ce  but  démontrent  de  la  façon  la  plus 
évidente  que  les  anciens  distinguaient  parfaitement  les  carac- 
tères particuliers  des  eaux  minérales,  et  la  précaution  ainsi 
prise  d’isoler  des  eaux  de  natures  différentes  prouve  bien 
qu’ils  savaient  les  employer  à des  usages  distincts. 

Pour  arriver  aux  eaux  thermales,  dit  le  docteur  Stourme  (2), 
un  ruisseau  fut  détourné  de  son  cours  naturel  et  rejeté  plus  à 
l’est.  Puis  on  creusa  pour  rechercher  les  griffons  et  on  les 
trouva,  à une  profondeur  de  deux  à trois  mètres,  sur  un  banc 
de  grès  vosgien.  Enfin,  on  construisit,  pour  chacun  d’eux, 
une  cheminée  formée  d’anneaux  de  pierre  superposés,  et  l’on 
coula,  dans  les  intervalles,  des  masses  de  béton  destinées  à 
empêcher  les  eaux  de  s’échapper.  Les  eaux  ainsi  collectées 
furent  conduites  à destination  par  un  canal,  souterrain  d’abord, 
puis  en  tranchée  profonde,  qui  sert  encore  de  nos  jours. 

D’après  les  renseignements  fournis  par  Delacroix  (3)  et  le 

(1)  Delacroix,  Luxeuil  : Ville,  abbaye,  thermes.  Mémoires  de  la  So- 
ciété d’émulation  du  Doubs,  4e  série,  vol.  III,  1867. 

(2)  Mémoires  de  la  Société  d’émulation  du  Doubs.  Séance  du  3 avril  1897  : 
lecture  d’un  travail  de  M.  le  docteur  Stourme  intitulé:  Essai  sur  les  bains 
gallo-romains  de  Luxeuil  et  le  mode  de  captation  de  leurs  sources. 

(3)  Etudes  sur  Luxeuil.  Un  céramique  gallo-romain  et  la  déesse  Brida, 
1857.  Notice  sur  les  fouilles  faites  en  1857  et  1858  aux  sources  ferru- 
gineuses de  Luxeuil.  Mémoires  de  la  Société  d’ émulation  du  Doubs, 
vol.  VII,  1862. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


465 


docteur  Stourme  (op.  cit.),  les  eaux  ferrugineuses  étaient  cana- 
lisées par  une  série  de  murs  de  drainage,  engagés  dans  le 
rocher,  et  disposés  au-dessus  d'un  vaste  barrage  en  béton, 
destiné  à former  leur  limite  inférieure  et  à les  empêcher  de 
s’étendre  au  delà.  Les  eaux  ainsi  drainées  étaient  recueillies 
dans  une  galerie  en  grès  de  gros  appareil,  à deux  étages.  Les 
parois  latérales  de  la  cuvette  inférieure  étaient  formées  de 
forts  plateaux  de  chêne,  posés  de  champ,  doublés  d’un  mur 
grossier  et  sans  ciment.  Cette  cuvette  était  séparée  de  la 
voûte  par  une  rangée  de  dalles  en  pierre,  dont  la  mobilité 
permettait  de  surveiller  le  canal  inférieur  et  de  l’empêcher  de 
s’envaser. 

Des  fouilles  pratiquées  en  1851  et  1855  avaient  également 

fait  reconnaître  un  puits,  dit  le  Puits  romain , fondé  sur  le  roc 

et  entouré  d’un  massif  de  terre  glaise  de  près  de  deux  mètres 

d’épaisseur,  assis  lui-même  sur  un  béton  de  ciment  tellement 

dur  que  l’on  dut  faire  jouer  la  mine  pour  déblayer  le  terrain 
« 

et  parvenir  à la  roche  vive  (1).  A la  partie  supérieure  du 
massif  de  glaise  était  adapté  un  conduit  de  plomb  de  0 m.  35 
de  circonférence,  continué  par  des  tuyaux  en  bois  de  chêne 
où  coulait  l’eau  recueillie  dans  le  puits.  D’après  M.  Leconte  (2), 
les  ingénieurs  antiques  avaient  su  y réunir  une  source  ferru- 
gineuse et  le  produit  de  deux  sources  salines  destinées  à en 
élever  la  température.  « On  remarque,  ajoute-t-il,  que  la 
source  du  Puits  romain  consistait  en  griffons  thermaux,  jail- 
lissant des  fissures  et  failles  du  grès  bigarré,  de  27  à 
32  d/2  degrés,  dont  quelques-uns  ferrugineux.  Ces  griffons 
étaient  réunis  au  fond  d’un  puits  circulaire  maçonné,  de 
0 m.  50  de  diamètre  et  de  1 m.  (35  de  hauteur.  Suivant  trois 
directions,  des  suintements  ferrugineux,  recueillis  dans  une 
cuvette  de  drainage  et  conduits  dans  des  rigoles  de  pierre,  se 
rendaient  à ce  puits.  La  source  du  Puits  romain  était  donc  un 
mélange  de  grillons  thermaux  de  27  à 32  d/2  degrés,  et  de 

(1)  Chapelain,  op.  cit. 

(2)  Rapport  sur  V établissement  et  les  eaux  thermales  de  Luxcuil.  An- 
nales de  la  Société  d’hydrologie  médicale  de  Paris,  t.  VI,  1859-1860. 


30 


466 


LA  GAULE  THERMALE 


suintements  ferrugineux  d’une  température  de  17  degrés.  » 

Gomme  on  le  voit,  la  thérapeutique  ancienne  avait  à sa  dis- 
position, aux  thermes  de  Luxeuil,  des  moyens  d’action  variés. 
Il  semble  également  qu’une  source  d’une  pureté  remarquable, 
celle  du  Pré-Martin,  fut  anciennement  l’objet  de  travaux  de 
captage  et  de  protection  contre  l’arrivée  des  eaux  ferrugi- 
neuses. Le  rapport  sur  des  travaux  qui  y furent  opérés 
en  1865  a signalé  la  découverte  de  deux  rangées  parallèles  de 
colonnes,  l’une  à l’est,  avec  un  mur  de  gros  moellons,  l'autre 
à l’ouest,  avec  divers  travaux  d’enceinte  et  d’étanchement, 
qui  ne  permettent  pas  de  douter  de  l’existence,  à l’époque 
gallo-romaine,  d’un  vaste  bassin  au  milieu  duquel  émergeait 
la  source  (1). 

Plombières.  — La  situation  de  Plombières,  telle  que  la  trou- 
vèrent les  Romains,  au  fond  d’une  vallée  très  étroite,  encaissée 
par  des  berges  rapides  entre  lesquelles  coulait  le  torrent  de 
l’Eaugronne,  mélangé  aux  eaux  des  sources  chaudes  surgis- 
sant de  son  lit,  nécessita  pour  l’aménagement  des  sources  des 
travaux  considérables,  dont  le  substratum  a été  mis  à décou- 
vert sur  une  vaste  étendue,  et  qui  nous  montrent  une  fois  de 
plus  la  fertilité  de  ressources  et  la  perfection  dans  l’exécution 
déployées  par  les  ingénieurs  romains  dans  les  travaux  hydrau- 
liques de  ce  genre.  Une  partie  de  ces  travaux  avait  déjà  été 
vue  par  l’apothicaire  Rouvray  (2),  lorsqu’il  fut  chargé, 
en  1702,  par  le  duc  de  Lorraine  Léopold,  de  remettre  en  état 
les  étuves  et  bassins  (3).  Dom  Calmet,  abbé  de  Senones  (4), 

(1)  Delacroix,  Luxeuil  ; ville,  abbaye,  thermes. 

(2)  Petit  traité  des  eaux  de  Plombières. 

(3)  M.  Parisot,  dans  l’édition  refondue  par  lui  de  l’ouvrage  de  Hau- 
monté.  Plombières  ancien  et  moderne,  cite  des  passages  relatifs  aux  tra- 
vaux romains,  extraits  des  ouvrages  suivants,  antérieurs  à celui  de 
Rouvray  : Toignard,  médecin  de  Charles  III  de  Lorraine,  1581,  Entier 
discours  de  la  vertu  et  propriété  des  bains  de  Plombières,  fol.  25.  — Tht- 
bourel,  chirurgien  de  l’évêque  de  Verdun,  1611,  Hydrothérapie  pulmé- 
riane.  (Manuscrit,  liv.  I,  chap.  ii.)  — Berthemin,  médecin  ordinaire  du 
duc  de  Lorraine,  1615,  Discours  des  eaux  chaudes  et  bains  de  Plombières, 
p.  74. 

(4)  Traité  historique  des  eaux  et  bains  de  Plombières,  de  Bourbonne,  de 
Luxeuil  et  de  Bains,  MDCGXLVIII. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


467 


nous  en  a également  laissé  une  description  qui  ne  manque 
pas  d’exactitude;  mais  il  a fallu  arriver  aux  grands  travaux 
exécutés  à une  époque  plus  récente  pour  faire  jaillir  du  sol 
l’ensemble  de  l’œuvre  romaine  et  permettre  de  l’apprécier 
plus  complètement  dans  toutes  ses  parties. 

Le  premier  soin  des  ingénieurs  antiques  fut  d’empêcher  la 
dispersion  dans  le  fond  de  la  vallée  des  eaux  du  torrent,  en 
les  emprisonnant  dans  un  lit  artificiel  suspendu  au  rocher  de 
la  rive  gauche;  ce  canal,  large  au  fond  de  six  mètres,  com- 
portait deux  murs  de  pierre,  le  long  desquels  régnait  un  trot- 
toir de  0 m.  33  de  haut,  et  un  fond  en  béton  recouvert  de 
dalles  de  grès.  Ensuite,  afin  d’empêcher  l’écoiüement  des  eaux 
thermales  vers  l’aval,  on  ferma  la  vallée  transversalement  par 
un  barrage  en  béton  de  trois  mètres  d’épaisseur,  descendant 
jusqu’à  la  roche.  En  arrière  du  barrage,  sur  toute  la  surface 
des  alluvions,  on  établit  une  puissante  couche  de  béton  fait 
de  chaux,  de  cailloux  brisés  et  de  fragments  de  tuiles  jetés  à 
bain  de  mortier,  au  travers  de  laquelle  des  puits  garnis  de 
tubes  en  pierre  furent  réservés  pour  le  passage  des  sources 
chaudes  (1).  Cet  ensemble  fut  complété  par  l’établissement  de 
rigoles  en  pierre  autour  des  divers  édifices  et  au  bas  des 
coteaux,  pour  recueillir  les  eaux  froides  et  les  empêcher  de 
se  mélanger  aux  eaux  thermales.  Les  eaux  ainsi  drainées 
étaient  conduites  dans  un  canal  qui  traversait  tout  le  radier 
et  le  barrage  de  béton,  en  aval  duquel  il  venait  se  déverser 
dans  l’Eaugronne. 

Dom  Calmet  avait  déjà  entrevu  l’ensemble  de  ces  travaux, 
et  il  nous  parle  (op.  cit.)  « d’un  fond  solide  qui  règne  dans 
toute  la  ville  de  Plombières,  et  qui  est  une  couche  fort  haute 
de  cailloutage,  de  tuilleaux  et  autres  matières  dures  jetées  à 
bain  de  ciment,  que  l’on  a toujours  trouvée  dans  tous  les 
endroits  où  l’on  a travaillé...  Elle  est  ventousée  (pour  ainsi 

(1)  La  qualité  de  ce  ciment  était  telle,  qu’à  riuondation  de  1770,  le 
torrent,  en  passant  dans  la  me,  avait  enlevé  le  pavé  et  le  sous-sol,  jus- 
qu’au ciment  sur  lequel  il  n’avait  pu  mordre;  on  put  alors  le  voir  dans 
toute  son  étendue,  depuis  l’étuve  Bassompierre,  jusqu’au  delà  du  bain 
des  Capucins.  (IIaumonté,  Plombières  ancien  et  moderne.) 


468 


LA  GAULE  THERMALE 


parler)  de  grandes  conduites  taillées  dans  de  grands  blocs  de 
pierre  dure,  qui  régnent  le  long  du  pied  de  la  montagne  sep- 
tentrionale, avec  des  rameaux  qui  retournent  d’espace  en 
espace  vers  la  rivière,  pour  y porter  les  eaux  froides  et 
pluviales.  » 

Vers  le  centre  de  la  couche  de  béton  avait  été  ménagée  une 
piscine  de  vastes  dimensions  (41  m.  de  long  sur  9 m.  de 
large),  pavée  en  larges  dalles,  où  Ton  descendait  par  quatre 
degrés  régnant  sur  tout  son  pourtour.  Au  dire  de  Beaulieu  (1), 
on  îr  aurait  trouvé  aucun  indice  de  voûtes  ayant  pu  recouvrir 
cette  piscine,  qui  était  probablement  à ciel  ouvert,  ou  abritée 
par  une  simple  couverture  en  planches.  D’après  le  même 
auteur,  cette  piscine  subsistait  encore  en  son  entier  au  com- 
mencement du  dix-septième  siècle,  lorsqu’un  débordement  de 
l’Eau gronne  vint  la  bouleverser  et  la  combler  de  débris  (2). 
Lors  des  travaux  de  1702,  « on  retrouva  son  dallage  en  larges 
pierres,  dans  l’une  desquelles  était  encore  encastrée  la  bonde 
en  cuivre  qui  fermait  l’issue  de  dégagement  des  eaux  qu’on 
faisait  couler  dans  un  canal  ménagé  au-dessous.  » 

Plusieurs  autres  sources,  situées  en  amont  du  grand  bar- 
rage en  béton,  furent  également  captées  dans  les  conditions 
que  nous  expose  ainsi  M.  Jutier  (3)  : « Après  avoir  mis  le 
granit  à découvert,  on  étendit  une  couche  de  béton  autour 

(1)  Antiquités  des  eaux  minérales  de  Vichy,  Plombières,  Bains  et  Nieder- 
bronn,  1851. 

(2)  On  trouve  dans  un  ouvrage  imprimé  à Venise,  au  seizième  siècle  : 
De  balneis  omnia  quæ  exstant  apud  Grœcos,  etc.,  p.  299,  une  gravure  du 
plus  haut  intérêt,  représentant  la  piscine  de  Plombières  à cette  époque. 
Cette  piscine,  entourée  d’un  petit  mur,  est  en  forme  de  rectangle  très 
allongé.  A l’une  des  extrémités,  dans  un  angle,  un  tuyau  déverse  de 
l’eau  dans  le  bassin  où  sont  plongés  un  certain  nombre  de  malades.  A 
l’extrémité  opposée,  im  infirme,  soutenu  par  deux  personnes,  descend 
les  degrés  d’un  escalier  qui  occupe  presque  toute  la  largeur  du  petit 
côté  du  rectangle.  Le  long  des  murs  latéraux,  des  toiles  supportées  par 
des  perches  en  bois  plongeant  dans  l’eau  offrent  un  certain  abri  aux 
baigneurs.  A droite  et  à gauche  de  la  piscine  et  séparées  par  une  rue, 
sont  deux  files  de  maisons,  probablement  à usage  d’hôtelleries,  dont  on 
distingue  les  enseignes  : la  cloche,  le  chapeau,  la  croix,  la  fleur  de 
lys,  etc. 

(3)  Jutier  et  Lefort,  Études  sur  les  eaux  minérales  et  thermales  de  Plom- 
bières, 1862. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


469 


des  griffons  ; de  petits  canaux  ménagés  dans  la  maçonnerie 
et  aboutissant  aux  principaux  points  d’émergence  réunis- 
saient leurs  produits  à un  centre  commun,  où  se  trouva  dès 
lors  fixée  la  source  proprement  dite.  C’est,  ainsi  que  furent 
constituées  les  sources  du  Crucifix  et  des  Dames,  alimentant 
chacune  une  piscine  spéciale  que  l’on  pouvait  voir  encore 
dans  toute  leur  intégrité  vers  la  fin  du  dix-huitième  siècle.  » 

Une  autre  source,  celle-ci  en  aval,  fut  entourée  d’une 
enceinte  de  béton,  contre  laquelle  s’appuyaient  des  radiers 
successifs  de  pierre  de  taille  et  de  béton,  de  façon  à com- 
primer les  eaux  vers  une  issue  unique,  placée  au  fond  d’une 
piscine,  et  fermée  par  un  robinet  de  bronze  à plusieurs 
emboîtements  (1). 

En  résumé,  d’après  M.  Ilaumonté  (op.  cit.),  l’existence  de 
sept  piscines  ou  étuves  d’origine  antique,  qui  ont  dû  proba- 
blement être  construites  simultanément,  a été  constatée. 

Dans  le  haut  de  la  ville,  des  sources  à très  haute  tempéra- 
ture étaient  amenées  à un  établissement  qui  devait  être  une 
étuve,  découvert  en  1857,  où  l’eau  s’écoulait  par  un  robinet 
de  bronze,  de  11  centimètres  de  diamètre,  que  l’on  pouvait 
ouvrir  ou  fermer  à volonté  avec  une  clef  de  fer.  « Ce  robinet 
était  fermé;  on  parvint  à l’ouvrir,  et  l’eau  en  sortit  abondam- 
ment comme  elle  faisait  seize  à dix-sept  siècles  auparavant. 
Elle  avait  74°  de  chaleur  et  fournissait  21  litres  à la  minute.  » 
Un  peu  au-dessous  de  cette  étuve,  et  en  communication 
directe  avec  le  bâtiment  qui  la  couvrait,  une  autre  piscine 
rectangulaire  renfermait  probablement  de  l’eau  tempérée,  où 
l’on  venait  se  plonger  après  le  bain  de  vapeur. 

Une  étuve  sèche  avait  été  découverte  en  1821,  du  côté  de 
la  route  de  Luxeuil.  On  avait  retrouvé  des  fragments  d’archi- 
tecture de  toutes  sortes,  ainsi  qu’un  pavé  de  pierres  cubiques 
sur  lequel  s’élevaient  de  petits  piliers  de  briques,  qui  avaient 
supporté  un  pavement  en  carreaux  de  terre  cuite,  dont  plu- 
sieurs étaient  traversés  sans  régularité  par  des  trous  coniques. 

(1)  Jutieu  et  Lekout,  op.  cit.  — De  Launay,  Cours  professe  à l'école  des 
mines. 


470 


LA  GAULE  THERMALE 


M.  Juticr  revit  ces  restes  en  1857,  et  déclara  qu’il  avait  pu 
visiter  l’hypocauste,  resté  encore  en  place  presque  tout 
entier. 

Les  Romains  ne  s’étaient  pas  bornés  à recueillir  les  eaux 
minérales  de  la  vallée  de  Plombières;  ils  avaient  également 
voulu  s’approvisionner  d’eau  douce  et  choisi  pour  cela 
la  source  Godée  ou  Godelle,  la  plus  fraîche  de  la  ville,  qui  a 
presque  la  pureté  de  l’eau  distillée.  En  1863,  en  creusant 
pour  rechercher  la  source  tarie  par  suite  de  la  sécheresse,  on 
tomba  sur  un  captage,  abandonné  depuis  des  siècles,  consis- 
tant en  une  petite  auge  monolithe,  plongée  dans  un  lit  de 
ciment  d’origine  romaine.  L’auge  présentait  le  même  genre 
de  taille  que  les  pierres  trouvées  parmi  les  fouilles  et  fit 
reconnaître  les  outils  dont  se  servaient  les  Romains  (1). 

Les  sources  de  Plombières  devaient  être  entourées  d’édi- 
fices, dont  on  a retrouvé  de  nombreux  débris;  tronçons  de 
colonnes,  de  chapiteaux,  de  corniches,  pierres  de  tailles  de 
toutes  grandeurs,  etc.  Divers  objets,  entre  autres  la  plaque 
votive  à Neptune  dont  nous  avons  parlé,  et  un  certain  nombre 
de  médailles  y ont  été  recueillis,  mais  le  grand  intérêt  qui 
s’attache  à l’histoire  antique  de  cette  station  provient  surtout 
de  l’importance  et  de  la  perfection  technique  des  ouvrages 
entrepris  sur  ce  point  par  les  ingénieurs  romains.  Leurs  tra- 
vaux, a dit  M.  Jutier,  furent  si  bien  conçus  et  si  largement 
exécutés;  que  c’est  grâce  à eux  que  nous  pouvons,  même 
aujourd’hui,  disposer  des  eaux  thermales.  On  en  a toujours 
profité  sans  savoir  jusqu’à  quel  point  on  leur  en  était  rede- 
vable. 

Vittel.  — L’étymologie  du  nom  de  cette  station,  qui, 
d’après  les  anciens  titres,  doit  d’ailleurs  s’orthographier  V itel, 
a donné  lieu  à des  interprétations  diverses.  Pour  l’abbé 
Ghapiat  (2),  le  nom  vient  de  Werj-Thal,  voie  de  la  vallée,  d où 

(1)  Haumonté,  Plombières  ancien  et  'moderne.  Edition  refondue  par 
J.  Parisot,  1905. 

(2)  Vittel.  Nancy,  1877. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


471 


Vitallum  en  lutin  et  Vitelle,  puis  Vitel,  en  français.  L’abbé 
Pierrefîtte  (1),  avec  Bullet,  clans  ses  Mémoires  sur  la  langue  cel- 
tique, le  fait  dériver  de  deux  mots  celtes  : Ve,  habitation,  et 
Dale  ou  Thaïe,  rivière  ; quelques  maisons  semées  le  long  du 
Vair.  D’après  le  docteur  Fournier  (2),  Vittel  devait  s’appeler  à 
l’origine  Vitelliolum,  puis  Vitellum  : le  domaine,  la  villa  de 
Vitellus. 

Nous  nous  abstiendrons  de  prendre  parti  sur  cette  question, 
en  nous  bornant  à indiquer  les  indices  d’où  l’on  peut  faire 
résulter  avec  certitude  la  preuve  de  l’existence  d’un  groupe- 
ment gallo-romain  sur  ce  point  et  l’utilisation  des  sources  qui 
y attirent  actuellement  la  foule  des  baigneurs  et  des  buveurs. 
Dans  le  bourg  môme,  sur  la  place  des  Dames,  on  trouva, 
en  1860,  un  certain  nombre  de  fûts  de  colonnes  renversées, 
ayant  fait  partie  d’une  colonnade,  puis,  à diverses  époques, 
des  restes  d’un  aqueduc  voûté  en  pierres,  qu’on  se  contenta 
de  combler,  sans  rien  explorer,  un  pavé  de  briques  romaines, 
et,  sur  divers  points,  des  fragments  de  tuiles  à rebords, 
des  restes  de  constructions  et  des  charbons  ainsi  que  des 
cendres,  attestant  que  Je  bourg  avait  dû  etre  détruit  dans  un 
incendie. 

A l’endroit  où  se  trouvent  aujourd’hui  les  établissements 
thermaux,  on  découvrit  des  fosses  ovales,  construites  en  bri- 
ques et  profondes  d’un  mètre,  au  fond  desquelles  se  voyaient 
des  cendres  et  des  restes  de  charbons.  Ces  constructions,  dit 
le  docteur  Fournier  (op.  ait.),  semblent  avoir  été  des  fourneaux 
à chauffer  l’eau,  de  véritables  hypocaustes. 

Mais  les  trouvailles  les  plus  importantes  ont  été  faites  aux 
environs  de  la  Source  salée,  située  à 3 kilomètres  environ  du 
bourg  de  Vittel,  auquel  elle  était,  au  dire  de  l’abbé  Chapiat, 
reliée  par  une  voie  à l’époque  romaine.  Des  travaux  exécutés 
en  1875  pour  le  captage  de  cette  source  permirent  de  cons- 
tater l’existence  d’une  retenue  antique  en  madriers,  soutenant 


(1)  L’ancien  Vitel.  Bulletin  de  la  Société  philomatique  voagienne,  1899 
1900. 

(2)  Vittel.  Bulletin  de  la  Société  philomatique  vosgicnne,  1897-1898. 


472 


LA  GAULE  THERMALE 


une  couche  de  terre  glaise  fort  épaisse  (1).  Près  de  la  source, 
les  débris  de  poteries  et  de  tuiles  à rebords  abondaient,  et. 
dans  un  bois  qui  l’environnait,  on  trouva  les  fondations  d’un 
petit  temple,  orné  par  devant  d’une  colonnade  ou  d’un  péristyle 
dont  les  deux  colonnes  ont  été  retrouvées,  et  qui  servait 
d’abri  à la  statue  d’une  divinité,  ayant  quelque  ressemblance . 
avec  les  représentations  de  la  Vénus  Anadyomène,  et  dont 
nous  avons  déjà  parlé  dans  le  chapitre  consacré  aux  repré- 
sentations des  divinités  protectrices  des  sources  (2). 

Bains.  — Bien  qu'il  ne  reste  plus  aucun  vestige  apparent  de 
travaux  antiques  auprès  des  sources  minérales  de  Bains,  les 
indications  données  par  les  fouilles  ne  permettent  pas  de 
mettre  en  doute  leur  utilisation  à l’époque  gallo-romaine. 

En  4752,  au  cours  de  travaux  exécutés  sous  la  direction 
de  l’ingénieur  Baligand,  pour  la  restauration  de  la  principale 
source  de  l’ancien  bain,  on  découvrit,  sous  le  mur  du  bati- 
ment, une  colonne  cylindrique  en  pierre,  de  6 pieds  de  hau- 
teur, percée  selon  son  axe  pour  donner  passage  à l'eau  de  la 
source  que  l’on  a nommée  depuis  Source  Romaine.  C’est  à la 
base  de  cette  colonne  que  fut  faite  la  trouvaille  d’environ 
600  médailles  de  bronze  dont  il  a été  question  plus  haut. 

D’après  dom  Calmet  (3),  pour  l’exécution  de  ces  travaux, 
on  creusa  « depuis  le  bain,  en  suivant  toujours  l’eau  jusqu'à 
sa  source;  on  fut  arrêté  par  des  espèces  de  voûtes  qui  en 
renfermaient  une  autre.  Celle-ci  était  le  bassin  dans  lequel  la 
source  même  tombait.  » 

Plus  tard,  on  remit  au  jour  une  piscine  de  9 m.  60  de  long 
sur  6 m.  40  de  large,  pavée  en  dalles,  établie  sur  un  épais 
massif  de  béton,  et  entourée  d’un  triple  rang  de  gradins. 

(1)  M.  l’abbé  Chapiat  signale  l’analogie  de  ce  captage  avec  celui  d’une 
source  à Bleurville  (Vosges),  où  l’on  a découvert  des  restes  nombreux 
de  thermes  : bassin,  étuves,  conduits  en  terre  cuite.  L'existence  d’un 
antique  établissement  balnéaire  sur  ce  point  est  encore  établie  par  le 
nom  ancien  de  Bleurville-aux-Bains,  rapporté  par  dom  Calmet. 

(2)  Voir  p.  222. 

(3)  Notice  de  la  Lorraine,  t.  I,  col.  63,  1756. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


473 


L'absence  de  toute  trace  d’édifices  autour  de  la  piscine  porte 
à croire  qu’elle  était  à ciel  ouvert,  ou  abritée  seulement  par 
une  légère  clôture  en  planches.  Un  denier  d’argent  de  Tibère, 
trouvé  en  brisant  le  béton  de  la  piscine,  permet  d’en  attribuer 
la  construction  au  premier  siècle,  et  l’on  peut  supposer 
qu'elle  fut  abandonnée  vers  le  milieu  du  troisième,  car  les 
monnaies  romaines  qu’on  trouve  en  abondance  dans  la  vallée 
sont  toutes  antérieures  au  règne  de  Constantin  (1). 

Dans  l’ouvrage  cité  plus  haut,  dom  Calmet,  fait  allusion  à des 
fragments  de  sculptures  antiques  qui  auraient  été  remployés 
lors  de  la  construction  de  l’église.  « L’église  de  Bain,  dit-il,  a 
fort  grand  air  d’antiquité.  On  m’a  assuré  qu’on  voyait  à l’en- 
trée de  cette  église  des  bas-reliefs  de  divinités  payennes, 
qu'on  avait  depuis  taillées  pour  en  figurer  des  saints  de  notre 
religion.  Je  ne  les  ai  point  vues.  » 

Saint-Diè.  — Les  Gallo-Romains  usèrent-ils  de  la  modeste 
source  minérale  qui  existait  à Saint-Dié?  Il  est  assez  difficile 
de  répondre  par  l’affirmative,  tout  au  moins  dans  l’état  à ce 
jour  des  découvertes  faites  sur  ce  point. 

M.  Bardy  (2)  suppose  que  saint  Deodatus,  qui  fonda  le 
monastère  auquel  la  ville  doit  son  origine  et  son  nom,  vint 
s’établir,  au  septième  siècle,  près  de  la  source  aux  vertus 
curatives,  sur  les  ruines  d’un  petit  bain  romain,  dont  pro- 
viendrait un  fragment  de  colonne  antique,  en  marbre,  qui 
sert  de  base  à un  bénitier  dans  l’église  Notre-Dame.  En  outre, 
une  figure  d’homme  en  grès  rouge  et  quelques  monnaies  très 
frustes  furent  découvertes  sur  son  emplacement  en  1880. 

Aux  environs  de  Saint-Dié,  dans  un  puits  ovale  de  deux 
mètres  de  diamètre,  comblé  jusqu’au  bord  de  débris  de  tuiles 

I • 

(1)  Le  Vaillant  de  Bovent,  Précis  d'une  notice  sur  les  antiquités  de 
Bains.  Journal  de  la  Société  d’émulation  du  département  des  Vosges, 
t II,  n°  8,  1827.  — Beaulieu,  Antiquités  des  eaux  minérales  de  Plombières, 
Bains  et  Niederbronn,  1831.  — Docteur  Bailly,  Les  Eaux  thermales  de 
Bains-en-Vosges,  1852. 

(2)  Les  eaux  minérales  de  Saint-Dié.  Bulletin  de  la  Société  philomatique 
1 vosgienne,  13e  année.  1887-1888. 

u-  • . , r . 7*  ■ 


474 


LA  GAULE  THERMALE 


et  de  moellons,  et  qui  devait  être  alimenté  par  une  source 
salée,  on  découvrit,  en  1835,  des  poteries  et  fragments  de 
poteries  noires  et  rouges,  et  une  tête  de  femme  en  grès  rouge, 
qu  on  a supposé  etre  une  Vénus.  Les  fouilles  ne  furent  pas, 
d’ailleurs,  poussées  à fond.  La  trouvaille  dans  le  puits  de 
fragments  de  colonnes  en  grès  rouge  a fait  supposer  à 
M.  Save  (1)  qu’on  se  trouvait  là  en  présence  des  restes  d’un 
édicule  consacré  à la  divinité  protectrice  de  la  source. 

Tout  cela  est  bien  vague,  et  c’est  uniquement  à titre  de 
renseignements  très  hypothétiques  que  les  indications  qui  pré- 
cèdent peuvent  trouver  place  dans  notre  étude. 

Niederbronn.  — La  petite  ville  de  Niederbronn,  si  riche  en 
antiquités  romaines  de  doute  nature,  vases  en  bronze  et  en 
terre,  vestiges  de  constructions,  autels  sculptés,  bas-reliefs, 
inscriptions,  etc.  (2),  parait  avoir  été  autrefois  le  plus  impor- 
tant des  établissements  thermaux  de  l’Alsace.  On  y a retrouvé 
les  traces  évidentes  de  deux  bassins  établis  sur  les  sources 
minérales  et  d’une  construction  à usage  d’étuve. 

Au  cours  de  travaux  exécutés  en  1592,  sur  Tordre  du  comte 
Philippe  de  Hanau,  pour  opérer  le  curage  et  la  restauration 
des  deux  bassins  hexagonaux  qui  entouraient  les  sources,  on 
reconnut  que  la  construction  de  ces  bassins  appartenait  à deux 
époques  différentes,  leur  partie  inférieure,  en  pierre  de  taille 
appareillée  avec  une  perfection  toute  particulière,  étant  évi- 
demment une  œuvre  romaine.  Cette  partie  de  la  construction 
était  séparée  de  l’autre  par  une  corniche,  qui  se  trouvait, 
avant  l’exhaussement  des  bassins,  au  niveau  d’un  pavé 
ancien  qui  entourait  les  fontaines,  et  dont  on  a retrouvé  les 
traces  sur  d’autres  points  (3).  On  recueillit,  dans  la  vase  qui 

(1)  Monuments  gallo-romains  des  environs  de  Saint-Diè.  Même  Bulletin. 

(2)  Schaepflin,  Alsatia  illuslrata,  t.  I,  p.  447,  461,  473  et  t.  II,  p.  238. 

— Siffer,  Note  sur  quelques  antiquités  déposées  à l’hôtel  de  ville  de  i\ie- 
derbronn.  Bulletin  de  la  Société  pour  la  conservation  des  monuments  histo- 
riques d’Alsace,  21‘  série,  5e  vol.,  1866-1867. 

(3)  J.  Kuhn,  Description  de  Niederbronn  et  de  ses  eaux  minérales,  1835. 

— Beaulieu,  Antiquités  des  eaux  minérales  de  Vichy,  Plombières,  Bains  et 
Niederbronn,  1851. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


475 


s’était  amassée  au  fond,  plus  de  300  médailles  de  tous  les 
temps  de  l’empire. 

Plus  tard,  en  1843,  en  creusant  les  fondations  d’une  maison 
d’école,  on  mit  à jour  des  constructions  souterraines,  où  l’on 
trouva  de  larges  canaux  de  terre  cuite,  des  petites  colonnes  en 
briques,  des  tas  de  cendres  et  de  charbons,  des  tubes  en 
argile,  des  restes  de  conduites  en  plomb  et  un  aqueduc  se 
composant  de  pierres  taillées,  liées  entre  elles  par  un  ciment 
romain  aussi  dur  que  du  grès  (1). 

Les  deux  bassins  de  Niederbronn  sont  figurés  sur  le  fron- 
tispice cl’un  petit  ouvrage  allemand  de  Reisel  : Niderbronner 
Bades  art,  Eigenschafft,  Wirckung  und  Gebrauch.  Strasbourg,  1664. 

Walsbronn.  — L’inscription  dédiée  à Apollon,  à Sirona  et 
aux  Nymphes  citée  plus  haut  (2j,  provient  d’un  lieu  nommé 
Walsbronn,  dans  l’ancien  arrondissement  de  Sarreguemines. 

Si  l'on  en  croit  Bégin  (3),  l’eau  minérale  bitumineuse  de 
Walsbronn  aurait  été  utilisée  depuis  les  premiers  temps  de 
l’ère  chrétienne,  et  on  y avait  établi  des  thermes,  comme 
l’attestent,  clit-il,  plusieurs  inscriptions  votives  et  beaucoup 
de  médailles  de  Postume,  Marc-Aurèle,  Constantin,  trouvées 
près  de  la  source  libératrice. 

Soultzmatt.  — Je  trouve  dans  Y Alsace,  de  Ch.  Grad,  p.  641, 
l’indication  suivante  relative  aux  eaux  de  Soultzmatt,  encore 
exploitées  aujourd’hui  comme  eaux  de  table  : lors  des  der- 
niers travaux  d’aménagement,  le  propriétaire  a rencontré, 
sous  un  banc  de  gravier,  à deux  mètres  de  profondeur,  de 
nombreuses  substructions  antiques,  des  bassins  en  pierres  de 
taille  et  en  bois  de  sapin.  Ces  derniers  étaient  si  bien  con- 
servés qu’on  les  aurait  crus  posés  de  la  veille. 

Je  dois  me  borner  à ces  brèves  indications  sur  ces  deux 
dernières  stations,  à propos  desquelles  il  m’a  été  impos- 

(1)  Siffek,  op.  cil.,  et  communication  au  Congrès  archéologique  de 
Strasbourg,  1859. 

(2)  Voir  p.  166. 

(3)  Histoire  médicale  du  Sud-Esl. 


476 


LA  GAULE  THERMALE 


sible  de  me  procurer  des  renseignements  plus  complets. 

Divonne.  — A Divonne  (Ain),  où  l’on  utilise  pour  l’hydro- 
thérapie d’admirables  eaux  à température  toujours  cons- 
tante (6°5),  et  dont  le  nom  semble  bien  dériver  d’une  source 
antique  ayant  probablement  un  caractère  sacré,  on  a décou- 
vert des  traces  irrécusables  de  l’occupation  gallo-romaine.  De 
nombreuses  médailles  (plus  de  300  dans  une  seule  trouvaille), 
appartenant  à la  fin  du  Haut-Empire  et  aux  premiers  temps 
du  Bas-Empire,  y ont  été  trouvées  (1).  On  a reconnu  égale- 
ment l’existence  d’un  aqueduc,  construit  en  briques  larges  et 
épaisses,  qui  servait  au  captage  des  eaux  de  la  source  Emma 
ou  de  la  source  Ausone,  peut-être  même  de  toutes  les  deux. 
Mais  cet  aqueduc,  étudié  sur  une  partie  de  son  parcours,  et 
dont  on  découvre  encore  de  temps  en  temps  quelques  tron- 
çons, était  destiné  à alimenter  la  cité  de  Nyon  (Noviodunitm 
Colonia  Julia  Equeslris),  et  rien,  jusqu’à  présent  du  moins, 
n’autorise  à penser  que  les  Gallo-Romains  utilisaient  les 
eaux  à leur  point  d’émergence  dans  un  établissement  bal- 
néaire quelconque. 

(1)  A.  Sirand,  Antiquités  générales  de  l'Ain , 1855. 


I 


CHAPITRE  VII 


Régions  diverses. 


Montbouy.  — L’identification,  que  je  crois  devoir  être  tenue 
pour  exacte,  de  la  station  d’Aquæ  Segestæ  avec  Montbouy,  est 
fondée  surtout,  comme  nous  l’avons  vu,  sur  l’importance  des 
ouvrages  anciens  découverts  sur  ce  point  et  que  nous  allons 
rapidement  passer  en  revue. 

Dès  le  dix-septième  siècle,  on  lisait  dans  Y Histoire  du  Gcî - 

* 

tinois,  de  D.  Morin  : « Creusant  des  tranchées  (en  1608)  du 
canal  de  Briare,  entre  Montbouis  et  Montcresson,  sur  le  rivage 
de  la  rivière  de  Loing,  en  un  lieu  appelé  Sévinières,  furent 
trouvés  plusieurs  vestiges  et  vieux  bâtiments  à la  romaine, 
avec  les  ruines  d’un  amphithéâtre;  plus  bas  furent  trouvés, 
dans  un  champ,  des  pilastres  et  quantité  de  vieux  fondements, 
et  encore  en  ce  champ  se  trouva  un  lavoir  à la  mosaïque  et 
plusieurs  médailles,  etc.  » 

En  1850,  la  mosaïque  dont  il  est  question  était  retrouvée 
par  M.  Dupuis,  vis-à-vis  la  borne  19  du  canal,  détruite  en 
partie  par  les  travaux  de  creusement,  et  enfouie,  quant  à la 
partie  qui  restait,  au  milieu  de  la  pente  de  la  berge.  On  voulut 
alors  profiter  d’une  période  de  chômage  du  canal  pour  enlever 
ces  restes,  mais  sans  succès,  les  fragments  rendus  au  jour 
ayant  été  détruits  par  les  curieux  et  par  l’ingénieur  meme 
chargé  de  la  conduite  des  travaux  (1). 

Mais,  en  môme  temps  que  ces  recherches,  M.  Dupuis  en 
avait  effectué  d’autres,  qui  avaient  abouti  à la  reconnaissance 
du  vaste  établissement  dont  la  trace  nous  apparaît  vraisembla- 


(1)  Bulletin  de  la  Société  archéologique  de  l'Orléanais,  t.  I,  13  décembre 
1830-10  décembre  1832. 


¥ 


478 


LA  GAULE  THERMALE 


blement  sur  la  carte  de  Peutinger,  et  dont  nous  trouvons  la 
description  dans  un  mémoire  lu  au  Congrès  scientifique  d'Or- 
léans, en  4851  (1).  C’est  à Craon,  hameau  de  Montbouy,  que 
ces  restes  furent  découverts,  dans  une  pâture  située  entre  le 
canal  et  la  rivière  du  Loing. 


Fig.  68.  — PLAN  DES  THERMES  DE  MONTBOUY. 


D'après  le  plan  joint  au  mémoire  de  Dupuis. 

1.  Mur  d'enceinte.  — 2.  Entrée.  — 3.  3.  3.  Tours  carrées,  sans 
entrées  à leur  base.  — 4.  Allée  faisant  le  tour.  — 5.  Allée  sépa- 
rant les  deux  parties.  — 6.  Allée  conduisant  au  bassin.  — 7.  Mur  ren- 
fermant la  première  partie.  — 7 bis.  Mur  renfermant  la  deuxième 
partie.  — 8.  Entrée.  — 9.  Chambre  pavée  en  mosaïque.  — 
10.  Partie  crevée  delà  voûte  formant  plancher,  laissant  voir  unevoùte 
enduite  de  suie.  — H.  Mur  de  la  chambre,  avec  pilastres  enga- 
gés. — 12.  Baie  où  se  voit  une  trace  de  gond.  — 13.  Fouille  qui 
a mis  à découvert  une  croûte  formant  plancher.  — 14.  14.  Parties 
non  explorées.  — 15.  Bassin  octogone  orné  en  dehors  de  colon- 
nettes  en  briques  et  pierres.  — 16.  Partie  fouillée  laissant  à décou- 
vert une  aire  en  coulis  blanc,  formant  plancher,  assis  sur  une 
couche  de  béton.  — 17.  Tours  carrées.  — 18.  Mouvement  de  terre 
circulaire  où  les  fouilles  n'ont  rien  fait  découvrir.  — 19.  Bâtiment 
en  dehors  de  l'établissement,  offrant  à l’extérieur  des  colonnettes 
engagées  en  pierres  et  en  briques;  probablement  un  temple. 


L’édifice,  entouré  d’un  mur  continu  de  71  mètres  sur  61, 
comprenait  une  enceinte  divisée  en  deux  parties,  ceintes 
elles-mêmes  de  murs,  séparées  et  contournées  par  une  allée, 

(1)  Dupuis,  L’Aquis  Scgesle  de  la  carte  de  Peutinger  doit  être  placé  à 
Montbouy.  Orléans,  1852. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


479 


sorte  de  chemin  de  ronde,  de  4 m.  40.  L’entrée  semblait  avoir 
été  assez  richement  décorée;  on  a découvert  tout  auprès  des 
fragments  d'ornements  et  de  chapitaux  corinthiens.  En  face 
de  l’entrée,  une  pièce  de  10  mètres  carrés,  pavée  en  mosaïque, 
avait  un  plancher  de  ciment  noirci  en  dessous  par  Faction  du 
feu.  Vers  le  milieu  du  grand  carré  situé  de  ce  côté,  le  terrain 
s’abaissait  circulairement,  comme  s’il  eût  existé  là  un  bassin 
ou  un  creux  quelconque  (fig.  68). 

Dans  l’autre  carré  s’encastrait  une  chambre  ou  bassin  octo- 
gone de  25  mètres  de  diamètre,  ouvrant  sur  le  chemin  de 
ronde,  flanquée  de  deux  tours  ou  cabinets  carrés,  et  dont  les 
murs  étaient  ornés  de  colonnes  demi-engagées,  élevées  en 
briques  et  pierres  demi-circulaires.  Le  sol  de  cette  salle  était 
« en  coulis  blanc  de  plâtre  ou  de  chaux,  sorte  de  stuc  de 
50  centimètres  cl’épaisseur,  reposant  sur  un  lit  de  béton.  » 
Les  murs  étaient  revêtus  d’un  enduit  de  ciment  rose,  colorié 
par  bandes  en  rouge,  bleu  et  vert.  Au  centre,  comme  dans  le 
premier  carré,  une  dépression  circulaire  du  terrain  semblait 
indiquer  l’emplacement  d’un  ancien  bassin. 

En  dehors  de  l’établissement  se  trouvait  la  construction 
isolée  dont  nous  avons  parlé  lorsque  nous  nous  sommes  oc- 
cupés des  temples  voisins  des  édifices  thermaux,  et  dans 
laquelle  nous  rappelons  qu’un  autre  archéologue,  M.  Vachez, 
voulait  voir  plutôt  une  pièce  destinée  aux  baigneurs  privi- 
légiés. Tel  était  aussi  l’avis  de  M.  Pillon  (1),  qui  la  considérait 
comme  une  piscine  : * Nous  avons  pu,  dit-il,  compter  les  six 
marches  d’escalier  qui  y conduisaient  du  côté  de  l’ouest,  et 
qui  avaient  chacune  30  centimètres  d’élévation.  Le  bassin,  de 
22  pieds  de  longueur  sur  15  de  large,  est  entouré  d’un  pro- 
menoir dallé  en  grandes  pierres  dont  les  restes  des  murs,  en 
petit  appareil,  sont  encore  recouverts  de  ciment  dans  l'inté- 
rieur. ■» 

Un  canal  fondé  sur  un  lit  de  béton  de  chaux  et  ciment  mêlé 

de  petits  morceaux  de  briques  se  dirigeait  vers  une  source 
« 

(1)  Excursion  à Monlboug.  Bulletin  de  la  Société  archéologique  de 
V Orléanais,  t.  III,  janvier  1859. 


480 


LA  GAULE  THERMALE 


connue  sous  le  nom  de  fontaine  de  Saint-Germain,  située  à 
six.  kilomètres  environ  de  Craon.  Rien,  dans  l’eau  de  cette 
fontaine,  ne  semble  expliquer  des  propriétés  curatives,  mais 
des  vertus  légendaires  y ont  toujours  été  attachées. 

Des  fouilles  furent  encore  pratiquées  à une  époque  posté- 
rieure, et  M.  Dupuis  annonçait,  en  1862  (1),  qu’il  venait  de 
déblayer  deux  piscines  et  que,  dans  l’une  d’elles,  il  avait  pu 
rencontrer  la  source  qui  alimentait  les  bains,  constater  son 
mode  de  circulation  et  indiquer  sa  sortie.  Cette  source  versait 
son  eau  dans  un  bassin  rond  situé  dans  l’enceinte  hexagone 
où  l’on  descendait  par  une  suite  de  degrés  circulaires  dont  les 
rangées  inférieures  étaient  admirablement  conservées  (2). 
C’est  vers  la  môme  époque  que  furent  découvertes  les  fonda- 
tions du  vaste  monument  dont  nous  avons  déjà  parlé  (3),  et 
dont  la  destination,  temple  ou  prétoire,  est  toujours  indé- 
cise. 

Toutes  les  fouilles  exécutées  à Montbouy  ont  fourni  une 
quantité  considérable  de  débris  de  constructions,  briques, 
conduites,  pierres  sculptées,  fragments  de  colonnes  et  de  cha- 
piteaux, et  de  nombreux  matériaux  portant  la  trace  des  ra- 
vages du  feu  : moellons  noircis,  charbons,  plomb  fondu, 
poutres  à demi-consumées.  Des  fragments  de  poteries  et  des 
médailles  ont  été  recueillis  en  grand  nombre,  ainsi  que  divers 
objets  en  métal  et  des  statuettes  en  terre  blanche,  représen- 
tant pour  la  plupart  des  Vénus,  découverts  dans  les  bassins 
ou  sur  le  bord  des  talus. 

A 900  mètres  environ  de  ces  thermes  s’élevait  l’amphi- 
théâtre de  Chenevières,  actuellement  le  seul  vestige  apparent 
de  l’ancienne  cité  gallo-romaine,  car  l’ensemble  des  édifices 
thermaux,  cpii  devait  fournir  un  sujet  d’études  d’un  grand  in- 
térêt, a malheureusement  disparu  par  suite  du  remblaiement 
des  substruclions  mises  à jour  au  moment  des  fouilles. 

(1)  Nouvelles  découvertes  à Montbouy.  Bulletin  monumental,  1862, 
p.  356  et  suiv. 

(2)  Pillon,  op.  cil. 

(3)  Voir  p.  230. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


481 


Saint- Am  and.  — Les  eaux  et  les  boues  qui  portent  le  nom  de 
Saint-Amand  (Nord),  bien  qu’elles  soient  situées  à plus  de 
deux  kilomètres  de  cette  ville,  ont  été  certainement  fréquentées 
par  les  Romains.  Leurs  établissements  n’ont  laissé  que  de 
bien  faibles  traces,  mais  des  découvertes,  dont  certaines  sem- 
blent, sinon  purement  légendaires,  du  moins  dénaturées  ou 
amplifiées  par  une  part  excessive  d’imagination,  ne  peuvent 
guère  laisser  de  doute  à cet  égard.  Les  documents  écrits  sont 
d’ailleurs  assez  rares  sur  Saint-Amand,  et  c’est  à un  mémoire 
de  M.  Bottin  (1),  déjà  cité  par  Greppo  (op.  cit.,  p.  281),  que  je 
dois  emprunter  tout  ce  que  je  puis  dire  sur  cette  station  : 

« Lors  des  travaux  exécutés  en  1698  pour  remettre  en  état  le 
bassin  de  la  source,  une  ancienne  maçonnerie  bascula  et 
donna  un  très  grand  jour  à la  source.  On  vit  alors  avec  éton- 
nement paraître,  dans  le  fond  du  bassin,  quantités  de  pièces  de 
bois  et  de  statues  presque  colossales,  la  plupart  si  défigurées 
par  suite  de  leur  long  séjour  dans  l’eau  qu’il  était  impossible 
d’en  reconnaître  les  traits.  On  en  distingua  cependant  qui 
étaient  armées  de  casques  et  de  lances;  d’autres  avaient  les 
cheveux  négligés  et  un  manteau  traînant,  et  un  enfant,  près 
d’elles,  portait  un  écusson  uni  à la  romaine.  Brassart,  Mignot 
et  Brisseau,  qui  citent  ces  faits  comme  témoins  oculaires, 
ajoutent  que  l’on  tira  de  la  fontaine  plus  de  deux  cents  de  ces 
statues,  dont  la  hauteur  était  de  12  à 13  pieds,  et  qu’elles  y 
étaient  proprement  rangées  par  différents  lits  entremêlés  de 
planches.  Ils  assuraient  aussi  que  l’on  y a trouvé,  ainsi  que 
dans  les  boues  et  dans  les  terres  remuées,  des  médailles  des 
empereurs  Jules  César,  Auguste,  Vespasien,  Trajan  et  Nerva; 
de  plus,  un  pavé  au  pied  de  la  fontaine,  qui  conduisait  vers  le 
midi  au  bois  qui  l’environne,  ayant  des  fondements  en  forme 
de  petites  loges  dont  la  maçonnerie  résistait  à l’effort  des 
pioches.  » 

Nous  n’insisterons  pas  sur  cette  trouvaille,  d’autant  plus 

(1)  Notice  historique  sur  V établissement  des  eaux  et  boues  thermales  et 
minérales  de  Saint-Amand.  Mémoires  de  la  Société  royale  des  antiquaires, 

t.  I,  1817. 


31 


482 


LA  GAULE  THERMALE 


extraordinaire  que  pas  un  des  monuments  qui  auraient  été 
ainsi  extraits  de  la  fontaine  n’a  été  conservé,  et  qu’il  a été 
impossible  de  retrouver  la  trace  d’aucun  d’entre  eux.  S’il  n’y 
a pas  eu  là  une  exagération  démesurée  dans  l’importance  de 
la  découverte,  la  disparition  complète  de  toutes  ces  statues 
est  peut-être  plus  étrange  encore  que  leur  remise  au  jour. 

De  nombreuses  antiquités,  de  celles  qu’on  retrouve  géné- 
ralement près  de  tous  les  lieux  qui  furent  habités  à l’époque 
gallo-romaine,  ont  été  recueillies  sur  le  territoire  de  Saint- 
Amand.  D’après  M.  Bottin,  il  s’en  trouverait  un  certain  nombre 
au  musée  de  Douai,  mais  leur  provenance  n’a  pas  dû  être 
indiquée  lorsque  ces  objets  sont  entrés  dans  les  collections  du 
musée,  car  les  recherches  que  M.  le  Conservateur  a bien  voulu 
faire  à cet  égard,  sur  ma  demande,  sont  restées  infruc- 
tueuses. 

Le  même  auteur  signalait  également  l’existence,  dans  le 
cabinet  d’un  amateur  de  Douai,  d’un  Mercure  en  bronze  très 
bien  conservé,  provenant  du  bassin  de  la  fontaine  Bouillon, 
d’où  il  aurait  été  extrait  en  1698,  en  même  temps  que  les 
statues  colossales. 

Bagnoles-de-l’Orne.  — Les  renseignements  historiques  qu’on 
possède  sur  cette  station  ne  permettent  guère  de  faire  re- 
monter la  connaissance  de  ses  eaux  au  delà  du  seizième  siècle. 
En  1692,  il  n’existaüt  sur  l’emplacement  de  la  source  qu’une 
sorte  de  mare  fangeuse  qui,  dit  un  manuscrit  du  temps, 

« n’avait  encore  été  l’objet  d’aucun  travail  de  la  part  des 
hommes  (1).  » 

Je  dois  cependant  mentionner  une  note  de  M.  Richard  (2), 
qui,  après  avoir  indiqué  l'étymologie  latine  de  Bagnols  ( Bal - 
neurn , Bagneum,  Bagnoleum),  indique  que  des  touilles  prati- 
quées en  1867,  sur  la  propriété  de  Bagnoles,  ont  fait  décou- 

(1)  Docteur  Ledemé,  Notice  historique  et  médicale  sur  les  eaux  de  Ba- 
gnoles-de-l’Orne.  Annuaire  des  cinq  départements  de  l’ancienne  Nor- 
mandie, publiée  par  l’Association  normande,  t.  XI,  1845. 

(2)  Même  recueil,  t.  XXXXI,  1875. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


483 


vrir  des  conduites  d’eau  en  tuyaux  de  grès,  qui  ont  été  re- 
connues comme  devant  remonter  au  temps  des  Romains. 

En  outre,  un  rapport  présenté  en  1823  par  M.  Bottin  à la 
Société  des  antiquaires  (Mémoires.  Y,  1823,  p.  34),  semble 
faire  allusion  à des  vestiges  antiques  reconnus  dans  la  station 
qui  nous  occupe.  « Les  bains  de  Bagnoles,  dit-il,  et  leurs 
antiquités  ont  été  décrits  par  M.  Dubois,  qui  nous  a fait  hom- 
mage de  son  imprimé.  » 

Enfin,  M.  de  Blanzac,  dans  un  Guide  du  baigneur  aux  eaux  de 
Bagnoles,  réédité  en  1885,  rapporte  d’après  certains  témoi- 
gnages, mais  sans  certifier  le  fait,  qu’on  y a trouvé  à diverses 
époques,  en  faisant  des  fouilles,  plusieurs  substructions  en 
briques  et  en  ciment,  qui  ne  laissent  aucun  doute  sur  leur 
origine  et  leur  destination. 

Tout  cela  est  bien  vague,  et  ces  données  me  semblent  insuf- 
fisantes  pour  faire  classer  d’une  façon  certaine,  quant  à pré- 
sent au  moins,  Bagnoles  au  nombre  de  nos  antiques  stations 
thermales. 

La  Herse.  — La  source  minérale  dite  Fontaine  de  la  Herse 
est  située  dans  un  site  charmant  de  la  foret  de  Bellème,  à 
cinq  kilomètres  de  cette  petite  ville,  au  bord  de  la  route  qui 
se  dirige  vers  Mortagne. 

D’après  une  description  empruntée  à M.  Delasalle  (1),  la 
fontaine  se  compose  de  deux  sources  séparées  par  une  cloison 
de  pierres.  La  grande  fontaine  a environ  trois  pieds  de  long 
sur  deux  pieds  et  demi  de  large;  l’autre  n’a  que  deux  pieds  et 
demi  de  long  sur  une  largeur  de  douze  à quinze  pouces. 
L’eau  de  ces  deux  sources  a un.  pied  et  demi  de  profondeur 
(fig.  69;. 

Les  deux  pierres  portant  les  inscriptions  que  nous  avons 
étudiées  plus  haut  (2)  sont  encastrées,  l’une  au-dessus  de 

(1)  Congrès  scientifique,  7e  session,  1839,  t.  II.  — Louis  Dubois,  Disser- 
tation sur  la  fontaine  de  la  Herse.  Mémoires  de  l'Académie  celtique,  t.  III, 
1809.  p.  320  et  suiv. 

(2)  Voir  p.  169. 


484 


LA  GAULE  THERMALE 


l’autre,  dans  l'une  des  parois.  Il  semble  bien,  d’après  leur 
disposition,  qu’elles  ont  été  placées  ainsi  à dessein,  et  qu’il  ne 
s’agit  pas,-  comme  on  l’a  prétendu,  de  pierres  détachées  d’un 
édifice  voisin  et  remployées  au  hasard. 

La  fontaine  de  la  Herse  était  voisine  d’un  camp,  dit  le  Cha- 


Fig.  69.  — FONTAINE  DE  LA  HE  U SE. 
Cliché  de  M.  Fleuriel-Béringuier. 


tellier,  où  l’on  a retrouvé  des  vestiges  indiscutables  d’occupa- 
tion romaine.  Une  ligne  forestière  partant  du  camp  vers  la 
fontaine  semble  indiquer  une  ancienne  communication  ayant 
existé  entre  ces  deux  points.  « Je  me  figure,  dit  le  docteur 
Jousset  (1),  que  les  soldats  du  camp  du  Cliàtellier  devaient 

(1)  Histoire  de  la  forêt  de  Bellème,  1884. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


485 


être  atteints  de  fièvres  paludéennes  (le  lieu  dit  « la  Herse  » est 
très  marécageux);  l’eau  ferrée  martiale  de  la  Herse  leur  con- 
venait, de  meme  qu’elle  préserve  ses  riverains  de  la  fièvre 
forestière.  » 

Dans  la  partie  de  l’arrondissement  de  Mamers,  qui  portait 
autrefois  le  nom  de  Saosnois,  une  source  dite  Gouffre  de  la 
Georgette,  contenant,  d’après  l’analyse,  diverses  substances  mi- 
nérales, semble  avoir  été  l’objet  de  quelques  travaux  à l’époque 
qui  nous  intéresse. 

L’ouverture  de  la  fontaine,  qui  paraissait  avoir  été  autrefois 
de  trois  mètres  au  moins  et  de  forme  circulaire,  était  réduite 
à un  petit  bassin  où  l’on  a reconnu  des  morceaux  de  ciment 
rouge  et  gris,  des  fragments  de  briques  et  des  débris  de 
tuyaux  en  terre  cuite.  Aux  environs  de  la  fontaine,  on  a 
trouvé  des  débris  semblables  mêlés  à des  fragments  de  poteries 
romaines,  ainsi  que  des  restes  de  murailles  et  de  fondaments 
de  murailles,  avec  parement  extérieur  en  pierres  d’appareil 
carrées,  liées  par  un  ciment  très  dur  (1). 

Sanxay.  — Je  ne  crois  pas  devoir  passer  complètement  sous 
silence  les  découvertes  faites  près  de  Sanxay,  dans  la  Vienne, 
où  les  travaux  persévérants  du  R.  P.  de  la  Croix  ont  remis  au 
jour,  avec  les  substructions  de  quelques  constructions  secon- 
daires, un  temple,  un  théâtre  et  des  restes  considérables  de 
thermes.  A côté  des  aménagements  très  complets  de  ceux-ci, 
qui  comprenaient  des  bassins  et  des  salles  à températures 
variées  et  une  salle  de  douches,  le  P.  de  la  Croix  a cru  recon- 
naître les  vestiges  d’un  balnéaire  d’eau  courante,  avec  large 
atrium  sur  lequel  s’ouvraient  de  petites  pièces  bétonnées, 
établi  sur  la  petite  rivière  de  la  Abonne,  dont  le  cours  avait  été 
régularisé  le  long  de  ces  bâtiments. 

La  véritable  destination  des  monuments  de  Sanxay  a fait 
naître  de  vives  controverses  dans  lesquelles  je  n’ai  pas  à 

(1)  Desnos,  Noies  sur  deux  fontaines  minérales  du  Saonnois.  Bulletin 
monumental,  t.  III,  1837,  p.  285. 


486 


LA  GAULE  THERMALE 


entrer, 


et  je  me  contente  de  signaler  l’opinion  qui  les  consi- 


dère comme  les  restes  d’une  ville  d’eaux  antique,  car  c’est  à ce 


litre  seul  que  ce  nom  figure  ici.  M.  Delaunay  (1),  partisan  de 
cette  hypothèse,  fait  remarquer  la  perfection  particulière  du 
système  balnéaire  de  Sanxay;  il  y voit  le  Vichy  du  Poitou  à 


l’époque  gallo-romaine,  ou,  si  l’on  n’admet  pas  que  les  sources 
employées  aient  pu  perdre  leur  ancienne  minéralisation,  un 
vaste  établissement  d’hydrothérapie. 

Pour  M.  Lisch,  ce  sont  également  les  restes  d’une  station 
balnéaire,  dont  le  prétendu  temple  aurait  été  le  château 
cl"  eau. 

Cette  idée  a été  vivement  combattue,  notamment  par  le 
P.  de  la  Croix  lui-même  (2)  et  par  M.  Berthelé  (3),  qui  font 
remarquer  que  l’analyse  chimique  a permis  de  reconnaître 
qu’aucune  des  sources  qui  alimentaient  les  thermes  n’a  de 
vertus  médicinales  et  que,  cl’autre  part,  l’absence  de  tout 
dépôt  dans  les  canalisations  et  les  piscines  ne  permet  pas  de 
penser  qu’elles  aient  contenu  dans  le  passé  des  éléments  mi- 
néraux disparus  depuis.  M.  Berthelé  ne  voit  non  plus  rien  de 
bien  particulier  dans  les  procédés  de  balnéation  de  Sanxay,  et 
les  deux  auteurs  sont  d’accord  pour  considérer  ce  lieu,  non 
point  comme  une  station  thermale  ou  hydrothérapique  de 
l’antiquité,  mais  comme  un  de  ces  centres  d’assemblées  poli- 
tiques, religieuses  ou  commerciales,  dont  on  a retrouvé  des 
traces  sur  d’autres  points  de  la  Gaule,  et  qui  n’étaient  oc- 
cupés que  temporairement,  à certaines  époques  de  l’année. 


Dans  le  département  de  la  Charente-Inférieure,  aux  envi- 
rons de  Saint-Jean-d’Angély,  des  vestiges  de  constructions 
romaines,  ayant  pu  servir  à la  conduite  et  à l'aménagement 
des  eaux,  existaient  auprès  des  sources  ferrugineuses  d Ar- 

CHINGEAY. 


(1)  Antiquités  de  Sanxay  (Vienne),  1882. 

(2)  Mémoire  archéologique  sur  les  découvertes  d’Herbord,  dites  de  Sanxay, 
1883. 

(3)  De  la  véritable  destination  des  monuments  de  Sanxay,  1883. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


487 


L’eau  jaillissait  par  deux  sources,  entre  les  jointures  du 
pavé,  au  fond  d’un  bassin  carré,  revêtu  entièrement  de  pierres 
de  taille  et  enduit  intérieurement  d’une  couche  de  ciment  rou- 
geâtre. Dans  le  voisinage,  on  trouva  une  grande  quantité  de 
fragments  de  briques  romaines,  des  conduites  en  terre  ver- 
nissée qui  partaient  de  la  fontaine,  et  des  espèces  de  rigoles 
en  pierre  qui  se  dirigeaient  vers  les  ruines  d’un  ancien  mo- 
nastère, où  existait  un  réservoir  pavé  en  briques  liées  avec 
du  ciment  et  en  pierres  plates  ayant  vingt-deux  pouces  en 
carré.  Ce  réservoir  était  garni  intérieurement  d’une  ban- 
quette construite  en  briques,  et  semblait  être  vidangé  par  un 
canal  enduit  d’une  épaisse  couche  de  ciment. 

Tous  ces  caractères  semblent  bien  indiquer  une  exploita- 
tion d’origine  gallo-romaine,  corroborée  encore  par  la  décou- 
verte, vers  la  fin  du  dix-huitième  siècle,  de  deux  médailles  de 
bronze,  l’une  de  Constantin,  l’autre  de  Licinius,  sous  une  des 
dalles  du  bassin  de  la  fontaine  (1). 

(1)  Bourignon,  Recherches  topographiques , historiques,  militaires  et  criti- 
ques sur  les  antiquités  gauloises  et  romaines  de  la  province  de  Saintonge, 
an  IX.  — Massiou,  Notice  sur  l’établissement  de  bains  gallo-romain  d'Ar- 
chingeay,  près  Saint-Jean-d’Angély.  Bulletin  monumental,  t.  III,  1837, 
p.  41  et  suiv. 


CHAPITRE  VII 


Suisse.  — Région  du  Rhin.  — Belgique  (1). 

En  Suisse,  les  eaux  de  Baden,  sur  la  Limmat,  étaient  con- 
nues et  fréquentées  par  les  Romains,  qui  leur  avaient  donné 
le  nom  d ’Aquœ  helveticœ. 

Nous  savons,  par  une  inscription  que  nous  avons  déjà  citée 
qu’Isis  y possédait  un  temple.  D’après  Alibert  (2),  une  autre 
divinité,  bien  médicale  celle-là,  y était  l’objet  d’un  culte  par- 
ticulier. « L’eau,  dit-il,  jaillit  du  fond  d’un  réservoir  situé  au 
milieu  de  la  place  publique.  Au  milieu  de  ce  réservoir,  on 
voyait,  il  y a peu  de  temps,  une  colonne  surmontée  d’une 
déesse  Hygie,  avec  une  inscription  romaine.  » 

Rappelons  aussi  les  trouvailles  fréquentes  de  dés  à jouer 
faites  à Baden,  qui  ont  été  l’objet  des  hypothèses  les  plus 
variées  et  les  plus  singulières. 

Les  bains  de  Louèche  semblent  également  avoir  une  origine 
ancienne.  D’après  le  docteur  Labat  (3),  des  antiquités 
romaines  trouvées  en  ce  lieu  témoigneraient  de  son  antique 
exploitation. 

Dans  le  Valais,  près  de  Saint-Maurice,  jaillit,  sur  la  rive 
droite  du  Rhône,  la  source  chaude  de  Lavey,  découverte  en 
4837  et  exploitée  depuis  lors.  Cette  source  est  probablement 
celle  qui  alimentait  les  thermes  de  la  ville  romaine  d Epone, 

(1)  Ainsi  que  nous  l’avons  déjà  dit,  c’est  à titre  tout  à fait  sommaire 
et  presque  comme  ime  simple  énumération,  que  nous  donnons  les 
quelques  indications  contenues  dans  ce  chapitre. 

(2)  Précis  historique  sur  les  eaux  minérales  les  j)lus  usitées,  1826. 

(3)  Voyage  en  Suisse , 1895. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


489 


située  sur  la  rive  gauche  du  fleuve  et  détruite  en  562  par  un 
grand  éboulement  de  la  Dent  du  Midi.  Il  n’est  pas  étonnant,  „ 
dit  le  docteur  Suchard  (1),  qu’au  milieu  de  ce  grand  cata- 
clysme la  source  ait  été  perdue  et  qu’on  en  ait  retrouvé  les 
fdons  sur  la  rive  opposée. 

Enfin,  dans  le  voisinage  de  la  petite  ville  de  Zofmgen,  on 
découvrit,  en  1827,  une  source  minérale  froide,  à laquelle  la 
trouvaille  faite  en  meme  temps  de  deux  mosaïques  et  des 
restes  d’un  bain  romain  fit  donner  le  nom  de  Romerbad  (2). 

Sur  la  rive  gauche  du  Rhin,  en  remontant  du  sud  au  nord, 
Nierstein,  près  d’Oppenheim,  entre  Worms  et  Mayence,  pos- 
sède une  source  thermale  connue  certainement  des  Ro- 
mains (3),  comme  l’indiquent  la  série  de  monnaies  trouvées 
dans  son  bassin,  ainsi  que  l’inscription  dédicatoire  à Apollon 
et  à Sirona,  dont  nous  avons  parlé  plus  haut. 

Dans  la  vallée  de  la  Nahe,  les  sources  exploitées'  cà  Creuz- 
nach,  l’antique  Cniceniacum,  ne  durent  pas  être  inconnues  des 
Romains,  qui  avaient  élevé  sur  ce  point  un  castellum  dont  il 
subsiste  encore  quelques  vestiges.  On  y a découvert  des  mon- 
naies, des  tombeaux,  des  urnes  cinéraires,  ainsi  qu’une  ma- 
gnifique mosaïque. 

Dans  la  région  volcanique  de  l’Eifel,  près  du  Rrohlthal,  et 
non  loin  d’antiques  carrières  de  tuf  où  l’on  retrouve  des 
traces  d’exploitation  romaine,  deux  inscriptions  que  nous 
avons  citées,  où  apparaissent  les  noms  d’Apollon  et  des 
Nymphes,  ont  été  découvertes  près  de  la  source  minérale  de 
Tonnistein. 

Un  peu  au  sud  de  Bonn,  près  du  village  de  Godesberg,  coule 
une  source  alcaline  et  ferrugineuse,  dans  le  voisinage  de 

(1)  Les  eaux  thermales  de  Lavey  et  leur  valeur  thérapeutique,  1881.  — 

De  Launay,  Cours  professé  à l'école  des  mines. 

(2)  Docteur  de  la  Hahpe,  La  Suisse  balnéaire  et  climatérique,  1891. 

(3)  Lehne,  Das  Sironabad  von  Nierstein,  1827. 


490 


LA  GAULE  THERMALE 


laquelle  ont  été  établis  des  bains.  Le  sommet  de  la  montagne 
voisine  est  couronné  par  les  restes  d’un  château,  élevé  lui- 
méme  sur  les  restes  d’une  forteresse  romaine,  et  les  anciens 
occupants  avaient  certainement  mis  à profit  la  source  voisine, 
probablement  consacrée  à Esculape  et  à Hygie,  d’après  l’ins- 
cription votive  où  nous  avons  lu  le  nom  de  ces  divinités, 
invoquées  par  le  légat  Calvinius. 

Le  nom  ancien  de  la  station  d’ Aix-la-Chapelle  nous  est 
inconnu,  car,  ainsi  que  le  dit  le  rédacteur  du  Corpus  I.L.  (1): 
« Nomen  mediævale  Aquis  Granni  nullius  est  auctoritatis.  » 

Ce  lieu  posséda  certainement  un  établissement  balnéaire 
romain  important,  qui  devait  subsister,  tout  au  moins  en 
partie,  à l’époque  de  Charlemagne,  mais  il  ne  semble  pas 
qu’on  en  ait  retrouvé  des  vestiges  bien  considérables.  En 
1756,  on  découvrit  un  bain  circulaire,  revêtu  de  carreaux  de 
pierre  et  percé  de  plusieurs  ouvertures  pour  le  passage  des 
eaux  thermales,  qui  fut  regardé  comme  antique.  En  1823, 
lorsqu’on  entreprit  la  pose  des  tuyaux  pour  la  fontaine  d’Elise, 
on  toucha  à des  fondations  romaines,  consistant  en  deux 
petites  voûtes  reposant  sur  plusieurs  petits  piliers  carrés  et 
l’on  trouva  quantité  de  briques  antiques,  dont  une  portant 
l’estampille  de  la  sixième  légion.  Ces  fondations,  voisines  de 
la  source  de  l’Empereur,  avaient  bien  le  caractère  des  cons- 
tructions balnéaires  antiques  (2). 

Sur  la  rive  droite  du  Rhin,  Badenweiler,  dans  le  grand- 
duché  de  Bade,  entre  Bâle  et  Strasbourg,  possédait  des 
thermes  considérables,  placés  sous  la  protection  d'une  divi- 
nité locale,  Diana  Abnoba,  vénérée  dans  tout  le  massif  de  la 
Forêt-Noire,  et  dont  la  statue  devait  s’élever  sur  un  cippe  en 
pierre  portant  une  inscription,  retrouvé  dans  une  des  cours 
de  l’établissement.  Ces  bains,  gravement  endommagés  par 
l’occupation  autrichienne  en  1796,  présentent  encore  des  ves- 

(1)  Tome  XIII,  pars.  2,  l'asc.  II,  Germania  mferior,  1907. 

(2)  De  Ladoücette,  Antiquités  d’ Aix-la-Chapelle.  Mémoires  de  la  Société 
royale  des  antiquaires  de  France,  t.  XIII,  1836. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


491 


tiges  qui  permettent  de  se  rendre  compte  de  leur  ancienne 
distribution,  et  en  font  un  sujet  d’études  des  plus  complets  et 
des  plus  intéressants. 

Leur  étendue  était  considérable  : cent  huit  mètres  de  lon- 
gueur sur  trente-trois  mètres  de  largeur.  Composés  de  deux 
parties  symétriques,  présentant  les  mêmes  pièces  et  ayant 
chacune  son  entrée,  ils  devaient  comprendre  un  bain  destiné 
aux  hommes  et  un  autre  aux  femmes.  Chacune  des  parties 
renfermait  une  vaste  cour,  un  vestibule  flanqué  de  deux 
pièces,  dontl'ime  sur  liypocauste,  et  deux  grandes  salles,  l’une 
rectangulaire,  l’autre  terminée  d’un  côté  par  un  hémicycle, 
contenant  chacune  une  piscine  à gradins  de  même  forme.  Ces 
salles  étaient  flanquées  de  vastes  corridors,  dans  lesquels  se 
trouvaient  ménagées  des  niches  servant  de  places  d’attente 
pour  les  baigneurs  ou  d’emplacements  pour  des  baignoires 
particulières.  Ces  différentes  salles  devaient  être  couvertes  de 
voûtes,  dont  on  a retrouvé  les  débris,  en  même  temps  que 
des  monnaies  et  des  objets  antiques  de  toute  nature,  lors- 
qu'on a opéré  le  déblaiement  des  décombres. 

En  avant  des  piscines,  un  corps  de  bâtiment  comprenait 
des  salles  chauffées  par  un  liypocauste,  les  fourneaux  de 
chauffe,  et  deux  réservoirs  ronds,  probablement  voûtés  en 
coupole,  où  l’on  descendait  par  des  gradins  et  que  des  tuyaux 
de  plomb  donnant  sur  un  égout  permettaient  de  vider.  La 
canalisation,  dans  les  diverses  parties  des  thermes  était  for- 
mée de  gros  tuyaux  de  plomb,  qui  se  déversaient  dans  des 
canaux  de  décharge. 

Une  galerie  souterraine  voûtée,  large  de  un  mètre  sur 
2 m.  30  de  hauteur,  ouverte  à ses  deux  extrémités,  régnait 
sous  trois  faces  de  l’établissement.  Aqueduc  de  décharge  ou 
canal  de  drainage,  il  ne  semble  pas  que  sa  destination  ait  pu 
etre  absolument  déterminée  (1). 

(1)  Sur  Badcnweilcr  : De  Ring,  op.  cit.,  1. 1. — De  Caumont.  Abécédaire 
d’archéologie.  Ere  gallo-romaine,  p.  153  et  suiv.  — Spach,  les  Thermes 
romains  de  Badenweiler . Bulletin  de  la  Société  pour  la  conservation  des 
monuments  historiques  d’Alsace.  2,:  série,  7e  vol. 


492 


LA  GAULE  THERMALE 


La  cite  thermale  de  Baden-Baden,  l’ancienne  Civitas  Aurélia 
Aquensis,  eut  une  importance  antique  démontrée  par  la  quan- 
tité de  vestiges  de  tous  genres  découverts  toutes  les  fois  que 
des  fouilles  ont  été  opérées  dans  le  sol  de  la  ville.  La  source 
Ursprung  était  captée  dans  une  sorte  de  tour  circulaire, 
ouvrage  romain.  Les  thermes  eux-mémes  ont  laissé  des  traces 
considérables,  qui  ont  permis  d’en  étudier  tout  particulière- 
ment le  système  de  chauffage.  J’emprunte  à un  article  du 
docteur  Grasset,  publié  dans  la  Revue  Médicale , du  2 sep- 
tembre 1903,  les  renseignements  suivants  sur  ces  ruines, 
extraits  d’un  ouvrage  allemand  : Die  Rômische  Rad  Ruinen  : 

« Auprès  de  l’entrée  des  ruines,  le  premier  emplacement 
facilement  accessible  est  une  salle  de  4 m.  50  sur  13  m.  20, 
dont  le  sol  et  les  parois  étaient  complètement  chauffés,  et  qui, 
par  sa  situation  directement  en  arrière  du  prœfurnium  et  de 
l’hypocauste,  pourrait  bien  avoir  servi  de  sudatorium  ou  de 
laconicum.  De  là,  un  escalier  de  trois  marches  descend  dans 
une  pièce  grande,  mais  à peine  couverte,  qui,  avec  son  sol  non 
chauffé,  semble  avoir  été  Yapodyterium. 

« ...  Du  sudatorium,  à travers  une  ouverture  pratiquée  en 
l’an  1900  dans  la  muraille,  on  pénètre  dans  un  vaste  emplace- 
ment dont  les  parois  et  le  sol  sont  munis  d’un  appareil  com- 
plet de  chauffage,  et  qui  parait  vraisemblablement  remplir  les 
fonctions  de  caldarium.  Sa  longueur  est  de  dix  mètres  et  sa 
largeur  de  six  mètres  dans  la  direction  de  Friedrichsbad.  Sur 
le  côté  étroit  du  caldarium  se  trouve  une  pièce  de  bains  ou 
petite  piscine  formant  niche,  tandis  que,  du  côté  du  château, 
vers  le  côté  le  plus  large  du  caldarium , se  trouve  une  autre 
large  piscine  rectangulaire  de  six  mètres  de  long  sur  trois 
mètres  de  large. 

« Parallèle  avec  le  caldarium  et  également'  dans  la  direction 
de  Friedrichsbad,  se  trouve  un  emplacement  que  ses  disposi- 
tions, sa  double  .porte,  son  appareil  de  chauffage  désignent 
probablement  pour  un  tepidarium.  Situées  sur  le  côté  du  tepi- 
darium opposé  au  caldarium , se  trouvent  des  salles  petites, 
fermées  et  en  mauvais  état,  et  dont  la  destination  semble 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  493 

tout  indiquée,  grâce  aux  baignoires  chauffées  que  l'on  y a 
découvertes.  Puis,  près  de  l’entrée  et  des  bains  d’Auguste, 
une  ouverture  dans  la  muraille  laisse  voir  une  grande  salle 
de  bains  chauffée,  mais  par  un  autre  système  que  celui  des 
salles  auxquelles  elle  fait  suite.  » 

A Niedernau,  près  de  Rottenburg,  dans  la  vallée  du  Neckar, 
une  tradition  antique  désignait  un  coin  de  la  foret  comme  le 
lieu  où  une  source  antique  aurait  existé.  Des  fouilles  entre- 
prises sur  ce  point  en  1835  amenèrent  la  découverte  « d’une 
statue  d’Apollon,  qui  semblait  montrer  du  doigt  la  place  où  la 
source  devait  se  trouver.  » On  la  rencontra  en  effet,  et,  en 
même  temps,  une  suite  assez  considérable  de  monnaies 
antiques  (1). 

Outre  ces  trouvailles  faites  autour  de  la  source,  on  a mis  cà 
jour  à Niedernau  des  mosaïques  romaines. 

La  station  thermale  d’Eais  présente  également  des  traces 
assez  probantes  d’occupation  romaine.  Il  ne  semble  pas  qu’on 
y ait  rencontré  de  ruines  d’anciens  thermes,  mais  on  peut  con- 
clure à la  connaissance  ancienne  des  sources  par  la  quantité 
de  poteries  qui  ont  été  trouvées  aux  alentours. 

Les  eaux  de  Wiesbaden,  les  Aquœ  Mattiacœ,  étaient  placées 
sous  la  protection  de  la  déesse  Sirona,  la  même  peut-être  que 
les  Romains  vénéraient  au  même  lieu  sous  le  nom  de  Diana 
Mattiaca.  La  ville  romaine,  entourée  de  forts,  avait  une 
grande  importance  comme  position  militaire.  Les  eaux  ont  dù 
être  très  employées  par  les  troupes,  car  deux  de  ces  forts 
semblent  avoir  été  en  communication  directe  avec  les  sources 
thermales.  « Le  fort  du  Ileidenberg,  dit  le  docteur  Braun  (2), 
se  reliait  avec  la  source  du  Schützenhof.  Lors  de  la  construc- 
tion de  cet  hôtel,  en  1783,  on  découvrit  des  bains  romains 

(1)  De  Ring,  Mémoires  sur  les  établissements  romains  du  Rhin  et  du 
Danube,  1853.  — Revue  archéologique,  23e  année,  7e  partie,  p.  228. 

(2)  Monographie  des  eaux  minérales  de  Wiesbaden,  1859. 


494 


LA  GAULE  THERMALE 


dont  le  parquet  était  dallé  de  belles  briques  parfaitement 
cuites,  portant  le  cachet  de  la  XIIe  légion.  En  1807,  on 
trouva  dans  le  jardin  de  l’Aigle,  tout  près  de  la  source,  des 
substructions  romaines.  C’étaient  les  fondations  d’un  établisse- 
ment thermal. 

« Le  castel  de  Romerberg  communiquait  avec  le  Ilochbrun- 
nen.  Lors  de  la  construction  du  Rômerbad  (hôtel  du  Bain 
romain),  on  mit  au  jour  de  puissantes  fondations  d’anciens 
bains  romains,  dont  l’une  des  étuves,  bien  conservée,  serait 
encore  en  état  de  servir  aujourd’hui.  » 

Suivant  le  docteur  Rotureau  (1),  les  eaux  salées  de  Nauheim 
étaient  employées  par  les  Romains.  Il  en  aurait  été  de  même 
de  la  source  toute  proche  de  Schwalheim,  voisine  d’une  voie 
romaine,  et  où  l’on  aurait  trouvé,  à différentes  reprises,  au 
fond  du  puits  qui  la  renferme,  des  monnaies  fort  bien  con- 
servées des  empereurs  Vespasien,  Titus,  Domitien  et  Adrien. 

En  Belgique,  Tongres  a conservé  de  nombreux  vestiges  de 
son  importance  à l’époque  romaine,  alors  qu’elle  était  place 
forte  et  centre  de  routes  considérables,  comme  l’indique  un 
fragment  de  colonne  milliaire  octogonale,  trouvé  en  1817,  qui 
présente  un  véritable  guide  des  routes  de  la  contrée  (2). 
L’eau  ferrugineuse  de  sa  source  semble  bien  la  désigner 
comme  étant  la  cité  des  Tungri  dont  parle  Pline,  mais  je  ne 
crois  pas  qu’il  y ait  été  fait  aucune  découverte  permettant  de 
conclure  à l’existence  d’un  établissement  balnéaire  en  ce  lieu. 


(1)  Etude  sur  les  eaux  minérales  de  Nauheim,  1856. 

(2)  Huybrigts,  Tongres  et  ses  environs  pendant  l’occupation  romaine  et 
franque. 


CHAPITRE  IX 


Résumé  : I.  Procédés  de  captage  des  sources  thermales  et  minérales.  — 
II.  Distribution  des  eaux.  — Canalisation.  — Robinetterie. — III.  Amé- 
nagements thermaux.  — IV.  Architecture  des  établissements  bal- 
néaires. 


La  revue  que  nous  venons  de  passer  des  diverses  stations 
où  ont  été  reconnus  des  vestiges  d’installations  balnéaires 
antiques  nous  a fourni  des  matériaux  à l’aide  desquels  nous 
pouvons  maintenant  nous  former  une  idée  d’ensemble  sur  les 
procédés  employés  par  les  Gallo-Romains  pour  le  captage 
des  eaux  thermales  ou  minérales  et  leur  utilisation  en  vue 
des  divers  besoins  de  leurs  thermes.  Ce  coup  d’œil  général 
jeté  sur  les  travaux  de  nos  anciens  ingénieurs  hydrologistes, 
dont  on  ne  saurait  trop  admirer  la  science,  l’expérience  et  la 
fertilité  de  moyens,  fournira  la  matière  de  notre  dernier  cha- 
pitre et  sera  comme  la  conclusion  et  le  résumé  technique  de 
cette  déjà  bien  longue  étude. 


I 


« Toutes  les  eaux  minérales  ne  tarderaient  pas  à subir  des 
modifications  profondes  de  leurs  propriétés  physiques  et  chi- 
miques, si  on  ne  prenait  le  soin  de  les  isoler  d’une  manière 
complète  des  eaux  douces  avoisinantes.  Cette  opération,  à 
laquelle  on  a donné  le  nom  de  captage > est  indispensable  pour 
maintenir  les  eaux  dans  toute  leur  intégrité  (1).  » Les  ingé- 

(1)  J.  Lefort,  Trait1':  de  chimie  hydrologique , 1859. 


LA  GAULE  THERMALE 


496 

nieurs  romains  avaient  déjà  reconnu  cette  nécessité,  et  ils 
s’étaient  préoccupés  des  moyens  d’utiliser  aussi  complètement 
que  possible  le  rendement  des  sources,  en  assurant,  d’autre 
part,  par  l’isolement,  la  pureté  de  leurs  eaux.  Nous  allons 
brièvement  passer  en  revue  les  diverses  solutions  qu’ils 
adoptèrent  pour  parvenir  à ce  double  résultat. 

Les  procédés  de  captage  employés  par  les  Romains  sont  un 
exemple  de  plus  de  leur  expérience  consommée  dans  le  traite- 
ment et  la  conduite  des  eaux  et  de  leur  habileté  de  construc- 
teurs. Dans  plusieurs  de  nos  stations,  les  captages  anciens 
sont  encore  utilisés,  ou,  tout  au  moins,  les  travaux  profonds 
ont  servi  de  base  à des  aménagements  modernes.  Toutefois 
les  ingénieurs  gallo-romains  se  heurtèrent  à deux  ordres  de 
difficultés,  qui  n’en  sont  plus  aujourd’hui,  mais  que  leurs 
méthodes  et  leur  outillage  ne  permettaient  pas  alors  de 
vaincre  : la  recherche  profonde  et  souterraine  des  sources,  et 
l’élévation  des  masses  d’eau  considérables  par  des  moyens 
mécaniques.  (1). 

On  remarque,  en  effet,  que  les  Romains  utilisèrent  unique- 
ment les  eaux  qui  se  manifestaient  à la  surface  du  sol  et  dont 
les  jaillissements  ou  de  simples  suintements  leur  avaient 
révélé  l’existence.  Il  ne  semble  pas  qu’ils  aient  eu  des  con- 
naissances géologiques  suffisantes  pour  aller  au  devant  des 
sources,  en  étant  uniquement  guidés  par  la  constitution  du 
sol.  Leurs  recherches,  également,  ne  furent  jamais  poussées 
très  avant,  l’instrument  indispensable  à cet  égard,  la  sonde  à 
tarière,  leur  étant  inconnu. 

Rs  ne  cherchèrent  pas  non  plus  à atteindre  les  nappes 
d’eau  par  des  galeries  souterraines,  ainsi  qu’il  est  de  pratique 
constante  de  nos  jours.  Le  seul  point  où  un  travail  de  ce 

(1)  Les  Romains  ont  connu  la  pompe  aspirante  et  foulante.  Il  existe 
au  musée  de  Saint-Germain  la  reconstitution  d’un  mécanisme  de  ce 
genre,  exécuté  d’après  quelques  fragments  trouvés  à Benfeld,  dans  l’an- 
cien département  du  Bas-Rhin.  Il  semble  toutefois  que  ce  procédé  éléva- 
toire  s’appliquait  uniquement  à de  petites  quantités  d’eau,  et  je  crois 
que,  sauf  à Evaux,  où  Ton  a découvert  un  fragment  d’objet  quadrangu- 
laire  en  plomb,  qu’on  a cru  avoir  appartenu  à un  corps  de  pompe,  au- 
cune trouvaille  de  ce  genre  n’a  été  faite  près  de  nos  sources  thermales. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


407 


genre  semble  avoir  e'té  tenté  est  Aix-les-Bains,  où  l’on  a ren- 
contré une  galerie  de  quelques  mètres  d’avancement.  M.  de 
Launay  pense  que  les  ingénieurs  gallo-romains  ont  été  arretés 
là,  comme  dans  leurs  exploitations  de  mines,  par  les  diffi- 
cultés d’épuisement  et  de  ventilation,  qui  étaient  si  considé- 
rables pour  les  anciens  mineurs. 

Le  docteur  Humbert  Mollière  (1)  propose  de  ce  fait  une 
autre  explication,  très  ingénieuse,  sinon  très  décisive.  D’après 
lui,  les  procédés  de  forage  profonds  et  violents  auraient  été 
proscrits  à raison  des  idées  religieuses  de  nos  ancêtres.  « Ces 
exemples,  dit-il,  nous  font  voir  quel  respect  avaient  les  Gallo- 
Romains  pour  leurs  sources  thermales;  ils  nous  expliquent 
aussi  pourquoi  ils  évitaient  d’en  troubler  le  mystère  par  des 
manœuvres  intempestives  dans  les  profondeurs  d’un  sol  où 
ils  imaginaient  sans  doute  que  résidaient  les  divinités.  » 

En  résumé,  que  ce  soit  inexpérience,  sentiment  religieux 
ou  tout  autre  motif,  les  sondages  et  travaux  souterrains  sont, 
pour  ainsi  dire,  inconnus  autour  des  sources,  dont  le  captage 
se  fit  toujours  au  moyen  de  travaux  à ciel  ouvert. 

D’autre  part,  en  l’absence  d’appareils  élévatoires,  les  Ro- 
mains durent  se  préoccuper  des  moyens  les  plus  convenables 
pour  utiliser  la  force  ascensionnelle  propre  de  l’eau,  et  ils 
installèrent  presque  toujours  leurs  établissements  à un  niveau 
inférieur  à celui  des  sources,  afin  que  l’eau  pût  gagner  les 
piscines  et  les  baignoires  et  se  distribuer  au  gré  des  besoins, 
uniquement  sous  l’influence  de  la  pesanteur.  Les  exceptions  à 
cette  règle  sont  très  rares  et  l’on  n’a  trouvé  qu’un  petit 
nombre  de  piscines  posées  sur  des  griffons  thermaux  et  ali- 
mentées directement  par  eux.  On  peut  citer  des  exemples  de 
ce  genre  à Plombières,  à Vichy  sur  la  source  Lucas,  dans  une 
des  piscines  du  Mont-Dore  et  probablement  à la  source  dite 
de  la  Saigne  à Saint-Laurent. 


(1)  Mémoire  sur  le  mode  de  captage  et  l’aménagement  des  sources  ther- 
males de  la  Gaule  romaine,  1893. 


32 


498 


LA  GAULE  THERMALE 


Une  fois  la  source  reconnue,  le  procédé  de  captage  le  plus 
simple  consista  dans  le  dégagement  du  griffon  par  le  creuse- 
ment, au  point  d’émergence,  d’une  petite  cuvette  entourée 
d’une  protection  légère  destinée  à isoler  les  eaux  recueillies. 
Sic  : Goren,  avec  cloisons  de  bois;  Desaignes,  avec  parois  de 
roche  et  de  tuiles  ; Thonon,  avec  captage  en  briques. 

Mais  la  découverte  était  généralement  plus  compliquée  et 
se  pratiquait  au  moyen  de  puits  poussés  jusqu’à  l’émergence 
du  griffon  dans  la  roche  en  place.  Pour  les  recherches  à 
flanc  de  coteau,  on  procédait  par  des  escarpements  à front 
vertical  et  à plateforme  horizontale.  Enfin,  et  cette  méthode 
était  principalement  employée  lorsqu’on  voulait  capter  un 
ensemble  de  naissants  voisins  les  uns  des  autres,  on  opérait 
aussi  la  découverte  en  creusant  autour  des  sources  de  larges 
fosses  descendant  jusqu’à  la  roche. 

Pour  consolider  l’émergence  et  circonscrire  nettement  les 
points  où  ils  voulaient  capter  les  eaux,  les  Romains  utilisèrent 
leur  merveilleux  béton,  sous  forme  d’entourages  de  puits  ou 
de  massifs  plus  ou  moins  épais.  Le  béton  était  également 
employé  en  larges  nappes  ou  semelles,  recouvrant  des  espaces 
parfois  très  étendus,  et  destinées  à empêcher  les  sources 
de  se  diffuser  à travers  le  sol,  à aveugler  les  griffons  secon- 
daires et  à refouler  les  eaux  vers  une  ou  plusieurs  colonnes 
de  moindre  charge  où  s’opérait  le  captage  (1). 

Les  matériaux  les  plus  divers  étaient  employés  pour  la 
construction  des  puits.  A Maizières,  puits  avec  cheminée  de 

(1)  « Dans  certains  cas...  il  faut  imposer  à l’eau  la  nécessité  de  sourdre 
au  point  déterminé  où  on  veut  la  capter,  en  lui  imposant  une  sur- 
charge sur  tous  les  autres  points  où  elle  pourrait  être  tentée  de  cher- 
cher une  issue.  Ainsi  cpie  nous  l’avons  déjà  fait  remarquer,  dans  cette 
méthode  nouvelle,  on  ne  marche  pas  au-devant  de  l’eau  thermale  : on 
l’appelle  à soi  par  la  création  d’une  colonne  de  moindre  résistance... 
C’est  par  une  surcharge  que  nous  déterminerons  le  mouvement  des  eaux 
thermales  vers  le  griffon  adopté...  L’une  des  solutions,  usitée  de  tous 
temps,  et  que  les  Romains  ont  parfois  appliquée  avec  beaucoup  d am- 
pleur, consistait  à adopter  une  surcharge  solide,  sous  la  lorme  d une 
nappe  continue  de  béton.  » (De  Launay,  Cours  des  mines.)  Voir  aussi  : 
Alfred  Léger,  Les  Travaux  publics , les  mines  et  la  métallurgie  au  temps  des 
Romains,  1875. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  499 

pierre;  à Ydes,  puits  boisé  en  madriers  de  chêne;  à Bagnères- 
de-Bigorre,  colonnes  de  captage  en  briques;  à Luchon, 
captages  en  béton  avec  cloisons  de  bois;  à Bagnols-de-Lozère, 
puits  dont  trois  faces  sont  le  roc  et  la  quatrième  une  maçon- 
nerie; aux  Fumades,  puits  en  maçonnerie  supportée  par  des 
pieux,  dans  la  partie  supérieure,  terminée  par  un  tubage  en 
bois;  à Vichy,  cheminée  en  pierre;  à Menthon,  un  puits  en 
petit  appareil,  et  un  autre  creusé  dans  la  roche,  avec  parties 
maçonnées  et  revêtements  de  marbre;  à Sail-les-Bains,  puits 
en  béton  avec  encadrement  de,  granit  à l’orifice;  à Royat, 
puits  carré  en  madriers  de  sapin. 

On  voit  des  exemples  de  rochers  escarpés  pour  l’établisse- 
ment des  puits  sur  plate-forme  horizontale  à Bourbon-Lancy, 
où  les  puits  sont  en  ciment  et  en  maçonnerie,  quelquefois 
avec  revêtement  de  marbre;  à Evaux,  où  la  plate-forme  est 
revêtue  d’une  épaisse  couche  de  béton,  dans  laquelle  sont 
ménagés  des  puits  en  maçonnerie  et  des  cheminées  en  plomb  ; 
à Saint-Honoré,  où  l’une  des  sources  est  captée  dans  des 
puits  établis  dans  le  béton  même  et  l’autre  dans  des  puits  en 
pierre. 

Les  exemples  de  larges  fosses  remplies  de  béton  sont  plus 
nombreux  encore  : à Bourbon-1’ Archambault,  où  trois  puits 
en  pierre  s’ouvrent  dans  la  nappe  étanche;  à Saint- Alban,  où 
le  béton  relie  les  quatre  puits,  dont  trois  sont  boisés  et  le 
quatrième  maçonné  ; à Luxeuil,  où  des  cheminées  de  pierre 
sont  encastrées  dans  le  béton  qui  descend  jusqu’à  la  couche 
de  grès.  A Néris,  on  a poussé  jusqu’au  granit  la  semelle  de 
béton  où  sont  ménagés  les  sept  puits;  à Bourbonne,  dans  la 
masse  de  béton,  puisard  en  maçonnerie  et  cheminées  en 
plomb;  à Plombières,  la  couche  de  béton  est  étendue  sur  le 
terrain  nivelé,  avec  réserve  de  cheminées  de  pierre,  et  quel- 
ques captages  séparés  sont  opérés  à l’aide  de  masses  de  béton 
soutenant  des  radiers  alternatifs  de  pierre  et  de  béton. 

Des  masses  de  béton  plus  ou  moins  considérables  ont  été 
également  reconnues  à Bagnols-de-Lozère,  à Dax,  à Royat,  à 
Beauregard-Vendon,  à Bains,  où  l’eau  montait  dans  une 


500 


LA  GAULE  THERMALE 


colonne  cylindrique  en  pierre,  et  à Uriage,  où  le  captage 
s’opérait  au  moyen  d’une  galerie  établie  directement  à l’ori- 
gine de  la  source  et  d’où  partaient  plusieurs  embranchements 
de  distribution. 

On  trouve  aussi  sur  certains  points  des  barrages  destinés  à 
empêcher  les  eaux  thermales  de  s’épancher  dans  les  terrains 
environnants  : à Vichy,  massifs  de  béton  formant  barrage;  à 
Plombières,  mur  de  béton  barrant  la  vallée,  descendant  jusqu’à 
la  roche;  à Évaux,  barrages  en  ciment  plus  fin  et  plus  homo- 
gène, noyés  dans  la  semelle  de  béton. 

A Vittel,  à Ax,  à Uriage,  des  barrages  en  pieux,  argile  et 
maçonnerie  devaient  servir  à retenir  les  eaux  thermales  et  à 
les  diriger  vers  leurs  lieux  d’emploi.  Amélie,  et  peut-être 
Rennes-les-Bains,  présentent  les  traces  de  barrages  destinés 
à élever  et  distribuer  des  eaux  douces. 

Un  captage  sérieux  exige  également,  comme  nous  l’avons 
dit,  l’isolement  de  la  source  thermale  ou  minérale  par  rapport 
aux  eaux  étrangères  qui  pourraient  abaisser  sa  température 
ou  modifier  sa  composition.  Pour  empêcher  l’afflux  des  eaux 
pluviales  ou  d’infiltration,  les  Romains  employèrent  à Mai- 
zières,  des  travaux  de  drainage  autour  du  puits;  à Bourbon- 
l’ Archambault,  l’isolement  du  massif  de  captage  par  des  revê- 
tements en  terre  glaise;  de  même  à Luxeuil;  à Saint-Honoré, 
un  fossé  autour  des  réservoirs;  à Bourbonne,  des  murs  verti- 
caux et  des  galeries  de  drainage  allant  à l’aqueduc  ; à Plom- 
bières, des  galeries  de  drainage  en  pierre  de  taille;  à Bourbon- 
Lancy,  une  muraille  et  un  canal  de  pierre  entre  le  rocher  et 
les  sources. 

Quelquefois  le  problème  était  plus  ardu,  et  il  s’agissait 
d’isoler  les  sources,  non  pas  seulement  de  filets  d’eau  d’infiltra- 
tion, mais  de  véritables  cours  d’eau.  A Bourbonne  et  à Luxeuil, 
des  ruisseaux  furent  ainsi  détournés  de  leur  cours;  a Saint- 
Honoré,  deux  ruisseaux  furent  contenus  au  moyen  d’une 
digue;  à Plombières,  on  créa  pour  l’Eaugronne  un  lit  artificiel 
au  moyen  d’un  canal  de  pierre  terminé  par  un  déversoir. 

Notons,  enfin,  que  les  ingénieurs  gallo-romains  prirent  soin, 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


501 


lorsqu’ils  rencontraient  dans  le  meme  lieu  des  eaux  de  nature 
différente,  d’en  empêcher  le  mélange.  On  peut  observer  le  fait 
à Aix-les-Bains,  pour  les  eaux  de  soufre  et  d’alun,  et  surtout 
à Luxeuil,  où  les  captages  et  les  canalisations  assurent  l’isole- 
ment complet  des  eaux  salines  et  des  eaux  ferrugineuses. 


Il 


A leur  sortie  des  puits  et  des  bassins  de  recette,  les  eaux 
étaient  conduites  et  distribuées  au  moyen  de  canalisations, 
parfois  assez  compliquées,  dont  les  fouilles  présentent  de  nom- 
breuses traces. 

Les  masses  d’eau  d’un  certain  volume  étaient  canalisées 
dans  de  petits  aqueducs,  très  rarement  construits  en  pierre 
simplement  appareillée,  mais  le  plus  souvent  revêtus  de 
ciment,  tout  au  moins  dans  la  partie  inférieure  formant 
cuvette.  On  se  servait  également  de  canaux  en  briques  super- 
posées, rectangulaires  ou  curvilignes,  ou  de  plateaux  de  bois 
consolidés  par  des  maçonneries.  Le  plomb  fut  aussi  employé 
quelquefois  pour  des  conduites  d’un  volume  considérable,  à 
Royat  et  à Néris,  pour  exemple.  Le  gros  tuyau  de  Néris  repo- 
sait sur  des  assises  de  pierre  et  mesurait  244  millimètres  de 
diamètre. 

' * 

Pour  les  canalisations  de  moindre  débit,  on  avait  recours  à 
des  tuyaux  de  bois,  de  terre  cuite  ou  de  plomb.  Ces  tuyaux 
venaient  se  greffer  sur  les  conduites  principales,  ou  prenaient 
l’eau  directement  dans  les  puits  ou  cheminées,  ou  dans  des 
pierres  de  captage  disposées  probablement  au-dessus  du  griffon 
même,  au  point  d’émergence.  On  conserve  au  Mont-Dore  une 
pierre  de  ce  genre,  creusée  à l’intérieur  et  garnie  à sa  base 
d’une  partie  carrée  saillante  avec  rigole,  destinée  à s’emboîter  - 
sur  une  assise  inférieure  (fig.  70).  Un  des  côtés  présente  un 
trou  rond  à gorge  pour  le  scellement  du  tuyau.  A la  partie 


502  LA  GAULE  THERMALE 

supérieure  existait  un  autre  trou  du  môme  genre  11e  montrant 
qu’une  échancrure,  car  une  partie  de  son  pourtour  devait  être 
fournie  par  la  pierre  qui  se  trouvait  au-dessus. 

Les  tuyaux  de  bois  étaient  formés  de  troncs  d’arbres  plus 
ou  moins  volumineux,  évidés  dans  le  sens  de  leur  longueur  et 
placés  bout  a bout,  lorsqu  on  avait  besoin  de  laire  parcourir 
à l'eau  une  certaine  distance.  On  en  a trouvé  à Bourbonne,  où 
ils  formaient  un  système  très  complet  de  conduite,  à Luchon, 

à Abrest,  à Luxeuil,  à Ax,  à 
Ydes,  où  le  tuyau  de  bois  se 
combinait  avec  un  tube  de 
plomb,  aux  Fumades,  où  le 
tuyau  de  bois  était  terminé 
par  une  armature  en  plomb, 
présentant  en  son  milieu  une 
ouverture  que  fermait  un  bou- 
chon de  bois. 

Les  tuyaux  de  poterie,  aux- 
quels on  donnait  le  nom  de 
tubuli,  constituaient  un  mode 
de  conduite  économique  et  très 
pratique  pour  conserver  la 
chaleur  des  eaux  thermales. 

■a 

D'après  Yitruve  (liv.  YIII, 
ch. VI) j et  Pline  (Histoire  natu- 
relle, liv.  XXXI),  ils  devaient 
être  épais  pour  le  moins  de 
deux  doigts  et  plus  épais  par 
un  bout,  afin  qu’ils  pussent  s’emboîter  l’un  dans  l’autre.  Leurs 
extrémités  étaient  jointes  avec  de  la  chaux  détrempée  dans  de 
l’huile.  Des  conduites  de  ce  genre  ont  été  signalées  à Aix-les- 
Bains,  à Saint-Alban,  à Niederbronn,  à Saint-Galmier. 

Quant  aux  tuyaux  de  plomb,  appelés  fistulœ  ou  tubi,  leur 
usage  était  à peu  près  général  et  il  en  a été  découvert  dans 
presque  toutes  nos  stations  thermales.  Les  Romains  ignorant 
l’art  d’étirer  le  plomb  sans  soudure,  les  tuyaux  étaient  fabri- 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


503 


qués  avec  des  feuilles  ou  tables  (1)  qu’on  cintrait  et  dont  on 
ramenait  les  bords,  non  pas  bout  à bout  ou  l’un  sur 
l’autre  par  recouvrement,  mais  l’un  contre  l’autre,  ce  qui 
donnait  au  tuyau  une  forme  non  pas  ronde,  mais  piri- 
forme.  Quelquefois,  le  dessus  était  couronné  d’une  petite  rai- 
nure remplie  de  mastic  servant  de  joint;  le  plus  souvent,  on 
soudait  les  deux  bords  ainsi  rapprochés  en  les  empâtant  de 
plomb  fondu  (2).  Des  canalisations  en  plomb  existaient  à Aix- 
les-Bains,  Évaux,  Plombières,  Bourbonne,  Bourbon-l’Archam- 
bault,  Ludion,  Luxeuil,  Saint-Galmier,  Menthon,  Saint-Alban, 
Royat,  Bondonneau,  le  Mont-Dore,  Bagnols-de-Lozère,  Balaruc, 
etc.  Plusieurs  procédés  étaient  employés  pour  faire  les  joints  : 
on  engageait  les  bouts  en  sifflet,  et  recouvrant  ensuite  le  joint 
d’un  nœud  de  soudure;  ou  bien,  après  élargissement  de  l’une 
des  deux  extrémités  au  mandrin,  on  faisait  pénétrer  le  bout 
de  l’autre  tuyau  dans  cet  épanouissement  et  l’on  coulait  du 
plomb  entre  les  deux.  A Luxeuil,  les  rencontres  de  tuyaux 
étaient  formées  de  rondelles  prises  sur  le  tuyau  lui  meme  et 
frappées  de  manière  à ne  plus  avoir  que  2 millimètres  d’épais- 
seur à la  circonférence;  ces  rondelles  étaient  percées  de 
quinze  trous  qui  ont  évidemment  servi  à les  lier  par  un  mode 
d’assemblage  qu’il  est  d’ailleurs  difficile  de  préciser  (3).  A 
Bourbonne,  certains  tuyaux  portaient  des  joints  de  bronze; 
à Moind,  on  en  a trouvé  un  avec  des  rivets  de  fer;  un  dessin 
de  Tardieu  (4)  représente  un  tuyau  à vis,  à plusieurs  emboîte- 
ments, provenant  de  Royat. 

(1)  Vitruve  (liv.  VIII,  chap.  vi)  indique  les  proportions  que  devaient 
avoir  les  tuyaux  de  plomb.  Leur  poids  était  proportionnel  au  nombre  de 
doigts.  Les  tuyaux  étaient  appelés  de  40,  50  ou  100  doigts  suivant  la 
largeur  qu’avaient  les  lames  dont  ils  étaient  laits  avant  d’être  courbées. 

(2)  Belgrand,  Les  Travaux  souterrains  de  Paris , t.  II,  lre  partie  : Les 
Eaux.  Introduction  : Les  Aqueducs  romains.  — A.  Léger,  Les  Travaux 
publics,  les  mines  et  la  métallurgie  au  temps  des  Romains,  1875. 

Dans  l’analyse  de  la  soudure  d’un  tuyau  de  plomb  provenant  de  Plom- 
bières, M.  Lefort  a trouvé  deux  parties  de  plomb  pour  une  partie  d’étain. 
Société  d’ Émulation  de  l’Ailier , t.  VIII.  Séance  du  5 juillet  1851. 

(3)  Mémoires  de  V Académie  imperia  le  des  sciences,  belles-lettres  et  arts  de 
Lyon.  Classe  des  lettres,  nouvelle  série,  t.  IX,  1860-1861.  Rapport  do 
M.  Dupasquier. 

(4)  Histoire  du  bourg  de  Royat. 


504 


LA  GAULE  THERMALE 


Les  tuyaux  ainsi  construits  devant  offrir  une  assez  faible 
résistance  à la  pression  de  l’eau,  on  les  emboîtait  fréquem- 
ment dans  des  pierres  creusées,  de  la  maçonnerie  ou  des 
chapes  de  ciment.  On  a signalé  a Bourbon-Lancy  un  fragment 
de  canalisation  en  plomb  entouré  de  terre  cuite.  A Saint- 


Alban,  des  tuyaux  de 
plomb  étaient,  dans  leur 
trajet,  appuyés  sur  de 
larges  briques. 


Les  organes  métalliques 
destinés  à régler  l’amenée 
de  l’eau  ou  son  évacuation 
ont  laissé  quelques  traces, 
rares  d’ailleurs,  le  métal 
qui  servait  à leur  fabrica- 
tion ayant  dû  tenter  la 
cupidité  de  tous  ceux  qui 
avaient  pu  avoir  accès 
auprès  des  thermes  après 
leur  destruction. 

A Bagnols- de -Lozère, 
l’ouverture  de  la  source 
était  garnie  d’un  tuyau 
de  plomb,  avec  restes  d’une 
soupape  de  même  métal. 

Plombières  a fourni  un  très  curieux  robinet  de  bronze,  avec 
clef  en  fer,  encore  en  bon  état  de  fonctionnement  lors  de  sa 
découverte,  en  1857. 

Je  dois  à l’obligeance  de  M.  Philippe,  conservateur  au 
musée  d’Épinal,  les  dessins  d’une  clef  de  robinet  de  bronze  de 
O m.  46  de  longueur,  provenant  également  de  Plombières 
( fig . 71),  et  d’un  ajutage  de  O m.  20  de  longueur,  probable- 
ment de  même  provenance,  simple  tuyau  de  bronze,  portant 
vers  son  milieu  un  renflement  en  forme  d’anneau,  et,  vers 
l’une  de  ses  extrémités,  deux  sortes  d’ailettes  ayant  vraisem- 


Fig.  71.  — CLEF  DE  ROBINET  PROVENANT 
DE  PLOMBIÈRES  (MUSÉE  D’ÉPINAL). 

D’après  une  aquarelle  de  M.  Philippe. 


X 


\ 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  505 

blablement  servi  pour  un  mode  quelconque  de  fixation.  Dans 
la  meme  station,  les  eaux  de  la  grande  piscine  étaient  éva- 
cuées au  moyen  d’une  bonde  en  bronze  encastrée  dans  le 
dallage. 

Les  récits  des  fouilles  de  Bourbonne  ont  signalé  l’existence 
d’un  bassin  de  plomb,  alimenté  par  deux  robinets  donnant, 
l’un  de  l’eau  froide  et  l’autre  de  l’eau  chaude.  Le  rapport  de 


Fig.  72.  — ROBINETS  ET  SECTIONS  DE  TUYAUX  DE  BOURBONNE, 
CONSERVÉS  AU  CABINET  DES  ANTIQUES. 

Cliché  de  M.  Gauvain. 


Lebrun,  en  1808,  signalait  quatre  tubes  en  plomb,  encore 
munis  des  restes  de  leurs  robinets  de  cuivre. 

Le  Cabinet  des  Médailles  et  Antiques,  à la  Bibliothèque 
nationale,  possède  une  intéressante  série  d’objets  de  robinet- 
terie en  bronze  provenant  de  cette  dernière  station  : une 
clef  de  robinet;  un  robinet  du  genre  de  nos  robinets  à bois- 
seau, long  de  0 m.  32,  empâté  dans  une  masse  de  plomb 
provenant  du  tuyau  dont  il  formait  l’extrémité;  un  autre 
robinet  du  môme  genre,  où  subsistent  les  restes  de  la  clef  à 
demi  tournée  ; une  bonde  en  bronze,  de  0 m.  10  de  hauteur, 
munie  d’un  couvercle  à soupape  basculante.  Dans  cette  col- 


(iOü 


LA  GAULE  THERMALE 


lection  figurent  aussi  quelques  raccords  de  tuyaux  en  bronze, 
d une  grande  épaisseur,  dont  plusieurs  ont  été  sciés  dans  leur 
longueur  et  permettent  de  se  rendre  compte  de  l’excellence 
du  métal  employé  par  les  Gallo-Romains,  ainsi  que  de  la 
perfection  de  fabrication  de  leurs  ouvrages  de  canalisation 
thermale  (fig.  72). 


III 


Nous  savons  que  le  procédé  le  plus  souvent  employé  dans 
la  pratique  thermale  était  le  bain,  principalement  le  bain  pris 
en  commun.  Aussi  la  piscine  est-elle  l’installation  classique, 
en  quelque  sorte,  celle  qu’on  retrouve  dans  la  presque  totalité 
des  anciens  établissements  thermaux.  Les  piscines  étaient 
généralement  rectangulaires  ; on  en  rencontre  aussi  un  certain 
nombre  de  circulaires;  celles  de  forme  carrée  sont  plus 
rares.  Leurs  dimensions  étaient  des  plus  variables  : certaines 
ne  pouvaient  contenir  que  quatre  ou  cinq  personnes;  dans 
d’autres,  comme  celle  de  Plombières  par  exemple,  une  cen- 
taine de  baigneurs  au  moins  pouvaient  trouver  place. 

On  descendait  dans  les  bassins  par  des  gradins  disposés  sur 
tout  le  pourtour,  ou  sur  quelques  points  seulement,  ou  encore 
placés  en  pans  coupés  dans  les  angles  des  piscines  rectangu- 
laires. Certaines  piscines,  peu  profondes,  n’étaient  environ- 
nées que  d’un  seul  gradin,  permettant  aux  baigneurs  allongés 
dans  le  fond  de  reposer  leur  tête  ou  de  s’appuyer  sur  le  bras 
pour  soutenir  hors  de  l’eau  le  haut  de  leur  buste. 

On  trouve  le  bois  employé  dans  quelques  rares  piscines  : au 
Mont-Dore,  où  le  bassin  de  charpente  est  vraisemblablement 
antérieur  à l’époque  gallo-romaine,  à Beauregard-Vendon  et  à 
Neyrac,  où  le  bois  est  associé  à la  pierre. 

Les  piscines,  pour  la  presque  totalité,  étaient  construites 
avec  ce  béton  appelé  opus  signinim,  employé  pour  l’exécution 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


507 


des  réservoirs  et  des  citernes,  et  dont  la  formule  nous  est 
donnée  par  Vitruve  (liv.  VIII,  ch.  vi)  : mortier  composé  de  sable 
et  de  chaux,  où  Ton  mêlera  des  cailloux  cassés;  on  battra 
avec  des  bâtons  ferrés  par  le  bout. 

Nous  trouvons  des  piscines  en  ciment  de  ce  genre  sans 
revêtement  à Vichy,  à Ydes,  à Bondonneau,  à Saint- Alban.  A 
Menthon,  au  Mont-Dore,  à Bains,  à Plombières,  elles  sont 
pavées  ou  revêtues  en  dalles  de  pierre.  A Saint-Galmier,  à 
Amélie-les-Bains,  elles  présentent  un  sol  et  un  revêtement  en 
briques.  A Saint-Honoré,  à Uriage,  à Bagnères-de-Bigorre,  à 
Bourbon-Lancy,  le  béton  était  recouvert  de  dallages  et  de 
revêtements  en  marbre;  à Evaux,  en  marbre  et  en  porphyre. 
A Aix-les-Bains  et  à Royat,  emploi  de  briques  et  de  placages 
de  marbre.  A Luehon,  à Néris,  à Bourbon-1’ Archambault, 
outre  les  marbres,  les  pierres  du  pays  sont  utilisées  pour  les 
dallages  et  les  revêtements.  A Bourbonne,  une  des  piscines  a 
des  parois  en  briques  avec  gradins  de  pierre  ; d’autres  ont  des 
parois  de  briques  avec  revêtements  de  marbre.  A Luxeuil, 
les  anciens  auteurs  parlent  d’un  pavage  en  albâtre.  Aux 
Fumades,  la  piscine  est  composée  d’un  massif  de  maçonnerie 
en  moellons,  avec  enduit  d’opus  signinum ; le  fond  est  en  blocage 
de  pierres  brutes,  également  revêtu  du  même  béton. 

Des  piscines  de  divers  genres  ont  été  également  mises  à jour 
à Saint-Laurent,  Ghâteauneuf,  La  Bourboule,  Saint-Parize, 
Pont-des-Eaux,  Bagnols-de-Lozère,  Dax,  Montbouy,  Aix-en- 
Provence,  Niedcrbronn,  etc. 

Rappelons  aussi  que  deux  piscines,  à Saint-Galmier  et  à 
Uriage,  étaient  construites  sur  un  hypocauste,  qui  permettait, 
à Saint-Galmier,  de  chauffer  l’eau  minérale  complètement 
froide,  à Uriage,  d’élever  la  température,  probablement  jugée 
insuffisante,  de  l’eau  thermale.  Peut-être  aussi  un  dispositif 
du  même  genre  a-t-il  existé  à Vittel. 

A côté  des  piscines,  on  rencontre  assez  fréquemment  des 
baignoires  ou  fragments  de  baignoires,  ayant  servi  au  bain 
isolé.  Nous  allons  en  citer  quelques-unes,  mais  il  en  a certai- 
nement existé  dans  bien  d’autres  stations,  où  leurs  traces 


508 


LA  GAULE  THERMALE 


n ont  pu  se  conserver  aussi  bien  que  celles  des  piscines,  dont 
les  bases  bétonnées  étaient  pour  ainsi  dire  indestructibles.  A 
Evaux  et  a Amélie-les-Bains,  baignoires  dallées  et  revêtues  de 
marbre  ; à Vichy,  baignoires  en  marbre  et  en  pierre  ; au 
Mont-Dore,  baignoires,  dont  une  est  à parois  de  briques  revê- 
tues de  stuc,  avec  fond  en  marbre;  à Uriage,  baignoires  en 
belle  pierre  polie;  à Châteauneuf,  baignoires  en  briques.  11  a 
encore  été  signalé  des  restes  de  baignoires  à Dax  et  à Pont- 
des-Eaux  (1). 

Peut-être,  mais  cela  est  plus  hypothétique,  les  cuves  en  ma- 
çonnerie de  Saint-Nectaire  et  les  cuves  taillées  dans  Je  roc,  à 
Bagnols  (Gard),  ont-elles  également  servi  au  même  usage. 

L’étuve  occupait  aussi  une  place  considérable  dans  l'amé- 
nagement de  nos  anciens  thermes,  où  l’on  employait,  nous  le 
savons,  soit  l’étuve  sèche  à air  chaud,  soit  le  bain  de  vapeur 
produit  par  l’introduction  dans  la  pièce  des  vapeurs  de  l’eau 
thermale,  ou  par  des  projections  d’eau  sur  le  sol  échauffé. 

Les  salles  d’étuves  étaient  chauffées  par  des  fourneaux 
d’hypocauste  ou  par  une  circulation  d’eau  thermale  au-dessous 
du  plancher.  Nous  voyons  le  premier  procédé  employé  à 
Saint-Galmier,  à Saint-Honoré,  à Niederbronn,  àYdes,  à Men- 
thon,  au  Mont-Dore  et  à Rovat.  L’eau  thermale  servait  au 
chauffage  à Aix-les-Bains,  k Luchon,  à Néris,  à Amélie-lès- 
Bains  et  à Bourbon-Lancy. 

On  a retrouvé  des  traces  des  deux  procédés  à Aix-en- 
Provence,  à Plombières  et  à Bourbonne,  où  des  galeries  pro- 
fondes, établies  immédiatement  au-dessus  du  béton  du  captage, 
ont  dû  servir  d’étuves  à chauffage  naturel.  De  même,  à 
Evaux,  les  étuves  semblent  avoir  été  installées  autour  d’un 
des  puits  où  la  température  était  la  plus  élevée. 

L’inhalation  pouvait  s’opérer  dans  toutes  les  étuves  où 
parvenaient  les  vapeurs  d’eau  minérale.  En  outre,  nous  trou- 
vons dans  deux  stations  des  dispositions  qui  paraissent  avoir 

(1)  On  conserve  dans  la  .cathédrale  d’Angers  une  baignoire  en  por- 
phyre vert,  rapportée  de  Provence  par  le  roi  René,  et  qui,  selon  toutes 
les  apparences,  provient  des  anciens  thermes  d’Aquœ  Se.xtiæ. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES 


509 


été  spécialement  étudiées  en  vue  de  ce  procédé  thérapeutique  : 
à Amélie-les-Bains,  les  deux  tours  en  béton  alimentées  par  un 
courant  d’eau  chaude  avec  ruissellement,  au-dessus  desquelles 
on  pouvait  faire  des  inhalations  très  énergiques,  et,  àLuchon, 
la  voûte  servant  à l'écoulement  d’eaux  très  chaudes,  et  percée 
de  trous  pour  permettre  aux  vapeurs  de  se  répandre  dans  une 
salle  supérieure. 

Pour  les  douches,  bornons-nous  à rappeler  que  les  thermes 
de  Sanxay  présentent  un  véritable  type  , d’installation  pour 
l’application  de  ce  procédé  hydrothérapique. 

Nous  avons  reconnu  cpie  l’emploi  par  les  anciens  de  l’eau 
minérale  en  boisson  ne  saurait  faire  aucun  doute,  mais  les 
installations  de  cette  nature  exigent  trop  peu  de  travaux 
apparents  pour  qu’il  nous  en  soit  resté  des  traces  bien  cer- 
taines. Signalons,  cependant,  les  débris  de  plancher  trouvés 
au-dessus  du  griffon  d’Aulus,  qui  peuvent  avoir  appartenu 
à une  antique  buvette;  à Abrest,  le  petit  baquet  de  bois 
de  chêne,  avec  tuyau  de  décharge  en  bois,  qui  devait  servir 
de  réceptacle  pour  puiser  de  l’eau  à boire;  à Desaignes,  la 
tablette  de  pierre  scellée  dans  une  des  parois  du  bassin, 
utilisée  peut-être  comme  support  pour  les  tasses  des  buveurs  ; 
et  enfin,  les  sortes  de  bornes-fontaines  trouvées  au  Mont- 
Dore,  dont  l’emploi  pour  la  distribution  des  eaux  thermales 
semble  nettement  indiqué. 

L'évacuation  des  eaux  usagées  s’opérait  au  moyen  de 
canaux  et  d’aqueducs,  dont  nous  avons  eu  à noter  fréquem- 
ment l’existence,  notamment  à Luxeuil,  à Plombières,  àBour- 
bon-Lancv,  etc. 

On  trouve  quelquefois  aussi  les  traces  d’autres  aqueducs, 
employés  pour  conduire  dans  les  stations  thermales  qui  en 
étaient  dépourvues  des  eaux  douces,  destinées,  soit  à des 
usages  thermaux,  soit  à la  boisson.  Rappelons  qu’à  Néris, 
notamment,  des  travaux  de  ce  genre,  d’une  importance  consi- 
dérable, assuraient  à la  ville  un  large  approvisionnement 
d’eau  potable. 


510 


LA  GAULE  THERMALE 


Los  grands  établissements  thermaux  des  anciens  devaient 
nécessairement  avoir,  comme  ceux  de  nos  jours,  des  dépen- 
dances assez  considérables  pour  leurs  services  accessoires,  mais 
l’état  de  ruine  des  substructions  retrouvées  dans  le  voisinage 
de  certains  thermes  ne  permet  pas  de  se  rendre  compte  de 
leur  destination,  non  plus  que  de  leurs  anciennes  dispositions. 
Nous  avons  cependant  signalé  la  découverte,  à Néris,  à peu 
de  distance  d’un  des  bains  antiques,  d’un  édifice  renfermant 
un  certain  nombre  de  petites  chambres  ou  cases  parallèles, 
séparées  par  une  sorte  de  large  corridor.  Des  constructions 
semblant  avoir  beaucoup  de  rapports  avec  cet  édifice  ont  été 
retrouvées  à Tintignac,  dans  la  Corrèze  (1),  et  à Sanxay  (2), 
où  le  bâtiment  aux  cases  multiples  était  situé  dans  le  voisi- 
nage immédiat  clés  bains,  avec  lesquels  il  communiquait  par 
un  corridor  voûté. 

La  disposition  très  particulière  de  ces  deux  derniers  édifices, 
leur  ressemblance  avec  certaines  constructions  de  Pompéi, 
dont  la  destination  n’est  pas  douteuse,  ont  fait  naître  l’idée 
qu’on  se  trouvait  là  en  présence  de  lupanars.  Il  est  permis  de 
penser  que  ces  locaux  avaient  une  tout  autre  destination; 
qu’ils  servaient  simplement  à l’habitation  du  personnel  des 
bains,  et  que  ces  cellules  étaient  des  chambres  à coucher, 
fort  étroites,  à la  vérité,  et  ne  recevant  d’air  et  de  lumière 
que  par  la  porte,  ce  qui  n’a  pas  lieu  de  surprendre  lorsqu’on 
connaît  les  habitudes  romaines  à ce  point  de  vue. 


IV 


L’étude  des  vestiges  de  nos  anciennes  stations  ne  révèle 
rien  de  bien  particulier  en  ce  qui  concerne  l’architecture.  Au 
point  de  vue  du  plan,  les  différents  tracés  qu’on  a pu  relever 

(1)  Forot,  Etude  sur  les  ruines  gallo-romaines  de  Tintignac. 

(2)  Berthelé,  Quelques  mots  sur  les  fouilles  du  P.  de  la  Croix,  à Sanxay. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  511 

de  leurs  substructions  montrent  que,  si  dans  certaines  stations 
comme  à Royat,  Néris,  Badenweiler,  etc.,  les  établissements 
présentent  des  dispositions  où  se  rencontrent  les  pièces  dont 
les  traités  d’architecture  nous  ont  fait  connaître  la  destina- 
tion et  les  emplacements  respectifs,  les  architectes  s’étaient 
souvent  éloignés  des  dispositions,  que  nous  considérons 
comme  classiques,  des  thermes  anciens.  Rien  de  plus  naturel, 
d’ailleurs,  car  la  nécessité  de  construire  dans  le  voisinage 
immédiat  des  sources  imposait  souvent  certaines  disposi- 
tions exigées  par  la  conformation  des  lieux,  et,  d’autre  part, 
l’utilisation  des  eaux  dans  un  but  thérapeutique  ne  se  prêtait 
pas  toujours  aux  mêmes  combinaisons  de  plans  que  la  balnéa- 
tion de  pur  agrément. 

Les  procédés  de  construction,  l’appareil,  les  matériaux  ne 
diffèrent  pas  de  ceux  qu’on  employait  d’une  manière  générale 
à l’époque  gallo-romaine.  La  voûte  semble  avoir  été  un  mode 
fréquemment  adopté  pour  la  couverture  des  étuves  et  des 
piscines,  du  moins,  pour  ces  dernières,  dans  les  établisse- 
ments thermaux  d’une  certaine  importance. 

Certaines  dispositions  particulières  paraissent  avoir  eu  pour 
but  d’assurer  cl’une  façon  toute  particulière  l’étanchéité  des 
piscines  et  des  bassins,  ou  de  protéger  sur  certains  points  les 
revêtements  de  marbre  contre  l’action  des  eaux.  Dans  le 
réservoir  de  Moind,  un  bourrelet  de  ciment  contournait  les 
murs  pour  boucher  tous  les  joints  du  fond  ; à Saint-Galmier, 
une  des  piscines  avait  ses  angles  garnis  d’un  tore  ou  colon- 
nette  en  ciment,  pour  empêcher  l’action  de  l’eau  sur  ces 
points;  à Néris  des  couches  de  stuc  plus  ou  moins  épaisses 
recouvraient  quelques  parties  des  revêtements  intérieurs  des 
piscines;  à Aix-les-Bains,  des  revêtements  du  même  genre 
étaient  plaqués  d’une  espèce  de  mastic,  mélangé  de  fragments 
de  briques.  A cette  même  station,  on  a trouvé  dans  quelques 
bains  particuliers  une  couche  de  charbon  pilé,  placée  entre  le 
sol  et  la  maçonnerie,  destinée  à conserver  la  chaleur  des 
eaux. 

Certaines  étuves  portent  les  traces  d’une  disposition  qu’on  a 


512 


LA  GAULE  THERMALE 


pu  étudier  dans  les  ruines  d’un  balnéaire  récemment  décou- 
vert à Beauvais  (1)  et  qui  consiste  en  un  petit  solin,  chanfrein 
en  ciment  existant  à la  jonction  du  mur  et  du  pavement,  qui 
devait  empêcher  la  condensation  de  la  vapeur  dégagée  dans  la 
salle  de  s’infiltrer  dans  l’angle  des  murs. 

Quelques-uns  de  nos  anciens  thermes  étaient  d’une  extrême 
simplicité  de  construction  et  de  décoration,  mais  ce  fut  plutôt 
l’exception,  et  les  débris  de  sculptures,  les  restes  de  mosaïques, 

de  stucs,  de  pavements  et.de 
revêtements  en  marbres  ou 
autres  matériaux  précieux 
prouvent,  au  contraire,  que 
la  décoration  en  était  géné- 
ralement conçue  avec  un 
luxe  et  une  recherche  dont, 
jusqu’à  une  époque  très  rap- 
prochée de  nous,  du  moins, 
on  n’avait  aucune  idée  dans 
les  édifices  de  ce  genre. 

Gomme  dans  tous  les  mo- 
numents de  cette  époque,  la 
colonne  fut  d’un  emploi  très 
fréquent  dans  les  construc- 
tions thermales,  soit  pour 
soutenir  à l’intérieur  des 
édifices  des  charpentes  horizontales,  soit  pour  former  à l’exté- 
rieur des  promenoirs  ou  galeries  couvertes.  Ces  colonnes 
étaient  le  plus  souvent  en  pierre;  plus  rarement  en  briques. 
Les  ruines  des  édifices  thermaux  nous  ont  fourni  un  assez 
grand  nombre  de  chapiteaux,  qui  sont  souvent  d’un  excellent 
travail,  notamment  ceux  qui  couronnaient,  à Néris,  la  colon- 
nade du  premier  établissement  (fig.  73).  Sur  quelques  points, 
à Luxeuil,  par  exemple,  il  semble  qu’on  ait  eu  recours,  pour 
les  galeries  extérieures,  à des  constructions  plus  légères, 

(1)  Acher  et  Leblond,  Le  Balnéaire  gallo-romain  de  Beauvais.  Congrès 
archéologique  de  France.  LXXI10  session,  1905. 


ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  S13 

comportant  des  toitures  de  tuiles  supportées  par  des  charpentes 
en  bois. 

Certains  fragments  de  fûts  de  colonnes  trouvés  dans  les 
ruines  thermales  sont  couverts  sur  tout  ou  partie  de  leur  hau- 
teur de  feuilles  imbriquées.  Plusieurs  auteurs  ont  considéré 
ce  genre  d’ornement  comme  spécial  aux  édifices  thermaux  ; 
c’est  là  une  erreur  certaine,  car  des  découvertes  du  même 
genre  ont  été  faites  sur  nombre  de  points 
totalement  dépourvus  d’eaux  minérales  et 
thermales. 

Il  n’en  est  pas  de  même  de  certaines 
colonnes,  provenant  de  Néris  et  du  Mont- 
Dore,  dont  le  fût  est,  à la  base,  décoré  de 
compartiments  réguliers,  encadrant  des 
têtes  casquées,  des  oiseaux,  des  boucliers, 
des  petits  personnages,  etc.  (fig.  74).  Ce 

genre  de  décoration  semble  avoir  été  de 

/ 

conception  très  locale,  limitée  à la  région 
auvergnate,  dont  Néris  est  si  voisine. 

Remarquons,  enfin,  qu’un  certain  nombre 
de  réservoirs,  bassins  ou  piscines  ne  pré- 
sentent dans  leurs  environs  aucune  trace 
d’édifices  en  maçonnerie  ayant  pu  servir  à Fig. 74.  — colonne 

D E N É R I S . 

leur  protection,  ou  que  les  trouvailles  de 
matériaux  anciens  se  bornent  à ces  tuiles  plates  ou  courbes 
employées  par  les  Romains  pour  l’établissement  de  leurs  toi- 
tures. Il  est  difficile  d’ admettre  que  tous  ces  ouvrages  aient 
été  autrefois  complètement  à l’air  libre,  et  je  crois  plutôt  que 
la  conclusion  à tirer  de  ces  observations  est  que  la  construc- 
tion en  bois,  avec  couvertures  en  planches,  en  tuiles,  en  toiles 
ou  en  chaume,  fut  d’un  usage  fréquent  autour  des  sources 
médicinales. 

Quelques  motifs  sculptés,  ayant  trait  directement  au  service 
des  eaux,  découverts  dans  plusieurs  stations,  nous  montrent 
que  nos  ancêtres  avaient  le  souci  de  la  décoration  appliquée  à 
des  parties  usuelles  de  leurs  thermes.  C’est  ainsi  qu’à  Evaux 

O <\ 

0 0 


on  a trouvé  un  masque  en  bronze  de  dieu  marin,  ayant  servi 
de  gueulard  à une  fontaine.  Au  Mont-Dore,  une  louve  de 
pierre  crachait  par  la  gueule  l’eau  d’une  fontaine  et,  de 
même,  à Ydes,  une  lionne  en  domite  servait  de  griffon  à une 
source. 

L’examen  des  débris  de  sculpture  et  de  certains  détails 
d’architecture  provenant  des  principaux  établissements  ther- 
maux semble  démontrer  que  leur  édification  eut  généralement 
lieu  dans  le  courant  du  premier  siècle,  et,  par  conséquent, 
que  l’exploitation  raisonnée  des  eaux  thermales  et  minérales 
suivit  de  très  près  l’établissement  définitif  de  la  puissance 
romaine  dans  notre  pays.  Ces  données  sont,  d’ailleurs,  corro- 
borées par  cette  constatation  qu’un  grand  nombre  de  séries 
monétaires  découvertes  dans  les  stations  commencent  au 
règne  d’Auguste.  Il  en  est  ainsi  notamment  à Aix-en-Provence, 
Montbouy,  Balaruc,  Moind,  Saint- Amand,  Ydes,  Vic-sur-Cère, 
Evaux,  Bourbon-Lancy,  Néris,  Plombières,  Niederbronn, 
Desaignes,  Rennes-les-Bains,  etc. 


TABLE  ALPHABETIQUE 


DES  SOURCES  ET  STATIONS  CITÉES  DANS  L’OUVRAGE 


Pages. 


Abrest.  — Allier 437 

Aix-en-Provence.  — Bouches- 

du-Rhône 331 

Aix-la-Chapelle.  — Allemagne.  490 

Aix-les-Bains.  — Savoie 311 

Aix-en-Diois.  — Drôme 327 

Alet.  — Aude 361 

Alise-Sainte-Reine.  — Côte-d’Or.  456 

Allevard.  — Isère 324 

Amélie-les-Bains.  — Pyrénées- 

Orientales 352 

Archingeay.  — Charente-Infé- 
rieure  486 

Aulus.  — Ariège 357 

Ax.  — Ariège 360 

Baden.  — Suisse 488 

Baden-Baden.  — Allemagne . . . 492 

Badenweiler.  — Allemagne. . . . 490 

Bagnères-de-Bigorre.  — Hautes- 

Pyrénées 342 

Bagnères-de-Luchon.  — Haute- 

Garonne  346 

Bagnoles.  — Orne 482 

Bagnols.  — Lozère 384 

Bagnols-sur-Cèze.  — Gard. . . . 367 

Bains.  — Vosges 472 

Balaruc.  — Hérault 362 

Barbotan.  — Gers 341 

Barthe-de-Riviôre  (la).  — Haute- 

Garonne  349 

Bauche  (la).  — Savoie 316 

Beauregard-Vendon.  — Puy-de- 

Dôme 404 

Bondonneau.  — Drôme 325 


Pages 


Bourbon-Lancy . — Saône-et- 

Loire  438 

Bourbon-l’Arehanibault.  — Al- 
lier   444 

Bourbonne-les-Bains.  — Haute- 

Marne  456 

Rourboule  (la).  — Puy-de-Dôme.  402 

Brides.  — Savoie 319 

Brômines.  — Haute-Savoie ... . 31 0 

Bully.  — Loire 381 

Bully-sur-l’Arbresle.  — Rhône.  380 

Cadéac.  — Hautes -Pyrénées. . . 351 

Caille  (la).  — Savoie 310 

Capvern.  — Hautes-Pyrénées. . 351 

Castéra-Verduzan.  — Gers  . . . 340 

Cauterets.  — Hautes-Pyrénées . 343 

Châteauneuf.  — Puy-de-Dôme . 405 

Châtel-Guyon.  — Puy-de- 

Dôme 411 

Chaudesaigues.  — Cantal 407 

Coren.  — Cantal 406 

Creuznach.  — Allemagne 489 

Crot-Ghaud  (le).  — Nièvre. . . . 451 

Dax.  — Landes 337 

Desaignes.  — Ardèche 381 

Digne.  — Basses-Alpes 328 

Divonne.  — Ain 476 

Eaux-Bonnes.  — Basses- P y- 

rènces 342 

Eaux-Chaudes.  — Basses-Py- 

rènèes 342 

Echaillon.  — Savoie 318 


546 


TABLE  ALPHABÉTIQUE 


Pages. 


Ems.  — Allemagne 493 

Encausse.  — Haute-Garonne  . . 350 

Las  Escaldas. — Pyrénées-Orien- 
tales   354 

Euzej;.  — Gard ' 367 

Evaux.  — Creuse 413 

Fumades  (les).  — Gard 364 

Godesberg.  — Allemagne 489 

Gouffre  de  la  George Lte.  — 

Sarlhe  485 

Gréoulx.  — Basses-Alpes 330 

Ilerse  (la).  — Orne 483 

Javols.  — Lozère 386 

Lavcy.  — Suisse 488 

Lez.  — Espagne 350 

Louèclie.  — Suisse 488 

Luxeuil.  — Haute-Saône 462 

Maizières.  — Côte-d'Or 455 

Mé  dague  s.  — Puy-de-Dôme. . . 411 

Menthon.  — Haute-Savoie 306 

Mercoiras.  — Ardèche 384 

Moind.  — Loire 373 

Monêtier  (le).  — Hautes-Alpes . 328 

Montbouy.  — Loiret 477 

Montbrun.  — Drôme 327 

Mont-Dore.  — Puy-de-Dôme...  397 

Motte-les-Bains  (la).  — Isère..  . 323 

Naulicim.  — Allemagne. 494 

Néris.  — Allier 421 

Neyrac.  — Ardèche 383 

Niederbronn.  — Alsace 474 

Niedernau.  — Allemagne 493 

Nierstein.  — Allemagne  . .....  489 

Périgueux.  — Dordogne 337 

Petit-Bornand . — Haute -Sa- 
voie  310 

Pioule.  — Var 334 

Plombières.  — Vosges 466 


Pont- des- Eaux  . — Puy-de- 

Dôme  


Pages- 


Pougucs.  — Nièvre 452 

Renncs-les-Bains.  — Aude...  358 

Roches  (les).  — Puy-de-Dôme . 411 

Romerbad.  — Suisse 489 

Royat.  — Puy-de-Dôme 388 

Sail-les-Bains.  — Loire 378 

Sail-sous-Couzan.  — Loire.  . . . 380 

Saint- Alban.  — Loire 376 

Saint-Amand.  — Nord 481 

Saint-Chris  tau.  — Basses-Py- 
rénées  341 

Saint-Dié.  — Vosges 473 

Saint-Galmier.  — Loire 369 

Saint-Honoré.  — Nièvre 448 

Saint-Laurent-les-Bains.  — Ar- 
dèche   382 

Saint-Nectaire.  — Puy-de-Dôme.  396 

Saint-Parize.  — Nièvre 451 

Sainte-Marguerite.  — Puy-de- 

Dôme 412 

Salins.  — Savoie 318 

Salt-en-Donzy.  — Loire 379 

'San-Salvadour.  — Var 335 

Santénay.  — Côte-d’Or 454 

Sanxay.  — Vienne 485 

Saulx.  — Nièvre 451 

Schwaiheim.  — Allemagne. . . 494 

Sermaize.  — Marne 454 

Soultzmatt.  — Alsace 475 

Tercis.  — Landes 340 

Tbonon.  — Haute-Savoie 309 

Tongres.  — Belgique 494 

Tônnisten.  — Allemagne 489 

Uriage.  — Isère. 320 

Vichy.  — Allier 434 

Vic-sur-Cère.  — Cantal 410 

Vittel.  — Vosges 470 

Walsbronn.  — Alsace 475 

Wiesbaden.  — Allemagne 493 


409 


403 


Ydes.  — Cantal 


/ _ V 

V 

TABLE  DES  PLANS  ET  GRAVURES 


Pages. 

Figures  1.  — Hypocauste .A...  6 

2.  — Plan  des  thermes  de  Stables,  à Pompéi 15 

3.  — Tasse  des  buveurs  de  Vichy i...  32 

4.  — Borne-fontaine  au  Mont-Dore 32! 

5.  — Coupe  d’Otanez 33 

6.  — - Vase  à infusions  provenant  de  Vichy 35 

7.  — Douches.  (D’après  un  vase  du  musée  de  Berlin.), . . . 37 

S.  — Tube  en  terre  cuite  ayant  peut-être  servi  de  spéculum 

de  bain • .>• ...  39 

9.  — Signe  thermal  de  la  Carte  de  Peutinger ' 55 

10.  — Fragment  du  segment  I de  la  Carte  de  Peutinger. 

(Centre  de  la  Gaule.) 59 

11.  — Buste  de  Sirona 217 

12.  — Source  romaine,  aux  Fumades . . 219 

13.  — Buste  de  Damona  trouvé  à Bourbonne-les-Bains 220 

14.  — Antiquités  trouvées  à Vittel >...  222 

15.  — Buste  d’Apollon  sur  tronc 223 

16.  — Tronc  et  fragments  d’architecture  provenant  des  an- 

ciens thermes  de  Bourbonne. ......  231 

17.  — Plan  du  temple  du  Mont-Martre 241 

18.  — Plan  du  temple  du  Mont-de-Sène ,. . . 242 

19.  — Plan  du  temple  d’Halatte .;. . . 243 

20.  — Plan  du  temple  d’Essarrois , . . . . 245 

21.  — Plan  des  ruines  de  la  chapelle  de  N.-D.  de  la  Fontaine, 

à Gallardon 246 

22.  — Plan  du  temple  des  sources  de  la  Seine 247 

23.  — Stèle  de  Bagnères-de-Bigorre ; . . . . 252 

24.  — Statuettes  votives  près  d’une  source 261 

25.  — Statuette  de  Vénus 262 

26.  — Déesse-Mère. 265 

27.  — Buste  d’enfant  ,.. . . 267 

28.  — Buste  en  bois  provenant  de  Luxeuil 273 

29.  — Statuette  en  bois  de  Coren 276 

30.  — Manche  de  patère  d’Evaux 280 

31.  — - Feuilles  d’argent  de  Vichy 283 

32.  — Buveur  en  bronze  provenant  de  Vichy 293 

33.  — Buste  du  Mont-Dore  dit  le  Vieux-Romain 295 

34.  — Statuette  en  terre  cuite  provenant  de  Vichy 296 

35.  — Ex-voto  provenant  du  temple  des  sources  de  la  Seine  297  « 

* 


618 


TABLE  DES  PLANS  ET  GRAVURES 


Pages 


Figüiie  3G.  — Ex-voto  en  pierre  provenant  du  temple  d’Halatte...  299 

37.  — Feuilles  de  métal  représentant  des  veux  provenant  du 

temple  des  sources  de  la  Seine 302 

38.  — Plan  des  thermes  de  MentUon 308 

39.  — Chambres  souterraines  d’Aix-les-Bains 311 

40.  — Plan  du  chaufl'oir  d’Uriage 322 

41 . — Plan  des  thermes  de  Bagnères-dc-Luchon 348 

42.  — Plan  des  thermes  d’Amélic-les-Bains 353 

43.  — Cascade  d’Annibal,  à Amélie-les-Bains 355 

44.  — Puits  de  la  source  des  Fumades 366 

45.  — Ruines  des  thermes  de  Saint-Galmier 370 

46.  — Plan  des  thermes  de  Saint-Galmier 371 

—47.  — Vue  d’ensemble  des  thermes  gallo-romains  de  Royat.  391 

48.  — Plan  des  thermes  gallo-romains  de  Royat 393 

49.  — La  source  de  César,  au  Mont-Dore 399 

50.  — Plan  des  thermes  gallo-romains  du  Mont-Dore 401 

51.  — Plan  des  thermes  de  Pont-des-Eaux 404 

52.  — Captage  de  la  source  de  Coren 406 

53.  — Plan  des  thermes  d'Ydes 409 

54.  — Coupe  théorique  du  captage  romain,  à Évaux 414 

55.  — Plan  des  thermes  d’Évaux,  état  actuel 415 

56.  — Évaux.  Sources  et  piscine  ronde 419 

57.  — Schéma  des  puits  de  Néris 422 

58.  — Plan  du  premier  établissement  de  Néris 424 

59.  — Néris.  Piscine  découverte  en  1905  dans  le  Pré  des 

Chaudes 428 

60.  — Aqueduc  de  Néris 430 

61.  — Château  et  bains  de  Bourbon-Lancy  au  dix-septième 

siècle....» 441 

62.  — Plan  des  bains  antiques  de  Bourbon-Lancy 442 

63.  — Saint-Honoré.  Plan  du  bassin  de  recette  des  eaux  de 

la  Crevasse 448 

64.  — Saint-Honoré.  Plan'  du  bassin  de  recette  des  sources 

inférieures . 449 

65.  — Coupe -et  plan  du  captage  de  la  source  de  Maizières.  455 

66.  — Plan  de  l’étuve  de  Bourbonne 457 

67.  — Plan  des  thermes  de  Bourbonnc-les-Bains 460 

68.  — Plan  des  thermes  de  Montbouv , 478 

69.  — Fontaine  de  la  Herse 484 

70.  — Pierre  de  captage  du  Mont-Dore 502 

71.  — Clef  de  robinet  provenant  de  Plombières.  (Musée 

d’Épinal.) 504 

72.  — Robinets  et  sections  de  tuyaux  de  Bourbonne.  con- 

servés au  Cabinet  des  antiques 505 

73.  — Chapiteau  de  Néris 512 

74.  — Colonne  de  Néris 513 


TABLE  DES  MATIERES 


Préface i 

INTRODUCTION 

Connaissance  des  eaux  thermales  antérieurement  à la  conquête  romaine,  v 


PREMIÈRE  PARTIE 

LA  MÉDECINE  THERMALE  CHEZ  LES  ROMAINS 
CHAPITRE  PREMIER 

I.  Les  bains  dans  l’antiquité.  — Le  bain  chez  les  Grecs.  — Le  bain  chez 
les  Romains. — II.  Les  thermes.  — Moyens  de  chauffage  et  d’aération.  — 
III.  Usage  et  abus  des  bains.  — IV.  Action  du  bain  simple.  — Bains 
médicamenteux.  — Bains  de  mer.  — Hydrothérapie 1 

CHAPITRE  II 

I.  Les  eaux  minérales.  — Leur  réputation  à Rome.  — II.  Divisions  el 
classifications.  — Indications  et  contre-indications.  — Action  physio- 
logique. — III.  Modes  d’emploi.  — Boisson.  — Bains.  — Douches.  — 
Affusions.  — Étuves.  — Inhalation.  — Bains  de  boue.  — Bains  de  va- 
peur. — IV.  Durée  et  saisons  des  cures  thermales.  — Direction 
médicale 49 


DEUXIÈME  PARTIE 

CiÉOGRAPIIIE  DES  STATIONS  THERMALES.  — LEUR  ORGANISATION  ET  LEU!! 

FONCTIONNEMENT.  LEUR  DESTRUCTION 

CHAPITRE  PREMIER 

I.  Renseignements  anciens  sur  les  stations  thermales  de  la  Gaule.  — 
II.  Documents  géographiques.  — III.  Carte  de  Peutinger.  — IV.  Itiné- 
raire d’Antonin.  — V.  Cosmographie  de  l’Anonyme  de  Ravenne.  - 
VI.  Renseignements  tirés  des  auteurs  anciens.  — VII.  Renseignements 
fournis  par  les  inscriptions 53 

CHAPITRE  II 

I.  Voies  d’accès  aux  stations  thermales.  — II.  Propriété  des  sources  et 
des  établissements.  — III.  Petites  industries  autour  des  sources. 


520 


LA  GAULE  THERMALE 


IV.  Clientèle  des  stations  thermales.  — V.  Les  plaisirs.  — VI.  Hospi- 
talisation des  étrangers 99 

CHAPITRE  III 

I.  Destruction  des  stations  thermales.  — IL  Phénomènes  naturels.  — 
III.  Invasions  barbares.  — IV.  Prédications  chrétiennes.  — V.  Survi- 
vance des  eaux  au  moyen  âge • 122 


TROISIÈME  PARTIE 

LE  CULTE  DES  SOURCES  THERMALES  ET  MÉDICINALES 
CHAPITRE  PREMIER 

I.  Le  culte  des  eaux  chez  les  Gaulois  et  chez  les  Romains.  — II.  Sources 
sacrées -149 


CHAPITRE  II 

I.  Divinités  adorées  près  des  sources  ou  dans  les  stations  thermales.  — 
II.  Divinités  latines  ou  étrangères.  — III.  Divinités  honorées  sous  des 
dénominations  collectives.  — IV.  Divinités  indigènes.  — Résumé.  164 

CHAPITRE  III 

1.  Représentations  figurées  des  divinités  des  sources.  — II.  Lieux  de 
culte  dans  les  stations  thermales  ou  près  des  sources.  — III.  Temples 
médicaux ' 214 


CHAPITRE  IV 

I.  Ex-vo  to  et  offrandes.  — II.  Autels.  Stèles.  Tablettes  votives.  — III.  Mon- 
naies. — IV.  Statues  et  bustes  en  pierre  et  en  marbre.  — V.  Statuettes 
en  terre  cuite.  — VI.  Poteries  et  débris  céramiques.  — VII.  Statuettes 
en  bois.  — VIII.  Statuettes  en  métal.  — IX.  Objets  divers.  — X.  Ex- 
voto  à caractère  médical 249 

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QUATRIÈME  PARTIE  | 

ÉTUDE  PARTICULIÈRE  DES  SOURCES  ET  STATIONS  GALLO-ROMAINES 
il  CHAPITRE  PREMIER  <•  '■ 

- — . ^ *■’*'•*  ’ ‘ ' j * *.  r '•  »'  t 

Région  des  Alpes’’  e t Provence  .A;-/ , A- ,f 305 

CHAPITRE  “lU”  J 

Région  du  Sud-Ouest  et  Pyrénées 337 

CHAPITRE  III 

Forez.  — Lyonnais.  — Vivarais.  — Gévaudan 369 


Auvergne 


CHAPITRE  IV 


388 


Région  du  Centre 


CHAPITRE  V 


413 


TABLE  DES  MATIERES 


521 


CHAPITRE  VI 

Région  de  l’Est  et  Vosges. 454 

CHAPITRE  Vil 

• j 

Régions  diverses 477 

CHAPITRE  VIII 

Suisse.  — Région  du  Rhin.  — Belgique 488 

CHAPITRE  IX 


Résumé  : I.  Procédés  de  captage  des  sources  thermales  et  minérales.  — 
II.  Distribution  des  eaux.  — Canalisation.  — Robinetterie. — III.  Amé- 
nagements thermaux.  — IV.  Architecture  des  établissements  bal- 
néaires  ' 495 

Table  alphabétique  des  sources  et  stations  citées  dans  l’ouvrage.  515 

Table  des  plans  et  gravures. 517 


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PARIS 

TYPOGRAPHIE  PLON-NOURRIT  ET  Cia 

Rue  Garancière,  8 


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